Titre   Histoire abrégée du Mont Saint Michel en Normandie, par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint Maur  
Auteur   -  
Publication   Avranches : chez François Le Court, 1777. 68 pages  
Original prêté par   Bibliothèque municipale d'Avranches  
Cote   -  
Saisie et formatage par   Dataland  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le   19 octobre 2005  
     
       

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Histoire abrégée du Mont Saint Michel en Normandie, par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint Maur

Les Pélerinages qui se font en l'honneur des Saints, sont nécessaires.

     IL faut avouer que les Pélerinages peuvent être en aussi grand nombre qu'il plaît à Dieu d'honorer ses serviteurs, & qu'il a choisi des lieux & des temps différens pour subvenir aux misères humaines. Mais entre tous les Pélerinages du monde, après ceux qui sont institués & entrepris pour glorifier l'humanité sacrée du Fils de Dieu & de sa très-sainte Mere, il n'y en a point de préférable à ceux qui se font en l'honneur des saints Anges ; si nous considérons l'excellence de ces bienheureux Esprits, l'obligation de toute la nature humaine envers eux, & futilité qui revient aux hommes d'un devoir auquel ils sont attachés par un nombre de titres moins considérables pour son infinité, que véritables

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pour la réalité, & dont nul homme ne peut s'acquitter avec autant de fidélité qu'il y est obligé. Car qui pourroit concevoir combien ces célestes Intelligences sont sublimes dans leur nature ? combien admirables dans leurs qualités naturelles & surnaturelles ? combien agréables à Dieu en leurs adorations & soumissions ? & qui est-ce d'entre les hommes qui pourroit comprendre la gloire & la félicité du dernier même de tous les Anges ? Ce n'est pas merveille, si nos yeux ne peuvent atteindre à des lumières si brillantes & si fort élevées au dessus de nos entendemens ; mais il y auroit plûtôt de l'horreur que de l'étonnement, s'il se pouvoit trouver des hommes assez stupides pour ne pas rendre la vénération dûe à des mérites si éclatans, ni concevoir l'amour que doivent incessamment allumer des bienfaits dont est rempli tout ce monde inférieur par les Ministres de ces glorieux Princes toujours occupés par le gouvernement de l'Univers. & certes, quand il n'y auroit autre considération que de la fidélité inviolable & infatigable constante avec laquelle les saints Anges délégués de Dieu pour notre conduire, nous accompagnent en tout le Pèlerinage de cette vie mortelle, se rendant comme Pélerins avec nous, nous devrions être portés d'une inclination très-forte

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& très-affective pour nous rendre présens, autant qu'il est en notre pouvoir, dans les lieux qu'ils chérissent le plus. & sans descendre au détail de tous les bienfaits que chacun reçoit de son Ange-Gardien, lesquels il est aussi peu facile de connoître que de compter tous les momens de notre vie ; dans toutes ces admirables Hiérarchies & dans tous ces Choeurs d'Esprits célestes, il ne s'en trouve aucun qui ne soit dans une continuelle mission pour le bien des hommes, & qui ne tienne pour une bonne partie de sa félicité l'obéissance qu'il est toujours prêt de rendre aux Ordres Divins, pour le salut du dernier de tous les enfans d'Adam. Aussi ce nom d'ANGE, qui signifie MESSAGER, est-il commun à tous ; c'est par leurs lumières que nos ténebres se dissipent ; c'est par leurs consolations que nos tristesses s'évanouissent ; c'est par leur douce bénignité que se guérissent nos langueurs ; c'est par leur force que notre foiblesse triomphe ; c'est par leur ministère que le Ciel s'ouvre pour darder sur nous ses rayons ; c'est leur ferveur qui fait admettre nos prières ; c'est leur zèle ardent qui les éleve comme l'encens jusqu'au Trône de Dieu. Ils nous délivrent des périls, nous défendent dans les combats, nous encouragent en nos peines, & n'estiment rien indigne

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de leur excellence, quand il y va du sécours que les miseres humaines attendent de leur charité. Un Ange n'a pas dédaigné de descendre exprès du Ciel pour montrer une fontaine d'eau vive à une servante affligée de soif. Deux Anges vinrent délivrer Loth du danger où il étoit de périr avec les impies, & le prirent par la main avec sa femme & ses deux filles pour les mettre plûtôt en assurance. Un des premiers Anges s'est bien voulu assujétir à tous les offices & services dont le jeune Tobie eut besoin en un long voyage. Un autre ferma la gueule des Lions auxquels Daniel avoit été donné en proie. Un autre, ou le même lui fit apporter à dîner de la Judée en Babylone, soutenant celui qui le pourroit par un poil de sa tête. Un autre emporta saint Philippe, Diacre, à la rencontre d'un Ethiopien pour le blanchir avec les eaux du saint Baptême. Un autre se déguisa en Macédonien, appellant S. Paul en son pays pour y annoncer l'Evangile. Un autre vint recueillir la sueur de saint Laurent appliqué à la torture. Un Choeur entier vint éclairer la prison de saint Vincent, & le récréer d'une musique céleste. D'autres ont porté le corps de sainte Catherine sur le Mont de Sina ; d'autres ont bâti un Sépulchre à saint Clement en la mer, & dans un

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nombre infini d'autres occasions ces glorieux Esprits ont fait paroître un si grand soin & bienveillance pour les habitans de la terre, qu'il seroit plus impossible d'en tenir le registre que d'écrire le journal de tout le Genre-Humain. N'est-il donc pas bien juste de rendre au moins quelque témoignage de gratitude pour tant de faveurs ? & puisque nous parlons de Pèlerinage, c'est un moyen singulier pour nous acquitter de nos reconnoissances en leur endroit, puisque particulièrement ils président à tous les Pélerinages, ayant charge de nous accompagner en tous les pas de notre vie.

Les Pélerinages faits en l'honneur de saint Michel, sont encore plus nécessaires que les autres.

     MAis comme la gloire de l'Archange S. Michel excelle par dessus toutes les Armées célestes, aussi est-il à propos & nécessaire que tous les hommes du monde lui rendent des honneurs particuliers au dessus de tout ce qui est dû à tout le reste des Hiérarchies Angéliques qui le reçoivent pour leur Chef, lui obéissant comme à leur Général, l'honorent & le chérissent comme la plus noble & la plus glorieuse Créature qu'il y ait en tout l'Univers après la Mere de Dieu. C'est

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ce glorieux Prince qui a eu l'honneur de soutenir le premier la querelle de Dieu, & défendre la gloire inviolable & incommunicable de la Divinité contre la présomption du premier des superbes ; c'est lui qui a le premier maintenu la cause du Verbe incarné, attaquée par l'envie du premier des Apostats ; c'est lui qui a donné à tous ces Esprits bienheureux un exemple accompli de très-profonde humilité, & de soumission très fidèle aux jugemens Divins ; c'est lui qui s'est le premier enflammé d'un juste zèle contre les esprits révoltés ; en foudroyant le plus téméraire de tous les orgueilleux jusqu'aux abîmes, facilita à tous les saints Anges la victoire d'où dépendoit la félicité, & leur enseigna par son exemple de quelle manière ils doivent exterminer de l'empire toute la maudite race des esprits factieux. & nous pouvons dire qu'il n'y a aucune des suprêmes Intelligences qui ne jouissent de la gloire éternelle pour avoir imité saint Michel, pour avoir combattu sous ses enseignes, & gardé les ordres d'une digne milice, qu'il leur avoit donnés ; c'est aussi en ce bienheureux Archange qu'ont pris naissance & ont été consacrées toutes les victoires que les Prédestinés ont remportées & remportent sur les réprouvés ; c'est pourquoi

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il a mérité d'être élevé aux premiers honneurs entre tous les Esprits célestes, posséder la gloire de celui qui étant le premier des Séraphins, se perdit en l'excessive complaisance de sa beauté, & d'avoir sous le Fils de Dieu la Surintendance sur toute l'Eglise, en tous les Etats, de la Loi naturelle, de la Loi écrite, & de l'Evangile. Car c'est lui qui représentant la Personne de Dieu, apparut à Noé, à Abraham & aux autres Patriarches pour établir la première reformation dans l'Eglise ; c'est lui qui se fit voir à Moïse dans un buisson ardent, & ensuite travailla si puissamment pour retirer de captivité le Peuple de Dieu, pour le conduire en ce grand Pèlerinage du Mont de Sina & de la Terre promise. C'est lui qui pour lors paroissoit en forme de colomne de feu & de nuée, donna des Loix à ce Peuple, le nourrit aux Déserts, le rendit possesseur de cette première habitation des vivans, & l'y ramena après la captivité de Babylone : car saint Gabriël avoit déjà travaillé en vain ving un jours pour cette délivrance. Toutes les plus illustres Missions Angéliques qui ont été faites pour le salut de l'Eglise, lui sont attribuées, comme d'avoir consolé le Sauveur en son agonie, & l'avoir prié d'accepter les peines & l'amour d'où dépendoit

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le salut du monde & la réparation des Hiérarchies célestes, d'avoir délivré S. Pierre des liens d'Hérode, & d'avoir frappé d'un ulcère également mortel & ignominieux ce Tyran qui suivoit de trop près les vestiges du premier homicide, trempant le premier son glaive dans le sang chrétien, & s'étoit emporté de vaine gloire semblable à celle du Prince des Orgueilleux. & la bonté de Dieu a été si grande envers son Eglise, que comme cet Esprit bienheureux apparut au Fils de Dieu lorsqu'il étoit sur le point de souffrir la mort, ainsi s'est-il fait voir en divers lieux pour la consolation des Fidèles dans leurs besoins.

