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Titre  

Annuaire des cinq départments de l'ancienne Normandie  
Auteur  

Association normande  
Publication  

Caen : Delos, 1851. 529 pages  
Original prêté par  

Bibliothèque de Caen  
Cote  

-  
Saisie et formatage par  

Dataland  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le  

15 avril 2009  
 

   
   

   


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le texte



Annuaire des cinq départements de l'ancienne Normandie 1851, 17e année / par l'Association normande

 

ANNUAIRE
NORMAND.

[p. I]

     NOTA. Pour faire partie de l'Association normande, il faut adresser sa demande à M. DE CAUMONT, rue des Carmes, n° 23, ou à M. MORIÈRE, directeur des cours spéciaux au Lycée, et prendre l'engagement de payer 5 francs par année.

     Le Conseil se réunit chaque mois, et prononce sur les admissions.

     La réunion générale de la Société française pour la conservation des monuments aura lieu à Nevers, le 10 juin.

     La 19e session du Congrès scientifique de France s'ouvrira le 10 septembre, à Orléans.

     L'exposition régionale du Centre s'ouvrira à Orléans, à la même époque que le Congrès.

     En février 1851, les médailles décernées aux exposants, à Lisieux et à Clermont, en 1850, seront remises solennellement au palais du Luxembourg, dans une séance de l'Institut des Provinces, présidée par M. le ministre du commerce.

[p. III]

CALENDRIER.

JANVIER. Signe le Verseau .

Le soleil entre dans le Verseau le 20, à 2 h. 27 m. du soir.

     Nouvelle Lune le 2, à 10 heures 53 m. matin.

     Premier Quartier le 10, à 4 heures 31 min. soir.

     Pleine Lune le 17, à 4 h. 52 m. soir.

     Dernier Quartier le 24, à 8 h. 26 min. matin.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1mercrediLA CIRCONCISION.7564116Matin.493Soir.4129
2jeudis. Basile, évêque.7564127 434 291
3vendrediste. Geneviève.7564138 305 222
4samedis. Tite, év.7564159 106 193
5Dim.s. Siméon.7564169 437 194
6lundiL'EPIPHANIE.75641710 128 215
7mardis. Aldric, év.75541810 389 246
8mercredis. Lucien, év.75541911 210 277
9jeudis. Marcienne.75542011 2411 318
10vendredis. Guillaume.75442211 47   9
11samedis. Hygin, pape.7544230Soir.110Matin.3610
121 Dim.s. Satyre, mart.7534240 381 4311
13lundiBaptême de N. S.7534261 82 5312
14mardis. Hilaire, évêque.7524271 454 513
15mercredis. Maur, abbé.7514282 315 1614
16jeudis. Paul, hermite.7514303 276 2315
17vendredis. Antoine, abbé.7504314 347 2316
18samediChaire de s. Pierre.7494335 508 1517
192 Dim.s. Contest, év.7484347 98 5918
20lundis. Sébastien.7474368 289 3519
21mardiste. Agnès, v. m.7474379 4710 620
22mercredis. Vincent.74643911 310 3321
23jeudis. Emérent.744440   10 5922
24vendredis. Timothée, év.7434420Matin.1611 2623
25samediConv. de s. Paul.7424441 2711 5424
263 Dim.s. Polycarpe.7414452 360Soir.2525
27lundis. Julien, év.7404473 410 5926
28mardis. Jean-Chrysos.7394484 421 3927
29mercredis. François de S.7384505 372 2528
30jeudiste Bathilde, reine.7364526 253 1729
31vendrediste Honorine, v. et m.7354537 84 1330

[p. IV]

FÉVRIER. Signe les Poissons.

Le soleil entre dans les Poissons le 19, à 5 h. 8 m. du mat.

     Nouvelle Lune le 1, à 6 heures 11 min. matin.

     Premier Quartier le 9, à 9 heures 5 min. matin.

     Pleine Lune le 16, à 3 heures 38 m. matin.

     Dernier Quartier le 22, à 9 h. 48 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1samedis. Ignace.7344557Matin.445Soir.121
24 Dim.LA PURIFICATION.7324578 156 132
3lundis. Blaise, évêque7314588 427 153
4mardis. Eutiche, m.729509 78 174
5mercrediste Agathe, v. et m.728529 309 205
6jeudis. Vaast, év.726539 5210 216
7vendredis. Romuald.7255510 1411 297
8samedis. Jean de M.7235610 39   8
95 Dim.ste Apolline v. et m.7225811 70Matin.369
10lundiste. Scolastique.72051011 401 4510
11mardis. Severin, év.7195110Soir.202 5411
12mercrediste Eulalie, vierge.7175131 94 012
13jeudis. Licin, évêque.7155152 105 313
14vendredis. Valentin.7145163 205 5914
15samedis. Faustin, m.7125184 376 4715
16Dim.Septuagésime7105205 587 2716
17lundis. Sylvin, év.785217 198 217
18mardis. Siméon, m.775238 398 3218
19mercredis. Gabin.755259 588 5919
20jeudis. Eucher, év.7352611 139 2720
21vendredis. Pepin, duc.71528   9 5521
22samedis. Baradat, solitaire.6595300Matin.2510 2522
23Dim.Sexagésime.6575311 3310 5923
24lundis. Mathias, ap.6555332 3611 3824
25mardis. Florent.6535343 310Soir.2225
26mercredis. Taraise, évêque.6525364 251 1226
27jeudis. Nestor.6505385 92 627
28vendredis. Romain.6485395 463 428
 Epactexxviij.           
 Lettre DominicaleE.          

[p. V]

MARS. Signe le Bélier.

Le soleil entre dans le Bélier le 21, à 5 h. 4 m. du matin.

     Nouvelle Lune le 3, à 1 heure 24 min. matin.

     Premier Quartier le 10, à 9 heures 54 m. soir.

     Pleine Lune le 17, à 1 h. 28 min. soir.

     Dernier Quartier le 24, à 1 heure 35 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1samedis. Aubin, évêque.6465416Matin.194Soir.529
2Dim.Quinquagésime.6445426 485 730
3lundiste. Cunegonde.6425447 136 91
4mardis. Casimir, prêtre.6405467 357 122
5mercrediLes Cendres.6385477 578 163
6jeudiste. Colette, relig.6355498 199 214
7vendredis. Théophile, év.6335508 4210 275
8samedis. Jean de Dieu.6315529 811 346
91 Dim.Quadragésime.6295539 38   7
10lundi40 Martyrs.62755510 140Matin.428
11mardis. Sophrone, év.62555610 591 489
12mercrediQuatre-Temps.62355811 522 5010
13jeudiste Euphrasie, v.6215590Soir.553 4811
14vendredis. Lubin, évêque.619612 74 3812
15samedis. Longin, soldat.617623 265 2013
162 Dim.Reminiscere.615644 485 5514
17lundis. Patrice, évêque.613666 96 2715
18mardis. Cyrile, évêque.611677 296 5816
19mercredis. Joseph.69698 477 2717
20jeudis. Nicette, év.6661010 47 5418
21vendredis. Lucipin, abbé.6461211 178 2319
22samedis. Epaphrod.62613   8 5620
233 Dim.Oculi.606150Matin.259 3421
24lundis. Pigménie, prêtre.5586161 2610 1722
25mardiANNONCIATION5566182 2111 523
26mercredis. Ludger, év.5546193 811 5824
27jeudiMi-Carême.5526213 470Soir.5525
28vendredis. Gontran, roi.5496224 211 5626
29samedis. Eustase5476244 502 5827
304 Dim.Loetare.5456255 164 128
31lundis. Guy, abbé.5436275 405 429

[p. VI]

AVRIL. Signe le Taureau.

Le soleil entre dans le Taureau le 20, à 5 h. 13 m. du soir.

     Nouvelle Lune le 1, à 6 heures 42 min. soir.

     Premier Quartier le 9, à 7 h. 11 min. matin.

     Pleine Lune le 15, à 10 heures 45 min. soir.

     Dernier Quartier le 23, à 7 heures 7 min. matin.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1mardis. Hugues, évêque.5416286Matin.26Soir.830
2mercredis. François de P.5396296 237 141
3jeudis. Richard, év.5376316 468 202
4vendredis. Ambroise, év.5356327 129 273
5samedis. Vincent-F.5336347 4110 344
6Dim.La Passion.5316358 1411 405
7lundis. Hégésippe, histor.5296378 51   6
8mardis. Gautier, abbé.5276389 430Matin.447
9mercredis. Eupsyche, mart.52464010 421 438
10jeudis. Macaire, év.52264111 502 339
11vendrediN. D. de Pitié.5206431Soir.33 1610
12samedis. Zénon, év.5186442 213 5411
13Dim.Les Rameaux.5166463 414 2612
14lundis. Lambert, évêque.5146475 04 5413
15mardis. Crescent, martyr.5126496 195 2114
16mercredis. Paterne, évêque.5106507 375 4915
17jeudis. Anicet, pape.596528 536 1816
18vendrediVendredi-Saint.5765310 66 5017
19samedis. Paphenuce.5565511 137 2618
20Dim.PÂQUES.53656   8 719
21lundis. Anselme.516580Matin.138 5420
22mardiste. Opportune.4596591 49 4721
23mercredis. Georges, martyr.457701 4710 4522
24jeudis. Sabas, mart.455722 2411 4523
25vendredis. Marc, abst.453732 550Soir.4724
26samedis. Clet, pape.452753 211 4925
271 Dim.Quasimodo.450763 442 5326
28lundiss. Vital et Agricole.448784 63 5827
29mardis. Robert, abbé.446794 285 328
30mercredis. Eutrope.4457114 516 929

[p. VII]

MAI. Signe les Gémeaux.

Le soleil entre aux Gémeaux le 21, à 5 h. 20 m. du soir.

     Nouvelle Lune le 1, à 9 heures 11 min. matin.

     Premier Quartier le 8, à 1 heure 43 min. soir.

     Pleine Lune le 15, à 8 heures 14 min. matin.

     Dernier Quartier le 23, à 1 heure 14 min. matin.

     Nouvelle Lune le 30, à 8 heures 56 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1jeudis. Jacques et s. Ph.4437125Matin.157Soir.161
2vendredis. Athanase, évêque.4417145 418 242
3samediInv. de la ste. Croix.4397156 129 333
42 Dim.ste. Monique.4387166 5110 394
5lundis. Pie V, Pape.4367187 3911 395
6mardis. Jean Porte-latine.4347198 36   6
7mercrediste. Marie, égypt.4337219 400Matin.327
8jeudis. Viron, évêque.43172210 501 178
9vendredis. Grégoire, év. et d.4307230Soir.51 569
10samedis. Dioscoride, mart.4287251 222 2910
113 Dim.s. Mamert, évêque.4277262 392 5711
12lundis. Epiphane.4257283 573 2312
13mardis. Servais, évêque.4247295 153 4813
14mercredis. Pacôme, abbé.4227306 314 1614
15jeudiste Dimpne, vierge4217327 454 4615
16vendredis. Regnobert, év. de B.4207338 555 2016
17samediste Restitue, vierge.4187349 595 5817
184 Dim.s. Venant, m.41773610 556 4318
19lundis. Yves, prêtre.41673711 437 3019
20mardis. Paul, évêque.415738   8 3120
21mercredis. Hospice.4147390Matin.239 3121
22jeudiste Julie, vierge.4137410 5610 3322
23vendredis. Didier, évêque.4127421 2411 3623
24samedis. Donatien, martyr.4107431 490Soir.3924
255 Dim.s. Urbain, pape.497442 111 4225
26lundiLes Rogations.487452 332 4726
27mardis. Evroult, abbé.477462 543 5227
28mercredis. Manvieu, évêque.477483 174 5928
29jeudiASCENSION.467493 436 929
30vendredis. Félix I, pape.457504 137 2030
31samediste. Pétronille.447514 488 291

[p. VIII]

JUIN. Signe l'Ecrevisse.

Le soleil entre dans l'Ecrevisse le 22, à 1 h. 53 m. du mat.

     Premier Quartier le 6, à 6 heures 37 min. soir.

     Pleine Lune le 13, à 6 heures 53 min. soir.

     Dernier Quartier le 21, à 6 heures 44 min. soir.

     Nouvelle Lune le 29, à 6 heures 34 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
16 Dim.s. Pamphile, mart.447525Matin.329Soir.342
2lundis. Pothin, martyr.437536 2610 33
3mardiste Clotilde, reine.427547 2911 184
4mercredis. Quirin, évêque.417558 4011 585
5jeudis. Boniface, martyr.417559 34   6
6vendredis. Paul, év. et mart.4075611 100Matin.327
7samediVigile, jeûne.407570Soir.271 18
8Dim.PENTECOTE.3597581 441 279
9lundiste. Félicité, mart.3597593 01 5410
10mardis. Evremont, abbé.3597594 152 2011
11mercrediQuatre-Temps.358805 282 4712
12jeudis. Basilide.358816 393 1713
13vendredis. Antoine, ermite.358817 463 5314
14samedis. Quintien, év.358828 464 3515
151 Dim.TRINITÉ.358829 375 2316
16lundis. Cyr, martyr.3588310 206 1817
17mardis. Avit, abbé.3588310 567 1718
18mercrediste Marine, v. et m.3588411 278 1919
19jeudiFÊTE DIEU.3588411 539 2220
20vendredis. Sylvère, pape.35884   10 2521
21samedis. Nazaire.358850Matin.1611 2722
222 Dim.s. Paulin, évêque.358850 370Soir.3123
23lundiste. Marie.358850 581 3624
24mardiS. Jean-Baptiste.359851 192 4225
25mercredis. Prosper, évêque.359851 433 5126
26jeudiOctave F - D.359852 115 027
27vendredis. Ladislas.40852 456 1028
28samedis. Irénée, évêque.40853 257 1829
293 Dim.Sacré-Coeur.41854 148 201
30lundiComm. de s. Paul.41855 149 142

[p. IX]

JUILLET. Signe le Lion.

Le soleil entre dans le Lion le 23, à 0 h. 48 m. du soir.

     Premier Quartier le 5, à 11 h. 17 min. soir.

     Pleine Lune le 13, à 7 heures 23 min. matin.

     Dernier Quartier le 21, à 10 heures 49 min. matin.

     Nouvelle Lune le 28, à 2 heures 50 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1mardis. Martial.42856Matin.249Soir.583
2mercrediVisit. de la ste. V.42847 3910 344
3jeudis. Anatole, évêque.43848 5711 55
4vendrediTransl. de s. Martin.438410 1611 336
5samediste. Zoé, martyre.448311 3311 597
64 Dim.s. Tranquille.45830Soir.48   8
7lundis. Alyre, év.46832 30Matin.259
8mardiste. Elisabeth.47823 160 5210
9mercrediste. Anatolie.48824 271 2111
10jeudi7 Frères.49815 341 5312
11vendredis. Benoît, abbé.49806 362 3213
12samedis. Félix, mar.410807 303 1614
135 Dim.s. Antoine.4117598 174 615
14lundis. Vigor, év4127588 575 316
15mardiLA DÉDICACE.4137579 296 417
16mercredis. Vitalien, évêque.4147569 567 718
17jeudis. Alexis.41575610 208 1119
18vendredis. Clair.41775510 429 1520
19samedis. Arsène.41875411 210 1821
206 Dim.ste. Marguerite.41975311 2311 2022
21lundiste. Praxède, v.42075211 460Soir.2423
22mardiste. Madeleine.421751   1 3024
23mercredis. Raven, m.4227490Matin.112 3925
24jeudis. Vincent de P.4247480 403 4926
25vendredis. Jacques le Maj.4257471 154 5927
26samediste. Anne.4267462 16 428
277 Dim.s. Anthuse.4277452 567 229
28lundis. Pantaléon.4297434 27 5130
29mardiste. Marthe.4307425 178 321
30mercredis. Ignace L.4317416 379 62
31jeudis. Germain, évêque.4327397 589 353

[p. X]

AOUT. Signe la Vierge.

Le soleil entre dans la Vierge le 23, à 7 h. 19 m. du soir.

     Premier Quartier le 4, à 5 heures 17 min. matin.

     Pleine Lune le 11, à 9 heures 52 min. soir.

     Dernier Quartier le 20, à 1 heure 8 min. matin.

     Nouvelle Lune le 26, à 10 heures 29 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1vendredis. Exupère, év.4347389Matin.1810Soir.14
2samedis. Pierre-ès-liens.43573610 3610 275
38 Dim.s. Etienne, pape.43673511 5210 546
4lundis. Dominique.4387331Soir.611 237
5mardis. Afre, mart.4397322 1811 558
6mercrediTransfig. de N. S.4407303 26   9
7jeudis. Donat, év.4427294 300Matin.3210
8vendrediOctave St-Exupère.4437275 261 1511
9samedis. Romain.4457256 142 412
109 Dim.s. Laurent, mart.4467246 542 5913
11lundiste. Susanne.4477227 283 5814
12mardiste. Claire.4497207 584 5915
13mercredis. Hippolyte.4507198 236 116
14jeudiVigile, jeûne4527178 447 417
15vendrediASSOMPTION.4537159 68 818
16samedis. Roch.4547139 279 1119
1710 Dim.s. Mammès.4567119 4710 1520
18lundiste. Hélène.45771010 911 2021
19mardis. Magne, évêque.4597810 360Soir.2622
20mercredis. Bernard, abbé.507611 81 3223
21jeudis. Privat, évêque.517411 492 3924
22vendrediOctave de l'Assomp.5372   3 4425
23samediste. Chantal, veuve.54700Matin.394 4526
2411 Dim.s. Barthélemi.566581 395 3927
25lundi.s. Louis, roi.576562 496 2428
26mardis. Zéphirin.596544 87 229
27mercredis. Césaire, évêque.5106525 307 341
28jeudis. Augustin.5116506 528 32
29vendrediste. Sabine, veuve.5136488 138 313
30samedis. Fiacre, sol.5146469 348 594
3112 Dim.s. Félix, mart.51664110 529 275

[p. XI]

SEPTEMBRE. Signe la Balance.

Le soleil entre dans la Balance le 23, à 4 h. 0 m. du soir.

     Premier Quartier le 2, à 2 heures 2 min. soir.

     Pleine Lune le 10, à 1 heure 53 min. soir.

     Dernier Quartier le 18, à 1 heure 38 m. soir.

     Nouvelle Lune le 25, à 6 heures 21 m. matin.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1lundis. Gilles, abbé.5176420Soir.79Soir.576
2mardis. Antonin, m.5186401 1910 317
3mercrediT. de s. Regnob.5206382 2411 128
4jeudis. Grégoire, pape.5216363 2211 599
5vendredis. Victorin.5236344 13   10
6samedis. Joachim.5246324 550Matin.5211
713 Dim.s. Cloud, prêtre.5266305 321 5012
8lundiNATIVITÉ DE LA V.5276286 32 5113
9mardis. Gorgon.5286266 283 5414
10mercrediste. Pulchérie.5306246 514 5815
11jeudis. Hyacinthe.5316217 126 116
12vendredis. Révérent.5336197 327 417
13samedis. Maurille.5346177 538 718
1414 Dim.Exalt. de la ste. Croix.5356158 169 1119
15lundiOctave de la Nativ.5376138 4110 1520
16mardis. Cyprien, év.5386119 1011 2021
17mercrediQuatre-Temps.540699 460Soir.2522
18jeudis. Ferréol, martyr.5416710 301 3023
19vendredis. Janvier, év.5436411 222 3124
20samedis. Eustache, martyr54462   3 2725
2115 Dim.s. Mathieu, apôtre.545600Matin.254 1626
22lundis. Maurice.5475581 394 5527
23mardiste. Thècle, vierge.5485562 585 2828
24mercredis. Gérard, év.5505544 195 5929
25jeudis. Firmin, év.5515525 416 281
26vendredis. Faust, m.5535507 56 552
27samedis. Côme, s. Dam.5545478 277 223
2816 Dim.ste. Liobe, v.5565459 467 524
29lundis. Michel, arch.55754311 28 275
30mardis. Jérôme.5595410S.139 86

[p. XII]

OCTOBRE. Signe le Scorpion.

Le soleil entre dans le Scorpion le 24, à 0 h. 15 m. du mat.

     Premier Quartier le 2, à 2 heures 39 min. matin.

     Pleine Lune le 10, à 6 h. 42 min. matin.

     Dernier Quartier le 18, à 0 heure 22 min. matin.

     Nouvelle Lune le 24, à 3 heures 19 min. soir.

     Premier Quartier le 31, à 7 heures 27 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1mercredis. Remi, évêque.605391Soir.169Soir.547
2jeudiss. Anges gardiens.615372 1110 468
3vendredis. Candide.635352 5611 439
4samedis. François d'Ass.645333 34   10
517 Dim.s. Placide.665314 60Matin.4311
6lundis. Bruno.675284 331 4512
7mardiste. Justine, v.695264 562 4813
8mercrediste. Réparate, v.6105245 173 5014
9jeudis. Denis, évêque.6125225 374 5315
10vendredis. Géréon.6135205 585 5816
11samedis. Nicaise, évêque.6155186 207 317
1218 Dim.s. Vilfrid, évêque.6165166 448 818
13lundis. Géraud, comte.6185147 119 1419
14mardis. Calliste, pape.6195127 4310 2120
15mercrediste. Thérèse.6215108 2311 2521
16jeudis. Gal, abbé.623589 120Soir.2622
17vendredis. Hedwige.6245610 111 2223
18samedis. Luc, évangéliste.6265411 182 1024
1919 Dim.s. Aquilin, év.62752   2 5125
20lundis. Caprais, m.629510Matin.323 2726
21mardis. Ursule, vierge.6304591 503 5827
22mercredis. Mellon.6324573 114 2528
23jeudis. Romain, év.6334554 334 5329
24vendredis. Magloire.6354535 555 2030
25samedis. Crépin, s. C.6374517 165 491
2620 Dim.s. Amand.6384498 376 222
27lundis. Frumence.6404489 547 03
28mardis. Simon, s. Jude.64144611 37 434
29mercredis. Quentin.6434440Soir.48 345
30jeudis. Léon, pape.6454420 549 316
31vendrediVigile, jeûne.6464411 3610 317

[p. XIII]

NOVEMBRE. Signe le Sagittaire.

Le soleil entre dans le Sagittaire le 22, à 8 h. 52 m. du soir.

     Pleine Lune le 8, à 11 heures 31 min. soir.

     Dernier Quartier le 16, à 9 heures 31 min. matin.

     Nouvelle Lune le 23, à 2 heures 16 min. matin.

     Premier Quartier le 30, à 3 heures 36 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1samediLA TOUSSAINT.6484392Soir.1011S.348
221 Dim.Les Trépassés.6494372 38   9
3lundis. Marcel, évêque.6514363 20Matin.3810
4mardis. Charles B.6534343 231 4111
5mercredis. Vigor, év.6544333 442 4512
6jeudis. Léonard.6564314 43 4913
7vendredis. Florent, év.6574304 254 5314
8samedistes. Reliques.6594284 485 5815
922 Dim.s. Théodore.714275 147 416
10lundis. Martin, pape.724255 458 1117
11mardis. Martin, évêque.744246 229 1818
12mercredis. Ruf, évêque.754237 810 2219
13jeudis. Brice, évêque.774218 411 2020
14vendredis. Laurent, évêque.794209 80Soir.1221
15samedis. Malo, évêque71041910 180 5422
1623 Dim.s. Eucher, évêque.71241711 331 2823
17lundis. Grégoire T.713416   1 5824
18mardis. Odon, abbé.7154150Matin.512 2625
19mercrediste. Elisabeth.7164142 102 5326
20jeudis. Edmond, roi.7184133 293 1827
21vendrediPrésent. de la ste. V.7194124 483 4428
22samediste. Cécile.7214116 84 1429
2324 Dim.s. Clément.7224107 274 491
24lundis. Chrysogone.724498 425 312
25mardiste. Catherine725489 486 203
26mercredis. Lin, pape.7274810 467 154
27jeudis. Maxime, évêque.7284711 338 165
28vendredis. Sosthène730460Soir.99 216
29samedis. Saturnin.731450 3910 257
301 Dim.AVENT.732451 511 298

[p. XIV]

DÉCEMBRE. Signe le Capricorne.

Le soleil entre dans le Capricorne le 22, à 9 h. 39 m. matin.

     Pleine Lune, le 8, à 3 h. 37 m. soir.

     Dernier Quartier le 15, à 5 heures 35 min. soir.

     Nouvelle Lune le 22, à 3 heures 43 m. soir.

     Premier Quartier le 30, à 1 heure 24 min. soir.

J.
du
M.
Jours
de la
Semaine.
NOMS
des Saints.
SOLEIL.LUNE.J.
de
la
L.
Lev.Couc.Lev.Couc.
H.M.H.M.H. M.H. M.
1lundis. Eloi, évêque.734441Soir.28 Matin. 9
2mardis. François-Xavier.735441 490 3210
3mercredis. Lucius, roi.736432 91 3511
4jeudiste. Barbe.738432 292 3912
5vendredis. Sabas, abbé.739422 513 4513
6samedis. Nicolas.740423 154 5214
72 Dim.s. Ambroise.741423 436 115
8lundiCONCEPTION.742424 187 816
9mardiste. Léocadie.743415 28 1317
10mercredis. Melchiade.744415 559 1418
11jeudis. Damase.745416 5810 919
12vendredis. Sinésius, m.746418 910 5420
13samediste. Luce, vierge m.747419 2411 3121
143 Dim.s. Gratien, évêque.7484110 400Soir.322
15lundiOct. de la Concept.7494111 570 3223
16mardis. Adon, év.75042   0 5824
17mercrediQuatre-Temps.750421Matin.141 2225
18jeudiss. Ruf et Zozime.751422 311 4626
19vendredis. Nemèze, martyr752423 482 1227
20samedis. Philogone, mart.753435 42 4328
214 Dim.s. Thomas, ap.753436 193 2129
22lundis. Ischirion.754447 294 730
23mardiste. Victoire.754448 305 01
24mercrediV. J.755459 235 592
25jeudiNOEL.7554510 77 23
26vendredis. Etienne, martyr.7554610 428 84
27samedis. Jean, apôtre et év.7564711 99 135
28Dim.ss. Innocents.7564811 3310 176
29lundis. Thomas de C.7564911 5411 207
30mardis. Ursin. évêque.756490S.14   8
31mercredis. Sylvestre7564100 330M.239

[p. XV]

ASSOCIATION NORMANDE.

COMPOSITION DU BUREAU.

Directeur :
M. DE CAUMONT, correspondant de l'Institut de France, membre du Conseil général de l'agriculture près le ministère de l'agriculture et du commerce.
Secrétaire général :
M. MORIÈRE, directeur des cours spéciaux au Lycée de Caen.
M. PELLERIN, professeur en médecine, secrétaire-général adjoint.
Archiviste :
M. HETTIER, directeur de l'Assurance mutuelle, à Caen.
Trésorier :
M. RUPALLEY, docteur en droit, à Caen.

CONSEIL PERMANENT :

MM.DE CAUMONT, directeur de l'Association ;
MORISOT, préfet du Calvados ;
DE WIMPFFEN, général de brigade ;
RAYNAL, procureur-général ;
D'ARGENTON ;
BRIGES (marquis de) ;
CHAUMONTEL (vicomte de) ;
TRAVERS, professeur à la Faculté des lettres ;
BERTRAND, maire de Caen ;
PIERRE, professeur de chimie ;
LAFOSSE, médecin en chef des hospices ;
AUBERT, propriétaire ;

[p. XVI]

MM.DELOS, imprimeur-libraire ;
BRUNET, conseiller à la Cour d'appel ;
DESCHAMPS, ancien inspecteur des forêts ;
PAISANT (Paul), propriétaire ;
DOMIN,              id.          
DUDÉZERT,          id.          
SIMON, membre de la Société d'Agriculture de Caen ;
DELAMARE, chef de division à la préfecture ;
DURAND, professeur en médecine ;
LE PETIT, curé de Tilly-sur-Seulles ;
D'ISON (comte), colonel en retraite ;
CALENGE, propriétaire, à Ecoville ;
CASTEL, secrétaire général de la Société d'Agriculture de Bayeux ;
PAGNY, de Mézières.
     D'après une disposition réglementaire, le directeur est autorisé à inviter à assister aux réunions du Conseil vingt membres de l'Association, à son choix. Les membres du bureau central et les inspecteurs font de droit partie du Conseil.
Le Conseil se réunit chaque mois, hôtel du Pavillon, à Caen.
Commission pour la publication de l'Annuaire :
MM. DE CAUMONT, MORIÈRE, GIRARDIN, DELOS.
     Cette Commission, renouvelée chaque année, est chargée de classer les articles destinés à paraître dans l'Annuaire, après qu'ils ont été agréés par le Conseil administratif.
Commission des fonds :
MM. MORIÈRE, DELOS, DE ROISSY, LÉTOT.
     Cette Commission seconde le Trésorier dans l'administration financière de la Société, la perception des cotisations, etc. Elle est renouvelée chaque année.

[p. XIX]

LISTE GÉNÉRALE DES MEMBRES.

CALVADOS.

Inspecteurs divisionnaires :
MM. P.-A. LAIR, comte DE BEAUREPAIRE, DE LACHOUQUAIS.

ARRONDISSEMENT DE CAEN.

Inspecteur : M. DE MECFLET, directeur de la ferme-école de Quesnay.
Cantons de Caen.

     MM.

     ALLARD-ISABELLE, propriétaire, à Caen.

     AMELINE, curé de Notre-Dame.

     ARNOUVILLE (d'), propriétaire, à Caen.

     AUBERT, ancien pharmacien, à Caen.

     BACON, ancien pharmacien, à Caen.

     BANNEVILLE (marquis de), propriétaire, à Caen.

     BAUNY DE RÉCY, directeur de l'Enregistrement.

     BAYEUX, professeur à la Faculté de Droit.

     BAZIN, courtier de navires, à Caen.

     BELCOURT (de) fils, à Caen.

     BELLEFOND (comte de), licencié en droit, à Caen.

     BELLEFOND (marquis de), propriétaire, à Caen.

     BELLEFOND (Mme de), à Caen.

     BELLENGER, luthier, à Caen.

     BELLIVET fils, propriétaire, à Caen.

     BÉNARD, propriétaire, à Caen.

     BERTHAULD, premier président honoraire, à Caen.

     BERTHÉLEMY, préposé en chef près l'Octroi.

     BERTRAND, doyen de la Faculté des Lettres et maire de Caen.

     BIARS (de), chef d'escadron d'état-major, à Caen.

     BLIN fils, ancien pharmacien, à Caen.

     BONCHAMPS (de), propriétaire, à Caen.

     BOSCAIN, graveur, à Caen.

     BOUFFEY, conseiller à la Cour.

     BOURDON, avoué à la Cour d'appel.

     BOURIENNE, docteur-médecin, à Caen.

     BRÉVILLE (Eugène), propriétaire, à Caen.

[p. XX]

     BRIGE (marquis de), propriétaire, à Caen.

     BRUCOSTÉ-DESCOUTURES, propriétaire, à Caen.

     BRUNET, conseiller à la Cour d'appel.

     BRUNVILLE (Eugène de), propriétaire, à Caen.

     BURET, agent d'affaires, à Caen.

     CAUMONT (de), fondateur de l'Association normande, correspondant de l'Institut, à Caen.

     CAUVET, professeur-suppléant à la Faculté de Droit.

     CAUVIGNY (baron Arthur de), propriétaire, à Caen.

     CHABLE, avocat, à Caen.

     CHAUMONTEL (vicomte de), propriétaire, à Caen.

     CHAUVIN, professeur d'histoire naturelle à la Faculté des Sciences.

     CHAZOT (de), propriétaire, à Caen.

     COURSANNE (de), membre de la Société d'Agriculture, à Caen.

     COURTY, avocat, à Caen.

     CROISILLES (de), propriétaire, à Caen.

     CUSSY (Charles de), propriétaire, à Caen.

     DAJON, propriétaire, à Louvigny.

     DARRY, négociant, à Caen.

     DAVID, cafetier, à Caen.

     DAUFRESNE, notaire, à Caen.

     DEBOISLAMBERT, professeur à la Faculté de Droit.

     DELACODRE, propriétaire, à Caen.

     DELAMARE, chef de bureau à la Préfecture.

     DELAUNAY, cultivateur, à Caen.

     DELAVILLE, conseiller à la Cour d'appel.

     DELAVILLE, marchand de chevaux, à Bretteville-sur-Odon.

     DELISLE (Georges), doyen de la Faculté de Droit.

     DELOS, imprimeur-libraire, à Caen.

     DENIS, négociant, à Caen.

     DENIS, estimateur, à Caen.

     DESBORDEAUX, ancien magistrat, à Caen.

     DESCHAMPS, ancien inspecteur des forêts, à Caen.

     DES ILLES, propriétaire, à Caen.

     DESPORTES, notaire, à Caen.

     DETRUISSARD, homme de lettres, à Caen.

     DOMIN, ancien avoué, à Caen.

     DONNET, banquier, à Caen.

     DRUVAL (de), propriétaire, à Caen.

     DUBOURG, négociant, à Caen.

     DUDEZERT, auteur d'un traité d'Agriculture, à Caen.

     DUFERRAGE (Adolphe), propriétaire, à Caen.

     DUFOUR, huissier, à Caen.

     DUHAMEL-WAILLY, propriétaire, à Caen.

     DUMESNIL-DUBUISSON (le comte de), propriétaire, à Caen

[p. XXI]

     DUPAIGNE, fabricant d'engrais, à Caen.

     DUPONT-LONGRAIS, président à la Cour d'appel.

     DURAND, professeur à l'Ecole de médecine.

     DURSUS, propriétaire, à Caen.

     DUTERTRE, propriétaire, à Caen.

     ECQUEVILLY (vicomte d'), propriétaire, à Caen.

     EMIÉVILLE (Frédéric d'), propriétaire, à Caen.

     ENAULT, avocat, à Caen.

     ENGERRAND, propriétaire, à Caen.

     ENOUT, architecte, à Caen.

     ETIENNE, docteur-médecin, à Caen.

     ETIENNE, président du tribunal de commerce.

     ETIENNE, avocat, à Caen.

     EUDES-DESLONGCHAMPS, doyen de la Faculté des Sciences, correspondant de l'Institut.

     FAUCAMBERGE (de), négociant, à Caen.

     FAUCON-DUQUESNAY, médecin, à Caen.

     FAUVEL, professeur d'écriture, à Caen.

     FLEURY, inspecteur de l'Enregistrement, à Caen.

     FOACHE (baron), ancien payeur, à Caen.

     FONTETTE (de), ancien député, à Caen.

     FONTETTE (baron Louis de), capitaine d'état-major, à Caen.

     FORMEVILLE (de), conseiller à la Cour d'appel.

     FOUCHÉ, agent d'affaires, à Caen.

     FOURNEAUX, ancien membre du Conseil municipal, à Caen.

     FOURNIER, inspecteur des eaux et forêts, à Caen.

     GERVAIS, bâtonnier des avocats, à Caen.

     GERVAIS, membre du Conseil général du commerce.

     GOUJON DE SAINT-THOMAS, propriétaire, à Caen.

     GUERARD-DESLAURIERS, ingénieur civil, directeur de l'usine de Sannerville, à Caen.

     GUÉRIN, homme de lettres, à Caen.

     GUERRIER, professeur de chant, à Caen.

     GUILBERT, banquier, à Caen.

     GUILBERT (Georges), propriétaire, à Caen.

     GUILLOUET, propriétaire, à Caen.

     GUY, architecte de la ville de Caen.

     HALAINE (le comte d'), propriétaire, à Caen.

     HARDEL, imprimeur-libraire, à Caen.

     HENRY, instituteur, à St.-Contest.

     HÉRICY (marquis d'), propriétaire, à Caen.

     HETTIER, directeur de l'assurance mutuelle, à Caen.

     HOLZMANN, négociant, à Caen.

     HOMMEY-MARGAUTIER, avoué à la Cour d'appel.

[p. XXII]

     ISON (comte d'), membre du Conseil général.

     JAMET (l'abbé), à Caen.

     JARDIN (l'abbé), supérieur du pensionnat ecclésiastique, à Caen.

     JEHENNE, avocat, à Caen.

     JONQUOY, propriétaire, à Mondeville.

     LABARTHE (comte de), propriétaire, à Caen.

     LABESNARDIÈRE (de), propriétaire, à Caen.

     LAFOSSE, médecin en chef des hospices.

     LAHAYE (Paul), négociant à Caen.

     LAIR (P.-A.), conseiller de préfecture, à Caen

     LAMBERT, ancien sous-directeur de la maison centrale de détention de Beaulieu, à Caen.

     LATROUETTE, docteur ès-lettres, à Caen.

     LEBAILLY, ancien secrétaire de la mairie, à Caen.

     LEBARILLIER, ancien représentant du peuple, à Lébisey.

     LEBART, propriétaire, à Caen.

     LEBOUCHER, avocat, à Caen.

     LECLERC, docteur-médecin, à Caen.

     LECREPS fils, propriétaire, à Caen.

     LEDÉZERT, avocat, à Caen.

     LEFLAGUAIS (Alphonse), conservateur de la bibliothèque publique, à Caen.

     LEGOUX, propriétaire, à Caen.

     LEGRAND fils, étudiant, à Caen.

     LEMOINE, négociant, à Caen.

     LEPAGE (Adrien), propriétaire, à Caen.

     LEPAULMIER, négociant, à Caen.

     LEPROVOST, négociant, à Caen.

     LESAUVAGE, docteur-médecin, à Caen.

     LÉTOT, propriétaire, à Caen.

     LEVARDOIS, conseiller de préfecture.

     LIAZARD, propriétaire, à Caen.

     LITHARD, propriétaire, à Caen.

     LORIMIER (de), propriétaire, à Caen.

     MALLET, avoué à la Cour d'appel.

     MANCEL (Georges), conservateur de la bibliothèque, à Caen.

     MANOURY (Philippe), propriétaire, à Caen.

     MANOURY (Paul), ancien conservateur du jardin des plantes, à Lébisey.

     MARGUERIT (Frédéric), avocat, à Caen.

     MARTIN, docteur-médecin, à Caen.

     MATHAN (baron de), capitaine au 1er de lanciers.

     MASSIEU de CLERVAL, propriétaire, à Caen.

     MÉRIEL, ancien commissaire-priseur, à Caen.

     MONTARAN (baronne de), à Mondeville.

     MORIÈRE, directeur des cours spéciaux du Lycée.

     MORISOT, préfet du Calvados.

     NÉGRIER, médecin-vétérinaire des remontes, à Cormelles.

[p. XXIII]

     OSMONT, propriétaire, à Caen.

     OSMONT fils, propriétaire, à Caen.

     OSSEVILLE (comte Louis d'), ancien maire de Caen.

     OSSEVILLE (Ludovic d'), membre du Conseil d'arrondissement.

     PAISANT (Paul), propriétaire, à Mondeville.

     PAISANT, agent-voyer, à Caen.

     PELLERIN, docteur-médecin, à Caen

     PELPEL, propriétaire, à Caen.

     PERIER, docteur-médecin, à Caen.

     PIERRE, professeur de chimie à la Faculté des Sciences.

     PIGACHE, pharmacien, à Caen.

     PIHAN, capitaine au long-cours, à Caen.

     PLUQUET, pharmacien, à Caen.

     POEDEVIN, ancien élève de l'Ecole polytechnique, à Caen.

     PONTAVICE (de), propriétaire, à Caen.

     PORQUET de LA FERRONNIERE, propriétaire, à Caen.

     PREMPAIN, professeur aux cours spéciaux du Lycée.

     PRIMOIS, maître de poste, à Caen.

     RAYNAL, procureur-général à la Cour d'appel.

     REGNOUF, agent d'affaires, à Caen.

     RENARD, clerc de notaire, à Caen.

     REVILLIASC (de), propre, à Caen.

     ROGER, professeur à la Faculté des Lettres.

     ROGER de LA CHOUQUAIS, président à la Cour d'appel.

     ROGER de LA CHOUQUAIS fils, avocat, à Caen.

     ROGER-DUVAL, propriétaire, Caen.

     ROUSSELIN, premier président honoraire, à Caen.

     RUAULT, négociant, à Caen.

     RUPALLEY, agent d'affaires, à Caen.

     SAINT-RÉMY, propriétaire, à Caen.

     SAINTE-CROIX, propriétaire, à Caen.

     SAINTE-MARIE, propriétaire, à Allemagne.

     SÉMINEL, directeur d'assurances, à Caen.

     SENOT (Marin), propriétaire, a Caen.

     SERAN (comte de), maréchal-de-camp, à Caen.

     SIGNARD d'OUFFIÈRES, propriétaire, à Caen.

     SIMON, membre de la Société d'Agriculture, à Caen.

     SOLENGE (Eugène), marchand de vins, à Caen.

     TASSILLY, professeur, à Caen.

     TESSON, propriétaire, à Caen.

     THIERRY, doyen honoraire de la Faculté des Sciences.

     THOMINE-DESMASURES aîné, représentant du peuple.

     TILLY (vicomte de), propriétaire, à Caen.

     TITER de GLATIGNY (comte de), propriétaire, à Caen.

     TOSTAIN (Edmond), propriétaire, à Caen.

     TOSTAIN (Pierre ), propriétaire, à Caen.

[p. XXIV]

     TOUCHET (Didier de), propriétaire, à Caen.

     TRAVERS, professeur à la Faculté des Lettres.

     TREBUTIEN, professeur-suppléant à la Faculté de Droit.

     VALORY (de), propriétaire, à Caen.

     VASTEL, directeur de l'Ecole de médecine.

     VAUTIER (Abel), ancien député, à Caen.

     VENDOEUVRE (comte de), ancien préfet

     VENDOEUVRE (vicomte Anatole de), propriétaire, à Caen.

     WIMPFFEN (de), général de brigade.

     YOUF, supérieur du Bon-Sauveur, à Caen.

Canton de Douvres.
Inspecteur : M. HÉBERT.

     MM.

     BLIN (l'abbé), curé de Bernières-sur-Mer.

     BOUQUEREL, ancien notaire, à Biéville.

     DUHAMEL, propriétaire, à Luc.

     FORMIGNY (de), propriétaire, au château de la Londe.

     HEBERT, membre du Conseil général, à Douvres.

     HETTIER père, propriétaire, à Douvres.

     LECOINTRE, chef de bataillon, à Douvres.

     LIAZARD (Alphonse), propriétaire, à Mathieu.

Canton de Creully.
Inspecteur : M. de TURGOT

     MM.

     CORNULLIER (comte de), propriétaire, à Fontaine-Henry.

     CYRESME (de), propriétaire, à Mar-tragny.

     DELACOUR, membre du Conseil général, à St-Gabriel.

     HEROULT, propriétaire, à Cour-seulles.

     LACOUR, docteur-médecin, à CreulIy.

     LECOCQ (Emmanuel), propriétaire, à Martragny.

     MORICE, notaire, à Creully.

     TESSEL, pharmacien, à Courseulles.

     TURGOT (comte de), propriétaire, à Lantheuil.

     VIOLARD, négociant, à Courseulles.

[p. XXV]

Canton de Tilly-sur-Seulles.
Inspecteur : M. DE FONTETTE, à Ducy.

     MM.

     ABOVILLE (d'), propriétaire, à Brouay.

     BOURIENNE, propriétaire, à Mesnil-Patry.

     COLOMBELLES, propriétaire, à Cristot.

     DUBREUIL, propriétaire, à Tilly-sur-Seulles.

     DUMERIL, propriétaire, à Marcelet.

     LEBASTARD (Jules), cultivateur, à Carpiquet.

     LEPETIT, curé de Tilly-sur-Seulles.

     SAINT-GERMAIN, ancien avoué, à St-Manvieu.

     TOUSTAIN (vicomte de), officier de marine, à Tilly-sur-Seulles.

Canton de Villers-Bocage.
Inspecteur : M. DE BRUNVILLE.

     MM.

     BERTOT jeune, cultivateur, à Banneville-sur-Ajon.

     BRUNVILLE (Félix de), propriétaire, à Tournay-sur-Odon.

     DENIS (Guillaume), propriétaire, à Banneville-sur-Ajon

     MALCOURONNE, propriétaire, à Noyers.

     MARAIS, propriétaire, à Epinay-sur-Odon.

     MONDHARD, maire de Tournay-sur-Odon.

     TILLY (Adjutor de), propriétaire, à Villy.

     VAUCASSEL (de), propriétaire, à Campandré.

Canton d'Evrecy.
Inspecteur : M. DE BOURMONT.

     MM.

     BESONGNET, maréchal, à Vieux.

     BOURMONT (comte de), propriétaire, à Maltot.

     JUMILHAC (comte de), propriétaire, à Gavrus.

     LEBRETHON, maire, à Evrecy.

     LEDARS, propriétaire, à Eterville.

     SAINT-POL (de), propriétaire, à Neuilly-le-Malherbe.

[p. XXVI]

Canton de Bourguébus.
Inspecteur : M. D'ISON, à Airan.

     MM.

     AUVRAY, curé de Moult.

     BANCE, cultivateur, à Poussy.

     BLIN-BARON, ancien juge de paix, à Moult.

     DELAFAVERIE, propriétaire, à St-André-de-Fontenay.

     DESLOGES (Pierre), propriétaire, à Rocquancourt.

     HUET, fabricant de dentelles, à Bellengreville.

     LEPELLETIER, cultivateur, à Clinchamps,

     PINSON, propriétaire, à St-Martin-de-Fontenay.

     SAINT-QUENTIN (comte de), propriétaire, à Garcelles.

Canton de Troarn.
Inspecteur : M. BOUET.

     MM.

     ANCELLE, maire, à Argences.

     BENARD, maître de poste, à Troarn.

     BONHOMME, cultivateur, à Troarn.

     BOUET, maire de Troarn.

     BRIARD, propriétaire, à Bures.

     CALENGE, propriétaire, à Ecoville.

     CASTILLON, propriétaire, à Troarn.

     CASTILLON (Charles), propriétaire, à Troarn.

     CAUVIGNY (de), propriétaire, à Varaville.

     CRÈVECOEUR (Mme de), à Cagny.

     DESLOGES (Désiré), propriétaire, à Janville.

     DUHAMEL, ancien juge de paix, à Troarn.

     DUSOIR, médecin, à Argences.

     GRENIER (Paulin), propriétaire, à Bréville.

     GUERNON DE RANVILLE (comte de), propriétaire, à Ranville.

     HÉLIE, maire de Saint-Pierre-du-Jonquet.

     JULIEN (Joseph-Alexandre), propriétaire, à Troarn.

     LEBAILLY, instituteur, à Argences.

     LEBIDOIS, propriétaire, à Vimont.

     LECHEVALIER, greffier du juge de paix, à Troarn.

     LEMAÎTRE, propriétaire, à Hérouvillette.

     MAUGER, propriétaire, à Argences.

     MONTROTY, propriétaire, à Troarn.

     RENOUF, maire de Varaville.

     TOSTAIN (Raven), propriétaire, à Ecoville.

     TRÉBUTIEN, propriétaire, à Troarn.

     VIEL, cultivateur, à Banneville.

[p. XXVII]

ARRONDISSEMENT DE BAYEUX.

Inspecteur : M. LAMBERT.
Canton de Bayeux.
Inspecteur : M. GAUGAIN.

     MM.

     ACHARD DE VACOGNES, propriétaire, à Bayeux.

     AGNEAUX (Frédéric d'), propriétaire, à Bayeux.

     BERTOT, pharmacien, à Bayeux.

     BONNECHOSE (de), propriétaire, à Monceaux.

     CARABEUF, avocat, à Bayeux.

     CARPENTIER (Jacques-Louis), propriétaire, à Bayeux.

     CASTEL, agent-voyer, à Bayeux.

     CRUX (de), propriétaire, à Sully.

     DESCLOSIERES, membre du conseil général, à Bayeux.

     DESMASURES, propriétaire, à Cussy.

     DESPALLIERES, maire, à Bayeux.

     DESRAME-DUBOIS, propriétaire, à St-Martin-des-Entrées.

     DODESNEL, représentant du peuple, à Bayeux.

     FOURNÈS (Arthur de), propriétaire, à Vaussieux.

     FOURNÈS (Robert de), propriétaire, à Vaussieux.

     GAUGAIN, secrétaire de l'évêché.

     JAHIET, membre de la Société d'Agriculture, à Bayeux.

     JAMES, avocat, à Bayeux.

     JEAN-DELAMARE (Charlemagne), propriétaire, à Bayeux.

     LABBEY, docteur-médecin, à Bayeux.

     LAIRde BEAUVAIS, architecte, à Bayeux.

     LAMBERT, bibliothécaire, à Bayeux.

     LAVALLEY DU PERROUX, négociant, à Bayeux.

     LEBARBANCHON, maire, à Cottun.

     LESENECAL, marchand de chevaux, à Bayeux.

     OLIVE, docteur-médecin, à Bayeux.

     PEZET, président du tribunal civil.

     PEZET (Gustave), avocat, à Bayeux.

     ROBIN (Mgr), évêque de Bayeux.

     ROTZ (Norbert de), propriétaire, à Bayeux.

     VILLERS (Georges), propriétaire, à Bayeux.

[p. XXVIII]

Canton de Ryes.
Inspecteur : M. NOGET.

     MM.

     AIZY (d'), propriétaire, à Vaux-sur-Aure.

     BONVOULOIR (de), propriétaire, à Magny.

     CLINCHAMPS (de), propriétaire, au Manoir.

     GOSSET (Gustave), propriétaire, à Commes.

     GRENIER, propriétaire, à Graye.

     HERVIEU, ancien représentant du peuple, à Ryes.

     LESUEUR, propriétaire, à Esquay.

     NOGET (l'abbé), supérieur du séminaire de Sommervieu.

     TOUSTAIN (comte de), propriétaire, à Vaux-sur-Aure.

Canton de Trévières.
Inspecteur : M. G. VILLERS, à Bayeux.

     MM.

     ADELINE, propriétaire, à Blay.

     ADELINE fils, propriétaire, à Blay.

     AUBIN-SIMON, propriétaire, à Saonet.

     CARITÉ (Auguste), propriétaire, au Breuil.

     CAUVIGNY (Paul de), propriétaire, à Vierville.

     DAON (Alexandre), propriétaire, à Bricqueville.

     GOSSET (Théophile), propriétaire, à Tour.

     GRAFFEY, propriétaire, à Formigny.

     GUILBERT-DUCLOS, maire de Trévières.

     LÉPESSE (de), propriétaire, à Vierville.

     LESUEUR, propriétaire, à Huppain.

     MARGUERIT (Léonce de), propriétaire, à Vierville.

     MARGUERYE (comte Louis de), propriétaire, à Colleville.

Canton d'Isigny.
Inspecteur : M. DE CUSSY.

     MM.

     ARGENTON (baron d'), propriétaire, à St-Marcouf.

     BÉCHEVEL (Mme de), propriétaire, à la Folie.

     CUSSY (Fritz de), à Vouilly.

     DURAND, propriétaire, à Isigny.

     KERGORLAY (comte de), propriétaire, à Castilly.

     LECHARTIER, propriétaire, à Mestry.

     MARIE, juge de paix, à Isigny.

     PAGNY, propre, à l'Epinay-Tesson.

[p. XXIX]

Canton de Balleroy.
Inspecteur : M. VILLEROY.

     MM.

     CHABROL (de), propriétaire, au Molay.

     DUMANOIR DE JUAYE, propriétaire, à Juaye.

     HAUDRY DE SOUCY, à Baynes, près Littry.

     LABOIRE (de), propriétaire, à Castillon.

     LANCE père, propriétaire, à Littry.

     LANCE fils, directeur de la mine de Littry.

     VILLEROY, membre du Conseil général, à Balleroy.

Canton de Caumont.
Inspecteur : M. LÉTOT.

     MM.

     DOYÈRE, docteur-médecin, à Caumont.

     DUPONT, notaire, à Caumont.

     GOUBOT, pharmacien, à Caumont.

ARRONDISSEMENT DE VIRE.

Inspecteurs : MM. MURY, à Vire, et VAULLÉGEARD, à Condé-s-Noireau.
Canton de Vire.
Inspecteur : M. DESROTOURS DE CHAULIEU.

     MM.

     ARTURIÈRES (Isidore d') propriétaire, à Vire.

     BAUDRE (Léon de), propriétaire, à Maisoncelles-la-Jourdan.

     BEAUMONT, architecte, à Vire.

     CANU, conseiller municipal, à Vire.

     CHANCEREL-LEPELLETIER, conseiller municipal, à Vire.

     CHATEL, banquier, à Vire.

     CHATEL-QUEILLET, fabricant de draps, à Vire.

