Titre   Description de la fête célébrée à Beaumont [-en-Auge], le 18 octobre 1835 pour l'inauguration d'un monument à la mémoire de Laplace  
Auteur   M. Bretocq aîné  
Publication   Caen : Impr. F. Poisson, 1836. 11 pages  
Original prêté par   Bibliothèque universitaire de Caen - Section droit-lettres  
Cote   N BR 160844/13  
Saisie et formatage par   Dataland  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le   7 juillet 2005  
     
       

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Description de la fête célébrée à Beaumont, le 18 octobre 1835,
pour l'inauguration d'un monument élevé à la mémoire de Laplace / par M. Bretocq aîné

     On a célébré à Beaumont [1], le 18 octobre 1835, une fête vraiment nationale et dont le souvenir se conservera long-temps dans la mémoire de ceux qui y ont assisté.

     La fête avait pour objet l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Laplace. Construit sur l'emplacement même de la maison où naquit l'illustre savant, ce monument a reçu une destination doublement utile : il est consacré à une école primaire, et contient en outre une salle pour les séances de la Mairie.

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Le Roi a daigné contribuer aux frais de l'édifice ; le ministre de l'instruction publique a accordé 1,200 francs, et le conseil général de département, sur la demande du Préfet, a aussi voté 3,000 francs pour son exécution.

     La cérémonie a commencé par une revue du bataillon cantonnal de la garde nationale de Beaumont. Le sous-Préfet de Pont-l'Evêque a parcouru les rangs des différentes compagnies qui ont ensuite défilé sur la grande place, ayant en tête la musique de la garde nationale du chef-lieu d'arrondissement. Après le défilé, le bataillon a formé un demi-cercle en face du monument, et l'on a procédé à l'inauguration.

     MM.

     Le sous-Préfet,

     Le Maire de Beaumont, accompagné du Conseil municipal et des Maires des communes environnantes,

     Le chef de bataillon et l'état-major de la garde nationale,

     Le vice-Président du comité d'instruction de l'arrondissement,

     Une députation de chacune des administrations civiles et judiciaires de Pont-l'Evêque,

     Ainsi qu'un grand nombre d'étrangers et des plus notables habitans,

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     Se sont rendus dans le local affecté à l'école primaire.

     Là, le Maire a prononcé un discours sur le motif de la fête.

     Il a retracé les nombreux travaux par lesquels Laplace s'est acquis une célébrité devenue européenne ; il l'a dépeint, employant une partie des nuits à observer les phénomènes célestes, et consacrant le jour aux méditations profondes qui l'ont conduit à la solution des plus importans problèmes d'astronomie. La France et l'Europe jouissent aujourd'hui de ces sublimes découvertes que l'auteur a consignées dans ses immortels ouvrages le Système du Monde, la Mécanique Céleste, etc., etc.

     Le Maire a aussi rappelé plusieurs circonstances de la vie privée de Laplace ; il a cité entr'autres, qu'entièrement appliqué aux sciences, ce savant négligea ses intérêts particuliers, ne laissa à sa veuve et à ses enfans qu'une modique fortune, et n'accrut le patrimoine de ses pères que des économies qu'il put faire sur les émolumens des hautes dignités qui lui furent conférées.

     Par une transition heureuse, il a fait sentir combien l'hommage éclatant rendu, par les habitans de Beaumont, à leur célèbre compatriote, devait exciter l'émulation des

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jeunes-gens, et les encourager à se livrer avec ardeur à l'étude, afin de parvenir, si non à égaler Laplace, du moins à acquérir les connaissances nécessaires pour servir utilement leur patrie. S'adressant enfin aux élèves de l'école, il leur a dit :

     " Vous avez sous les yeux, jeunes élèves, un nouvel exemple de ce que produit l'application au travail. Voyez Charles Langlois, l'auteur des Panoramas de Navarin, d'Alger et de la Moskowa ! Il est aussi né parmi vous ; comme vous il reçut ici les premières leçons de la grammaire ; il parcourt maintenant une carrière brillante, et Beaumont aura également un jour à honorer sa mémoire. "

     Ce discours a obtenu des applaudissemens justement mérités.

     Le Maire a fait alors découvrir le frontispice du monument dont la décoration est simple et parfaitement analogue au sujet : elle consiste en deux tables de marbre incrustées dans la frise de l'édifice, et que surmonte un trophée composé des attributs de l'astronomie ; chacune de ces tables contient une inscription gravée en lettres d'or.

     On lit sur celle de droite :

     " La commune de Beaumont et le département du Calvados, à la mémoire de Laplace,

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né à Beaumont, le 22 mars 1749 ; mort à Paris, le 5 mars 1827. "

     Sur celle de gauche se trouve le quatrain suivant :

     " Sous un modeste toit, ici naquit Laplace,
     Lui qui sut de Newton agrandir le compas,
     Et s'ouvrant un sillon dans les champs de l'espace,
     Y fit encore un nouveau pas [2]. "

     Deux transparens, placés aux fenêtres du Ier. étage, contenaient aussi des vers à la louange de Laplace : les uns sont dus au poète Andrieux, son contemporain et son ami, qui ne lui a survécu que de peu d'années ; les autres sont d'un habitant de la commune, recommandable par ses talens autant que par sa modestie.

     On a complété l'inauguration par le scellement d'une pierre posée près des fondemens de l'édifice et qui indique la date et le motif de cette construction.

