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Apologie des Normans au roy
SIRE,
Puisque pour vostre mal-heur & pour le nostre la vérité n'oze pas approcher
de vostre throsne, parce qu'il est investy par la tyrannie, qui n'a garde de
souffrir les moyens qui pouroient la destruire, en rendant à vostre Majesté
le repos & son authorité, que sa perfidie tasche soubs vostre nom
d'usurper sur vous mesme, & pour soy, & pour vos autres ennemis.
Permettez, Sire, pour la justification de nos armes, contre vostre Tyran, &
le nostre, que nous nous seruions des voyes ; que la violence de ses suppots,
ne sçauroit plus nous empescher ; et qu'en vous adressant nos voeux, toute l'Europe
cognoisse, que nostre nation n'a pas moins de justice dans ses desseins, que
vostre Majesté d'innocence, dans la creance qu'on luy donne, que nous
sommes ses ennemis.
Sire, la protestation solemnelle que nous avons faiste à l'imitation
de nos freres de Paris, en prenant les armes à la face du Dieu, qui prepare
le Tonnerre, pour foudroyer l'Autheur de nos
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desordres ; de respandre nostre sang pour nous conserver vostre personne sacrée,
& à vostre Majesté son Estat, contre l'invasion secrette de
l'intendant de vostre ruïne, plustost que de vostre education ; ne seroit
que trop suffisante pour destruire cette calomnie, quand l'inclination naturelle
des Normands pour leur Prince, ne vous asseureroit pas de leur fidelité.
C'a esté, Sire, pour ne l'avoir pas violée, qu'ils se sont quelques-fois
acquis la hayne des nations, & cette terreur dont la France se souvient
encore apres plus de sept siecles, n'est pas plus un effect de leur valeur,
que de l'affection sincere, qui les a fait soustenir les interests de leurs
Souverains avec tant de generosité.
Quand la tendresse de vostre âge vous l'aura permis, vous apprendrez,
Sire, que les Normands sont les plus anciens Aliez de la tyge Royale, qui regne
sur eux aujourd'huy, dont vous estes le rejetton glorieux : Que la vertu de
vostre Ayeul Hugues Capet, n'eust point de plus puissant instrument, pour obtenir
les suffrages de tous les ordres du Royaume, & pour se maintenir dans la
possession de la Couronne, que les conseils, le credit, & les forces du
Prince des Normands Richard III que nos Histoires nomment, sans peur, son Beau-frere,
auquel Hugues le Grand l'avoit, en mourant, si puissamment recomandé
; Et vostre Majesté cognoistra encore que la querelle du pere de Robert
Comte d'An ou nommé Vuitichind de Saxe, vostre premier Ayeul, vaincu
par Charlemagne, a esté la premiere cause qui ayt obligé nos peres
de passer en ce Royaume.
Tant de bons offices rendus à vostre Majesté en la personne
de vos Ayeulx, la vengeance de leur querelle, entreprise contre
un vainqueur du monde ; soutenuë contre ses successeurs ; &
terminée contre le dernier, par un accommodement, dont vostre Couronne
fait encore éclater l'advantage par tout l'Univers. Le restablissememt
de Henry I dans son throsne usurpé par son Cadet, & beaucoup
d'autres services signalez, rendus aux autres Roys vos predecesseurs,
lorsque la France n'estoit pas encore si florissante qu'elle est
sous vostre regne, ne vous permettront pas, je m'asseure, de douter
de la sincerité d'une nation, qui à l'imitation de ses Princes particuliers,
n'ayant point eu d'interests plus chers
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que ceux de nostre Sang Royal, conserve encore jusques icy les sentimens de
ces grands hommes, comme les gages eternels de son affection pour ses Souverains.
Le temps qui corrompt toutes choses, ne l'a point alterée, par une si longue
suite d'année, & c'est le mesme zele, SIRE, qui porta les Normands à s'offrir
au Roy Philippes de Valois d'entreprendre avec quatre mil hommes de pied, &
quatre mil Chevaux, la guerre contre les Anglois, qu'ils appeloient leurs subjets
revoltez, qui venoient pour usurper la France sous la conduire d'Edoüard
troisiesme leur Roy, qui resveille aujourd'huy leur fidélité, que l'avarice
sanguinaire des Favoris croyoit avoir estouffée dans leurs miseres, pour delivrer
V. M. & ses Estats de l'oppression d'un Tyran, que nous ne connoissons que
par ses crimes : mais qui sous le nom de Mazarin & le tiltre de Cardinal,
si fatal à nostre ruine, & qui devient si odieux à tous vos peuples, a exercé
sur nous tout ce que la rage ambisieuse & avare du Cardinal de Richelieu
n'avoit osé entreprendre.