     CHEMIN, ancien juge de paix, à Vire.

     CHÊNEDOLLÉ (de), propriétaire, à Vire.

     COQUART, propriétaire, à Vire.

     COQUART (Louis), propriétaire, à Vire.

     DURAND, président du tribunal de commerce, à Vire.

     DURANDIÈRE, adjoint au maire de Vire.

     GUERNIER, peintre, à Vire.

[p. XXX]

     HUILLARD-D'AIGNEAUX, ancien maire, à Vire.

     LARENAUDIÈRE (Gustave de), propriétaire, à Vire.

     LEGRAIN (Edmond), à Vire.

     LEMARCHAND, avocat, à Vire.

     LEMOINE fils, négociant, à Vire.

     LEMONTIER, avocat, à Vire.

     LENORMAND, ancien sous-préfet, à Vire.

     LENORMAND (Adrien), négociant, à Vire.

     MAUPAS DE COURTE, à Vire.

     MORIN, sculpteur à Vire.

     MURY, docteur-médecin, à Vire.

     NOEL-DUROCHER, propriétaire, à Vire.

     PÉRIERS, professeur de mathématiques.

     PICHARD, juge au tribunal de commerce.

     POLINIÈRE (de), propriétaire, à Vire.

     ROGER (Victor), propriétaire, à Truttemer-le-Grand.

     SCELLES (l'abbé), officier de l'Université, à Vire.

     THAN (de), fabricant de papiers, à Maisoncelles-la-Jourdan.

     VAUDRY, mécanicien, à Vire.

     VIMONT, fondeur-mécanicien, à Vire.

     VIVIER aîné, commissionnaire en draps, à Vire.

Canton d'Aunay.
Inspecteur : M. PENN-HÉLOUIN.

     MM.

     ACHARD DE VACOGNES, propriétaire, à St-Jean-des-Essartiers.

     ACHARD DE VACOGNES fils, à St-Jean-des-Essartiers.

     BONDELET, juge de paix, à Aunay.

     BROGLIE (prince de), à St-Georges-d'Aunay.

     BROGLIE (de) fils, maire de St-Georges.

     DESRIVIÈRES, maire de St-Jean-des-Essartiers.

     DUBOSQ, huissier, à Aunay.

     LARUE, instituteur, à Aunay.

     MORIN, membre du Conseil général, à Aunay.

     PENN-HÉLOUIN, maire d'Aunay.

     SAINT-PIERRE (vicomte de), à St-Pierre-du-Fresne.

Canton de Bény-Bocage.
Inspecteur : M. CANIVET.

     MM.

     CANIVET (François), propriétaire, à St-Pierre-Tarentaine.

     DESROTOURS, propriétaire, à la Graverie.

     GUERPEL (de), propriétaire, à Ste-Marie-Laumont.

     LETOREL, propriétaire, au Tourneur.

[p. XXXI]

Canton de St-Sever.
Inspecteur : M...

     MM.

     HELLOUIN, juge de paix, à St-Sever.

     LECARPENTIER, propriétaire, à Beaumesnil.

     LEHÉRICÉ, propriétaire, à la Landelle.

Canton de Vassy.
Inspecteur : M. DE CHÊNEDOLLÉ.

     MM.

     DESÉGREMONT, ancien membre du Conseil général, à Montchamp.

     LA ROCHELLE, propriétaire, à Bernières-le-Patry.

Canton de Condé-sur-Noireau.
Inspecteur : M. GUILET.

     MM.

     BOISNE (Armand), négociant, à Condé-sur-Noireau.

     DELAFERTÉ-LEFEBVRE, négociant, à Condé-sur-Noireau.

     GUILET, ancien maire de Condé.

     GUILOUET fils aîné, filateur, à Condé.

     LECORNU, propriétaire, à Condé-sur-Noireau.

     OBLIN (Léon), négociant, à Condé-sur-Noireau.

     PELIER-BOISNE, négociant, à Condé-sur-Noireau.

     PELIER (Mélidor), négociant, à Condé-sur-Noireau.

     VAULLÉGEARD, docteur-médecin, à Condé-sur-Noireau.

ARRONDISSEMENT DE FALAISE.

Inspecteur : M. DE BRÉBISSON.
Cantons de Falaise.
Inspecteurs : MM. DE MAGNY et DE MAUSSION.

     MM.

     AILLICOURT (d'), propriétaire, à Bons.

     BEAUREPAIRE (comte de), à Falaise.

     BRÉBISSON (de), naturaliste, à Falaise.

[p. XXXII]

     CELLIER, cultivateur, à St-Germain-Langot.

     CHAPDELAINE (comte de), propriétaire, à Falaise.

     CHAULIEU (Raoul de), propriétaire, aux Iles-Bardel.

     CHOISY, professeur, à Falaise.

     DELANGE, adjoint au maire de Falaise.

     DELVAUX, ancien s-préfet, à Falaise.

     DUMESNIL (Louis), avocat, à Falaise.

     ENAULT, avocat, à Falaise.

     FONBRUNE (de), sous-préfet, à Falaise.

     FOURNEAUX, propriétaire, à Falaise.

     GRAVELLE-DESVALLÉES, notaire, à Falaise.

     JAMES, pépiniériste, à Ussy.

     JANVRAIN, instituteur, à Versainville.

     LAFRESNAYE (de), naturaliste, à Falaise.

     LALONDE, pharmacien, à Falaise.

     LEBAILLY, filateur, à Falaise.

     LEBOURGEOIS, propriétaire, à Long-pré, près Falaise.

     LECLERC, ancien député, à Falaise.

     LEFÊVRE (Victor), propriétaire, à Ussy.

     LENTAIGNE, avocat, à Falaise.

     LEVAVASSEUR, architecte, à Falaise.

     LORMELET, professeur, à Falaise.

     MAGNY (Benjamin de), propriétaire, à Rapilly.

     MAUSSION (comte de), secrétaire de la Société d'Agriculture de Falaise.

     OILLIAMSON (le comte d'), à St-Germain-Langot.

     OILLIAMSON (marquis d'), à St-Germain-Langot.

     OSMOND, propriétaire, à Damblainville.

     RUAULT (Louis), propriétaire, à Bons.

     SAINTE-CROIX, propriétaire, au Détroit.

     TRÉPREL (de), propriétaire, à Tréprel.

     VAUDICHON (de), ancien sous-préfet, à Falaise.

Canton de Couliboeuf.
Inspecteur : M...

     MM.

     BRUCE-WHITE, propriétaire, à Vendoeuvre.

     CLOOK (baron de), au château d'Assy.

     MOREL D'AUBIGNY (comte), propriétaire, au château d'Assy.

[p. XXXIII]

Canton de Bretteville-sur-Laize.
Inspecteur : M. CHAMPIN.

     MM.

     BACON, maire, à Soignolles.

     BELLECOURT (de), maire d'Ifs-sur-Laizon.

     BELLIVET (Félix), cultivateur, à Vieux-Fumé.

     CAIX (de), au château de Quesnay.

     CHAMPIN, receveur d'enregistrement, à St-Sylvain.

     COUDRAY, propriétaire, à St-Sylvain.

     DAMPIERRE (de), propriétaire, à Bray-la-Campagne.

     DUSOIR, maire, à Magny-la-Campagne.

     FOUQUES, docteur-médecin, à Bretteville-sur-Laize.

     GAALON (Octave de), propriétaire, aux Moutiers-en-Cinglais.

     GOHIER, maire, à Bretteville-sur-Laize.

     HAMELIN, notaire, à St-Sylvain.

     HUBERT (Alexandre), propriétaire, à Urville.

     LABRÈCHE, juge de paix, à Bourguébus.

     LAFONTAINE, percepteur, à Condé-sur-Laison.

     LEBRETHON (Alphonse), propriétaire, à Urville.

     LEBRETHON, propriétaire, à Vieux-Fumé.

     LEDÉZERT, propriétaire, à Saint-Germain-le-Vasson.

     LENORMAND, maire, à Quilly.

     LESÉNÉCAL, propriétaire, à Saint-Sylvain.

     MALARD, maire, à Condé-sur-Laison.

     MECFLET (de), directeur de la ferme-école, à Quesnay.

     PAGNY, juge de paix, à Mézières.

     PAGNY, ancien huissier, à Bretteville-sur-Laize.

     PATRY (Constant), propriétaire, à Cintheaux.

     PAULMIER père, propriétaire, à St-Germain-le-Vasson.

     PLESSIS, notaire, à Mézières.

     POLIGNAC (comte Héracle de), à Outrelaize.

     PORET, agent-voyer, Langannerie.

     RICHER, propriétaire, à Gouvix.

     ROBERGE, ancien inspecteur de l'Université, à Gouvix.

     SAINT-CLOUD (marquis de), propriétaire, à Fierville-la-Campagne.

     SAINT-JEAN, maire, à Bretteville-le-Rabet.

     SAINTE-ALDEGONDE (comte de), à Outrelaize.

     SURVAL (baron de), propriétaire, à Quesnay.

     VALETTE (l'abbé), curé, à Gouvix.

[p. XXXIV]

Canton d'Harcourt.
Inspecteur : M. DUDEZERT.

     MM.

     ANGERVILLE (comte d'), propriétaire, à Martainville.

     BAUDOIN, pharmacien, à Clécy.

     BELLENGER, propriétaire.

     FROMENT, maître jardinier, à Harcourt.

     GOUGET (Henri), propriétaire, à Harcourt.

     HASTAIN, maire, à Harcourt.

     MONTAIGU (de), propriétaire, à Cossesseville.

     TERNAUX DE LA MORÉLIE, propriétaire, à Meslay.

ARRONDISSEMENT DE LISIEUX.

Inspecteurs : MM. CAMPION, à Lisieux, et LEGRAND, à St-Pierre-sur-Dives.
Cantons de Lisieux.
Inspecteurs : MM. LALLIER et TARGET.

     MM.

     BLOCHE, avocat, à Lisieux.

     CAMPION (Alfred), avocat, à Lisieux.

     CORBIÈRE, vétérinaire, à Lisieux.

     CORDIER père, ancien membre du Conseil général, à Lisieux.

     CORDIER fils, représentant du peuple.

     DAUFRESNE, notaire, à Lisieux.

     DELAPORTE, ancien directeur des postes, à Lisieux.

     DUBOIS (Louis), propriétaire, à Lisieux.

     FÉRET (l'abbé), curé de Marolles.

     FORMEVILLE (de) père, ancien membre du Conseil général, à Lisieux.

     FOURNET-BROCHAYE, négociant, à Lisieux.

     FOURNET-PETIT, pharmacien, à Lisieux.

     GAHÉRY, directeur de l'école primaire supérieure.

     GAUSSUIN, contrôleur, à Lisieux.

     GILLOTIN, négociant, à Lisieux.

     JACOB, professeur au collége de Lisieux.

     LACHÈVRE, sous-préfet, à Lisieux.

[p. XXXV]

     LALLIER, maître de poste, à l'Hôtellerie.

     LALMAND (l'abbé), professeur au collége de Lisieux.

     LECHARTIER, marchand de miel, à Lisieux.

     LEROY, avocat, à Lisieux.

     LETERRIER, propriétaire, à Lisieux.

     LEVERDIER, professeur au collége de Lisieux.

     MOUTIER, propriétaire, à Lisieux.

     NASSE, ancien sous-préfet, à Lisieux.

     NEUVILLE (marquis de), à Courtonne-la-Meurdrac.

     NICOLAS, architecte, à Lisieux.

     PASQUERON, ingénieur, à Lisieux.

     PERRIER (Eléonor), négociant, à Lisieux.

     RATISBONNE, receveur particulier, à Lisieux.

     TARGET (Paul), membre du Conseil général, à Lisieux.

     THILLAYE D'HEUDREVILLE père, juge au tribunal de commerce.

     TULOUP DE LA BECQUETIÈRE, propriétaire, à Fumichon.

Canton d'Orbec.
Inspecteur : M. LACROIX.

     MM.

     BUROT, marchand de vin, à Orbec.

     DURAND, vétérinaire, à Orbec.

     GASNIER, directeur de la poste, à Orbec.

     GRAVERON (de), père, à la Vespière.

     GRAVERON (Alban de), à la Vespière.

     GRAVERON (Gustave de), à id.

     LACROIX, maire, à Orbec.

     ORNMOY (d'), propriétaire, à Préaux.

     PIEL fils, notaire, à Orbec.

Canton de Livarot.
Inspecteur : M. BOYER.

     MM.

     BOYARD, propriétaire, à Fervaques.

     BOYER, propriétaire, à Livarot.

     DUCHÊNE, propriétaire, à Quévrue.

     GOULEY, propriétaire, à Fervaques.

     LECOMTE, maire, à Livarot.

     MESNIL-DURAND (baron de), à Mesnil-Durand.

     MIGNOT, maire, au Mesnil-Bacley.

     NEUVILLE (marquis de), propriétaire, à Livarot.

[p. XXXVI]

Canton de St-Pierre-sur-Dives.
Inspecteur : M. ROCHET.

     MM.

     ANGERVILLE (Arsène), propriétaire, à St-Pierre-sur-Dives.

     AUBIN (Jules-César), propriétaire, à St-Pierre-sur-Dives.

     BELLAIS, docteur-médecin, à St-Pierre-sur-Dives.

     BELLET (Louis), propriétaire, à Ouville-la-Bien-Tournée.

     BLIVET, propriétaire, à Mittois.

     BRILLANT, vétérinaire, à St.-Pierre-sur-Dives.

     DECOUR, cultivateur, à Mittois.

     FOURQUEMAIN, agent-voyer, à St-Pierre-sur-Dives.

     LAMBERT (Eugène), propriétaire, à St-Pierre-sur-Dives.

     LAPERELLE, ancien notaire, maire de St-Pierre-sur-Dives.

     LECORDIER, receveur des contributions indirectes, à St-Pierre-sur-Dives.

     LEGRAND, docteur-médecin, à St-Pierre-sur-Dives.

     LEMAITRE, vétérinaire, à Ste-Marguerite-de-Viette.

     LEROY, propriétaire, à St-Georges-en-Auge.

     LIGNEROLLES (de), propriétaire, à St-Pierre-sur-Dives.

     MORAND-LAPERELLE, pharmacien, à St-Pierre-sur-Dives.

     MOTTE (Charles), propriétaire, à Garnetot.

     PILLOU, membre du Conseil général, à St-Pierre-sur-Dives.

     ROCHET, capitaine d'artillerie en retraite, à Hyéville.

     SAMSON, propriétaire, à Hyéville.

     TOUTAIN, notaire, à St-Pierre-sur-Dives.

Canton de Mézidon.
Inspecteur : M. COULIBOEUF.

     MM.

     BEAUMONT (de), propriétaire, à Percy.

     BOUQUEREL DE PLAINVILLE, propriétaire, à Plainville.

     DE PLAINVILLE fils, propriétaire, à Plainville.

     COULIBOEUF, notaire, à Mézidon.

     DEBIEZ, receveur de l'enregistrement, à Mézidon.

     JAMOT, propriétaire, à Crèvecoeur.

     JENTEVILLE (de), percepteur, à Crèvecoeur.

[p. XXXVII]

     LARIVIÈRE, propriétaire, à Ecajeul.

     LEPRÊTRE, propriétaire, à St-Pair-du-Mont.

     MONTBRUN (de), propriétaire, à Quetiéville.

     MOUTIER, propriétaire, à Castillon.

     POUETTRE, huissier, à Mézidon.

     SEVESTRE, notaire honoraire, à St-Julien-le-Faucon.

ARRONDISSEMENT DE PONT-L'ÉVÊQUE.

Inspecteur : M. LEMÉTAYER-DESPLANCHES.
Canton de Pont-l'Evêque.
Inspecteur : M. CORDIER.

     MM.

     ALLEAUME-DESMOTTES, propriétaire, à Pont-l'Evêque.

     AUBRÉE, membre du Conseil général, à Pont-l'Evêque.

     AUMONT (Emmanuel-Desparts), avocat, à Pont-l'Evêque.

     BRETOCQ aîné, propriétaire, à St-Etienne-la-Thillaye.

     BONNECHOSE (de), propriétaire, à Pont-l'Evêque.

     DAVID, ancien notaire, à Pont-l'Evêque.

     DAUGE, imprimeur, à Pont-l'Evêque.

     DUHAMEL (Jules), propriétaire, à Surville.

     DUPARC, propriétaire, à Pont-l'Evêque.

     HAUTPOUL (d'), maire, à Trouville.

     HENRI, avocat, à Pont-l'Evêque.

     ISABELLE DE LA BLOTTERIE, maire de Pont-l'Evêque.

     JOLY, docteur-médecin, à Pont-l'Evêque.

     LECHEVALIER, avoué, à Pont-l'Ev.

     LECOURT, avoué, à Pont-l'Evêque.

     LEMASQUERIER, propriétaire, à Pont-l'Evêque.

     LEMÉTAYER-DESPLANCHES, juge de paix, à Pont-l'Evêque.

     MELIOT, sous-préfet, à Pont-l'Ev.

     PAISANT-VALENCOURT, propriétaire, à Pont-l'Evêque.

     PAUL, propriétaire, à St-Etienne-la-Thillaye.

     PORQUET-LAFÉRONIÈRE, notaire, à Pont-l'Evêque.

     QUÉLIN, propriétaire, à Pont-l'Evêque.

     QUESNEL, agent d'affaires, à Pont-l'Evêque.

     QUILLET (Mme Caroline), à Pont-l'Evêque.

     VALLÉE, membre du Conseil général, à Trouville.

     WIMPFEN, procureur de la République, à Pont-l'Evêque.

[p. XXXVIII]

Canton d'Honfleur.
Inspecteur : M. LECARPENTIER.

     MM.

     LAMARE-PICQUOT, docteur-médecin, à Honfleur.

     LECARPENTIER, maire d'Honfleur.

     LECARPENTIER fils, à Honfleur.

     MANNEVILLE DE LA MARCHE, à Troussebourg.

     MERMET, manufacturier, à Criqueboeuf.

Canton de Blangy.
Inspecteur : M. AUBRÉE, à Pont-l'Evêque.

     MM.

     CACHELEU (Amédée de), à Bonneville-la-Louvet.

     DAVID, propriétaire, à Blangy.

     EUDES, propriétaire, à St-Julien-sur-Calonne.

     SEMAINVILLE (de), à Manneville-la-Pipart

Canton de Cambremer.
Inspecteur : M. GOUPIL.

     MM.

     BEAUDOIN, maire, à Auvillars.

     DELAHAIS, maire de Beuvron.

     GERMAIN (Constant), maire du Ham.

     GOUPIL, propriétaire, à Pontfol.

Canton de Dozulé.
Inspecteur : M. DE ROISSY.

     MM.

     DUBOUILLONNET, propriétaire, à St-Pierre-Azif.

     DUTROSNE, ancien magistrat, à Trousseauville.

     EURVILLE (marquis d'), propriétaire, à Grangues.

     GUESTIER (Donatien de), propriétaire, à St-Pierre-Azif.

     GUESTIER (Adrien de), propriétaire, à St-Pierre-Azif.

     HÉRON, maire de Glanville.

     LÉGUILLON (Stanislas), maire de Blonville.

[p. XXXIX]

     LEPROVOST, percepteur, à Beaumont-en-Auge.

     LEROI, propriétaire, à St-Samson.

     LONDE (Constant), propriétaire, à Putot.

     PARIS, propriétaire, à Villers-sur-Mer.

     ROISSY (de), propriétaire, à Danestal.

MANCHE.

Inspecteurs divisionnaires :
MM. RENAULT, membre de l'Institut des Provinces, à Coutances ; marquis DE BELLEFONT, à Cavigny.

ARRONDISSEMENT DE SAINT-LO.

Inspecteur : M. CLÉMENT.
Inspecteurs cantonaux :
Cantons de Canisy, M de KERGORLAY, propriétaire, à Canisy.

     - de Carentan, M. BOTTIN, conseiller général, à Carentan.

     - de St-Clair, M. de ROCHEFORT, ppre, à St-Jean-de-Savigny.

     - de St-Jean-de-Daye, M. DAUXAIS, propriétaire, à Cavigny.

     - de Marigny, M. ANGER, ancien maire, à Remilly.

     - de Torigny, M. DUPERRON, ancien maire, à Torigny.

     MM.

     ADAM, propriétaire, à Méautis.

     ADDES, instituteur, à St-Hilaire-Petitville.

     ANGER, ancien maire, à Remilly.

     ANGOT (François), propriétaire, à Méautis.

     ANGOT (Pierre), propriétaire, à Méautis.

     ANGOT (Jean), propriétaire, à St-Eny.

     BATAILLE (Prosper), cultivateur, à St-Eny.

     BATAILLE (Jean), propriétaire, à Carentan.

     BERTRAND, directeur de l'école mutuelle, à Carentan.

     BOTTIN, conseiller-général, à Carentan.

     CLÉMENT, ancien maire, à St-Lo.

     DAN, fabricant de tissus, à Dangy.

     DAUXAIS, propriétaire, à Cavigny.

[p. XL]

     DELAGONIVIÈRE, propriétaire, à St-Eny.

     DELAMARE, propriétaire, à St-Lo.

     DOISNARD, architecte, à St-Lo.

     DUBOSC, archiviste du département, à St-Lo.

     DUHAMEL, procureur de la République, à St-Lo.

     DUPERRON, propriétaire, à St-Amand.

     DUPERRON, ancien maire, à Torigny.

     DURAND, propriétaire, à St-Lo.

     ENOUF, propriétaire, à Carentan.

     ENOUF, ancien avoué, à St-Lo.

     FEUILLET, ancien conseiller de préfecture, à St-Lo.

     GARNIER, négociant, à St-Lo.

     GEOFFROY DE MÉAUTIS, à St-Eny.

     GISLOT, médecin, à Carentan.

     GRANDVAL (de), propriétaire, à St-Lo.

     HAMEL, curé, à Auvers.

     HAVIN, conseiller d'Etat, à Torigny.

     HÉLIE, officier de santé, à Carentan.

     KERGORLAY (comte Hervé de), propriétaire, à Canisy.

     LAFOSSE (Pierre), à S-Côme-du-Mont

     LAINÉ (Joseph), à St-Eny.

     LAVALLEY, aumônier de l'hospice, à St-Lo.

     LAVARENGERIE (de), propriétaire, à St.-Lo.

     LE BOUTEILLER, sous-inspecteur des écoles primaires, à St-Lo.

     LECARDONNEL, à St-Lo.

     LECUYER (Bruno), à St-André-de-Bohon.

     LEHODEY, ancien notaire, à Torigny.

     LEMARINEL, pharmacien, à Carentan.

     LEMONNIER, pharmacien, à Carentan.

     LENOEL, propriétaire, à Carentan.

     LEROY, curé de St-Evremont-de-Bon-Fossé.

     LESAGE DE BASMARAIS (Pierre), à St-Eny.

     LONGIEN, propriétaire, à St-Lo.

     MARGUERIT DE CLOUAY, propriétaire, à St-Jean-de-Savigny.

     MARIE, directeur de l'école primaire supérieure, à Carentan.

     MIQUELOT, vicaire de Sainte-Croix, à St-Lo.

     RAULINE (Jean-Baptiste), éleveur, à Carentan.

     ROCHEFORT (de), propriétaire, à St-Jean-de-Savigny.

     ROUELLE, chapelain de l'hospice, à Carentan.

     ROUSSEAU, vice-conservateur du musée, à St-Lo.

     TRÉBUTIEN, juge suppléant, à St-Lo.

     VAUTIER (François), cultivateur, à St-Eny.

[p. XLI]

ARRONDISSEMENT DE VALOGNES.

Inspecteur : M. GILLES.
Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de Bricquebec, M. LERENDU, notaire, à Bricquebec ;

     - de Ste-Mère-Eglise, M. D'AIGNAUX, propriétaire, à Lille-Marie.

     MM.

     AIGNAUX (d'), propriétaire, à Lille-Marie.

     BENOIT (Armand), à Valognes.

     BONDESSIN, imprimeur, à Valognes.

     BOYER (Hyacinthe de), à St-Vaast-la-Hougue.

     CARMESNIL (de), propriétaire, à St-Sauveur-le-Vicomte.

     CLÉMENT, ancien maire, à St-Germain-de-Varreville.

     DELALANDE, avocat, à Valognes.

     DELALANDE (Arsène), avocat, à Valognes.

     DUCAMPGRAIN, propriétaire, à Valognes.

     DUPERRON (l'abbé), professeur, à Valognes.

     FALAISE, ancien maire, à Ste-Marie-du-Mont.

     GALLEMAND, vice-président de la Société d'agriculture, à Valognes.

     GILLES aîné, propriétaire, à Valognes.

     GRANDVAL (de), propriétaire, à Valognes.

     HERPIN (Jules), percepteur, à Négreville, près Valognes.

     HEULARD, négociant, à Valognes.

     JOUENNE, vicaire, à Valognes.

     LEBRETONNIÈRE (de), propriétaire, à Sainte-Colombe.

     LECUYER (Jules), propriétaire, à Carquebut.

     LELAIDIER (Auguste), négociant, à Valognes.

     LEMARCHAND (l'abbé), à Valognes.

     LEPELLETIER, propriétaire, à Valognes.

     LERAT (Léon), avocat, à Valognes.

     LERENDU, notaire, à Bricquebec.

     MERIELLE, propriétaire, à Angoville-au-Plain.

     MESNILDOT D'ANNEVILLE, propriétaire, à Valognes.

     MORIN (l'abbé), vicaire, à St-Vaast-la-Hougue.

     NÉEL (l'abbé), vicaire, à St-Vaast-la-Hougue.

     PONTGIBAUD (le comte César de), propriétaire, à Fontenay, près Montebourg.

     PRÉMONT (Paul), juge, à Valognes.

     PRÉMONT, propriétaire, à Ste-Marie-du-Mont.

     ROYVILLE (de), propriétaire, à Hyéville.

[p. XLII]

     SAINTE-COLOMBE (de), maire, à Sainte-Colombe.

     SERRY (de), ingénieur des ponts et chaussées, à Valognes.

     TOCQUEVILLE (comte de), représentant du peuple, à Tocqueville.

     TOCQUEVILLE (vicomte de), propriétaire, à Naqueville.

     VILLETTE (l'abbé), vicaire, à Valognes.

ARRONDISSEMENT DE CHERBOURG.

Inspecteur : M. NOEL-AGNÈS.
Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de Beaumont, M. BONNEMAINS, instituteur, à Gréville.

     - d'Octeville, M. DIGARD, propriétaire, à Tourlaville.

     - de St-Pierre-Eglise, M. SELLIER, manufacturier, à Gonneville.

     MM.

     BLANGY (de), propriétaire, à St-Pierre-Eglise.

     BONNEMAINS (Jacques-Louis), instituteur, à Gréville.

     BRUCAN (de), vice-président du bureau de bienfaisance, à Cherbourg.

     CHEVREL, avoué, à Cherbourg.

     COLLIN (André), médecin, à St-Pierre-Eglise.

     COUPÉ, juge, à Cherbourg.

     COURMERIE, directeur d'une usine de produits chimiques, à Cherbourg.

     DARRAGON, instituteur, à Cherbourg

     DIGARD, propriétaire, à Tourlaville.

     DUMONCEL (le comte), à Cherbourg.

     DUMONCEL (le vicomte), à Cherbourg.

     ESPINOSE (d'), propriétaire, à Cosqueville.

     FORFERT, propriétaire, à Tourlaville.

     GENEBRIAS, propriétaire, à Cherbourg.

     HENRY, membre du Conseil municipal, à Cherbourg.

     LAMBERT, propriétaire, à Gonneville.

     LEBLANC, hôtelier, à Cherbourg.

     LEFEBVRE, ancien directeur des constructions navales, à Cherbourg.

     LEFEBVRE, négociant, à Cherbourg.

     LEGUILLON, avoué, à Cherbourg.

     LEPONT, négociant, à Cherbourg.

     LIAIS (Eugène), négociant, à Cherbourg.

     MARIE, professeur au collége, à

[p. XLIII]

Cherbourg.

     MENARD (l'abbé), principal du collége, à Cherbourg.

     MOREL, fabricant, à Saint-Pierre-Eglise.

     NOEL-AGNÈS, représentant du peuple, à Cherbourg.

     OBET, médecin, à Cherbourg.

     PÉRIAUX (Nicétas), propriétaire, à Querqueville.

     PONTAUMONT (Louis de), propriétaire, à Cherbourg.

     QUESLIN, juge de paix, à Cherbourg

     RIHOUET, propriétaire, à Cherbourg

     ROSSIGNOL, avocat, à Cherbourg.

     SELLIER, manufacturier, à Gonneville.

     SESMAISONS (comte de), propriétaire, à Flamanville.

ARRONDISSEMENT DE COUTANCES.

Inspecteur : M. BLOUET.
Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de Bréhal, M. BROHON, maire de Bréhal.

     - de Cerisy-la-Salle, M. DE MONS, propriétaire, à Savigny.

     - de Gavray, M. HAUDUC, propriétaire, à Equilly.

     - de la Haye-du-Puits, M. CHANTEUX, juge de paix, à la Haye-du-Puits.

     - de St-Malo-de-Lalande, M. CHAPELLE, médecin, à Gouville.

     - de Montmartin-sur-Mer, M. DE GOUBERVILLE, ppre, à Contrières.

     - de Périers, M. AVRIL, ancien député, à Périers.

     - de St-Sauveur-Lendelin, M. FERRAND DE LA CONTÉ, maire, à St-Sauveur-Lendelin.

     MM.

     AGON (d'), propriétaire, à Coutances

     ANNA-MARY, propriétaire, à Coutances.

     AVRIL, ancien député, à Périers.

     BLOUET, procureur de la République, à Coutances.

     BOUILLON, notaire, à Coutances.

     BRIENS, propriétaire, au Mesnil-Amand.

     BROHON (baron de), maire, à Bréhal.

     BROYER, adjoint au maire, à Coutances.

     CHANTEUX, juge de paix, à la Haie-du-Puits.

     CHAPELLE, médecin, à Gouville.

     CHAUVET, propriétaire, à Coutances

     CHRISTEN (de), propriétaire, à Coutances.

     COULON, propriétaire, à Coutances.

[p. XLIV]

     DAUVIN, avocat, à Coutances.

     DELAMARE, vicaire-général, à Coutances.

     DELAVALAINERIE, propriétaire, à Coutances.

     DELAVILLE, médecin, à Saussay.

     DESCHAMPS de VADEVILLE fils, propriétaire, à Monthuchon.

     DESLANDES (Elie), négociant, à Coutances.

     DESPONTS, curé de Saint-Nicolas, à Coutances.

     DOLLEY, médecin, à Périers.

     DUDOUIT, avocat, à Coutances.

     DUPONT, propriétaire, à Coutances.

     DUPRÉ-LE MANSOIS, juge, à Coutances.

     DUSAUSSEY (Constant), juge, à Coutances.

     EUDES, chef de bataillon, à Gavray.

     FERRAND DE LA CONTÉ, propriétaire, à St-Sauveur-Lendelin.

     GOSSELIN, percepteur, à Coutances.

     GOUBERVILLE (de), propriétaire, à Contrières.

     GUILLOT, ancien notaire, à Coutances.

     GUILMOTO-CLOSNEUF, propriétaire, à Coigny.

     GUITTON, propriétaire, à Gavray.

     HAUDUC, propriétaire, à Equilly.

     HÉLOUIS, vétérinaire, à Coutances.

     HERPIN, médecin, à Coutances.

     HERVIEU, juge, à Coutances.

     IBERT, maire, à Gouville.

     LAHARIZIÈRE, propriétaire, à Périers

     LECLERC, propriétaire, à Mont-sur-Vent.

     LEFAUCHEUX, propriétaire, à Gavray

     LEFEVRE, propriétaire, à Heranguerville.

     LEFEVRE, médecin, à Coutances.

     LELOUP (Richard), avocat, à Coutances.

     LELOUP, vicaire de Saint-Pierre, à Coutances.

     LEMAITRE (Michel-François), propriétaire, à St-Sauveur-Lendelin

     LEMARE aîné, banquier, à Coutances.

     LEMARE-LEFEVRE, négociant et cultivateur, à Coutances.

     LESCAUDEY-MANNEVILLE, propriétaire, à Périers.

     LETERTRE, propriétaire, à Coutances.

     LETERTRE, conservateur de la bibliothèque publique de Coutances.

     MÉNAGE (Bernard), propriétaire, à Appeville.

     MICHAUD (Eugène), maire, à Heugueville.

     MONS (de), propriétaire, à Savigny.

     MONTHUCHON (de), propriétaire, à Monthuchon.

     MOREL (Charles), propriétaire, à Coutances.

     PACARY, cultivateur, à St-Germain-le-Vicomte.

     PITTON-DESPRÉS, prêtre, à Coutances

     PLAINE, sous-préfet, à Coutances.

     POISSON, juge de paix, à Coutances.

[p. XLV]

     POTIER-LAVARDE, propriétaire, à Coutances.

     PRÉVALLÉE, médecin, à Périers.

     QUESNEL-CANVAUX, président de la Société d'Agriculture, à Coutances.

     RENAULT, juge d'instruction, à Coutances.

     ROCHEFORT, médecin, à Ouville.

     VIGOT, médecin, à Coutances.

     VIMONT, juge, à Coutances.

ARRONDISSEMENT D'AVRANCHES.

Inspecteur : M. le marquis DE MONTÉCOT.
Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de Granville, M. HARASSE, négociant, à Granville.

     - de St-James, M. de GUITTON-VILLEBERGE, ppre, à Montanel.

     - de Pontorson, M. VERDUN DE LA CRÈNE, propriétaire, à Aucey.

     - de Sartilly, M. MAILLARD, juge de paix, à Sartilly.

     - de Villedieu, M. DE PEYRONY, propriétaire, à Lalande-d'Airou.

     MM.

     BELLETOILE DU MOTTET, ancien maire, à Avranches.

     BELLOIR, docteur-médecin, à St-James.

     BESNOU, propriétaire, à Villedieu.

     BESNOU (Léon), pharmacien-major de la marine, à Brest, chez M. Besnou, à Villedieu.

     BOUVATTIER, maire et représentant du peuple, à Avranches.

     CANISY (le comte Paul de), propriétaire, à St-James.

     CLINCHAMPS (de), président de la Société archéologique d'Avranches.

     EYSSAUTIER (d'), propriétaire, à Avranches.

     GAALON (le chevalier de), propriétaire, à Avranches.

     GAUDIN DE SAINT-BRICE, ancien sous-préfet, à Avranches.

     GUÉRIN-LE COURT, propriétaire, à Avranches.

     GUITTON-VILLEBERGE (vicomte de), propriétaire, à Montanel.

     HARASSE, négociant, à Granville.

     HOUSSARD, médecin des hospices, à Avranches.

     LECHEVALIER DE GRANCHAMPS, propriétaire, à Avranches.

     LECLERC (Constantin), propriétaire, à Avranches.

     LEMAISTRE, conservateur du musée, à Avranches.

     LEMOINE-DESMARES, ancien député,

[p. XLVI]

à Avranches.

     LESPLU-DUPRÉ fils, avocat, à Avranches.

     MAILLARD (Alphonse), juge de paix, à Sartilly.

     MAUDUIT, curé, à Granville.

     MONTÉCOT (marquis de), propriétaire, à Vergoncey.

     MOTTET, conservateur de la bibliothèque publique d'Avranches.

     PEYRONY (de), propriétaire, à Lalande-d'Airou.

     PITON DE GAIX, propriétaire, à Argouges.

     PRACONTAL (de), à Avranches.

     SAINT-GERMAIN (Hervé de), propriétaire, à Avranches.

     VERDUN DE LA CRÈNE, propriétaire, à Aucey.

ARRONDISSEMENT DE MORTAIN.

Inspecteur : M. le comte DE BONVOULOIR.
Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de St-Hilaire-du-Harcouet, M. l'abbé CARNET, curé, à St-Hilaire-du-Harcouet.

     - d'Isigny, M. l'abbé DESROCHES, curé, à Isigny.

     - de St-Pois, M. DAURAY de SAINT-POIS, propriétaire, à St-Pois.

     MM.

     AUGER, notaire, à St-Hilaire-du-Harcouet.

     BERNARD, propre, au Neufbourg.

     BLON (Emilien de), propriétaire, au Mesnil-Boeuf.

     BONVOULOIR (comte de), propriétaire, à Mortain.

     CARNET (l'abbé), curé de St-Hilaire-du-Harcouet.

     CARVILLE (Gauthier de), propriétaire, à Bois-Yvon.

     COLLIBEAUX, secrétaire de la Société d'agriculture, à Mortain.

     DAURAY DE SAINT-POIX (Raymond), propriétaire, à St-Pois.

     DEBON (André), propriétaire, à Sourdeval.

     DEBON (Victor), propriétaire, à Sourdeval.

     DESROCHES, curé, à Isigny.

     EUDES, propriétaire, à Mortain.

     GIRARDVILLE (de), curé, à Mortain.

     GRAINVILLE (de), ancien magistrat, à Mortain.

     HAMELIN, pharmacien, à St-Hilaire-du-Harcouet.

     HEUZÉ, juge de paix, à Isigny.

[p. XLVII]

     LEVERDAIS, maire de Mortain.

     LORIER (Théophile), propriétaire, à Sourdeval.

     MILLY (de), propriétaire, à Milly.

     ROULLIN, médecin, à St-Hilaire-du-Harcouet.

     SIMON (l'abbé), professeur, à Mortain.

ORNE.

Inspecteurs divisionnaires :
MM. DE LA SICOTIÈRE, à Alençon ; comte DE VIGNERAL, à Argentan.

ARRONDISSEMENT D'ALENÇON.

Inspecteur : M. le baron MERCIER.

     MM.

     BACHELIER (Louis-Marin), propriétaire, à Ste-Scolasse.

     BRULLEMAILLE (de), propriétaire, à Alençon.

     CHAMBRAY, docteur-médecin, à Alençon.

     CHÉNEL fils, avocat, à Alençon.

     CORBIÈRE, propriétaire, à Alençon.

     CORCELLES (de), propriétaire, à Essai.

     CURIAL, propriétaire, à Alençon.

     DEDAUX, architecte, à Alençon.

     DESMAZIS, propriétaire, à Alençon.

     DESPIERRES jeune, négociant, à Alençon.

     DESPROVOTIÈRES, juge, à Alençon.

     DRUET, ancien juge de paix, à Alençon.

     FAUDIN, substitut, à Alençon.

     FERMON (de), médecin, à Alençon.

     FRILEUSE (de), avocat, à Alençon.

     GERET, propriétaire, à Ste-Scolasse.

     HEREMBERT (Adolphe), à Godisson.

     HIAUMET (Pierre-Jean-Marin), propriétaire, à St-Julien-sur-Sarthe.

     HOMMEY, propriétaire, à Alençon.

     HUBERT, propriétaire, à Alençon.

     HUREL, curé, à Monsort-d'Alençon.

     JAMOT, curé à Alençon.

     LA COSTE (de), propriétaire, à Courtomer.

     LA SICOTIÈRE (de) père, propriétaire, à Alençon.

     LA SICOTIÈRE (de), avocat, à Alençon.

     LECOINTRE, propriétaire, à Alençon.

     MERCIER (baron), propriétaire, à Alençon.

     MOUSSARD, propriétaire, à Mauves.

     NÉEL (de), propriétaire, à Mesnil-Hubert.

[p. XLVIII]

     PICHON-PRÉMELÉ, propriétaire, à Séez.

     PIHAN, propriétaire à Ouézy.

     PION, lieutenant-colonel, à Alençon.

     POULET-MALASSIS, imprimeur, à Alençon.

     RICHER-LÉVÊQUE, à Alençon.

     TURENNE (de), propriétaire, à Courtomer.

ARRONDISSEMENT D'ARGENTAN.

Inspecteur : M. CROPAT.
Canton d'Argentan.
Inspecteur : M. GALLOT.

     AURAY (Norbert d'), à Say.

     BARASSIN, avocat, à Argentan.

     BAZILE (l'abbé), à Urou.

     BELLOUIN, avoué, à Argentan.

     BERRIER-FONTAINE, avocat, à Argentan.

     CLOGENSON, capitaine, à Argentan.

     COLMICHE (de), propriétaire, à Argentan.

     CROPAT, receveur municipal, à Argentan.

     DUBOIS, avocat, à Argentan.

     DUBOULLAY, propriétaire, à Argentan.

     FAUVEL, conseiller municipal, à Argentan.

     FERRAND, médecin-vétérinaire, à Argentan.

     FONTENAY (de), propriétaire, à Urou.

     GALLOT, maire d'Occagnes.

     GENU, avoué, à Argentan.

     GODEFROY, propriétaire, à Argentan.

     GONDOUIN, propriétaire, à Argentan.

     GONDOUIN, avocat, à Argentan.

     GUYON (Alfred de), propriétaire, à Argentan.

     HIS, ancien député, à Argentan.

     LAIR-DUBREUIL, notaire, à Argentan.

     LAISNÉ-COURVILLE, avoué, à Argentan.

     LAUTOUR, ancien notaire, à Argentan.

     LEGUERNEY, principal, à Argentan.

     LEGUERNEY, juge, à Argentan.

     LIBERT, médecin, à Argentan.

     MALFILATRE, commandant, à Argentan.

     MALHERBE (de), propriétaire, à Argentan.

     MARIGNIER, ppre, à Argentan.

     MEHEUDIN, avocat, à Argentan.

     MOUSSET, avocat, à Argentan.

     SOURDION, propriétaire, à Argentan.

     TRIBOUT, avoué, à Argentan.

     TRUCHY, propriétaire, à Argentan.

     VÉRON, avoué, à Argentan.

[p. XLIX]

Canton de Briouze.
Inspecteur : M. MASSON.

     MM.

     ALEXANDRE, à Briouze.

     BOCAGE, juge de paix, à Briouze.

     GRÉGOIRE, maître de poste, à Briouze.

     MASSON, propriétaire, à Briouze.

     VAUCELLES (de), propriétaire, à Lignou.

Canton d'Ecouché.
Inspecteur : M. Adrien DE CENIVAL.

     MM.

     BROGLIE (de), à Rânes.

     CATOIS fils, maître de forges, à Rânes.

     CÉNIVAL (Adrien de), à Fleurey.

     LAUREAU (de), propriétaire, aux Coudrais.

     MAISONS (de), propriétaire, à Mesnil-Glaise.

Canton d'Exmes.
Inspecteur : M. DE FLERS.

     MM.

     CHÉRON, propriétaire et maire, à Exmes.

     FLERS (de), conseiller d'arrondissement, à Villebadin.

     HOUEL, directeur du haras du Pin.

     MALO, directeur du domaine, au Pin.

Canton de Gacé.
Inspecteur : M. LE COUTURIER.
Canton de Putanges.
Inspecteur : M. LEGOULT-LONGPRÉ.

     MM.

     CAULAINCOURT (de), maire, à Giel.

     LEGOULT-LONGPRÉ, maire, à Neuvi.

     ORIOT-DUMOSI, maire, au Mesnil-Hermey.

     SOLAIRAC (de), au Mesnil-Gondouin.

     VIGNERAL (de), propriétaire, à Ry.

[p. L]

Canton de Trun.
Inspecteur : M. LEFRANC-DUSAUSSAY.

     MM.

     BISY (baron de), propriétaire, à Ecorches.

     DESCHAMPS, propriétaire, à Trun

     LAURENT, propriétaire, à Chambois.

     LE FRANC-DUSAUSSAY, propriétaire, à Montormel.

     RENAULT (Félix), propriétaire, à Chambois.

Canton de Mortrée.
Inspecteur : M. PORRIQUET.

     MM.

     PORRIQUET, propriétaire, à Marcé.

     LOYER (Louis), à St-Loyer-des-Champs.

Canton de Vimoutiers.
Inspecteur : M. BRIAND (de Pontchardon).

     MM.

     BERTHELOT, propriétaire, à Ticheville.

     BOSCHER, propriétaire, à Vimoutiers.

     BRETONNIÈRE (de la), propriétaire, à Vimoutiers.

     BRIAND, maire de Pontchardon.

     CHAUVEL, juge de paix, à Vimoutiers.

     EPINNEVILLE (d'), propriétaire, à Ticheville.

     GIGON DE LA BERTERIE, à Vimoutiers.

ARRONDISSEMENT DE DOMFRONT.

Inspecteur : M. D'HALAINES.

     MM.

     BANVILLE (de), propriétaire, au Fresne.

     BARBOT, propriétaire, au Fresne.

     BITOUZÉ-DAUXMESNIL, agent-voyer chef, à Domfront.

     BODIN, juge de paix, à Tinchebray.

     BORDEL-LANOS, au Mesnil-Simon.

     CHRISTOPHE, avocat, à Domfront.

     DELAUNAY (François), propriétaire, à Flers.

     DESFERRIS, propriétaire, à Montilly.

[p. LI]

     DURAND, juge, à Domfront.

     HAMARD, avocat, à Domfront.

     HALAINES (d'), propriétaire, à Domfront.

     LAFERRIÈRE (de), propriétaire, à Roufougeray.

     LECOMTE, maire, à Chanu.

     LEMAISTRE, président du tribunal, à Domfront.

     LEMASQUERIER, notaire, à Chanu.

     RAMARD, propriétaire, à Flers.

     SCHNETZ, propriétaire, à Flers.

ARRONDISSEMENT DE MORTAGNE.

Inspecteur : M. DE CHAZOT.

     MM.

     AUBIN DE BLANCPRÉ, propriétaire, à Prulay.

     BAIL, ancien notaire, à Mortagne.

     BOYNE (de), propriétaire, à Bellavilliers.

     CHAZOT (de), à Mortagne.

     CAHARDON, propriétaire, à Mortagne.

     COURVAL (de), à Mortagne.

     HOUDELIÈRES, propriétaire, aux Genettes.

     LELONG, avocat, à Mortagne.

     OLIVIER, propriétaire, à Mortagne.

     PUISAYE (de), à Puisaye.

     SERVIS, à Longny.

     VAUCEY (Alfred de), à Mortagne.

     VAUGEOIS (Hippolyte), avocat, à Laigle.

     VAUSSEY (Alexandre de), à Saint-Denis, près Mortagne.

EURE.

Inspecteurs divisionnaires :

     MM. LEFEBVRE-DURUFLÉ, représentant et membre du Conseil-général, à Pont-Authou, ; Raymond BORDEAUX, docteur en droit, etc., à Evreux ; et Armand DURÉCU.

ARRONDISSEMENT D'ÉVREUX.

Inspecteur : M. CHASSANT, bibliothécaire, correspondant du ministère de l'Instruction publique, à Evreux.
Inspecteur du canton de Rugles : M. DUBUC, au château de Bois-Normand, près Lyre.
Ville d'Evreux.

     MM.

     BEAUCANTIN, directeur du jardin botanique.

     BORDEAUX (Raymond), avocat, docteur en droit.

     BOUGAREL, docteur en médecine.

[p. LII]

     CASSEN, propriétaire.

     CHARVET (Pierre), ancien manufacturier.

     CHASSANT, bibliothécaire.

     CORNEILLE-DEHAUMONT, président du tribunal de commerce.

     DEL'HOMME, juge, membre du Conseil général.

     HÉBERT, juge de paix.

     LACHÈVRE, juge.

     LEBRETON, notaire honoraire.

     LEFEBURE, géomètre en chef du cadastre.

     L'HOPITAL, ancien maire d'Evreux.

     OLIVIER, ingénieur en chef des ponts et chaussées.

     PETIT (Ange), juge et membre du Conseil général.

     ROBILLARD, ancien ingénieur en chef.

     SAINT-GERMAIN (Gaillard de), correspondant du ministère de l'Instruction publique, etc.

     TOURNEMINE (Gaston de), avocat.

     VALLON, préfet de l'Eure.

Cantons.

     MM.

     CHAMBRAY (le marquis Jacques de), au château de Chambray, près Damville.

     CHEVREAUX aîné, membre de plusieurs Sociétés savantes, à Conches.

     DANZEL, médecin, à la Ferrière-sur-Risle.

     DELARUE, ancien juge de paix, à Breteuil.

     DEPINAY-PRÉHAMON, notaire, à la Neuve-Lyre.

     DUBUC, au château de Bois-Normand, près Lyre.

     GAZAN (de), ancien député, au Nuisement (Huest).

     GAZAN fils, chimiste, au château du Nuisement.

     MOUCHEL, membre du Conseil général des manufactures, à Rugles.

     PALYART, membre du Conseil général des manufactures, à Breteuil.

     POSTEL (Alphonse de), au château de Martainville-du-Cormier.

     ROSTOLAN (Balthazar de), au château du Buisson-Garembourg, près Evreux.

     SALVANDY (le comte de), au château de Graveron.

[p. LIII]

ARRONDISSEMENT DE BERNAY.

Inspecteur : M. BOURDON (Nathalis).
Ville de Bernay.

     MM.

     ASSELIN, ancien receveur particulier des finances.

     AUGER (comte d'), à Menneval, près Bernay.

     AUMONT (l'abbé), curé de Notre-Dame de La Couture.

     BARDET, docteur en médecine, secrétaire de section de la Société d'agriculture de l'Eure.

     BAUSSE (de), propriétaire.

     BAYVEL, négociant.

     BLONDEL, pharmacien.

     BOURDON (Nathalis), ancien magistrat.

     CHARLEMAINE, ancien sous-préfet.

     DESMARES, greffier du tribunal, à Bernay.

     DUBUC, maire de la ville.

     DUDONNEZ, vétérinaire.

     DUFAY, propriétaire, à Carsix.

     FOCET, membre du Conseil général.

     GEOFFROY-CHATEAU, juge d'inston.

     GUERY, propriétaire.

     HÉBERT, propriétaire.

     HUBERT-LAFAMILLE, propriétaire.

     LEFEBVRE, imprimeur, à Bernay.

     LIZOT, rédacteur de l'Echo.

     NICOLLE, propriétaire.

     SAINTE-OPPORTUNE (de), ancien officier de cavalerie.

     VY (Augustin), président du tribunal de commerce.

     VY (Emile), négociant.

Inspecteurs cantonaux :
MM. DE SAINTE-OPPORTUNE, à Bernay ; le prince ALBERT DE BROGLIE, à Broglie ; RIOULT DE BOISRIOULT, à Thiberville.
Cantons.

     MM.

     BEAULAVON, homme de loi, à Broglie.

     BOISRIOULT (Auguste de), à Heudreville.

     BOUCHER, ancien notaire, à Brionne.

     BROGLIE (prince Albert de), au château de Broglie.

     CROIX (le marquis de), au château de Cerquigny.

     DEBOS, cultivateur, à...., près Broglie.

     DURAND, notaire, à Broglie.

     EPINEVILLE (Victor d'), au château du Plessis, commune de Saint-Clair-d'Arcey.

     HAMEL, docteur en médecine, membre du Conseil général, à Boisney.

     LA GARENNE (Charles de), au château

[p. LIV]

de La Garenne, commune de Giverville.

     LE CARPENTIER, propriétaire, à Beaumesnil.

     LECLERC, membre du Conseil général, à la Barre.

     LEMONNIER, cultivateur, à Saint-Clair-d'Arcey.

     LEPREVOST (Auguste), membre de l'Institut, au château de Saint-Martin-du-Tilleul.

     LESENS (marquis de MORSAN), à Morsan.

     LESUEUR, propriétaire, à Fresne, près Bernay.

     LOISEL, maître de poste, à La Rivière-Thibouville.

     VAUQUELIN (de), à Verneusse.

ARRONDISSEMENT DE PONT-AUDEMER.

Inspecteur : M. LE REFAIT.

     MM.

     BORDECOTE (Legras de), juge d'instruction.

     BOURSY (Charles), propriétaire.

     CANEL, avocat, ancien représentant.

     CROZE (de), sous-préfet, à Pont-Audemer.

     DELAUNAY, propriétaire, à Campigny.

     LAHOUSSAYE (de), élève diplômé de l'école des haras, au château de Corneville, près Pont-Audemer.

     LEBOUTEUX DU MONCEAU, propriétaire, aux Préaux.

     LE COMPTE-DESORMEAUX, propriétaire, à Pont-Audemer.

     LEFEBVRE-DURUFLÉ, représentant, manufacturier, à Pont-Authou.

     LEFEBVRE, ancien notaire, à Cormeilles.

     LEGENDRE, ancien représentant, à St-Michel-des-Préaux.

     LEJEUNE, propriétaire et maire, à St-Denis-des-Monts.

     LEREFAIT, propriétaire.

     LEROY DE LA BRIÈRE, receveur particulier des finances, à Pont-Audemer.

     LE ROY, ancien sous-préfet, à Pont-Audemer.