     Les Histoires Ecclésiastiques nous racontent l'illustre apparition de saint Michel près la ville de Colosse en Phrygie, une autre apparition à l'Empereur Constantin le Grand, près de Constantinople, où il y eut aussi un Pèlerinage très fameux. L'Italie est annoblie d'une autre forte renommée au Mont Gargan. La même faveur a été accordée à saint Boniface, Apôtre d'Allemagne & Martyr. En tous ces lieux & autres on a bâti des Temples, comme aussi à Rome sur la Masse d'Adrian, que l'on nomme Château S. Ange, où le Pape fit construire une Eglise dont on célèbre la Dédicace le 29 Septembre,

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parce que saint Gregoire le Grand avoit apperçu en ce lieu saint Michel qui rengainoit son épée pour témoigner que la colere de Dieu étoit appaisée. On tient aussi que ce fut là même qu'il entonna l'Hymne Regina Coeli, qui fut poursuivi par un Choeur Angélique, comme il avoit autrefois entonné le Gloria in excelsis, pour la reconciliation du monde par la Naissance du Sauveur, & que saint Gregoire ajoûta le premier Verset de ce même Hymne tout ensemble Paschal & Virginal.

Pélerinage illustre au Mont de Tombe.

     MAis sans abbaisser ce qui s'est passé ailleurs, ni élever immoderément la gloire domestique, le Mont de Tombe au Diocèse d'Avranches en Normandie, donne à la France un juste titre de s'égaler aux Nations & aux lieux de la terre les plus illustres, pour avoir été chérie de ce Prince céleste, & pour avoir été honorée par sa présence & par ses oeuvres merveilleuses, desquelles nous pouvons dire sans soupçon d'excès que depuis l'établissement du Christianisme nul pays du monde n'en a admiré ni de plus grandes ni en plus grand nombre, que ce Royaume en a vû éclater en cette Montagne en faveur des Pélerins qui,

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depuis 950 ans, c'est-à-dire, depuis la consécration miraculeuse, continuent d'aborder à un si saint lieu, non seulement de toutes les Provinces, mais au plus auguste Palais, & au Temple plus familier de ce glorieux Archange, & de toutes les Hiérarchies des Cieux.

Apparition de S. Michel à S. Aubert.

     LE Régne de Childebert II. fut enrichi d'un si grand bonheur & rendu plus illustre que celui de ses Prédécesseurs : car l'an de notre salut 708 ou 709, ce Prince des Hiérarchies célestes se fit voir en forme humaine à S. Aubert, Evêque d'Avranches, & lui déclara qu'il vouloit se faire connoître Patron singulier des François, comme il avoit toujours été sans qu'ils l'eussent assez reconnu. Pour ce sujet qu'il s'en allât au Mont de Tombe, & qu'en la place où il trouveroit un Taureau qu'un Larron y avoit caché au milieu des broussailles, il édifiât une Eglise sous son nom & de tous les autres Esprits bienheureux qui, par la volonté Divine, avoient choisi ce lieu pour y demeurer & y veiller avec un soin non encore connu à la garde de cette Monarchie, & donner par leurs bienfaits extraordinaires des preuves évidentes de l'amour qu'ils

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portent aux hommes, particulièrement à ceux qui y viendront implorer leurs sécours, & enfin égaler ce Mont aux plus illustres en Sainteté, Miracle & vénération.

     L'Evêque fortifié de la vertu d'enhaut, accomplit tous les Commandemens de l'Archange, & la puissance Divine parut si visiblement en tout cet ouvrage par suite continuelle de Miracles, qu'il n'y eut point de lieu de douter que c'étoit un dessein de la Divinité de changer ce Rocher en un Ciel, pour s'y faire glorifier au milieu des sublimes Intelligences, desquelles l'unique ambition est d'avancer la gloire de sa Majesté, & s'y montrer favorable aux miseres humaines, par le ministère de ces aimables Esprits qui joignent toujours aux honneurs qu'ils lui rendent, le bonheur de ses créatures ; sous la conduite de celui qui par sa fidélité mérita le premier rang de l'Empire sur toutes ces bienheureuses Armées toujours triomphantes & toujours glorieuses.

Merveilles de cette apparition et de sa suite. S. Michel perce la tête de S. Aubert.

     IL est vrai toutefois que S. Aubert craignant les illusions, n'avoit pas ajoûté foi à deux apparitions de l'Archange, lequel venant pour la troisième fois, le toucha du

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doigt sur le front, où il lui fit un trou sans le blesser, afin qu'il n'hésitât plus en la croyance qu'il devoit à la vérité de ses apparitions. & pour enlever tout scrupule & défiance, non seulement de son esprit, mais encore de celui de tous les hommes, tant de ce-temps-là que des siécles à venir, jusqu'à la fin du monde : le saint Evêque, qui avoit été affligé depuis plusieurs années d'une fâcheuse migraine, en fut guéri par une infliction de cette plaie qu'il porta en parfaite santé l'espace de quinze ans qu'il survêquit, & on l'admire encore dans le Trésor du Mont saint Michel, où cette même tête est gardée avec vénération dans un Reliquaire de prix, expressément travaillé pour un si précieux & céleste Joyau.

     Le saint Prélat, suivi des plus considérables personnes de son Chapitre & de la Ville, s'en vint au Mont, portant sur lui cette marque qui le faisoit admirer de tout le monde, & y trouva celle que l'Ange lui avoit désignée : on commença par son ordre à préparer la place où il falloit poser les fondemens de l'Eglise ; mais de deux pointes qui étoient sur ce Rocher, la plus haute demeurant impénétrable au fer & à l'acier, lassa en vain les plus robustes ouvriers du pays, & par sa dureté leur fit

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perdre espérance de pouvoir exécuter les commandemens de l'Archange.

Situation du Mont de Tombe.

     CE Mont est un Rocher qui semble avoir été assis & élevé par la nature pour servir de bastion à la France, car c'est la dernière place de ce Royaume sur les marches de Normandie, joignant la Bretagne, au couchant d'hyver, & regardant l'Angleterre, au couchant d'été, à six ou sept lieues de la mer Océane, appelée Britannique ou d'Angleterre, qui épanche deux fois chaque jour ses flots jusqu'au Mont, & l'enferme de toutes parts à toutes les nouvelles & pleines lunes, & trois ou quatre jours devant & après. C'est à trois lieues d'Avranches, à l'Orient ; à trois lieues de Pontorson, au midi ; à cinq lieues de Dol & à dix de saint Malo, vers l'Occident ; à six lieues de la pointe de Granville, au Nord ; à trois quarts de lieues du Rocher de Tomblaine, au même côté, entre la riviere de Coesnon, qui vient de Bretagne, & celle de Genest, qui prend sa source en Normandie, lesquelles coulent près ou loin du Mont, selon que la mer par ses flots & par ses sables leur fait changer de lit.

     Ce Rocher prenoit autrefois sa pointe

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jusqu'au dessus des nues, mais à présent il n'y a plus qu'environ trois cent pieds de haut, pour une raison qui se dira ci-après, & a toujours en son circuit environ demi-quart de lieue.

     Il étoit au milieu d'une Forêt qu'on dit avoir eu six lieues de long & environ une de large En effet la quantité d'arbres a donné le nom au pays Avranchin, de même qu'à Sentis, & autres Regions du Royaume.

     On voyoit au pied du Rocher deux Oratoires ou Chapelles dédiés, l'une sous le nom de saint Etienne, premier Martyr, & l'autre sous le nom de saint Sypnorien, Martyr d'Autun, où le retiroient quelques saints Hermites qui, après avoir goûté long-temps les douceurs de la solitude, s'en allerent demeurer ailleurs peu auparavant l'apparition du glorieux Archange S. Michel, & par le défaut de constance ; ne mériterent pas de participer aux délices que le Ciel alloit faire écouler sur ce lieu.

Un enfant renversa la pointe du Rocher avec son pied qui y demeura imprimé.

     SAint Aubert eut recours à l'Oraison : saint Michel lui apparoissant comme auparavant, l'avertit d'appliquer le pied d'un enfant contre cette pointe ; qu'il y laisseroit

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autant d'espace qu'on en avoit besoin pour la construction de l'Eglise. Le Saint n'eut pas plûtôt obéi â l'Ange, que cette éminence importune par sa hauteur & par sa dureté se montra facile aux volontés du S. par un double miracle d'obéissance, car elle reçut l'impression du pied gauche de l'enfant, qui lui fut appliquée de la même façon que la cire imprimeroit un cachet qu'on auroit approché du feu, & se séparant du corps de la Montagne, s'alla précipiter du côté du Nord, avec un grand débris de roches que l'on y voit encore, s'enfonçant bien avant la pointe en terre au pied de la Montagne même. On voit aujourd'hui le vestige de ce pied sur le Rocher de la pointe renversée, sur laquelle on voit pareillement un Oratoire qui y fut érigé en l'honneur de saint Aubert.

     Cet espace étant ainsi miraculeusement élargi, il falloit encore sçavoir combien l'Eglise en devoit occuper, ce que le saint Archange fit connoître à l'Evêque, l'avertissant une nuit qu'il étoit en oraison que le lendemain matin l'espace que devoit avoir l'Eglise, se trouveroit tout sec au milieu de tout le reste de la place qui seroit trempée de rosée du Ciel, ce qu'ayant été reconnu ; on commença à bâtir sur ce Roc

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avec tant de succès que dans l'an tout l'édifice fut achevé, & prêt d'être dédié le même jour que saint Michel apparut la première fois au saint Prélat.

La mer se déborde & renverse une Forêt pour faciliter le chemin du Mont.

