Télécharger le texte
|
Princes malheureux qui sont venus à Cherbourg / par M. Ragonde
PRINCES
MALHEUREUX
QUI SONT VENUS
A CHERBOURG.
Solvite, mortales, animos, enrasque levale :
Fala regunt orbem, certâ stant omnia lege,
Longaque per certos signantur tempora cursus.
(Manilius. Liv. IV).
Non illa Deo vertiste licet,
Quae nexa suis currunt causis.
(Sen. OEdipe).
Malgré l'opinion des deux poètes dont nous avons extrait ces épigraphes, notre intention n'est certes pas de professer une sorte de fatalisme irrésistible, à l'occasion des malheurs attachés à la fortune des illustres personnages, que le hasard a pu et pourra quelquefois conduire à Cherbourg. D'ailleurs, en nous citant d'autres noms de personnages que la fortune se plut à favoriser d'une manière particulière,
[p. 4]
ce système de fatalisme serait bientôt détruit. Ce ne sont simplement que quelques rapprochemens curieux que nous offrons dans cette notice.
Le premier prince malheureux, venu à Cherbourg, qui s'offre à nous, est Aigrold, roi de Danemarck, chassé de ses états par son fils qui voulait le détrôner. Aigrold vint, en 947, se réfugier en Normandie avec une flotte de soixante vaisseaux. Guillaume I.er, duc de Normandie, lui assigna Cherbourg pour résidence, et lui abandonna le Cotentin pour la subsistance de ses Danois restés fidèles. Bientôt ce roi fut rétabli dans ses états, d'où, plus tard, les seigneurs normands l'appelèrent à leur secours, pour soutenir le fils de Guillaume contre le roi de France, qui, voulant profiter de la minorité du jeune duc, cherchait à reconquérir la Normandie. Aigrold vint débarquer à Cherbourg avec une puissante armée et vingt gros vaisseaux ; et, après avoir mis le roi de France à la raison, il s'en retourna en Danemarck, comblé de présens par le jeune duc. Ce fait nous prouve qu'il existait encore des liens puissans entre la mère-patrie et la superbe colonie fondée en Neustrie, au 10e siècle, par Rollon.
Ne pourrions-nous pas, à bien juste titre, compter parmi les princes malheureux venus à Cherbourg, cet oncle infortuné du Conquérant, Mauger, archevêque de Rouen, qui, par un esprit supérieur et indépendant peut-être, plus que par le déréglement de ses
[p. 5]
moeurs, attira sur lui l'animadversion de l'ambitieux Guillaume. Mauger, après sa déposition, fut relégué dans l'île de Jersey, où, dit-on, il s'adonna à la magie, ayant un génie invisible avec lequel il s'entretenait familièrement et dans une langue inconnue. Mauger venait souvent dans le Cotentin et probablement débarquait à Cherbourg. Ce fut dans une de ces traversées, qu'après avoir prédit au marin qui le conduisait, qu'un d'eux devait périr, Mauger, sans doute dégoûté de la vie par les amertumes dont l'abreuvait sa famille, se laissa tomber dans la mer où il se noya, en l'année 1055. Son corps trouvé deux jours après entre deux rochers, fut inhumé à Cherbourg.
En 1145, la veuve d'un empereur, la fille de Henri I, Mathilde, que son père, en mourant, avait déclarée reine d'Angleterre et duchesse de Normandie, se vit forcée, après avoir essuyé une défaite de la part de son cousin Etienne, comte de Bretagne, son compétiteur à la couronne, de passer en Normandie, pour y chercher du secours Une horrible tempête la poussa à Cherbourg, où, pour réaliser un voeu fait pendant la tourmente, elle bâtit une chapelle et enrichit l'abbaye de Cherbourg. Cette chapelle, changée de sa place primitive, porte encore le nom de Notre-Dame-du-Voeu.
Jean-sans-Terre, qui se fit détester de ses sujets anglais, que Philippe-Auguste dépouilla de la Normandie, qui fut battu par
[p. 6]
les Français à Bovines, était venu habiter le château de Cherbourg, en 1163, avec son père Henri II et la reine Eléonore. Ce fut aussi à Cherbourg que ce même Jean-sans-Terre, par une férocité dont on ne trouve plus d'exemple dans nos temps modernes, fit enfermer dans un cachot et ensuite précipiter dans la mer, du haut d'un rocher, son neveu et son compétiteur à la couronne d'Angleterre, Artus, dernier comte de Bretagne, après l'avoir chargé de chaînes, et promené, de ville en ville, dans une cage de fer.