     LUCHAPT (comte de), membre du Conseil d'arrondissemt et maire, à Bosenormand.

     MALORTIE (Charles de), propriétaire et maire, à Eturqueraye.

     OSMOY (comte d'), membre du Conseil général et maire, à Bouquelon.

     PHILIPPE-LEMAITRE (Mme), membre de plusieurs académies, à Illeville, près Monfort.

[p. LV]

     PLICHON, propriétaire et maire, à Fourmetot.

     PLUMMER, manufacturier.

     RABASSE, ancien notaire, à Monfort-sur-Risle.

ARRONDISSEMENT DE LOUVIERS.

Inspecteur : M. DIBON.

     MM.

     BLOSSEVILLE (le vicomte Ernest de), membre de l'Institut des Provinces, du Conseil général, à Amfréville.

     DIBON (Paul), ancien manufacturier, à Louviers.

     DEFONTENAY, représentant à l'Assemblée législative, à Louviers.

     PETIT (Guillaume), membre du Conseil général des manufactures, à Louviers.

     PICARD, docteur en médecine, à Louviers.

     RENAULT, avocat, à Louviers.

     RENAULT, manufacturier, à Louviers.

     VÉRON, avocat au Neufbourg, inspecteur pour le canton du Neufbourg.

ARRONDISSEMENT DES ANDELYS.

Inspecteur : M. DE MONTREUIL.

     MM.

     DURÉCU, propriétaire.

     LEPAGE, pharmacien, à Gisors.

     MONTREUIL (de), ancien représentant, à Gisors.

     ROSSEY, ancien conseiller de préfecture, à Gisors.

SEINE-INFÉRIEURE.

Inspecteurs divisionnaires :
MM. J. GIRARDIN et BALLIN, à Rouen.

ARRONDISSEMENT DE ROUEN.

Inspecteur : M. DE GLANVILLE, à Rouen.
Inspecteurs cantonaux :

     Canton de Boos, M. LEBOURGEOIS, maire de Blosseville-Bonsecours.

[p. LVI]

     Cantons de Buchy, M. DE SAINT-LÉGER, ingénieur en chef des mines, à Ste-Croix-sur-Buchy.

     - de Clèves, M. DELALONDE DU THIL fils, à Cloville.

     - de Darnétal, M. CUVELIER, maire de Darnétal.

     - de Duclair, M. Auguste BAUDOUIN, au château des Vieux.

     - d'Elbeuf, M. CAPPLET.

     - de Grand-Couronne, M. LECOINTE père, directeur de la colonie agricole, aux Chartreux.

     - de Maromme, M, Daniel FAUQUET, à Déville.

     - de Pavilly, M. le baron ADAM, à Pavilly.

     - de Rouen, M. DELERUE, chef de division à la préfecture.

     MM.

     ADAM (baron), manufacturier, à Rouen.

     ALEXANDRE, directeur adjoint de l'Union générale.

     AVENEL, docteur en médecine.

     BALLAY, docteur-médecin, à Rouen.

     BALLIN, directeur du Mont-de-Piété.

     BARBET (Henri), ancien pair de France.

     BAUDOUIN (Auguste), propriétaire, au château des Vieux.

     BAUDRY (Paul), propriétaire, à Rouen.

     BAZILLE, négociant.

     BOSTENAY (de), près Elbeuf.

     BÉLOT, de la Société d'agriculture.

     BERGASSE, avocat.

     BERTRAND, fabricant, à Elbeuf.

     BEZUEL, propriétaire, à Pavilly.

     BIDARD (Anatole), brasseur.

     BIGOT aîné, propriétaire.

     BLANCHE, avocat-général.

     BOISSEUX (de), propriétaire, à St-Aubin-Jouxte, près Elbeuf.

     BORDIER (Charles), à Elbeuf.

     BOURDIN (François), propriétaire.

     BOURDON (Mathieu), représentant du peuple, à Elbeuf.

     BOURGOIS, propriétaire.

     BOUTEILLER, pharmacien.

     BOUTEILLER (Hippolyte), propriétaire, à Rouen.

     BRESSON, ingénieur civil.

     BRUNIER, id.

     CANEAUX, docteur-médecin.

     CAPPLET, à Elbeuf.

     CARON, négociant.

     CHESNEAU, chimiste.

     CHEVREAUX, avocat.

     CHENNEVIÈRE, fabricant, à Elbeuf.

     CLOUET, pharmacien.

     COLLAS (L.), fabricant, à Elbeuf.

     COQUATRIX, homme de lettres.

     CORVAL (de), inspecteur des forêts.

     CUIT (fils), négociant.

     CURMER, membre du Conseil général.

[p. LVII]

     CUVELIER fils, à Darnetal.

     DARCEL (Ch.), membre de la Société d'agriculture.

     DEBONNE (Ch.), propriétaire.

     DEBOOS, marchand grainier.

     DEBOUTTEVILLE, directr des aliénés.

     DECROIX, pharmacien.

     DELACLUSE, peintre.

     DELAISTRE, propriétaire.

     DELALONDE-DUTHIL père, à Claville-Motteville.

     DELALONDE-DUTHIL fils, à Rouen.

     DELAPORTE, manufacturier, à Elbeuf.

     DELAQUERIÈRE, membre de l'Académie.

     DELARUE (Edouard), propriétaire, à Elbeuf.

     DELERUE, chef de division.

     DELHOMEL, pharmacien, à Elbeuf.

     DESALLEURS, docteur-médecin.

     DESBOIS, médecin.

     DESPRÉS, ancien professeur, à Elbeuf.

     DOSSIER, juge.

     DUBREUIL, médecin.

     DUBREUIL (Arsène-Félix).

     DUJARDIN aîné.

     DUMESNIL, docteur-médecin.

     DUSSEAUX, ancien maître de pension.

     DUTUIT (Eugène), propriétaire.

     FAUCHET, maître de poste.

     FILLOLET, docteur-médecin, à Elbeuf.

     FLAVIGNY (Charles), à Elbeuf.

     FOULONGUE, fabricant.

     FRÈRE père, à Rouen.

     FRÈRE fils, id.

     GERVAIS-PROTAIS, fabricant, à Elbeuf.

     GIRARDIN, correspondant de l'Institut.

     GLANVILLE (de), propriétaire.

     GOSSE, propriétaire, à Boissay.

     GRAINDORGE-DESDEMAINES, juge de paix, à Elbeuf.

     GRANDIN (Jacques), négociant, à Elbeuf.

     GRÉGOIRE, architecte du département.

     HAULOU (François), négociant.

     HÉBERT, ancien notaire.

     HERPE, employé à la mairie.

     HILAIRE DE NÉVILLE, propriétaire.

     HOMBERT, avocat.

     HOUDEVILLE (Louis), négociant.

     HURÉ, propriétaire.

     LANCELEVÉE fils.

     LANCIEN, rentier.

     LANGLOIS-D'ESTAINTOT, propriétaire.

     LAVANDIER, propriétaire.

     LE BLOND, propriétaire.

     LE BOURGEOIS, maire de Bon-Secours.

     LE BRETHON (Jean-Charles), négociant.

     LE BRUMENT, libraire.

     LE COINTE, directeur des jeunes détenus.

     LE COINTRE (Amédée), fabricant.

[p. LVIII]

     LE COUPEUR, docteur-médecin.

     LE LARGE, du Comice de Pavilly.

     LE LONG, membre du Conseil général.

     LEMEILLEUR aîné, propriétaire.

     LE MOINE, contrôleur de l'Octroi, à Elbeuf.

     LE SAGE, propriétaire.

     LE SUEUR, à Boudeville, près Rouen.

     LEVISSE, conseiller à la Cour.

     LIZÉ (Ch.-H.), négociant, à Elbeuf.

     MASQUERAY, agent-voyer.

     MAUBEC, pharmacien, à Elbeuf.

     MAURICE DE SAINT-LÉGER, ingénieur.

     MELAYS, docteur-médecin.

     MÉNARD (François).

     MEREAUX, professeur de musique.

     MEZAIZE, à St-Martin-de-Bocherville.

     MOLET-LEJEUNE, négociant, à Elbeuf.

     MONSAINT, pharmacien, à Elbeuf.

     MOY (de), à Bosc-Guerard-St-Adrien

     MURIZON, propriétaire, à Dieppedale.

     NÉEL (Gustave), propriétaire.

     PARFAIT-GROULT, médecin.

     PARFAIT-QUESNAY, avocat.

     PATRON (Charles), à Bois-Guillaume.

     PATTEY, négociant, à Elbeuf.

     PÉRIER, receveur des hospices.

     PÉRON, imprimeur.

     PICQUOT fils, filateur.

     PIHOREL, docteur-médecin.

     PIMONT (Alfred), négociant.

     PINEL (Eugène).

     PION (Léon), fabricant, à Elbeuf.

     PLAGELAT, greffier, à Elbeuf.

     POTTIER, bibliothécaire.

     POUSSIN, fabricant, à Elbeuf.

     PREISSER, professeur.

     PRÉVOST, horticulteur, à Bois-Guillaume.

     QUESNET (Jacques), manufacturier.

     RANDOUING (Camille), à Elbeuf.

     REVELLE, médecin, à Elbeuf.

     ROLET (Victor), négociant.

     ROUVIN (François), fabricant, à Elbeuf.

     TABOUELLE, agréé, à Elbeuf.

     THÉVENIN, président du tribunal de commerce.

     THIESSÉ, pharmacien.

     VAUQUELIN, négociant.

     VERRIER, vétérinaire.

     VINGTRINIER, médecin.

     VIVEFOY, docteur-médecin.

     VIVET (Léon), professeur.

     VOISIN (Maurice), docteur, à Déville.

     VY (Alfred), médecin, à Elbeuf.

ARRONDISSEMENT DE DIEPPE.

Inspecteur : M. MOUQUET.
Inspecteurs cantonaux :

     Canton de Bacqueville, M. LÉDIER, maire de Bacqueville.

[p. LIX]

     Cantons de Bellencombre, M. LETELLIER, propriétaire, à Cerdouval.

     - d'Envermeu, M. HÉBERT, médecin, à St-Nicolas-d'Aliermont.

     - d'Eu, M LONGCHAMP, docteur en médecine, à Eu.

     - de Longueville, M. REISET, membre du Conseil général, à Ecorcheboeuf.

     - d'Offranville, M. HÉBERT, notaire, à Offranville.

     - de Tôtes, M. DE MALORTIE, membre du Conseil général, à Tôtes.

     - de Dieppe, M. l'abbé COCHET, à Dieppe.

     MM.

     BARD (L.-P.), à Gueures.

     BILLE (Alexandre), propriétaire, au Bourg-Dun.

     CLERCY (de) père, propriétaire, à Derchigny.

     CLERCY (de) fils, propriétaire, à Derchigny.

     CORSANGE, à Eu.

     CRESSENT, docteur-médecin

     DAUSSY, avocat.

     DEROUEN, pharmacien.

     DIEL (Joseph), à Gonneville.

     DURY (Frédéric), propriétaire.

     FERET, bibliothécaire.

     GALLIEN, professeur.

     GIRANCOURT (de), membre du Conseil général.

     HÉBERT, médecin, à St-Nicolas-d'Aliermont.

     HÉBERT, notaire, à Offranville.

     HOUDEVILLE (A.), à Ouville-la-Rivière.

     LACHAMBRE, pharmacien.

     LAPIERRE, notaire.

     LE BOURGEOIS, avocat.

     LEDIER, à Bacqueville.

     LEFEBVRE, professeur.

     LEGAL, docteur-médecin.

     LE NORMAND, propriétaire, à Bosclehard.

     LEPROVOST, négociant.

     LEGUIN, huissier.

     LETELLIER, propriétaire, à Ardouval.

     LONGCHAMP, docteur, à Eu.

     MABIRE, cultivateur, à St-Germain-d'Etables.

     MALLEVILLE (de), à Douvrend.

     MORISSE, armateur.

     MOUQUET, receveur des finances.

     MOUQUET (Adolphe), négociant.

     PARMENTIER, curé de St-Rémy.

     QUENOUILLE aîné, propriétaire.

     RÉVILLE, ministre.

     SAMSON (Antoine), à Offranville.

     TASSEL jeune, à Ouville-la-Rivière.

     TROUARD-RIOLLE, médecin.

ARRONDISSEMENT DU HAVRE.

Inspecteur : M. DELALONDE DU THIL.

[p. LX]

Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de Bolbec, M. COLLEN-CASTAIGNE fils, à Bolbec.

     - de Cricquetot-l'Esneval, M. FIQUET, membre du Conseil général, à Cricquetot-l'Esneval.

     - de Fécamp, M. MARCHAND, pharmacien, à Fécamp.

     - de Goderville, M. DOREY, président de la Société d'Agriculture, à Goderville.

     - du Havre, M. MILLET DE SAINT-PIERRE, armateur, au Havre.

     - d'Ingouville, M. Alphonse KARR, littérateur, à Sanvic.

     - de Lillebonne, M. LECHAPTOIS, membre du Conseil général, à Bolbec.

     - de Montivilliers, M. VIAU, chimiste, à Harfleur.

     - de St-Romain-de-Colbosc, M. LIZOT, membre du Conseil général, à la Cerlangue.

     MM.

     BELLONCLE, propriétaire, à Beuzeville.

     BESONGNET, avocat, à Bolbec.

     BOTTENTUIT, pharmacien.

     BOUFFARD, armateur, membre du Conseil général, à Fécamp.

     BOURDIN, docteur en médecine, à Bolbec.

     BRIANCHON, propriétaire, à Bolbec.

     CAPPEL (Stanislas), teinturier, à Bolbec.

     CHEVALIER-LETELLIER, fabricant, à Bolbec.

     COLLEN-CASTAIGNE, fabricant, à Bolbec.

     COURSAULT-D'HATTENTOT, à Fécamp.

     COURVAL (de), commandant du génie.

     DARGENT, propriétaire, à St-Léonard, près Fécamp.

     DÉCULTOT, pharmacien, à Fécamp.

     DESVAUX, tourneur-mécanicien, à Bolbec.

     DOREY (Jules), président de la Société d'agriculture du Havre.

     DUBOCQ (Paul), propriétaire, à Fécamp.

     DUCROT, ingénieur des ponts et chaussées, à Fécamp.

     DUMESNIL, commissaire-priseur, à Bolbec.

     DUVILLARS, sous-préfet.

     FAUQUET (Jacques), maire de Bolbec.

     FOLLEVILLE, receveur de l'enregistrement, à Bolbec.

     GALLET, membre de plusieurs Sociétés savantes.

     GUILMARD, juge de paix, à Goderville.

     LA GATINERIE (baron de), commissaire-général de la marine.

     LANCTUIT (Joseph), à Auberville-la-Renault.

[p. LXI]

     LECHAPTOIS, membre du Conseil général, à Bolbec.

     LECHÊNE, fondeur, à Bolbec.

     LECROCQ (Bernard), bijoutier, à Bolbec.

     LEGENTIL, procureur de la République.

     LEMAÎTRE père, membre du Conseil général, à Fécamp.

     LEPICARD, juge de paix, à Fécamp.

     LEPRÉVOST, à la Cerlangue.

     LESUEUR, pharmacien, maire de Goderville.

     LETELLIER, notaire, à Bolbec.

     LEUDET, pharmacien.

     LONGUEMARE, suppléant du juge de paix, à Bolbec.

     MARCHAND, pharmacien, à Fécamp.

     MARÉCAL, propriétaire, à Bolbec.

     MILLET DE SAINT-PIERRE, armateur, au Havre.

     MONTAULT (le comte de), propriétaire, à Nointot, près Bolbec.

     MUTEL, huissier, à Bolbec.

     NICAISE, bibliothécaire, à Bolbec.

     OURSEL, à Bretteville-St-Ouen.

     POULAIN, pasteur.

     REGIMBART, maire, à Fécamp.

     THIERRY, notaire, à Bolbec.

     VASSELIN (Paul), à Fécamp.

     VIAU, chimiste, à Harfleur.

ARRONDISSEMENT DE NEUFCHATEL.

Inspecteur honoraire : M. DESJOBERT.
Inspecteur titulaire : M. DENOYELLE, maire de Neufchâtel.
Inspecteurs cantonaux :

     Cantons d'Argueil, M. PARMENTIER aîné, à Argueil.

     - d'Aumale, M. POLLET (Paul), à Haudricourt.

     - de Blangy, M. DE GIRANCOURT fils, à Vattierville.

     - de Forges-les-Eaux, M. LAVANDIER, propriétaire, à Forges.

     - de Gournay, M. N***

     - de Londinières, M. JOLY (Louis), à Londinières.

     - de Neufchâtel, M. N***

     - de St-Saens, M. le baron D'HAUSSEZ, à St-Saens.

     MM.

     BATAILLE, fabricant, à Blangy.

     BIVILLE (de), propriétaire.

     BIVILLE (Alphonse de), à Isengremer.

     BOULENGER, avoué.

     BOURDON fils, propriétaire.

     BRICHET, avoué.

     DEBOUTTEVILLE père, propriétaire.

     DEBOUTTEVILLE fils, notaire.

[p. LXII]

     DE CAUX, à Forges-les-Eaux.

     DECORDE, juge de paix.

     DECROUTELLE, à Saint Pierre-des-Jouques.

     DEGIRANCOUR, à Vattierville.

     DEGIRANCOUR fils, à Vattierville.

     DELACOUDRE.

     DELACOUDRE (Frédéric).

     DELAPLACE, géomètre, à Bouelle.

     DELIGNEMARE, à Smermesnil.

     DENOYELLE, maire de Neufchâtel.

     DREVET, inspecteur des forêts, à Aumale.

     DULESMONT, à Nolleval.

     FAGARD, commis des contributions indirectes.

     FERNEL, avocat.

     FIHUE, à St-Valery-sous-Bures.

     FOUBERT-DESPALLIÈRES, juge.

     GAILLARD, avoué.

     GUILLOUT, notaire.

     HORCHOLLE, propriétaire.

     HUARD, avocat.

     JOLY-COQUET, propriétaire.

     JOLY-HUBERT, propriétaire.

     JOLY (Louis), à Londinières.

     LE BLOND, à Nesle-Hodeng.

     LEDOUX-WOOD, à Forges-les-Eaux.

     LE GRAS, à Neuville-Ferrière.

     LE GRAS (Narcisse), à Neuville-Ferrière.

     LEHEURTIER, propriétaire.

     LELONG, à Rouvray-Castillon.

     LEMERCHIER-D'HAUSSEY, à St-Saens.

     LEPRINCE, pharmacien, à St-Saens.

     LEVAILLANT, ancien notaire, à Blangy.

     LONG, propriétaire, à Croixdalle.

     LOVERDO (de), juge.

     MARC (Louis-Edmond).

     MÉNAGE, à Saumont-la-Poterie.

     MICHU, propriétaire.

     MILLEVILLE (Archambaud de), à Nesle-Normandeux.

     MOINET, greffier.

     MUTEL-CAVELAN, à la Ferté-St-Samson.

     NORMAND, cultivateur, à Brandicourt.

     PARMENTIER aîné, à Argueil.

     PINCHON (Louis), propriétaire, à St-Valery-sous-Bures.

     POLLET (Paul), propriétaire, à Haudricourt.

     POMEREU (le vicomte de), à Croisy-la-Haye, canton de Gournay.

     QUENOUILLE, greffier.

     SUZEMONT, propriétaire, à Lucy.

     THIEBAULT, propriétaire, à Aumale.

     THIRION, inspecteur des forêts, à Forges-les-Eaux.

     TRÉFORÊT (de), à Tréforêt.

ARRONDISSEMENT D'YVETOT.

Inspecteur : M. LEMARIÉ.

[p. LXIII]

Inspecteurs cantonaux :

     Cantons de Cany, M. YGER, ancien notaire, à Cany.

     - de Caudebec, M. ROULLEAU, membre du Cons. gl, à Villequier.

     - de Doudeville, M. LANGLOIS-D'ESTAINTOT, ppre, aux Autels.

     - de Fauville, M.

     - de Fontaine-le-Dun, M.

     - d'Ourville, M. BELOT, propriétaire, à Routes.

     - de St-Valery, M. FOLLIN, propriétaire, à St-Valery.

     - de Valmont, M. CHARLES DARCEL, membre du C. gl, à Valmont.

     - d'Yerville, M. DELAVILLE, médecin, à Saussay.

     - d'Yvetot, M. LE FÈVRE, maire, à Yvetot.

     MM.

     BATAILLE DE BELLEGARDE, membre du Conseil génl, à Grémonville.

     BELOT, propriétaire, à Routes.

     DELAVILLE, médecin, à Saussay.

     FOLLIN (Arthur), propriétaire, à St-Valery-en-Caux.

     FRANQUEVILLE (de), à Contre-Moulins.

     GUILLEMARD, ancien pharmacien.

     JACQUELIN, propriétaire, à Beuzeville-la-Guerard.

     LAMY, propriétaire, à Caudebec.

     LE FÈVRE, maire, à Yvetot.

     LEMARIÉ, à Touffréville-la-Corbeline.

     LOUVET, propriétaire, à Yvetot.

     MAIGNARD (Charles), à Anquetierville, près Caudebec.

     POUYER-HELLOUIN, à St-Wandrille.

     ROULLEAU, conseiller général et maire, à Villequier.

     ROUSSELIN, ppre, à Auzebosc.

     SOUPLET, vérificateur.

     TESNIÈRES (Félix), cultivateur, à Contre-Moulins.

     VAUCANU, médecin, à Yvetot.

     YGER, ancien notaire, à Cany.

MEMBRES CORRESPONDANTS :

     MM.

     BOTOWSKI (de), conseiller d'état de Russie, à Paris.

     BÉGOUEN, receveur-général, à Privas (Ardèche).

     CABANIS DE COURTOIS, rue d'Alger, 11, à Paris.

     CAUSSIN DE PERCEVAL, ancien procureur-général, à Paris.

     CHAMBRAY (comte de), au Mans (Sarthe).

     CHÉRUEL, professeur d'histoire, à l'école normale supérieure.

     COFFY, rue Faubourg-St-Martin, 38, à Paris.

     COMBES-SIEYES, préfet de la H.-M.

     DANIEL, membre du Conseil supérieur de l'instruction publique.

[p. LXIV]

     DESCOLOMBIERS, président de la Société d'agriculture, à Moulins (Allier).

     DEVALROGER, professeur à la Faculté de droit de Paris.

     DUBREUIL (Alphonse), à Paris, rue de l'Ouest, 100.

     DUCHATELLIER, sec.-génl de l'Association bretonne, à Versailles.

     DUTROCHET, inspecteur des forêts, au Mans.

     GADY, juge, à Versailles.

     GRELLEY, ancien manufacturier, à Paris, rue Rochechouart, 67.

     LE BRUN (Isidore), membre de plusieurs académies, à Paris.

     MALTÈRE (de), à Tuboeuf (Mayenne).

     MONICAULT (de), ancien préfet, à Paris

     MORGAN (baron de), à Amiens.

     QUENAULT, conseiller de préfecture, à Chartres.

     ROULAND, avocat-général à la Cour de cassation.

     TOCQUEVILLE (baron de), directeur de l'Association du Nord, à Compiègne.

     YZARN (Eugène), propriétaire, à Paris

Additions à la présente liste :

     MM.

     BRUNEL, propriétaire, à Bayeux.

     DUFEUGRAY, ancien préfet, à Caen.

     LERENARD, mécanicien, à Caen.

     MATHAN (mqis de), ppre, à Cambes.

     PAISANT (Ch.), ppre, à Caen.

     Total : 1,485 membres.

Erratum.

Ajouter M. DELAIZE, inspecteur du canton de Couliboeuf.

     Nota. Le Conseil administratif a dû procéder à la radiation de plusieurs membres qui n'ont point acquitté leur cotisation, peut-être parce qu'ils étaient absents quand on s'est présenté à leur domicile. Les noms de ces membres seront réintégrés sur la liste dès qu'ils auront envoyé au Trésorier la rétribution dont ils sont redevables.

     MM. les membres de l'Association dont les noms seraient mal orthographiés ou omis sur la présente liste, sont priés d'en donner avis franco à M. RUPALLEY, Trésorier de l'Association, rue St-Sauveur, à Caen ; ou à M. MORIÈRE, secrétaire-général de l'Association, rue de Bayeux.

[p. 1]

INDUSTRIE POTIÈRE
DANS LE DÉPARTEMENT DU CALVADOS.

POTERIE ET BRIQUETERIE DE CRICQUEBOEUF,
PRÈS HONFLEUR ;
Par M. MORIÈRE,

Secrétaire général de l'Association normande.

     Dans l'examen que nous avons fait des diverses poteries du département du Calvados, nous avons omis de mentionner la fabrique de Cricqueboeuf. Nous avions cependant visité cette fabrique, il y a environ sept ans ; mais, à cette époque, les produits ne consistaient qu'en briques et en formes à sucre. Depuis trois ans, les formes en terre ayant été remplacées, dans le raffinage du sucre, par des formes en zinc, M. Mermet, le directeur de l'usine de Cricqueboeuf, a eu l'heureuse idée de s'occuper de poterie de ménage, et maintenant c'est un des objets principaux de sa fabrication.

     Nous aurons donc à considérer, dans l'usine de Cricqueboeuf, trois sortes de produits : la poterie de ménage, les formes à sucre, auxquelles reviennent certains raffineurs après avoir essayé des formes en zinc, et les briques.

POTERIE DE MÉNAGE.

     Dans la fabrication de la poterie de ménage, M. Mermet emploie deux sortes d'argiles : l'une, connue sous le nom

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de terre de Touques, se prend sur la route de Touques à Honfleur ; l'autre, désignée sous le nom de terre de Rouen, est tirée de St-Aubin, près Rouen.

     La terre de Touques est une argile rouge, ocreuse, présentant des veines jaunâtres ou grisâtres, très-onctueuse et très-plastique. Elle repose en gisement transgressif sur la craie, dont elle remplit les vides et les fissures supérieures. Dans les arrondissements de Lisieux et de Pont-l'Evêque, elle recouvre presque tous les plateaux occupés par cette roche, et elle n'est recouverte que par des terrains de transport. Sa puissance varie de 1 à 6m. Cette argile cuit rouge, à cause de la proportion notable de fer hydroxidé qu'elle contient. Elle donne une assez bonne poterie.

     La terre de Rouen est une véritable argile plastique supérieure à la craie ; elle est généralement d'un blanc grisâtre et très-onctueuse. Elle se vend 10, 11 et 12 fr. le tonneau [1], suivant sa qualité. Voici, d'après M. A. Passy, la composition du terrain où l'on extrait cette argile :

     « On trouve, d'abord, le terrain superficiel composé de silex pyromaques blonds et gris, brisés ou roulés, plus abondants à la surface, et qui pénètrent dans le gravier et même dans les sables qui lui succèdent inférieurement. Ce sable à gros grains, jaune et blanc dans les parties basses, est mélangé de veines d'argile ; il est parfois à grains fins, plus pur, mais assez micacé : cette première masse a 8 à 10m d'épaisseur. La première argile que

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l'on rencontre sous le sable est jaune ou grise ; puis elle devient bigarrée, marbrée et rouge. Elle arrive ensuite à l'argile noire, qui contient des portions d'un lignite décomposé qui se consume avec flamme. Ses cendres sont rougeâtres ; une odeur bitumineuse accompagne la combustion. Entre ce lignite supérieurement et la craie inférieurement se trouve l'argile pure, ou terre à foulon, qui est le but principal de l'exploitation. Les foulonniers se servent surtout de cette dernière variété, qui est blanche et onctueuse ; mais les potiers les emploient presque toutes. »

     L'argile de Rouen donne une belle poterie blanchâtre, à grain fin, d'une grande solidité.

     Un petit navire, que M. Mermet envoie porter de la brique à Rouen, rapporte cette argile, au lieu de revenir sur lest ; ce qui évite un fret de 3 à 4 fr. par 1,000k, et permet de livrer la poterie à bien meilleur marché.

     M. Mermet emploie les argiles immédiatement, sans les faire passer par l'exposition à l'air et par la pourriture.

     On fait un mélange convenable d'argile et d'eau, dans des proportions qui varient suivant les pièces qu'on veut fabriquer ; et, afin d'obtenir cette homogénéité de densité si importante pour arriver à une bonne confection, on coupe la pâte au moyen de palettes en forme de lames de couteau, disposées en spirale autour d'un axe vertical tournant dans un vase de bois cylindrique. Cet axe, en tournant et en faisant tourner les couteaux, comprime, par ce moyen, la pâte de bas en haut, la divise en la coupant, et la fait sortir par des ouvertures latérales pratiquées vers le fond de la tinette. - On obtient un délayage parfait et une pâte très-homogène, que l'on fait passer ensuite entre

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deux cylindres qui se meuvent en sens contraire, et qui sont en tout point analogues à ceux dont on se sert pour broyer les couleurs ; on débarrasse ainsi la pâte des bulles d'air, on broie les petits corps étrangers qu'elle pourrait encore contenir, et on lui fait acquérir un liant et une homogénéité de composition que l'on chercherait vainement dans la même pâte préparée par les procédés ordinaires. - La pâte, arrivée à cet état, peut être employée au façonnage des vases.

     Façonnage des vases. - On se sert ordinairement du tour à pied ; pour les grands vases, on emploie encore la roue et le bâton. - Deux tours à pied sont actuellement en activité dans la fabrique de Cricqueboeuf. M. Mermet se propose d'en établir quatre d'ici à peu de temps [2]. Les ouvriers de M. Mermet, dirigés par un habile contre-maître, savent donner aux vases les formes à la fois les plus commodes et les plus gracieuses ; ils rendent, en quelque sorte, l'argile obéissante à tous leurs caprices. Les vases, une fois fabriqués, sont soumis au séchage ; opération importante qui se fait à l'air libre, ou dans de grands hangars appelés halles. Le séchage à l'air libre a lieu toutes les fois que l'état atmosphérique le permet, tantôt à l'ombre, quelquefois au soleil : dans tous les cas, il faut avoir soin d'éviter une dessiccation trop prompte, qui amènerait infailliblement la rupture de plusieurs vases pendant la cuisson. Pendant l'hiver et lorsque le temps est pluvieux, le séchage s'opère dans les halles, où l'on fait quelquefois du feu pour hâter

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la dessiccation. Le séchage exige depuis cinq à six jours jusqu'à trois semaines, suivant la grandeur des vases.

     Cuisson. - Les vases, étant parfaitement desséchés, sont enfournés et soumis à la cuisson. L'encastage se fait en charge, en ayant soin toutefois de séparer les vases au moyen de petites pièces appelées pernettes, pattes de coq, etc., afin qu'il y ait entre les vases le moins possible de points de contact. La forme des fours est celle d'un parallélipipède rectangle, plus long que large, terminé supérieurement par une voûte traversée par des carneaux, qui font communiquer la partie inférieure du four avec une partie supérieure, terminée elle-même par une voûte, et qui porte le nom d'enfer, à cause de la haute température qui s'y produit. Les pièces que l'on veut biscuiter sont placées dans l'enfer. - Deux fours sont actuellement employés, à Cricqueboeuf, à la cuisson de la poterie de ménage : l'un de ces fours est plus grand que l'autre, et il exige trente-six heures de feu ; l'autre, vingt-six heures. Un troisième four, beaucoup plus petit que les deux premiers, est mis en activité lorsqu'on veut faire des essais, ou lorsqu'étant pressé on a besoin d'obtenir en peu de temps une petite quantité de pièces, car il suffit de cinq à six heures de cuisson. Ce dernier four peut contenir pour 250 fr. de marchandises ; on en met pour 8 à 900 fr. dans le plus grand des deux autres, et pour environ 500 fr. dans le plus petit.

     Un quatrième four à poterie est employé pour la cuisson d'une poterie de grès dans le genre de celle de Metz. Ce four a la forme d'un demi-cylindre couché, se rapprochant de la forme ogivale. L'extrémité opposée au foyer est arrondie en forme de calotte sphérique, de manière à fournir

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la plus grande quantité de chaleur réfléchie. La porte d'entrée du four a la forme d'un ogive très-allongé, que l'on mure peu à peu pendant la cuisson. Il faut pour ce four soixante-douze heures de feu.

     M. Mermet fait venir d'Allemagne la terre qu'il emploie pour sa poterie de grès ; elle lui coûte de transport trois fois le prix d'achat, et cependant il y trouve encore du bénéfice.

     Le combustible employé est le bois : de la grosse bûche au commencement, des fagots ou du bois cassé à la fin [3]. Le vent contrarie quelquefois la cuisson ; mais il n'y a jamais qu'une perte de fort peu d'importance. La bonne construction des fours empêche non-seulement qu'il y ait parfois, comme à Noron, des fournées tout entières perdues, mais encore produit une égalité de cuisson dans la plupart des pièces. Pour juger de la conduite du feu, on n'emploie pas de pyromètres ; on chauffe d'abord avec ménagement, puis on augmente le feu graduellement. La hauteur de la flamme qui sort des carneaux, la couleur de cette flamme qui est plus ou moins chargée de fumée, sont les premiers moyens dont on se sert pour s'assurer si le tirage est bon et égal. Lorsque les différentes pièces qui sont dans le four commencent à rougir, un ouvrier examine, par des visières ménagées dans diverses parties du four, quel est le ton de cette couleur, si elle est rouge-sombre, rouge-cerise, rouge-blanchâtre ou incandescente ; il juge par ces nuances de la force du feu et de l'égalité de température, et il est rare qu'il se trompe.

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     Vernissage et dessins. - Quelquefois, avant toute cuisson, on recouvre les pièces de poterie d'un enduit qui doit se vitrifier par l'action d'une cuisson appropriée ; d'autres fois on commence par donner aux pièces une demi-cuisson avant de les couvrir d'aucun enduit. A Cricqueboeuf, on fait cuire deux fois les pièces destinées à rester long-temps sur le feu, telles que casseroles, pots-au-feu, etc. Sans cette précaution, il est bien peu de terres, quelque bien cuites et bien vernies qu'elles soient, qui ne finissent à la longue par donner un mauvais goût aux aliments. Quant aux autres pièces, on applique le vernis avant toute cuisson, et elles sont aussi belles, aussi bonnes pour les usages auxquels elles sont destinées, que les pièces qui ont cuit deux fois. Non-seulement les enduits qui recouvrent les poteries de Cricqueboeuf jouissent de la propriété indispensable à tout vernis, celle de rendre la pâte imperméable aux corps liquides et aux corps gras ; mais encore, par leur brillant, leur variété, leur solidité, le bon goût qui a présidé à l'assemblage des diverses teintes que l'on remarque souvent sur la même pièce, ils rehaussent l'éclat des vases et leur donnent des couleurs souvent agréables à l'oeil, qui les font rechercher de beaucoup d'acheteurs.

     Les enduits employés à la fabrique de Cricqueboeuf sont de diverses sortes : les plus généralement employés sont l'oxide de plomb à l'état de litharge ou de minium, l'oxide de manganèse et l'oxide de cuivre mêlés avec le premier, le sulfure de plomb, appelé alquifoux par les potiers, etc. Quelquefois on y ajoute des enduits terreux [4]. Le posage de ces enduits

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se fait par arrosement ou par aspersion ; procédé extrêmement dangereux pour la santé des ouvriers, qui respirent une poussière minérale vénéneuse, dont les trop funestes effets ne tardent pas à se faire sentir. - Il serait à désirer que l'on pût trouver un procédé de vernissage qui mît complètement les ouvriers à l'abri des influences meurtrières du plomb et de ses composés.

     On peut fabriquer à Cricqueboeuf toute espèce de poteries sur commande. Les principaux objets que nous avons remarqués sont les suivants : Plats de toutes formes et de toutes espèces, assiettes, bouteilles, alcarazas, cafetières ordinaires et économiques, moques, soupières, pots à lessive, pots-au-feu, tirelires, plats à barbe, gîtes, daubières, pots à fleurs, poêles, fourneaux à repasser, fourneaux ordinaires ; des fourneaux particuliers, que l'on pourrait appeler fourneaux économiques, dans lesquels s'adapte un pot-au-feu. - La paroi intérieure de ce fourneau présente une bande disposée en spirale, qui est destinée à répandre la chaleur sur toute la surface du vase : avec quelques centimes de charbon, on peut faire cuire son pot-au-feu. - Tuyaux supérieurs de cheminée, tuyaux de conduite pour les eaux. Nous avons admiré de très-beaux tuyaux de cheminée, ayant la forme de cylindres ou prismes carrés à angles arrondis. Pour les obtenir d'une régularité parfaite et s'emboîtant parfaitement les uns dans les autres, M. Mermet se sert de mandrins en fer. Ces tuyaux de cheminée, qui se vendent 4 fr. le mètre, ont été employés dans beaucoup d'endroits. On s'en est servi dernièrement au Havre, lors de la construction de la caserne des douanes [5].

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     Les pièces de poterie se vendent 3 fr. le compte. Voici ce que signifie cette dénomination : chaque vase porte un chiffre qui indique le nombre de ces pièces nécessaire pour faire un compte. Ainsi, par exemple, une soupière étant numérotée 12, cela veut dire qu'il en entre 12 au compte ; 15, qu'il en entre 15, etc. Tout ce qui est cafetière se vend 2 fr. 25 c. à 2 fr. 50 c. au compte. Les ouvriers qui travaillent à la poterie sont ordinairement payés aux pièces. Quand ils travaillent à la journée, on leur donne 3 fr. ; à leurs pièces ils gagnent souvent 3 fr. 50 c., et quelquefois, dans des moments de presse, ils ont gagné jusqu'à 250 à 300 fr. par mois.

     Le chauffeur est payé de 2 fr. 50 c. à 3 fr. par jour.

     L'importance de la fabrication de la poterie à Cricqueboeuf peut être évaluée de 36 à 40,000 fr., et cette importance ne peut tarder à s'accroître.

     L'élégance de forme, la beauté, la solidité et l'innocuité des vernis, le choix des couleurs et des dessins, la propriété d'aller parfaitement au feu, que possèdent particulièrement les vases fabriqués avec la terre de Rouen, sont autant de qualités qui feront rechercher la poterie de Cricqueboeuf, surtout parce que M. Mermet a pu faire ces améliorations sans augmenter le prix ordinaire, parce qu'il a su se pénétrer de cet axiôme applicable à toute industrie, que le commerce fait peu de cas d'un mérite qu'il faut payer trop cher.

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FORMES A SUCRE.

     Il y a environ treize ans, la manufacture de Cricqueboeuf livrait, chaque année, pour 80 à 100,000 f. de formes à sucre. Dans ces dernières années, elle en vendait encore pour 60,000 fr. par an ; mais, depuis la substitution des formes en zinc aux formes en terre, ce genre de fabrication est complètement tombé. Depuis peu de temps cependant, il a paru reprendre faveur, et il y a lieu d'espérer que l'on y reviendra tout-à-fait, si, comme nous avons lieu de le croire, on reconnaît que l'emploi des formes en zinc n'est pas sans présenter quelque danger.

     L'argile employée pour la fabrication des formes se prend sur la grève ; elle appartient à l'oxford-clay. Sa couleur est le gris-bleuâtre ; elle se polit très-facilement sous l'ongle, happe fortement à la langue, et présente une grande onctuosité.

     On fait subir à cette argile la même préparation qu'à celle qui est employée pour la poterie. Le façonnage ne présente rien de particulier. Les fours à formes, au nombre de quatre, sont plus hauts et plus larges que les fours à poterie ; ils présentent deux foyers au lieu d'un, et sont surmontés d'un second four ou enfer [6]. Les formes sont posées sur des pièces particulières en terre cuite, appelées béquilles : ce mode d'encastage permet de ne perdre aucune place dans le four. Dans le plus grand des quatre fours à formes, on peut cuire pour 4,000 fr. de marchandises ; dans le second,

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pour 3,200 : les deux autres sont plus petits. On pourrait y cuire pour 2 à 3,000 fr. de marchandises à chaque fournée, s'ils étaient en bon état.

     Le prix des formes se règle d'après la capacité ou le poids, ordinairement à raison de 0 fr. 05 c. le litre. Ainsi une forme de 40l pèse 20k et se vend 2 fr.

     M. Mermet a essayé dernièrement de vernir à l'intérieur les formes en terre, et les raffineurs qui les ont employées ont paru très-contents du résultat. Le clairçage, que l'on emploie à la place du terrage, avec les formes en zinc, ne pouvait pas réussir avec les formes en terre non vernies, à cause de leur porosité qui les faisait, au contraire, rechercher pour le terrage. En employant des formes vernies intérieurement, il paraît que le clairçage réussit aussi bien qu'avec les formes en zinc, qui sont loin de présenter la même innocuité. Espérons que la substitution des formes en terre vernissée aux formes en zinc sera un moyen de concilier les intérêts du raffineur avec la santé des consommateurs.

     Des formes, surtout parmi celles qui sont d'une grande capacité, se trouvant souvent brisées pendant la cuisson, on pulvérise leurs débris au moyen d'un appareil particulier ; on obtient ainsi un ciment qui vaut le ciment romain, et qui se vend très-bien à raison de 3 fr. l'hectolitre.

BRIQUETERIE.

     La briqueterie de Cricqueboeuf est une des plus importantes du département, et celle où, sans contredit, on trouve les briques les plus régulières.

     Le travail du briquetier exige quatre opérations principales :

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1° la préparation de la terre ; 2° le moulage ; 3° le séchage ; 4° la cuisson.

     La terre est préparée par le procédé ordinaire ; on la prend sur la grève ou dans une pièce que possède M. Mermet, entre Cricqueboeuf et Villerville. L'argile de la grève donne une brique blanche, qui, employée dans des constructions au bord de la mer, se couvre promptement d'efflorescences salines, que l'on a prises pour du salpêtre, mais qui doivent être plutôt attribuées aux sels qui sont en dissolution dans l'eau de mer. L'autre argile, qui contient une quantité notable d'oxide de fer, donne une brique rouge d'excellente qualité.

     Les briques sont moulées par un procédé mécanique. La machine employée fut vendue par un M. Pelney, ingénieur, à M. Berthe, l'associé de M. Mermet, qui l'avait vue à l'exposition de Paris. Le programme portait qu'on pouvait appliquer à cette machine n'importe quelle espèce de moteur. Une fois la machine arrivée à Cricqueboeuf, M. Berthe, qui avait eu confiance dans le prospectus et dans les affirmations de M. Pelney, qui n'était pas l'inventeur de la machine, chargea un ingénieur d'adapter une machine à vapeur à sa machine à briques. Après beaucoup d'essais, toujours infructueux, l'ingénieur y renonça, et, quelque temps après, M. Berthe reçut de l'inventeur, auquel il avait écrit pour lui demander des renseignements, une lettre dans laquelle il lui avouait n'avoir pas été plus heureux que l'ingénieur auquel M. Berthe s'était adressé. La machine à briques fut alors abandonnée ; mais M. Mermet, après l'avoir étudiée dans toutes ses parties et s'être rendu compte du rôle et du jeu de chaque pièce, l'a entièrement refondue, et elle fonctionne maintenant très-régulièrement, au moyen de la

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vapeur. Avec cette machine, les briques sont à la fois moulées et comprimées. On les transporte ensuite au séchoir, qui consiste en une grande aire, fortement battue, bien unie et recouverte de sable, afin que les briques ne s'y attachent pas. On les pose d'abord à plat, et on les laisse dans cette position jusqu'à ce qu'elles aient pris assez de solidité pour être relevées ; alors on les met sur le champ, en les appuyant les unes contre les autres. La dessiccation s'achève à l'ombre, dans une halle. Lorsqu'elle a été suffisante, on transporte les briques au four pour leur faire subir la cuisson.

     Il existe à Cricqueboeuf deux fours à briques, pouvant contenir chacun 200,000 briques de dimension ordinaire, c'est-à-dire ayant 8 pouces de longueur, 4 de largeur et 2 d'épaisseur. Il y a quatre bouches à feu pour chaque four. On s'est servi jusqu'à présent de la tourbe comme combustible ; mais M. Mermet se propose d'y substituer le bois, à cause de l'inconvénient que présente le chauffage à la tourbe pour les propriétés voisines. L'emploi du bois devra d'ailleurs donner plus d'égalité dans la cuisson, et, par suite, des briques de meilleure qualité.

     Les ouvriers employés à la fabrication des briques sont payés à la journée, à raison de 3 fr. par jour.

     La brique rouge se vend 28 à 30 fr. le mille ; la brique blanche, 25 fr.

     Il serait possible de fabriquer par an 2,500,000 briques, ce qui donnerait un produit brut de 70 à 75,000 fr.

     Outre la brique ordinaire, on fabrique aussi des briques de 12 pouces de longueur, 6 de largeur et 3 d'épaisseur, et des briques arrondies pour couronnement de murs.

     La brique de l'usine de Cricqueboeuf est en partie employée dans l'arrondissement de Pont-l'Evêque pour les

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constructions, en partie exportée au Havre ou à Rouen. Il en coûte 6 fr. du mille pour le transport dans ces deux villes ; plus 2 fr. d'embarquement et 1 fr. 50 de débarquement, ce qui la fait revenir de 35 à 40 fr. le mille, rendue au Havre ou à Rouen.

     En résumé, l'importance de la fabrique de Cricqueboeuf, supposée en pleine activité, peut être évaluée par les chiffres suivants :

Poteries de diverses sortes.40,000fr.
Formes à sucre.60,000
Briques.75,000
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Total.175,000

     En y ajoutant la fabrication des tuyaux de cheminée, on peut porter cette somme à 200,000 fr.

FABRIQUE DE SAINT-SAUVEUR.

     Deux anciens ouvriers de la fabrique de Cricqueboeuf, les frères Ziegler, ont établi une fabrique de poterie dans la commune de St-Sauveur. Ils n'ont qu'un seul four et deux tours à pied. Ils ne font pas de briques. Les vases qu'ils livrent au commerce sont du même genre que ceux qui sont fabriqués à Cricqueboeuf avec la terre de Touques.

     Le produit brut de cette poterie est d'environ 6 à 8,000 fr. par année.

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SÉANCE GÉNÉRALE TENUE A AUNAY,

Le 15 Décembre 1849.

     L'Association normande ayant décidé, dans une de ses précédentes réunions, qu'afin d'avoir des renseignements plus exacts et plus complets sur l'agriculture et l'industrie de chaque département, elle ouvrirait des enquêtes successivement dans les divers cantons, il fut arrêté qu'une séance aurait lieu, le 15 décembre 1849, à Aunay. Sur l'invitation de M. de Caumont, M. Penn Helouin, maire d'Aunay, voulut bien se charger de faire connaître aux agriculteurs et aux industriels du canton le but de la réunion, et les engager à s'y rendre.

     A dix heures et demie, MM. de CAUMONT, directeur de l'Association ; Penn HÉLOUIN, inspecteur pour le canton d'Aunay ; Paul DUDESERT, inspecteur pour le canton d'Harcourt, et MORIÈRE, secrétaire-général, se rendent à la salle d'école, que M. le maire a bien voulu mettre à la disposition de l'Association. Ils y trouvent une nombreuse réunion, dans laquelle on remarque :

     MM. LEPETIT, curé de Tilly-sur-Seulles et inspecteur du canton de Tilly ; de LABOIRE, propriétaire à Castillon ; de FONTETTE (Emmanuel), ancien député ; ACHARD, propriétaire à Saint-Jean-des-Essartiers et membre de l'Association ; ACHARD, fils aîné, à idem ; de BROGLIE (prince), propriétaire à St-Georges-d'Aunay ; de BROGLIE fils, maire à idem ; DESRIVIÈRES, médecin et maire à St-Jean-des-Essartiers ; de SAINT-PIERRE, maire à St-Pierre-du-Fresne ; LENEVEU,

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vicaire à Aunay ; DUBOSQ, huissier à idem ; FÉRET, percepteur à St-Jean-le-Blanc ; DELALANDE, maire de Danvou ; VERGY, maire de Cahagnes ; LENGLINEY, greffier de la justice de paix à Aunay ; DELAUNAY, huissier à St-Jean-le-Blanc ; POSTEL (Jacques), cultivateur à Aunay ; LELIÈVRE (Auguste), propriétaire et maire à Jurques ; CAUTRU (Prosper), cultivateur à Ondefontaine ; LABICHE, artiste décorateur à Aunay ; GAUTIER, maire de la Ferrière-au-Doyen ; BUOT, propriétaire à Brémoy ; BERTOT, propriétaire à Banneville-sur-Ajon ; GRELLEY (Pierre-Jules), propriétaire à Aunay ; BELLERY, propriétaire à Jurques ; LACAINE (Antoine), propriétaire à Aunay ; DORENLOT, propriétaire-cultivateur à Ondefontaine ; BINET (Alexandre), cultivateur à Aunay ; LAPERSONNE, maire au Plessis-Grimoult ; BESOGNET (Augustin), propriétaire à Aunay ; LECOURT, boulanger à Jurques ; LAPERSONNE, propriétaire à Cahagnes ; MONCEAUX, brigadier de gendarmerie ; GALLOT, propriétaire à St-Jean-le-Blanc ; LEMARCHAND, propriétaire à idem ; CAUTRU (Prosper), propriétaire à idem ; MARIE (Zéphir), corroyeur à Aunay ; ZOREMBA, réfugié polonais à Aunay ; LHONNEUR, propriétaire à Roucamps ; RABACHE (Charles), propriétaire à Aunay ; NICOLLE, marchand de vaches à idem ; LEPAILLEUR, propriétaire à idem ; GISLIN, sabotier à idem ; HÉBERT, adjoint à St-Georges-d'Aunay ; BONVOISIN (Clément), cultivateur à Lassy ; RIVIÈRE (Pierre), tailleur à Aunay ; MULOT (Pierre), propriétaire-cultivateur à idem ; MULOT fils, cultivateur à idem ; LARUE fils, propriétaire à Roucamps ; FREZOT, propriétaire au Plessis-Grimoult ; MARTIN (Georges), propriétaire à Aunay ; DELABROISE (Auguste), propriétaire à Danvou ; LAMOTTE, chef cantonnier à idem ; OGER, maire à la Bigne ; LEFRANÇOIS, propriétaire à St-Georges ; DABÈCHE, propriétaire à Lassy ; CHALLOT, propriétaire

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à Roucamps ; MOUTIER, propriétaire-cultivateur à Montchamp ; BERTOT (Auguste), cultivateur à Banneville ; TISON, marchand à Aunay.

     MM. l'abbé Lepetit, le prince de Broglie et le vicomte de Saint-Pierre sont désignés, le premier comme président, les deux derniers comme vice-présidents de la séance. MM. de Caumont, Dudezert, Penn Hélouin et Morière prennent également place au bureau. M. Morière est chargé de remplir les fonctions de secrétaire.

     M. le président déclare la séance ouverte, et donne la parole à M. de Caumont.

     M. de Caumont expose succinctement dans quel but l'Association normande fut créée, les résultats remarquables qu'elle a déjà obtenus, les avantages produits par les enquêtes agricoles et industrielles qui ont eu lieu dans les diverses localités où l'Association a tenu des séances. Dans la session générale tenue à Pont-l'Evêque, au mois de juillet dernier, ajoute M. de Caumont, il a été décidé que l'Association, qui n'avait jusqu'alors ouvert d'enquêtes que dans les chefs-lieux d'arrondissement, se transporterait successivement dans les divers chefs-lieux de canton, afin d'avoir, en peu d'années, une idée exacte de l'état de la Normandie, sous le rapport agricole et industriel. En descendant ainsi, en quelque sorte, dans les entrailles des besoins locaux, l'Association normande fera un travail utile, que pourront consulter avec fruit ceux qui seront chargés d'examiner les besoins du canton, et qui ne sont pas toujours bien placés pour les apprécier. Les progrès que l'agriculture a faits aux environs d'Aunay et les succès obtenus par M. Penn Hélouin, qui a inventé ou perfectionné plusieurs instruments agricoles

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d'une haute importance, désignaient naturellement le bourg d'Aunay pour le lieu de la première réunion cantonale. M. de Caumont remercie, au nom de l'Association, les personnes présentes de l'empressement qu'elles ont mis à se rendre à l'appel qui leur a été fait.

     L'enquête est divisée en trois parties : 1° état de la culture ; 2° améliorations des herbages, irrigations, repeuplement des coteaux rapides des environs d'Aunay ; 3° voeux à émettre pour la prospérité agricole et industrielle du canton.

1° ÉTAT DE LA CULTURE DANS LE CANTON D'AUNAY.

     M. Dudezert, chargé de diriger l'enquête agricole, pose diverses questions qui reçoivent les solutions suivantes :

     Quel est l'état de l'agriculture dans le canton d'Aunay, sous le rapport des assolements et sous celui des cultures ?

