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Titre   Les îles Chausey  
Auteur   Jacques Doris  
Publication   Coutances : imprimerie, 1929. 15 pages  
Collection   Publications et guides de l'office de tourisme de la Côte d'Emeraude normande  
Original prêté par   Médiathèque André Malraux de Lisieux  
Cote   NORM 1177  
Saisie et formatage par   Dataland  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le   31 juillet 2006  
       

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Les îles Chausey / par Jacques Doris


Aspect Général

     Les nombreux touristes qui, de la pointe du Roc de Granville, ou Cap Lihou contemplent un admirable panorama, voient l'horizon barré au nord par un chapelet d'îles qui de l'Ouest et l'Est, s'étend sur une longueur de 13 kilomètres avec 5 1/2 de largeur.

     C'est l'archipel de Chausey, composé de cinquante-trois ilots, dont une trentaine recouverts de végétation, avec, à marée basse des milliers de rochers, donnant l'impression d'un continent fraîchement émergé.

     Les côtes de France, si pittoresques, comptent peu de paysages aussi curieux, et, au moment des grandes marées, si saisissants. Seuls trois autres points du globe montrent, en Amérique, une telle différence entre les hautes et les basses mers extrêmes : 14 mètres ou 42 pieds la hauteur d'une maison à quatre étages.

La traversée

     On compte 9 milles marins de 1.852 mètres, soit 3 lieues marines, ou 16 kilomètres et demi de la jetée de Granville au Sund de Chausey. La durée est d'environ une heure et demie avec les petits bateaux à moteur ou voiliers en temps normal : mais il faut souvent tenir compte des vents contraires, ou du calme, des courants, etc.

     L'embarquement se fait au Feu vert de la petite jetée, située au Sud du vaste avant-port, de 13 hectares qui abrite le môle de 540 mètres terminé par le feu rouge.

     N.-B. - La société « Les Entreprises Maritimes Granvillaises » dont les bureaux de Tourisme sont établis : à Granville, Cours Jonville ; à Donville-les-Bains, route de Coutances ; à Saint-Pair-sur-Mer, place Centrale, assure le service quotidien des Iles pendant l'été avec le yacht « Dream » qui peut porter 120 passagers et couvrir la distance en 45 minutes, dans les meilleures conditions.

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     L'appareillage accompli on franchit la passe de 120 mètres et là une certaine houle se fait souvent sentir jusqu'à la pointe du Roc.

     A gauche se dresse le Loup, tourelle sur un écueil avec cabine d'abri. Granville se montre alors en entier ; vieille ville ceinte de ses murailles et dominée par l'antique église de Notre-Dame-de-Lihou, ville nouvelle, s'étageant sur la Hogue, avec la masse byzantine de l'église Saint-Paul.

     Puis c'est la pointe de Roche-Gautier, avec son fort déclassé, l'anse de Hagueville, le château de la Crête, l'immense plage de sable de Saint-Pair, Kairon, le Pont-Bleu, Jullouville, Carolles jusqu'aux falaises de Champeaux ; mais bientôt une silhouette apparaît sur la côte basse des polders du Couesnon. C'est le Mont Saint-Michel.

     A l'Ouest la Bretagne avec la large échancrure du marais de Dol, surmontée du Mont Dol, enfin Cancale et la nef inachevée de sa grande église, l'île Rimains qui cache son port, la pointe de Cancale, son phare isolé en mer, les îles des abords de Saint-Malo.

     Le bateau a passé au large du cap Lihou, aux cavernes rocheuses, au sommet un phare, d'une portée de 18 milles, inauguré en 1828 et modernisé en 1893. En temps de brume, un signal sonore, le Braillard, situé au sommet, avise les marins. Au-dessous, le blanc sémaphore avec ses appareils caractéristiques (1862). Plus bas encore, une batterie déclassée surplombe la mer et l'écueil de la Fourchie, muni d'une balise : le site, entre ciel et terre, a un cachet sauvage.

     Ceux qui s'intéressent à la navigation verront les coups de barre incessants qui viennent rectifier le point de la boussole : c'est que, d'une part, des hauts fonds et des bancs nombreux, parallèles à la côte [1], et de l'autre le courant de marée, dont la force peut atteindre plusieurs noeuds, amènent une dérive à combattre.

     Voici maintenant la face Nord de Granville, les hautes falaises avec les remparts à pic, le Casino, Le Normandy-Hôtel, les villas de la falaise, le cimetière dominant la mer, Donville et la plage Normande.