     Alors ont commencé les jeux et les divertissemens annoncés par le programme : tir à la cible, mât de cocagne, joûtes, etc., etc. Les concurrens étaient nombreux, et le Maire a décerné les prix aux vainqueurs.

     Une vaste tente avait été construite sous la

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direction des commissaires nommés ad hoc. Décorée avec élégance de guirlandes, d'inscriptions et de divers emblêmes, elle offrait le coup-d'oeil le plus gracieux.

     C'est là que se trouvait la table du banquet : 130 convives y ont pris place. Le Maire, son Adjoint et plusieurs membres du Conseil en ont fait les honneurs. La bonne harmonie et la plus franche gaîté n'ont cessé de régner dans cette grande réunion de famille. Mais ce qui a surtout contribué à l'éclat de la fête, c'est l'arrivée, impatiemment attendue, du buste du Roi et de celui de Laplace, donnés l'un et l'autre à la commune de Beaumont par Madame la Marquise de Laplace, qui a bien voulu joindre à cet envoi un exemplaire, richement relié, des ouvrages de son illustre époux [3].

     Les bustes ont été aussitôt déballés, apportés dans le lieu de la réunion et installés, sur des piédestaux provisoires, à chaque extrémité de la salle du banquet.

     Au signal donné, le sous-Préfet a fait enlever

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le voile qui couvrait le buste du Roi, et a porté la santé de S. M. que les convives ont accueillie avec un grand enthousiasme.

     Quelques instans plus tard, le Maire a fait aussi découvrir le second buste, et a annoncé un toast à la mémoire de Laplace : ce toast a été répété de toutes parts avec un sentiment de vénération, qu'augmentait encore l'aspect du buste, non moins remarquable par sa ressemblance que par le talent de l'artiste. On retrouve dans cette image l'empreinte du génie de l'auteur de la Mécanique Céleste.

     Plusieurs autres toasts ont été portés :

     Au sous-Préfet ;

     Au vice-Président du comité d'instruction de l'arrondissement ;

     Aux membres des administrations civiles et judiciaires de Pont-l'Evêque ;

     A Bertran de Roncheville, fondateur de l'ancienne abbaye de Beaumont [4]  ;

     A Charles Langlois.

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     Un toast particulier a été adressé au Maire de Beaumont : chacun lui a exprimé combien on savait apprécier son administration paternelle et les soins multipliés qu'il s'est donnés dans cette circonstance.

     Il restait aux convives un devoir bien doux à remplir, celui de la bienfaisance.

     Madame Follebarbe, épouse du Maire, conduite par M. le sous-Préfet, et Mme. Isabel, épouse de l'Adjoint, conduite par le Maire, ont fait une quête dont le produit abondant a été remis au vénérable curé de Beaumont pour le distribuer aux indigens. Un don spécial, envoyé dans le même but par Mme. la Marquise de Laplace, avait été distribué, dès le matin, par les soins du Maire.

     La quête terminée, une compagnie de la garde nationale, requise par le chef de bataillon, s'est réunie, la musique en tête, pour escorter les bustes du Roi et de Laplace. Le cortége s'est mis en marche, suivi de tous les convives, et les bustes ont été transportés, au milieu d'une immense population, dans la nouvelle salle de la Mairie où ils resteront déposés.

     A l'entrée de la nuit, le bal a commencé. Les dispositions avaient été faites pour que tout le monde pût y prendre part ; on dansait

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dans la tente du banquet, sur la place et dans une salle du Maire.

     Le nouvel édifice de la Mairie, ainsi que les maisons du Maire, de l'Adjoint et d'un grand nombre d'habitans, étaient illuminés.

     A 9 heures, un feu d'artifice, commandé à Caen, a été tiré sur un tertre voisin : on y a remarqué des transparens analogues à la fête, et un balon lumineux qui s'est élevé dans les airs.

     Le bal et les danses publiques ont continué après le feu d'artifice, et se sont prolongés très-avant dans la nuit.

     Epitaphe de Bertran, copiée littéralement sur la pierre que l'on voit encore aujourd'hui au milieu du choeur de l'église de Beaumont :

     Hic jacent
     Robertus Bertran,
     Baro et vice-comes
     De Rongevillâ,
     Susanna ejus uxor,
     Hujus monasterii
     Fundatores,
     Anno Domini
     Millesimo sexagesimo.
     Hunc lapidem, veteri exeso,
     Posuêre monachi congnis.
     S. Mauri, anno salutis.
     1783.


Notes

[1] Beaumont... Burg. de bello monte, in Algiâ, chef-lieu de canton, arrondissement de Pont-l'Evêque, département du Calvados.[retour]

[2] Ce quatrain a été improvisé par Chenedollé, auteur du poème le Génie de l'Homme, né à Vire, le 4 novembre 1769 ; mort, le 2 décembre 1833.[retour]

[3] Madame la Marquise de Laplace vient aussi de faire présent de ce buste à la bibliothèque de Caen. " Son mari avait fait ses études dans cette ville, et conservé pour elle beaucoup d'attachement. Il aimait à se rappeler qu'il y avait passé les premières années de sa vie. "[retour]

[4] Il existait avant la révolution, dans l'abbaye de Beaumont, une école militaire où la jeunesse des provinces de Normandie et de Bretagne recevait la meilleure éducation. C'est dans ce collége que Laplace fit ses humanités. On y comptait 150 élèves dont le Roi payait la pension, et un nombre égal de pensionnaires aux frais de leurs parens, indépendamment des externes qui, d'après les statuts, étaient instruits gratuitement. Ce bel et utile établissement a été supprimé en 1791.[retour]