     M. Achard, de St-Jean-des-Essartiers, répond qu'il réside dans une partie du canton où on divise les assolements en cinq prises : 1° trèfle, 2° froment, 3° avoine ou petits grains ; 4° quelques-uns remettent un second froment, d'autres de la mouture (mélange d'avoine, d'orge, de trèfle et de pois). La terre étant communément mouillante, le sarrasin manque souvent ; lorsqu'il peut réussir, on le fait sur le froment.

     On engraisse la terre soit avec la chaux, soit avec le fumier ; le vieux trèfle, qu'on ne laisse qu'un an, est toujours engraissé ; puis on sème le froment. On met l'engrais sur le trèfle immédiatement avant l'ensemencement ; quand on fait de l'avoine sur le froment, on engraisse une seconde fois. Les froments réussissent rarement sur le sarrasin. On fait peu de colza ; il n'entre pas ordinairement dans l'assolement. Néanmoins, M. Achard a commencé cette année

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à mettre du colza sur du sarrasin, et il a obtenu d'excellents résultats. En ayant soin de bien engraisser le sarrasin, on ne remet pas de fumier pour faire le colza.

     M. de St-Pierre fait observer que, dans le canton d'Aunay, il y a des terres de diverses natures, et, par conséquent, qu'il doit y avoir plusieurs espèces d'assolements.

     Un cultivateur de Jurques indique l'assolement suivant : 1° Il laisse la terre en herbage ou paîtis pendant un an ; 2e année, blé ; 3e sarrasin ; 4e blé ; 5e avoine ; 6e orge ; 7e trèfle. Il met de la chaux sur le premier blé, du fumier sur le second, et affirme obtenir d'excellents résultats sans que la terre se trouve épuisée.

     M. Dudezert demande s'il n'y aurait pas plus d'avantages à remplacer l'herbage par une culture sarclée, qui serait un produit net pour le cultivateur, en même temps que les façons que cette culture occasionne débarrasseraient la terre des mauvaises herbes qui croissent pendant l'année de jachère.

     M. Bellery répond que la terre s'épuiserait en ne se reposant pas ; que d'ailleurs, pendant l'année d'herbage, il nourrit deux têtes de bétail par hectare.

     M. le maire de Cahagnes dit qu'il y a des terres avec lesquelles on pourrait réussir, mais qu'avec d'autres il faut nécessairement des jachères.

     M. Dudezert fait remarquer que, par la culture alternative de certains végétaux dans le même sol, on conserve la fertilité tout aussi bien que par la jachère ; il suffit que les plantes se suivent de telle manière que chacune n'enlève au sol que certains principes, tandis qu'elle lui en laisse ou lui en rend d'autres nécessaires au développement des espèces subséquentes. Les labours successifs donnent

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d'ailleurs une grande valeur à la terre, en l'exposant aux agents atmosphériques.

     M. le maire de Cahagnes indique l'assolement suivant comme étant souvent pratiqué : 1re année, blé ; 2e, sarrasin ; 3e, blé ; 4e, trèfle et sainfoin.

     Cultive-t-on les plantes sarclées ?

     M. de St-Pierre répond que cette culture n'a lieu qu'en petit. - Plusieurs personnes se plaignent de ce que l'on néglige une culture qui fournit le moyen de faire constamment produire la terre sans l'épuiser.

     Fait-on des labours profonds ? De quelle largeur sont les sillons ?

     On fait les labours profonds. On pique autant que la charrue le permet. Quant à la largeur des sillons, elle est subordonnée à la nature du terrain ; et comme généralement il y a de nombreuses sources, on est obligé de faire de petits sillons pour éviter une trop grande humidité. - M. Dudezert croit qu'il y aurait avantage à supprimer les petits sillons, en établissant des rigoles d'écoulement.

     Le versoir des charrues est-il en bois ou en métal ?

     En métal partout. Il serait impossible de labourer avec des charrues dont le versoir serait en bois, dans des terrains si argileux.

     Cultive-t-on le sainfoin dans le pays, et de quelle importance est cette culture ?

     M. de St-Pierre répond que le sainfoin, qui est une plante des terrains calcaires, est négligée dans le canton d'Aunay, dont le sous-sol est composé de grès et de schistes, sur lesquels repose une couche argileuse ; il pense cependant que l'on devrait pratiquer cette culture dans les terrains secs et légers. Il en a fait l'expérience, et il a parfaitement

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réussi, surtout quand il a semé le sainfoin comme deuxième récolte.

     M. de Laboire a vu le sainfoin réussir dans des terrains schisteux, argileux et argilo-calcaires. Il pense que, pour obtenir de bons résultats, il faut le semer comme première ou tout au plus comme deuxième récolte. Il recommande de le semer très-clair. Il a mieux réussi en le semant dans l'orge que dans le blé.

     Emploie-t-on le sel comme engrais ?

     Non...

     Se sert-on d'engrais étrangers à la ferme ?

     M. Achard répond qu'on emploie la chaux à raison de 30 boisseaux ou 30,000 pesant par vergée (1/5 d'hectare).

     M. le maire de Cahagnes signale des terrains qui portent 100 livres de chaux à la perche de 24 pieds. - Le tourteau n'est pas généralement employé.

     Cultive-t-on le genêt et le vignon, et emploie-t-on les jeunes pousses de vignon comme fourrages ?

     On ne cultive pas le genêt. On cultive le vignon dans les mauvaises terres ; mais on n'a jamais utilisé ses jeunes pousses comme fourrages. Il est employé comme chauffage dans les fours à chaux et chez quelques boulangers.

     Se sert-on parfois de fourrages verts comme engrais en les enfouissant ?

     On n'enterre pas généralement de récoltes vertes.

     M. Dudezert fait remarquer qu'il serait avantageux d'avoir une demi-fumure en fourrages verts dans les endroits éloignés de la ferme : ce mode de fumure, à l'avantage d'éviter des frais de transport pour le fumier, joindrait celui de donner de la consistance aux terres sèches et meubles.

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     On répond que parfois, mais seulement comme exception, on enfouit la vesce au moyen de la charrue.

     Les prairies naturelles reçoivent-elles quelquefois des engrais ? Quels sont ceux qui paraissent le plus profitables ?

     Les prairies naturelles reçoivent quelquefois de la chaux, de la charrée, des vidanges de fossés, des boues de chemin.

     M. Achard dit que si on était quatre ou cinq ans sans mettre d'engrais dans les prairies, il pousserait bientôt de la mousse. - On emploie aussi la braise dans les parties humides.

     M. Dudezert vante les effets de la braise imprégnée d'urine. On pourrait encore arroser la braise avec le purin, que l'on perd trop souvent dans beaucoup de fermes.

     M. de Laboire se sert de charbon, mais surtout contre l'humidité. Il emploie particulièrement du poussier, à une dose un peu moins forte que la chaux [7].

     Se sert-on de quelques moyens pour empêcher l'évaporation des gaz qui s'échappent des fumiers ?

     Aucun moyen n'est mis en pratique pour empêcher l'évaporation des gaz fertilisants qui s'échappent des fumiers.

     M. Dudezert conseille de répandre de temps à autre sur les fumiers du plâtre en poudre ; par son mélange avec le fumier, non-seulement le plâtre conserve à cet engrais toute son activité, mais il vient encore ajouter son action

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propre, et stimule alors la végétation des graminées presque autant que celle des légumineuses. On peut être assuré d'obtenir au moins 1/3 de plus dans les récoltes.

     M. de Laboire préfère recouvrir ses fumiers avec une couche d'argile bien sèche.

     On répond à M. de Laboire que l'argile peut bien agir mécaniquement pour empêcher l'évaporation, mais qu'il est impossible qu'elle produise le même effet que le plâtre. Elle occasionne aussi un plus grand nombre de charrois, et par suite plus de dépenses.

     M. Achard rapporte que, dans certaines fermes du canton, lorsqu'on cure l'étable, on répand des cosses de colza sur chaque couche de fumier, et que de cette manière on prétend obtenir un meilleur engrais.

     M. Dudezert répond à M. Achard qu'il vaut infiniment mieux répandre les cosses de colza sur le fumier que de les brûler. Il ajoute que les pailles de légumineuses sont généralement plus fertilisantes que les pailles de céréales, qui sont moins riches en sels alcalins et qui ne renferment que fort peu de matières azotées. On devrait donc, dans les fermes, non-seulement convertir en engrais les siliques de colza, mais encore faire la litière des bestiaux avec des pailles de sarrasin, de colza, etc., que l'on brûle trop souvent, au lieu de les utiliser pour cet objet [8].

     M. de Caumont fait observer que, dans l'exploitation de M. Dumoncel, à Martinvast, les siliques de colza sont données

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aux cochons, qui s'engraissent très-vite avec cette nourriture.

     Prend-on quelques précautions pour la conservation des fumiers ? A quel état de décomposition les emploie-t-on ?

     On dispose les fumiers, autant que possible, de manière à ne pas perdre le purin ; on les transporte à l'époque du blé et à celle du sarrasin, c'est-à-dire à peu près tous les six mois ; mais on ne regarde pas si le fumier est plus ou moins consommé.

     M. Dudezert conseille de ne pas attendre que toute fermentation ait cessé dans les fumiers pour les employer, parce qu'alors il en résulte non-seulement la perte de gaz fort utiles à la végétation, mais encore celle d'une chaleur qui eût provoqué la germination des grains et favorisé le développement de la plante.

     M. de Laboire croit que l'état de décomposition dans lequel on emploie les fumiers doit être différent suivant la nature du terrain et suivant l'espèce de culture. Ainsi les fumiers longs conviennent aux végétaux qui restent longtemps en terre, et aux sols forts, argileux et humides ; tandis que pour les terres sèches et légères, et pour les végétaux qui n'ont qu'une existence de peu de mois, les fumiers pourris sont préférables ; leur action est plus prompte.

     M. Dudezert réplique que, dans aucun cas, on ne doit employer les fumiers trop consommés, ceux qui sont arrivés à l'état de beurre noir [9]. On devrait aussi charrier les fumiers plus souvent et les enfouir le plus promptement

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possible, afin d'obtenir une égale répartition de fertilité sur toute la surface du terrain.

     A-t-on raison de donner de la paille comme nourriture aux bestiaux ? N'est-ce point là une des causes qui empêchent les fermes de fournir assez de fumier pour conserver la fertilité des terres qui les composent ?

     M. le maire de Cahagnes répond qu'il est bien rare que dans une ferme on ait assez de fourrages pour nourrir les bestiaux pendant toute l'année ; qu'alors, mais seulement dans ce cas, on y supplée par la paille.

     M. de St-Pierre ajoute que, dans quelques fermes, on nourrit le bétail pendant l'hiver avec des betteraves ; mais que cette culture est malheureusement trop négligée, à cause du sarclage qui effraie beaucoup de cultivateurs.

     M. Dudezert regrette de voir donner aux bestiaux la paille comme aliment, ce qui force de diminuer la litière des chevaux et des bêtes à corne, et par suite produit pour le cultivateur une perte en fumier. La paille est, d'ailleurs, la nourriture la plus chère qu'on puisse donner aux animaux. 100 bottes de foin contiennent autant de principes réellement nutritifs que 400 bottes de paille. En admettant que la paille se vende 20 fr. le cent de bottes, et le foin 36 fr., on trouve que, sous le rapport économique, la nourriture avec les fourrages est, à la nourriture à la paille, comme 9 est à 20, c'est-à-dire que la nourriture en fourrages ne coûte pas la moitié de l'autre. On devrait donc s'attacher à multiplier les fourrages artificiels, et alors on pourrait augmenter la nourriture du bétail, obtenir une plus grande quantité d'engrais, et par suite de meilleures récoltes. - Dans les fermes où l'on est forcé de substituer la paille aux fourrages, on devrait au moins n'employer à cet usage que la partie supérieure,

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qui est beaucoup plus riche en principes nutritifs que la base du chaume. Ainsi, dans les contrées où l'on chaume le blé, c'est uniquement cette partie supérieure que l'on donne aux bestiaux ; le chaume sert à faire la litière.

     M. de Laboire admet, comme M. Dudezert, qu'il y a perte pour le cultivateur à donner la paille à manger aux bestiaux, plutôt que de la convertir en fumier ; mais il fait remarquer qu'au moins le fermier se trouve dispensé par-là de faire un achat de plantes fourragères, qu'il serait forcé souvent d'aller chercher fort loin, ce qui produirait pour lui une perte réelle plus grande que celle qui résulte de l'emploi de la paille. Il y a, d'ailleurs, des pays où l'on peut fournir aux animaux une litière abondante, des fourrages à discrétion ; et cependant on leur donne souvent de la paille à manger !

     M. Morière fait observer qu'une grande quantité de paille, presque complètement perdue pour l'agriculture, sert à couvrir les maisons, qui sont, avec ce mode de toîture, beaucoup plus exposées aux chances d'incendie. Il recommande aux propriétaires l'emploi de la tuile, qui ne coûte pas beaucoup plus cher que la paille, exige moins de réparations et offre plus de sécurité. L'argile étant très-abondante dans le pays, il serait facile d'établir des tuileries sur plusieurs points du canton. - On est d'avis que les couvertures en tuiles seraient préférables aux couvertures en chaume pour les habitations ; mais on objecte que, les fourrages se conservant mieux sous les dernières, elles sont généralement préférées dans les fermes.

     Utilise-t-on les bruyères comme engrais ? Y a-t-il de grandes fabriques de fumiers artificiels ?

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     M. de Caumont rappelle qu'à la Trappe, près Mortagne, les religieux ont fabriqué une grande quantité d'engrais artificiels en entassant les bruyères, fougères, etc., et les arrosant avec du purin. On a ainsi mis en culture 200 hectares de terrain, en le fumant avec des engrais fournis par ce même terrain.

     MM. de St-Pierre et Achard disent que ce procédé est mis en pratique dans beaucoup d'endroits du canton d'Aunay, mais surtout chez les petits propriétaires, qui emploient souvent les bruyères comme litières pour leurs bestiaux. Nulle part cet engrais n'est fabriqué sur une grande échelle.

     M. de Caumont insiste sur la préparation des engrais artificiels : ce serait, dit-il, un moyen de débarrasser le sol des mauvaises plantes, de le nettoyer et de le préparer à recevoir des arbres résineux sur les hauteurs.

     Trouve-t-on une différence de qualité entre la chaux cuite à la houille et la chaux cuite au bois ? Quelles sont les meilleures chaux ?

     M. le maire de Cahagnes répond qu'on préfère, en général, celle qui est cuite avec le bois ; la chaux cuite à la houille présente souvent des morceaux qui ne sont pas susceptibles d'extinction. Celle des fours, que l'on chauffe avec le bois, est calcinée plus également.

     Les chaux de Hottot, de Fontenay-le-Pesnel, de Lingèvres et de Longeau, sont celles que l'on emploie le plus ordinairement. La chaux de Fontenay est considérée comme la meilleure ; vient ensuite la chaux de Hottot. Dans quelques parties du canton, on tire la pierre à chaux de Lingèvres et de Longeau. Une des causes de la préférence accordée à la pierre de Lingèvres, c'est quelle contient moins de coquilles que celle de plusieurs autres localités, et par suite

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donne une chaux moins rude. Les pierres à chaux de Landes et de Parfouru sont regardées comme fournissant une chaux inférieure à celles que l'on tire des localités précédentes. Les chaux de Landes et de Tournay contiennent, d'après M. Achard, 4 à 6 % en poids de sable.

     M. de Laboire ne croit pas que la mauvaise qualité des pierres à chaux doive être attribuée aux coquilles qu'elles renferment, mais bien plutôt que le banc dans lequel se trouvent le plus ordinairement ces coquilles est d'une qualité inférieure à celui qu'il recouvre : aussi a-t-on soin de l'écarter lorsqu'on charge les fours à chaux [10].

     M. Dudezert demande si l'on croit qu'il soit préférable de cuire la pierre à chaux immédiatement après son extraction de la carrière, ou bien de la laisser exposée à l'air pendant un temps plus ou moins long avant la cuisson ?

     M. Mulot répond qu'il vaut mieux ne cuire la pierre qu'un certain temps après sa sortie de la carrière. - Cette opinion paraît partagée par tous les cultivateurs présents.

     M. Dudezert pense le contraire, et il explique pourquoi il y a économie de combustible lorsqu'on cuit la pierre à chaux avant de l'avoir laissée se dessécher à l'air.

     M. Mulot conserve sa première opinion ; mais il fait remarquer qu'en laissant la pierre à chaux exposée à l'air pendant un certain temps avant la cuisson, on a plutôt pour but de la débarrasser d'une couche argileuse qui l'enveloppe au sortir de la carrière, que de laisser l'eau s'évaporer ;

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cette couche terreuse se détache peu à peu à l'air, tandis qu'en mettant la pierre immédiatement dans le four, elle formerait à la pierre une enveloppe qui empêcherait la chaleur de pénétrer aussi promptement à l'intérieur, et retarderait la cuisson.

     M. de Laboire dit qu'il faut le même temps pour cuire la pierre, qu'elle soit anciennement ou nouvellement extraite.

     M. Dudezert cite, à l'appui de son opinion, des expériences tout-à-fait concluantes faites par quelques fabricants de chaux des environs d'Harcourt. Il invoque aussi l'autorité et les expériences de M. Payen.

     M. le directeur charge M. Morière de continuer l'enquête et de poser des questions sur la fabrication du cidre.

     Quelles sont les variétés de pommes cultivées dans le canton d'Aunay ?

     Les variétés de pommes cultivées dans le canton d'Aunay diffèrent suivant que les terres sont sèches ou mouillantes. Celles que l'on rencontre le plus ordinairement sont les suivantes : le gros Girard, qui est une pomme amère et précoce ; le Bastien, qui est la variété la plus recherchée ; le gros Rêlet, la Riotte, la Belle-Fille, le Monnier, le Trochet, le Marin-Onfroy, l'Oranger, les pommes de Maltot et de Bruyère, etc.

     A quelle époque se font les plantations ?

     Les plantations se font depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril. On met ordinairement, dans le même champ, des variétés de diverses saisons.

     Les fosses sont-elles suffisamment profondes ? Quel engrais place-t-on au fond de la fosse ?

     Les fosses sont plus ou moins profondes. On a l'habitude de mettre au fond de la fosse la terre végétale qui était à la

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surface, puis un lit de vignon ou de fougère. On place le pommier, et on recouvre ses racines avec la terre provenant de la partie inférieure de la fosse.

     Greffe-t-on sur place ou dans la pépinière ?

     Contrairement à ce qui a lieu dans une grande partie de l'arrondissement de Vire, on greffe sur le terrain, et non dans la pépinière. On ne greffe le sujet que deux ans après l'avoir planté.

     M. le maire de Cahagnes dit qu'on est souvent obligé de greffer une deuxième fois, et qu'on n'apporte pas assez de soins dans le choix des greffes qui conviennent le mieux au sujet.

     Comment protège-t-on les pommiers contre les dégradations des bestiaux ?

     On les entoure de trois piquets en bois, réunis par des traverses de même nature.

     Lorsque les pommes sont cueillies, quel moyen de conservation emploie-t-on avant de les piler ? A quel degré de maturation le pilage a-t-il lieu ? Laisse-t-on les pommes pourries, ou a-t-on soin de les rejeter ?

     Les pommes sont mises en tas, le plus souvent dehors. Elles se trouvent ainsi exposées à la pluie ; et, comme les tas sont assez considérables, il pourrit une assez grande quantité de fruits, ce que l'on regarde, d'ailleurs, comme nécessaire à la confection d'un cidre de bonne qualité.

     M. Morière se plaint du peu de soin qu'on apporte généralement à employer des fruits qui soient arrivés au degré de maturité parfaite. Avant la maturité, les pommes ne renferment qu'une faible partie du sucre que la maturation y développe ; la majeure partie de ce sucre disparaît après la maturité. Ordinairement les pommes ne sont pas mûres

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au moment de la cueillette ; on doit donc les conserver pendant quelque temps à l'abri de la pluie, jusqu'à ce que la maturité soit achevée, en ayant soin de ne pas former, comme on en a la malheureuse habitude, des tas trop considérables dans lesquels une fermentation ne tarde pas à s'établir, ce qui produit la pourriture d'un grand nombre de fruits. - En général, on conserve trop long-temps les pommes avant de les piler ; on attend que la maturité soit passée, et, par conséquent, que le sucre nécessaire à la fermentation de la liqueur ait disparu : on n'obtient alors qu'une liqueur plate et désagréable. On devrait surtout éloigner avec soin les fruits pourris dont le jus communique à celui des bons fruits un goût de pourri qu'il est impossible de faire disparaître, et fait passer promptement à l'aigre toute la masse.

     M. Penn Hélouin partage complètement l'avis de M. Morière : lorsqu'il fait piler, il rejette toutes les pommes pourries et n'emploie que celles qui sont saines.

     Se sert-on de meules en granit ou de meules en bois ? Quelle est l'espèce de presse en usage ?

     On emploie, pour l'écrasage des pommes, des auges circulaires en granit et des meules en bois.

     M. Morière conseille de conserver la meule en bois, et de ne pas lui substituer, comme on l'a fait dans quelques localités, la meule en granit, qui écrase à la fois la pomme et le pépin. Les pépins communiquent au moût une matière amère et un peu d'huile essentielle, qui gâtent souvent le liquide de tout un tonneau. - Dans le canton d'Aunay, on presse le marc de pommes avec la presse ancienne. On ne se sert nulle part de la presse hydraulique.

     Les caves, où la fermentation du jus a lieu, sont-elles bien

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exposées ? A-t-on soin d'éviter les courants d'air et d'entretenir une température égale ?

     La fermentation du cidre est mal surveillée ; souvent l'exposition des caves laisse à désirer. On met le cidre dans des tonneaux de 14 à 1,600 litres de capacité, et on l'abandonne à lui-même. Aucun moyen n'est employé afin d'obtenir une température égale pendant la fermentation.

     M. Morière insiste pour que l'on apporte plus de soin à cette partie importante de la fabrication du cidre.

     Quelle espèce d'eau emploie-t-on ?

     Souvent on fait le cidre sans eau. Lorsqu'on ajoute de l'eau, on la prend ordinairement dans une mare, et l'on n'examine pas toujours si elle est plus ou moins propre.

     Le secrétaire fait observer que les eaux de mares, bien entretenues, bien propres, sont préférables aux eaux de puits, parce qu'elles contiennent moins de sels calcaires ; mais qu'il faut rejeter avec soin les eaux de mares pourries.

     Dans les années froides et pluvieuses, où les pommes mûrissent mal, emploie-t-on quelque moyen de rendre au cidre le sucre qui lui est nécessaire pour fermenter ?

     On n'emploie aucun moyen, si ce n'est, dans un petit nombre de fermes, du sirop de cidre doux.

     M. Morière conseille l'usage du poiré, plus riche en sucre que le cidre, ou du sucre de glucose. Le sucre de glucose ne coûte que 20 à 30 cent. le kil., et il n'en faut que 5 à 6 kil. par hectolitre. Il doit être ajouté au moût avant la fermentation.

     Quelques personnes ne paraissant pas adopter ce second moyen qu'elles regardent comme trop coûteux, M. Morière indique un troisième procédé, l'emploi des betteraves cuites, qui est pratiqué par plusieurs brasseurs du pays

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d'Auge. Non-seulement la betterave augmente la fermentation du moût, mais elle rehausse la couleur de la liqueur.

     Soutire-t-on le cidre ou le laisse-t-on sur la lie ?

     Généralement on le laisse sur la lie ; quelques personnes le soutirent une seule fois, lorsque la fermentation paraît achevée ; mais tout le monde ne boit le cidre que lorsqu'il est paré.

     Le secrétaire fait observer que du cidre paré n'est autre chose que du cidre qui commence à se gâter. On a tort d'attendre que le principe spiritueux se convertisse peu à peu en vinaigre, pour faire usage d'une boisson que l'on pourrait facilement conserver agréable en employant le moyen indiqué depuis longtemps déjà par M. Girardin, c'est-à-dire en ayant soin qu'il y ait toujours au-dessus de la liqueur une couche d'huile d'olive de 2 à 3 millimètres.

     Quels usages fait-on du marc de pommes ?

     M. Morière a remarqué avec surprise que, dans plusieurs communes des environs d'Aunay, et notamment à Longvillers et à Epinay, on perd le marc de pommes. - On pourrait cependant, en le coupant avec de la chaux, en former un engrais d'autant meilleur pour mettre au pied des pommiers, qu'il renferme les sels qui entrent dans la composition de la plante.

     M. Achard répond que parfois on emploie le marc de pommes comme engrais, en le mélangeant avec de la terre. Quelques cultivateurs le donnent à manger aux porcs, après l'avoir débarrassé des gluis qui le traversent ; d'autres l'emploient comme combustible, après l'avoir fait sécher pendant un an.

     Quelques personnes demandent s'il est possible d'empêcher le cidre de se tuer ?

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     M. Morière répond que, le plus ordinairement, cette maladie du cidre provient de ce qu'on a employé de l'eau de mare, ou de ce que les fûts ont été mal nettoyés. - Quelquefois aussi ce résultat doit être attribué à un certain nombre de pommes acides, qui se trouvent mélangées aux bons fruits. - Ainsi, en écartant les fruits acides, en nettoyant bien les futailles et en brassant les pommes avec de l'eau propre, le cidre ne sera pas sujet à noircir et à devenir plat.

     M. Viau, d'Harfleur, a reconnu qu'en ajoutant pour 15 à 20 c. d'acide tartrique par hectolitre dans du cidre qui se tue, non-seulement on fait disparaître la réaction alcaline et on lui rend sa couleur et sa vivacité, mais encore qu'on empêche le retour de l'altération première.

     On passe à la seconde partie de l'enquête.

2° AMÉLIORATIONS DES HERBAGES, IRRIGATIONS, REPEUPLEMENT DES COTEAUX RAPIDES DES ENVIRONS D'AUNAY.

     M. de Caumont pose diverses questions, qui reçoivent les solutions suivantes :

     Quelles améliorations a-t-on apportées dans le régime des prairies depuis dix ans ?

     M. Achard répond que, depuis plusieurs années, on les engraisse davantage ; on dessèche, autant que possible, les parties humides ; les rigoles et les irrigations sont mieux entendues.

     M. de Caumont croit qu'on ne tire pas tout le parti possible des eaux qui pourraient être utilisées : irriguer les coteaux et dessécher les parties basses, tels sont les meilleurs

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moyens à mettre en pratique pour obtenir l'amélioration des prairies.

     M. Achard demande pourquoi, dans les irrigations, l'eau, qui est très-fertilisante au moment du départ, perd peu à peu ses propriétés, et ne possède plus aucune qualité 15 ou 20 mètres plus loin.

     M. de Caumont répond que cela tient au système d'irrigation, qui est mauvais. On a fait, depuis quelques années, beaucoup de progrès en irrigations ; mais il reste encore beaucoup à faire. En général, on ne prend pas tous les soins nécessaires pour aérer l'eau, et l'eau qui n'est pas aérée ne produit que peu ou point d'effet.

     Quelles sont les espèces de bestiaux que l'on nourrit dans le pays ?

     Ce sont les vaches à lait, les génisses amouillantes et les agneaux. Des veaux de dix-huit mois, que l'on achète dans le Cotentin, sont engraissés dans le canton pendant l'hiver, le plus souvent à la farine, quelquefois avec des betteraves ; et ensuite on les exporte. - Il y a vingt ans, presque tous les veaux nés dans le pays étaient vendus pour la boucherie ; aujourd'hui on en élève un plus grand nombre.

     M. de Laboire croit que les cultivateurs trouveraient beaucoup d'avantages à avoir de bons taureaux et à faire produire eux-mêmes. En choisissant les croisements convenables, ou pourrait améliorer beaucoup la race du pays.

     Quel est le meilleur régime à suivre pour l'engraissement des génisses ?

     M. de Laboire conseille d'employer le foin, la farine, les carottes, les pommes de terre et la betterave ; très-peu de tourteau.

     Dans le canton d'Aunay, on donne la nourriture aux génisses

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matin et soir. Cette nourriture se compose, le plus souvent, de foin et de farine. Les fermiers qui emploient du tourteau le donnent en farine ; quelques-uns font manger à leurs bestiaux un mélange de carottes, de betteraves et de farines. Les génisses passent la nuit à l'étable ; on les laisse dehors pendant le jour.

     Le tourteau de chènevis est le seul employé dans le canton d'Aunay ; on le préfère à celui de colza. - On donne très-peu de tourteau de lin, et seulement aux petits veaux.

     M. de Laboire conseille de ne pas abuser du tourteau, qui communique toujours au lait et au beurre un mauvais goût.

     On répond que les génisses de Cahagnes, qui sont regardées comme les meilleures du pays, mangent, chaque jour, deux livres de tourteau mélangé avec quatre à cinq livres de farine. Quelques fermiers donnent de la farine à discrétion ; d'autres la pétrissent et la donnent en pâtons.

     Quels usages fait-on du lait quand il n'est pas consommé en nature ?

     La crême sert à faire du beurre. Une partie du gros lait est employée à faire de la bouillie ou de la galette de sarrasin ; l'autre est donnée aux cochons.

     Quelle est la qualité du beurre du pays ?

     Le beurre est assez bon pour être exporté. Son prix moyen varie, suivant l'époque de l'année, de 1 fr. 20 à 1 fr. 50 le kilog. La première qualité est directement expédiée à Paris ; les qualités inférieures sont envoyées à Isigny, d'où elles repartent avec un passeport qui les faits accepter partout.

     L'état des laiteries est-il satisfaisant ?

     La propreté des laiteries laisse, en général, beaucoup à désirer ; elles sont mal aérées ; la température y est très-inégale.

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Dans un grand nombre de ménages, c'est un buffet qui sert de laiterie.

     Dans quels vases met-on le lait ?

     Dans des vases en grès, provenant de la fabrique de Jurques.

     M. Bellery, de Jurques, est signalé comme le cultivateur qui fabrique le meilleur beurre du canton. Il le vend ordinairement 1 fr. 40 le demi-kilog., au marché de Caumont.

     MM. Marin Noël, J.-H. Vergis, Michel Delaunay et Pierre Delaunay, tous de Cahagnes, sont cités comme les meilleurs éleveurs de la contrée.

     Le bureau décide qu'une mention honorable sera accordée à chacun de ces cultivateurs.

     L'ordre de la séance appelle la question du reboisement.

     M. de Caumont conseille les plantations d'arbres résineux dans les endroits où les terrains sont de mauvaise qualité. Ils y viennent bien en général, et rendent productifs des terrains qui, auparavant, n'avaient presque aucune valeur. Il cite, comme exemple, ce qu'ont fait MM. de Vaucassel, à Campandré, et de Dampierre, à Bray-la-Campagne.

     M. de Caumont demande ce qui a été fait et ce qui resterait à faire pour le reboisement des coteaux qui environnent Aunay ; quels sont les endroits où l'on pourrait faire des plantations d'arbres verts ?

     On a fait peu de chose, jusqu'à présent, pour repeupler les coteaux dénudés. M. de Briges est le seul propriétaire du canton qui ait entrepris des plantations d'arbres verts sur une grande échelle. On signale encore MM. de St-Pierre, au Fresne, et de Savignac, à Montchauvet, comme ayant propagé la culture des arbres résineux. - Les essences que l'on plante le plus ordinairement sont : le pin d'Ecosse, le pin

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maritime et le pin laricio, que l'on préfère au pin maritime, parceque celui-ci ne résiste pas toujours à la transplantation.

     On croit que les arbres résineux réussiraient parfaitement dans plusieurs parties des bois du général Grouchy. M. Morin, membre du Conseil général, en a planté dans une portion de ces bois, qu'il a achetée dernièrement, et ils sont très-bien venus.

     Les membres du bureau expriment le voeu de voir le général Grouchy suivre l'exemple de ses voisins.

     M. de Caumont recommande de planter surtout des pins laricio et des épicéa, qui fournissent un très-bon bois de travail.

     M. de Saint-Pierre ajoute que le mélèze réussit très-bien dans beaucoup d'endroits.

     M. de Laboire fait observer que le pin laricio exige du fond pour donner de bons produits, tandis que le pin d'Ecosse végète parfaitement dans les terrains où il y a peu de fond. Il croit, à cause de cela, que le pin d'Ecosse réussirait généralement mieux que le pin laricio.

     Quant aux essences autres que les résineux, dit M. de Caumont, il faut voir quels sont les endroits où elles viennent le mieux, ne pas négliger le chêne dont nous manquons pour nos constructions navales, s'occuper de l'aménagement des taillis. Il faut surtout empêcher, par tous les moyens possibles, le déboisement des coteaux rapides ; opération doublement ruineuse pour celui qui la fait exécuter, et qui perd souvent en même temps le bois et le terrain.

     M. de Broglie fils demande s'il vaut mieux planter les pommiers à cidre dans toute l'étendue des pièces de terre, ou bien n'en former qu'une ceinture autour de la pièce. On pense généralement qu'il vaut mieux n'en planter qu'autour de la pièce, surtout lorsque la terre est de bonne qualité.

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     M. Achard ajoute qu'il est bon de ne pas laisser de butte au pied des pommiers ; il doit plutôt y avoir une dépression, une espèce d'entonnoir, afin que l'eau puisse y arriver faiblement et entretenir une humidité convenable à la végétation de l'arbre. A cause de cela il ne croit pas que la culture du pommier convienne dans les terres de labour.

3° VOEUX POUR LA PROSPÉRITÉ AGRICOLE ET INDUSTRIELLE DU CANTON.

     Un grand nombre de personnes se plaignent de la lenteur apportée par l'Administration dans l'achèvement ou le classement des routes qui traversent le canton. On réclame avec instance l'achèvement de la route d'Aunay à Torigny, et de celle d'Aunay à Vire.

     M. le maire de Danvou demande, au nom de la commune, le classement de la route de St-Martin-des-Besaces au Plessis-Grimoult.

     Le défrichement complet de la bruyère du Plessis se trouve aussi au nombre des voeux émis par l'Assemblée.

     M. de Caumont pense qu'on devrait faire des tentatives pour exploiter le banc de craie qu'il a signalé dans cette localité. Si l'on pouvait en retirer une chaux de bonne qualité, les cultivateurs de cette partie du canton ne seraient plus forcés d'aller chercher la pierre à chaux à une distance souvent considérable.

     Industrie de l'arrondissement. - M. Penn Hélouin, maire d'Aunay, fera parvenir prochainement à M. le directeur une note renfermant des renseignements précis sur l'importance des diverses industries du canton.

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     Il signale plusieurs foires qui sont très suivies, notamment celles du Plessis-Grimoult.

     M. de Caumont demande si le bourg d'Aunay, qui possède deux écoles importantes (une de garçons et une de filles), a songé à former une bibliothèque communale ? - Sur la réponse affirmative de M. le maire, M. de Caumont lui offre l'Annuaire de l'Association normande et le Traité d'agriculture de M. Dudezert, pour les y déposer.

     Sont proclamés membres de l'Association : MM. de Broglie (prince), propriétaire à St-Georges-d'Aunay ; de Broglie fils, maire de St-Georges ; Achard fils, propriétaire à St-Jean-des-Essartiers.

     Le Secrétaire général,

     J. MORIÈRE.

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SÉANCE GÉNÉRALE TENUE A TROARN,

Le 16 Février 1850.

     A onze heures, la séance est ouverte dans la salle de la justice de paix, sous la présidence de M. BOUET, maire de Troarn et inspecteur de l'Association.

     Prennent place au bureau : MM. de CAUMONT, directeur de l'Association ; DUDEZERT, LEREFAIT, de BANNEVILLE, de ROISSY, d'HALAINES, inspecteurs cantonaux ; Abel VAUTIER, de BANNEVILLE, membres du Conseil général ; CALENGE, membre du Conseil administratif ; PELLERIN et MORIÈRE, secrétaires généraux.

     Parmi les cultivateurs qui assistent à la séance, on remarque : MM. CASTILLON, père et fils, de Troarn ; DESLOGES (Désiré), de Janville ; HÉLIE, de Saint-Pierre-du-Jonquet ; RENOUF, de Varaville ; LEMAITRE-DUPART, d'Hérouvillette ; GRENIER (Paulin), de Bréville ; BÉNARD, maître de poste à Troarn ; TOSTAIN (Baven), d'Ecoville ; BRIARD, de Bures ; LUCAS, de Sannerville ; LECHEVEY, de Troarn ; VIEL, de Banneville ; FONTAINE, de Janville ; MARTINNE, de Sannerville ; BONHOMME, de Troarn ; MILON, d'Ecoville ; POISSON, de Troarn ; FOUET, père et fils, de Démouville ; CASSIGNEUL,de Démouville ; MARCHAND, d'Emiéville ; PRUDHOME, d'Emié-ville ; HERVIEU, de Varaville ; MONTROTY, de Troarn, etc.

     En ouvrant la séance, M. le président s'exprime ainsi :

     « MESSIEURS,

     L'Association normande a bien voulu se transporter au

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milieu de nous pour étudier, avec les cultivateurs du canton de Troarn, les progrès de l'agriculture et les améliorations dont elle serait encore susceptible.

     Inspecteur cantonal, je suis appelé à présider cette bienfaisante et utile réunion. Ce titre, que je n'aurais pas osé solliciter, est venu me surprendre, et m'a été accordé, je puis le dire, témérairement. Je l'accepte cependant, Messieurs, par soumission et pour répondre à la bienveillance des membres de l'Association.

     Toutefois, pour me rendre digne de l'appel qui m'est adressé, je dois confier à l'expérience des membres de l'Association, ici présents, la direction de l'enquête agricole qu'ils veulent bien faire aujourd'hui au profit du canton.

     Je les prie, en conséquence, de vouloir bien la diriger, me réservant d'appeler ensuite votre attention sur quelques voeux qu'il serait utile de former dans l'intérêt de l'agriculture, si ces questions n'ont déjà été traitées dans le cours de la discussion. »

     M. de Caumont expose que l'Association, en faisant des enquêtes successivement dans les divers chefs-lieux de canton, a eu pour but de porter le mouvement agricole dans les cantons. Jusqu'à présent, des réunions n'avaient eu lieu que dans les chefs-lieux d'arrondissement ; mais l'Association normande a voulu se transporter au milieu des populations rurales pour mieux connaître leurs besoins et appuyer de tout son pouvoir les réclamations qui peuvent être faites dans l'intérêt de chaque localité. Le canton de Troarn, ayant montré un grand élan dans les concours agricoles, devait être visité un des premiers par l'Association. La présence, dans cette réunion, de deux membres du Conseil

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général donnera une nouvelle force aux voeux qui pourront être exprimés, et sur lesquels le Conseil général aura plus tard à se prononcer.

     M. le directeur fait connaître la correspondance. Il donne lecture d'une lettre de M. Lesueur, de Huppain, par laquelle cet agriculteur demande que l'Association normande veuille bien s'associer à la réclamation adressée au Gouvernement par la Société d'Agriculture de Bayeux, relativement à la question des beurres. Cette réclamation a pour objet de demander que le décret du 31 décembre 1849, par lequel le droit perçu par l'octroi de la ville de Paris sur chaque kilogramme de beurre est élevé de 0,05 à 0,10 soit rapporté, et, en même temps, que les droits de vente à la halle soient rétablis au même taux que précédemment, c'est-à-dire à 21/2 p. %.

     Plusieurs cultivateurs regardent comme chose très-importante de ne pas augmenter les droits anciens, surtout à une époque où l'agriculture est en souffrance, et où les beurres du Poitou et de la Bretagne font, sur le marché de Paris, une concurrence redoutable à ceux de la Normandie. Si une nouvelle taxe vient à frapper les beurres, il en résultera à la fois une perte très-grande pour l'agriculture du pays, et la privation d'une denrée de première nécessité pour une partie de la population parisienne. La mesure est donc mauvaise sous tous les rapports.

     M. Abel Vautier annonce que la Chambre de commerce de Caen s'est occupée de cette importante question ; qu'elle se propose de réclamer, au nom du département, contre les prétentions fiscales de la ville de Paris, et qu'elle sera heureuse de s'appuyer sur la délibération que va prendre l'Association.

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     L'Assemblée, consultée par le président, décide, à l'unanimité, qu'il faut que l'Association normande joigne ses réclamations à celles de la Société d'Agriculture de Bayeux.

     M. le directeur se charge de transmettre à M. le ministre de l'agriculture et du commerce la délibération qui vient d'être prise, et de faire valoir les droits des cultivateurs de la Normandie qui s'occupent de l'industrie du beurre.

     M. de Caumont communique une lettre par laquelle M. le ministre de l'agriculture et du commerce fait pressentir l'abaissement de la taxe pour l'introduction des bestiaux étrangers. L'Assemblée est consultée pour indiquer quelle serait son opinion sur cette diminution de droit, dans le cas où elle viendrait à être proposée par le Gouvernement. Les cultivateurs de pays d'herbages, présents à la réunion, déclarent qu'ils sont, moins que jamais, en état de soutenir la concurrence avec ceux de l'Allemagne, dont la position agricole et fiscale est bien meilleure que la nôtre.

     M. Lemaître, d'Hérouvillette, assure que l'on élève en France assez de bétail pour la consommation ; que tous les ans il reste des boeufs sur nos marchés, et que, par conséquent, il n'est pas nécessaire de recourir aux marchés étrangers.

     L'Assemblée est d'avis qu'on devra s'opposer à tout abaissement de droit qui pourrait être proposé ultérieurement par l'Etat.

     M. de Mecflet, directeur de la ferme-école de Quesnay, écrit à M. le directeur pour s'excuser de ne pouvoir assister à la réunion de Troarn.

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ENQUÊTE AGRICOLE.

     M. Dudezert, chargé de diriger l'enquête agricole, pose diverses questions qui sont résolues de la manière suivante :

     Quels sont les assolements en usage dans le canton de Troarn ?

     M. Lemaître, d'Hérouvillette, observe qu'on doit d'abord établir, dans les terres du canton, deux grandes divisions : la plaine, ou terre légère ; et la terre argileuse, ou mouillante. La première est faiblement perméable à l'eau, et se laisse travailler presque en tout temps ; la seconde, au contraire, ne peut être préparée qu'avec de grandes difficultés, et à des époques déterminées. Il doit donc y avoir une différence de culture et d'assolements dans ces deux sortes de terrains : dans le premier, on suit le même assolement qu'aux environs de Caen ; dans le second, qui compose plus particulièrement le canton de Troarn, on pratique généralement l'assolement suivant : première année, blé ; deuxième année, colza ; troisième année, blé ; quatrième année, avoine ou sainfoin, quand la terre se fatigue.

     Fume-t-on la terre chaque année ?

     On met une fumure entière pour le blé, et une demi-fumure pour le colza.

     Se sert-on d'engrais étrangers ?

     On emploie la poudrette et le tourteau, plus souvent le tourteau. Le noir animal ne réussit pas.

     M. Lemaître-Duparc s'est constamment bien trouvé de l'emploi de la poudrette ; il la regarde comme le meilleur engrais, lorsqu'elle n'est pas falsifiée.

     Fait-on des jachères ?

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     Peu ; on en diminue le nombre de plus en plus.

     MM. Bénard et Lemaître les ont supprimées complètement.

     M. Bénard en est presque cependant réduit à regretter les jachères. Il dit que ses terres sont fatiguées, malgré la quantité considérable d'engrais qu'il leur donne ; et, comme elles sont trop argileuses pour que l'on puisse essayer de la culture du sainfoin avec succès, ce qui les reposerait et les préparerait à recevoir des céréales, il craint d'être obligé, à son grand regret, de revenir au système des jachères.

     M. Dudezert croit qu'en ajoutant de la chaux, on pourrait obtenir du sainfoin : rien n'empêcherait, d'ailleurs, de faire des cultures sarclées, qui n'enlèveraient pas au sol les substances minérales nécessaires à l'organisation des céréales. Dans les jardins, ajoute M. Dudezert, on ne laisse jamais la terre se reposer, et, en alternant convenablement les cultures, on obtient toujours de beaux produits.

     M. Viel répond que, dans les jardins, on ne cultive que des légumes, que l'on emploie avant qu'ils aient donné des graines, tandis que les céréales ont besoin d'être poussées jusqu'à la maturité de la graine, ce qui exige un temps plus considérable et appauvrit davantage le sol des substances minérales qu'il renferme, et qui se rencontrent surtout dans la graine.

     M. Dudezert croit qu'on ne défonce pas assez la terre, et qu'alors on sème toujours dans une même couche de terrain appauvrie par les récoltes précédentes, au lieu de ramener à la surface une terre neuve et qui pourrait fournir abondamment à la nutrition de la plante.

     M. Viel répond que, lorsqu'on cherche à défoncer, il devient très-difficile de manoeuvrer la charrue dans une terre qui est très-collante lorsqu'elle est mouillée, très-compacte

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et très-dure lorsqu'elle est sèche. Il y aurait, d'ailleurs, l'inconvénient de ramener à la surface du sol une couche argileuse qui ne vaudrait pas la couche qui a déjà subi les influences atmosphériques.

     M. Dudezert réplique que le défoncement produit de bons résultats dans toutes les terres ; il rend plus sèches les terres mouillées, et plus humides les terres sèches. En substituant, dans les terres argileuses, à la place de la charrue ordinaire, un soc sans versoir, on obtiendrait les bons effets du défoncement, sans ramener la mauvaise terre à la surface.

     M. Viel croit que le défoncement est impossible, et que l'on ne peut récolter dans les années humides.

     On pourrait, au moins, dit M. Dudezert, cultiver les céréales qui exigent peu de temps pour arriver à maturité, l'avoine, par exemple.

     M. le directeur fait observer qu'il est impossible que la terre qui s'est reposée ne contienne pas des principes que ne renferme point la terre que l'on fait toujours produire ; il doit nécessairement exister une différence minéralogique.

     M. Bénard ajoute que, dans les terrains des environs de Caen, où l'on peut faire des prairies artificielles, il est possible de faire produire constamment la terre sans l'épuiser ; mais que, dans le canton de Troarn, où l'on ne peut recourir à ce moyen, les jachères deviendront probablement une nécessité.

     Laboure-t-on en petits sillons ou en planches ?

     En petits sillons ; la nature argileuse du terrain ne permet pas de faire des planches.

     M. Dudezert croit qu'on pourrait employer les planches avec avantage, même dans les terrains argileux, avec des

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rigoles d'épuisement convenablement disposées, puisqu'en Flandre, où les terres sont plus mouillées qu'ici, on ne fait que des planches, et toujours avec succès. Il passe en revue les principaux inconvénients des billnos, entre lesquels se trouve toujours un espace non labouré : les côtés sont moins profonds, ont moins d'engrais ; la pluie lave ces engrais et s'écoule ; la gelée a plus de prise sur les billons que sur les planches ; la neige s'y conserve plus difficilement, et, par suite, les récoltes sont moins protégées ; le hersage est difficile avec les billons, le rouleau fonctionne mal ; on ne peut y faucher ; la terre se dessèche d'une manière plus inégale, et la maturité, au lieu d'avoir lieu à la même époque sur toute la surface du billon, ne s'y fait que successivement.

     Malgré les avantages incontestables des planches sur les billons, les cultivateurs présents sont d'avis qu'il vaut mieux s'en tenir à ces derniers.

     Fait-on des cultures sarclées ?

     Généralement peu.

     M. Dudezert croit qu'avec le fumier et les plantes sarclées, on peut rendre au terrain tout ce qu'il a perdu dans les récoltes précédentes. - Les pommes de terre, par exemple, ne prennent pas plus à la terre qu'elle ne reçoit par les fumiers ; et, d'un autre côté, par les buttages et les binages que nécessitent les plantes sarclées, la terre se trouve tout aussi aérée que par une jachère.

     M. le maire de St-Pierre-du-Jonquet ne partage pas cette opinion. Il affirme que, lorsque la terre s'est reposée, il obtient autant en deux récoltes qu'en trois, lorsque la terre n'a pas été mise en jachère.

     Si on supposait que l'homme préposé à la faisance-valoir de la ferme fût possesseur de nombreux bestiaux, et qu'il eût

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tous les moyens pécuniaires nécessaires pour fabriquer beaucoup de fumiers, ne pourrait-on pas, au moyen de ces fumiers, compenser les bénéfices qu'on obtient du repos de la terre ?

     Vraiment oui, répondent MM. Viel et Lemaître-Dupart ; s'il en était ainsi, on ne ferait jamais de jachères.

     M. Bénard prétend le contraire.

     M. Pellerin demande à M. Bénard si les mauvais résultats qu'il obtient, malgré l'abondance des fumiers, ne devraient pas être attribués à ce qu'il n'emploie pas l'espèce d'engrais qui convient plus particulièrement à telle ou telle récolte ?

     M. Bénard ne le croit pas ; il ajoute, d'ailleurs, que ses fumiers sont mélangés comme dans toutes les fermes.

     A-t-on employé la charrée ?

     Non. On se sert de la chaux, que l'on regarde comme le meilleur amendement.

     M. de Caumont conseille l'usage du sable marin dans les terrains argileux qui ne sont pas trop éloignés de la mer.

     Plusieurs cultivateurs pensent que cet amendement produirait un excellent effet.

     Applique-t-on la chaux en même temps que le fumier, ou séparément ?

     M. Lemaître répond qu'on répand la chaux en même temps qu'une demi-fumure.

     M. Dudezert croit qu'il vaudrait mieux employer la chaux pour une culture préparatoire, et le fumier pour la seconde culture ; les récoltes donneraient un meilleur produit.

     M. Bénard partage l'opinion de M. Dudezert.

     M. Pellerin fait observer que la chaux n'agit pas seulement comme excitant, mais encore comme facilitant la décomposition des matières organiques qui doivent fournir des aliments à la plante.

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     Sème-t-on sous raie ou en dessus ?

     On emploie l'une ou l'autre méthode, suivant la nature du terrain. - Dans les terres mouillantes, on est forcé de semer sous raie, parce qu'il est impossible de pratiquer le hersage. Dans les terres peu ou point mouillantes, on sème moitié sous raie, moitié dessus. Les semailles se font ordinairement au moment du labour, quelquefois huit ou dix jours après ; pour les avoines, on attend plus longtemps : on laboure avant l'hiver, on sème et on herse au printemps.

     Se sert-on de quelques instruments nouveaux ?

     Les ratissoirs, pour butter le colza, sont les seuls instruments nouvellement introduits dans le canton.

     M. Dudezert pense que, dans les terrains argileux, on pourrait avec avantage se servir, pour les cultures de mars, d'un extirpateur, qui n'agirait que sur la portion de terre qui s'est trouvée délitée par les gelées, bien plutôt que d'une charrue, qui ramène à la partie supérieure de nouvelles couches argileuses compactes et qui s'opposent à toute espèce d'ensemencement.

     Comment traite-t-on les fumiers ?

     On alterne les diverses espèces de fumier ; on les mélange par couches, et on cherche, autant que possible, à ce qu'il n'y ait pas trop d'humidité dans la fosse à fumier.

     M. Dudezert recommande la bonne construction des fosses et la conservation du purin.

     M. Bénard indique la manière dont il prépare ses fumiers. Il les fait mettre en chaussée au sortir des écuries ou des étables, puis étendre par couches sur la fumière. Il a grand soin de recueillir dans une fosse, convenablement disposée, le purin de ses fumiers, n'imitant pas en cela son prédécesseur, qui laissait s'écouler cet engrais précieux,

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dont savait d'ailleurs parfaitement profiter un cultivateur plus instruit, M. Castillon, son voisin, en le faisant arriver sur ses terres.

     Emploie-t-on quelquefois la terre pour litière ?

     M. Bénard répond qu'il a l'habitude de faire placer sous la paille une couche de terre pour arrêter l'urine des bestiaux, et qu'il s'en trouve très-bien.

     M. Dudezert conseille l'emploi du plâtre (sulfate de chaux) pour fixer l'ammoniaque des fumiers, dont une quantité, souvent considérable, se répand dans l'atmosphère.

     M. Morière pense qu'il vaudrait mieux faire usage d'une dissolution de couperose verte, que l'on pourrait toujours se procurer à peu de frais, et qui agirait plus efficacement que le plâtre pour fixer l'ammoniaque.

     M. Tostain, d'Ecoville, raconte, à l'appui de l'opinion émise par M. Morière, qu'après avoir fait arroser sa bergerie avec une dissolution de couperose verte, il avait fait disparaître toute espèce d'odeur, tandis que le plâtre n'avait produit presque aucun effet.

     Les fumières sont-elles disposées de manière à ce que les fumiers ne soient ni séchés par le soleil, ni lavés par les pluies ?