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     Là commence l'arc de cercle de six lieues qui se prolonge en dunes jusqu'à Regnéville, avec sur la hauteur des arbres et des clochers, enfin Agon. Des yeux exercés découvrent à 7 lieues, devant les buttes de Monthuchon, les tours de la cathédrale de Coutances.

     Bientôt à 1 mille, à gauche, se montre la bouée de la Vidcoq, signalant un haut-fond dangereux, à peu près à la moitié du parcours.

     A la saison du maquereau, de nombreux pêcheurs sillonnent ces parages, fréquentés par les oiseaux de mer comme par les marsouins, qui jouent sur les vagues. Par temps chaud, des quantités de méduses, blanches et gélatineuses, s'aperçoivent dans l'eau.

     On approche des îles, vers le milieu de l'archipel, non loin de la tour de la Foraine, dont la construction sur un écueil a demandé des années. Trois autres tours balises jalonnent cette région. En face, ce sont les trois Huguenans, dont l'un porte l'une des trois grandes tours blanches des îles [2]. De suite, à gauche, s'ouvre la passe bien connue

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de Beauchamps, dans laquelle des navires calant 8 mètres peuvent mouiller à toute heure. L'escadre du Nord y vint jadis. Le chenal est balisé comme plusieurs autres.

     Cette passe sépare tout l'ensemble des îles en deux : à l'Est, à peine quelques ilôts réunis à mer basse par une immense étendue de sable et visitables seulement en bateau. A l'Ouest, l'ensemble le plus intéressant.

     Peu à peu toutes les parties de ce groupe se détachent avec d'étranges aspects, certaines îles couronnées d'herbe, les autres comme calcinées, toutes ceinturées de longues algues.

     Enfin c'est l'entrée du Sund ou hâvre de Chausey, où relachent de nombreux navires de plaisance, car il y reste toujours un mouillage suffisant. Le chenal Sud-Est amène les passagers de Granville, séparé par les Epiettes de celui du Sud ouvert vers Cancale.

     Le coup d'oeil est devenu très particulier. A droite, après Longue-Ile, une série d'ilôts sur la même file, tels d'énormes cuirassés. A gauche, la Grande-Ile ayant à sa pointe un beau phare en granit, puis la masse trapue du fort de 1866, déjà déclassé, les deux tours, pyramidale et ronde signalant les limites de la pêche entre Granville et Cancale par une ligne idéale joignant Tombelaine, l'hôtel Quinette (l'hôtel du fort) ; au-dessous le restaurant Leperchois (Belle Vue), les maisons des pêcheurs avec deux villas « Mon Rêve », et « Les Korrigans », la silhouette de l'église paroissiale ; sur le fond de verdure de beaux arbres, l'ancienne demeure des propriétaires des îles, derrière, le blanc sémaphore sur Gros Mont, et enfin, filant sur le Nord, le chenal qui bientôt asséchera, en laissant à sa place un banc de sable éblouissant.

     Il s'agit maintenant de débarquer, opération parfois compliquée, mais qui deviendra fort aisée dès que le wharf en construction sera complètement terminé. Jusqu'à présent on s'entasse avec provisions, engins de pêche, bagages dans des canots, et, pendant que le matelot, parfois un enfant, fait entendre les mots habituels : « N'oubliez pas le canotier », on aborde sur le terrain de l'Etat, soit à la cale de la Marine, soit à l'escalier menant à l'ancien Hôtel des Iles.

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La Grande Ile

     Le touriste descendu à la première, trouvera d'abord la confortable villa Mon Rêve, louée par la ville de Granville, au commandant Crosnier, l'un des membres dirigeants de la Société civile des Iles Chausey.

     Tournant à gauche, il finira de gravir la pente assez raide, où a été construit par M. Leperchois l'Hôtel Belle Vue. Au haut l'Hôtel du Fort domine le Sund et l'ensemble des îles, offrant, sur ses terrasses abritées, sa cuisine appréciée et ses chambres confortables, « le gîte et le couvert » à ceux qui désirent séjourner dans les îles.

     De suite, à droite, c'est le fort moderne, avec ses fossés profonds, creusés à même le granit, ses caponnières, ses talus gazonnés. La porte massive est précédée d'un pont-levis ; à l'intérieur, une vaste cour sur laquelle s'ouvrent les casemates.

     Déclassé, le fort fut loué par l'Etat en 1910, au dessinateur si parisien, Jean de Losques, originaire de Saint-Lô, aviateur, le lieutenant Thouroude (tel était son vrai nom) devait périr sur la frontière dans un combat acharné.