Charles de Navarre vint, en 1355, pour la première fois, à Cherbourg, qui, ainsi que plusieurs villes de Normandie, lui avait été impolitiquement cédée par son beau-père, le roi Jean. Il y commanda la construction de ces murs puissans, qui faisaient de Cherbourg, selon l'expression de Froissard, une des fortes villes du monde. L'année suivante, Charles fut traîtreusement saisi à Rouen par son beau-père, qui le fit enfermer dans le château des Andelys, et ensuite dans celui d'Arleux, d'où il s'échappa, l'année suivante, par la ruse et le dévouement de quelques gentilshommes navarrois, qui, s'étant déguisés en charbonniers, entrèrent de nuit dans le château et en tirèrent leur roi. Celui-ci, après s'être fait absoudre par le régent, revint en Normandie, où il fit terminer les fortifications de Cherbourg. Je place ce roi parmi les princes malheureux : en effet, combien l'ambition ne dut-elle pas empoisonner
[p. 7]
son existence ? Poursuivi à chaque pas par les revers, il se vit tour-à-tour fait prisonnier par Pierre-le-Cruel, à qui il fut forcé de payer une forte rançon. Retenu captif par le roi de France, son beau-père, il vit aussi ses fils prisonniers de leur oncle Charles V, comme pour lui servir d'ôtages. Enfin, un événement tragique vint terminer ses jours : il fut brûlé par le feu qui prit aux draps imprégnés de liqueurs alcooliques, dont les médecins le faisaient envelopper dans sa vieillesse.
Pendant que Charles de Navarre séjournait à Cherbourg, vers l'année 1363, Pierre de Lusignan, roi de Chypre, menacé par les Musulmans d'être chassé de ses états, étant venu implorer les secours des rois d'Europe et particulièrement du roi de France, apprit que Charles de Navarre faisait des préparatifs contre ce roi. Il craignit qu'une guerre intestine n'empêchât Jean de réaliser la promesse qu'il avait faite de le secourir. En conséquence, il vint à Cherbourg faire à Charles des propositions de paix. Celui-ci le reçut assez bien, le 19 août 1363, fit aller au-devant de lui la bourgeoisie en armes, avec les troupes navarroises ; mais il lui répondit qu'il était décidé à suivre ses prétentions les armes à la main. Le roi de Chypre resta quelques jours à Cherbourg, puis s'en retourna à Paris vers le roi de France.
Le duc de Glocester, frère du roi d'Angleterre Henri V, vint, en 1418, assiéger
[p. 8]
Cherbourg, qui lui fut vendu, le 28 novembre de la même année. Ce même duc, devenu tuteur de son neveu Henri VI, fut assassiné, en 1447, par les instigations de la reine, Marguerite d'Anjou, épouse de son neveu.
Cette même Marguerite, dont Walter-Scott, dans son roman de Charles-le-Téméraire, a peint la misère et le grand caractère à si grands coups de pinceau, passa à Cherbourg, quand elle sortit de sa prison d'Angleterre pour venir en France, après le traité de Péquigny, en 1480.
Citerai-je François Ier, dont les malheurs (et son plus grand ne fut peut-être pas d'être fait prisonnier sous les murs de Pavie) ne sont pas tout-à-fait éclipsés par son titre de restaurateur des lettres ? Ce roi vint à Cherbourg, le 28 avril 1532, avec son fils, qui lui succéda sous le nom de Henri II. Ce dernier prince, dont l'armée fut complètement défaite sous les murs de Saint-Quentin ; qui se déshonora en signant, d'après les conseils d'une maîtresse (Diane de Poitiers), une paix justement nommée paix maudite et malheureuse, périt victime de sa passion pour les tournois. La lance de Montgommery lui perça l'oeil et ne le laissa vivre que quelques jours.
Le dernier des Stuarts, Jacques II, roi d'Angleterre, chassé de ses états par ses sujets, pour avoir voulu attenter à la constitution
[p. 9]
de son pays et favoriser particulièrement les catholiques de son royaume, en leur accordant tous les emplois, obligé de céder son trône à son cousin et gendre, Guillaume de Nassau, vint chercher un asile en France, et débarqua, en 1688, à Cherbourg, où il fut reçu et complimenté par M. Pâté, curé de cette ville. Jacques II resta huit jours à Cherbourg, et, dit un historien de cette ville « reçut beaucoup de consolations de la part des habitans. » Le même roi, quatre ans plus tard, se trouvait à la Hougue, quand Tourville combattait pour sa cause contre la flotte anglaise.