     MM. Hélie et Lemaître disent qu'ordinairement on met les fumiers à l'ombre. Dans certaines fermes, on plante des arbres autour de la fumière : ce sont là les seules précautions employées.

     Mélange-t-on les fumiers des divers animaux ?

     Oui, toujours.

     Fait-on parquer les moutons ?

     Jamais.

     M. Tostain raconte qu'un cultivateur de Ranville, ayant voulu essayer du parcage, perdit complètement sa récolte.

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     M. Dudezert fait observer que ce fait ne suffit pas pour infirmer les bons effets du parcage. Toutes les fois qu'on emploiera le meilleur engrais en quantité trop considérable, on se trouvera dans le même cas que le cultivateur cité par M. Tostain.

     Comment compose-t-on les litières ?

     On emploie généralement pour litières les foins des bas-pays.

     M. Bénard, qui a fait un fréquent usage de cette sorte de litière, a remarqué qu'elle donne un fumier excessivement froid, auquel on est obligé d'ajouter un ferment pour en tirer le meilleur parti possible : seul, il serait incapable de fermenter.

     Sur la demande que lui fait M. Morière, s'il emploie comme litière la paille de colza, M. Bénard répond affirmativement, et ajoute qu'il en obtient un très-bon engrais.

     Quelle est, en blé, la récolte moyenne par hectare ?

     De 700 à 730 gerbes.

     Quel moyen emploie-t-on pour chauler le blé ?

     On se sert quelquefois d'urine, mais le plus ordinairement de sel ordinaire et de chaux.

     M. Dudezert conseille l'emploi du sulfate de soude et de la chaux.

     A-t-on observé que les pommes de terre fussent malades cette année ?

     Oui, surtout les pommes de terre tardives. Les précoces se sont récoltées en assez bon état.

     Où en sont les défrichements ? Quel parti a-t-on tiré des terrains défrichés ?

     Plusieurs bruyères ont été défrichées dans le canton, notamment entre Troarn et Bavent, puis entre Troarn et Argences.

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     Un cultivateur cite les belles récoltes obtenues par M. Montrôti sur les terrains défrichés de la bruyère de Bavent.

     Plusieurs personnes disent que, pour obtenir ces récoltes, il faut dépenser beaucoup d'engrais. On paraît généralement regarder les récoltes obtenues dans les terrains défrichés comme très-coûteuses.

     M. de Caumont demande si on a remarqué une différence de poids entre le blé récolté dans les terres argileuses et celui qui provient des terrains calcaires ?

     On répond que le blé des terrains argileux est toujours plus pesant ; il pèse 160 kilog. le sac, terme moyen, tandis que celui des terrains légers ne pèse que 150 kilog.

     Les boulangers ont-ils remarqué une différence entre le blé du canton de Troarn et celui de la plaine ?

     On n'a pas observé de différence : Troarn et le pays d'Auge emploient le gros-blé ; le blé-chicot et le franc-blé se vendent à Caen.

     M. de Caumont s'informe s'il y a des fours à chaux dans le canton ?

     On ne signale que ceux d'Hérouvillette et de Manneville. Plusieurs cultivateurs emploient la chaux de Moult.

     L'Association croit qu'il serait bon que quelques cultivateurs du canton s'occupassent de la fabrication de la chaux. Il y aurait avantage pour l'agriculture et pour les fabricants.

     M. Morière demande si l'on a fait usage de la chaux de marbre, et si l'on a constaté qu'elle eût sur les autres chaux la même supériorité en agriculture que pour les mortiers ?

     M. Bénard répond qu'elle n'a pas été, jusqu'à présent, employée dans le canton, mais qu'elle est regardée comme meilleure, et que les personnes qui l'ont employée l'ont trouvée bien supérieure à la chaux ordinaire.

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SEL.

     S'est-on servi du sel pour l'amendement des terres ? En a-t-on obtenu de bons résultats ?

     M. Tostain, d'Ecoville, répond qu'il n'en a obtenu que de mauvais, lorsqu'il l'a employé seul. - Dans un premier essai, dit M. Tostain, je brûlai complètement l'herbe d'un pré ; dans un second essai, en appliquant moitié moins de sel, j'eus une perte deux fois moindre ; enfin, j'obtins encore de meilleurs résultats en renonçant complètement à l'emploi du sel.

     L'Assemblée paraît adopter l'opinion de M. Tostain relativement à l'emploi du sel comme amendement des terres ; elle croit qu'on pourrait très-bien s'en passer. Mais si l'on rejette le sel comme amendement, on s'en trouve généralement bien en le mélangeant aux aliments que l'on donne aux bestiaux ; les animaux s'en portent mieux, prennent une plus grande quantité de nourriture et s'engraissent plus vite.

     M. Dudezert ajoute que les fumiers des animaux qui mangent des fourrages salés sont plus fertiles que ceux des animaux que l'on nourrit avec des fourrages non salés, et qu'à deux ans on a des bestiaux qui paraissent en avoir trois. Dans le Comice de Wissembourg, on a remarqué que le chanvre qui avait crû sur la rive droite du Rhin avait une supériorité bien marquée sur celui qui avait été récolté dans les mêmes terrains de la rive gauche, c'est-à-dire du côté de la France. Aucune raison ne peut justifier cette supériorité, si ce n'est que les Allemands mélangent du sel aux aliments qu'ils donnent à leurs bestiaux.

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BESTIAUX.

     M. de Roissy, qui a bien voulu se charger de diriger l'enquête sur l'amélioration des races et l'élève du bétail, pose les questions suivantes :

     Quelle est la race ordinaire du pays ? Est-elle indigène ?

     La race ordinaire vient du Cotentin ; mais la race la plus répandue dans le pays est plus corsée et plus lourde que la cotentine.

     On n'élève, dans le pays, que des génisses et quelques taureaux : ces derniers, à trois ans, sont coupés et font les boeufs dits de pays.

     A-t-on fait des croisements des bestiaux du pays avec les races anglaises ?

     On n'a pas fait, ou du moins on n'a fait que très-peu d'essais de ce genre, par la raison que la race Durham passe généralement pour être mauvaise laitière, et que si les boeufs de cette race ont plus de propension à s'engraisser que ceux du Cotentin, ils produisent aussi de la viande de médiocre qualité.

     Où va-t-on chercher les bestiaux que l'on engraisse dans le pays ?

     Les cultivateurs achètent des bestiaux maigres dans le Cotentin, le Maine, le Poitou et toute la Bretagne, et les engraissent à l'herbage seulement.

     M. de Roissy regrette la concurrence que se font les acheteurs sur les marchés étrangers.

     M. Lereffait cite plusieurs exemples où, par leur faute, les cultivateurs paient les bestiaux maigres beaucoup plus cher qu'ils ne le feraient, s'ils savaient s'entendre entre eux

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et ne pas affluer tous, au même jour, sur le même marché.

     Y a-t-il plusieurs méthodes employées pour faire pâturer les boeufs ?

     On ne se sert que du pâturage libre ; on n'emploie ni le parcage libre, ni le piquet.

     M. de Roissy fait remarquer qu'il serait préférable de ne pas laisser toute liberté aux boeufs destinés à un prompt engraissement ; que, dans le mode actuel, une grande quantité d'herbe, qui est perdue et pilée, pourrait être utilisée à la nourriture de bestiaux plus jeunes et destinés à être engraissés l'année suivante. - Pour arriver à ce résultat, ajoute M. de Roissy, on a proposé plusieurs systèmes :

     1° Le piquet, qui serait peut-être le meilleur, mais qui ne peut être employé que sous l'oeil du maître, et pour un nombre d'animaux assez restreint. M. Dajon, de Louvigny, prétend retirer un grand avantage du piquet ; M. Bance, de Vaucelles près Bayeux, le met en pratique avec succès pour ses vaches à lait. Plusieurs autres cultivateurs ont essayé ce système : l'expérience seule prouvera quels avantages il présente. Toujours est-il qu'il demande trop de soins et de détails pour être applicable à une grande exploitation de boeufs à l'herbe, surtout lorsque ces boeufs sont placés dans des herbages éloignés de l'habitation du cultivateur.

     2° Le système des parcs mobiles, système usité pour les vaches à lait et pour les élèves dans les arrondissements de Neufchâtel et de Gournay (Seine-Inférieure). Ce système n'est employé que la nuit pour forcer les animaux à coucher dans l'endroit désigné d'avance par le fermier, et améliorer ainsi les fonds de qualité inférieure. Tout le monde sait que, dans les herbages, les animaux se cantonnent et vont manger,

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à peu près à la même heure, dans chaque partie de l'herbage dont ils ont la disposition, et qu'ils reviennent, chaque soir, stationner et coucher au même endroit. Cet endroit est toujours trop chargé d'engrais, et ne laisse pousser que des herbes fortes que les bestiaux ne veulent pas manger.

     3° Le système de séparation des grands herbages par des barrages en bois mobiles ou fixes. Ce système, bien entendu, serait le plus simple, le plus commode, et pourrait avoir le même résultat que le piquet, c'est-à-dire procurer l'avantage d'épargner une grande quantité d'herbe, et de pouvoir, par conséquent, nourrir un plus grand nombre d'animaux dans le même espace de terrain. Il demanderait quelques frais d'appropriation, mais dont le cultivateur serait bien vite couvert par les résultats qu'il procurerait.

     M. Bénard se prononce complètement contre le système du piquet appliqué aux boeufs à l'herbage. Il affirme que vingt boeufs, abandonnés au pâturage libre, s'engraisseront plus vite dans le même herbage que quatre boeufs au piquet.

     Les vaches sont-elles bonnes laitières ?

     Généralement oui.

     Lorsqu'on achète des vaches, s'en rapporte-t-on aux connaissances ordinaires, ou bien applique-t-on le système Guesnon pour reconnaître si elles sont bonnes laitières ?

     Dans le pays, personne ne s'est encore occupé de ce nouveau système ; on aime mieux consulter les veines lactifères. Beaucoup de cultivateurs ont cependant entendu parler du système Guesnon ; quelques-uns même ont vu faire des expériences qui les porteraient à croire à son efficacité.

     M. de Roissy dit qu'en effet le système Guesnon, appliqué à l'achat des vaches, est un moyen à peu près infaillible ; que, cependant, la prétention de fixer, à première vue, le

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rendement en lait d'une ou de plusieurs vaches, d'une manière mathématique, est impossible à réaliser. Il faut se contenter de classer, d'après leurs écussons, les vaches en très-bonnes, bonnes, médiocres et mauvaises, sans se préoccuper du nombre exact de litres qu'elles peuvent fournir, car cela dépend de circonstances qu'il est impossible d'énumérer. Les principales sont la taille et la santé de la vache, le temps de nouvelle gestation, la nature de la nourriture qu'elle prend, la quantité d'eau qu'elle boit, la température, etc. - Il vient de paraître, ajoute M. de Roissy, un nouveau Traité, par M. Magne, professeur d'art vétérinaire à l'école d'Alfort, pour le choix des vaches laitières. M. Magne indique principalement les grosses veines sur la partie postérieure de la mamelle, et surtout sur le périnée, comme un excellent signe lactifère. C'est une indication de plus à ajouter aux caractères donnés par M. Guesnon, et une indication bien facile à reconnaître.

     M. Calenge appuie fortement ce que vient de dire M. de Roissy sur le système Guesnon. Il a vérifié lui-même que ce système, bien appliqué, ne manque jamais.

     A-t-on cherché, depuis quelques années, à élever une plus grande quantité de bestiaux, ou bien s'est-on, comme par le passé, occupé seulement d'engraisser des bestiaux maigres ?

     Tous les herbagers présents répondent que le sol est trop riche pour que l'on puisse s'occuper beaucoup d'élèves ; on achète les bestiaux jeunes dans le pays où le sol est pauvre, comme en Bretagne, et on les engraisse dans le département. En général, on élève plus de génisses que de taureaux.

     La vache laitière à l'herbe est-elle d'un meilleur produit que le boeuf à l'engrais ?

     La vache laitière rapporte plus au cultivateur que le boeuf à l'herbe ; mais elle détériore davantage le fonds. Une

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bonne vache mange presque autant que deux boeufs, et elle ne rend pas autant qu'eux de matières fécondantes, puisqu'une grande partie de sa nourriture se transforme en lait. - On rapporte que certains propriétaires refusent de louer leurs herbages, lorsqu'ils savent que le fermier doit y mettre des vaches.

     Qu'y aurait-il à faire pour l'amélioration des herbages ?

     Le sol étant argileux, on pense généralement que la chaux devrait produire un bon effet.

     M. de Caumont conseille les irrigations, mais les irrigations bien entendues. En général, on ne sait pas en tirer tout le parti possible ; les rigoles sont mal faites et dans de mauvaises directions : aussi arrive-t-il souvent que l'on n'obtient des irrigations que des effets insignifiants ou quelquefois même nuisibles.

     M. Briard cite, à l'appui des bons effets que l'on pourrait obtenir des irrigations, le fait suivant : le bassin de la Divette, qui donnait d'excellents pâturages, n'en donne plus que de très-mauvais depuis qu'il n'est plus inondé. Dans certaines communes, comme à Varaville, on a été à même d'apprécier ce que peuvent produire les inondations. Sous l'administration de M. de Montlivault, on fut obligé d'inonder un grand nombre des herbages de Varaville pour se débarrasser des rats qui infestaient le pays ; les années suivantes, les pâturages furent d'une qualité bien supérieure à ce qu'ils étaient auparavant. - La commune de Varaville pourrait donc, si elle le voulait, avoir, au moyen des irrigations, des herbages de premier fonds.

     M. de Caumont, dans ses considérations sur les cartes agronomiques, a fait observer que les qualités fertilisantes des eaux dépendent des terrains sur lesquels elles coulent,

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et dont elles dissolvent les principes salins. A l'appui de cette opinion, il fait constater, par les cultivateurs présents, que les eaux de la Dives, qui charrient un gravier calcaire, n'acquièrent des propriétés fertilisantes qu'après avoir reçu la Vie et d'autres ruisseaux qui coulent sur un terrain calcaréo-argileux. La Dives ne doit donc être employée pour les irrigations qu'au-dessous de son confluent avec la Vie ; au dessus, les résultats seraient à peu près nuls.

     M. Castillon fils dit qu'à Bures, dans un herbage où il ne pouvait engraisser que des veaux, il engraisse des boeufs de plus de 500k, depuis qu'il a irrigué.

     On paraît reconnaître, en général, les bons effets que peuvent produire les irrigations judicieusement faites.

     M. le directeur engage les cultivateurs présents à faire de nouveaux essais, qui ne pourront manquer de leur être très-profitables.

CIDRES ET EAUX-DE-VIE.

     MM. Dudezert et Pellerin posent diverses questions sur la fabrication des cidres et eaux-de-vie.

     Etablit-on une proportion entre les pommes douces et amères ?

     On les mélange au hasard, en s'assurant seulement qu'elles sont arrivées au degré de maturité convenable. - Dans la vallée d'Auge, on met les pommes de chaque solage dans des cases différentes, et on les conserve, autant que possible, à l'abri de la pluie, jusqu'à ce qu'elles soient arrivées à maturité.

     Les meules à pressoir sont-elles en bois ou en granit ?

     Elles sont presque toutes en bois ; il y en a très-peu en granit.

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     Croit-on qu'il faille écraser le pépin ?

     Généralement, non.

     Les pommes, après avoir été écrasées, sont-elles pressurées immédiatement, ou bien laisse-t-on cuver un certain temps ?

     Ordinairement on laisse cuver, à moins qu'on ne soit trop pressé ; très-souvent les pommes sont écrasées un jour et pressurées le lendemain.

     Attribue-t-on la qualité du cidre au terrain ou à la nature des espèces ?

     A l'un et à l'autre. Comme partout, le vieux plant donne du cidre de meilleure qualité que le jeune.

     Croit-on qu'il soit nécessaire de mélanger des pommes douces et amères pour faire de bon cidre ?

     On pense que cela vaut mieux.

     Pourquoi les cidres ne fermentent-ils pas cette année ?

     Cela tient, sans doute, à ce que les fruits n'ont pas mûri suffisamment, et, par suite, ne contiennent pas assez de principe sucré. Un procédé très-économique, de rendre au moût le sucre qui lui manque, consiste à écraser une certaine quantité de betteraves avec les pommes. - On pourrait aussi réduire une certaine quantité de cidre en sirop et l'ajouter au moût.

     M. Dudezert pense que le défaut de fermentation que l'on rencontre généralement dans les cidres, cette année, pourrait bien être attribué, au moins en partie, à ce que, pressé que l'on était par la grande quantité de pommes, on ne laissait pas les ferments assez long-temps en contact avec l'air ; on passait trop immédiatement de l'écrasage au pressurage. - Peut-être aussi que, pour les derniers cidres qui n'ont été faits que très-tardivement, la température

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n'était plus suffisamment élevée pour produire une bonne fermentation.

     Quels sont les meilleurs crûs ?

     Janville, St-Pierre-du-Jonquet, Cléville, Méry-Corbon, Croissanville. En général, toute la ligne de côtes, depuis Troarn jusqu'à Méry-Corbon, donne des cidres de première qualité ; le coteau de Troarn à Sallenelles les donne un peu moins bons ; dans la vallée de la Dives, on n'obtient que des cidres d'une qualité médiocre.

     Quel procédé suit-on pour la fabrication des eaux-de-vie, et quelle proportion d'alcool fournissent les cidres du canton ?

     On emploie partout le vieil alambic, qui donne une eau-de-vie ayant toujours un goût d'empyreume. - Les cidres du canton produisent, en moyenne, 1/12, 1/13, 1/14 d'alcool à 23°.

VOEUX.

     M. le directeur demande quels sont, dans le canton, les travaux ou projets de travaux qui pourraient exercer une influence salutaire sur l'agriculture et sur les améliorations de tout genre qui s'y rattachent ?

     M. le président répond que la principale amélioration, sur une grande étendue de terrain, consiste dans le redressement de la Dives sur trois points nommés le banc de Dives, le banc du Fresne et le banc des Brocs. - Les trois canaux qui doivent faciliter le cours de la Dives et le prompt dessèchement des bas-pays inondés, ont été l'objet d'une même adjudication ; les deux supérieurs sont déjà faits, et les résultats obtenus notoirement satisfaisants. Le redressement du banc des Brocs, le plus inférieur, reste seul à exécuter. Cette troisième coupure a été jugée nécessaire

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comme les deux premières ; une adjudication a été passée, et cependant des difficultés sont survenues, des oppositions ont été faites. - M. Bouet demande quels sont les motifs qu'on peut faire valoir contre l'exécution du travail, et si l'Assemblée est d'avis que la coupure du banc des Brocs ait lieu ?

     M. Duhamel, président du syndicat de la Dives, dit que non-seulement il y a chose jugée et une amélioration notable obtenue, mais que tout retard apporté dans le redressement du banc des Brocs serait un préjudice, et donnerait lieu à une demande en répétition de la part des propriétaires des bas-pays des communes de Basseneville, Goustranville, Cricqueville, Brucourt et Périers, composant les 8e, 9e et 10e bassins de la rive droite, qui se vident par la rivière d'Ancre, affluente à la Dives, au-dessous du banc du Fresne. Il est évident que les redressements faits au-dessus de ce confluent sont plus qu'inutiles aux propriétés de ces bassins, et que, dans l'état actuel, les eaux de la Dives viennent avec plus de rapidité faire concurrence à la rivière d'Ancre, qui ne peut profiter que de la coupure du banc des Brocs. - Les propriétaires des 8e, 9e et 10e bassins auraient donc droit à la répétition de leur contribution dans la coupure des autres bancs, à leur décharge de continuer à contribuer aux travaux de la Dives, peut-être même à une indemnité, s'ils n'avaient leur satisfaction sociale par la coupure du banc des Brocs.

     Les travaux de la Dives ne se bornent pas à ces ouvrages de la partie inférieure ; plus haut, entre le pont du Ham et le bac d'Anneray, où s'arrête la navigation, la rivière a été déblayée des bancs de graviers qui ralentissaient son cours, lorsqu'elle s'est grossie des eaux de la Vie.

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     M. Renouf, membre du syndicat de la Divette et maire de Varaville, répond à M. Duhamel. - Nous sommes affligés, dit-il, de voir qu'il soit encore question de la coupure du banc des Brocs, près de la mer : c'est la ruine des propriétés de la rive gauche comme de la rive droite, sur les communes de Périers et de Brucourt. En effet, les propriétaires de la rive gauche et des communes ci-dessus ne peuvent faire dépouiller leurs herbages par des bestiaux, sans avoir recours à l'irrigation pendant l'été, au moyen de l'eau douce que leur fournit la Dives. Ils seront privés de ce mode d'amélioration par la diminution du trajet que parcourt ordinairement le flux de la mer, ce qui donnera l'eau salée bien au-delà des écluses établies pour l'irrigation, écluses qui ont occasionné des dépenses considérables, attestant leur utilité. Outre la perte qu'éprouvera la rive gauche par la privation d'eau douce, elle sera exposée à des inondations fréquentes lors des grandes mers, comme celles des 28 et 29 décembre dernier : si, à cette époque, le coude avait été coupé, nul doute que le pays n'eût été submergé. Ce coude du banc des Brocs est donc là comme une barrière pour arrêter et retarder le parcours du flux, et, d'un autre côté, il n'est nullement nuisible au desséchement de la vallée. Rapproché qu'il est de la mer, aussitôt que le mouvement du reflux se fait sentir, il en éprouve l'influence et ne peut faire obstacle à l'écoulement de la partie haute. La coupure du banc des Brocs fera perdre l'avantage qu'on peut espérer de la coupure des deux autres bancs ; le flux montera plus loin en amont, arrêtera le cours de la Dives, et n'empêchera nullement l'inondation ; seulement le gonflement se fera plus haut. - Nous croyons donc qu'au lieu de couper le banc des Brocs, il faudrait l'établir,

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s'il n'existait pas, puisqu'il ne fait jamais obstacle à l'écoulement. A la vérité, on nous dit comme consolation : dans le cas où la coupure des Brocs vous serait préjudiciable, on établira un barrage. Mais pourquoi cette nouvelle dépense, quand il est facile de se convaincre que, dans l'état actuel, il n'y a rien à changer ? On nous dit encore qu'on donnera de l'eau douce par Robehomme et Bures : je répondrai à cela que le pays est nivelé de telle sorte que Varaville, Gonneville et Merville ne pourraient la recevoir, à moins que Bavent, Petiville et Robehomme ne fussent entièrement submergés.

     M. Duhamel répond aux objections présentées par M. le maire de Varaville. Fixons bien, dit-il, les intérêts de la Divette, sur lesquels l'Administration est loin de partager l'opinion exprimée par M. Renouf, qui généralise le voeu d'une partie seulement de ses collègues. - Les prises d'eau pour ce bassin, à Bures et à Robehomme, sont facultatives et peuvent satisfaire les communes les plus élevées ; rien n'est changé à leur régime présent ou désirable. - Mais la prise d'eau actuelle, de chaque côté du pont de Varaville, dans les grands flots, sera, au besoin, remplacée par une autre prise d'eau, à 1,500 mètres plus haut. - Laissons parler, d'ailleurs, le devis du 20 juillet 1846 : « L'ancien lit, correspondant au banc de Dives, sera barré du côté d'aval et conservé dans le reste de son développement, afin de maintenir les prises d'eau douce qui existent aujourd'hui, et qui servent à alimenter le bassin de la Divette, etc. » - Dans l'état actuel, et la Divette sauvée, les seize autres bassins voient avec peine l'eau suspendue de 45 centimètres au-dessus des Brocs. Le salut de tout le pays appelle la suppression de cette différence,

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en remplaçant par un canal de 250 mètres un méandre de 1,500 mètres au moins. - Le flux ne fera pas plus de mal au-dessus de ce coude qu'au-dessous, moyennant de solides précautions d'endiguages.

     MM. Briard et Castillon fils parlent encore en faveur du redressement.

     M. le président met aux voix la question du redressement du banc des Brocs, qui est votée à l'unanimité, moins une voix.

     Plusieurs membres croient que l'on pourrait tirer un bon parti des inondations naturelles ou artificielles des marais de Troarn.

     Les cultivateurs sont invités à faire des essais dans ce sens.

     M. le maire de Troarn demande que la chasse des animaux nuisibles soit autorisée en tout temps. Il signale le tort considérable que les corbeaux font à l'agriculture au moment des semailles.

     On émet le voeu que la route de Dives à Troarn soit achevée le plus promptement possible.

     M. le maire de St-Pierre-du-Jonquet exprime le même voeu pour la route qui traverse sa commune.

     M. Julien, de Troarn, voudrait que l'on formât des horticulteurs chargés de propager les bonnes méthodes de taille, qui ne sont encore que très-peu connues dans le canton.

     Avant de lever la séance, le bureau de l'Association décerne des mentions honorables aux cultivateurs dont les noms suivent : MM. Lemaître-Dupart, d'Hérouvillette ; Viel, de Banneville ; Castillon, de Troarn ; Bénard, de Troarn.

     Le Secrétaire général,

     J. MORIÈRE.

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EXTRAITS DES SÉANCES

DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE L'ASSOCIATION NORMANDE.

SÉANCE DU 17 NOVEMBRE 1849.

Présidence de M. LAIR, Inspecteur divisionnaire.

     A sept heures un quart, la séance est ouverte.

     M. Pierre donne lecture d'un Mémoire, ayant pour titre : Essais sur l'influence des diverses substances salines sur le rendement du sainfoin. Il résulte, dès-à-présent, des expériences faites par M. Pierre, que le plâtre et le sulfate de soude paraissent être les substances qui réunissent au plus haut degré la faculté d'activer la végétation du sainfoin, résultat d'autant plus heureux que ce sont précisément celles qu'on peut se procurer au plus bas prix.

     Au nom du Conseil, M. le président remercie M. Pierre, et l'engage vivement à continuer des expériences si utiles et si importantes pour l'avenir de l'agriculture.

     Après avoir fait connaître à l'Assemblée les ravages exercés, dans les forêts de pins du département du Morbihan, par un insecte qui paraît appartenir au genre scolytre, M. de Caumont annonce avoir retrouvé ce même insecte dans sa propriété de Vaux-sur-Laizon. Plusieurs pins laricio et pins d'Ecosse, du parc de Vaux, ont maintenant leurs jeunes pousses pendantes et sèches, comme si elles eussent été brûlées par un coup de vent ; un groupe d'épicéa, en contact

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avec les pins d'Ecosse, a été également attaqué. Le scolytre paraît s'introduire, au moyen d'un trou latéral, jusqu'au canal médullaire, qu'il parcourt en remontant jusqu'à l'extrémité des pousses et en faisant disparaître la moelle. - M. Deslongchamps, secrétaire de la Société linnéenne, auquel M. de Caumont a remis plusieurs échantillons de l'insecte, se propose d'en faire une étude spéciale, qui ne pourra manquer d'être intéressante.

     L'Assemblée est consultée sur les deux questions suivantes : 1° Doit-on, dans les concours de bestiaux, accorder plusieurs fois la même prime au même animal ? 2° Lorsqu'un animal a obtenu une prime inférieure dans un concours, peut-on, dans un autre concours, lui donner une prime supérieure ?

     La majeure partie des membres présents se prononce négativement sur la première question, et affirmativement sur la seconde.

     M. Durand fait part à l'Association des recherches auxquelles M. le docteur Lesauvage et lui se sont livrés pour découvrir la cause d'une maladie qui a frappé les pommiers dans quelques parties du département, notamment dans l'arrondissement de Pont-l'Evêque. A Victot, dans une propriété appartenant à M. Beaujour, notaire, sur 1,500 pommiers, il y en a 400 qui sont malades, et qui probablement mourront. Cette maladie, que les cultivateurs appellent le choléra du pommier, s'est déclarée à deux époques différentes : au mois de mai, après la floraison, et au mois de septembre. Elle commence par attaquer les racines de l'arbre ; puis les feuilles se fanent, l'arbre dépérit et meurt.

     MM. Lesauvage et Durand ont constaté que la maladie ne

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pouvait être attribuée ni aux mans ou larves de hannetons, qui produisent quelquefois cet effet sur les pommiers, ni à d'autres insectes ; mais la véritable cause leur a échappé jusqu'à présent.

     M. Travers est invité, par les membres du Conseil d'administration, de continuer ses analyses des petits Traités publiés par l'Académie des sciences morales et politiques.

SÉANCE DU 18 JANVIER 1850.

Présidence de M. LAIR, Inspecteur divisionnaire.

     A sept heures, la séance est ouverte.

     M. de Saint-Rémy rend compte de l'examen qu'il a fait des bulletins de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, pour les années 1846-47 et 48. Ces bulletins renferment, en général, malgré leur titre, très-peu d'agriculture. M. de Saint-Rémy a cependant remarqué quelques travaux intéressants :

     1° Un mémoire, ayant pour titre : Etat de l'agriculture dans le canton de Sablé, dans lequel on signale le plus grand développement donné à la culture des plantes sarclées, et, par suite, le renversement de l'ancien assolement triennal, l'introduction de la luzerne dans les prairies artificielles, l'augmentation des prairies naturelles, l'amélioration des races chevaline et bovine. - On se plaint de la pénurie des bras dans les campagnes, provenant de ce qu'un grand nombre de jeunes gens émigrent de la campagne dans les

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villes. Pour remédier à cet état de choses, améliorer l'agriculture et rehausser la condition du cultivateur, M. Salmon, l'auteur du mémoire, propose d'établir : 1° dans chaque école primaire de village, un cours élémentaire d'agriculture mis à la portée des enfants ; 2° dans les chefs-lieux de canton et les principaux bourgs, des classes d'adultes où l'on enseigne la théorie des assolements, la classification et la composition des sols, les différents genres d'engrais qui leur sont propres, l'action chimique des amendements minéraux, etc. ; 3° enfin, dans chaque département, des fermes-écoles ou expérimentales.

     2° Un mémoire, du même auteur, sur l'ancienne et la nouvelle culture du Maine. Dans ce travail, on cherche à prouver qu'en alternant judicieusement la culture des plantes utiles, en supprimant la jachère vernale qui précède la semaille des blés, et, à plus forte raison, celle de deux et même de trois années consécutives de l'ancien assolement triennal, l'agriculteur peut augmenter sa fortune par une plus grande production de ses terres, sans ajouter à leur surface.

     3° Enfin, M. de Saint-Rémy signale encore un projet de travail sur l'emploi de la marne dans le département de la Sarthe.

     M. de Caumont fait remarquer que ce travail avait pour but de répondre aux renseignements demandés par M. Payen, lorsque ce chimiste voulut donner un aperçu général des amendements employés en France, et indiquer les meilleures marnes à appliquer dans tel ou tel terrain.

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SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1850.

Présidence de M. de LACHOUQUAIS, Inspecteur divisionnaire.

     A midi et demi, la séance est ouverte.

     M. Dudezert, chargé de rendre compte d'un ouvrage d'agriculture, ayant pour titre : Veillées villageoises, et publié par M. Neveu-Derotrie, lit le rapport suivant :

     « MESSIEURS,

     Dans votre dernière séance, vous m'avez chargé de vous rendre compte d'un Traité d'agriculture, publié par M. Neveu-Derotrie, sous le titre de Veillées villageoises. J'acceptai d'autant plus volontiers la mission d'examiner ce travail, que M. de Caumont, notre savant directeur, m'en avait parlé d'une manière avantageuse.

     Malgré cette recommandation, j'avoue que la forme adoptée par l'auteur ne me parut pas, tout d'abord, bien convenable pour l'exposition et le développement des principes de la science agricole. Il me semblait qu'elle se prêterait difficilement au langage dont l'état actuel des connaissances oblige à se servir, et à la discussion de questions importantes qui sont aujourd'hui controversées.

     En effet, l'auteur place dans un village le théâtre de son enseignement. Il suppose que Jérôme, l'un des cultivateurs les plus habiles de ce village, expose à ses voisins les principes de l'agriculture, et les procédés à suivre dans l'exploitation des terres. Or, le lieu de la scène et les habitudes des personnages excluaient tout appareil scientifique.

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     Néanmoins, la lecture de l'ouvrage a considérablement modifié mes pressentiments. Comme Jérôme sait bien que ses conseils ne seront pas tous agréés de prime-abord et qu'ils pourront paraître plus ou moins étranges, il engage ses auditeurs à lui faire connaître leurs objections, ou à lui demander des éclaircissements sur ce qui ne leur semblerait pas suffisamment clair. De là résultent des entretiens vifs, animés, chaleureux, dans lesquels les vérités qu'il s'agit d'inculquer sont démontrées d'une manière plus sensible et plus pénétrante que ne l'eût permis une forme plus dogmatique. L'objection s'y montre naturellement et sous un air pittoresque ; la réfutation y acquiert du relief et de l'éclat.

     Je me garderai donc bien d'adresser aucun reproche à l'auteur sur le plan qu'il a choisi ; je le félicite, au contraire, d'avoir su y répandre le mouvement et la vie au profit des plus saines théories agricoles. Son style est clair et facile, sans jamais tomber dans la trivialité ; les conseils qu'il donne sont ceux d'un homme éclairé, prudent, d'un praticien habile. Son ouvrage a un mérite réel, constaté par le plus sûr des témoignages, puisqu'il en est à sa neuvième édition.

     Je ne puis, Messieurs, suivre l'auteur dans toutes les questions qu'il a discutées ; je me contenterai de vous indiquer les principaux objets dont il s'est occupé, et vous comprendrez facilement que, traités par un homme d'esprit et de science, ils doivent attacher par un intérêt très-saisissant. Ainsi, les considérations sur l'agriculture, la classification des terres, les engrais, les prairies artificielles, les racines et les tubercules, le chapitre sur les plantations, et surtout celui qui traite des bestiaux, sont remplis de

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préceptes et de détails où se révèlent à chaque ligne l'esprit d'observation et un talent très-remarquable d'exposition. Mais je vous demande la permission d'entrer dans quelques détails sur le chapitre qui traite des assolements. - L'auteur, après avoir défini ce qu'on entend par assolement, en explique les différents modes, et fait ressortir les inconvénients et les avantages de chacun d'eux. Les effets d'un bon ou d'un mauvais assolement, dit-il, se font sentir sur les produits, non-seulement en raison de la nature même des ensemencements, mais plus encore peut-être par l'amélioration qu'un bon assolement apporte au sol, ou par la diminution de richesses que cause un mauvais assolement. La rotation triennale, dont l'ignorance et l'habitude ont consacré l'usage routinier dans une grande partie de la France, ne peut se justifier, ni en théorie, ni par la pratique. L'auteur cite des exemples pour étayer ses assertions ; il s'attache surtout, et c'est un grand mérite à mes yeux, à constater des faits, beaucoup plus qu'à discuter des doctrines ou à rechercher les causes.

     Dans le chapitre des assolements, il parle nécessairement des jachères, pratique ruineuse qu'aucune raison ne peut ni expliquer ni justifier. Il prouve, plus qu'à suffire, que les terres laissées ainsi en repos sont loin pourtant de se reposer, et que les mauvaises herbes qu'elles donnent font plus de tort à la terre qu'une culture sarclée, qui eût au moins payé et le loyer et les frais de culture.

     A des considérations si vraies et si plausibles, les interlocuteurs de Jérôme ne peuvent opposer aucune raison capable de justifier désormais la pratique des jachères ; c'est qu'effectivement il n'y en a aucune à alléguer, et la question, envisagée au point de vue de la science et de la

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pratique, cesse réellement d'en être une, quand on a lu le chapitre que lui consacre M. Derotrie. Pourtant, je le dis à regret, la doctrine des jachères est encore des plus vivaces ; chaque jour nous la voyons cherchant à s'imposer encore au nom d'une autorité séculaire, d'autant plus difficile à combattre qu'on la comprend moins. Mais, au moins, que les amis du progrès la relèguent parmi les habitudes rétrogrades. Nous sommes à une époque où chaque pratique doit avoir sa raison d'être ; sinon elle doit être abandonnée. Or la jachère, je viens de le dire, ne peut plus avoir de justification au point de vue de la science ; il faut donc chercher ailleurs des raisons qui l'expliquent, et on les trouvera dans un ordre d'idées qu'on a quelque honte à avouer. Pour la plupart des vanteurs de jachères, c'est tout simplement une question d'amour-propre et d'argent. Je l'avais soupçonné déjà ; j'en suis aujourd'hui bien certain. Quelques-uns d'entre vous, Messieurs, l'ont entendu comme moi, grâce à la sincérité de quelques hommes qui nous en ont fait l'aveu, et il est d'autant plus précieux, que eux aussi font encore des jachères. La seule raison, nous ont-ils dit, qui explique cette pratique, c'est qu'on n'a pas assez d'argent pour pouvoir mettre toute la terre en culture ; les bestiaux sont trop peu nombreux, les bras sont insuffisants, les engrais manquent. On pourrait ajouter : si la plupart des cultivateurs étaient plus sages, s'ils n'avaient pas la petite manie de paraître plus riches qu'ils ne le sont réellement, si celui qui n'a que le moyen de monter une ferme de cinquante hectares n'en prenait pas une de quatre-vingts, ils cultiveraient sans interruption toutes leurs terres. Mais loin de là, comptant toujours sur un avenir meilleur, riches d'espérances qui trop souvent ne se réalisent

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jamais, ils se chargent de cultiver des terres qu'ils n'ont pas le moyen de faire valoir ; alors ils succombent, sous le faix et périssent à la tâche, et, faute d'animaux, de bras et d'engrais, ils ne cultivent qu'une partie de leurs terres, laissant l'autre partie en friche ou en jachère. Qu'on cesse donc maintenant de dissimuler la véritable cause de cette pratique ; qu'on cesse surtout d'invoquer l'expérience et l'observation de nos pères pour justifier cet anachronisme, qui ne se justifie plus depuis l'introduction des trèfles et des cultures sarclées. Combattre désormais cette pratique par des raisons sérieuses, tirées de principes agronomiques solidement établis et reconnus par les agriculteurs dignes de ce nom, c'est ce que je me suis promis de ne plus jamais entreprendre. A quoi bon combattre une chimère, prendre pour cause ce qui n'est pas cause, et se tuer à vouloir faire entendre un sourd qui entend bien ?

     Il y a pourtant encore quelques hommes qui, par système et sans y être contraints par la nécessité, laissent leurs terres en jachère ; race moutonnière qui se traîne à la remorque de la routine. Ceux-là, il faut les plaindre ; car rien au monde ne peut plus les guérir.

     Toutefois, on comprendrait mal ma pensée, si l'on s'imaginait qu'il convient de passer immédiatement, et sans transition, de la jachère à la culture continue ; ce serait substituer à une pratique mauvaise une pratique plus mauvaise encore. La transition doit s'opérer lentement et avec précaution ; encore ne doit-elle s'exécuter qu'à deux conditions indispensables : la première, c'est qu'au moyen d'engrais supplémentaires pris en-dehors de la ferme, ou fabriqués au-delà de ceux que réclame une bonne fumure des autres pièces, on restitue à celles que l'on cultivera, et qui

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seraient restées en jachère, tous les principes de fertilité enlevés par la récolte ; la seconde, c'est qu'on aura une quantité de bestiaux qui approchera, autant que possible, d'une tête de gros bétail par hectare de terre.

     Je ne développerai point ces idées ; il suffit, je crois, de les énoncer pour les faire bien comprendre.

     Je reviens à l'auteur des Veillées villageoises. Le complément de l'article assolement se retrouve au chapitre des prairies artificielles et des cultures sarclées, et, là encore, comme dans tous les autres chapitres, l'auteur fait preuve d'un grand talent d'observation. Partout ses conseils sont marqués au coin de la science et de la vérité ; c'est ce qui me fait regretter qu'il n'ait pas embrassé son sujet d'une manière plus large, et qu'il ne soit pas entré dans de plus grands détails, qui eussent rendu son travail plus intéressant et plus utile. Ainsi, dans l'article assolement, il ne fait que glisser légèrement sur les principes et les circonstances qui doivent guider. La différence entre le sol et le sous-sol n'est pas suffisamment indiquée. L'emploi de la chaux et son action ne sont peut-être pas très-bien appréciés ; le mélange que l'on en fait trop généralement avec les fumiers d'écurie, quoique blâmé par l'auteur, n'est pas proscrit assez énergiquement. Les conseils que donne l'auteur, relativement à l'emploi des fumiers, sont excellents, sans doute ; mais ils sont loin d'être complets. S'il eût connu l'excellent traité de M. de Girardin sur la manière de traiter cette partie vitale d'une exploitation, il n'aurait certainement pas manqué d'en profiter, et son ouvrage n'aurait pu qu'y gagner. Peut-être y aurait-il encore quelques lacunes à signaler. Si je les ai remarquées, de même que celles dont j'ai parlé, c'est parce que l'habileté avec laquelle M. Derotrie

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a traité les points dont il s'est occupé, m'a fait vivement regretter qu'il ait trop restreint son cadre, et qu'il ait omis des enseignements essentiels que nul n'était plus capable que lui de présenter et de faire goûter.

     Je me résume en quelques mots : L'ouvrage de M. Neveu-Derotrie est digne, à tous égards, des encouragements qu'il a reçus du gouvernement. L'auteur l'a composé pour les écoles primaires rurales. Je ne doute pas qu'il ne leur soit très-profitable, qu'il ne contribue puissamment à combattre la routine et à imprimer à l'agriculture une marche plus sûre et plus rationelle. Tous les agriculteurs, au reste, pourront le consulter avec fruit. Ceux qui ne savent pas assez, y apprendront beaucoup de bonnes choses ; il sera, pour ceux qui savent déjà, un excellent moyen de se souvenir. »

     M. de Caumont donne lecture d'une lettre par laquelle M. le préfet, sur la demande du ministre de l'agriculture et du commerce, l'invite à consulter l'Association normande sur la question de la suppression ou du maintien des droits de douanes perçus sur les bestiaux importés ; question renvoyée à l'examen du Conseil d'Etat.

     M. le directeur exprime son étonnement de ce que l'Administration supérieure remette à l'ordre du jour une mesure contre laquelle se sont unanimement prononcés les Conseils d'agriculture. Cette question de l'importation des bestiaux étrangers avait, d'ailleurs, été examinée et discutée par l'Association normande au Congrès de Lyon, en 1842. Il s'agit de savoir si l'Association est toujours du même avis, si la position des éleveurs de la Normandie est toujours la même, et alors s'il ne serait point convenable d'exprimer cet avis par une manifestation verbale ou écrite.

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     M. de Lachouquais rappelle les observations qui furent présentées, en 1842, relativement à l'importance du maintien des droits pour la Normandie. Il démontre que les impôts actuels, pour les herbages du pays d'Auge, ont été établis en prenant pour point de départ des évaluations cadastrales supérieures à la valeur actuelle ; les herbages avaient alors une plus grande valeur que les terres labourées. Celles-ci, ayant été améliorées, ont augmenté de valeur, tandis que les propriétés de la vallée d'Auge sont restées au même niveau qu'avant la Révolution. Aujourd'hui, ajoute M. de Lachouquais, on achète les bestiaux maigres plus cher qu'autrefois, et on gagne moins par kilog. ; de sorte qu'il faudrait engraisser une plus grande quantité de boeufs pour obtenir les mêmes bénéfices. - Dans une position déjà si malheureuse pour nos herbagers, si on vient à enlever le droit qui pèse sur les bestiaux étrangers, on fera entrer des animaux de qualité très-médiocre que le boucher vendra le même prix qu'auparavant. - Le résultat de la mesure proposée sera donc, pour le consommateur, de payer la viande de qualité inférieure aussi cher que la viande de bonne qualité ; pour l'éleveur, le découragement et la ruine ; pour l'agriculture, la décroissance au lieu de l'amélioration des races.

     M. Raynal fait observer que les circonstances actuelles sont plus fâcheuses que jamais pour demander la suppression du droit protecteur.

     M. de Caumont ajoute que le consommateur ne paiera pas la viande 0 fr. 04 de moins par kilogramme, lorsque le droit d'importation sera supprimé ; le boucher seul pourra profiter de la mesure.

     M. Simon considère la mesure proposée par le Gouvernement

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comme désastreuse pour la Normandie ; mais il craint qu'en cherchant à défendre les intérêts de notre pays, on ne cause la ruine de beaucoup d'autres départements qui ne produisent pas assez de bétail pour leur nourriture.

     M. Durand traite la question au point de vue de l'économie agricole. - L'agriculture ne demande qu'une chose, dit M. Durand : vendre ses animaux à un prix qui ne la constitue pas en perte. Qu'y a-t-il à faire pour cela ? Principalement réformer la boucherie, et surtout maintenir les droits sur les bestiaux étrangers qu'on fait entrer chez nous, ou même élever ces droits. - La boucherie, telle qu'elle est organisée, est un funeste intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Depuis plusieurs années, ne voyons-nous pas, en effet, que ce qui cause la ruine de l'agriculture ne tourne point au profit de la population ? La diminution des droits sur les bestiaux étrangers, et à plus forte raison la libre entrée de ces bestiaux chez nous, serait l'assassinat de l'élève du bétail en France, la perte de l'agriculture et l'abaissement de la fortune publique. - Le prix de la viande diminuerait peut-être ; mais lorsque nous nous préoccupons des intérêts du plus grand nombre, c'est-à-dire de ceux qui n'ont pour capital que leur intelligence et leur force physique, ne demandons jamais le bas prix des denrées alimentaires, lorsque ce bas prix doit être ruineux pour l'agriculture. - Oui, la libre entrée des bestiaux étrangers serait la ruine de notre agriculture. - En voulez-vous la preuve ? Dans la Saxe, le Brandebourg, le duché de Koenisberg, les Poméranies, les Mecklembourg, le Holstein, contrées qui nous envoient des bestiaux, le fourrage coûte, à prix de revient, 0 fr. 50 les 50 kilog. Les vaches louées à des fabricants de beurre ne rapportent à leur propriétaire

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que 50 fr., en échange de la nourriture qu'il leur donne à ses frais, de l'étable qu'il leur fournit, de l'intérêt du prix d'acquisition qu'elles lui ont coûté, et de toutes les chances de maladie et de dépérissement. Un veau arrive à l'âge de deux ans sans avoir coûté, chaque année, 25 fr. - Le salaire des domestiques est bien moins élevé qu'en France ; les impôts y sont moitié moindres. Chez nous une vache à lait coûte au moins chaque année 200 fr., et un veau d'un an ne revient pas à moins de 80 ou 90 fr., en le nourrissant toutefois avec beaucoup d'économie.

     Je ne vous demande pas le résultat qu'aurait immédiatement pour la France la libre entrée des bestiaux étrangers, ou seulement la diminution du droit qui les frappe. Votre opinion est la mienne. Peut-on, d'ailleurs, en avoir une autre lorsqu'on est initié aux connaissances les plus élémentaires de notre agriculture ?

     A l'appui des fâcheux résultats qu'amènerait la suppression des droits d'entrée pour les bestiaux étrangers, M. de Briges rapporte que la diminution dans le prix du blé a été causée en grande partie par l'introduction des blés étrangers.

     L'Association décide à l'unanimité que la manifestation proposée par M. de Caumont aura lieu, et elle nomme une Commission composée de MM. de Caumont, Lereffait, Durand et Létot, qu'elle charge de faire valoir auprès du ministre de l'agriculture et du commerce les réclamations de l'Association.

     L'Assemblée se prononce aussi contre la surtaxe dont on veut frapper les beurres vendus à Paris. Elle invite la même Commission à soutenir auprès du ministre les intérêts de l'industrie beurrière contre les prétentions fiscales de la ville de Paris.

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RECHERCHES
SUR LES
QUANTITÉS D'EAU NÉCESSAIRES AUX IRRIGATIONS,
COMMUNIQUÉES A L'INSTITUT DES PROVINCES,

Par M. MACHARD,
Ingénieur en chef des ponts et chaussées.

     Si l'on veut pouvoir généraliser en France l'usage des irrigations, l'une des questions qu'il importerait le plus de résoudre serait, sans contredit, celle de la quantité d'eau qu'elles exigent. Pour certains terrains situés sur le bord de rivières et pouvant puiser à une source à peu près inépuisable, on n'a à se préoccuper que de la comparaison à établir entre les produits d'un hectare de terre arrosé ou non. Mais s'agit-il d'ouvrir des canaux, de conduire, à grands frais, les eaux sur des plateaux élevés, de creuser des réservoirs pour recueillir le produit des pluies, il ne suffit plus alors de savoir que le résultat de l'opération sera toujours profitable à l'agriculture, il faut savoir aussi si la surface de terre arrosée, au moyen du volume d'eau rendu disponible, sera assez considérable pour que ses produits couvrent, et au-delà, les frais qu'on aura dû s'imposer. Un travail entrepris sans qu'on eût acquis cette certitude, pourrait fort bien, tout en enrichissant le sol, ruiner le propriétaire.

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     Même dans le fond des vallées, il est rare que les eaux ne soient pas utilisées, comme force motrice, par les usines. Qu'un propriétaire vienne demander à en détourner une portion, et que l'Administration ou les tribunaux soient appelés à statuer, comment pourront-ils, suivant le voeu de la loi, concilier les intérêts de l'agriculture et ceux de l'industrie, s'ils ignorent ce que tel ou tel volume d'eau représente en réalité de bénéfice pour chacune des deux parties qui s'en disputent l'emploi ? Comment le propriétaire lui-même saura-t-il ce qu'il peut payer cette eau, ignorant ce qu'elle lui rapportera.

     Les ouvrages publiés sur les irrigations fournissent malheureusement bien peu de renseignements sur cette matière, et les résultats d'expériences qui y sont rapportés varient dans des limites tellement étendues, que, jusqu'à certain point, ils seraient peut-être plus propres à décourager qu'à éclairer ceux qui se proposeraient des entreprises d'arrosage de quelque importance. On en jugera par le tableau suivant, où nous avons réuni les faits cités par M. Nadault de Buffon dans son remarquable ouvrage, et le petit nombre de ceux qu'ont pu nous fournir quelques autres ouvrages.

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INDICATION DES AUTEURS.LIEUX
des expériences.
ÉCOULEMENT
continu
par
seconde.
VOLUME D'EAU
employé
par
saison.
OBSERVATIONS.
lit.mèt. cub.
Jaubert de PassaPyrénées-Orientales.0 1422200Arrosage sans colature.
          IdemId.0 2403700
Résultats généraux et moyensEspagne et Pyrénées-O.0,25 à 0,303900 à 4650
Nadault de Buffon-0,25 à 0,503900 à 7800Evaluation théorique.
Les ingénieurs de la compagnie deArcachon.0,507800Id.
Mercur de LesplanesPyrénées»8000
FarnandH.-Alpes, Isère, Vosges.»9600Résultat moyen.
LongeonProjet de partage des eaux du Tech0,60 à 0,709,300 à 10900
Les agriculteurs de la Cran d'ArlesBouches-du-Rhône.»12000
Canal de Zola.0,8313000
Résultats moyens enLombardie.0,96149001/4 ou 1/3 sont rétrocédés pour un 2e empl. Suivant que le terrain contient 0m20 à 0m80 de sable.
Provinces d'Ivrée et de VerailPiémont.1,00 à 1,1615500 à 18000
De GasparinVaucluse.»9600 à 48000
Pagret Lallier-1,0015500
Résultat donné par PatzigAllemagne.2,3336000
          IdemId.5,8090000
Observation faite dans le dép. de laSomme.»113000
PerrinVosges.65,451018000

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     Du premier au dernier de ces chiffres, la quantité d'eau employée varie sous le rapport de 1 à 463 ! Comment expliquer une pareille différence ? Ce n'est pas par la nature des cultures : ces résultats si opposés s'appliquent également à des irrigations de prés. Ce n'est pas par la différente composition du sol, qui, suivant M. de Gasparin, ne motiverait au plus qu'une variation dans le rapport de 1 à 5. Enfin, c'est bien moins encore par la différence des climats : car, précisément, le pays qui donne le chiffre le plus faible est bien plus chaud que celui qui fournit le plus élevé. Evidemment, il doit y avoir là une cause bien plus puissante que toutes ces circonstances accessoires. Pour la découvrir, il faut chercher à se rendre compte du genre d'action que l'eau exerce sur la végétation, et des différences qui doivent en résulter dans la manière de l'employer, suivant les diverses circonstances où l'on peut se trouver placé.