     ON doit compter entre les merveilles de cet Ouvrage que la mer, qui jusqu'alors n'avoit poussé son flux que jusqu'à 3 lieues près du Rocher, s'épancha d'une telle roideur cette même année, qu'elle renversa toute la Forêt voisine qui rendoit les abords difficiles, & enferma tout le Mont de ses eaux, comme si cet Element n'eût pas voulu être des derniers à rendre ses respects à ce grand Archange qui est représenté dans l'Apocalypse, ayant un pied sur la terre & l'autre sur la mer, & apporta une quantité si immense de sable, qu'elle changea tout ce Bois en une belle Gréve, pour préparer & applanir un chemin très-facile & très-agréable aux Pélerins qui doivent ensuite y arriver.

Reliques apportées du Mont Gargan au Mont de Tombe.

     PEu de temps auparavant le débordement, & pendant qu'on travailloit encore

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à la construction de l'Eglise, saint Aubert s'avisa qu'il falloit rechercher des Reliques insignes pour les y déposer lorsqu'il en feroit la Dédicace. Comme il s'entretenoit en ce dessein, considérant à quelle Eglise il pourroit s'adresser, saint Michel lui apparut, & lui commanda d'envoyer à l'Eglise du Mont Gargan demander une partie du voile qu'il avoit laissé, & du marbre sur lequel il s'étoit assis quand la consécration en fut faîte. Trois Ecclésiastiques choisis par l'Evêque, s'acquitterent de cette commission avec tout le succès qu'on pouvoit souhaiter, & Dieu opéra plusieurs guérisons par l'application de ces précieux gages du Ciel sur les malades qui se rencontrerent par où ces bons-Prêtres passerent.

Femme aveugle éclairée en la présence des saintes Reliques, et le nom d'un Village changé en mémoire de ce grand Miracle.

     MAis en voici un d'autant plus considérable, qu'il s'accomplit en la seule présence sans attouchement de ces sacrées Reliques, car les envoyés ayant trouvé, non sans étonnement, le passage qu'ils avoient laissé libre en partant, occupé par le flux de la mer à leur retour, & s'étant retirés en un Village nommé Austeriac, pour s'y reposer

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en attendant le reflux de la mer, & qu'ils pussent avertir saint Aubert de leur arrivée : une femme aveugle qui se fit conduire au même lieu avec une grande foule de peuples qui accouroient de toutes parts, reçut un parfait usage de la vûe au même temps qu'elle fut amenée, en la présence de ce céleste dépôt, & s'écria : O qu'il fait beau voir ! Ce qui donna occasion de changer l'ancien nom du village d'Austeriac en celui de Beauvoir qu'il porte encore maintenant.

     Le saint Evêque, accompagné de tout son Clergé & d'une multitude innombrable de peuple, alla recevoir ce beau présent de l'Archange, le porta en très-grande solemnité, & le déposa en l'Eglise nouvellement édifiée, en attendant le lendemain pour la dédier avec les cérémonies ordinaires, & une extraordinaire dévotion. Il passa la nuit en prières ; mais le matin seizième jour d'octobre, il fut bien surpris d'apprendre que tous les Miracles précédens n'avoient été qu'un acheminement à un autre digne de plus grande révérence ; car comme ils se disposoient à un si grand ministère, saint Michel lui apparut & l'avertit de ne passer outre, parce que le Fils de Dieu étoit descendu la nuit prochaine, accompagné

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de tous les Choeurs célestes, & avoit consacré lui-même ce Temple. Le S. tout transporté de joie, s'en alla à l'Eglise pour rendre les actions de graces qu'exigeoit une si grande faveur, & ayant apperçu les marques visibles de la consécration, célébra les divins Mystères avec une consolation ineffable sur l'Autel qui avoit été si divinement dédié avec l'Oratoire ; l'un & l'autre se voyant maintenant sous la grande Eglise qui a été commencée par Richard II. Duc de Normandie, & achevée par les Abbés du Mont, les saintes Reliques sont à présent dans le Trésor. Et les deux Eglises de Gargan & de Tombe contracterent une association de prières, qui a été jusqu'à présent observée.

Fontaine miraculeuse.

     SAint Aubert animé par de si heureux progrès, établit en cette sainte Montagne douze Chanoines, & des possessions & revenus qu'il leur légua pour leur entretien & de leurs successeurs ; mais dans le séjour qu'il y fit, il trouva une difficulté qui devoit être extrêmement pénible à ceux qu'il destinoit pour y demeurer à la suite des temps, par la disette d'eau douce pour l'usage nécessaire à la vie humaine.

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     Il s'adressa au saint Archange qui lui apparut, & lui montra au pied du Rocher un lieu où il trouveroit ce qu'il demandoit. Il alla donc, & touchant cette place avec son bâton, il en fit rejaillir une fontaine très-excellente d'eau douce qui n'est aucunement gâtée par le voisinage des eaux salées de la mer, au milieu desquelles elle prend sa source. On l'a depuis enclose d'une petite Tour, pour empêcher que le flux qui s'éleve quelquefois plus de dix pieds plus haut ne s'y mêle, quoique depuis environ cinquante ans on n'y ait point puisé, parce qu'on a l'usage des Citernes, ce qui exempte de descendre si bas : elle est toutefois très-agréable au goût, & très-salutaire en ses effets.

Mont de Tombe appellé S. Michel.

     TAnt & de si grandes merveilles arrivées sous la conduite de saint Michel, firent que ce Mont qui jusqu'alors avoit été nommé le Mont de Tombe, à cause de sa figure qui représentoit une pyramide sépulchrale, reçut le nom de celui duquel elle empruntoit sa gloire, & fut nommé le Mont saint Michel, nom qui lui appartient aussi à cause de la résidence particulière de saint Michel & de ses Anges : car cet Archange qui apparut

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autrefois à Moïse dans un buisson ardent & à toute la Sinagogue en forme de colomne de feu, apparut aussi sur cette Montagne comme une clarté immense, & quelquefois comme une colomne ardente. Cela est arrivé si souvent, & a été rendu si notoire à tous les habitans du Mont, qu'on le nomme vulgairement la clarté de saint Michel.

Les Anges paroissent en forme de feu sur le Mont.

     L'Histoire de Norgot, Evêque d'Avranches, nous donne encore une preuve bien manifeste du séjour des saints Anges sur cette Montagne ; car une nuit de la Fête saint Michel après Matines, ce Prélat regardant par une fenêtre du côté du Mont, l'apperçut tout en feu, & lui sembla voir des flâmes qui se mêlerent par ensemble de tous côtés. Il apella quelques Chanoines pour être témoins de ce spectacle, & ils crurent que toute l'Eglise avec le Monastère & les Moines étoient réduits en cendre ; ils retournerent à l'Eglise bien affligés d'un si funeste événement, & réciterent l'Office des Trépassés pour ceux qu'ils croyoient déjà au nombre des morts. Et dès la pointe du jour l'Evêque partit pour venir voir & déplorer

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de si tristes ruines ; mais ayant appris qu'il n'étoit rien arrivé d'extraordinaire, il reconnut que les saints Anges habitoient sur ce sacré Mont aussi bien qu'autrefois dans le lieu où demeuroit le Prophête Elisée : d'où il prit occasion de renoncer à son Evêché, & de se rendre Moine Bénédictin dans cette Montagne, & y servir Dieu en la compagnie des saints Anges le reste de ses jours qu'il y acheva saintement le quatre d'Octobre de l'an 1036.

Ce Mont est surnommé au péril de la mer, à cause d'un grand Miracle.

     ON ajoûte à ce nom de saint Michel le surnom au péril de la mer, soit parce que l'abord en est périlleux à ceux qui s'en approchent sans guide, ou sans sçavoir les passages plus assurés, soit à cause d'un insigne Miracle qui arriva l'an 1010 en la personne d'une femme grosse qui retournant du saint Mont accompagnée de son mari & d'autres Pélerins, fut surprise avec eux dans un brouillard si épais qu'ils se perdirent de vûe les uns les autres en un moment. Dans une telle confusion, chacun s'avança vers le bourg de Genest, quoiqu'ils ne se vissent plus comme auparavant. Mais enfin cette pauvre femme empêchée de sa grossesse, ne

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fut pas si heureuse que de se sauver à la fuite, afin que par un plus grand bonheur elle trouvât son salut dans le péril Car comme elle étoit entre le Rocher de Tomblaine & le bourg de Saint-Léonard, entendant le bruit de la mer qui étoit proche, la crainte du malheur qu'elle estimoit présent, lui avança le terme & les douleurs de l'accouchement, & qui la contraignirent de s'arrêter sur la gréve ; s'abandonnant à la diivne Providence, & implorant ardemment l'assistance de saint Michel qui montra alors qu'il présidoit aussi bien aux eaux pour le salut des Chrétiens, qu'autrefois pour le salut des Israëlites Car cet Element duquel la nature n'est que violence & inquiétude, s'écoula de telle sorte autour de cette femme, qu'il laissa dans un cercle un bel espace où elle demeura à sec comme au fond d'une fosse large & profonde au milieu des eaux, lesquelles s'amasserent en forme de hautes murailles en rond comme celles d'un puits, élevant leurs flots & grondemens plus que de coutume, non pour incommoder ou épouvanter, mais pour consoler cette pauvre affligée, & prêcher plus hautement la Majesté de celui qui tient tous les abîmes en sa main pour sa gloire, pour l'honneur de ses saints, & pour

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la consolation de ses créatures, ainsi qu'il arriva en cette rencontre où cette femme accoucha d'un beau fils, & se confiant en la bonté divine dont elle éprouvoit un si grand miracle, prit de cette même eau pour le baptiser en attendant avec une joie incroyable que la mer se fût retirée pour aller remercier son libérateur & le glorieux Archange son intercesseur.

