Titre   Apologie des Normans au Roy pour la justification de leurs armes  
Auteur   -  
Publication   Paris : Cardin Besongne, 1649. 12 pages.  
Original prêté par   Bibliothèque de l'Université de Caen - Section droit lettres  
Cote   N II C b 2 511818  
Saisie et formatage par   CD-Script  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le   1 février 2005  
     
       

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Apologie des Normans au roy

SIRE,

Puisque pour vostre mal-heur & pour le nostre la vérité n'oze pas approcher de vostre throsne, parce qu'il est investy par la tyrannie, qui n'a garde de souffrir les moyens qui pouroient la destruire, en rendant à vostre Majesté le repos & son authorité, que sa perfidie tasche soubs vostre nom d'usurper sur vous mesme, & pour soy, & pour vos autres ennemis.

Permettez, Sire, pour la justification de nos armes, contre vostre Tyran, & le nostre, que nous nous seruions des voyes ; que la violence de ses suppots, ne sçauroit plus nous empescher ; et qu'en vous adressant nos voeux, toute l'Europe cognoisse, que nostre nation n'a pas moins de justice dans ses desseins, que vostre Majesté d'innocence, dans la creance qu'on luy donne, que nous sommes ses ennemis.

Sire, la protestation solemnelle que nous avons faiste à l'imitation de nos freres de Paris, en prenant les armes à la face du Dieu, qui prepare le Tonnerre, pour foudroyer l'Autheur de nos

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desordres ; de respandre nostre sang pour nous conserver vostre personne sacrée, & à vostre Majesté son Estat, contre l'invasion secrette de l'intendant de vostre ruïne, plustost que de vostre education ; ne seroit que trop suffisante pour destruire cette calomnie, quand l'inclination naturelle des Normands pour leur Prince, ne vous asseureroit pas de leur fidelité.

C'a esté, Sire, pour ne l'avoir pas violée, qu'ils se sont quelques-fois acquis la hayne des nations, & cette terreur dont la France se souvient encore apres plus de sept siecles, n'est pas plus un effect de leur valeur, que de l'affection sincere, qui les a fait soustenir les interests de leurs Souverains avec tant de generosité.

Quand la tendresse de vostre âge vous l'aura permis, vous apprendrez, Sire, que les Normands sont les plus anciens Aliez de la tyge Royale, qui regne sur eux aujourd'huy, dont vous estes le rejetton glorieux : Que la vertu de vostre Ayeul Hugues Capet, n'eust point de plus puissant instrument, pour obtenir les suffrages de tous les ordres du Royaume, & pour se maintenir dans la possession de la Couronne, que les conseils, le credit, & les forces du Prince des Normands Richard III que nos Histoires nomment, sans peur, son Beau-frere, auquel Hugues le Grand l'avoit, en mourant, si puissamment recomandé ; Et vostre Majesté cognoistra encore que la querelle du pere de Robert Comte d'An ou nommé Vuitichind de Saxe, vostre premier Ayeul, vaincu par Charlemagne, a esté la premiere cause qui ayt obligé nos peres de passer en ce Royaume.

Tant de bons offices rendus à vostre Majesté en la personne de vos Ayeulx, la vengeance de leur querelle, entreprise contre un vainqueur du monde ; soutenuë contre ses successeurs ; & terminée contre le dernier, par un accommodement, dont vostre Couronne fait encore éclater l'advantage par tout l'Univers. Le restablissememt de Henry I dans son throsne usurpé par son Cadet, & beaucoup d'autres services signalez, rendus aux autres Roys vos predecesseurs, lorsque la France n'estoit pas encore si florissante qu'elle est sous vostre regne, ne vous permettront pas, je m'asseure, de douter de la sincerité d'une nation, qui à l'imitation de ses Princes particuliers, n'ayant point eu d'interests plus chers

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que ceux de nostre Sang Royal, conserve encore jusques icy les sentimens de ces grands hommes, comme les gages eternels de son affection pour ses Souverains.