     Nous devons d'abord, dans cette recherche, distinguer les irrigations qui se font pendant l'hiver et l'automne de celles qui ont lieu pendant le printemps et l'été. Effectuées à des époques où la végétation est suspendue, les premières n'ont pas pour but d'agir directement sur elle, mais bien d'amender le sol par le dépôt du limon et des matières organiques que les eaux tiennent en suspension. Il résulte de là qu'elles ne peuvent guère être jamais trop abondantes. Aussi ne recommande-t-on de les interrompre que quand la gelée est à craindre, ou quand une écume, qui vient se former à la surface de l'eau, annonce que son séjour trop prolongé commence à faire pourrir les racines des plantes. D'autre part, si l'amélioration du sol ne peut être obtenue par l'action des eaux, il sera toujours possible d'y suppléer au moyen d'engrais et d'amendements. On ne peut donc

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pas dire, à proprement parler, que les irrigations d'hiver soient d'absolue nécessité. Elles seront utiles, et le seront d'autant plus qu'elles seront plus abondantes et faites avec des eaux plus chargées de limon ; mais il ne peut y avoir lieu de chercher une limite soit supérieure, soit inférieure, du volume à y employer. D'ailleurs, si l'on est parvenu à se créer des ressources suffisantes pour l'été, il ne pourra arriver que bien rarement qu'on en manque à une époque où le volume d'eau disponible est d'ordinaire trois à quatre fois plus abondant.

     Les irrigations d'été doivent agir directement sur la végétation, et fournir aux plantes l'humidité nécessaire à leur croissance. Il est évident, dès-lors, qu'elles ne peuvent varier qu'entre certaines limites, et qu'il y a même un point qui donne, dans chaque cas, le maximum d'effet, de telle sorte qu'on ne puisse s'en écarter, soit en dessus, soit en dessous, sans diminuer les avantages de l'emploi des eaux. Trop rares, elles permettront à la sécheresse de suspendre l'accroissement des plantes ; trop abondantes, elles pourront, dans la rapidité de leur cours, enlever au sol les principes fertilisants, faire périr les racines des plantes en les privant d'air, ou aller chercher et développer, dans les couches inférieures du sol, les germes des plantes nuisibles qui s'en forment plus profondément que les bonnes.

     La pratique des irrigations a mis en évidence plusieurs faits qui peuvent, au premier abord, sembler assez difficiles à expliquer.

     En premier lieu se présente l'influence de la pente. Plus un pré est incliné, plus les effets de l'irrigation y sont marqués, et moins il faut d'eau pour les obtenir. La pente manque-t-elle, ce ne sera qu'en augmentant, à chaque arrosage,

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l'épaisseur de la couche d'eau qu'on pourra y remédier : encore ne sera-ce qu'imparfaitement, puisque les irrigateurs les plus habiles ne reculent pas devant les dépenses à faire pour disposer la surface d'une prairie horizontale en ados, présentant alternativement des planches inclinées en sens contraire, afin de procurer artificiellement aux différentes parties du sol la pente qui leur manquait.

     Si la vertu bienfaisante de l'eau augmente avec la vitesse que lui imprime une pente prononcée, elle diminue rapidement à mesure que croît l'espace parcouru. Après avoir obtenu une herbe épaisse et de bonne qualité aux abords d'une rigole d'irrigation, ce n'est plus que du jonc que l'on verra pousser à quelques mètres plus loin. Aussi recommande-t-on de multiplier le plus possible les rigoles, et de ne pas donner aux planches qui les séparent plus de 3 à 6 mètres de largeur, suivant que leur inclinaison est plus ou moins prononcée.

     Cependant, l'eau qui paraît s'être ainsi dépouillée de ses propriétés fertilisantes les reprendra, si on la réunit dans une nouvelle rigole et qu'on l'y fasse quelque temps couler au contact de l'atmosphère.

     Il en sera de même pour des eaux qui auraient croupi dans des mares ou des fossés, et qui, employées immédiatement à l'arrosage, n'auraient pu que faire périr les bonnes herbes et croître les mauvaises. Elles produiront l'effet inverse si l'on a soin, avant de les répandre sur le sol, de les faire couler quelque temps dans un lit garni de cailloux.

     On augmentera infiniment l'action fertilisante de l'eau en la réunissant dans un réservoir et en y transportant les eaux de la ferme et les urines des étables, ou bien en y jetant quelques voitures de fumier. Qu'on y jette, au contraire,

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et qu'on y laisse séjourner des matières dont la putréfaction soit seulement commencée, et cette eau ne sera plus propre qu'à tuer la végétation, à moins qu'on ne prenne soin de l'aérer avant l'emploi.

     Tous ces faits s'expliquent avec la plus grande facilité, si l'on admet que l'action de l'eau sur les plantes est due, au moins en grande partie, à l'oxigène de l'air qu'elle tient en dissolution. Cette opinion est celle du savant Liébig, et M. de Gasparin ne paraît pas s'en écarter : « Les paysans les plus grossiers, dit-il, savent que certaines eaux ne produisent aucun effet fécondant : ce sont généralement des eaux peu aérées et peu oxigénées qui s'emparent de l'oxigène du sol et des plantes. »

     Ce n'est pas ici le lieu de rechercher comment peut s'exercer cette action de l'oxigène ; il nous suffit de savoir que, si elle existe, ce ne peut être qu'à condition que le sol et les plantes s'en empareront. Or, s'il en est ainsi et que l'eau coule lentement à la surface d'un pré, n'offrant au contact de l'air qu'une surface unie, rarement renouvelée, elle ne tardera pas, dans les couches inférieures, à être dépouillée du principe vivifiant ; elle cessera de pouvoir servir au développement des plantes qui ont besoin, pour végéter, du contact de l'air ; elle favorisera, au contraire, la croissance des joncs, qui poussent naturellement dans ses eaux non aérées. - Il faudra, dans ce cas, une grande quantité d'eau pour suppléer, en quelque sorte, par la capacité du réservoir d'oxigène, à la lenteur du renouvellement.

     Si, au contraire, l'eau roule rapidement sur un terrain fortement incliné, chaque molécule, un instant en contact avec la plante ou le sol, sera, l'instant d'après, ramenée au contact de l'air, se chargera d'une nouvelle quantité d'oxigène,

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et pourra ainsi étendre presque indéfiniment son action bienfaisante.

     Un effet analogue se produira, si l'on réunit dans une rigole et qu'on y fasse couler quelque temps de l'eau précédemment épuisée.

     Enfin, on expliquera de la même manière l'action nulle ou nuisible des eaux croupies et désoxigénées par des matières en putréfaction ; l'action bienfaisante, au contraire, de ces mêmes eaux, lorsqu'elles ont roulé sur un lit de cailloux.

     Cette manière d'envisager l'effet des arrosages conduit à partager, par la pensée, l'eau qu'on y emploie en deux parties : l'une qui doit être absorbée par le sol pour y retenir l'humidité nécessaire ; l'autre qui doit seulement, dans son passage à la surface, livrer aux plantes le gaz dont elle est chargée. La première de ces deux parties sera seule proportionnelle à la surface du sol, en supposant sa nature connue. L'autre, destinée à se perdre en colatures, variera suivant les dispositions qui auront été adoptées pour l'établissement des rigoles et la préparation du terrain irrigable. Il faut donc chercher à les apprécier séparément.

     « Nous entendons par terre fraîche, dit M. de Gasparin, cette heureuse et rare combinaison de toutes les qualités du terrain, qui ne permet pas qu'à 0m 30c de profondeur, il ait jamais moins de 0,10 (de son poids) d'humidité, dans les plus grandes sécheresses de l'année, ni plus de 0,23 dans la saison des pluies. S'il existait une terre qui réunît complètement ces qualités, elle aurait une valeur plus grande que les terres arrosées, puisque sans frais, sans peine, elle posséderait les qualités que nous cherchons à leur donner par l'irrigation. »

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     Cette définition d'une terre fraîche peut s'exprimer encore en d'autres termes. D'après les expériences de M. de Gasparin, sur onze espèces de terres différentes, le poids du mètre cube est de 1,560 kilos en moyenne. On peut, au moyen de cette donnée, substituer les volumes aux poids et définir une terre fraîche : celle qui contient toujours une quantité d'eau comprise entre 16 et 36 p. % de son volume. Cette nouvelle manière de s'exprimer offre cet avantage, qu'elle permet de voir aisément la cause qui a déterminé ces deux limites, et qu'elle offre ainsi une sorte de justification théorique des résultats donnés par la pratique.

     En effet, si le mètre cube de terre, pesé dans son état naturel, n'a qu'un poids de 1,560 k., il devient beaucoup plus lourd lorsqu'on lui a fait préalablement subir une opération qui a pour but de tasser fortement la terre et d'en faire disparaître à peu près tous les vides. On trouve alors un poids moyen de 2,457 k. : la différence de ces chiffres représente évidemment le poids du cube de terre supplémentaire que l'on est parvenu, au moyen du tassement, à faire entrer dans le même volume. Or, cette différence, qui est de 897 k., forme de 36 à 37 p. % du poids total : donc, dans la première manière d'opérer, il se trouvait de 36 à 37 p. % du volume qui restait vide ou n'était occupé que par les pores de la terre. D'après cela, il faut dire qu'une terre fraîche ne doit jamais contenir plus de 36 p. % de son volume d'eau, c'est-à-dire qu'elle n'en doit pas recevoir plus qu'il ne peut s'en loger dans les intestins de ses particules ; et cette condition est d'une nécessité évidente, car il n'en pourrait entrer davantage sans que le terrain se gonflât, que les parties fussent séparées par l'eau

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sans qu'il perdît, par conséquent, toute cohésion et se transformât en boue liquide.

     Quant à la limite inférieure de l'humidité, elle répond, à très-peu près, au cas où la moitié des pores de la terre se trouvent privés d'eau.

     Il devient facile maintenant de connaître la quantité d'eau qui, à chaque arrosage, peut être utilement absorbée par le sol. - Si l'on doit, en effet, commencer à irriguer lorsque la terre ne contient plus, en moyenne, que 0,16 de son volume d'eau, et si l'on doit cesser lorsqu'elle en contient 36, la quantité d'eau à donner sera la différence : 20 p. % ou un cinquième du volume du terrain. Mais on sait que les plantes utiles des prairies n'enfoncent pas leurs racines à une profondeur de plus de 0m 12 dans le sol. Il serait donc inutile de chercher à faire pénétrer l'eau plus bas ; et, par suite, l'épaisseur de la couche d'eau à donner ne doit pas dépasser 1/5e (0m12) ; soit 0,024 ; ce qui, sur l'étendue d'un hectare, produit un volume de 240 mètres cubes.

     Il est à remarquer que ce volume doit être considéré comme un maximum pris ; qu'il ne pourrait être absorbé par la couche active du sol que dans le cas où l'on aurait différé l'arrosage jusqu'au moment où les plantes auraient commencé à souffrir de la sécheresse, pour le prolonger ensuite jusqu'à ce qu'elles fussent sur le point de souffrir d'un excès d'eau. Or, ce sont là deux limites dont il sera toujours prudent de se tenir un peu écarté, en rendant les arrosages un peu plus fréquents et donnant chaque fois un peu moins d'eau.

     Le résultat auquel nous venons de parvenir n'est qu'un résultat moyen, et l'on peut être assez naturellement porté à penser que la nature du sol, la grosseur de ses particules,

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doivent le faire varier dans des limites fort éloignées. - Sans doute, ces causes ne seront pas entièrement à négliger ; mais leur influence sera généralement bien moindre qu'on ne serait tenté de le supposer. Nous avons eu assez fréquemment occasion de mesurer, par des expériences directes, les vides et les pleins de différentes espèces de matériaux, et nous avons pu reconnaître que leur grosseur et leur forme même ne les faisait pas varier d'une manière très-sensible. Ainsi, du sable de la Loire nous a présenté 0,39 de vide : résultat qui s'écarte à peine de 1/15e de celui obtenu sur les terres. - Du sable de mine, beaucoup plus fin, mais d'un grain plus égal, a donné 0,41. Il faut aller jusqu'aux cailloux que l'on emploie sur les routes, et avoir soin de les bien purger de terre et de tous menus fragments, pour obtenir jusqu'à 0,46, c'est-à-dire un quart en sus des vides de la terre ordinaire.

     Si la nature du sol paraît devoir n'exercer qu'une influence peu sensible sur la quantité d'eau à donner à chaque arrosage, elle en a un, au contraire, des plus marqués sur l'intervalle qui doit séparer deux arrosages successifs, et par conséquent sur le volume total d'eau qui devra être employée pendant toute la durée d'une saison.

     M. de Gasparin nous donne les indications suivantes :

     Pour un terrain contenant 0,20 de sable ou de particules pierreuses, il faut un arrosage tous les 15 jours.

     Pour un terrain contenant 0,40 de sable ou de particules pierreuses, il faut un arrosage tous les 11 jours.

     Pour un terrain contenant 0,60 de sable ou de particules pierreuses, il faut un arrosage tous les 6 jours.

     Pour un terrain contenant 0,80 de sable ou de particules pierreuses, il faut un arrosage tous les 3 jours.

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     On peut, à l'aide du calcul, tirer de ces chiffres plusieurs conséquences importantes.

     Quelle que soit, en effet, la quantité d'eau retenue, après chaque arrosage, par la couche active du sol (celle où végètent les racines), il est toujours certain que la nécessité d'un nouvel arrosage se fera sentir quand l'humidité aura été réduite à une proportion déterminée. Or la perte a lieu de deux manières : par l'évaporation d'abord ; puis par l'infiltration dans les couches inférieures du sol. La perte par évaporation nous est encore donnée par M. de Gasparin. Elle peut être évaluée par hectare :

     1° Pour le terrain contenant 0,20 de sable, en 15 jours, à 209 mètres cubes.

     2° Pour le terrain contenant 0,40 de sable, en 11 jours, à 174 mètres cubes.

     3° Pour le terrain contenant 0,60 de sable, en 6 jours, à 122 mètres cubes.

     4° Pour le terrain contenant 0,80 de sable, en 3 jours, à 83 mètres cubes.

     Si on connaissait la perte qui a lieu par infiltration dans chaque nature de terrain, en l'ajoutant aux chiffres ci-dessus, on devrait arriver à des quantités sensiblement égales. On ne possède pas, à la vérité, cette donnée ; mais on peut y suppléer en cherchant à lier les résultats connus par une loi mathématique, qui devra d'ailleurs exprimer :

     1° Que les pertes par infiltration croissent avec le temps ; mais moins rapidement toutefois, puisque, à mesure que le terrain s'égoutte, il doit céder, chaque jour, des quantités d'eau de moins en moins fortes aux couches inférieures ;

     2° Que ces pertes croissent avec la proportion de sable

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contenue dans le sol, et suivant une progression plus rapide, puisqu'en passant de 0m20 de sable à 0m40, le délai ne diminue que du quart environ, tandis qu'il diminue de moitié en passant de 0,60 à 0,80.

     Nous ne pouvons rendre compte ici des calculs auxquels nous avons dû nous livrer pour rechercher une loi qui satisfît à ces conditions ; mais en voici les résultats :

PROPORTION
du
sable.
PERTE PARTOTAL.ÉCART DE LA MOYENNE.DÉLAI
entre les
arrosages.
évaporation.filtration.en plus.en moins.
 mèt. cub.mèt. cub.mèt. cub.mèt. cub.mèt. cub.jours.
0,20209   »22   »230   »»9 5015
0,40174   »74   »248   »7 50»11
0,60122   »123   »245   »4 50»6
0,8083   »155   »238   »»2 503

     La perte totale évaporée par la portion active du sol se trouve portée, par ces calculs, à 240m 50 par hectare. Nous retombons donc, aussi exactement que possible, sur le même chiffre, auquel des considérations tout-à-fait différentes nous avaient conduit pour exprimer le volume d'eau nécessaire à chaque arrosage ; et, de plus, on voit que les faits mêmes qui donnent la mesure de l'influence de la nature du sol sur l'intervalle des arrosages successifs, prouvent, en même temps, que cette influence est tout-à-fait insensible sur le volume d'eau nécessaire pour chacun d'eux.

     La distinction que nous venons d'établir entre les pertes par évaporation et celles par infiltration permet de se rendre compte, sinon d'une manière tout-à-fait rigoureuse, du moins avec une certaine approximation, de l'influence que

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peut exercer un climat plus ou moins chaud. On voit, d'abord, que cette influence doit être presque nulle pour les terrains fortement sablonneux, auxquels l'évaporation n'enlève que moins du tiers de l'eau absorbée ; tandis qu'elle doit s'exercer d'une manière beaucoup plus prononcée sur les terrains argileux, dans lesquels cette même cause occasionne près des 9/10es de la perte totale. Du reste, à moins que l'on ne considère des contrées placées sous des latitudes fort différentes, la chaleur moyenne de l'été ne varie pas assez pour occasionner des différences bien appréciables dans les quantités d'eau nécessaires à l'irrigation. Elle est de 21° 8 à Paris, et ne s'élève que de 24° à 25° à Marseille. Une cause plus puissante serait la quantité de pluie qui, durant l'été, vient en aide aux arrosages. Dans le Midi de la France, la couche d'eau tombée dans les cinq mois les plus chauds, de mai à septembre, s'élève moyennement à une hauteur de 0m2835, et représente, par hectare, un volume de 2,835 mètres, équivalant à peu près à celui qui serait utilement absorbé en douze arrosages. Une terre qui doit être irriguée tous les quinze jours, c'est-à-dire dix fois en cinq mois, reçoit donc réellement vingt-deux fois le volume d'eau calculé. Dans le Nord de la France, la hauteur de pluie tombée dans le même intervalle représente, par hectare, un cube de 3,512 m., équivalant à peu près à celui qui serait absorbé en quinze arrosages. Pour que la terre reçoive autant d'eau que celle du Midi, il suffira donc de l'irriguer sept fois ; c'est-à-dire que l'intervalle de quinze jours, sous le premier de ces climats, pourra être porté à vingt ou vingt-un sous le second. On verra de même que l'intervalle de onze jours, au Sud, pourra être porté à treize ou quatorze au

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Nord ; celui de six à sept ; et que celui de trois ne variera pas sensiblement.

     La quantité d'eau que nous trouvons pouvoir être utilement absorbée par la couche active du sol répond à une épaisseur si faible, qu'il n'est pas permis de négliger l'évaporation qui peut avoir lieu pendant la durée même de l'arrosage. L'évaluation la plus généralement admise est que l'on perd moyennement, par cette cause, une épaisseur d'eau de 0,004 par jour d'été. En sept jours d'une chaleur de 23° à 24°, M. de Gasparin a trouvé une couche totale de 0,084, donnant une moyenne de 0,012. La moyenne des expériences, pour les six mois d'avril à septembre, a donné 0,004 1/3 à Genève, et 0,008 2/3 sous le climat aride et venteux d'Orange. En prenant un chiffre intermédiaire entre ces deux résultats, on aura certainement une quantité supérieure à la réalité, même pour les jours les plus chauds, puisque l'irrigation ne durera sans doute pas vingt-quatre heures sans interruption, et qu'il est recommandé d'arroser surtout le soir et le matin, mais non au moment de la plus grande chaleur. Admettant toutefois le chiffre de 0,006 d'épaisseur, qui donne 60 m. par hectare, le volume total absorbé ou évaporé se trouve porté, en nombres ronds, à 300 mètres cubes par hectare.

     D'après les expériences faites sur trente-une espèces de terres différentes, la proportion de sable ou de parties pierreuses, qui détermine l'intervalle à mettre entre les arrosages, serait moyennement de 0,30 ; ce qui supposerait un arrosage à peu près tous les treize jours dans le Midi, et tous les seize jours dans le Nord. Nous supposerons que l'on adopte la rotation de quatorze jours, qui a l'avantage de ramener l'irrigation à des jours fixes de

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la semaine. - 300 mètres cubes, donnés à un hectare de terre tous les quatorze jours, représenteront un écoulement constant de 01248 : soit 1/4 de litre par seconde.

     L'auteur auquel nous avons emprunté les bases de ces calculs donne un résultat bien différent, puisqu'il n'évalue pas à moins de 800m à 1,000 m. cubes le volume d'eau nécessaire, par hectare, à chaque arrosage. Mais il ne faut pas oublier que nous n'avons cherché jusqu'ici à évaluer que le volume d'eau réellement absorbé par le sol. Il nous reste à rechercher celui qui est nécessaire pour fournir l'oxigène aux plantes, et imprimer à l'écoulement la vitesse sans laquelle l'irrigation serait peut-être plus nuisible qu'utile.

     D'après la pratique des irrigateurs de Siegen, la moindre quantité d'eau avec laquelle on puisse arroser, doit couler sur le sol en couche de 0m 003 d'épaisseur, avec une vitesse de 0m005 par seconde. Ce résultat sera obtenu sur un terrain en pente de 0m03 par mètre. Si la pente est moindre, la couche devra être plus épaisse ; elle pourra être moindre sur une inclinaison plus forte, et, pour établir des calculs tout-à-fait rigoureux, il faudrait que des expériences eussent été faites dans le but de déterminer la loi suivant laquelle varie la vitesse d'écoulement de l'eau sur un sol gazonné, en raison de son épaisseur et de la pente. Ces expériences nous manquent ; mais nous nous écarterons sans doute peu de la vérité en admettant que l'on fasse varier l'épaisseur de l'eau, dans chaque cas, de telle sorte que le volume écoulé, dans chaque seconde, demeure constant. Si l'on se rappelle ce que nous avons dit au sujet de la révification de l'eau par son contact avec l'atmosphère, d'autant plus fréquent que la vitesse est plus grande, il y a seulement lieu de penser que cette hypothèse

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donnera des volumes un peu trop forts pour les grandes pentes, et trop faibles pour les petites.

     Or, une couche d'eau de 0,003 d'épaisseur, coulant avec 0,005 de vitesse, produit, par seconde et par mètre de longueur, 01015. Si l'on suppose que l'arrosage dure six heures de suite, ce sera, par mètre courant, 324 litres.

     Puisque cette quantité est un minimum, il faut admettre que l'on commencera par donner un volume d'eau plus considérable, et que quand, par l'effet de l'imbibition, ce volume sera réduit à ne plus dépasser cette limite, l'irrigation cessera ; l'eau, désormais insuffisante, devant être rendue à la rivière, ou réunie à d'autres produits de colatures dans un nouveau réservoir.

     Si l'on opère sur un terrain fortement incliné et que l'eau soit amenée à une assez grande hauteur, on conçoit que les restes d'arrosages partiels, ainsi réunis, pourront être employés de nouveau sur les parties inférieures du terrain. Il serait même facile de limiter la surface arrosable par une courbe tracée de telle sorte, que la largeur diminuât à mesure que l'eau serait absorbée, et que l'épaisseur ainsi que la vitesse d'écoulement ne changeassent point. On arriverait ainsi à faire en sorte que l'eau fût absorbée en totalité, et le cube de 300m par hectare serait alors largement suffisant pour chaque arrosage.

     Supposons, au contraire, qu'il s'agisse d'une prairie horizontale, disposée en ados ou planches de 4 mètres de largeur : l'eau, dans ce cas, ne pourra servir qu'une seule fois. Après qu'elle aura passé sur une de ces planches, on sera forcé de la rendre à la rivière. Or, il faudra 2,500m de longueur de planches pour former la surface d'un hectare, et nous avons vu que, dans une irrigation de six heures de

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durée, il se perdrait, par mètre courant, 324 litres d'eau, devenue insuffisante. Le volume total des colatures s'élèvera donc alors à 810 mètres cubes, et l'arrosage d'un hectare exigera plus de 1,100 mètres cubes pour moins de 300 qui seront réellement absorbés.

     Dans les contrées où l'irrigation a été le plus anciennement pratiquée, on sait que l'unité ou module était désignée sous le nom de roue ou meule d'eau, et l'on entendait, par cette expression, la quantité d'eau nécessaire pour mettre en mouvement une meule de moulin. Mais cette quantité varie précisément en raison inverse de la chute, de sorte que l'unité adoptée pour les irrigations ne désignait pas un volume déterminé d'eau, mais le produit du volume par la hauteur dont on pouvait le faire descendre. Le choix d'un module, en apparence aussi bizarre, n'indiquerait-il pas que, dès cette époque, on avait reconnu l'influence de la pente du sol sur la consommation d'eau, et que l'on savait que, dans la plupart des cas, surtout pour les arrosages de prairies basses, le volume perdu en colatures, par défaut d'une pente suffisante, excède tellement celui réellement absorbé par le sol, que l'on pourrait presque ne tenir compte que du premier, dans des évaluations approximatives ?

     Des conséquences importantes pour la pratique résultent de la distinction que nous croyons nécessaire d'établir entre la quantité d'eau absorbée et celle qu'on peut appeler de passage. Et, d'abord, l'on voit que si l'on considère deux terrains de même nature et ayant même inclinaison, il ne suffira pas encore de connaître la quantité d'eau qui aura été nécessaire à l'un d'eux, pour en conclure ce qu'il faudra donner à l'autre. Il faudra encore tenir

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compte de leur forme ; car un terrain long et étroit perdra bien moins d'eau qu'un terrain large et court, son bord inférieur pouvant être considéré comme une sorte de déversoir sur lequel doit passer une couche d'eau déterminée, et qui en dépensera un volume proportionnel à sa largeur.

     En second lieu, la quantité d'eau perdue sera proportionnelle à la durée de l'arrosage ; d'où la nécessité d'interrompre l'écoulement dès que le terrain est imbibé à une profondeur suffisante. Il serait fort à désirer que des expériences fussent faites dans le but de déterminer la loi que suit la marche de l'imbibition à diverses profondeurs et dans des sols de nature différente. Ces données manquent. Heureusement, ce sont celles auxquelles il sera toujours le plus facile de suppléer dans la pratique. Il suffit que l'attention soit appelée sur la nécessité de ne pas laisser perdre dans le sous-sol l'eau qui aurait pu être utilisée à la surface.

     Ce n'est pas que l'on puisse affirmer que l'eau qui pénétrerait au-delà de la couche active du terrain serait entièrement inutile. En humectant les parties inférieures, elle diminuerait sans doute les filtrations et retarderait le desséchement de la surface ; mais il ne faudrait pas estimer cet avantage au-delà de sa juste valeur. Les expériences faites sur le desséchement graduel d'une masse de terre saturée d'eau prouvent que l'évaporation, d'abord assez rapide, ne tarde pas à se réduire à une quantité très-faible, et qui demeure sensiblement constante pour chaque jour. On doit conclure de là que l'évaporation se fait couche par couche. Or, dans un terrain régulièrement arrosé, les couches superficielles devant toujours être loin d'un asséchement complet,

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il s'ensuit que le sous-sol n'éprouve jamais d'évaporation, et, puisqu'il reçoit sans cesse des infiltrations, il doit toujours finir par arriver à saturation, sans qu'il soit besoin de rien faire pour lui donner directement de l'eau. Une fois qu'il sera parvenu à cet état, l'eau en excès devra s'échapper, soit en continuant de s'enfoncer dans la profondeur de la terre, si on la suppose indéfiniment perméable ; soit par un écoulement latéral, si elle rencontre une couche qu'elle ne puisse traverser. En donnant plus d'eau qu'il n'en faut à la surface du sol, on ne fera guère qu'avancer cet écoulement et le rendre plus abondant. S'il en résulte que l'intervalle de deux arrosages consécutifs soit un peu augmenté, ce ne sera toujours que d'une quantité très-faible, et moyennant une dépense d'eau bien supérieure à celle qu'il aurait fallu faire pour rendre l'irrigation plus fréquente et maintenir le sol dans un état d'humidité plus constant.

     On doit conclure de ce que nous venons de dire que la nature du sous-sol ne paraît pas devoir exercer d'influence bien marquée sur des irrigations bien dirigées et n'employant que la quantité d'eau strictement nécessaire ; mais il en sera tout autrement, si l'on arrose trop abondamment. Alors, en effet, un sous-sol perméable laissera facilement échapper l'excès d'humidité. On perdra, il est vrai, une partie de l'eau ; mais si les bienfaits de l'irrigation sont restreints à une étendue moindre, du moins ne seront-ils pas perdus. Supposons, au contraire, qu'une couche imperméable se trouve à peu de profondeur au-dessous de la surface : dans ce cas, la quantité d'eau retenue au-dessus allant toujours en augmentant, les racines des plantes finiront par se trouver plongées dans une sorte de bain où elles

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ne pourront que dépérir, et ce sera par des opérations de desséchement qu'il faudra remédier à l'abus de l'irrigation.

     Nous venons d'essayer de répondre aux questions posées par le Congrès. Nous sommes bien loin de nous flatter de l'avoir fait d'une manière complète. L'irrigation se lie à tout ce que la science hydraulique a de plus délicat, et cependant elle n'a guère été jusqu'ici qu'un art tout pratique. Aussi les données sont-elles bien rares, et, dans le petit nombre d'observations qui ont été recueillies, a-t-on presque toujours à regretter l'absence des documents qui seraient nécessaires pour mettre en relief l'action des circonstances diverses qui peuvent influer le plus puissamment sur la consommation d'eau. Nous croirons n'avoir pas été inutile, si nous avons pu appeler l'attention sur quelques-uns des faits qu'il importerait d'observer, sur les expériences qu'il faudrait faire, afin d'éclairer complètement une question d'une aussi immense importance pour l'agriculture.

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CONGRÈS
DES
DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES
DES DÉPARTEMENTS,
Tenu au Luxembourg, dans l'ancienne Chambre des Pairs.

Séance du 15 mars 1850.

Présidence de M. THEVENOT.

     M. de Caumont a la parole sur l'exposition de la question relative au croisement des races bovines anglaises avec nos races.

     M. de Caumont dit que, sur les croisements tentés, les avis sont encore partagés, et qu'il y a lieu à un examen sérieux de la question.

     M. Durand, de Caen, prend la parole, et s'exprime ainsi :

     MESSIEURS,

     Quels services peut nous rendre la race Durham ?

     Pour répondre à cette question, je vous demande d'abord la permission d'exposer quelques principes, dont on ne devrait jamais s'écarter dans l'économie du bétail.

     Produire de la viande de bonne qualité et du lait, au meilleur marché, tel est le but qu'on doit toujours se proposer.

     Mais, pour l'atteindre, il ne faut faire consommer aux bestiaux que des fourrages ; ces fourrages, il faut en faire produire à une étendue donnée de terrain le plus possible, et les faire dépenser de manière à réaliser, à notre profit,

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le maximum de substances alimentaires ; tout cela avec le moins de dépense.

     La race bovine constitue deux sortes d'appareils, puisqu'elle donne du lait et de la viande. Lequel des deux retire de la même quantité de fourrages le plus de principes utiles ?

     Si vous voulez le savoir, mettez dans un herbage, au mois de mai, une vache à lait qui a vêlé, il y a peu de temps, et un boeuf maigre adulte du même poids. En mesurant le lait, vous trouverez, dans les premiers mois de l'expérience, 20 litres de lait, en moyenne, chaque jour. En pesant le boeuf, vous remarquerez qu'il n'augmente, dans le même temps, en moyenne, que d'un kilog. Les 20 litres de lait renferment 900 gr. de caséïne, qui est la chair du lait, 700 gr. de beurre et 100 gr., environ, de sucre de lait, en y comprenant les sels solubles. Le kilog. d'augmentation qu'a pris le boeuf, ne représente que 350 gr. de matière grasse et 150 de substance azotée.

     Quelle différence entre le rendement de l'un et de l'autre ! Cependant, c'est dans les trois premiers mois de la période d'engraissement que le boeuf a le plus d'avantage à être comparé à la vache laitière, quoique celle-ci ne continue pas à donner la même quantité de lait pendant les mois suivants.

     Comment expliquer que la vache donne un produit si considérable, comparativement au boeuf ?

     Dans cette circonstance, la vache consomme le double des aliments qu'absorbe le boeuf. Ainsi, dans le commencement de la période dite d'engraissement, si le boeuf, à l'herbage, donne moins que la vache, c'est qu'il mange moins. Deux boeufs, comme le précédent, ne consomment donc que ce que dépense une vache laitière qui fournit 20 litres de lait.

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     Dans le premier cas, nous avons deux rations d'entretien, tandis que dans le second nous n'en avons qu'une.

     Voilà ce qui explique la différence dans les résultats obtenus.

     En approchant d'un engraissement plus parfait, le boeuf mange moins, et, s'il reste à l'herbage, il ne mange guère que la quantité d'aliments nécessaire à sa ration d'entretien : aussi fixe-t-il dans ses tissus moins de substance grasse que quand il augmentait d'un kilogramme par jour ; aussi encore est-il difficile de l'engraisser à un degré très-prononcé à l'herbage.

     Le boeuf à l'engrais, nourri à l'étable de manière à lui faire prendre le plus de graisse dans le moins de temps, consomme autant d'aliments que la vache laitière qui donne 20 litres de lait, et il tire un mauvais parti de ses aliments.

     La vache, envisagée à ce point de vue, mérite encore la préférence.

     Mais si on la considère sous le rapport des services qu'elle peut rendre à la classe pauvre, elle est toujours digne d'attirer notre attention.

     Une famille n'a pas assez de fourrages ou n'en a pas d'assez bons pour engraisser un boeuf, une vache à lait peut consommer ces fourrages ; la femme et les enfants peuvent trouver la plus grande partie de la nourriture de la vache dans les champs, en sarclant les céréales.

     Une bonne vache est, pour cette famille, une véritable fortune. Cet animal paie tous les jours les aliments et les soins qu'on lui donne ; le lait est d'ailleurs un aliment précieux, puisqu'avec des pommes de terre et du pain, il constitue une bonne nourriture.

     D'après cela, il est impossible de méconnaître toute

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l'importance sociale de la vache laitière, envisagée comme un moyen propre à retirer de nos fourrages les substances dont nous avons besoin.

     Aussi tout ce qui contribuera à améliorer les races bovines laitières me paraît mériter, au plus haut degré, l'attention du Gouvernement et des hommes qui pensent.

     Cherchons donc quelle est la race bovine la meilleure laitière ?

     La meilleure race laitière n'est pas celle qui a le plus de prédisposition à l'engraissement. Il y a, en effet, alternance entre la sécrétion de la graisse et la formation du lait. De deux choses l'une : ou une vache s'engraisse et alors son lait diminue, disparaît même ; ou elle donne une grande quantité de lait, et elle n'engraisse pas.

     En admettant qu'une vache qui commence à fournir du lait à l'âge de 3 ans, en donne même beaucoup jusqu'à l'âge de 4 à 6, elle ne devra pas moins être considérée comme mauvaise laitière, si elle s'engraisse à cet âge, comparativement à une autre qu'on peut conserver comme bonne laitière jusqu'à l'âge de 10 à 12 ans.

     Lorsqu'on possède une bonne vache à lait, on a intérêt, dans la plupart des cas, à la garder le plus longtemps possible. Il arrive, en effet, que les génisses, qu'on élève dans l'espoir d'avoir de bonnes laitières, ne répondent pas toujours à ce qu'on attend d'elles ; quelques-unes ne fournissent pas assez de lait, et il faut les engraisser. Le nombre de vaches laitières qu'on voulait avoir n'est plus complet, et cela cause un grand préjudice.

     Il y a donc avantage à renouveler l'appareil à lait le moins souvent possible, quand cet appareil est excellent. Or, si une vache peut donner du lait depuis l'âge de 3 ans

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jusqu'à 12, on ne sera obligé de la renouveler qu'au bout de 9 ans, tandis qu'on serait forcé de la renouveler de 3 ans en 3 ans, si on ne pouvait la conserver laitière que depuis 3 ans jusqu'à 6. Ce serait donc trois fois autant d'élèves qu'il faudrait faire dans le même temps.

     On m'objectera peut-être que si on ne conserve que jusqu'à l'âge de 6 ans les vaches laitières qui appartiennent à une race très-disposée à s'engraisser, c'est qu'on les nourrit trop bien, et qu'en diminuant la nourriture on pourrait les garder plus longtemps comme vaches à lait.

     Je comprends l'objection. Mais le remède serait pire que le mal. En donnant peu de nourriture à une vache, elle ne s'engraissera pas sans doute, mais elle donnera moins de lait ; et comme la quantité de matière nécessaire à l'entretien de sa vie est la même, qu'elle donne peu ou beaucoup de produits, il arrivera que le lait provenant d'une vache qu'on ne nourrirait pas suffisamment reviendrait à un prix plus élevé.

     La race bovine est une machine dont la dépense journalière, ou ration d'entretien, influe d'autant moins sur le prix de revient des produits qu'elle donne, que ces produits sont préparés, dans un temps donné, en plus grande quantité, admettant que les aliments consommés ont été parfaitement digérés.

     Je viens de dire qu'une race qui a une prédisposition à l'engraissement pourrait donner autant de lait, pendant qu'elle reste laitière, qu'une race chez laquelle cette prédisposition ne se laisse pas remarquer. Cependant il y aura assurément plus de mauvaises vaches laitières dans la première race que dans la seconde, les circonstances étant d'ailleurs les mêmes.

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     La bonne vache laitière est féconde ; celle qui est prédisposée à s'engraisser est souvent stérile.

     Ainsi la meilleure vache laitière est celle qui donne le plus de lait, non-seulement chaque année, mais le plus grand nombre d'années ; ce qui ne peut avoir lieu qu'autant que la race n'a point de prédisposition exagérée à l'engraissement et qu'elle est féconde.

     Mais il ne s'agit pas seulement d'avoir du lait, il faut produire de la viande.

     La race bonne laitière est-elle la plus propre à produire de la viande à bon marché et de la meilleure qualité ?

     Généralement on dit non, parce que la prédisposition à l'engraissement chez cette race n'est pas assez prononcée.

     Avant de donner notre réponse, déterminons les conditions qu'une race doit présenter pour être un bon appareil à viande.

     N'est-ce pas la race, les circonstances étant égales, qui retire de la même quantité de fourrages le plus de ces principes qui font notre sang et notre chair ? En effet, ces principes ne sont préparés qu'en petite proportion dans les plantes ; et quand nous voulons que celles-ci en préparent davantage, nous ne le pouvons qu'à l'aide de grands frais.

     Des principes qui constituent la viande, il en est deux qui sont de beaucoup les plus importants : ce sont la fibrine et l'albumine. Ceux qui se changent en gélatine par l'action de l'eau bouillante, et la graisse, sont des matières bien moins nécessaires à la nutrition de l'homme.

     La viande sera d'autant plus nutritive qu'elle contiendra proportionnellement plus de fibrine et d'albumine, et moins de graisse et de tissus qui se changent en gélatine,

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admettant, bien entendu, que cette viande sera tendre et proviendra d'un animal sain.

     On ne doit donner le titre d'aliments essentiels qu'aux principes qui sont susceptibles de se transformer en sang. Or, les tissus gélatineux, la gélatine des os et des membranes, sont impropres à faire du sang, parce que leur composition diffère de la fibrine et de l'albumine, et que l'organisation animale n'a pas la faculté de ramener la gélatine à l'état de fibrine ou d'albumine.

     La graisse, comme la gélatine, n'est pas un aliment de premier ordre ; c'est une matière que l'on brûle directement dans l'acte de la respiration, ou que l'on met en réserve pour les besoins ultérieurs de la vie.

     La race qui a la plus grande prédisposition à l'engraissement, est celle chez laquelle il y a la plus grande prédominance de tissus cellulaires.

     En n'envisageant la question que sous ce point de vue, ce n'est donc pas à la race très-disposée à l'engraissement qu'on donnerait la préférence.

     Aux races bonnes laitières on ne reproche pas seulement d'être difficiles à s'engraisser, on les accuse de ne pouvoir s'engraisser de bonne heure, et, par suite, on dit qu'on ne peut pas faire autant de viande, et de la viande à aussi bon marché, qu'avec des races qui ont une grande précocité et une disposition prononcée à l'engraissement.

     Examinons encore la question sous ce rapport.

     Je ne vais ici considérer les boeufs que comme une machine à viande, et non comme une machine à produire de la force, c'est-à-dire que je ne vais pas me préoccuper du travail de ces animaux.

     A quelle période de sa vie le boeuf doit-il être livré à la boucherie ?

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     Est-ce dans sa première jeunesse ?

     Non, certainement.

     Des principes essentiels qu'il trouve dans les fourrages pris en plus de sa ration d'entretien, il ne nous rend qu'une faible proportion à l'état de fibrine et d'albumine.

     C'est, en effet, à cet âge surtout qu'il fait des tissus cellulaires : or faire des tissus cellulaires, c'est changer les principes du sang en une matière qui n'est plus propre à en faire ; c'est encore à cet âge que ses os, ses organes internes et ce que l'on désigne sous le nom d'abats, toutes parties que l'homme n'utilise pas pour son alimentation, se développent.

     La viande d'animaux trop jeunes ne fait pas d'ailleurs de bon bouillon, et elle est moins nutritive que celle des animaux de la même race plus âgés. Nous en connaissons la raison.

     Puisque c'est dans sa jeunesse qu'il fait le plus de tissus cellulaires, et qu'à mesure qu'il avance en âge il fait proportionnellement plus de muscles, l'animal qui aurait acquis son maximum de développement à 4 ans, fait bien plus de tissus gélatineux depuis sa naissance jusqu'à 1 an, que depuis 1 an jusqu'à 2 ; il en fera encore plus de 2 à 3 que de 3 à 4 ;

     Puisque, jusqu'à ce qu'il ait acquis toute sa taille, comme on le dit vulgairement, c'est-à-dire jusqu'à ce que ses proportions en longueur et en hauteur soient déterminées, l'animal développe sa charpente osseuse, il convertit encore une partie des principes du sang en tissus cellulaires, car les os sont formés de ces tissus et de substances terreuses, particulièrement de phosphate de chaux ;

     Puisque c'est depuis sa naissance jusqu'à l'âge adulte qu'il fait ses organes internes, etc ;

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     C'est donc pendant ce temps qu'il consomme la plus grande quantité d'aliments dont il ne revient presque rien pour la nourriture de l'homme, et conséquemment ce n'est point pendant qu'il est jeune qu'on doit le livrer à la boucherie.

     On comprend qu'en livrant à la boucherie des animaux avant qu'ils aient acquis leur taille, on ne ferait point avec nos fourrages le plus de viande proprement dite ; que la plus forte proportion de viande ne peut être faite par un animal, avec la même quantité de fourrages, qu'à partir du moment où tous ses organes internes, sa charpente osseuse, sont développés, jusqu'à celui où il est dans un état d'engraissement propre à constituer de la viande de bonne qualité.

     En effet, pendant cet intervalle, les aliments qu'il prend en plus de sa ration d'entretien, il les fait servir à former des muscles et de la graisse ; une partie de celle-ci s'accumule dans des régions spéciales, sans doute ; mais une autre partie reste dans la viande et lui donne de la qualité.

     C'est donc pendant ce temps que la viande peut revenir au meilleur marché.

     Nous avons effectivement montré que, dans les herbages pâturés au piquet et loués 1 fr. la perche, la viande produite pendant cette période revient à 0.25 c. le kil. ; qu'elle revient, dans ces mêmes herbages pâturés en liberté, de 0.40 à 0.50 c.

     Il faut bien que la viande produite pendant cette période de la vie de l'animal coûte moins cher que dans les périodes qui l'ont précédée, puisque ceux qui vendent les boeufs maigres à nos herbages vendent non-seulement la viande que les boeufs ont, mais encore celle qu'ils auront

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après l'engraissement, de sorte qu'en réalité la viande que l'herbager achète maigre 40 c., est vendue de 55 à 60 c. Souvent l'herbager ne la vend pas plus au boucher, quoique les boeufs aient fait pendant leur engraissement une bonne quantité de suif, qui n'est censément pas vendu, et qu'ils aient dépensé des fourrages plus chers.

     C'est donc pendant la période dite d'engraissement que l'appareil à viande fonctionne avec plus de profit pour la société ; mais, pour qu'il le fasse ainsi pendant cette période, il faut arrêter l'engraissement à une certaine limite. En le poussant plus loin, on ne fait plus en quelque sorte que de la graisse, et souvent même en faible proportion.

     Par engraissement, il ne faut pas entendre que l'animal ne doit faire que de la graisse ; il faut entendre qu'il doit augmenter son poids de la plus forte quantité de fibrine et d'albumine, et de la graisse seulement nécessaire pour donner à la viande les qualités que l'on y recherche.

     Ce qui précède démontre que c'est la race la meilleure laitière qui fait la viande de meilleure qualité, et laisse entrevoir que c'est encore elle qui peut la produire au meilleur marché. Nous pouvons mettre en évidence ce dernier fait.

     N'est-ce pas la meilleure laitière qui est la plus féconde ?

     Or, pour produire de la viande, il faut d'abord des animaux.

     Eh bien ! je soutiens qu'avec douze vaches bonnes laitières, qui me donneront chaque année douze veaux, j'obtiendrai de la viande à un prix beaucoup moins élevé qu'avec douze vaches moins bonnes pour le lait, et qui ne me donneront que six à huit veaux.

     Que la question soit envisagée sous un point de vue particulier,

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qu'elle soit considérée sous le rapport le plus général, personne ne peut prouver le contraire.

     La race Durham a une aptitude prononcée à l'engraissement, une grande précocité qui permet de livrer à la boucherie les animaux avant l'âge de quatre ans, et une bonne conformation.

     La fécondité chez les femelles de la race Durham est loin d'être satisfaisante ; il n'y en a eu, au Pin, que 56 sur 100 qui aient été fécondes. A la vacherie de Poussery, les résultats au point de la fécondité sont encore pires : en quatre ans, sur 68 femelles en âge de produire, 27 ont donné 27 produits, soit 39 pour 100 ; 7 ont été en état de gestation, soit 10 pour 100 ; 29 sont restées infécondes, soit 42 sur 100.

     La difficulté de concevoir est donc un grand défaut de la race Durham, qui dès-lors ne peut être considérée comme une bonne race laitière.

     Ces animaux ayant une grande prédisposition à l'engraissement, on en a tiré la conséquence que le lait des femelles était beaucoup plus butireux que celui des vaches appartenant à une race moins prédisposée à l'engraissement.

     Cependant il n'en est rien ; car l'expérience faite au Pin sur la race Durham a montré qu'il faut au moins 30 litres de lait pour obtenir un kilogramme de beurre, et on sait qu'avec la race cotentine il n'en faut pas davantage, quelquefois il en faut moins.

     Ce fait est encore en faveur de l'opinion de ceux qui pensent que les herbivores ne fabriquent point la graisse que nous trouvons chez eux.

     J'ai montré que la meilleure race laitière est celle à laquelle il faut donner la préférence, non-seulement quand

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il s'agit de produire du lait, mais encore lorsqu'il s'agit de produire de la viande de bonne qualité et au meilleur marché.

     Or, la race Durham, ayant une aptitude prononcée à l'engraissement, ne peut être ni une bonne laitière, d'après l'acception qu'on doit donner à ce mot, ni un bon appareil à viande.

     Messieurs, je m'arrête ici : d'une part, parce que je craindrais de fatiguer votre attention, et, d'une autre part, parce que je vais, sans doute, avoir à répondre aux orateurs qui viennent de demander la parole.

     MM. Monnier, Le Mercier et Martegoute ont pris successivement la parole pour combattre M. Durand.

     M Durand a répliqué, et voici son improvisation :

     MESSIEURS,

     Je commence par remercier les orateurs qui m'ont répondu ; ils m'ont donné l'occasion d'entrer dans tous les détails que comporte la question qui est soumise à votre examen.

     Je veux bien admettre, pour un moment, l'aptitude et la précocité à l'engraissement chez la race Durham comme des qualités ; mais à quel prix les obtient-on et les conserve-t-on ? Au prix d'une alimentation des animaux, riche sous un petit volume pendant au moins leurs deux premières années, c'est-à-dire l'élevage au lait pur et à discrétion jusqu'à cinq ou six mois, ou mieux, l'allaitement des veaux par leur mère au moins pendant cinq mois ; puis, pendant l'été, les meilleurs herbages ; pendant l'hiver, des grains concassés, des farineux, etc.

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     Mal nourris, ils restent tardifs.

     M. Sainte-Marie, qui a observé la race Durham dans des localités très-diverses, a toujours été ramené à ce principe rigoureux, que ce qui importe le plus à sa réussite, c'est une nourriture abondante et très-nutritive dans le jeune âge.

     Aussi il dit :

     « Cette race ne peut rendre des services que dans les pays qui ont de riches pâturages ; au contraire, dans les pays pauvres, elle dégénérera en peu de temps, comme je l'ai observé en Angleterre. »

     C'est pour cela qu'il propose de ne croiser la race Durham qu'avec les races des pays riches en pâturages, comme, par exemple, celles du Bessin, du Cotentin et de la vallée d'Auge ; il est convaincu qu'elle rendrait à ces pays d'immenses services.

     Il s'agit maintenant d'examiner si les contrées auxquelles on propose la race Durham, doivent l'accepter ou la repousser, en consultant seulement leurs intérêts.

     Comment exploite-t-on les pâturages dans les vallées d'Auge, le Bessin et le Cotentin ?

     Dans les vallées d'Auge, les plus riches sont dépouillés par des boeufs qu'on achète maigres, et qui viennent du Cotentin, de l'Anjou, du Poitou, etc.

     Les pâturages d'une végétation moins riche sont dépouillés par des vaches laitières ; on fait peu d'élèves, on n'élève même pas le nombre de génisses suffisant pour remplacer les vaches qui deviennent impropres à produire du lait.

     Dans le Bessin, presque tous les pâturages sont dépouillés par des vaches à lait ; on élève à peu près les génisses nécessaires à l'entretien des vacheries, mais on n'élève presque pas de boeufs.

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     Dans le Cotentin, on exploite la vache à lait, on élève des génisses dont le plus grand nombre est vendu, à l'état de vaches amouillantes, aux nourrisseurs de Paris et aux directeurs des fermes-écoles.

     Le plus grand nombre des individus mâles est élevé pour faire des boeufs, qui travaillent depuis l'âge de deux ans jusqu'à quatre ou bien cinq, époque à laquelle ils sont vendus pour être engraissés dans d'autres pays, comme dans la vallée d'Auge.

     La race bovine qu'on exploite dans ces trois contrées appartient à la race cotentine, qui est la meilleure laitière du monde.

     Et comment l'y élève-t-on ?

     Dans le Bessin et le Cotentin, on sépare les veaux de leurs mères aussitôt après le vêlage ; on leur en donne le lait pendant quelques jours, et on les met après au régime du gros lait, en réservant le meilleur pour ceux qui sont destinés à la boucherie.

     Quelques cultivateurs du Bessin ont essayé, dans ces dernières années, de laisser téter le veau pendant quatre ou cinq jours pour assurer son existence. Cette pratique, ayant des inconvénients, a été abandonnée.

     Quand les veaux ont atteint l'âge de trois ou quatre mois, et que le temps est beau, on peut les mettre à l'herbe, en continuant à leur donner du gros lait encore pendant quelques semaines.

     Ceux qui naissent à la fin de l'été ou pendant l'automne sont nourris à l'étable pendant tout l'hiver, soit avec du gros lait, soit avec des lavures ou de l'eau blanchie. Ces veaux qu'on met à l'herbe dès les premiers jours du printemps réussissent mieux que les autres.

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     Depuis l'âge de quatre à cinq mois, où ils commencent à se nourrir d'herbe, jusqu'à l'âge de quinze ou seize mois, les jeunes veaux sont nourris en bonne herbe, comme les vaches qui donnent du lait. Leur dépense est à peine sensible dans les premiers mois ; mais, depuis l'âge de dix mois jusqu'à quinze, un veau mange à peu près la moitié de l'herbe que consomme une vache qui produit.

     A partir de cet âge, il devient l'objet d'une spéculation, dont le bénéfice est assez clair pour les cultivateurs intelligents qui trouvent moyen d'élever à très-peu de frais un certain nombre de veaux, en les faisant servir à tirer parti de matières improductives, souvent même embarrassantes. C'est ainsi que la troupe des jeunes veaux auxquels on joint les vaches qui ne donnent pas de lait dans le moment, en passant après les vaches laitières dans les herbages dont la pointe de l'herbe est mangée, achèvent de les dépouiller et les disposent à mieux repousser, tout en permettant de changer plus souvent la vacherie d'herbage ; ce qui est très-favorable pour augmenter et améliorer la production.

     Les élèves vivent aussi plus ou moins bien dans les fonds médiocres ou inférieurs qui se trouvent presque toujours dans l'ensemble d'une ferme, et dispensent ainsi d'y placer les vaches laitières qui n'y donneraient que peu de produits.

     Pendant l'automne, ils se nourrissent dans les étaux, c'est-à-dire sur les pièces de terre où se trouvaient les céréales, achèvent de dépouiller les vieux trèfles, les vieux sainfoins qu'on doit briser. Pendant l'hiver, ils dépensent les foins de qualités inférieures, ceux qui ont été avariés, les bottes qui se trouvent sous les couvertures ou le long des murailles ; outre cela, on leur donne de la paille.