Non, Sire, ce Pere des Monstres de la France, si hay dans vos Estats par ses
cruautez : si connu chez les Nations, par le trouble qu'il a jetté
das toute l'Europe ; si fameux chez les Souverains par ses perfidies
; & si horrible à l'Eglise par ses impietez politiques, qui
l'ont conduite presque au panchant de sa ruine, n'avoit encore osé
tenter nostre desespoir, il se contentoit de nous abattre sans nous
exterminer ; & parce que dans nostre misere il n'avoit pour
objet que l'affermissement de sa Tyrannie, il luy restoit encore
assez de probité pour ne viser qu'à nous faire ses esclaves.
Mais, Sire, vostre Tyran a juré nostre perte dés le ventre de sa mere ; il
est vostre ennemy naturel & le nostre ; & sa conduite monstre que l'Espagne
luy a fait faire serment pour nostre extermination sur les Autels.
Nous n'allegons point pour la preuve de cette vérité ses intelligences particulieres
avec vos ennemis, depuis, comme l'on dit, qu'il en a receu sa grace,
pour vous trahir, & pour nous perdre ; ni qu'il suit les brisées
du Cardinal Caietan, pensionnaire du Roy Catholique pour lui livrer
Henry le Grand, l'amour & le bon heur des peuples, comme vous
en estes l'esperance. Nous ne penettrons point encore dans la delegation
de Galarety, ni dans les secrets de son Audience,
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bien qu'elle ait desja produit des effets plus funestes, que ne fit jamais
l'Ambassade de Dom Bernardin de Mendoze, avec la puissance de tous les Partisans
d'Espagne, alors que dans Paris ils s'apprestoient pour mettre vostre Couronne
sur la teste de leur Maistre.
Enfin, Sire, nous fermons les yeux à la haute politique, pour les
faire ouvrir à nos malheurs ; & nous contentans de faire voir
sa perfidie par nos propres desastre, je m'asseure après cela, qu'il
n'y a personne si grossier qui ne juge que le Cardinal Mazarin n'a
travaillé jusques icy qu'à perdre le Roy & le Royaume.
L'Historien de l'ancienne Rome dit, que l'avarice & la luxure sont les
deux pestes qui ont exterminé les grands Empires du monde. Si le Cardinal Mazarin
se sert de la derniere pour nous perdre nous ne pouvons en rien examiner ; encore
un peu de respect pour le caractere qu'il porte, ou qu'il feint de porter, nous
ferme la bouche, & l'impureté des Italiens (nous en exceptons les bons)
n'a pas encore tellement infecté la France, qu'il ne nous reste assez de pudeur
pour supprimer des crimes, dont la reprehension ne seroit pas plus utile, que
l'exemple en pourroit estre infame & dangereux.
S'il s'est servy de l'avarice ; ô doute criminel ! mais plus
sanglant souvenir ! qui nous fait verser des larmes de sang : C'est
sur ce pivot qu'ont roulé tous nos desastres : pardonnez, Sire,
si nous alterons l'innocence qu'on devroit voir en vostre regne
dessous un Roy si innocent, par le recit des cruautez que l'on voit
dans le ministere, sous des Ministres si cruels.
Depuis cinq ans on ne connoist dedans la France que l'horreur & la desolation
dont l'avarice de Mazarin est la cause : c'est elle qui a produit la corruption
des moeurs dans tout vostre Royaume ; l'impieté triomphante jusques sur les
Autels : les applaudissemens aux sacrileges, aux cimonies, aux blasphemes, aux
vols mesmes publics : la fourbe & l'infidélité entre les Courtisans : l'hypocrisie
dedans la Cour,où la devotion à la mode est de tenir un chapelet en une main,
& un poignard dans l'autre ; la consternation de tous les gens de bien ;
les souspirs & les sanglots des veusves ; les cris & les gemissemens
des orphelins ; mais plustost de tous ces grands Estats, qui ne font plus qu'un
hospital de miserables. Qui croira que l'avarice d'un Estranger nous ait fait
tant de maux ?