     Son mari qui la croyoit noyée, revint à la gréve pour chercher son corps & lui donner la sépulture, mais il fut bien étonné de la trouver dans un état beaucoup plus avantageux qu'il ne croyoit.

     Ils s'en retournerent tous ensemble au Mont, rendirent leurs voeux à Dieu & à son Archange, nommerent l'enfant Péril, à cause du péril auquel il avoit reçu une fortunée naissance, qui depuis étant soigneusement instruit & élevé à la Prêtrise, ne manqua point tous les ans de sa vie d'en venir faire hommage à Dieu & à saint Michel dans l'Eglise du Mont, qui dès-lors fut communément appellée Mont saint Michel au péril de la mer.

Croix en mémoire de ce Miracle.

     EN même temps l'Abbé Hildebert, premier du nom, fit dresser au même lieu où

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la femme avoit accouché, une Croix de cent pieds de haut, l'appuyant de grosses poutres & de barres de fer, pour résister aux flots, à l'impétuosité desquels elle a enfin succombé, nonobstant les soins que l'on a apportés pour la rétablir ès années 1147 & 1381, & n'en est plus resté depuis que la base chargée d'une hauteur de sable si grosse qu'on n'en voit plus aucun vestige, sinon lorsque la riviere y prenant son couts, remue toute cette masse sabloneuse, comme il est arrivé en 1632 & 1645.

Saint Aubert fait souvent le voyage du Mont saint Michel.

     QUand saint Aubert ce très-saint Pasteur eut mis la dernière main à un si divin ouvrage, il s'en retourna dans son Eglise de laquelle il étoit l'Ange visible, & y continua saintement la suite de ses années dans les fonctions de son ministère, sans omettre un fréquent Pélerinage au Mont saint Michel, jusqu'à ce qu'enfin il eût achevé ce grand voyage d'une vie Angélique par une précieuse mort.

     Son corps saint fut apporté selon ses ordres dans ce Sanctuaire, pour y reposer en attendant la voix de la Trompette du grand Archange, qui le visitera pour jamais avec

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les Elus. On révére ses sacrées dépouilles dans le Trésor ; sçavoir, son corps dans une chasse, & son chef dans un Reliquaire séparé, où l'on voit avec admiration & respect le trou qu'y fit saint Michel, qui est comme une bouche toujours ouverte pour prêcher la gloire de Dieu.

Invention miraculeuse & Translation du corps de saint Aubert.

     ET l'on peut bien dire que ce corps saint a prophétisé après sa mort, aussi bien que celui d'Elisée : car alors qu'on changea l'Etat séculier de cette Eglise en l'Etat régulier, ainsi qu'il se dira incontinent, entre les Chanoines qui, après avoir brûlé la plus grande partie des titres & enseignemens, après avoir emporté les plus précieux Joyaux, il y en eut un nommé Bernier qui enterra le corps de saint Aubert, & le cacha en sa maison qui joignoit l'Eglise entre le lambris & le toit ; lequel étant décédé sans en donner connoissance à aucun, ce Trésor demeura dans l'obscurité jusqu'au temps de l'Abbé Hildebert, qui commença de gouverner l'Abbaye l'an 1009. Ce bon Prélat suivant le Précepte de la Règle, & l'exemple de ses Prédécesseurs, avoit coutume de sonner Matines, & pour ce sujet

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alloit d'ordinaire devant le très-saint Sacrement faire l'Oraison en attendant l'heure de l'Office. Dans cet espace il entendit souvent une fort douce mélodie en cette maison du Chanoine Bernier ; c'est pourquoi il y amena ses Religieux pour voir ce que ce pouvoit être. Comme on cherchoit de part & d'autre, une planche du lambris se détacha, & donna lieu de découvrir cette précieuse Relique ; elle étoit dans un coffre qu'un emporta dans l'Eglise, mais voici qu'un des Religieux qui le portoit se laissa occuper l'esprit d'un doute si c'étoit vraiment le corps de saint Aubert, & à l'instant le même corps devint pesant, & demeura si immobile qu'il fut impossible d'avancer, jusqu'à ce que cet incrédule eut reconnu sa faute. Ils déposerent le coffre sur l'Autel, l'ouvrirent & trouverent dedans, tous les ossemens du Saint, & même sa tête avec la plaie miraculeuse dont nous avons parlé, & cette Inscription en un parchemin : HIC REQUIESCIT CORPUS SANCTI AUBERTI, ABRINCENSIS EPISCOPI. Ici repose le corps de saint Aubert, Evêque d'Avranches. Alors ils rendirent graces à la divine Bonté, & célébrerent en toute solemnité cette Invention & Translation, qui depuis a toujours été honorée d'une Fête

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très-solemnelle dans la sainte Montagne au jour qu'elle arriva, qui fut le 18 juin.

Ville du Mont saint Michel.

     LA renommée d'un si saint lieu vola presque en un moment par toute la France & Pays voisins : les graces du Ciel qui y sont toujours communiquées, attirerent de toutes parts les Pélerins de toutes conditions, si bien que pour les loger, il a été nécessaire de bâtir une Ville avec une Eglise Peroissiale au pied du Mont vers l'Orient & le Midi ; enceinte de murailles munies de Tours, Bastions & Artillerie, & encore mieux gardée par les Habitans.

État Séculier de l'Eglise du Mont S. Michel change en Régulier.

     LEs premiers Ministres de ce Ciel terrestre, je le dis de l'Eglise de saint Michel, ont été des Chanoines établis par saint Aubert : cet Etat y a persévéré jusqu'à l'an 967 : car alors leur vie se trouva si peu conforme à la sainteté du lieu, & leurs moeurs éloignées de celles des Anges, que Richard premier du nom, Duc de Normandie, crut être obligé, avec autorité du Pape, du Roi, de l'Archevêque de Rouen & de l'Evêque d'Avranches, de les congédier, établissant

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en leur place trente Moines Bénédictins, choisis des Monastères les mieux réglés de Normandie & de Bretagne. Lequel Institut y a toujours depuis fleuri, comme dans un Seminaire d'Evêques & Abbés jusqu'à la fin du siécle dernier passé qu'il se trouva par le malheur du temps en désordre, auquel toutefois il ne tomba que pour mieux le relever par la discipline exacte qu'ils ont apportée, & y observent depuis l'an 1611 les Moines de la Congrégation de saint Maur du même ordre de saint Benoît, ce qui ne s'est point fait sans une nouvelle très-véritable & réelle apparition du glorieux Archange, dit le R. P. Dom Anselme Raoult, Supérieur de cette Congrégation, qui avoit été appellé au Mont par l'ordre de M. de Guise, pour lors Abbé Commandataire, & par quelques-uns des plus zelés à la gloire de Dieu, pour traiter de l'union de ce Monastère à la même Congrégation. Ayant rencontré des obstacles si fâcheux, qu'il n'espéroit pas les pouvoir surmonter avec les forces naturelles, s'en alla devant l'Autel de saint Michel, y passa la nuit en oraison ; & voici que sur la minuit, comme il prioit avec une serveur extraordinaire, le glorieux Archange lui apparut visiblement, tout brillant de

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clarté, le consola & l'encouragea avec des paroles accompagnées d'une douceur qui ne se peut exprimer, & lui dit qu'il ne s'étonnât point des contradictions qui ne manquent jamais aux ouvrages de Dieu, que ces nuages se dissiperoient dans peu, & qu'enfin tout iroit bien ; car c'étoit lui qui avoit la conduite de ce dessein, lequel il sçavoit bien pousser à bout, non seulement à l'égard de ce Monastère, mais aussi de plusieurs autres. Ce saint Religieux continua le reste de la nuit en actions de graces pour une telle faveur, dès le lendemain il éprouva un si grand changement dans les esprits qui avoient été les plus contraires, qu'il fut évidemment confirmé dans la vérité de cet oracle, lequel toutefois il ne révéla point jusqu'à la dernière heure de sa vie, car étant prêt de mourir dans le Monastère de Sainte-Croix de Bordeaux qu'il gouvernoit en qualité de Prieur, dans l'exhortation qu'il fit aux assistans ; pour les encourager d'être fidèles à leur vocation, & se comporter généreusement ès affaires de Dieu ; il leur rapporta ce que dessus, appellant à témoin le même Prince des Esprits célestes, par les mains duquel il espéroit que son ame alloit être présentée au Tribunal de Notre-Seigneur ; ce que nous

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avons appris de plusieurs Religieux qui se trouverent présens alors, & ne faisons difficulté de les croire, vû les succès arrivés depuis à ce sacré Monastère & à cette Congrégation & même depuis peu, qu'une personne assez connue dans le pays après plusieurs mauvais traitemens dont il a vexé les Religieux & les sujets de l'Abbaye, est allé l'an 1617 rendre compte à Dieu de ses actions le 18 juin, dédié à la mémoire de S. Aubert, Fondateur de ce saint lieu.

     Ce Pélerinage est si célèbre, que ceux qui y vont se parent de coquilles, lesquelles la mer fournit en quantité infinie : les autres Pélerins de saint Jacques & semblables appliquent aussi des coquilles à leurs chapeaux & habits, pour faire voir qu'ils sont Pélerins.

Personnes Illustres et affectionnées au Mont saint Michel.

Souverains Pontifes et Evêques.