     Pourtant ces animaux, nourris ainsi jusqu'à l'âge de trente

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mois, deviennent des vaches laitières souvent fort belles, qui ont une assez grande valeur lorsqu'elles sont amouillantes, ou de beaux boeufs qu'on fait travailler pendant deux ou trois ans environ, avant de les engraisser ou de les vendre aux herbagers.

     Ce système d'élevage est une nécessité, et il présente des avantages réels lorsqu'il est pratiqué avec intelligence par un cultivateur vigilant, qui met à profit toutes ses ressources et concilie les nécessités de l'élevage avec une économie raisonnée.

     Dans le pays d'Auge, l'élevage n'est pas plus dispendieux.

     Comme on le voit, ces veaux, en définitive, arrivés à l'âge de trente mois, ont coûté peu de chose au cultivateur, puisque même, dans beaucoup de cas, nous le répétons, ils ont été pour lui un moyen de se débarrasser de matières qu'il n'aurait pu faire dépenser à des vaches laitières, et, à plus forte raison, à des boeufs à l'engrais.

     Est-ce ainsi qu'on peut élever les animaux de la race Durham ?

     Non, certainement.

     Si ces animaux étaient élevés comme le sont ceux de la race cotentine, on ne tarderait pas avoir disparaître ce que l'on appelle leurs qualités.

     Pour conserver, en effet, à la race Durham sa bonne conformation, sa précocité et son aptitude à l'engraissement, il faut, comme je le disais il n'y a qu'un instant, laisser téter le veau jusqu'à l'âge de cinq mois au moins ; depuis cet âge jusqu'à deux ans, lui donner pendant l'été les meilleurs pâturages, et pendant l'hiver une nourriture très-substantielle, tels que des farineux, des grains concassés, etc.

     Je ne sais pas au juste, parce qu'on ne l'a pas dit, à quel

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prix un animal ainsi nourri revient à l'âge de deux ans ; mais il va m'être facile de dire à quel prix il reviendrait à l'âge de cinq mois.

     Pour cela, il me suffit d'examiner combien une vache rapporte pendant les cinq mois qui suivent le vêlage. Le produit brut, en moyenne, dans le Bessin et le Cotentin, d'une bonne vache, en comptant le beurre, l'engraissement d'un veau, l'appoint qu'elle donne à l'engraissement des porcs et à la consommation du ménage, dépasse 300 francs dans les exploitations où le beurre est bien préparé ; mais admettons que la moyenne soit seulement de 300 francs ; dans la vallée d'Auge où le lait est converti en fromage et en beurre, le produit est au moins de 300 francs.

     Or, s'il est vrai qu'une vache bonne laitière peut donner du lait pendant dix mois de l'année, il ne l'est pas moins que c'est dans les cinq premiers mois qu'elle en donnera la plus forte proportion. Si, pendant dix mois, la bonne vache donne en moyenne 3,600 litres de lait, elle en produit, dans les cinq premiers mois, les deux tiers, c'est-à-dire 2,400 litres. Ce serait donc, puisque le produit brut d'une vache est de 300 francs, 200 francs au moins que le veau coûterait à l'âge de cinq mois, sans compter d'ailleurs tous les inconvénients pour la mère, qui aurait été ainsi tétée pendant ce temps.

     Si, au bout de cinq mois, il coûte déjà 200 francs, combien coûtera-t-il à l'âge de deux ans, quand, pour arriver à cette précocité qu'on nous vante tant, il faut que l'animal soit nourri pendant l'hiver avec des farineux, pendant l'été avec les meilleurs pâturages ?

     Qu'on en juge par l'exemple suivant :

     Des cultivateurs, guidés plutôt par l'amour-propre que

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par leurs véritables intérêts, ont nourri à discrétion, quelquefois pendant quatre ou cinq mois, des veaux au lait pur, ensuite à la farine, au gros lait et aux tourteaux, jusqu'à douze ou quinze mois. Ces animaux, qui avaient coûté à élever jusque-là, en moyenne, 400 francs, donnaient, quand ils avaient bien réussi encore, 150 kilog. de viande nette, c'est-à-dire de la viande qui revenait à plus de 2 fr. 50 le kil.

     Sans doute, ces animaux n'auraient pas fourni à un tel âge cette quantité de viande nette, s'ils n'avaient reçu, dans leur enfance, pour nourriture, que du gros lait coupé avec de l'eau et des lavures des vases de la laiterie, puis ensuite du foin pendant l'hiver, de l'herbe pendant l'été. Mais combien aussi auraient-ils coûté ?

     A peine 100 francs ; que dis-je, 100 francs ? puisque, pendant cinq mois, ils auraient bu du gros lait coupé d'eau ; que de cinq à dix mois la dépense aurait été peu sensible au pâturage, et que, de dix à quinze, ils auraient consommé à peine la moitié de la dépense d'une vache à lait.

     Ce n'est pas seulement jusqu'à quinze mois, c'est jusqu'à l'âge de deux ans à deux ans et demi qu'il faut nourrir les animaux de la race Durham, si l'on veut qu'ils aient une bonne conformation et qu'ils puissent s'engraisser de trois à quatre ans.

     Depuis l'âge de quinze mois jusqu'à deux ans ou deux ans et demi, les jeunes boeufs, dans le Cotentin, sont nourris avec tout ce qu'il y a de plus mauvais dans la ferme. Pendant l'été, on les met dans les pâturages où l'on ne pourrait mettre ni vaches à lait, ni boeufs à l'engrais, à cause de la mauvaise qualité ou de la rareté de l'herbe, ou bien dans les herbages, pour manger le refus des vaches à lait, etc. Pendant l'hiver, on leur donne des fourrages qu'on ne peut

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faire guère dépenser qu'à ces animaux, dont l'appétit est toujours ouvert. Ils ont donc dépensé fort peu de chose, comparativement à la dépense qu'ils auraient faite si on les eût nourris comme veulent l'être les animaux de la race Durham. Cette dépense est telle qu'en les vendant de 160 à 180 fr., ils donnent des bénéfices au cultivateur, pour lequel, nous l'avons déjà dit, ils ont été un moyen d'utiliser des produits dont on n'aurait pu tirer parti qu'avec des moutons.

     Mais on ne les vend pas ordinairement ; on trouve de l'avantage à les faire travailler : il y a, effectivement, profit et pour le cultivateur et pour la société. Il y a profit pour le cultivateur, puisqu'en le faisant travailler jusqu'à quatre ans et demi à cinq ans, l'animal, par son travail, a payé sa nourriture, et qu'il est vendu 350 fr., au lieu de 180 fr., à l'âge de deux ans et demi. Il y a profit pour la société, puisque des aliments qu'il a dépensés une partie a servi à développer sa dimension en hauteur et en largeur, et lui a permis d'arriver à cet âge où il doit faire le plus de viande proprement dite ; tandis que le cheval qu'il remplace au travail, en supposant qu'il n'eût consommé que des aliments de la même qualité, aurait dépensé la totalité de ces aliments sans donner de viande. Mais les aliments que le cheval dépense ne sont point du prix de ceux que consomme généralement le boeuf qui travaille ; il faut au cheval, outre de bon foin ou de bonne herbe, de l'avoine.

     Cinq boeufs représentent au moins le travail de trois chevaux. Ces cinq animaux, tout en développant leur taille, ne dépensent pas plus que trois chevaux. Ils absorbent sans doute un poids plus considérable de matières ; mais celles-ci, qui sont, en général, de mauvais fourrages, ne sont pas de la nature de celles que consomment les chevaux.

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     Il faut encore ajouter que la viande, les os qu'ils avaient, au moment où ils ont commencé à travailler, existent ; tandis que, de tous les aliments qui ont nourri le cheval depuis sa naissance jusqu'à sa mort, il n'en revient rien à la société comme matière alimentaire. Dans une exploitation, où le cheval seul est employé aux travaux de l'agriculture, il y a une grande étendue de terrain réservée à produire la nourriture nécessaire à cette sorte d'animaux. L'expérience prouve que, dans une ferme de 60 hectares de terres en labour, 8 hectares servent uniquement pour les chevaux.

     Il serait donc à désirer, dans l'intérêt du présent, et surtout de l'avenir, qu'on fît le plus possible les travaux agricoles avec des boeufs.

     On reproche aux boeufs d'être lents au travail ; mais, s'ils sont moins vifs que les chevaux, ils sont plus tenaces. Dans les terres argileuses, difficiles à labourer, le boeuf convient même mieux que le cheval. A ces avantages s'en joint un autre : les harnais du boeuf coûtent bien moins cher que ceux du cheval, et il n'y a pas de dépense de ferrage à faire.

     Avec la race Durham, il n'y a pas de travail possible ; la précocité à l'engraissement, pour laquelle on propose d'adopter cette race, en exclut toute idée. En effet, originairement, la race Durham travaillait : son perfectionnement a eu pour résultat la suppression de cet emploi.

     Sans doute, si on croisait la race Durham avec la race cotentine, si l'on élevait les animaux qui proviendraient du croisement comme il faut les élever pour arriver à une grande précocité, on garderait moins long-temps les mêmes individus, puisqu'on les engraisserait de trois à quatre ans, tandis que les boeufs cotentins ne sont livrés à la boucherie que de cinq à six. Mais, avec la même étendue de terrain,

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ferait-on de la viande d'aussi bonne qualité, de la viande à meilleur marché, et la consommation recevrait-elle autant de lait qu'elle en reçoit ?

     Nous répondons : Non.

     Pour qu'il en fût ainsi, en suivant le système qu'on propose, il faudrait que la puissance végétative du pays fût triplée, et que les mauvais terrains produisissent autant que les meilleurs. En effet, tout le lait que chaque vache donnerait pendant cinq mois serait employé à la nourriture du veau ; ensuite, pour nourrir celui-ci pendant l'hiver, on devrait lui donner des farineux, des grains. Il y aurait une certaine étendue de terrain d'employée et beaucoup de frais pour produire cette nourriture. Il faudrait diminuer le nombre des vaches laitières, et, dans le pays où l'on se livre surtout à l'engraissement du bétail, diminuer aussi considérablement le nombre de boeufs qu'on engraisse chaque année.

     Si, dans le pays d'Auge et le Bessin, il y a de riches pâturages, et peut-être les plus riches de la France, combien n'y a-t-il pas, dans ces mêmes pays, de mauvais terrains, même dans l'ensemble d'une ferme, qui ne sont pas propres à nourrir les animaux de la race Durham, ou de la race Durham croisée avec la race cotentine, pour les faire arriver à cette précocité qui doit être, suivant M. Lefebvre-Sainte-Marie, « le but des efforts de tous les améliorateurs de races quelconques, placées dans des contrées naturellement riches, comme le Cotentin, la vallée d'Auge, etc. »

     « La précocité, c'est le problème de la perfection animale résolu. ! »

     Il y a beaucoup de terrains où l'on ne peut engraisser des boeufs avec avantage, et même exploiter avec profit la vache

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laitière. Que ferait-on de ces terrains, puisqu'on ne pourrait plus les utiliser pour la nourriture des élèves ? Que ferait-on encore de tous les produits avariés, ou inférieurs en qualité, qui se trouvent toujours dans les fermes, et qu'on fait dépenser aux élèves pendant l'hiver ?

     Il n'est pas un homme, quelque peu initié à l'ensemble des questions que soulèvent l'exploitation des herbages, l'élève du bétail, la production du lait et de la viande, qui ne reconnaisse que l'élevage, comme se fait celui de la race Durham, est contraire aux intérêts de la société et ruineux pour le cultivateur. Lorsqu'on prétend qu'on ferait plus de viande, et de la viande à meilleur marché, en pratiquant ce système d'élevage, parce qu'on renouvellerait la population animale plus souvent, on s'illusionne ; on ne voit la question que sous une face, tandis que les questions agricoles, très-complexes, en présentent toujours un grand nombre. Il ne faut jamais perdre de vue que cet engraissement et cette précocité ne sont que le résultat d'une nourriture spéciale, nourriture qui coûte fort cher. Nous disons que c'est le résultat de cette nourriture, puisque, dès qu'elle fait défaut, les qualités de cette race, si qualités il y a, disparaissent.

     C'est donc une espèce de tour de force que d'arriver à faire acquérir un poids considérable à des animaux avant l'âge adulte. C'est du luxe ; et si le luxe doit être proscrit quelque part, c'est en agriculture, surtout quand il s'agit de produits de première nécessité. L'agriculture ne doit jamais oublier ce principe, soit qu'elle envisage ses propres intérêts, soit qu'elle considère ceux de la population qu'elle est obligée de nourrir : retirer de la même étendue de terrain plus de substances alimentaires, ou autres, qui peuvent être vendues moins cher, tout en permettant au cultivateur

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de faire aussi bien ses affaires qu'auparavant, et même de les faire mieux.

     C'est là le vrai progrès.

     Le bon marché ici n'est pas, en effet, le résultat d'une dépréciation des produits agricoles, ce qui est toujours un malheur non-seulement pour l'agriculture, mais pour tout le monde, surtout pour le pauvre, parce que la fortune publique s'abaisse ; c'est le résultat d'une meilleure culture. Il y a, dans ce cas, abaissement dans le prix des denrées agricoles et élévation dans la valeur de la terre ; par conséquent, les moyens d'augmenter ou de laisser au même taux le salaire de l'ouvrier, et de diminuer le prix des substances nécessaires à la vie.

     Il y a encore un autre résultat à signaler dans ce progrès, c'est qu'une population, qui se multiplie comme la nôtre, y trouve les moyens de se développer.

     Mais qu'arrive-t-il lorsque, sous prétexte de faire une chose en plus grande quantité, on dépense trois fois plus pour la produire ? Il arrive qu'il faut la vendre trois fois plus cher, si l'on veut faire ses affaires, à moins qu'on ne reçoive des récompenses du Gouvernement.

     Quelle bonne idée ! Donner de l'argent pour qu'une chose soit produite dans des conditions qui la font revenir à un prix beaucoup plus élevé !

     Le cultivateur qui veut payer son propriétaire et élever sa famille, se garde bien d'imiter cet exemple, qu'on décore du beau nom de progrès. Il conçoit de la défiance pour tout ce qu'on lui conseille, même pour tout ce qui est bon.

     Voilà le résultat que produisent ceux qui font de l'agriculture avec trop de dépenses.

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     On peut dire, d'une manière générale, que le cultivateur qui fait le mieux ses affaires est celui qui rend le plus de services à l'agriculture et à la société tout entière.

     Suivre le système d'élevage que l'on nous propose pour avoir des boeufs très-gras à l'âge de 3 à 4 ans, c'est faire en partie ce que l'on fait pour avoir des animaux qui peuvent être présentés au concours de Poissy. Dieu seul sait ce que ces animaux ont coûté et les espèces d'aliments qu'ils ont dépensés !

     Les propriétaires de ces animaux se gardent bien de le dire, et ne le savent pas toujours. Ce que l'on sait positivement, c'est que, tout en recevant des primes, ils sont encore en perte, quoiqu'ils vendent leurs animaux à un prix supérieur à celui qu'ils valent réellement.

     On peut se demander à combien revient la viande nette des animaux qui figurent à ces concours. J'ai de bonnes raisons pour pouvoir soutenir qu'elle revient à plus de 3 fr. le kilogramme.

     C'est pourtant cela qu'on appelle le progrès ; c'est en faisant marcher l'agriculture dans cette voie qu'on espère faire de la viande à bon marché, à la portée de tout le monde, de l'ouvrier surtout.

     Quand on a l'air de douter de l'avantage de ces concours, on vous dit : Vous ne comprenez donc pas que ces institutions font voir les races qui sont les plus grasses ; qu'ils font voir leur conformation, leur précocité et la quantité de viande nette que chaque animal donne ? C'est très-vrai, on voit tout cela ; mais on n'en est pas beaucoup plus avancé. Ces animaux n'ont pas été placés dans des circonstances identiques, de sorte que la comparaison qu'on peut faire entre eux n'a aucune valeur, puisqu'elle manque de

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la condition indispensable ; puis on ne sait pas, c'est cependant l'essentiel, car tous les autres résultats sont nuls, on ne sait pas combien chaque animal, quelle que soit la race, a coûté.

     Qu'importe pour moi, en effet, qui examine la question dans le véritable intérêt de l'agriculture et de l'économie publique, que vous ayez engraissé un animal à l'âge de 3 ans 1/2 d'une manière très-prononcée, que vous soyez arrivé à obtenir de lui 60 p. % de viande nette ? Que m'importe que vous ayez accumulé une montagne de graisse dans un animal appartenant à une race quelconque, si, pour obtenir ces résultats, vous lui avez fait consommer trois fois plus d'aliments, surtout si vous avez fait dépenser, et vous l'avez fait, car vous n'avez obtenu ces résultats qu'à ce prix, si vous avez fait dépenser des substances qui ne doivent jamais servir de pâture aux herbivores ?

     En disant : peu m'importe, je me trompe ; cela m'importe beaucoup, au contraire : car, en vous volant vous-même, vous volez la société et vous trompez le Gouvernement, qui manifeste une intention bienveillante pour l'agriculture par l'institution de ces concours.

     Ce que je veux, c'est que vous produisiez, non pas de la viande qui revienne à 3 francs le kilogramme, mais de la viande de bonne qualité, et de la viande qui revienne tout au plus de 50 à 60 c. le kilogramme.

     En produisant la viande dans de pareilles conditions, vous la produirez non-seulement pour être à la portée de toutes les bourses, mais, avec la même étendue de terrain, vous en produirez davantage.

     Comment se fait-il qu'il y ait des hommes qui se préoccupent si peu de leurs intérêts et des intérêts de tout le

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monde, qui sont encore les leurs, qu'ils élèvent et engraissent des animaux destinés à figurer dans ces concours ? Ah ! c'est une affaire d'amour-propre ; c'est pour la satisfaction, quand le boeuf est primé, de voir leur nom dans les journaux de Paris ou de leur localité ; car la presse, qui ne devrait jamais parler que de choses qui intéressent le plus grand nombre, ou des belles actions, ou des services rendus, applaudit encore à ces prétendus succès. Et à quoi cela mène-t-il ? A ce qu'on voie quelquefois des engraisseurs obtenir ces décorations qui ne devraient jamais rappeler autre chose que le bon, le beau et l'utile !

     A l'oeuvre donc, Messieurs les engraisseurs !! Luttez à qui engraissera le plus. Déjà vous êtes obligés de donner de la farine ou du pain de froment, de la soupe même, à vos boeufs ; je ne désespère pas de voir bientôt chez vous une fabrique de chocolat pour les engraisser.

     En agissant ainsi, vous engraisserez plus aisément vos bestiaux. Le chocolat vaut mieux, en effet, pour produire de la graisse que le froment, et vous serez moins coupables envers l'économie publique, puisque, au lieu de pain qui est la vie principale de la majorité des individus, vous donnerez une substance qui intéresse fort peu le pauvre, et qui d'ailleurs n'est pas produite sur notre sol.

     En vérité, les résultats, si importants pour l'agriculture et la société, de ces concours de bêtes grasses, me font regretter que de pareilles institutions n'existent pas pour d'autres produits agricoles. Que n'en institue-t-on, par exemple, pour des pieds de blé, de colza, de carottes, de betteraves, etc. etc. !

     La concurrence serait bien plus grande. Ce ne serait pas seulement quelques grands propriétaires qui pourraient

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exhiber leurs produits, mais tout le monde ; car il serait toujours facile à chacun de se procurer assez de terre et d'engrais pour produire des spécimens de ces plantes.

     Quant aux résultats, ne seraient-ils pas les mêmes ?

     Je reviens au système d'élevage qu'on nous propose. En le suivant, c'est aux résultats que produisent les concours dont je viens de parler tout-à-l'heure qu'on arriverait, puisque c'est à peu près dans de pareilles conditions qu'il faudrait se placer.

     Pour vous convaincre combien ce système d'élevage coûte à celui qui le pratique, allez en Angleterre, interrogez les éleveurs de la race Durham. Les uns vous diront qu'ils sont soutenus par leurs maîtres, qui veulent avoir une belle vacherie ; les autres vous répondront que, depuis qu'ils élèvent ces animaux, ils ne s'enrichissent pas.

     Cependant remarquons bien cela : des animaux qu'ils élèvent, un petit nombre est livré à la boucherie ; la plupart sont vendus comme animaux de reproduction, et devinez à quel prix ? 1,312 francs, un veau au-dessous d'un an ; 2,700 à 2,800 francs, des génisses au-dessous de deux ans. On a vu vendre des vaches de trois ans 4,462 fr. ; des taureaux, 5,000 fr. ; un boeuf gras, 6,000 fr. : et il faut noter, c'est ce qu'il y a de plus curieux, que ceux qui se livrent à ce système d'élevage, à leur propre compte, ne tardent pas à l'abandonner, par ce motif qu'il est ruineux.

     On me dit : vous exagérez ; on propose le croisement de la race Durham avec d'autres races moins précoces, et les animaux croisés n'ont pas besoin d'être aussi bien nourris que la race améliorée pour être précoces. Singulier raisonnement ! Quoi ! votre race Durham n'est précoce qu'à la condition qu'elle est nourrie d'une manière spéciale, et vous

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voulez que la race croisée en ait la précocité, en recevant une nourriture beaucoup moins chère ?

     Cultivateurs du Bessin, du Cotentin et de la vallée d'Auge, pourquoi donc ne vous empressez-vous pas d'adopter le système d'élevage qu'on vous propose ?

     Vous voyez les bénéfices qu'il présente.

     Adoptez donc la race Durham. Je ne vois là qu'un petit inconvénient.

     Vous, habitants du Bessin et du Cotentin, qui produisez de si bon beurre, connu jusque dans l'Amérique ;

     Vous, habitants du pays d'Auge, qui faites aussi du beurre, du fromage, un des mets de la classe ouvrière ; qui en faites quelquefois pouvant rivaliser avec les meilleurs connus ;

     Vous tous fermez vos laiteries : les veaux croisés de la race Durham réclament le lait de leurs mères jusqu'à l'âge de cinq à six mois.

     Ce n'est pas tout : vous ne produisez pas assez de grains pour votre nourriture et celle des chevaux que vous employez ; cependant la race croisée Durham, pour arriver à la précocité, ne peut se contenter pendant l'hiver du meilleur foin ; il lui faut, dans cette saison, des grains et des farineux.

     Labourez donc une partie de vos meilleurs herbages, pour produire ces substances alimentaires des boeufs.

     Vous avez de bien mauvais pâturages, de bien mauvais terrains qui ne donnent que de mauvais foin ; il ne vous reste plus qu'une ressource pour tirer parti de ces mauvais pâturages, de ces mauvais foins, c'est de les faire consommer par des moutons.

     Mais ne vous réjouissez pas trop. Si demain, par exemple,

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on vous apporte d'Angleterre une race ovine qui, comme la race Durham, possède une précocité, une aptitude à l'engraissement, et à laquelle il faille, comme à la race Durham, pour obtenir et conserver ces qualités, une nourriture analogue, je ne puis plus vous dire quel parti vous tirerez de ces terrains.

     Je viens, Messieurs, de chercher à apprécier les services que peut rendre et à notre agriculture et à notre économie publique la race Durham, dite perfectionnée. Je n'ai pas été, dans cette appréciation, favorable à des idées qui se proposent sans doute un but louable ; mais il m'a semblé que l'intérêt général passait avant toute considération.

     Au reste, je ne désire qu'une chose, c'est que tous mes adversaires aient, pour défendre la race Durham, les raisons que j'ai pour la combattre.

     Faut-il maintenant conclure de ce que j'ai dit dans le cours de cette discussion, que tout se fait pour le mieux en ce qui touche l'économie du bétail ? Ce n'est assurément pas ma pensée. Il y a encore beaucoup à faire pour produire du lait, surtout de la viande à bon marché.

     Ce qu'il faut d'abord observer, c'est de nourrir avec intelligence les bestiaux.

     La vache laitière adulte est arrivée à l'âge où elle peut donner le plus de lait, le boeuf adulte est arrivé à l'âge où il peut faire le plus de viande.

     Mais, pour obtenir de ces deux animaux, avec le premier, le plus de lait, avec le second, le plus de viande, il faut leur donner des fourrages en quantité suffisante, et il faut aussi que ces fourrages flattent leur goût.

     Ces deux sortes d'animaux sont à un âge où ils peuvent parfaitement exister : la vache, sans donner beaucoup de

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lait ; le boeuf, sans augmenter de poids. Pour vivre, ils n'ont besoin, en effet, que de prendre leur ration d'entretien.

     Les produits que la vache et le boeuf nous donnent étant préparés avec des aliments pris en plus de cette ration d'entretien, on doit donc s'efforcer de leur faire absorber le plus d'aliments en plus de cette ration, pourvu que ces aliments soient bien digérés, et qu'ils appartiennent à la classe des fourrages.

     Les aliments qui flattent le goût de l'animal ont une influence sur la qualité des produits que ces animaux donnent. Une vache laitière, par exemple, fournit du lait plus butireux et plus aromatique dans un herbage bien orienté et dont le fonds est sec, que dans un herbage ombragé et dont le terrain est marécageux ; le boeuf s'engraisse très-bien dans le premier, tandis que, dans le second, il lui faut plus de temps, et même quelquefois il ne s'y engraisse pas.

     La vache laitière et le boeuf à l'engrais sont ce qu'on appelle le bétail de revenu.

     Si on ne donnait à ce bétail que des pâturages de qualité inférieure ou trop clair-semés, on n'obtiendrait de lui que peu de bénéfice, on ne profiterait pas de l'âge où il est arrivé.

     Pourquoi ne donne-t-on pas la même nourriture aux élèves ? Avec elle, les jeunes animaux ne se développeraient-ils pas plus vite ?

     Sans doute ils acquerraient, dans le même temps, un poids plus considérable ; cependant il leur faut toujours le temps de développer leur taille.

     Nous l'avons déjà dit, et nous ne pouvons trop le répéter, parce que c'est une face de la question que l'on perd trop souvent de vue, que, depuis la naissance de l'animal jusqu'à

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son âge adulte, la plus grande partie des aliments, pris en plus de la ration d'entretien, sert au développement des os, des organes internes, etc. ; toutes matières qui ont à peine de la valeur.

     Et c'est cela qui fait qu'il y a plus d'avantage à faire dépenser les pâturages de première qualité par des vaches laitières ou par des boeufs à l'engrais qui sont dans leur première période d'engraissement, c'est-à-dire qui font à la fois de la viande et de la graisse, que par des élèves.

     Pour avoir des boeufs à engraisser et des vaches à lait, il faut faire des élèves. Oui, évidemment.

     Mais je ferais moins d'élèves en gardant les vaches laitières le plus long-temps possible, et en n'engraissant les boeufs qu'à l'âge adulte.

     Il y a de bonnes raisons, d'ailleurs, pour ne pas engraisser les boeufs avant qu'ils soient adultes.

     Pour obtenir l'engraissement des animaux avant cet âge, il faut les nourrir mieux que les vaches à lait ; car celles-ci peuvent être nourries pendant l'hiver avec du foin, tandis que, dans cette saison, l'animal chez lequel on veut développer la précocité à l'engraissement, exige des grains et des farineux.

     Si, pendant son élevage, l'animal donne peu de produits à la société comparativement aux aliments qu'il absorbe, s'il est ruineux pour le cultivateur qui le nourrit aussi bien que le bétail de revenu, n'est-il pas pour la société et l'agriculture, quand on sait l'envisager comme il doit l'être, un moyen précieux de tirer parti de produits improductifs et embarrassants sans lui ?

     En effet, avec ces produits, l'élève ne fait-il pas encore de la viande, et, en outre, ne construit-il pas cet appareil dont

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les matériaux ne servent point à l'alimentation humaine, et qui doit cependant être entièrement construit pour que l'animal puisse faire, avec une quantité donnée d'aliments, le plus de viande ou le plus de lait ?

     Dans les contrées de terrains riches, il y a toujours de mauvais fonds qui ne produisent qu'une nourriture peu épaisse, souvent de mauvaise qualité, et le bétail de revenu qui y serait placé rapporterait peu de chose, parce que n'ayant besoin pour vivre que de prendre sa ration d'entretien, il prendrait peu d'aliments en plus de cette ration.

     Dans de pareils pâturages, les élèves construisent leur charpente osseuse, développent tous leurs organes, font de la viande proprement dite ; ils prennent donc beaucoup d'aliments, outre leur ration d'entretien ; l'appétit chez eux est toujours aiguisé, parce que se développer est pour eux une condition de leur âge.

     S'il faut des élèves pour faire dépouiller ces mauvais pâturages, il en faut aussi pour tirer parti des mauvais fourrages.

     Il est facile maintenant de s'expliquer pourquoi il faut faire consommer les meilleurs pâturages et les meilleurs fourrages par les animaux de revenu ; pourquoi il faut nourrir ainsi ces animaux abondamment, si l'on veut retirer des pârages et fourrages le plus de principes utiles ; pourquoi il ne faut pas les faire consommer par des élèves ; et enfin pourquoi il faut se servir de ces derniers pour pouvoir tirer parti généralement des mauvais pâturages et des mauvais fourrages.

     Maintenant, si l'on fait peu ou point d'élèves dans les fermes où il n'y a pas ou presque pas de mauvais fonds, et si, au contraire, dans celles où il y en a beaucoup, on en fait souvent beaucoup, nous en connaissons les raisons.

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     Faut-il tirer de là la conséquence qu'on ne peut se livrer à l'élève du bétail, avec profit, que dans les contrées où les pâturages sont mauvais ou médiocres, comme sur les plateaux en général, et que dans les bons fonds, dans les vallées, cet élevage serait trop coûteux, parce que les pâturages sont trop chers ? Non ; et nous allons dire pourquoi.

     Il ne faut pas nourrir les élèves comme on nourrit les bestiaux de revenu. Il y aurait perte ; nous l'avons dit et prouvé. L'élevage, dans de pareils fonds, n'est possible qu'en employant un système particulier de parcage ; système, d'ailleurs, qui a le double avantage de nourrir mieux le bétail de revenu et de l'élever avec profit.

     Dans les meilleurs fonds, il reste toujours certaines parties que les vaches à lait ou les boeufs à l'engrais refusent. Ces refus, on est obligé de les faucher, sans souvent pouvoir même en récolter le foin.

     Le système du piquet, qui est déjà adopté par un grand nombre de cultivateurs qui se félicitent de plus en plus de ses bons résultats, permettrait d'augmenter considérablement la population animale et d'améliorer nos herbages, dont beaucoup sont encore exploités comme au temps des patriarches.

     Pour que le bétail de revenu, surtout le boeuf à l'engrais, rapporte le plus de profit, il faut que son appétit soit toujours excité.

     Or ces bestiaux, lâchés dans un herbage, commencent par l'écrêmer, et, s'ils y restent long-temps, il n'y a bientôt plus que des herbes de refus. Leur appétit ne se trouve plus autant excité ; ils prennent moins en sus de la ration d'entretien : par conséquent, si c'est une vache laitière, elle donne moins de lait ; si c'est un boeuf à l'engrais, il augmente moins.

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     Or, avec le piquet, on ne les change pas seulement tous les jours, on les change huit ou dix fois dans vingt-quatre heures.

     Mais, pour pratiquer ce système avec tous les avantages qu'il comporte, il ne faut pas obliger l'animal de revenu à manger toute l'herbe qu'on met à sa portée ; il faut qu'il puisse choisir celle qu'il aime le mieux : par conséquent, il faut qu'on lui donne assez souvent une table non écrêmée ; autrement, on tomberait dans les inconvénients que j'ai déjà signalés plusieurs fois.

     Il laisse donc des herbes dont on ne pourrait tirer parti, même en les fauchant, pour en faire du foin, et cependant qu'il faudrait faucher pour qu'il repoussât à cet endroit de nouvelle herbe, qui serait mangée cette fois par le bétail de revenu.

     Ces refus constituent une excellente nourriture pour les élèves qui, dans de pareilles conditions, se développent bien en les mangeant ; de sorte qu'après ces deux séries d'animaux, les endroits où ils ont passé semblent être fauchés : aussi bientôt se recouvrent-ils d'un nouveau tapis de verdure.

     Toute l'herbe produite par l'herbage est, de cette manière, dépensée pour en tirer le meilleur parti possible, c'est-à-dire pour faire le plus de lait, le plus de viande avec les bestiaux de revenu, et pour développer les jeunes animaux.

     Je ne dis pas tout ; je ne dis pas que l'herbe a été mangée à une époque où elle n'était ni trop jeune, ni trop âgée ; je ne dis pas qu'une plus forte proportion de fumier a été déposée sur le sol.

     L'élevage ne peut donc avoir lieu dans les bons fonds,

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pour être profitable aux cultivateurs, qu'à la condition qu'ils se serviront de la méthode du piquet pour les faire dépouiller.

     Ainsi, réserver les meilleurs fourrages et pâturages pour les bestiaux de revenu, et ne donner aux élèves que ce qui ne peut être consommé avec avantage par les premiers ; telle est une des conditions qu'il faut remplir, si l'on veut produire de la viande à bon marché.

     Cela ne suffit pas encore.

     Il faut faire travailler les boeufs depuis l'âge de deux ans jusqu'au moment où ils ont acquis leur taille, époque à laquelle on doit les mettre à l'engrais.

     Il est aisé de prouver qu'on obtient de la viande à un prix moins élevé en faisant travailler les boeufs, qu'en les nourrissant sans les faire travailler, de manière à pouvoir les livrer à la boucherie un an ou deux ans plus tôt [11].

     Si, depuis deux ans jusqu'à cinq ans, on fait travailler le boeuf ; si, pendant ce temps, son travail paie sa nourriture, tout en lui permettant de s'accroître, n'est-il pas évident qu'il coûte moins à son propriétaire que s'il n'eût pas travaillé, et qu'il eût été même bon à être donné à la consommation à quatre ans ?

     Il y aura toujours eu, en effet, la différence de dix-huit mois ou de deux ans de nourriture ; et je suppose, bien entendu, que les aliments ont été de même nature dans les deux cas, c'est-à-dire pas plus délicats et nutritifs, sous le même volume, pour les animaux qu'on a cherché à rendre

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précoces, que pour ceux qui ont travaillé et qu'on n'a engraissés qu'à cinq ans.

     Nous savons pourtant que, lorsqu'on veut avoir des animaux gras à quatre ans, il faut les nourrir beaucoup mieux, surtout dans les deux premières années, qu'on ne les nourrit ordinairement : cela est si vrai, qu'il faut les nourrir même mieux que la vache à lait.

     Lorsque je dis qu'il faut nourrir, mieux que la vache à lait même, les animaux dont on veut obtenir la précocité, je ne fais certainement pas allusion à la manière dont on élève les Durham. Je ne veux parler que de ce que nous serions obligés de faire, en observant la plus grande économie, si nous voulions engraisser nos cotentins de trois ans et demi à quatre ans (car on peut obtenir ces résultats avec cette race), ou mieux, si l'on veut, avec nos cotentins croisés Durham.

     Si le cultivateur peut obtenir de la viande à meilleur marché, en élevant les animaux comme on le fait et en les faisant travailler, qu'en les élevant pour les rendre précoces, comment l'expliquer ? C'est qu'il en a obtenu une plus grande quantité avec la même étendue de terrain ; ou bien, de la même étendue, une quantité semblable, mais avec moins de frais ; parce que, d'une part, le boeuf ayant travaillé, le cheval a été supprimé, et parce que, d'une autre part, les aliments qu'il a consommés ont coûté moins cher.

     Voilà encore ce qu'il faut observer, avec une race quelconque, lorsqu'on se propose d'obtenir de la viande au meilleur marché.

     Mais, pour atteindre de plus près ce but, la race n'est pas indifférente.

     Nous savons déjà que c'est la meilleure race laitière qui

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est encore la meilleure pour produire de la viande de bonne qualité et au meilleur marché.

     Or la race cotentine est une des meilleures races laitières, et peut-être la meilleure connue.

     Cette race est-elle arrivée à son plus haut degré de perfection ? Toutes les femelles qui lui appartiennent sont-elles toutes bonnes laitières ? Tous les individus mâles et femelles sont-ils bien conformés ?

     Non, malheureusement.

     Il est donc important de faire disparaître le plus grand nombre possible de mauvaises laitières, et de les remplacer par des bonnes.

     Il n'est pas indifférent non plus que la conformation soit bonne ou mauvaise.

     Si la conformation importe peu chez une vache laitière, quand on ne l'envisage seulement que comme machine à produire du lait, il n'en est pas ainsi si, en même temps, on ne veut pas oublier qu'il faut produire de la viande.

     La bonne conformation d'un animal, à part l'avantage qu'elle a de flatter la vue, donne plus de viande et une plus grande quantité de viande de choix, qu'une mauvaise conformation, la race étant d'ailleurs la même.

     Si, dans notre race cotentine, nous avons les meilleures vaches laitières, nous avons aussi de beaux types, sous le rapport de la conformation, chez les mâles et les femelles.

     Nous pouvons donc améliorer notre race en conservant ses qualités intrinsèques ; qualités qui passent avant toutes les autres, nous ne pouvons trop le répéter, alors même qu'il ne s'agit que de produire de la viande.

     Ces qualités sont : la faculté laitière au plus haut degré, un système cellulaire peu développé, ce qui est nécessaire

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pour faire de la viande de bonne qualité ; des animaux peu délicats, pouvant conserver leurs qualités laitières dans toutes les contrées où on les transporte, pourvu qu'on les nourrisse suffisamment.

     Autre chose qui n'est pas à dédaigner dans la race cotentine, et que tout le monde a su apprécier jusqu'à ce jour, c'est qu'elle forme deux sous-races distinctes : l'une, appelée la petite race, est destinée pour les petits fonds ; l'autre, la grande race, est destinée pour les grands ; et il faut remarquer que la première ne le cède pas souvent à la deuxième sous le rapport du produit en lait.

     Améliorer la race cotentine par elle-même, c'est donc une chose dont notre pays doit s'occuper.

     Est-ce difficile ? Non.

     D'abord, obtenir le plus grand nombre de vaches bonnes laitières ; et, pour cela, il ne faut prendre que des reproducteurs nés de bonnes vaches laitières.

     La conformation, qui est aussi une chose importante, ne doit cependant être prise qu'en seconde considération.

     De ce qui est contenu dans le présent travail, qui a pour but d'indiquer les principes d'après lesquels il faut agir lorsqu'on se propose d'obtenir du lait et de la viande à bon marché, je me crois autorisé à poser les conclusions suivantes :

     1° Dans le choix d'une race bovine, la première considération dont on doit tenir compte est la faculté laitière chez les femelles, parce que la meilleure race laitière n'est pas seulement celle qui produit le plus de lait, mais qui produit de la viande au meilleur marché.

     2° Une race chez laquelle l'aptitude à l'engraissement est

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très-grande, ne peut être considérée comme une bonne race laitière.

     3° La précocité et l'aptitude à l'engraissement ne s'obtiennent qu'avec une nourriture plus chère que celle qu'on doit toujours donner aux élèves.

     4° L'aptitude exagérée à l'engraissement est une condition opposée à la production de la viande de meilleure qualité.

     5° La précocité exclut le travail. De deux choses l'une : ou l'on fera travailler les animaux de deux ans à quatre ou cinq ans, pour les mettre à l'engrais ensuite ; ou on les livrera à la boucherie à quatre ans, et ils n'auront pas travaillé.

     6° L'agriculteur qui fait travailler ses boeufs avant de les engraisser, peut fournir de la viande à meilleur marché qu'en ne les faisant pas travailler, mais en les livrant à la boucherie plus tôt.

     7° Dans l'intérêt de l'agriculture et surtout de l'économie publique, il est à désirer que le boeuf remplace de plus en plus le cheval dans les travaux agricoles.

     8° Le bétail de revenu doit être nourri abondamment avec les meilleurs fourrages et pâturages.

     9° Les élèves ne doivent jamais être nourris au lait pur pendant plus de sept à huit jours, et, à partir de douze à quinze mois jusqu'à l'époque où l'on peut les considérer comme bétail de revenu, ils ne doivent recevoir que des aliments qu'il y aurait perte à faire consommer au bétail de revenu.

     10° Le bétail de revenu et, à plus forte raison, les élèves

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ne doivent consommer que ce que l'on désigne sous le nom de fourrages.

     11° Les farineux, les grains, donnés comme aliments aux bestiaux, font toujours revenir le lait ou la viande à un prix trop élevé.

     12° La viande ne doit jamais être engraissée qu'au degré nécessaire pour lui donner les qualités qu'on y recherche.

     13° Pousser l'engraissement au-delà des limites qu'on ne doit jamais dépasser, c'est travailler contre ses intérêts et contre ceux de la société.

     14° Les concours des bêtes grasses, tels qu'ils sont institués, amènent des résultats complètement opposés au but que le Gouvernement a dû se proposer.

     15° Des récompenses, à propos du bétail de boucherie, ne devraient être accordées qu'aux cultivateurs qui, sur une étendue donnée de terrain, produiraient le plus de viande et au meilleur marché.

     16° Le croisement de la race Durham avec notre race cotentine serait une chose funeste, puisqu'il aurait pour résultat d'amoindrir la qualité laitière, comme on doit la définir, et de supprimer le travail des boeufs (car ce n'est que dans le but d'arriver à la précocité qu'on propose ce croisement) ; et encore puisqu'il faudrait nourrir beaucoup mieux les animaux que nous ne les nourrissons, et que les qualités de la viande, loin d'augmenter, diminueraient.

     17° La race cotentine a, dans ses types, toutes les qualités que l'on doit chercher dans la race bovine : facultés laitières, viande de première qualité, bonne conformation,

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bonne au travail, et conservant toutes ces qualités avec la nourriture la moins chère [12].

     Dans l'intérêt de la Normandie et de l'agriculture française tout entière, deux choses doivent être faites : l'une, c'est d'améliorer cette race par elle-même, c'est-à-dire prendre les plus grands soins dans le choix des reproducteurs ; l'autre, c'est de propager cette race, ou de la croiser avec les autres races françaises.

     En conséquence, nous croyons que si le Gouvernement donnait, dans chaque contrée où se trouve la race cotentine, une subvention modique à des agriculteurs pour que des taureaux bien conformés, issus de bonnes vaches laitières, fussent mis à la disposition des autres agriculteurs ; puis, qu'il proposât cette race aux autres départements, soit pour la croiser avec une autre race, soit pour l'exploiter comme race pure ; nous croyons, disons-nous, qu'il se placerait dans toutes les conditions où il faut se placer pour produire de la viande à bon marché.

     L'Assemblée applaudit cette improvisation.

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CONSEIL GÉNÉRAL DE L'AGRICULTURE,
DU COMMERCE ET DES MANUFACTURES.

SESSION DE 1850.

     Un des grands événements de l'année 1850 a été la convocation des Conseils généraux de l'agriculture, des manufactures et du commerce.

     Le Conseil général de l'agriculture a reçu du Gouvernement une nouvelle constitution qui l'a plus intimement lié aux Conseils généraux du commerce et des manufactures.

     Précédemment, les trois Conseils étudiaient et jugeaient séparément les questions qui leur étaient soumises par le Gouvernement ; ils n'avaient, par session, que trois ou quatre séances générales, présidées par le ministre de l'agriculture et du commerce ; séances réservées à la discussion en commun des questions les plus importantes, mais seulement dans le but de s'éclairer par l'exposé des vues diverses des trois grandes parties intéressées. Après ces séances, les résolutions étaient prises séparément par chacun des trois Conseils.

     Il résultait des conclusions diverses auxquelles pouvait donner lieu, dans les trois Conseils, chacune des questions à étudier, des difficultés assez grandes pour le ministère ; car il fallait refondre ou coordonner, au moyen de tempéraments, les projets de loi des trois Conseils ; souvent même il était à peu près impossible de les concilier.

     Pour remédier à ces inconvénients, le décret qui a convoqué les trois Conseils en 1850 a décidé qu'ils délibéreraient en commun sur toutes les questions, et que les

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Commissions chargées d'élaborer les rapports seraient composées d'un nombre égal de membres, nommés par chacun des trois Conseils. De ce moment, la fusion des trois ordres a été complète ; il n'a plus existé qu'un Conseil général de l'agriculture, du commerce et des manufactures, et chaque Conseil a pris la dénomination de Comité.

     S'il y a des avantages incontestables dans cette organisation, qui a été calquée par M. Dumas sur celle du Congrès scientifique de France, il y a aussi quelques inconvénients. L'étude préliminaire des questions dans le sein de chaque Conseil ou Comité a été bien moins approfondie qu'autrefois. Le but de cette discussion n'était plus d'arriver à formuler des réponses, mais seulement de donner aux rapporteurs qui devaient être nommés la connaissance des principales opinions des membres ; partant, c'était dans les séances générales que la discussion devait être le plus animée et le plus sérieuse.

     On peut dire aussi que, pour certaines questions toutes spéciales à l'un des Comités, les deux autres, réunis en séance générale, votaient de confiance et sans connaître les faits ; mais quel est le système qui ne présente pas d'inconvénients ?

     En vérité, plus on voit les choses humaines de près, plus on doit se contenter du passable. Il y a longtemps qu'on l'a dit : Le mieux est l'ennemi du bien ; et cet axiôme, que nous ne voudrions pas pousser trop loin, et que nous repousserions si l'on en faisait abus, a quelquefois son application assez juste.

     Il est certain que les votes des trois Conseils réunis sous la présidence du ministre, constituant un jugement définitif, ont eu une autorité plus grande que par le passé dans l'opinion

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publique. Il faut dire aussi qu'en l'absence de la Chambre des Pairs, les représentants des trois grands intérêts de la nation étaient revêtus d'un caractère nouveau, que la Chambre des Députés elle-même a reconnu, et que le Conseil général de l'agriculture, du commerce et des manufactures, quoique investi d'attributions très-différentes, représentait assez bien la pairie, puisque la pairie n'était elle-même qu'un corps composé des grandes notabilités de la propriété, du commerce et des manufactures. L'armée, la magistrature, la science, qui donnaient aussi entrée à la pairie, étaient d'ailleurs amplement représentées dans le Conseil général.

     Pour revenir aux modifications introduites par le décret de 1850, le Comité de l'agriculture du Conseil général a été porté à 86 membres, au lieu de 54 ; plus 10 membres choisis par le ministre parmi les hommes d'Etat qui ne représentent aucun département, et 10 membres pour les colonies et l'Algérie.

     Par suite de ce changement, que l'ancien Conseil avait demandé lui-même en 1846, la Normandie a 5 membres, au lieu de 3, dans le Comité de l'agriculture.

     On se rappelle que, jusqu'en 1841, le Conseil n'était composé que de 30 membres, et qu'aucun n'y représentait la Normandie ; que ce fut par suite des réclamations de l'Association normande, surtout de son directeur, que le Conseil fut porté à 54 : alors M. de Caumont, M. de Torcy et M. Desjobert y entrèrent ; alors aussi, quoiqu'il n'y eût pas de circonscription absolument attribuée à chaque membre, il fut convenu tacitement que M. Desjobert représentait la Seine-Inférieure et l'Eure ; M. de Caumont, le Calvados et la Manche ; M. de Torcy, l'Orne et la Mayenne.

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     En 1846, M. le duc de Caumont-Laforce entra au Conseil ; mais, quoiqu'il fût grand propriétaire dans l'Orne, on le considéra plutôt comme représentant le midi de la France, où ses intérêts sont également considérables. M. le duc de Laforce n'a pas été maintenu dans le Conseil de 1850.

     D'après la dernière composition du Conseil, deux nouveaux membres, M. le comte Hervé de Kergorlay, pour la Manche, et M. Hippolyte Passy, ancien ministre, pour l'Eure, y sont entrés. M. de Caumont a été maintenu pour le Calvados ; M. de Torcy, pour l'Orne ; M. Desjobert, pour la Seine-Inférieure. Diverses modifications ont eu lieu dans les délégations des Chambres de commerce et des Chambres consultatives. La Chambre consultative de Bayeux, qui ne s'était pas fait représenter, a délégué au Conseil général M. Guérin-Lacouture ; la Chambre de commerce de Caen a nommé, pour la représenter, son président, M. Abel Vautier, en remplacement de M. Gervais, qui avait siégé à trois sessions, et par cela même rempli son mandat. M. Fournet, membre de l'ancien Conseil, représentait la Chambre consultative de Lisieux ; M. Dubourg, celle d'Honfleur ; M. Auvray, la Chambre de Saint-Lo ; M. Le Costé, celle de Cherbourg ; M. Thouroulde, celle de Granville ; M. Mouchel, celle de Laigle ; M. Palyart, celle d'Evreux ; M. Chenevière, celle d'Elbeuf, en remplacement de M. Victor Grandin ; M. G. Petit, celle de Louviers ; M. Henri Barbet, ancien Pair, celle de Rouen.

     Le Conseil complet se compose de 236 membres.

     Il nous faudrait remplir l'Annuaire, si nous voulions analyser les travaux d'une session qui a duré près de six semaines.

     Les séances générales, dirigées avec beaucoup de talent

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et d'habileté par M. Dumas, ministre de l'agriculture, ont conservé une dignité que l'on regrette de ne pas toujours voir dans l'autre Chambre, et tout s'y est passé avec infiniment de convenance. On n'y a pas entendu un mot qui ne fût à sa place, et, quoique parfois vives et animées, les discussions ont toujours eu le caractère le plus satisfaisant.

     Nous ne rappellerons ici que des résolutions prises sur trois ou quatre questions qui intéressaient particulièrement l'agriculture normande.

Police rurale.

     La Commission de la police rurale a eu pour rapporteur M. de Vauxonne, ancien magistrat, président du Conseil général du département du Rhône, membre nouveau du Conseil général, et un des hommes qui, par sa capacité, doivent dans la suite lui rendre le plus de services.

     M. de Vauxonne s'est exprimé ainsi qu'il suit :

     » Sauf un petit nombre d'exceptions dues à l'influence locale, au mérite, à l'énergie de quelques maires de plus en plus rares, il est vrai de dire, avec votre expérience à tous, Messieurs, que la police rurale n'existe aujourd'hui presque que de nom, par le titre et le traitement de ses agents qui ne remplissent point leurs devoirs.

     La loi sur les permis de chasse et sur la chasse en temps prohibé est publiquement violée.

     Les diverses récoltes, les bois surtout, ne sont point protégés.

     Les créations de prairies artificielles, les reboisements, les mises en culture des terrains improductifs, ne peuvent être ni sagement opérés ni sérieusement proposés, en l'absence de tous moyens de surveillance et de conservation.

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     La mendicité, le vagabondage, parvenus au dernier excès de démoralisation et d'audace, se montrent scandaleusement avec impunité, jettent l'inquiétude dans les campagnes et y lèvent un impôt très-considérable, bien involontairement payé.

     Un changement dans les faits est donc nécessaire, urgent. Doit-il entraîner un changement dans l'organisation même des agents de la police rurale ? C'est-à-dire, le mal reconnu, non contesté, est-il le résultat de fautes individuelles, d'une négligence collective ? ou, au contraire, provient-il des vices de constitution du corps, vices qui paralysent et doivent paralyser tous ses membres ?

     Cette seconde question, votre Commission l'a résolue affirmativement et avec la même unanimité.

     Voici ses motifs :

     Tel qu'il existe aujourd'hui, le garde champêtre ne remplit pas ses devoirs, parce qu'il ne pourrait que très-difficilement les remplir ; il n'a ni l'indépendance, ni l'appui, ni la force nécessaires.

     Sa nomination n'a lieu que par la volonté du maire et avec l'approbation du Conseil municipal.

     Son traitement est voté chaque année ; chaque année donc il est remis en question, soit en principe, soit quant à sa quotité.

     Cette quotité est fixée par le Conseil municipal, auquel on est obligé d'adjoindre les plus imposés, dans le cas très-fréquent où le traitement du garde ne peut pas être pris sur les revenus ordinaires de la commune.

     En vérité, Messieurs, quelle indépendance peut et pourra jamais avoir un fonctionnaire qui dépend ainsi de tout le monde ? Condamné à plaire à tous, n'est-il pas obligé de ne

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blesser personne ? Evidemment. Sauf le cas d'une vertu héroïque (chose rare dont la loi ne doit pas faire une condition), ce malheureux garde ne peut sévir ni contre les membres du Conseil municipal, leurs parents, alliés et amis, ni contre les plus imposés et leurs familles, domestiques, fermiers et protégés ; le garde lui-même a ses parents, ses amis, ses voisins, ses protecteurs ; et lorsque tant d'exceptions ont consacré son impuissance d'agir dans la plupart des cas, il ne se trouverait plus que quelques malheureux sur lesquels il pourrait concentrer l'exercice de sa sévérité ; mais un sentiment de justice, de loyauté, de pudeur, que nul ne blâmera, s'oppose à ce qu'il n'exerce que ces rigueurs partiales, oppressives du plus faible.