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C'est elle, Sire, qui cest l'ouvriere des tortures qui demembrent depuis si
long-temps les peuples de vos Provinces ; des chaines qui les accablent ; &
de la barbarie de ses supposts impitoyables, qui ont fait mourir dans les prisons
jusques au nombre de quatre à cinq mille innocens pour une année.
C'est elle qui nous a fourny l'exemple de celuy, auquel (apres s'estre veu
ravir par des satellites le pain que la charité des bons luy fournissoit pour
sustenter sa famille) le desespoir a mis le poignard en la main pour se l'enfoncer
dans le seing, après avoir massacré ses enfans, qui expirans dedans leur sang,
faisoient tous quelques efforts pour prononcer le Cardinal.
C'est, Sire, dans ce sang, que sa pourpre a rehaussé son éclat,
& que celle du Cardinal de Saincte Cicile son frere a esté teinte : ce nombre
de millions, donc on a gaigné les usurpateurs de la Juftice aupres du Pape,
pour luy soustraire son chapeau, viennent tous de ces horreurs sanglantes, ils
sont les expressions de ses fureurs, & la France espuisée, en jette encore
de nouveau des sanglots & des larmes.
C'est cette mesme avarice qui a forgé l'insolente impieté, avec laquelle Mazarin
a tiré, ce Moine sanguinaire, ce Torlakis empourpré de sa cellule & de la
mandicité, pour l'eslever dessus le Throsne de Catalogne, pour estre Viceroy
sous son empire, afin de nous piller avec plus d'esclat, après avoir enveloppé
la Religion Catholique dans la derision, où il a jetté la France chez
tous les peuples du monde.
Combien nostre Province a souffert de violence ? Combien de gesnes on a donné
à vostre peuple ? Combien de questionnez pour leur faire soustenir, la cruelle
dignité de ce gueux défroqué nouvellement Monarque ; aussi bien comme pour ensevelir
l'infamie du reste de sa famille ! On a, Sire, esgalé toutes les inventions
abominables, que par tradition Siciliene Phalaris a laissez à Palerme, dont
Pierre Mazarin son pere fut habitant devant sa banqueroute.
Nous avons senty la rage desployée de certains Mabojarts valets de la
Monopole sous le tiltre d'Intendans de Justice, qui escortez de Fuzeliers, pour
ne pas dire de Demons, & pretextez du seau & de caractere du Prince,
prostitué par l'approbateur de la Tyrannie, ont exercé sur les plus miserables
d'entre nous, tout ce que l'inhumanité des plus Barbares auroit eu honte d'entreprendre
; les viols, les prophanations des Temples, les meurtres & les
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brigandages ont tous esté les instrumens de leur avarice, dont, Sire,
nous eussions fait il y a long-temps des punitions exemplaires, si vostre figure
qu'ils nous presentoient, ne les eust mis à couvert de nos ressentimens ; &
si nostre respect pour vostre image ne nous eust encore forcé, de baiser les
mains qui nous donnoient les coups de la mort.
Cependant vos Estats sont pillez, tous vos peuples reduits à la mendicité ;
nostre Province la plus abondante de la France ne se soustient non plus que
les autres, que par le desespoir que le plus avare des hommes, le Partisan des
bouës de Paris, à depuis peu tenté d'advancer, en ravissant aux pauvres
par donation de Mazarin, quelques marests & communes qui leurs restoient
pour les empescher de perir.
Ce Chef de l'iniquité, que Salomon vit assis dessus le Throsne
de la Justice ; ces Arc-boutans de sa caballe, ces Antropofages
des Normands, les Intendants de l'injustice en nostre Province qui
par les ordres des Tyrans, ont entrepris nostre ruïne, nous
ont fait leur proye ; ils ont rendu nos campagnes desertes &
la face de la terre hideuse, ils ont desesperé nos peuples &
plusieurs fois reduits à la revolte, si la prudence des gens de
bien ne les eust arrestez ; pardon Sire, si nous confessons que
nous avons eu la pensée de desirer une domination moins inhumaine,
& si nous avons douté que l'Empire des Turcs ou celuy des Barbares
ne fust preferable au vostre.