     ENtre les Personnes Illustres qui ont signalé leur piété envers notre saint Archange, on doit considérer avec honneur & respect les Souverains Pontifes qui y ont envoyé plusieurs saintes Reliques, donné de grands Privilèges, accordé des Indulgences notables pour les Pélerins. Le nombre

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des autres saints Prélats qui y sont venus en Pélerinage est trop grand pour être compris dans un si petit abrégé.

Rois très-Chrétiens.

     NOs Rois très-Chrétiens, depuis la consécration de cette Montagne, sont presque tous venus, ou bien ont envoyé rendre leurs voeux au Protecteur & Patron particulier de leur Royaume. Et les Reliques précieuses qu'on réserve dans le Trésor sont des preuves assurées qu'ils n'ont point paru les mains vuides en présence d'un si saint Archange.

     Childebert II. de qui le règne devint plus auguste par les prémices de cette apparition, & par les graces qui l'ont suivi, que Rome n'a été annoblie par les triomphes de ses Empereurs, voulut en faire la première connoissance, ouvrant lui-même le Pélerinage & frayant le chemin à ses Successeurs & à tous ses sujets, par un exemple qui fleurira jusqu'à la fin des siècles dans ceux qui aspirent aux mêmes faveurs, par une sainte & religieuse imitation, comme on a vû particulièrement dans le zèle qu'ont fait paroître pour le Sanctuaire, Louis VII. Philippe Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, Philippe le Long, Charles V. Jean I.

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Charles VI. et VII. François, etc. Aussi semble-t-il qu'il y ait eu une contestation d'honneur & d'amour entre ce Prince des Séraphins & des Aînés de l'Eglise, comme entr'autres l'a éprouvé Charles VII. qui mérita le surnom de Victorieux, parce que sous la conduite de ce Prince des Armées célestes, il reconquit tout son Royaume de la puissance des Anglois à la réserve de cette Place qui n'est jamais tombée en main étrangère.

Ordre Militaire institué en l'honneur de saint Michel.

     LE Roi ne pouvant accomplir le voeu qu'il avoit fait d'établir un Ordre Militaire en l'honneur de cet Archange, il en laissa le dessein avec la Couronne à son fils Louis XI. qui institua cet Ordre l'an 146, voulant que ces Assemblées générales fussent célébrées au Mont saint Michel, où l'on voit encore la Salle Capitulaire, appellée la Salle des Chevaliers, une des plus belles & des plus spatieuses qu'il y ait en France.

     Cet Ordre qui a si glorieusement fleuri jusqu'à Henri III. demeura presque abandonné par l'institution de l'Ordre du Saint-Esprit jusqu'en 1664 que la piété du Roi s'est fait si glorieusement paroître en son rétablissement.

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     Il est vrai que l'on dit que quelques-uns des Chevaliers modernes sont difficulté d'y aller, sous prétexte de la longueur du chemin, aimant mieux s'assembler à l'Eglise des Cordeliers au grand Couvent à Paris, mais d'autres conservent avec fidélité leurs inclinations & dévotions toutes entières pour le Mont saint Michel, comme le chef & l'origine de l'honneur qu'ils reçoivent de cet Ordre, & disent qu'ils doivent & veulent selon leurs Loix & Statuts être véritables Chevaliers de saint Michel, étant bien juste qu'ils fassent à leurs Successeurs l'exemple de piété qu'ils ont reçu de leurs Prédécesseurs, puis même qu'il n'y a pas plus loin de Paris & aures lieux jusqu'au Mont saint Michel, qu'il y avoit autrefois ; quand tant de grands Rois, avec un si grand nombre de Princes & Seigneurs, y sont alsés avec dévotion & ferveur.

Ducs de Normandie avec leurs Sujets grandement dévots à S. Michel.

     QUant aux Ducs de Normandie, toute la Rhétorique n'a point assez d'ornemens pour réléver leur zèle & piété envers ce saint Archange & son Sanctuaire. Cette Nation qui, dans son esclavage du Prince des Ténèbres, peut tenir le premier lieu entre

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les Peuples les plus barbares & inhumains de la terre, après avoir obtenu accès entre les enfans de lumière par la possession du Christianisme, en même temps qu'entre les François par la possession de la Neustrie, s'est estimée si heureuse de posséder avec nous le Patronage du premier des Séraphins, & ce d'autant plus avantageusement que ce Mont étoit la plus illustre portion de leur Province, & s'est enflâmée d'une si belle dévotion à saint Michel, que les Peres n'ont pas tant laissé leurs enfans héritiers de leurs biens, que de cette fidélité au Prince des lumières. Et l'on peut dire avec raison que les conquêtes de Normandie qui ont porté leurs armes victorieuses en Angleterre, Italie, Sicile, & jusqu'à Constantinople, & la possession des Provinces de Bretagne, Guyenne, Poitou, Anjou & le Maine, qui avec la Normandie sont presque la moitié de la France, leur sont arrivées, parce qu'ils reconnoissent plus par leurs oeuvres que par leurs paroles saint Michel pour leur Chef. Car il ne se peut dire combien les Ducs de Normandie ont eu ce saint lieu en vénération, même depuis qu'ils ont conquis l'Angleterre, en laquelle cette apparition étoit honorée d'une Fête particulière par un Décret

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du Concile National tenu à Oxfort en 1222. Et en la Province de Cornuailles ils ont bâti un Monastère sur la Montagne forte & haute en l'honneur de l'Archange, qui fut aussi appellée en ce pays-là le Mont saint Michel, & le donnerent aux Moines du Mont de Tombe avec plusieurs autres Prieurés fondés en divers endroits du même Royaume, duquel la plus belle monnoie étoit gravée d'un saint Michel, tenant sous ses pieds un Dragon. On a vû aussi venir en ce sacré Mont, Henry fils de Guillaume le Conquérant, pour y recevoir le Roi très-Chrétien Louis VII. En une autre fois il est venu avec le Roi d'Ecosse. Ils ont encore fondé une Abbaye en l'autre extrêmité de leur Duché qu'on appelle saint Michel du Trebor, afin que cet Archange en gardât toutes les avenues.

Ducs de Bretagne.

     LEs Ducs de Bretagne les ont suivis d'aussi près en cette religieuse observance, que les deux Provinces sont proches l'une de l'autre, & même plus en quelque façon, d'autant que quelques uns non contens d'y avoir légué de grands biens pendant leur vie, y ont encore donné leurs corps après leur mort, pour reposer sous les aîles de saint

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Michel, & de toutes les Légions Angéliques. Ils ont encore fondé un Monastère proche Dol sur une Montagne qu'on appelle le petit Mont saint Michel, qu'ils ont pareillement donné aux Moines du Mont de Tombe.

Édifice merveilleux du Mont S. Michel.

     ON pourroit faire ici une description de l'Eglise & du Monastere, mais outre la briéveté requise en cet Abrégé, la plume ne sçauroit égaler en plusieurs pages un chef-d'oeuvre qui peut passer pour un miracle de la nature & de l'art. ; & d'ailleurs s'il ne faut pas que des Pélerins prennent pour motif d'un si saint voyage la satisfaction d'une curiosité humaine, laquelle toutefois n'étant pas de soi mauvaise, ils la pourront contenter après avoir fait leurs dévotions, considérant la multitude, la capacité, la hauteur, l'élegance, beauté, commodité de ces bâtimens élevés les uns sur les autres jusqu'aux nues, & tout cela sur un Rocher qui n'est arrosé que des eaux de la Mer inutiles pour bâtir, & qui gâtent la plûpart du temps les eaux des deux Rivieres, où il n'y a de pierres que ce qui a été tiré des Isles de Gerzey & Guarnezey, & même d'Angleterre. Et parce que toutes les oeuvres

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miraculeuses qui sont arrivées en cette sainte Montagne, ne peuvent être comprises en un si petit abrégé, on pourra estimer toutes les autres par celle-ci, qui semble en effet en être une très-grande, à sçavoir que tous ces bâtimens subsistent maintenant entiers & accomplis après avoir souffert la violence de neuf embrasemens généraux, lesquels le saint Archange n'auroit jamais permis, sinon pour montrer à tous les vivans qu'un lieu qu'il a choisi & consacré à une si précieuse mémoire, pût bien être exposé plusieurs fois à de grands périls.

     Il semble qu'il est maintenant temps de traiter des motifs, de la méthode, & des circonstances avec lesquelles on doit s'acquitter d'un Pélerinage aussi salutaire que celui-ci.

Motif et Méthode pour faire utilement et saintement le Pélerinage de S. Michel.

     ON peut entreprendre un Pélerinage pour quelqu'une de ces causes, ou pour toutes ensemble.

     1. Pour s'exciter à l'imitation des Saints qu'on visite. 2. Pour s'échauffer en la dévotion. 3. Pour s'unir aux mérites des Saints. 4. Pour être aidé de leurs prières. 5. Pour s'adonner plus efficacement à l'Oraison.

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6. Pour honorer par ce travail les peines que les Saints ont supportées pour parvenir à la félicité qu'ils possédent. 7. Pour acquérir une grace plus abondante par la présence des Saints. 8. Pour satisfaire aux péchés, & obéir à l'Eglise quand elle enjoint de telles pénitences.

     Mais selon les exemples & autorités de l'Ecriture, on va en pélerinage ; 1. Pour obtenir la remission des péchés, comme la Magdelaine qui vient à Notre-Seigneur, & même les amis de Job reçurent commandement d'aller à ce saint homme, afin que par son intercession leur péché leur fût pardonné. 2. Pour adorer la divine Majesté, comme Abraham alla sur la Montagne de Moria, comme les Mages qui disoient hautement être venus pour adorer le Sauveur nouvellement né. 3. Pour obtenir de Dieu les lumières nécessaires à la direction de nos moeurs, comme Nicodême qui vint trouver le Sauveur la nuit pour être instruit de lui, comme les pécheurs & les Publicains qui s'approchoient de lui pour l'écouter ; dans l'ancien Testament on alloit aux saints Personnages pour consulter sa volonté comme ceux qui alloient à Samuel ou au grand Prêtre. 4. Pour se consoler en la vûe des oeuvres divines, comme firent les Pasteurs.