En 1781, le dernier des Condé, qui, après avoir vu périr, par le plomb des séides d'un despote, dont les brillantes qualités ne feront pas oublier tous les attentats, un fils unique, l'objet des plus belles espérances, finit, l'an dernier, sa vie, dans le palais de ses aïeux, d'une manière si tragique, visita Cherbourg avec son père et les ministres de la guerre et de la marine.
Le 22 mai 1786, le comte d'Artois (depuis Charles X) vint visiter Cherbourg. Il ne pensait pas alors que 44 ans plus tard il reviendrait s'embarquer en ce port, abandonnant pour toujours la France.
Le 22 juin de la même année, son frère, le bon, mais trop irrésolu Louis XVI, arriva à Cherbourg sur les onze heures du soir : il fut reçu au-delà du pont-tournant par le
[p. 10]
clergé avec le dais et l'encensoir, le maire, les échevins, les officiers de l'amirauté, des traites foraines, du baillage, de l'abbaye et différens notables bourgeois. Un régiment d'infanterie (celui de la Reine) formait la haie depuis le pont-tournant jusqu'à l'abbaye, où le roi se rendit, et où il soupa en public. Le lendemain, le roi se leva à trois heures, assista à la messe, s'embarqua et alla descendre sur une des huit caisses coniques déjà placées pour consolider la digue de la rade, et de là il put en voir immerger une autre, et observer les travaux de cette oeuvre gigantesque. Le roi dîna sur ce cône. Après le dîner, il visita le fort de l'île Pélée, et revint debarquer auprès du fort d'Artois, à l'endroit où est actuellement l'entrée du port militaire. Le 24, Louis XVI dîna à bord du vaisseau le Patriote, et assista à un combat naval entre les vaisseaux de la flotille, qui avaient exprès devancé le Patriote. Ensuite il s'avança en pleine mer jusqu'à ce qu'il découvrît les côtes d'Angleterre. En revenant, le roi visita l'anse d'Urville, où les Anglais étaient descendus, en 1758. Le 25, il visita l'emplacement du fort de Querqueville et le fort d'Artois. Bien différent de ces rois pour qui des forts ne sont que des murs et des canons, des vaisseaux que des bois et des cordages, Louis XVI qui, dans un autre siècle, eût été compté parmi les rois les plus utiles à l'humanité, sinon parmi les plus grands, examina tout avec la plus scrupuleuse attention, et fit les observations les plus justes et les plus pertinentes. Un vieux vaisseau devait être incendié et coulé
[p. 11]
par les batteries du fort d'Artois, et cela pour l'amusement du roi ; mais celui-ci plus sage que les courtisans qui avaient projeté cette folle et inutile dépense, ordonna que ce vaisseau fût vendu et l'argent donné aux pauvres. Le roi repartit de Cherbourg le 26.
C'était le 22 mai que le comte d'Artois arrivait à Cherbourg. A pareil jour, en 1811, Napoléon et Marie-Louise partaient de Rambouillet pour venir visiter cette ville. Ils avaient à leur suite le prince Eugène Beauharnais, le ministre de la marine De Crès, etc. Le 26 mai, ils entraient à Cherbourg, à trois heures de l'après-midi, et, immédiatement après leur arrivée, ils visitèrent les forts de la rade, la digue, et les travaux du nouveau port. Le lendemain, dès cinq heures du matin, Napoléon à cheval, accompagné du prince Eugène et d'officiers du génie, parcourait les fortifications, le port du commerce et les chantiers de la marine. Le 30 mai, à cinq heures du matin, l'empereur étant en rade fit appareiller l'escadre commandée par le contre-amiral Troude. Cette escadre fit diverses évolutions en dedans et en dehors de la digue, rentrant par la passe de l'E. et sortant par la passe de l'O. Le même jour, à midi, Napoléon et son épouse partaient pour Paris, où ils étaient arrivés le 5 juin.