     Une nouvelle adjudication eut lieu au profit des membres de la Société de Chausey, qui, en attendant de pouvoir réaliser ses projets (colonies de vacances pour enfants) en tira parti par des locations.

     Novembre 1928 a vu un nouvel adjudicataire dont nous ignorons les projets.

     Pendant la guerre, il a abrité nombre d'indésirables, allemands ou autrichiens, banquiers comme manoeuvres : de pacifiques territoriaux, casernés au-dessous de l'hôtel, le gardaient ; mais on avait installé sur les glacis mitrailleuses et canons. Déjà, en 1871, il avait logé pendant 5 mois 150 communards.

     Le fort passé, c'est le phare (1847) qui se présente ; sa portée est de 22 milles. La visite en est intéressante. Au Nord-Est, quelques pins forment, à certaines heures, un abri délicieux.

     Redescendons vers la mer par les sentiers pierreux qui longent le port, à l'Ouest, près d'un lavoir : en bas, on trouvera la jolie plage de sable fin de Port-Marie, si fréquentée par les habitués du bain.

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     Une maison basse, couverte d'ardoises, avec un jardin entouré de pierres sèches. Quelques pins maritimes. Elle est la demeure du curé des îles, M. l'abbé Mauduit, homme hospitalier s'il en fut : ancien missionnaire en Afrique, il accueille aimablement tous les visiteurs. En 1920, ne donna-t-il pas abri à un ministre de la guerre, M. André Lefévre, venu prendre quelque repos à la chasse des oiseaux de mer à travers les îles.

     La ville de Granville est propriétaire de ce logis, qu'elle a aménagé avec goût, comme la jolie classe moderne, située à côté ; celle-ci a pour instituteur, officiel, s'il vous plaît, le propre curé de Chausey, qui y fait la classe à une douzaine de bambins et perçoit de l'Etat une légitime rétribution.

     Toute l'année il réside dans l'île (il a même été, à un moment donné, six mois sans mettre le pied sur le continent) exerçant son ministère près des 80 habitants, pêcheurs, signaleurs, gens de culture, etc... et servant même de médecin. Sa popularité est grande, comme le fut celle de ses prédécesseurs MM. Hébert et Launey.

     On quitte maintenant ce terrain de l'Etat, acquis par une expropriation pour une contenance de 7 hectares et pour une somme de 72.000 francs, de la famille Hédouin, qui possédait les îles entières. Une longue clôture le limite.

     Le visiteur entre alors sur un vaste espace gazonné qui abrite les principales maisons des pêcheurs, à côté, la villa des Korrigans, à M. Durand, yachtman, l'un des administrateurs de l'île.

     A gauche, deux poteaux munis d'un disque singulier, prennent le fil qui sort d'une cabine brune, située sur le bord de la grève : là se trouve le cable sous-marin venant de Cancale au sémaphore, on peut l'utiliser pour les télégrammes.

     Des sentiers gravissent le tertre qui porte avec une croix la chapelle des îles, dédiée à saint Louis : construite au milieu du siècle dernier, simple, éclairée par des vitraux ornés de l'étoile de la mer, elle a bien le cachet d'une église maritime. Pendant la saison les étrangers y voisinent avec les pêcheurs ; de beaux chants s'y font entendre.

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     Du portail, on a sous les yeux un vaste panorama, moins étendu cependant que des glacis du fort, à cause des grands arbres situés au Nord-Ouest.

     Tout auprès, en effet, commencent les terrains enclos de pierres sèches, contenant champs cultivés et prairies d'une herbe excellente. Ormes et trembles ont poussé au XIXe siècle, alors qu'au XVIIIe on ne voyait pas un seul arbre.

     A gauche, une large voie bien ombragée mène aux deux fontaines d'eau potable permanente qui alimentent toute l'île. Les géologues disent que les sources de ces rocs de granit viendraient du continent.

     D'anciennes dépendances ont été aménagées : l'une renferme le bureau de tabac, tenu par Mme Moulin, la doyenne des habitants des îles. A côté, un orfèvre parisien, habitué de Chausey, a établi son home. Puis vient l'ancienne résidence des propriétaires des îles avec un long balcon.