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5. Pour s'avancer en la connoissance de Dieu, comme les Gentils qui étoient allés en Jérusalem adorer Dieu, & vouloient avoir Jesus. 6. Pour rendre graces à Dieu, comme Jacob, qui étant retourné de Mesopotamie, s'en alla à Bethel. 7. Pour demander le succès heureux de quelque affaire importante, comme le même auparavant de descendre en Egypte, s'en alla à Bethsabée. 8. Pour être délivrés de quelques peines, corporelles ou spirituelles, comme Rebecca, qui étant pressée des douleurs que lui donnoient les deux enfans qu'elle portoit en ses entrailles, comme ceux qui venoient de tous côtés à Jesus pour être guéris de leurs miseres. 9. Pour enfin animer sa foi, vivifier ses espérances, embraser sa charité par la vûe des lieux où la divine Majesté a fait paroître des vestiges plus particuliers de sa souveraine sagesse, puissance & bonté, comme ceux qui de tout temps sont allés à la Terre Sainte, aux lieux consacrés à la glorieuse Vierge, à Rome, saint Jacques & autres, particuliérement aux lieux consacrés par quelque apparition de S. Michel, en tous lesquels il y a eu des pélerinages célebres, mais encore plus expressément on doit visiter cette sainte Montagne. 10. Pour obtenir de Dieu la grace

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de mourir en état de salut, puisque non-seulement notre saint Archange doit présenter nos ames au Tribunal formidable de Notre-Seigneur, mais encore ce surnom de Pélerin de mer nous avertit des dangers de cette vie, d'où comme d'une mer orageuse nous ne pouvons évader sans le sécours des saints Anges, & sur-tout du Prince de tous les Anges, sous les enseignes duquel doivent se ranger ceux qui veulent combattre & terrasser le Dragon.

Par qui ce Pélerinage doit être fait.

     ON y doit aller en personne quand on le peut ; mais en cas d'impuissance les uns y peuvent aller pour les autres, comme ce Seigneur qui alla prier Notre-Seigneur de guérir son Fils, le Centenier pour son serviteur, & la Cananée pour sa fille.

Quand on doit faire le Pélerinage.

     EN l'ancienne Loi, les premiers jours des mois & derniers de chaque semaine étoient plus singuliérement destinés à cette observance, mais encore plus les Fêtes principales commandées par la Loi, & honorées par le Fils de Dieu Saint Paul alloit à grandes journées à Jérusalem pour y célébrer la Pentecôte : car Dieu a choisi des temps

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aussi bien que des lieux esquels, comme il veut être adoré, & ses Saints honorés, aussi veut-il plus abondamment épancher ses graces sur les misérables. Cet Ange qu'on tient avoir été saint Michel, ne descendoit dans la Piscine qu'à certains temps pour la guérison des malades. Saint Pierre & saint Jean montoient au Temple à l'heure de None, qu'on appelle heure d'oraison.

     Dans l'Histoire Ecclésiastique nous apprenons que la mer ne se retiroit qu'à la Fête & pendant l'Octave de saint Clement pour donner le chemin libre aux Pélerins qui visitoient son tombeau, & les Indulgences accordées aux Pélerins qui viennent à notre Montagne Angélique, montrent qu'il y a certains jours privilégiés plus que les autres.

Comment il faut faire le Pélerinage ?

     AVec grande ferveur, comme les Pasteurs qui vinrent à la Créche ; avec grande hâte, comme Siméon qui vint en esprit au Temple pour voir le Verbe incarné.

     Avec sobriété : car il ne s'en trouve pas en ce temps ni en ce pays ci qui veuillent ou puissent faire vingt journées de chemin sans prendre aucune nourriture, comme on lit de Mecana & Cira, saintes Femmes qui

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en firent autant allant à Jérusalem, & après y avoir exercé tous les actes de Religion que leur piété desiroit, ensuite prirent leur refection & s'en retournerent avec la même diette. S'il n'y a homme présentement qui osât faire quarante journées avec la même rigueur qu'elles pour mériter, au moins, faut-il modérer ses appétits & vivre plus sobrement qu'à l'ordinaire, & se donner bien de garder d'imiter quelques esclaves de gueule que nous avons vû venir, plus pour profaner ce saint lieu par leur gourmandise & ivrognerie, que pour s'y sanctifier, plus pour irriter la colere de Dieu que pour l'appaiser. Saint Gregoire raconte en ses Dialogues qu'un certain homme dévot avoir coutume de visiter une fois l'an saint Benoît, faire ce voyage à jeun pour le respect qu'il portoit à ce saint Patriarche, & que le Diable déguisé en Pélerin tenta ce bon-homme par trois fois, un jour qu'il venoit s'acquitter de ce religieux devoir, qui lui fit rompre cette sainte coutume & mangea en chemin, dont le Saint ayant eu révélation, s'en repentir.

     De cette Histoire nous apprenons que si on doit porter ce respect aux Saints, lors même qu'ils sont revêtus du sac de mortalité : que ne faut-il donc point faire pour

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les mêmes, régnant glorieusement avec Dieu dans le Ciel ? Mais que ne doit-on pas pratiquer pour honorer les saints Anges & le Prince de tous les Anges ? Nous apprenons aussi qui est l'auteur des désordres auxquels se laissent emporter ces Pélerins voluptueux, & enfin ces excès de bouche déplaisant aux Saints ; & tels Pélerins ne doivent s'étonner ou se plaindre s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils demandent, ou recueillent peu ou point de fruit de leur Pélerinage, puisqu'ils provoquent plutôt la colère de Dieu & des Saints, qu'ils ne l'excitent à la miséricorde.

S'adonnant au silence et s'abstenant de mauvais discours.

     NOus lisons qu'Andronic & Atanasie allerent d'Egypte en Jérusalem, & revinrent ensemble, gardant un continuel silence, qui nous enseigne que les discours frivoles & ridicules, les détractions, juremens, profanations du saint nom de Dieu, & autres excès de langue, sont contraires à la sainteté des Pélerinages ; car les saints Anges nous ont assez montré combien le silence leur est agréable, & que c'est un excellent moyen pour vaincre l'ennemi de notre salut, lorsque tout le Ciel se mit en un

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profond silence ; tandis que saint Michel combattoit le Dragon.

Avec mortification et austérité corporelle.

     NOus avons d'autres beaux exemples de mortification pratiquée par des Personnes Illustres, qui doivent faire rougir ceux de moindre condition, qui ne veulent se contenir ès bornes de la tempérance & modestie chrétienne.

     L'Empereur Othon alla de Ravenne, nuds pieds, au Mont Gargan : Charlemagne fit le voyage de Rome trois fois en habit de Pélerin, avec lequel il vouloit même être enseveli : Louis XI est venu plusieurs fois à notre sainte Montagne avec le même habit : saint Guillaume, Gentilhomme Milannois, n'étant âgé que de quatorze ans, est allé à saint Jacques, nuds pieds, vêtu d'une seule Tunique, serrée d'une double chaîne de fer, souffrant des peines incroyables, de faim, de soif, de froid, de chaud & autres pour rendre son Pélerinage plus agréable à Dieu. Et toutes les Histoires saintes sont remplies de pareils exemples, auxquels un chacun se doit conformer.

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Autre pureté de l'ame.

     QUe si la mortification corporelle doit accompagner un si saint oeuvre, la pureté de l'ame y est encore bien plus nécessaire pour en recueillir le fruit espéré. Car ceux qui imiteront les Scribes & les Pharisiens qui s'approchoient du Sauveur avec hypocrisie ; ceux qui imiteront les Saints avec une conscience souillée de péché, pensant les tromper par l'habit de Pélerin, comme prétendoit faire la femme de Jeroboam au Prophête Abias, ou comme les Juifs qui s'adressoient au Prophête Ezechiel, ou comme Judas qui s'approcha du Fils de Dieu avec un coeur chargé du plus infâme poison d'enfer, ne doivent pas attendre d'événement plus favorable que ceux-là.

Disposition des Pélerins au départ.

     ILs doivent donc auparavant que de partir purifier leurs ames par la Confession, afin de faire cet oeuvre en état de graces, qu'ainsi il ne soit pas seulement satisfactoire pour les péchés commis, mais encore méritoire de la vie éternelle, de nouvelles graces, d'autres dons & faveurs naturelles & surnaturelles ; ensuite faire les autres choses prescrites par l'Eglise.

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Pendant le Voyage.

     S'Exercer autant qu'on pourra ès oeuvres de pénitence, employer partie du temps à l'oraison & méditation des choses saintes ; partie en discours pieux & de bonne édification, & partie en prières vocales, ou à chanter quelques Hymnes, ou réciter quelques Pseaumes à l'honneur de Dieu, de la Sainte Vierge, des Anges & autres Saints.

A l'Abord.