Deux ans après, le 25 août, Marie-Louise, régente du vaste et bel empire qu'elle devait bientôt abandonner pour jamais, revenait à Cherbourg, afin de voir entrer l'eau dans ce
[p. 12]
vaste bassin du port militaire, que son époux avait fait creuser. Voici comment un témoin oculaire décrivait dans le temps cet imposant spectacle : « Représentez-vous la marche majestueuse des vaisseaux qui voguaient devant le port en saluant notre auguste souveraine, l'imposante procession des prélats qui répandaient autour d'eux l'eau sainte et les bénédictions, l'océan qui, cherchant à briser les liens que lui avait opposés le génie, et qu'il lui permettait enfin de rompre, jaillissait en cascades à travers la digue (le bâtardeau), et vous n'aurez encore qu'une imparfaite idée de cette réunion de choses merveilleuses, faites pour porter l'enthousiasme dans l'âme de tous les spectateurs. A mesure que la marée s'éleva, les flots de l'océan se répandirent avec plus d'abondance dans le port. A neuf heures sept minutes du soir, le bâtardeau s'écroula avec un fracas horrible. On fut au palais en donner avis à l'impératrice, qui vint pour jouir de ce spectacle. » Le 5 septembre, Marie-Louise était de retour à Saint-Cloud.
Le 13 avril 1814, la frégate l'Eurotas débarquait dans le port de Cherbourg le duc de Berri, qui devait, quelques années plus tard, périr sous le fer d'un assassin.
Trois ans après, son frère, le duc d'Angoulême, venait pour la I.re fois se promener à Cherbourg, le 25 octobre 1817.
Au mois de septembre 1827, son épouse
[p. 13]
parut également dans cette ville, où l'on remarqua l'air aisé avec lequel elle passait des troupes en revue.
Enfin, deux ans après, le 24 août 1829, le même duc y revenait pour être témoin de la mise de l'eau dans le nouveau bassin en communication avec celui que, 16 ans auparavant, Marie-Louise était venue inaugurer. Il ne se doutait pas que, comme elle, un an après ces fêtes, il ne serait plus prince français, et qu'il reviendrait avec toute sa famille s'embarquer à Cherbourg, disant pour toujours adieu à cette grande et généreuse nation qu'ils comprirent si mal pendant 16 ans. Les détails de ce voyage sont trop connus pour que nous en parlions ici.
Depuis le départ de la branche aînée des Bourbons, un an ne s'était pas encore écoulé quand, dans la matinée du 10 juin, nous vîmes arriver sur notre rade la frégate anglaise la Volage, commandée par M. Colchesler, capitaine de vaisseau. Elle avait à son bord le chef de la maison de Bragance, D. Pedro I.er, empereur du Brésil, et son épouse, la fille d'Eugène Beauharnais. Une révolution causée par l'antipathie des Brésiliens pour les Portugais, avait forcé D. Pedro d'abdiquer le 7 avril. Le 13, D. Pedro, son épouse et sa fille dona Maria, reine du Portugal, partaient de Rio pour la France. La reine du Portugal était montée sur la frégate française la Seine, et don Pedro sur la frégate anglaise la Volage.
[p. 14]
A l'arrivée de la Volage sur la rade de Cherbourg, un officier de la marine du port, se rendit à bord avec le vice-consul brésilien et un courtier du commerce. Ce furent eux qui apprirent les premiers détails sur la révolution qui avait forcé D. Pedro à abdiquer. Le même jour, à quatre heures de l'après-midi, l'empereur et l'impératrice debarquèrent au port militaire : ils avaient à leur suite une baronne bavaroise, dame d'honneur ; le marquis de Cantagallo, chambellan ; le duc Tavarès, médecin de la famille impériale ; un colonel, et un capitaine d'artillerie.
Le lendemain, 11 juin, dès cinq heures du matin, D. Pedro se promenait seul et à pied dans les rues et sur les places, s'arrêtant à causer avec des ouvriers qu'il questionnait sur leurs travaux. A onze heures, l'empereur et l'impératrice assistèrent à la messe dans l'église paroissiale. C'est ce qu'ils ont fait chaque jour, pendant qu'ils sont restés à Cherbourg. Le 11, après la messe, ils reçurent à l'hôtel de la préfecture maritime, où ils étaient descendus, les autorités de la ville. Le soir, il y eut réception des dames. Le 12, à 9 heures du soir, arriva à Cherbourg l'ambassadeur du Brésil près le gouvernement français.