     Derrière s'étend le jardin qui mériterait une description à part, pour l'abondance et la variété des fleurs, les espèces végétales des pays chauds y croissant aisément

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à cause du voisinage d'une branche du Gulf-Stream, myrtes, camélias, lauriers-roses (jadis un grenadier et un olivier), un aloès, qui chose unique en ces climats, a donné un stipe fleuri de 4 mètres de haut, et enfin ce figuier, rappelant en petit celui de Roscoff, qui couvrait 80 mètres carrés à un moment.

     La ferme compte un beau troupeau de vaches normandes que l'on voit s'aventurer à mer basse vers d'autres îles, sans jamais être surprises par le flot.

     Jadis, à côté de la ferme se trouvait l'Hôtel des Iles - qui a été transformé en séjour d'été par plusieurs familles d'industriels de l'Est, et devant lequel on voyait d'énormes fanons et vertèbres de baleines. Un peu plus loin les cahutes des Blainvillais, où, dans une pièce sans fenêtre, vivent pendant la belle saison les pêcheurs venus de la côte, dans l'odeur de crevette cuite et des congres séchant au soleil.

     Au tournant du sentier vers Gros Mont, la maison Vidament, qui abrite le doyen des insulaires.

     Ensuite les six maisonnettes dépendant autrefois de l'Hôtel des Iles (les Algues, les Gerbettes, etc...) à la pointe du petit hâvre que limite une chaussée.

     Ce sont alors de gros buissons d'ajoncs aux fleurs jaunes parmi lesquels s'élève la maison dite des Noyés, où, sans doute, l'on recueillait les gens péris en mer ; à quelques pas un dolmen enfoui en terre témoigne de l'antiquité de l'occupation des îles. On y trouva en 1834, trois superbes broches en diorité polie.

     Le sentier contourne l'anse et l'on remarque à côté, sur le tapis d'herbe rase, la multitude des églantiers extranains, une des curiosités de l'île, avec leurs baies rougeâtres. Le botaniste trouve partout du reste de vraies jouissances. Et de grand matin, les lapins s'ébattent sur cette dune. Du sommet du Gros Mont, le sémaphore domine un très vaste horizon : le cap Fréhel, dans les Côtes-du-Nord, en marque à l'Ouest la limite terrestre : au Nord, le plateau des Minquiers avec sa Maîtresse-Ile et ses nombreux ilôts, redoutés des marins (distance de Chausey, 8 kilomètres environ) ; puis Jersey, au Nord, qu'on distingue aisément, enfin sur la côte normande le cap de Carteret.

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     Le soir, 5 phares s'allument sur ce pourtour : le Sénéquet, en face de Blainville, Granville, Cancale, la Pierre-du-Jardin (à l'entrée de Saint-Malo) et Fréhel, sans compter Chausey et Carteret qu'on aperçoit parfois.

     Toutes les îles qu'on peut atteindre à pied pendant les basses-marées en vue de la pêche se montrent nettement : les deux Romonts, Plate-Ile à l'Est, si reconnaissable, après le ruet de la Saunière, comme l'Enseigne, avec sa tour, puis au Nord, après la Pierre au Vra, l'Ile aux Oiseaux, qui porte encore les restes de tout un village de carriers avec une citerne à coupole, la Meule, jadis habitée aussi, comme nombre d'ilôts d'ailleurs, la Houllée, la Houston ; tout près le Genestaie avec ses restes de nombreux monuments mégalithiques.

     Juste en avant, un énorme rocher à forme caractéristique qui a reçu le nom de l'Eléphant : du reste assez nombreuses sont ces pierres à aspect spécial : le Robinson et l'Artichaut vers le Nord, l'Automobiliste, sur la Grande-Fourche, les Sauriens au-dessus du trou Louis, la Chimère, la Tortue, etc.....

     Une magnifique grève en arc, la Grande Grève, descend en cet endroit vers la mer, semée de nombreux ilôts ; entre autres, celui où se dressent les silhouettes, les Moines ou les Bonshommes : elle finit à la pointe de l'Epée ou Epail, d'où part un nouvel arc de superbe sable, Port-Homard.

     En 1922, celui-ci était encore dominé par les restes du vieux château fort, construit en 1558, pour défendre les îles contre les incursions anglaises.

     M. Louis Renault, le fabricant connu d'automobiles qui, depuis plusieurs années, venait faire des séjours avec son yacht le « Chryséis », conclut en cette année avec les membres de la Société un bail spécial de très longue durée et transforma les ruines en une majestueuse et confortable installation moderne. Il tint à honneur de conserver les parties anciennes et de garder à la vieille forteresse tout son intérêt si bien en harmonie avec le paysage sévère.