     FAut imiter les saints Mages qui se prosternerent en arrivant, & adorerent en toute humilité le Sauveur du monde, mais particuliérement on doit s'humilier en ce lieu sanctifié par la présence des Anges & du Roi des Anges, se souvenir que Jacob fut tout saisi de frayeur ayant vû cette Echelle mystérieuse qui n'étoit que l'ombre de ce sacré Mont, par laquelle montoient & descendoient les Anges, & s'écria : O que ce lieu est terrible ! Se remettre devant les yeux que saint Michel représentant la personne de Dieu, ne permit à Moyse ni à Josué de s'approcher

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de lui que nuds pieds, & apprendre delà avec quelle révérence on doit marcher en un lieu qu'il a choisi pour sa demeure particulière. Après donc avoir adoré Dieu de tout son coeur, & rendu aux saints Anges les vénérations qui leur sont dues, & aux Saints dont il y a des Reliques au Trésor, ils se confesseront, communieront & feront leurs prières selon la grace & inspiration divine.

Offrande.

     NOus lisons que Dieu ne veut pas que l'homme paroisse les mains vuides en sa présence ; que ceux qui allerent les premiers de toutes les Nations adorer le Fils de Dieu, lui offrirent ce qu'ils avoient de plus précieux en leur Pays, que la coutume étoit de tout temps de porter des présens aux Saints qu'on visitoit, comme nous enseignent les Histoires de Samuel & d'Elisée ; même Abraham n'épargna pas son propre fils, si Dieu l'eût voulu accepter. Toutefois on sçait que plusieurs n'ont pas le moyen de faire des présens. Quant à ceux qui ont été plus avantagés des biens de la fortune, il les faut laisser à leur dévotion ; mais nul n'est dans l'impuissance

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d'offrir à Dieu & à ses Saints un coeur contrit & humilié, qui non seulement ne peut être méprisé, mais même est réputé pour un holocauste parfait qui exhale un parfum si excellent, que les saints Anges n'en offrent point de plus précieux à la divine Majesté, par ces mystérieux encensemens si célèbres dans les révélations du bien-aimé Disciple de JESUS.

Au retour.

     ILs apprendront du saint Archange Raphaël comment ils s'y doivent comporter, à sçavoir qu'ils doivent, en s'en retournant, bénir Dieu en présence de tout le monde, chanter ses louanges par les chemins, s'exciter de plus en plus en son amour. Ils imiteront saint Pierre qui, après avoir vû le saint Sépulchre, s'en retourna à part soi, considérant profondément, & admirant qu'ils avoient vû ce qui s'étoit passé ; ce faisant, il mérita de voir Notre-Seigneur ressuscité. Ainsi doit un Pélerin en son retour penser aux merveilles que Dieu a faites par le glorieux Archange saint Michel, aux graces qu'il a reçues, & doit espérer par son intercession. Il faut se souvenir de cet Ethiopien qui, s'en retournant

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de Jérusalem, lisoit les saintes Ecritures en son Carrosse, mérita d'être éclairé ; imitant aussi les bons Israëlites qui, en allant & retournant de Jérusalem, chantoient avec joie le Pseaume 118.

Arrivant chez eux.

     ET en entrant dans leur maison, selon le précepte de saint Raphaël, ils adoreront incontinent la divine Bonté, lui rendront graces & lui demanderont la continuation de ses miséricordes.

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INVENTAIRE
des Reliques du Mont S. Michel.

PREMIÈREMENT.

     LEs Corps de saint Valentin & saint Gulbert, Freres, Martyrs.

     2. Le Chef de saint Innocent, Compagnon de saint Maurice.

     3. Deux Epines de la Couronne de Notre-Seigneur, données l'an 1311 par Philippe le Bel, Roi de France.

     4. Un morceau très-apparent de l'adorable Croix de Notre-Seigneur, donné par le susdit Roi.

     5. Une Caisse dans laquelle sont plusieurs Reliques de plusieurs Saints dont les noms sont inconnus.

     6. Le Corps de saint Aubert, Evêque d'Avranches, premier Fondateur de cette Eglise, où il est enterré.

     7. Son Chef, auquel on voit le trou que l'Archange saint Michel y fit.

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     8. Le Corps de sainte Celumne, l'une des onze mille Vierges.

     9. Une partie du Voile que laissa l'Archange saint Michel sur l'Autel du Mont Gargan, y paroissant.

     10. Une partie du Marbre sur lequel le même Archange s'apparut au Mont Gargan.

     11. Une Croix très-apparente faite du bois de la vraie, donnée à l'Abbé Pierre le Roy, l'an 1406, par le Roi de Foy.

     12. Deux Côtes de saint Agapit, Martyr ; les Febricitans les reclament & saint Aubert aussi.

     13. Une Côte de saint Yves, Prêtre, Protecteur & Avocat des Pauvres, donnée l'an treize cent soixante-trois, par Charles de Châtillon dit de Blois, Comte de Pentiévre, lequel apporta cette sainte Relique, nuds pieds, depuis Rennes jusqu'en cette Eglise.

     14. Des saintes Oportune & Euphrosine, Vierges.

     15. De saint Thomas, Apôtre, & de saint Luc, Evangeliste.

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     16. Un Bras d'argent doré, dans lequel est un grand ossement du Bras de sainte Agnès ; cette Relique fut apportée de la Chapelle du Roi de Sicile, par Thomas Bruny, Chancellier dudit Roi, l'an 1180. Dans le Reliquaire il y a aussi du Bras de sainte Agathe.

     17. Du Bras de saint Laurent, Levite & Martyr ; cette Relique avec celle de saint Agapit, & le Chef de saint Innocent de la Région des Thébains, fut apportée du Monastère de saint Bénin du Fructuaire en Lombardie, Diocèse de Verceil, par Suppo VII. Abbé de cette Abbaye.

     18. Un Bras de saint Aubert, Evêque d'Avranches.

     19. Du Bras de la Croix de Notre-Seigneur, l'Eponge, de sa Couronne, de ses Vêtemens & de son Berceau, du Voile & des Cheveux de la sacrée Vierge, de sainte Anne, Mère de la Sainte Vierge : de la Verge & des Reliques du Père Aaron, de saint Siméon le Juste, des saints Apôtres Pierre & Paul, André, Jacques le Mineur, Thomas, Philippe, Barthélémy, Simon, Thadée & Luc.

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     Item. Du Vêtement de saint Jean l'Evangeliste, des Reliques des saints Innocents, des saints Martyrs Etienne, Laurent, Vincent, Anastase, Adrien, Hipolite, Marcel, Blaise, Christophe, Justin Prêtre, Matthus, Marthe, Côme & Damien, Nerée & Achillée, des trois Enfans, des 40 Martyrs, des saints Confesseurs Damien & Nicolas, de sainte Marie Magdelaine, des saintes Vierges Agnès, Agathe, Luce, Pradexe, Heleine, Restitue, Candide & Bibiane. Ces Reliques furent envoyées au Mont par un Pape.

     20. De saint Martin Evêque de Tours.

     21. De saint Eustache.

     22. De sainte Agathe, Vierge & Martyre, de saint Cassian, de saint Malo, de sainte Petronille, de saint Apollinaire : des Vêtemens de saint Jean l'Evangeliste, du Sépulchre de Notre Seigneur, un doigt de saint Pair, Evêque & Confesseur.

     23. Des Dents de saint Nicolas, Evêque de Myrrhe & Confesseur.

     24. De saint Barthelemy, Apôtre, & de saint Sebastien.

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     25. Du Berceau de Notre-Seigneur & des Reliques des saints Innocents.

     26. De saint Marcel, Pape & Martyr, de saint Martial, fils de sainte Félicité.

     27. De saint Exupere.

     28. De saint Gildas.

     29. Des Cheveux de la Glorieuse Vierge Marie Mere de Dieu.

     30. De S. Etienne, premier Martyr.

     31. Des saints Felix & Felicien, Hyppolite, Saturnin & sainte Marie Egyptienne, de saint Constance, du Berceau & de la Robe de Pourpre de Notre-Seigneur, de la Table sur laquelle il célébra la Cène.

     32. De la Croix de Notre-Seigneur, de son Sépulchre, de la Crêche, du Sépulchre de la Glorieuse Vierge Marie, des Reliques de saint Pierre & saint Paul, Apôtres, des saints Côme & Damien, des saintes Marie Magdelaine & Marie Egiptienne, des saints Hyppolite, Primus, Felicien & Saturnin, des saintes Agnès & Constance.

     33. Des saints Fabien & Sebastien.

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     34. Un doigt de saint Jean-Baptiste.

     35. Une dent du même Saint.

     36. De saint Maur Abbé, Disciple de saint Benoît, Patriarche des Bénédictius en France.

     37. De saint George, Martyr.

     38. De la Colonne à laquelle Notre-Seigneur fut attaché & flagellé.

     39. De Saint Christophe, Martyr, de saint Hilaire & Jason son fils.

     40. Un grand ossement du bras de saint Eustache.

     41. Des charbons sur lesquels saint Laurent fut grillé.

     42. Les chefs de sainte Susanne Vierge, & d'une des onze mille Vierges.

     43. De la Croix de Notre-Seigneur, de ses vêtemens, de saint Pierre, de saint Ouen, de saint Anastase, dérechef de la Croix de Notre-Seigneur, des Vêtemens de sa glorieuse Mere, de saint Denis Martyr, d'un Linceul dans lequel son Corps fut enveloppé. Une dent de saint Mathias Apôtre, Des Chasuble, Etole & Dalmatique

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de saint Denis teintes de son sang, de la Tunique & du Mouchoir de la Sainte Vierge.