Le temps qui corrompt toutes choses, ne l'a point alterée, par une si longue suite d'année, & c'est le mesme zele, SIRE, qui porta les Normands à s'offrir au Roy Philippes de Valois d'entreprendre avec quatre mil hommes de pied, & quatre mil Chevaux, la guerre contre les Anglois, qu'ils appeloient leurs subjets revoltez, qui venoient pour usurper la France sous la conduire d'Edoüard troisiesme leur Roy, qui resveille aujourd'huy leur fidélité, que l'avarice sanguinaire des Favoris croyoit avoir estouffée dans leurs miseres, pour delivrer V. M. & ses Estats de l'oppression d'un Tyran, que nous ne connoissons que par ses crimes : mais qui sous le nom de Mazarin & le tiltre de Cardinal, si fatal à nostre ruine, & qui devient si odieux à tous vos peuples, a exercé sur nous tout ce que la rage ambisieuse & avare du Cardinal de Richelieu n'avoit osé entreprendre.

Non, Sire, ce Pere des Monstres de la France, si hay dans vos Estats par ses cruautez : si connu chez les Nations, par le trouble qu'il a jetté das toute l'Europe ; si fameux chez les Souverains par ses perfidies ; & si horrible à l'Eglise par ses impietez politiques, qui l'ont conduite presque au panchant de sa ruine, n'avoit encore osé tenter nostre desespoir, il se contentoit de nous abattre sans nous exterminer ; & parce que dans nostre misere il n'avoit pour objet que l'affermissement de sa Tyrannie, il luy restoit encore assez de probité pour ne viser qu'à nous faire ses esclaves.

Mais, Sire, vostre Tyran a juré nostre perte dés le ventre de sa mere ; il est vostre ennemy naturel & le nostre ; & sa conduite monstre que l'Espagne luy a fait faire serment pour nostre extermination sur les Autels.

Nous n'allegons point pour la preuve de cette vérité ses intelligences particulieres avec vos ennemis, depuis, comme l'on dit, qu'il en a receu sa grace, pour vous trahir, & pour nous perdre ; ni qu'il suit les brisées du Cardinal Caietan, pensionnaire du Roy Catholique pour lui livrer Henry le Grand, l'amour & le bon heur des peuples, comme vous en estes l'esperance. Nous ne penettrons point encore dans la delegation de Galarety, ni dans les secrets de son Audience,

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bien qu'elle ait desja produit des effets plus funestes, que ne fit jamais l'Ambassade de Dom Bernardin de Mendoze, avec la puissance de tous les Partisans d'Espagne, alors que dans Paris ils s'apprestoient pour mettre vostre Couronne sur la teste de leur Maistre.

Enfin, Sire, nous fermons les yeux à la haute politique, pour les faire ouvrir à nos malheurs ; & nous contentans de faire voir sa perfidie par nos propres desastre, je m'asseure après cela, qu'il n'y a personne si grossier qui ne juge que le Cardinal Mazarin n'a travaillé jusques icy qu'à perdre le Roy & le Royaume.

L'Historien de l'ancienne Rome dit, que l'avarice & la luxure sont les deux pestes qui ont exterminé les grands Empires du monde. Si le Cardinal Mazarin se sert de la derniere pour nous perdre nous ne pouvons en rien examiner ; encore un peu de respect pour le caractere qu'il porte, ou qu'il feint de porter, nous ferme la bouche, & l'impureté des Italiens (nous en exceptons les bons) n'a pas encore tellement infecté la France, qu'il ne nous reste assez de pudeur pour supprimer des crimes, dont la reprehension ne seroit pas plus utile, que l'exemple en pourroit estre infame & dangereux.

S'il s'est servy de l'avarice ; ô doute criminel ! mais plus sanglant souvenir ! qui nous fait verser des larmes de sang : C'est sur ce pivot qu'ont roulé tous nos desastres : pardonnez, Sire, si nous alterons l'innocence qu'on devroit voir en vostre regne dessous un Roy si innocent, par le recit des cruautez que l'on voit dans le ministere, sous des Ministres si cruels.

Depuis cinq ans on ne connoist dedans la France que l'horreur & la desolation dont l'avarice de Mazarin est la cause : c'est elle qui a produit la corruption des moeurs dans tout vostre Royaume ; l'impieté triomphante jusques sur les Autels : les applaudissemens aux sacrileges, aux cimonies, aux blasphemes, aux vols mesmes publics : la fourbe & l'infidélité entre les Courtisans : l'hypocrisie dedans la Cour,où la devotion à la mode est de tenir un chapelet en une main, & un poignard dans l'autre ; la consternation de tous les gens de bien ; les souspirs & les sanglots des veusves ; les cris & les gemissemens des orphelins ; mais plustost de tous ces grands Estats, qui ne font plus qu'un hospital de miserables. Qui croira que l'avarice d'un Estranger nous ait fait tant de maux ?