Non, Sire, les cruautez n'y sont point si frequentes mesme contre leurs ennemis,
il n'y a point chez eux de miserable, à qui on ne permette au moins d'avoir
un lict pour se coucher, la pluspart de nos peuples à peine ozent-ils avoir
seulement de la paille, quelle horreur d'estre pires que les bestes ! Il n'y
a point d'esclaves ausquels on ne donne du pain autant qu'il leur en faut pour
se nourrir, & nos Tyrans sont eux mesmes tesmoings que dans tous nos villages,
il y en a peu qui n'en manquent & presque personne, qui en aye suffisamment
; Encore que l'infidélité de ces nations deteste nostre Religion & la persecute,
elle souffre pourtant la liberté des Ames, mesme dans ses esclaves, & ne
leur desfend point d'entrer dedans les Temples consacrez au Dieu qu'ils adorent
alors qu'ils en rencontrent, Sire, sous vostre
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Regne on ne le permet pas, l'impiété de nos démons avares (pour s'attaquer
à Dieu mesme, aux jours que sans crime un Chrestien n'ozeroit manquer
de signaler sa foy par l'assistance qu'il doit à la celebration de nos divins
& redoutables mysteres) a souvent empesché que vos subjects ne s'en soient
acquitez en ces jours de repos, parce que suivant l'humeur de Jules Mazarin,
ses detestables supports se servoient de nos Temples pour sacrifier les victimes
innocentes, qui les autres journées se soubsbrayoient à leur fureur.
Que peut-on, S. attendre de toutes ces desolations dont l'avarice du Cardinal
Mazarin est la cause ; laquelle n'est pas assouvie par le pillage de vostre
Royaume, nostre extermination est necessaire pour donner quelques bornes à sa
convoitise, & il ne recevra pas ce qu'il espere de nos ennemis, s'il ne
fait que la France devienne Province d'Espagne.
Personne ne s'estonnera plus apres toutes ces horreurs du desordre
particulier des affaires de vostre Majesté ; de la Catalongne abandonnée
qui faisoit trembler la Castille ; du Royaume de Naples non secouru,
de la revolte duquel on a si frauduleusement mesprisé les
advis ? de la perte de nos alliez qui se plaignent si hautement
de la perfidie du Ministere ; du desadvantage de nos victoires dont
la poursuitte nous eust esté si advantageuse ; de la guerre
en Italie si peu necessaire, si le Cardinal Mazarin eust peu trouver
d'autres pretextes pour y transporter les millions pour lesquels
le Sieur de *** ne pût trouver assez de remises, ce qui est cause
que son Eminence n'est pas encore en possession de la principauté
quel à tant marchandée, avec nostre argent & nos armes ; de
la rupture de la paix qui eust fermé le chemin à toutes ses rapines
laquelle par sa propre Confession il a tenuë tant de fois entre
ses mains, & qu'il eust pû conclure avec tant d'advantage
pour vostre gloire, si son confident n'eust eu le secret de continuer
nos miseres, & dont le Duc de Longueville nostre gouverneur
& le Seigneur d'Avaux ont eu tant de fois les larmes aux yeux
; de la protection des impies qu'il a soubstraists à la Justice,
& donc les crimes ont attiré l'ire de Dieu sur nous ; de la
persecution du Sainct Pere, dont je tais les sanglantes raisons
; du mespris de son Nonce,
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parce que sa probité, ne s'accorde pas avec la perversité de ses desseins
; de l'obscession de Monseigeur le Duc d'Orléans Oncle de V. M. trahy par un
blasphemateur, fils d'un mouleur de bois, Ministre neantmoins de vostre Estat,
qui tendant à la Tyrannie de Jules, favorise ses desseins pour affermir sa fortune,
soubs l'esperance de s'establir sur sa ruine ; ny finallement de l'enlevement
des Seigneurs du Parlement de Paris ; en sortant de devant la face du Dieu vivant,
où il les avoit conviez pour les perdre, afin d'empescher ce Senat Auguste de
le punir de ses forfaicts.
Mais, Sire, on ne peut concevoir son audace sacrilege dans l'attentat
commis en vostre personne sacrée, affin de faire vostre nom coulpable
de toutes les cruautez dont on nous rapporte tous les jours que
l'on espouvente autour de Paris toute la nature ; on ne parle que
d'incendies de bourgs, & de villages, que de viols au milieu
des Temples, que d'assassins de Prestres qu'on despoüille aux
Autels sans trembler à l'aspect du Dieu qui tient le foudre, que
de pillage des vases sacrez, que d'infidelitez, que de manques de
foy, que de laschetez, enfin que d'impietez, que nous n'ozons escrire
ne les ozants prononcer. Veu mesme qu'elles partent de la bouche,
Dieu veille que ce ne soit pas du coeur de personne pour lesquelles
nous voudrions nous sacrifier s'ils avoient d'autre object de leurs
armes que la ruine de la patrie.