     44. De saint Justin Prêtre & Martyr, de saint Pancrace aussi Martyr.

     45. Du sépulchre de Notre-Seigneur & de celui de la Sainte Vierge.

     46. Du Mouchoir de Notre-Seigneur & de la Tunique de la Vierge, des Cheveux de sainte Marie Magdelaine, de saint François d'Assise, des Reliques de saint Germain, de saint Ouen, de saint Vast, de saint Amand, de saint Basile, de saint Sulpice, de saint Jacques, de saint Thimothée, de saint Eusebe Evêque & Confesseur, de saint Maurice, de saint Zuphon, de saint Antigone, de saint Rustique, de saint Eleuther, de saint Richard Roi d'Angleterre, des Vêtemens. Sacerdoraux de saint Anselme, des Reliques de sainte Tecle, de sainte Colombe, de sainte Felicité, & plusieurs autres Saints.

Dans le Reliquaire qui est sur l'Autel.

     47. Deux côtes des saints Eleuther & Loup Evêques de Bayeux, des trois Enfans

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qui furent jettés dans la fournaise, de la Croix de Notre-Seigneur, de sa Crêche, de son Sépulchre & de celui de la glorieuse Vierge Marie, & du Mytre de saint Jean l'Evangeliste, de l'huile de saint Nicolas, de l'huile de sainte Catherine, du Baume de Notre-Seigneur, des Reliques de saint Godebert, de sainte Perpetue, de saint Guillaume, de saint Hyppolite, de saint Anxie Martyr, de saint Eluther, des saints Jean & Paul, de saint Christophe Martyr, de saint Leon Pape, les Vêtemens de Notre-Seigneur, des trois Fontaines de saint Paul à Rome, des saints Gervais & Protais Martyrs, de la Chaire de Notre-Seigneur Jesus-Christ, de la Colonne où il fut flagellé, de saint Eluther Pape & Martyr, de saint Eustache, de saint Boniface Pape, d'une pierre sur laquelle Notre-Seigneur s'appuya en priant, des Cendres de saint Rustique Prêtre, des saints Martyrs Poncien, Nerée & Achillée.

     48. De l'Etole & Manipule de saint Eloy Evêque de Noyon : on tient par tradition que ces Reliques ont été deux cents ans en terre sans se corrompre, ainsi qu'on les voit encore à présent.

     49. Reliques insignes de saint Gaud.

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Prières que les Pélerins doivent faire chaque jour en partant.

     Ant. In viam pacis.

CANTIQUE DE ZACHARIE.

     BEnedictus Dominus Deus Israël : quia visitavit & fecit redemptionem plebis fuae.

     Et erexit cornu salutis nobis, in domo David pueri sui.

     Sicut locutus est per os Sanctorum : qui à saeculo sunt Prophetarum ejus.

     Salutem ex inimicis nostris : & de manu omnium qui oderunt nos.

     Ad faciendam misericordiam cum patribus nostris : & memorari testamenti sui sancti.

     Jusjurandum quod juravit ad Abraham Parrem nostrum darurum se nobis.

     Ut sine timore de manu inimicorum nostrorum liberati, serviamus illi.

     In sanctitate & justitia coram ipso : omnibus diebus nostris.

     Et tu puer Propheta altissimi vocaberis : praeibis enim antè faciem Domini parare vias ejus.

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     Ad dandam scientiam salutis plebi ejus : in remissionem peccatorum eorum.

     Per viscera misericordiae Dei nostri : in quibus visitavit nos oriens ex alto.

     Illuminare his qui in tenebris & in umbrâ mortis sedent : ad dirigendos pedes nostros in viam pacis.

     Gloria Patri, &c.

     Ant. In viam pacis & prosperitatis dirigat nos omnipotens & misericors Dominus : & Angelus Raphaël comitetur nos in viâ ut cum pace, salute, & gandio revertamur ad propria.

Oremns.

     DEus, qui filios Israël per maris medium sicco vestigio ire fecisti, quique tribus Magis iter ad te stellâ du ce pandisti, tribue nobis, quaesumus, iter prosperum, tempusque tranquillum., ut Angelo tuo sancto comite, ad eum quo pergimus locum, ac demùm ad aerernae salutis portum pervenire valeamus.

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Indulgences accordées par les Souverains Pontifés, en faveur de ceux qui visiteront l'Eglise du Mont saint Michel, ès jours ci-marqués.

     ALexandre IV, a concedé cent jours de pardon à ceux qui visiteront l'Eglise de ce lieu le jour de la Résurection de Notre-Seigneur Jesus-Christ.

     Jean XII, a donné cent jours.

     Urbain V, un an & quarante jours.

     Item. Chaque jour des Octaves de la Résurrection, cent jours, & ledit Pape Jean, quarante jours.

     Item. Chaque jour d'après lesdites Octaves jusqu'à l'Ascension, ledit Pape Alexandre, cent jours, & le jour de l'Ascension, cent jour, le Pape Jean cent jours, Urbain un an & quarante jours. Chaque jour des Octaves de l'Ascension le Pape Alexandre cent jours, & Jean quarante jours.

     Item. Chaque jour d'entre les Octaves de l'Ascension & de la Pentecôte, le Pape Alexandre cent jours. Le jour de saint Michel en Mai, Urbain un an & quarante jours. Le jour de la Pentecôte, Alexandre

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cent jours ; le Pape Jean cent jours ; Urbain, un an & quarante jours.

     Chaque jour des Octaves de la Pentecôte, le Pape Alexandre cent jours, le Pape Jean quarante jours. Le jour du saint Sacrement, Urbain un an & quarante jours. Le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, Urbain un an & quarante jours. Le jour de l'Assomption de Notre-Dame, le Pape Jean cent jours, Urbain un an & quarante jours. Le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, Urbain un an & quarante jours. Le jour de la Nativité de Notre-Dame, Urbain, cent jours. Chaque jour des Octaves d'icelle, le Pape Jean, quarante jours.

     Le jour saint Michel en Octobre, Innocent, un an & quarante jours.

     Le jour de la Toussaint, Urbain, un an & quarante jours. Le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, Urbain, un an & quarante jours, le Pape Jean autant, & chaque jour des Octaves d'icelle, quarante jours.

     Le jour de la Circoncision, Urbain, un an & quarante jours, & le jour de l'Epiphanie un an & quarante jours. Le jour de la Purification de Notre-Dame, Urbain, un an & quarante jours. Le Pape Jean, cent jours ; & chaque jour des Octaves d'icelle, quarante jours. Le jour de l'Annonciation

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de Notre-Dame, Urbain, un an & quarante jours, chaque jour des Octaves d'icelle, quarante jours.

Autres Indulgences accordées audit lieu par notre S. Pere le Pape Nicolas V.

     LE saint Pere Nicolas V, pour l'honneur de Dieu, & révérence de son Archange saint Michel, a donné à perpetuité à tous Chrétiens vrais confessés & répentans, visitant dévotement l'Eglise du Mont saint Michel, dit au péril de la mer, & donneront de leurs biens à la fabrique d'icelle, aux Fêtes qui suivent ; sçavoir à la Fête de l'apparition de saint Michel, le huit de Mai, de saint Michel le vingt-neuf Septembre, de saint Michel le seize Octobre, pour chacune desdites Fêtes, sept ans & sept quarantaines de vrais pardons. Le même a donné à l'Abbé & Prieur claustral dudit lieu, puissance de commettre Prêtres Réguliers ou Séculiers pour ouir en confession les visitans dudit lieu aux jours susdits, & les absoudre de tous cas, excepté ceux qui sont reservés au Pape.

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Autres Indulgences octroyées par Monsieur Detoureville, Legat dudit Pape Nicolas pour le Royaume de France.

     DE l'autorité de Notre saint Pere le Pape Nicolas V, le très-Révérend Pere en Dieu, le Cardinal Detoureville, Legat au Royaume de France, donna à perpetuité à tous Chrétiens qui visiteront dévorement la susdite Eglise, & donneront de leurs biens pour la reparation d'icelle, & pour chaque fois un an & quarante jours de vrai pardon.

Quelques-uns des Miracles faits audit Mont S. Michel testifiés par autorité publique.

     LE Samedi 4 jour de Mai 1560, fut amenée en ce lieu une jeunes Fille nommée Thomasse George de la Paroisse saint Silvin, Pays de Caux, conduite par Nicolas Barbé & Pierre Mathieuse ses parens, laquelle ayant été plusieurs fois vexée, tant de nuit que de jour, par un esprit invisible, lequel au 24 jour d'Avril s'apparut à elle, lui disant, je suis l'esprit de ton Pere,

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qui te commande d'accomplir un voyage au Mont saint Michel que j'avois promis & non accompli ; pour assûrance de quoi je te ferme la main & les doigts que tu ne pourras ouvrir que tu n'ayes parfait ledit voyage. La sage Fille alla diligemment déclarer ce que dessus, & demander conseil à vénérable Prêtre Maître Nicolas le Gros vicaire de la dite Paroisse, qui fut d'avis qu'elle accomplit dévotement ce voyage, et lui donna une lettre testimoniale pour assurance tant pour le chemin, qu'audit Mont St Michel. Arrivée audit lieu, la main étroitement fermée, elle récita tout ce que dessus. Comme elle faisoit dire la messe, le prêtre faisant la dernière èlevation du Corps de Notre-Seigneur, la main lui fut ouverte aussi facilement que si jamais elle n'avoit été fermée.

     Signé PROVOST.

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Autre Miracle.

     LE 16 Septembre 1589. Jean Cario de la Ville de Quintin en Bretagne, ayant un fils nommé Jacques, frappé de telle maladie, que par l'espace de trois semaines il ne pouvoir aucunement parler ni marcher, fit voeu de l'amener en ce lieu ; ce qu'étant fait par la puissance de Dieu & intercession du saint Archange, il s'en retourna parfaitement guéri ainsi qu'auparavant.

     Signé PAYEN.

     FIN.