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C'est elle, Sire, qui cest l'ouvriere des tortures qui demembrent depuis si long-temps les peuples de vos Provinces ; des chaines qui les accablent ; & de la barbarie de ses supposts impitoyables, qui ont fait mourir dans les prisons jusques au nombre de quatre à cinq mille innocens pour une année.

C'est elle qui nous a fourny l'exemple de celuy, auquel (apres s'estre veu ravir par des satellites le pain que la charité des bons luy fournissoit pour sustenter sa famille) le desespoir a mis le poignard en la main pour se l'enfoncer dans le seing, après avoir massacré ses enfans, qui expirans dedans leur sang, faisoient tous quelques efforts pour prononcer le Cardinal.

C'est, Sire, dans ce sang, que sa pourpre a rehaussé son éclat, & que celle du Cardinal de Saincte Cicile son frere a esté teinte : ce nombre de millions, donc on a gaigné les usurpateurs de la Juftice aupres du Pape, pour luy soustraire son chapeau, viennent tous de ces horreurs sanglantes, ils sont les expressions de ses fureurs, & la France espuisée, en jette encore de nouveau des sanglots & des larmes.

C'est cette mesme avarice qui a forgé l'insolente impieté, avec laquelle Mazarin a tiré, ce Moine sanguinaire, ce Torlakis empourpré de sa cellule & de la mandicité, pour l'eslever dessus le Throsne de Catalogne, pour estre Viceroy sous son empire, afin de nous piller avec plus d'esclat, après avoir enveloppé la Religion Catholique dans la derision, où il a jetté la France chez tous les peuples du monde.

Combien nostre Province a souffert de violence ? Combien de gesnes on a donné à vostre peuple ? Combien de questionnez pour leur faire soustenir, la cruelle dignité de ce gueux défroqué nouvellement Monarque ; aussi bien comme pour ensevelir l'infamie du reste de sa famille ! On a, Sire, esgalé toutes les inventions abominables, que par tradition Siciliene Phalaris a laissez à Palerme, dont Pierre Mazarin son pere fut habitant devant sa banqueroute.

Nous avons senty la rage desployée de certains Mabojarts valets de la Monopole sous le tiltre d'Intendans de Justice, qui escortez de Fuzeliers, pour ne pas dire de Demons, & pretextez du seau & de caractere du Prince, prostitué par l'approbateur de la Tyrannie, ont exercé sur les plus miserables d'entre nous, tout ce que l'inhumanité des plus Barbares auroit eu honte d'entreprendre ; les viols, les prophanations des Temples, les meurtres & les

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brigandages ont tous esté les instrumens de leur avarice, dont, Sire, nous eussions fait il y a long-temps des punitions exemplaires, si vostre figure qu'ils nous presentoient, ne les eust mis à couvert de nos ressentimens ; & si nostre respect pour vostre image ne nous eust encore forcé, de baiser les mains qui nous donnoient les coups de la mort.

Cependant vos Estats sont pillez, tous vos peuples reduits à la mendicité ; nostre Province la plus abondante de la France ne se soustient non plus que les autres, que par le desespoir que le plus avare des hommes, le Partisan des bouës de Paris, à depuis peu tenté d'advancer, en ravissant aux pauvres par donation de Mazarin, quelques marests & communes qui leurs restoient pour les empescher de perir.

Ce Chef de l'iniquité, que Salomon vit assis dessus le Throsne de la Justice ; ces Arc-boutans de sa caballe, ces Antropofages des Normands, les Intendants de l'injustice en nostre Province qui par les ordres des Tyrans, ont entrepris nostre ruïne, nous ont fait leur proye ; ils ont rendu nos campagnes desertes & la face de la terre hideuse, ils ont desesperé nos peuples & plusieurs fois reduits à la revolte, si la prudence des gens de bien ne les eust arrestez ; pardon Sire, si nous confessons que nous avons eu la pensée de desirer une domination moins inhumaine, & si nous avons douté que l'Empire des Turcs ou celuy des Barbares ne fust preferable au vostre.