Et de tant d'horreurs, Sire, Mazarin est la cause ; Ce traistre
pourroit-il esperer misericorde ; & toutes ces abominations
joinctes à ses cimonies execrables, à ses entassememts de benefices,
à son trafic infame du bien des pauvres, ne forceroient-elles pas
la Justice de Dieu d'en prendre la vengeance ; sans doute elle la
prepare & nous en sommes les justes instruments.
C'est donc, Sire, apres la cause de la conservation de vostre Majesté, pour
l'extermination du Cardinal Mazarin, que nous sommes sous les armes : commandez
qu'on nous le livre, nous en ferons part aux autres. Le Roy vostre Pere asseura
sa puissance par la mort de Conchiny Marquis d'Ancre son semblable ; quoy qu'il
fut moins coulpable, & vous devez asseurer V. M. & le salut de la France,
par le supplice de son compatriotte.
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II faut, Sire, que ce bouc Emissaire porte la malediction des Peuples : tout
le sang respandu dont il est le supresme coulpable qui a monté jusques
au Throsne de Dieu pour en poursuivre la punition, invite vostre Majesté
à ne la differer pas.
Quoy que vous soyez au milieu de sa tyrannie, vos ordres n'auront
pas moins leurs effects, desabusez vous seulement, Sire, & souhaittez
; parmy les lasches Parasites de sa fureur il y a des fidelles à
V. M. qui peuvent rompre vos chaines : C'est pour les soustenir
que Paris a pris les armes & que son Peuple le plus constant
de la France dans son affection pour ses Rois fait esclatter la
generosité à l'imitation de laquelle nous nous preparons.
Il y a long temps que nous demandions au Ciel cette occasion pour
exterminer les Tyrans ; Paris n'auroit pas l'honneur que nous luy
envions d'avoir le premier travaillé pour leur ruine, si
nous avions eu l'approbation de nostre Parlement pour l'entreprendre,
& la valeur du Duc de Longueville pour nous commander.
Maintenant nous avons l'une & l'autre, & il ne nous reste
que quelques voleurs à faire pendre puis nous sommes à vous pour
poursuivre leur Chef : Nous avons, Sire, tous juré son extermination,
nous la jurons encore, & protestons par la fidelité que nous
devons à vostre Majesté, par nostre sang que nous voulons respandre
pour abattre la Tyrannie, & relever nos privileges accordez,
& si religieusement conservez par vos predecesseurs Rois, que
son avarice a violez en tous les ordres ; par nostre vie que nous
avons desvoüée pour mettre fin à nos miseres ; par nos femmes,
par nos enfans qui nous pressent de venger le sang de leurs parens,
morts peris,ou miserables. Enfin par tout ce qui nous est plus cher,
que nous voulons tous cesser de vivre, avant que de cesser la poursuite
du plus meschant de tous les persecuteurs qui nous ayent opprimez.
C'est, Sire, la resolution de vos peuples, que nous ne doutons
point que vostre Majesté n'approuve, estant si pleinement
instruite de la justice de nos desseins assez justifiez, puis qu'ils
ne tendent qu'à la conservation de sa personne & de son
authorité ; & que nostre salut que nous y cherchons n'en
est l'objet que pour sa gloire.
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Puissions-nous, Sire, avec l'aide du Ciel, nous
monstrer par cette action dignes successeurs de nos Peres ; puissions nous restablir
vostre Majesté sur son Throsne, qu'on medite, peut-estre, de luy ravir
; puissions nous vous delivrer de la captivité où Mazarin vous
tient depuis vostre enlevement de vostre bonne ville de Paris ; puissions nous
le livrer à nos peuples, pour estre un exemple eternel à la posterité.
Puissions nous enfin vous tesmoigner par une execution proportionnée
à ses forfaits, qu'en quelque Estat que la Tyrannie nous reduise, il
nous restera tousjours assez de forces, de moyens, & d'affection pour exterminer
vos ennemis, puis que nous sommes,
Vos tres-humbles, tres obeyssans, & tres-fideles Subjets,
Les Peuples de Normandie.
A Caën, le 23 Fevrier 1649.
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