     Si l'on veut gagner le bas de la pointe il faut le faire surtout le soir pour contempler d'admirables couchers de soleil, voire même, le « Rayon vert ».

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     Et l'on regagne les habitations soit par le chemin ombragé, soit par un sentier sablonneux.

     On n'a pas encore mentionné les vastes carrières de granit ouvertes sur de nombreux points, même sur des îles éloignées : pendant des siècles, on y puisa sans cesse, qu'il s'agit de l'Abbaye du Mont Saint-Michel, des quais et des murailles de Granville et de Saint-Malo, des quais de Cherbourg, des trottoirs de Paris et de Londres. Vers 1850, 300 carriers vivaient dans les diverses îles : le dernier navire a été chargé en 1896. Et 100 barilleurs ou brûleurs de soude transformaient en larges tourteaux les algues marines, destinées à la fabrication des produits chimiques.

Pêche

     La pêche fait vivre maintenant presque tous les habitants de la Grande-Ile. C'est qu'elle est abondante, en crevettes surtout, cette belle espèce qu'on nomme le bouquet. Il n'est pas rare d'en rapporter en une marée une dizaine de livres, à condition, il est vrai, de connaître les bons endroits et d'aller assez loin de la Grande-Ile. L'étranger qui veut s'aventurer à distance doit se faire accompagner par un pêcheur sous peine de danger. A d'autres moments, les lignes ou les filets tendus rapportent des poissons variés : mulets, bars, lieux, lançons, soles, plies. Celles-ci sont pêchées aussi au diguet, fer acéré, dans les ruets sableux. Des congres, parfois de 20 livres, se rencontrent dans des trous profonds. Ils y voisinent souvent avec les homards, bien diminués, qu'on prend aussi avec des casiers descendus au fond de l'eau.

     Comme coquillages, la coquille Saint-Jacques a presque disparu des herbiers de pailleule verte ou zostère à matelas, que les gens de la côte viennent faucher à marée basse pour les faire sécher sur les dunes. L'Ormier à coquille collée au rocher est encore assez abondant.

     Comme les crabes de diverses sortes dans les bancs de sable, les coques, les praires voisinent avec le pétillant lançon (équille).

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Histoire résumée

     Les îles Chausey ont été certainement rattachées à la terre ferme, mais bien avant l'époque historique : il y a donc lieu de reléguer parmi les légendes la fameuse marée de septembre 709, envahissant toute la vaste baie, dont la première mention remonte d'ailleurs au XVe siècle [3].

     Le nom de Chausey apparaît dans les chartres en 1022, où le duc de Normandie, Richard II, fit don de l'archipel, comme de la baronnie de Saint-Pair, aux religieux du Mont Saint-Michel, qui établirent un prieuré bénédictin sur la Grande-Ile. Il était situé non loin des bâtiments actuels de la ferme : la chapelle, dont on a retrouvé les fondations, se trouvait dans la grande prairie à l'Ouest du jardin.

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Construction Géologique

     Le granit forme tout l'archipel : il a fait son apparition vers la fin de l'époque cambrienne.

Zoologie

     Les oiseaux de mer sont largement représentés, surtout l'hiver, d'après les catalogues de Le Sauvage et Le Mennicier.

     Pour les poissons, les crustacés, les mollusques et les coquillages, consulter dans les ouvrages de Gadeau de Kerville, de Joyeux-Laffuie, de Dautzenberg.

     Depuis cent ans, les explorations d'Audouin et Milne-Edwards (1828), de Quatrefages (1841) ont appelé l'attention des naturalistes sur la richesse extrême de la faune des îles.

Botanique

     Des spécialistes ont étudié de près la flore à plantes rares de l'archipel. Le catalogue le plus détaillé est celui de Crié de Rennes (1877), divisé en Florules de l'intérieur, marine, maritime ; L. Corbrière l'a complété.

     Comme algues une prodigieuse abondance de Fucus surtout ; les Laminaires s'y rencontrent, comme des espèces variées aux riches couleurs.

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Notes

[1] Plusieurs portent des huîtrières renommées, pêchées par les Granvillais (on en compte 7 principaux). [retour]

[2] Les deux autres sont sur l'Enseigne au Nord et sur l'Etac à l'Est. [retour]

[3] Ct. Vte de Gibon. Un archipel Normand, les Iles Chausey et leur histoire, avec gravures, cartes et notes d'histoire naturelle, Coutances, Imprimerie Notre-Dame, 1918, 658 p. Ouvrage couronné par l'Accadémie française (1919). [retour]