Non, Sire, les cruautez n'y sont point si frequentes mesme contre leurs ennemis, il n'y a point chez eux de miserable, à qui on ne permette au moins d'avoir un lict pour se coucher, la pluspart de nos peuples à peine ozent-ils avoir seulement de la paille, quelle horreur d'estre pires que les bestes ! Il n'y a point d'esclaves ausquels on ne donne du pain autant qu'il leur en faut pour se nourrir, & nos Tyrans sont eux mesmes tesmoings que dans tous nos villages, il y en a peu qui n'en manquent & presque personne, qui en aye suffisamment ; Encore que l'infidélité de ces nations deteste nostre Religion & la persecute, elle souffre pourtant la liberté des Ames, mesme dans ses esclaves, & ne leur desfend point d'entrer dedans les Temples consacrez au Dieu qu'ils adorent alors qu'ils en rencontrent, Sire, sous vostre

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Regne on ne le permet pas, l'impiété de nos démons avares (pour s'attaquer à Dieu mesme, aux jours que sans crime un Chrestien n'ozeroit manquer de signaler sa foy par l'assistance qu'il doit à la celebration de nos divins & redoutables mysteres) a souvent empesché que vos subjects ne s'en soient acquitez en ces jours de repos, parce que suivant l'humeur de Jules Mazarin, ses detestables supports se servoient de nos Temples pour sacrifier les victimes innocentes, qui les autres journées se soubsbrayoient à leur fureur.

Que peut-on, S. attendre de toutes ces desolations dont l'avarice du Cardinal Mazarin est la cause ; laquelle n'est pas assouvie par le pillage de vostre Royaume, nostre extermination est necessaire pour donner quelques bornes à sa convoitise, & il ne recevra pas ce qu'il espere de nos ennemis, s'il ne fait que la France devienne Province d'Espagne.

Personne ne s'estonnera plus apres toutes ces horreurs du desordre particulier des affaires de vostre Majesté ; de la Catalongne abandonnée qui faisoit trembler la Castille ; du Royaume de Naples non secouru, de la revolte duquel on a si frauduleusement mesprisé les advis ? de la perte de nos alliez qui se plaignent si hautement de la perfidie du Ministere ; du desadvantage de nos victoires dont la poursuitte nous eust esté si advantageuse ; de la guerre en Italie si peu necessaire, si le Cardinal Mazarin eust peu trouver d'autres pretextes pour y transporter les millions pour lesquels le Sieur de *** ne pût trouver assez de remises, ce qui est cause que son Eminence n'est pas encore en possession de la principauté quel à tant marchandée, avec nostre argent & nos armes ; de la rupture de la paix qui eust fermé le chemin à toutes ses rapines laquelle par sa propre Confession il a tenuë tant de fois entre ses mains, & qu'il eust pû conclure avec tant d'advantage pour vostre gloire, si son confident n'eust eu le secret de continuer nos miseres, & dont le Duc de Longueville nostre gouverneur & le Seigneur d'Avaux ont eu tant de fois les larmes aux yeux ; de la protection des impies qu'il a soubstraists à la Justice, & donc les crimes ont attiré l'ire de Dieu sur nous ; de la persecution du Sainct Pere, dont je tais les sanglantes raisons ; du mespris de son Nonce,

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parce que sa probité, ne s'accorde pas avec la perversité de ses desseins ; de l'obscession de Monseigeur le Duc d'Orléans Oncle de V. M. trahy par un blasphemateur, fils d'un mouleur de bois, Ministre neantmoins de vostre Estat, qui tendant à la Tyrannie de Jules, favorise ses desseins pour affermir sa fortune, soubs l'esperance de s'establir sur sa ruine ; ny finallement de l'enlevement des Seigneurs du Parlement de Paris ; en sortant de devant la face du Dieu vivant, où il les avoit conviez pour les perdre, afin d'empescher ce Senat Auguste de le punir de ses forfaicts.

Mais, Sire, on ne peut concevoir son audace sacrilege dans l'attentat commis en vostre personne sacrée, affin de faire vostre nom coulpable de toutes les cruautez dont on nous rapporte tous les jours que l'on espouvente autour de Paris toute la nature ; on ne parle que d'incendies de bourgs, & de villages, que de viols au milieu des Temples, que d'assassins de Prestres qu'on despoüille aux Autels sans trembler à l'aspect du Dieu qui tient le foudre, que de pillage des vases sacrez, que d'infidelitez, que de manques de foy, que de laschetez, enfin que d'impietez, que nous n'ozons escrire ne les ozants prononcer. Veu mesme qu'elles partent de la bouche, Dieu veille que ce ne soit pas du coeur de personne pour lesquelles nous voudrions nous sacrifier s'ils avoient d'autre object de leurs armes que la ruine de la patrie.