Don Pedro fut bientôt rejoint par MM. de Rochapinto, grand écuyer et conseiller d'état, et Gomès da Silva, secrétaire intime de l'empereur et son favori, grand officier de sa maison et colonel de la garde impériale. On a cru remarquer que ces messieurs usaient de toute leur influence pour déterminer
[p. 15]
don Pedro à préférer l'Angleterre à la France ; on les considérait comme le parti anglais. Le général Saldanha, réfugié portugais, le chevalier Mascarenhas, chambellan de dona Maria, vinrent aussi d'Angleterre présenter leurs hommages à D. Pedro.
Le 20 juin, l'empereur, inquiet au sujet de sa fille, partit pour Londres avec MM. de Rochapinto, son favori Gomès da Silva, et de Resende, et, pendant un voyage qui pouvait durer quinze jours, l'impératrice, n'ayant pour société que sa dame d'honneur, devait attendre seule le retour de son époux : pendant ce temps, elle ne reçut personne. Le 17 juillet, une estafette lui apporta une lettre de la reine des Français, lui annonçant l'arrivée à Brest de dona Maria. Par une singulière fatalité, la gabarre la Seine, sur laquelle était venue cette princesse, et l'officier de marine qui la commandait, étaient les mêmes qui avaient accompagné Charles X, à son départ de Cherbourg.
Le 23 juillet, dona Maria, à neuf heures du soir, arriva de Brest à Cherbourg. Déjà MM. D'Alméida, ministre plénipotentiaire, et Daupias, consul général du Portugal à Paris, ont dévancé leur jeune reine, pour lui offrir leurs hommages. Le comte de Sabugal, grand officier de la maison de dona Maria, une dame d'honneur et une dame d'atours formaient toute sa suite. On dit que M. de Sabugal est du parti français. Le lendemain, la jeune reine reçut les autorités.
Le même jour, à 7 heures du soir, don
[p. 16]
Pedro, accompagné de MM. de Resende, Gomès da Silva et du fils de lord Holland, vint rejoindre son épouse et sa fille.
Le 25, à neuf heures du matin, don Pedro part pour Paris, d'où il est de retour le 1er. août. Enfin, le 2 août, il s'embarque pour l'Angleterre avec son épouse, sa fille et toute sa suite, sur le même bateau à vapeur qui a porté Charles X d'Angleterre en Ecosse.
Don Pedro, pendant son séjour à Cherbourg, fit diverses promenades aux environs. Le 17 juin, il partit avec son épouse, le major de la marine et M. Bonnissent, sous-préfet, pour aller visiter le château de Martinvast, où le propriétaire, M. le comte Du Moncel, donne de si utiles leçons pratiques d'agriculture. L'impératrice parut prendre beaucoup d'intérêt à se faire expliquer l'usage des divers instrumens ou machines propres à l'agriculture : pour don Pedro, rien de tout cela ne produisit sur lui le moindre effet : il passa seulement un assez long temps à graver sur un hêtre cette inscription :
APEDRO.
18 17/jn 31.
Un autre jour, don Pedro, l'impératrice et sa dame d'honneur allèrent jusqu'à la ferme de la Petite-Pierre-Butée, où la propriétaire
[p. 17]
leur fit voir sa jolie maison, son jardin, et leur offrit du vin de champagne.
Don Pedro a une physionomie presque rebutante, un son de voix dur et criard : il aime beaucoup son épouse, ne fait rien, pas même une promenade, sans lui en demander la permission ; il aime d'une affection parculière sa fille, la reine de Portugal. On ne lui a presque jamais entendu parler de ses enfans restés au Brésil. L'impératrice est grande et belle femme, très-douce et très-aimable, d'un caractère tout-à-fait français : on reconnaît en elle la fille du prince Eugène. Dans les premiers jours de son arrivée, don Pedro était tout joyeux d'être débarrassé de sa couronne impériale ; c'était un écolier échappé du collége. Sa joie ne dura pas long-temps. On remarqua que quand ses agens et ceux de dona Maria près les divers gouvernemens furent arrivés, sa joie se dissipa ; il devint plus sombre. Quand il revint de Paris, il reçut les autorités à dîner, en uniforme, avec le grand cordon de la légion-d'honneur, qu'il montrait avec affectation, en répétant que c'était le roi qui le lui avait donné. En un mot, ce prince a laissé à Cherbourg une idée de sa personne, inférieure à la réputation de l'auteur de la Constitution du Brésil.
|
|
|