Et de tant d'horreurs, Sire, Mazarin est la cause ; Ce traistre pourroit-il esperer misericorde ; & toutes ces abominations joinctes à ses cimonies execrables, à ses entassememts de benefices, à son trafic infame du bien des pauvres, ne forceroient-elles pas la Justice de Dieu d'en prendre la vengeance ; sans doute elle la prepare & nous en sommes les justes instruments.

C'est donc, Sire, apres la cause de la conservation de vostre Majesté, pour l'extermination du Cardinal Mazarin, que nous sommes sous les armes : commandez qu'on nous le livre, nous en ferons part aux autres. Le Roy vostre Pere asseura sa puissance par la mort de Conchiny Marquis d'Ancre son semblable ; quoy qu'il fut moins coulpable, & vous devez asseurer V. M. & le salut de la France, par le supplice de son compatriotte.

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II faut, Sire, que ce bouc Emissaire porte la malediction des Peuples : tout le sang respandu dont il est le supresme coulpable qui a monté jusques au Throsne de Dieu pour en poursuivre la punition, invite vostre Majesté à ne la differer pas.

Quoy que vous soyez au milieu de sa tyrannie, vos ordres n'auront pas moins leurs effects, desabusez vous seulement, Sire, & souhaittez ; parmy les lasches Parasites de sa fureur il y a des fidelles à V. M. qui peuvent rompre vos chaines : C'est pour les soustenir que Paris a pris les armes & que son Peuple le plus constant de la France dans son affection pour ses Rois fait esclatter la generosité à l'imitation de laquelle nous nous preparons.

Il y a long temps que nous demandions au Ciel cette occasion pour exterminer les Tyrans ; Paris n'auroit pas l'honneur que nous luy envions d'avoir le premier travaillé pour leur ruine, si nous avions eu l'approbation de nostre Parlement pour l'entreprendre, & la valeur du Duc de Longueville pour nous commander.

Maintenant nous avons l'une & l'autre, & il ne nous reste que quelques voleurs à faire pendre puis nous sommes à vous pour poursuivre leur Chef : Nous avons, Sire, tous juré son extermination, nous la jurons encore, & protestons par la fidelité que nous devons à vostre Majesté, par nostre sang que nous voulons respandre pour abattre la Tyrannie, & relever nos privileges accordez, & si religieusement conservez par vos predecesseurs Rois, que son avarice a violez en tous les ordres ; par nostre vie que nous avons desvoüée pour mettre fin à nos miseres ; par nos femmes, par nos enfans qui nous pressent de venger le sang de leurs parens, morts peris,ou miserables. Enfin par tout ce qui nous est plus cher, que nous voulons tous cesser de vivre, avant que de cesser la poursuite du plus meschant de tous les persecuteurs qui nous ayent opprimez.

C'est, Sire, la resolution de vos peuples, que nous ne doutons point que vostre Majesté n'approuve, estant si pleinement instruite de la justice de nos desseins assez justifiez, puis qu'ils ne tendent qu'à la conservation de sa personne & de son authorité ; & que nostre salut que nous y cherchons n'en est l'objet que pour sa gloire.

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     Puissions-nous, Sire, avec l'aide du Ciel, nous monstrer par cette action dignes successeurs de nos Peres ; puissions nous restablir vostre Majesté sur son Throsne, qu'on medite, peut-estre, de luy ravir ; puissions nous vous delivrer de la captivité où Mazarin vous tient depuis vostre enlevement de vostre bonne ville de Paris ; puissions nous le livrer à nos peuples, pour estre un exemple eternel à la posterité. Puissions nous enfin vous tesmoigner par une execution proportionnée à ses forfaits, qu'en quelque Estat que la Tyrannie nous reduise, il nous restera tousjours assez de forces, de moyens, & d'affection pour exterminer vos ennemis, puis que nous sommes,

Vos tres-humbles, tres obeyssans, & tres-fideles Subjets,

Les Peuples de Normandie.

A Caën, le 23 Fevrier 1649.