     D'un autre côté, dans tous les cas importants et graves, lorsque les délits ruraux se commettent en bandes, par des gens étrangers à la commune ; par exemple, lorsque les bois sont dévastés, lorsque certaines récoltes forestières (les châtaignes) sont livrées au pillage, lorsque les neiges amènent la facile destruction du gibier, lorsque les mendiants et les vagabonds circulent en nombre, que peut faire un homme seul, complètement isolé, sans aucun concours qu'il puisse appeler à son appui ?

     D'abord, plusieurs systèmes s'étaient produits ; mais deux seulement ont survécu à la discussion, sans pouvoir se concilier, parce qu'ils sont nettement tranchés.

     Un des membres de la Commission a posé en principe que la seule chose essentielle, indispensable, comme la seule utile, était d'enlever au maire, au Conseil municipal et à toute autorité locale, le choix direct ou indirect des gardes champêtres ; que ces gardes eux-mêmes devaient quitter le titre mensonger d'agents communaux, pour prendre le titre

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vrai et le caractère légal d'agents administratifs et surtout judiciaires ; que leur choix, leur nomination, leur révocation ne devaient appartenir qu'au préfet ; que leur qualité vraie d'officiers ou agents de la police judiciaire devait les placer sous une surveillance, sous une direction nouvelles, et assimiler leur position à celle de la gendarmerie, parce qu'ils deviendraient une sage extension, un complément indispensable de cette institution si utile.

     Par le seul fait de ce simple changement, prétend-on, le garde reprendrait aussitôt cette liberté d'action, cette indépendance qui lui sont nécessaires et qu'on doit lui assurer à tout prix, si l'on veut qu'il remplisse ses devoirs.

     Sans ce changement, on soutient que toute organisation nouvelle, qu'elle soit cantonale ou départementale, combinée ou non avec un embrigadement, demeurera frappée d'impuissance comme elle l'est actuellement ; qu'en un mot, tout dépendait de la nomination du garde et de la condition de savoir à quelle autorité cette nomination appartiendrait.

     A l'appui de sa proposition, le membre dissident a exposé les considérations suivantes :

     Le caractère communal, attribué au garde champêtre, n'est qu'une évidente erreur. Si ce garde a quelques fonctions communales pour des courses ou commissions à faire par ordre du maire, pour les menus détails de la police rurale, pour l'échenillage, le maraudage, ce sont là assurément les moins importantes et, dès-lors, les moins caractéristiques de ses fonctions ; tandis que, au contraire, les attributions du garde champêtre s'étendent à une foule de choses graves, importantes ; qu'alors elles revêtent ce caractère de généralité, de mandat social, qui constitue l'officier de police judiciaire. Ce garde, en effet, est chargé

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par la loi de constater tous les délits ruraux justiciables des tribunaux correctionnels, d'en rechercher, d'en recueillir les preuves ; il est donc, non point, comme on le dit à tort, un agent communal, mais bien, au contraire, un agent direct, essentiel, de l'autorité judiciaire, et comme tel, non-seulement il ne peut ni ne doit être indépendant de l'autorité supérieure, mais son institution, sa surveillance, sa révocation ne doivent être confiées qu'à elle seule.

     Voilà, Messieurs, le système qui a été très-nettement formulé et fort habilement soutenu par un des membres de la Commission. J'ai dû vous l'exposer aussi fidèlement que possible, soit parce qu'il a occupé une grande place dans nos discussions, soit parce qu'il doit se reproduire ici, et que le temps consacré à vous le faire connaître, à le combattre, ne sera point un temps perdu.

     Ce système, Messieurs, votre Commission a pensé qu'il devait être rejeté sans hésitation. En voici les motifs :

     D'abord, Messieurs, ne l'oubliez pas, pénétrée de votre esprit de modération et de prudence, votre Commission s'est attachée à la pensée de réorganiser et non de détruire, d'améliorer et non de changer radicalement, de proposer des choses possibles, faciles même, non des choses impraticables : or tel serait le premier défaut du projet qui vient d'être exposé ; car, par une conséquence nécessaire, que son loyal auteur n'a point dissimulée, il n'irait à rien moins qu'à créer une immense gendarmerie, qui, dépouillée de tout caractère communal, ne pourrait plus, en vérité, sous aucun prétexte plausible, demeurer à la charge des budgets communaux ; ce serait donc une dépense de 10 à 15 millions qu'il faudrait demander à l'Etat, tout en laissant aux

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communes la dépense ordinaire des stériles agents dont elles ne peuvent pas se priver d'une manière absolue.

     Mais cette prétendue amélioration radicale fût-elle aussi réalisable qu'elle est impossible, il faudrait encore se bien garder de l'admettre dans les circonstances actuelles.

     Nous parcourons, Messieurs, une route difficile, semée d'écueils, qu'il faut non-seulement voir, mais prévoir. Dans ces temps d'épreuve et d'instabilité, la prudence commande de ne pas marcher avec trop de hardiesse, et surtout de ne pas se livrer à l'entraînement des théories ; car telle institution, bonne en elle-même, bonne à l'heure où on la fonde, bientôt peut-être deviendrait funeste. Suivant la main à laquelle elle est confiée, l'arme défensive peut devenir une arme offensive... Dans une telle situation, Messieurs, il faut n'avancer qu'avec prudence, conserver un sage contrôle et multiplier les garanties, non par un injuste esprit de défiance, mais par une saine appréciation des incertitudes de l'avenir.

     Je m'exprime, Messieurs, avec une discrétion qui, pour vous, ne sera pas obscure ; votre haute intelligence aura pénétré sans peine la pensée de la Commission.

     En dehors même de ces considérations, que nous appellerons politiques, votre Commission estime qu'il y aurait faute et danger à dépouiller entièrement la police rurale de son caractère municipal et paternel ; à lui enlever cette faculté précieuse, nécessaire, qui lui permet de fermer souvent et très-judicieusement les yeux sur de minimes contraventions presque inoffensives, d'opérer des conciliations sans frais, d'admettre des dédommagements amiablement consentis, et de ne déployer une juste sévérité que là où commence la nécessité d'une répression légale. Or tout

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cela disparaîtrait, si les gardes champêtres étaient changés en de véritables gendarmes, nommés directement, sans présentation, sans contrôle, par l'autorité préfectorale, librement révocables par elle seule, soumis à l'unique impulsion des autorités supérieures, et placés dans une position dont l'indépendance et la force les élèveraient au-dessus du chef de la commune.

     Eclairée par la discussion et par les inconvénients de ce premier système, votre Commission, Messieurs, a pu formuler plus sûrement celui qu'il lui semblerait convenable d'adopter.

     Sa pensée persistante a été de former une organisation cantonale.

     Dans ce système, tous les gardes des diverses communes ou réunions de communes, d'un même canton, seraient embrigadés sous la surveillance et la direction d'un garde-chef.

     Chaque garde, tout en conservant sa résidence habituelle dans sa commune, aurait le droit de verbaliser sur toute l'étendue du canton et pour toute espèce de délit.

     De ces simples innovations il résulterait, comme effet immédiat et certain :

     Que tout garde, ayant près de lui un chef spécial et étant obligé de lui rendre un compte périodique, ne pourrait plus négliger ses devoirs, et passer des années entières sans dresser un seul procès-verbal ;

     Qu'aucun garde ne se trouverait plus isolé, sans appui, privé de concours ;

     Qu'au contraire, dans les cas que nous appellerons délicats, la répression pourrait avoir lieu par un garde du canton, étranger à la commune ;

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     Que, dans les cas difficiles et graves déjà signalés ; par exemple, aux cas de chasse en temps de neige, de pillage de récoltes, de dévastation de bois, de mendicité par bandes, tout garde obtiendrait l'aide, l'assistance qui lui sont nécessaires, et que toute commune se verrait, au besoin, défendue, protégée par une brigade entière.

     Vous le savez, Messieurs, cette pensée d'une organisation cantonale est loin d'être une nouveauté ; la première idée n'en appartient point à votre Commission ; mais elle l'a étudiée, elle a voulu la développer, et, par cette étude même, elle s'y est attachée davantage, car le propre des idées justes est de se fortifier par l'examen et la discussion.

     En effet, l'organisation cantonale des gardes champêtres est, en cette matière, la seule amélioration actuellement réalisable, sans inconvénients sérieux et avec d'incontestables avantages ; faire plus, c'est dénaturer imprudemment l'institution existante ; faire moins, c'est demeurer dans la stérilité, l'impuissance, le néant bien constaté de l'institution purement communale.

     Et, d'ailleurs, l'organisation que nous avons l'honneur de vous proposer se coordonnerait à merveille, soit avec ce qui existe déjà, soit avec ce qui devra être, aux termes de notre Constitution, prescrivant l'établissement de Conseils cantonaux, institution nouvelle, mais qui elle-même ne fera que compléter l'existence cantonale, déjà consacrée sous le triple rapport judiciaire, administratif et politique.

     C'est, en effet, au chef-lieu de canton que se trouvent la justice de paix et le bureau d'enregistrement.

     C'est au chef-lieu de canton que s'opère le recrutement et que siége le Conseil de révision.

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     C'est là aussi que se font les élections ou que leurs résultats se centralisent.

     Une fois ce principe d'organisation cantonale admis, votre Commission a pensé que c'était là qu'il fallait chercher un moyen de solution pour la question délicate de la nomination des gardes.

     Leur mode de nomination actuelle, étant la cause certaine de leur impuissance, ne pouvait être conservé.

     Confier à l'autorité préfectorale cette nomination, en toute liberté, sans garanties, sans contrôle, c'eût été s'exposer aux dangers que nous vous avons déjà indiqués, et dépouiller l'autorité locale de toute part d'influence.

     Laisser cette nomination aux Conseils cantonaux nous a paru être une mesure qui présenterait plus d'inconvénients que d'avantages.

     C'est après avoir pesé toutes ces considérations que votre Commission s'est arrêtée à la pensée d'attribuer la nomination des gardes au préfet, mais sur la présentation des Conseils cantonaux, dans lesquels toutes les communes seront représentées, et, très-probablement, en la personne de leur maire.

     A la vérité, dans notre pensée, le choix à faire sur les listes de présentation ne serait pas absolument obligatoire ; mais il deviendrait assurément la règle générale, et, pour éviter des exceptions trop nombreuses ou des révocations trop facilement prononcées, chaque année le préfet serait tenu de présenter au Conseil général le compte-rendu, soit des gardes révoqués, soit des gardes nommés en dehors des listes de présentation.

     Ces points principaux une fois arrêtés, on pouvait penser

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qu'il restait à résoudre un très-grand nombre de questions de détail :

     Ainsi la résidence du brigadier et celle des gardes rétribués par plusieurs communes ;

     La quotité du traitement, soit pour les simples gardes, soit pour le garde-chef ;

     Les conditions de candidature et de nomination ;

     La convenance des choix, portant sur d'anciens militaires ;

     Le mode d'armement des gardes et leur costume ;

     Peut-être des primes à leur accorder et un système de retraite à combiner.

     Sur toutes ces questions, Messieurs, votre Commission a pensé que nous n'avions point à délibérer, quant à présent ; elle a pensé qu'avec raison vous ne voudriez, dans cette enceinte, accepter ni le mandat du législateur, ni celui du Gouvernement, ni formuler des lois complètes, ni prendre l'initiative des réglements d'administration publique. A chacun ses droits, à chacun ses devoirs ; votre tâche, Messieurs, est assez grande, assez belle, lorsque, prêtant au Gouvernement, qui le réclame, l'aide de vos lumières et de votre expérience, vous signalez, par une appréciation élevée, le bien à faire, le mal à éviter, et les conditions premières des améliorations projetées.

     Et d'ailleurs, dans l'opinion de votre Commission, c'est au sein des Conseils cantonaux que devraient être étudiés, dans tous leurs détails, les plans d'organisation cantonale des gardes champêtres, plans qui seraient ensuite soumis à l'examen et à l'appréciation des Conseils généraux.

     Pour l'organisation nouvelle que nous venons de vous

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proposer, Messieurs, il est un moyen d'exécution, une précieuse ressource financière dont la réalisation nous a paru juste et facile.

     La loi du 3 mai 1844 a attribué aux communes une part, soit sur le produit des permis de chasse, soit sur le montant des amendes prononcées contre les délinquants.

     Mais, par suite d'un oubli bien involontaire, aucune distinction n'a été établie entre les communes urbaines et les communes rurales, de telle sorte que, contre toute raison, contre toute justice, la plus grande partie de ces ressources se trouve, par le fait, attribuée aux villes où sont pris les permis de chasse et où sont domiciliés les délinquants.

     Ne penserez-vous pas qu'il serait juste de demander que tous ces produits fussent centralisés en un fonds commun départemental, lequel serait ensuite, sur la proposition du préfet et sur l'avis du Conseil général, employé, soit à payer le supplément de solde des brigadiers cantonaux, soit à parfaire le traitement des gardes champêtres ?

     En terminant, Messieurs, je dois, au nom de la Commission, complètement unanime en ce point, appeler toute votre attention sur un voeu qu'elle vous propose d'émettre.

     Bien au-dessus de l'organisation de la police rurale, si désirable pourtant, se présente une autre organisation à faire, plus importante encore : c'est celle du ministère même de l'agriculture, des manufactures et du commerce. Protecteur des trois branches de la richesse nationale, ce département ne jouit pas des conditions organiques d'une administration bien constituée ; loin de là, il voit au pouvoir des autres départements ses incontestables dépendances.

     C'est ainsi que les irrigations appartiennent au département

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des travaux publics, notre police rurale au département de l'intérieur, les forêts au ministère des finances, et que nos consuls, dépositaires des intérêts de l'industrie et du commerce, ne dépendent, pour leur nomination, leurs mutations, leur surveillance, que du ministère des affaires étrangères.

     Le changement d'un tel état de choses ne serait-il pas la mesure la plus urgente, la plus féconde en résultats profitables à tous ? Ne serait-il pas aussi l'exécution bien comprise de l'article 66 de la Constitution, dont l'application est déjà confiée à une Commission de l'Assemblée législative ?

     Par tous ces motifs, et d'après toutes ces considérations, votre Commission a l'honneur de vous proposer d'exprimer les avis suivants :

     Une nouvelle organisation de la police rurale est nécessaire et urgente.

     Cette organisation nouvelle devrait être cantonale et obligatoire.

     Il conviendrait de l'opérer par l'embrigadement de tous les gardes d'un même canton, avec faculté pour tous de verbaliser dans l'étendue de cette circonscription, et sans limiter leurs attributions aux contraventions rurales ainsi qu'aux délits ruraux.

     La nomination des gardes champêtres pourrait être utilement confiée à l'autorité préfectorale, sur la présentation des Conseils cantonaux, mais à la charge par le préfet de rendre compte chaque année au Conseil général, soit des révocations, soit des nominations qui auraient été faites en dehors des listes de présentation.

     Sur tous les autres détails de l'organisation proposée,

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les Conseils cantonaux devraient être appelés à préparer des projets qui seraient soumis aux Conseils généraux de département.

     Il serait juste et convenable de centraliser en un fonds commun départemental, applicable au service de la police rurale, et distribué par les Conseils généraux de département, toute la part du produit des permis de chasse et des amendes attribués aux communes rurales et urbaines par la loi du 3 mai 1844.

     Il y a lieu d'émettre avec instance le voeu d'une organisation meilleure du ministère de l'agriculture, des manufactures et du commerce. »

     Ces propositions ont été adoptées.

     La question des concours d'animaux reproducteurs et d'animaux de boucherie avait, pour la Normandie, un intérêt considérable dans la discussion entamée, sur ce sujet, dans le Comité de l'agriculture.

     M. de Caumont propose deux modifications principales au réglement de Poissy :

     La première consiste à exclure du concours, dans la seconde catégorie, les animaux de la première classe (âgés de 4 ans au plus). Ce que veut M. de Caumont, c'est éviter un double emploi ; véritable injustice, qui se produit depuis plusieurs années. Des animaux précoces, engraissés à grands frais par des moyens exceptionnels, enlèvent des prix destinés à l'encouragement des sujets sortis des races indigènes, engraissés simplement par les procédés ordinaires. Les chances ne sont donc pas égales entre les concurrents, et cet abus du réglement doit être réformé.

     M. de Caumont demande encore que des prix soient exclusivement

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réservés aux races indigènes, prix pour lesquels les croisés ne seront pas admis à concourir, comme la chose se pratique aujourd'hui. Ce serait là un excellent moyen d'améliorer les races françaises, en les attirant au concours, dont le régime actuel les exclut en quelque sorte.

     Le réglement actuel, en effet, semble avoir pour but de favoriser les croisements anglais, au détriment des races laitières et des races de travail : c'est là un écueil à éviter. Tous les produits doivent être protégés également : qui ne sait, d'ailleurs, que les races étrangères ne conviennent pas à tous nos départements ?

     Quant au programme du concours pour les types reproducteurs, M. de Caumont pense, avec M. de Limayrac, qu'il vaut mieux augmenter le nombre de ces institutions et créer plusieurs grands concours, que d'en organiser un seul à Versailles. Ce concours de Versailles ne devrait, selon les honorables membres, comprendre dans sa circonscription qu'un nombre déterminé de départements du Nord et du Centre. D'autres institutions analogues pourraient êtres fondées à Lyon, à Bordeaux, etc. Le réglement du concours de Versailles devrait donc être rédigé suivant l'étendue qu'il embrasserait.

     Pour le moment, MM. de Caumont et de Limayrac posent simplement un principe : il leur paraît qu'une exposition unique des types reproducteurs pour toute la France est une centralisation mauvaise et impraticable ; cette exposition, toujours incomplète, ne produirait rien d'utile. Généraliser à tort et à travers est notre défaut ; nous ne prenons pas garde aux grandes différences des productions en France et à la nécessité évidente qu'il y a de modifier les concours d'animaux reproducteurs, suivant les grandes régions où l'on devrait les établir.

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     MM. de Béhague, de Torcy, de Kergorlay et Decazes ont présenté des observations écoutées avec un vif intérêt. M. de Torcy, comme M. Decazes, s'est prononcé pour la race Durham. Ces deux orateurs pensent que ces animaux peuvent donner un bon travail pendant quelques années, et être ensuite engraissés avec succès à l'âge de six ou sept ans, dans la plénitude de leurs forces. Il a été question, à ce propos, des produits obtenus par un éleveur distingué, qui a croisé les races flamande et Durham ; produits qui réunissent les deux qualités de la vigueur au travail et d'un engraissement facile.

     M. Massé, du Cher, développe les idées précédemment émises par M. de Caumont, et indique, en homme pratique, les articles nouveaux à introduire dans le réglement de Poissy. M. le général Hygonet appuie les conclusions de M. Massé. M. de Dampierre, répondant aux remarques de M. de Torcy, établit que la race Durham ne saurait convenir dans le midi de la France.

     Un discours fort remarquable de M. Tourret, l'ancien ministre, a clos la séance. L'orateur déclare qu'introduire des races étrangères là où elles n'ont pas chance de réussir, est un danger et une perte de temps. Selon M. Tourret, donner une prime à un seul sujet, à un boeuf, par exemple, c'est ne voir qu'un détail ; donner au contraire cette même prime à un troupeau de boeufs, c'est traiter la question de plus haut, avec plus d'ensemble. Cette modification importante devrait être apportée au réglement de Poissy.

     La Commission du concours, dont ont fait partie MM. Vautier, Fournet, de Torcy et Auvray, a présenté les propositions suivantes, qui ont été en partie adoptées en séance générale :

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Animaux reproducteurs.

     Des prix et médailles seront décernés aux propriétaires des animaux nés et élevés en France, reconnus les plus parfaits relativement à leur destination.

     Les prix seront distribués par circonscriptions régionales, dont les centres sont : Saint-Lo, Saumur, Bordeaux, Aurillac, Nevers et Vesoul.

     Par chaque circonscription il sera donné les prix suivants :

Race chevaline.
1er prix1,2003,000
2e prix800
3e prix600
4e prix400
Race bovine.
1er prix3,0007,500
2e prix2,000
3e prix1,500
4e prix1,000
Race ovine.
1er prix5001,200
2e prix300
3e prix200
4e prix200
Race porcine.
1er prix400800
2e prix200
3e prix150
4e prix50

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     Une somme de 1,500 francs par région sera mise à la disposition du jury, pour être donnée, avec des médailles, aux gens à gages qui se seront distingués dans les soins donnés aux animaux.

Concours de boucherie de Poissy.

     Il sera donné chaque année, à Poissy, des prix et des médailles d'encouragement aux propriétaires et aux producteurs des animaux nés et élevés en France, reconnus les plus parfaits de conformation et les mieux préparés pour la boucherie.

     Les boeufs seront ainsi divisés :

     1° Boeufs âgés de quatre ans au plus, sans acception de région, quels que soient leur poids et leur origine ;

     2° Boeufs des circonscriptions adoptées pour les concours régionaux de reproducteurs, divisés en boeufs d'âge et boeufs ayant au plus quatre ans ;

     3° Bandes de boeufs composées de quatre animaux au moins de même provenance ;

     4° Un prix d'honneur sera donné au plus parfait des animaux primés dans le concours.

     Cinq prix sont affectés à la 1re classe :

1er prix1,500
2e prix1,200
3e prix1,0005,400
4e prix900
5e prix800

     Les animaux primés dans la 1re classe ne pourront plus concourir que pour le prix d'honneur.

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     Sept prix sont affectés à la région de Saint-Lo, comprenant les départements de.......... savoir :

Pour boeufs âgés.1er prix.800
2e prix.700
3e prix.600
4e prix.5004,700
1er prix.800
Pour jeunes boeufs.2e prix.700
3e prix.600

     Cinq prix seront affectés à chacune des régions de Saumur, Bordeaux, Aurillac, Nevers et Vesoul ; savoir :

1er prix.800
Pour boeufs âgés.2e prix.700
3e prix.6003,500
Pour jeunes boeufs.1er prix.800
2e prix.600

     Deux prix, de 1,000 fr. chacun, seront accordés aux deux plus belles bandes de boeufs, composées de quatre animaux au moins de même race.

     Les boeufs de la 1re classe, non primés, pourront concourir de nouveau dans la 2e classe, pour leur région, et avec les boeufs de leur âge.

     Une coupe de 1,500 francs sera donnée au boeuf le plus parfait de forme et d'engraissement, sans considération d'âge ni de race. Si l'engraisseur a fait naître le boeuf primé, sa valeur sera portée à 2,000 francs.

     Dans chaque classe, les prix seront accompagnés d'une médaille d'argent ; elle sera en or, si l'animal couronné est né chez l'engraisseur.

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     Il n'y aura pas de médailles avec le prix d'honneur.

     Une somme de 1,200 francs par région, soit en totalité 7,200 francs, est affectée en prix aux animaux gras de la race ovine, présentés au concours de Poissy. La distribution de ces primes et les conditions d'âge, de poids et d'espèces, sont laissées à l'appréciation de l'Administration.

     Une somme de 300 francs par région, soit 1,800 francs, est affectée en prix aux animaux de la race porcine, présentés au concours de Poissy. L'Administration déterminera de même les diverses conditions du concours.

     Ces dispositions sont loin d'être satisfaisantes ; mais elles sont pourtant un progrès sur ce qui existait. Beaucoup d'amendements ont été formulés ; le ministre a pris l'engagement de faire droit à quelques-uns. On s'en est rapporté, sur ce point, à son désir de faire le bien. M. de Caumont en a formulé un, qui arrêtait en principe qu'en attendant l'établissement de circonscriptions plus rationelles que celles indiquées par région de Saumur, région de Saint-Lo, etc., etc., le concours serait porté, chaque année, dans une des sous-régions de chaque grande circonscription : ainsi, de Saint-Lo à Caen, de Caen à Amiens ou à Rouen, puis à Lille ou ailleurs. Lille, dans le projet de la Commission, fait partie de la circonscription de Saint-Lo. Des objections puériles ont été présentées très-brièvement contre l'amendement de M. de Caumont ; mais le ministre a promis de l'examiner et d'y faire droit.

     Il serait, assez bizarre, en effet, que ceux qui de Lille voudraient présenter des animaux reproducteurs, fussent obligés de les amener à Saint-Lo. Quand les distances sont

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aussi grandes, il n'y a plus de déplacement possible, et il faut au moins que le concours puisse être tenu alternativement dans plusieurs centres.

Substitution du droit au poids au droit par tête à la frontière.

     Une autre question d'une grande importance pour l'agriculture était celle de la substitution du droit au poids à la perception du droit par tête sur la frontière de l'Est ; elle n'était pas nouvelle, mais elle avait toujours la même importance que par le passé.

     Avant la convocation du Conseil général, l'Association normande avait adressé au ministre des réclamations contre le projet de modification aux droits de douane sur la frontière de l'Est, que le Gouvernement avait témoigné le désir de changer, comme il l'avait fait pour la Sardaigne, il y a quatre ans. Le ministre de l'agriculture avait répondu en ces termes au directeur de l'Association :

     « Paris, le 29 Mars 1850.

     Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, le 1erde ce mois, exprime, au nom de l'Association normande, les craintes qui lui sont inspirées par les modifications que le Gouvernement a manifesté l'intention d'apporter au tarif actuel des bestiaux. En même temps, vous vous élevez contre le projet dont le Conseil d'Etat est actuellement saisi, et qui a pour but de mettre d'abord à exécution sur nos frontières de l'Est le nouveau tarif, qu'il s'agirait d'étendre plus tard à nos autres frontières.

     Je ne méconnais pas la gravité de la question du tarif

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des bestiaux, et c'est précisément parce qu'elle intéresse à un haut degré les intérêts agricoles du pays, que le Gouvernement n'a pas voulu la trancher avant d'avoir entendu le Conseil général.

     Vous avez pu voir, en effet, Monsieur, par le rapport que j'ai adressé à M. le président de la République à l'occasion de la réunion du Conseil, que cette question était une des principales sur lesquelles le Gouvernement veut appeler les méditations de tous les hommes pratiques. Il sera ainsi satisfait au voeu que vous formulez.

     Si le projet de loi relatif à la frontière de l'Est a été détaché de l'ensemble des réformes que le tarif des bestiaux paraît comporter, c'est que, de ce côté, les souffrances des populations ouvrières étaient plus grandes, et qu'elles appelaient un remède plus immédiat.

     Je suis, d'ailleurs, convaincu, Monsieur, que les inquiétudes de l'Association normande sont exagérées, et que la modification projetée n'aurait pas, pour l'agriculture française, surtout pour celle de la Normandie, les conséquences que vous redoutez.

     Sans cette conviction, le Gouvernement n'aurait pas saisi le Conseil d'Etat du projet de loi dont vous m'entretenez ; car il ne voudrait, en aucune manière, compromettre un intérêt national qui, comme tous les autres, plus que beaucoup d'autres, a droit à la protection des tarifs de douanes.

     Permettez-moi de vous faire remarquer, Monsieur, qu'il s'agit d'ailleurs, non pas d'une réduction de tarif proprement dite, mais d'une simple transformation, qui ne peut avoir d'inconvénients sérieux. L'expérience a déjà prononcé. Eu vertu du traité de commerce conclu en 1843 entre la

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France et la Sardaigne, les bestiaux du Piémont sont admis chez nous, non-seulement avec une taxe qui descend à mesure que le poids de l'animal est moins élevé, mais encore avec un tarif dont le point de départ présente, relativement au droit normal, une réduction d'un cinquième.

     Malgré ces avantages, l'importation des bestiaux sardes n'a pas sensiblement progressé. C'est à peine si la Sardaigne nous fournit 1,200 à 1,500 bêtes de plus qu'avant la conclusion du traité.

     Au surplus, je le répète, la question d'une modification générale du tarif des bestiaux devant être soumise à l'examen du Conseil général, où l'intérêt agricole est fortement représenté, il n'y a pas à craindre que la solution qui interviendra puisse être dommageable à notre agriculture.

     Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien transmettre ces explications à l'Association normande, et calmer ainsi les inquiétudes tout au moins prématurées dont vous vous êtes rendu l'organe auprès de moi.

     Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

     Le ministre de l'agriculture et du commerce,

     DUMAS. »

     Ainsi il était notoire que la substitution du droit au poids au droit par tête était la pensée dominante du Gouvernement, Les documents distribués au Conseil général sont venus confirmer ce fait.

     La discussion sur la boucherie de Paris et sur le droit d'entrée à la frontière de l'Est a eu lieu au sein du Comité de l'agriculture, dans la séance du 27 avril.

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     M. de Kergorlay (de la Manche) fait à grands traits et avec talent l'historique de la boucherie de Paris ; il indique les perfectionnements introduits dans ce régime par M. Tourret, pendant son ministère, ce qu'il y aurait encore à faire, ce qu'il faut conserver.

     M. de Kergorlay ne croit pas que la substitution du droit au poids au droit par tête, à l'entrée des bestiaux étrangers par la frontière de l'Est, puisse causer à l'agriculture aucun dommage appréciable, et il appuie, dans cette conviction, le projet ministériel.

     M. de Caumont croit qu'il y a quelque chose à faire pour l'organisation de la boucherie à Paris et en province. Il ne s'occupera toutefois, quant à présent, que de la substitution du droit au poids au droit par tête, et déclare repousser toutes modifications aux lois existantes. Il y a lieu de s'étonner que ce principe soit remis en question, après avoir été consacré dans deux sessions par le Conseil général de l'agriculture. Si on examine les documents fournis par M. le ministre, on trouve que les existences sont à peu près stationnaires. Sur quoi se fonde-t-on ? Sur des chiffres dissimulant, selon toute apparence, une grande partie de ces existences ; chiffres administratifs dont on est très-porté à se méfier. On raisonne sur d'anciens recensements. Si le recensement fait en 1850 doit être plus complet, on peut assurer, et les faits le prouveront, qu'il sera très-inférieur encore à la réalité.

     En résumé, M. de Caumont conclut que l'abaissement du droit n'amènerait aucun abaissement de prix pour le consommateur. Il repousse, en conséquence, toute modification au régime actuel, comme inutile au moins et peut-être dangereux.

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     M. de Sainte-Hermine, au nom du département qu'il représente, combat avec énergie les modifications proposées par le ministre. Dans cette région de la France, dit l'orateur, quatre Conseils généraux ont repoussé ces changements du tarif actuel, qui seraient la ruine du pays, qui écraseraient le travailleur des campagnes, et celui des villes par suite.

     M. Cesbron-Lavau démontre que la production est plus que suffisante maintenant, et qu'il faut se garder de l'étendre au-delà des bornes de la consommation : les moyens de transport actuels amèneraient les bestiaux étrangers au coeur même de notre pays, qu'on ne s'y trompe point.

     M. Vézin est aussi pour le maintien du statu quo : tout changement serait fatal aux populations rurales, déjà si accablées et trop prêtes à se livrer au découragement.

     M. Pagezy défend la substitution du droit au poids au droit par tête. M. de Béhague donne des détails intéressants sur la caisse de Poissy, l'organisation de la boucherie ; il n'adopte pas les opinions de M. de Kergorlay, et se prononce pour le maintien des droits actuels.

     En séance générale, la Commission, forte de l'opinion de M. le maréchal Bugeaud, a dit que, dans les circonstances actuelles, il serait imprudent de jeter la perturbation et le découragement dans les populations rurales. Elle demandait, par l'organe de M. de Sainte-Hermine, son rapporteur, qu'aucun changement ne fût apporté à la législation présente.

     Deux systèmes se trouvaient en présence : 1° maintenir la législation actuelle, tel était le voeu de la Commission ; 2° substituer le droit au poids au droit par tête.

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     Cette dernière proposition a été admise.

     Le projet du Gouvernement adopté, M. Benoist d'Azy, invoquant en faveur de notre agriculture le système protecteur, demande que la révision du tarif soit repoussée, et que le Gouvernement soit seulement chargé d'appliquer le tarif actuel en changeant la base de la proportionnalité, suivant le principe du droit au poids.

     Résumant la discussion, M. Tourret, qui a remplacé M. Dumas au fauteuil, met aux voix la question de savoir : 1° s'il y aura dégrèvement ; 2° si le Conseil entend maintenir le tarif du Gouvernement en prenant pour point de départ le droit de 50 francs, comme maximum, payé pour les bestiaux de 400 kilogrammes et plus.

     Le Conseil a décidé, après une discussion un peu confuse, qu'il n'y aura pas de diminution de droits ; qu'il s'en rapporte au Gouvernement pour le chiffre de la tarification.

Assainissement des terres et irrigations.

     La question de l'assainissement des terres est encore une grave question pour l'agriculture de certaines parties de la France. L'Annuaire contiendra un article sur le drainage, qui donnera d'intéressants détails sur les moyens d'augmenter considérablement la valeur des terrains humides. Dans le sein du Comité de l'agriculture, la discussion a été un peu diffuse, parce qu'il y avait, suivant les pays que représentait chaque membre, un point de vue différent. Chacun apportait des renseignements et aussi des voeux basés sur les besoins de sa localité.

     M. Manescau, représentant des Basses-Pyrénées, considère l'irrigation comme la base de l'agriculture. Le fourrage,

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elle le produit au plus bas prix possible, et ainsi elle concourt puissamment à l'élevage de bons bestiaux, qui fournissent à la fois les moyens de transport, les instruments de la culture, et la viande surtout, cette alimentation si précieuse, si restreinte encore et si utile à populariser cependant parmi les classes laborieuses. C'est donc l'irrigation qui donne les fumiers réclamés par toutes les cultures, celle des céréales comme celle des plantes oléagineuses et textiles, etc.

     M. Manescau voudrait que le système des primes fût appliqué en matière d'irrigation. Il verrait avec plaisir des ingénieurs faire la statistique des cours d'eau propres à l'irrigation, et termine par des détails intéressants sur des travaux de ce genre par lui exécutés avec succès.

     M. le général Hygonet fait part au Comité des heureux résultats qu'il a obtenus dans des travaux d'assainissement pratiqués sur une vaste échelle.

     M. Duchevalard, de Montbrison, démontre quel puissant intérêt ont, dans cette question de l'assainissement, les habitants de la Loire qu'il représente, et plus particulièrement ceux de la plaine du Forez. Dans ce pays envahi par les étangs et les eaux dormantes de toute nature, il y a urgence à faire disparaître des causes d'insalubrité qui réagissent d'ailleurs et de la façon la plus malheureuse sur l'agriculture. Depuis long-temps la discussion est agitée ; car ce n'est pas de 1848 que datent les idées d'amélioration et de satisfaction à donner aux besoins généraux. M. Duchevalard et ses honorables collègues peuvent se rendre cette justice qu'à des époques bien antérieures ils ont indiqué, essayé et pratiqué les moyens de faire le bien avant que le mal ne fût arrivé à ses dernières limites.

     Il y a dans le Forez, pense M. Duchevalard, quatre causes

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essentielles d'insalubrité : la topographie du sol, sa nature constitutive, la stagnation et le manque d'écoulement des eaux, les étangs.

     Sur la première question, l'action de l'homme est nulle ; elle peut beaucoup améliorer quant à la seconde ; pour ce qui est de la troisième et de la quatrième, il y a des moyens d'attaquer le mal à sa source, de le faire disparaître, et dans ce sens devraient être exprimés les voeux du Conseil général.

     L'orateur indique, en terminant, comment d'importantes améliorations pourraient être faites sous ce rapport, dans l'intérêt de la salubrité publique.

     Quant à la législation qui régit la matière et aux modifications à y apporter, M. de Chassiron, tout en rendant justice aux efforts des syndicats créés par la loi de 1807 et aux heureux résultats par eux obtenus dans le département de la Charente-Inférieure entre autres, où d'immenses étendues de marais ont été desséchées, transformées en prairies, en terres productives, redoute l'intervention des syndics dans certaines circonstances : les syndics entravent souvent les opérations des grandes compagnies qui se forment ; l'action de l'Administration est donc ici nécessaire. Le Gouvernement l'avait compris, qui, en novembre 1848, organisait un nouveau service hydraulique dans cinquante départements, et instituait pour cet objet des ingénieurs spéciaux. Cette création, il faut l'étendre, la centraliser, en diriger l'action sur des travaux d'ensemble faits à un point de vue plus large que les travaux actuels.

     Selon M. de Roquette, tous les propriétaires intéressés devraient être appelés à la nomination des syndics : ce serait le meilleur moyen de faire le bien et d'éviter des

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réclamations, sans recourir à une législation nouvelle.

     Pour les irrigations, il faut bien distinguer, poursuit M. de Roquette, les cours d'eau navigables et flottables de ceux qui ne le sont point. Dans le premier cas, une autorisation du Gouvernement est obligatoire pour qui veut prendre des eaux d'arrosage ; dans le second, il était admis que les riverains en avaient le libre usage. Depuis quelque temps, le Conseil d'Etat semble vouloir établir que ces deux natures de cours d'eau sont, à titre égal, choses du domaine public, et également soumises à des réglements administratifs. Ici on touche au droit de propriété, et la question devient délicate. Le Conseil général est trop pressé par le temps pour étudier à fond une matière aussi importante ; il ne peut qu'en recommander vivement l'examen au ministre de l'agriculture, et le prier particulièrement de voir s'il n'y aurait pas de bons résultats à espérer de l'association des propriétaires intéressés.

     M. de Caumont parle des dommages causés par certains moulins à blé, des retenues d'eau qu'ils nécessitent, et du peu de surveillance dont ils sont l'objet de la part de l'Administration. Ne serait-il pas possible, dans certains cas et après enquête, d'exproprier, pour cause d'utilité publique, les maîtres de ces moulins, qui rapportent peu et nuisent beaucoup ? La question paraît à M. de Caumont digne de l'attention de la Commission chargée de faire un rapport sur l'assainissement des terres.

     M. de Tocqueville résume les bases de l'organisation de la police instituée pour la réglementation des eaux dans le département de l'Oise.

     MM. d'Havrincourt et de Limayrac regardent comme chose utile la propagation de l'instruction en matière d'irrigation.

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Ce qu'il faut faire d'abord, pense M. de Limayrac, c'est d'encourager les agriculteurs par des primes. Quant aux syndicats, l'Administration ne saurait s'en passer pour l'exécution des réglements. Nommer les syndicats par voie élective, perfectionner l'institution, cela suffit. La loi actuelle peut être maintenue ; le mal est que les Administrations s'occupent beaucoup trop de politique, et point assez des intérêts matériels et actuels.

     M. de Lamberterie est d'avis que les agents-voyers pourraient rendre de très-grands services dans la régularisation des cours d'eau, s'ils étaient attachés au ministère de l'agriculture ; quant aux ingénieurs, hommes à grands projets, ils ne s'occupent jamais que de grandes choses.

Chambres consultatives d'agriculture.

     L'organisation des Chambres consultatives d'agriculture a donné lieu à une discussion très-confuse dans le sein des Comités, très-animée et un peu confuse aussi en séance publique du Conseil général.

     Dans le Comité de l'agriculture, la discussion n'a pas pris toute l'étendue qu'elle aurait dû atteindre.

     Dès le début, deux ordres d'idées, deux principes se sont fait jour : Doit-on, dans la circonstance, procéder par voie d'élection ou en dehors de l'élection ? Faut-il refaire l'institution, la créer à nouveau, ou simplement prendre pour point de départ les institutions déjà existantes ? Agir par l'élection, n'est-ce pas créer aux Conseils généraux, nommés en vertu du même principe, une rivalité dangereuse, et neutraliser souvent l'effet de leurs délibérations ? Cette élection, si on l'adopte, doit-elle être une application du suffrage universel, ou une faculté réservée aux plus intéressés, aux

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plus dignes, aux plus éclairés ? Doit-elle être directe ou à deux degrés ? Si, au contraire, on veut agir en dehors de l'élection, sur quelles bases s'appuiera-t-on ?

     Les arguments n'ont pas manqué pour combattre le principe électif. Les uns le repoussent absolument et demandent qu'on s'en réfère à l'avis du Conseil d'Etat du 17 octobre 1849, lequel assure que les Sociétés d'agriculture et les Comices agricoles, régulièrement organisés, fournissent un premier moyen d'arriver à une représentation régulière des intérêts de l'agriculture. Cette opinion est celle de M. Trochu, qui voudrait attribuer aux Comices agricoles la nomination des membres des Chambres consultatives. M. d'Andelarre va plus loin, et propose de donner tout simplement aux Conseils généraux les attributions de ces Chambres consultatives.

     Plusieurs orateurs ont surtout insisté sur les dangers du principe électif absolu et les graves inconvénients qu'il y aurait à multiplier outre mesure, dans ces temps d'agitation, des réunions où la politique, quoi qu'on essaie, trouvera toujours moyen de faire invasion.

     Les autres ne voient, pour asseoir largement et carrément la représentation des intérêts agricoles, qu'un seul moyen, le principe électif. Ils se partagent maintenant sur le mode à employer. Beaucoup de membres pensent que, dans la circonstance, le corps électoral doit être considérablement restreint, composé exclusivement des plus intéressés et des plus compétents. M. de Tocqueville s'est exprimé dans ce sens ; il demande l'élection à deux degrés, veut des électeurs pris exclusivement parmi les chefs de famille, fermiers, propriétaires, principaux exploitants, tous gens tenant essentiellement au sol.

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     Tel est aussi, semble-t-il, l'avis de M. Talon et de M. d'Havrincourt : à cet égard, un système d'organisation s'est produit avec assez de faveur. Les chefs d'exploitation nommeraient, dans chaque commune, un délégué au Comité cantonal, ainsi composé d'autant de membres qu'il y aurait de communes. Ce Comité cantonal, à son tour, nommerait un délégué à la Chambre consultative d'agriculture, où, de cette façon, chaque canton aurait son représentant.

     M. Eugène Robert, des Basses-Alpes, faisait une proposition qui n'a pu être discutée, et que son auteur a envoyée à la Commission générale de l'organisation des Chambres consultatives.

     Cette proposition, qui avait pour but de rapprocher les partisans et les adversaires du principe électif, demandait qu'il fût créé, dans chaque canton, un Comité agricole cantonal, et, dans chaque département, une Chambre consultative d'agriculture. Dans ce système, les membres du Comité de canton sont nommés à la commune, qui envoie un délégué par cinquante électeurs inscrits ; le Comité de canton nomme son représentant à la Chambre consultative du département. Cinq membres de cette Chambre peuvent être nommés par le préfet.

     La Société d'agriculture de la Seine-Inférieure avait fait imprimer un projet, qui avait été distribué aux membres du Conseil. Ce projet, bien coordonné, rentrait dans les principales dispositions de celui que M. de La Doucette a soumis à la Commission de la Chambre des représentants. Il s'en distingue toutefois sous plusieurs rapports. M. de Caumont s'est chargé de défendre quelques-unes de ses dispositions, et de faire la comparaison des deux projets, en indiquant ce que l'un et l'autre avaient de conciliable ; il a demandé que

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la Commission fît, dans le projet définitif qu'elle avait mission d'élaborer, droit à plusieurs des demandes de la Société d'agriculture de la Seine-Inférieure, demandes auxquelles il s'associait.

     La Commission a été, à ce qu'il paraît, très-partagée. Les discussions y ont recommencé comme elles avaient eu lieu au sein des Comités, et l'on a eu beaucoup de peine à s'entendre. C'est probablement ce qui rend le rapport de M. Talon, représentant et organe de cette Commission, très-incomplet, selon nous, en ce qui touche à l'organisation de l'agriculture. Nous disons en ce qui touche à l'agriculture, car des modifications importantes ont été apportées aussi à la constitution des Chambres consultatives des manufactures et des Chambres de commerce ; mais nous ne nous occupons ici que des Chambres d'agriculture. Or, cette partie du rapport et les conclusions n'étaient nullement satisfaisantes. Heureusement, la discussion, en séance générale, a modifié considérablement l'oeuvre bizarre de la Commission.

     La Commission consacrait la composition des Chambres par voie d'élection et par région, dont le nombre pouvait s'élever à 110 ; elle établissait que, quel que fût le nombre des cantons, le nombre des membres n'excéderait pas 30.

     M. de Caumont s'est élevé contre cette disposition, en faisant remarquer combien il y aurait d'inconvénients à condenser deux cantons en un, comme on le faisait pour la nomination des Conseils généraux sous l'ancienne loi. Le Conseil général a fait droit à cette réclamation. On a rejeté les régions comme étant très-difficiles à circonscrire, et il a été arrêté qu'il y aurait une Chambre d'agriculture par département ; plus, trois Chambres d'agriculture pour l'Algérie, et deux pour les Colonies.

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     La Commission n'avait point admis la demande faite par M. de Caumont et par la Société d'agriculture de la Seine-Inférieure, de donner aux présidents des Sociétés d'agriculture le droit de faire partie des Chambres d'agriculture. Il a donc de nouveau reproduit, en séance générale, les arguments qu'il avait présentés au Comité. « Le président, a-t-il dit, a subi l'épreuve de l'élection ; c'est toujours un des hommes les plus laborieux et les plus éclairés de l'Assemblée : d'ailleurs, je limite ma proposition aux Sociétés qui ont, au moins, pour circonscription l'étendue d'un arrondissement. N'est-il pas évident, ajoutait M. de Caumont, qu'il sera très-avantageux pour les Chambres consultatives d'être, par ce moyen, en rapport avec les sociétés agricoles, qui ont depuis long-temps réuni des documents statistiques ? »

     M. Touret présidait en l'absence du ministre ; il a mis aux voix la question de principe soulevée par l'amendement de M. de Caumont : Y aurait-il des adjonctions en-dehors de l'élection directe ? Elle a été résolue affirmativement, et la proposition adoptée, avec une modification proposée par M. Robert de Saint-Tulle, des Basses-Pyrénées, et à laquelle M. de Caumont s'est empressé d'accéder, à savoir que le représentant de chaque Société d'agriculture à la Chambre serait élu par une Compagnie ad hoc. Effectivement, comme l'a fait remarquer lui-même M. de Caumont, il y a des présidents nommés pour un an, d'autres pour deux ans, et d'autres pour plusieurs années ; et les membres des Chambres consultatives siégeront pendant trois ans. Il était donc naturel de faire coïncider avec ces trois années la mission donnée par les Sociétés d'agriculture à leurs représentants.

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     Il a été arrêté, par un article spécial, que les adjonctions ne pourraient jamais excéder le cinquième du nombre des membres nommés par les cantons. Ainsi, s'il y a 25 membres d'une Chambre consultative dans un département qui renferme 25 cantons, les adjonctions pourront être de 5 membres.

     Mais il est probable que cinq Sociétés d'agriculture, ayant chacune un arrondissement pour limites, n'existeront pas dans ce département ; et, pour que les adjonctions soient régularisées et faites d'après les mêmes bases partout, un membre a proposé de donner au Conseil général le droit de choisir les membres qui compléteront le nombre des adjonctions permises, comme nous l'avons dit, dans la proportion du cinquième.

     Cette proposition a été adoptée après une discussion assez vive. Ainsi, s'il se trouve seulement trois Sociétés d'agriculture dans un département qui a 25 cantons, deux membres, pour compléter le nombre 30, pourront être désignés par le Conseil général.

     Dans le Calvados, où il y a 36 cantons et six Sociétés d'agriculture ayant un arrondissement pour limites, le Conseil général n'aurait qu'un seul membre à nommer.

     On comprendra par-là tout le mécanisme de la loi. Du reste, les Chambres consultatives se réuniraient à certaines époques, et chacune élirait un membre pour le Conseil général de l'agriculture, dont le mandat serait de trois années.

     Nous nous hâtons de clore cet article, qui ne peut, en aucune manière, rendre la discussion qui s'est établie sur les détails.

     Les deux dernières séances du Conseil général ont eu lieu

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le soir, de huit heures à onze heures. Le grand lustre, qui n'avait pas été allumé depuis deux ans, jetait, le premier jour, une clarté insuffisante ; le second jour, il avait repris son ancien éclat. On avait hâte de finir. Le crédit foncier avait été réservé pour la séance de clôture. On s'est borné à voter le principe, sans entrer dans aucuns détails, et l'on a agi sagement. Le crédit, tel qu'on veut l'établir, se lie au système hypothécaire ; la Chambre est saisie de la question, et ce n'était pas dans une séance de trois heures qu'on pouvait entrer dans la discussion d'un projet de cette nature.

     A dix heures et demie, M. Dumas prenait la parole pour prononcer son discours de clôture, discours habilement fait, élégamment écrit et très-convenable sous tous les rapports.

     A onze heures, la clôture de la session était prononcée.

     Le lendemain, M. le Président de la République, qui avait voulu ouvrir lui-même, le 7 avril, la session du Conseil général, a reçu le Conseil à l'Elysée. Cette réunion était pour le Conseil seul, qui a reçu du Président de nouvelles preuves de bienveillance.

     Le lendemain, le Conseil tout entier est allé prendre congé de son président, M. Dumas ; et cette visite d'adieu a eu quelque chose d'affectueux qui mérite d'être remarqué. On doit rendre cette justice à M. Dumas qu'il a fort habilement présidé les séances générales, et qu'il a toujours dirigé les délibérations avec cette précision et cette netteté qui est le privilége d'un petit nombre d'hommes. Il a pris l'engagement de convoquer, chaque année, le Conseil général.

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CONGRÈS CENTRAL D'AGRICULTURE.

     Le Congrès central d'agriculture a tenu sa session quelques jours avant l'ouverture de celle du Conseil général. Jamais la réunion n'avait été si nombreuse. Plus de cinq cents membres étaient présents.

     Les discussions ont été très-animées.

     L'Association normande a été dignement représentée par MM. de Vigneral, R. Bordeaux, Ch. Darcel, Delalonde du Thil, de Touchet, marquis d'Aigneaux, Durécu, Calenge, de Roissy, Duhamel, de Laboire, et par plusieurs autres de ses membres. M. de Mecflet a été, comme l'année dernière, appelé au bureau en qualité de secrétaire. M. de Caumont a été réélu, pour la septième fois, membre du Comité central d'administration.

     L'esprit de l'Assemblée a eu cela de remarquable, cette année, que les idées de décentralisation administrative y ont été constamment en majorité, et que l'Assemblée en a donné des preuves manifestes dans plusieurs circonstances.

     Un grand nombre de voeux ont été émis après des discussions plus ou moins approfondies ; déjà ils ont été imprimés, et forment une brochure qui a été distribuée, ce qui nous dispense d'en parler ici.

     M. Dupin aîné présidait l'Assemblée, assisté de MM. de Rumilly, conseiller d'Etat ; de Kergorlay, Darblay, etc.

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EXPOSITION RÉGIONALE
DES DÉPARTEMENTS DU NORD-OUEST,
A LISIEUX,
EN 1850.

RAPPORT
Fait par la Commission de l'industrie à l'Institut des Provinces.

1re SUBDIVISION :

Machines. - Carrosserie. - Peinture sur verre et Arts céramiques. - Marbrerie.

Membres de la Commission :
MM.de BERGUE (Henri), président ;
LAIR, secrétaire de la Société d'agriculture de Caen ;
G. VILLERS, secrétaire de la Société d'agriculture de Bayeux ;
de MECFLET, directeur de la ferme-école du Calvados ;
de ROISSY, inspecteur de l'Association normande ;
de JENTEVILLE, percepteur à Crèvecoeur ;
LECORNU, agent-voyer à Lisieux ;
MORIÈRE, secrét. général de l'Association normande, rapporteur.

MACHINES.

     La Commission que l'Institut des Provinces a désignée pour apprécier les machines qui figurent à l'exposition régionale, s'est particulièrement préoccupée de la valeur commerciale et industrielle des objets exposés. Elle a cru devoir passer sous silence quelques machines, qui sont plutôt des tours de force, presque toujours mal exécutés, que

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des objets d'une utilité réelle ; les encourager, ce serait trop souvent contribuer à la ruine de ceux qui leur consacrent un temps dont ils pourraient faire meilleur emploi. - C'est donc sous le double point de vue de l'utilité, qui est la mesure la plus vraie de la valeur réelle des choses, et du prix, qui est un des principaux éléments de la perfection, que nous allons avoir l'honneur de vous soumettre le résultat de notre examen, et de vous signaler les objets qui nous ont paru mériter des récompenses.

MM. C. de BERGUE et A. GILLOTIN, à Lisieux.

Rots ou peignes à tisser. - Maillons métalliques ou lames à maillons. - Gills ou peignes à étirage pour filature de lin. - Peignes à peigner le lin, à la main et mécaniquement. - Verges pour tapis et velours.

     Parmi les manufacturiers qui, répondant à l'appel qui leur avait été adressé, sont venus enrichir l'exposition de leurs produits, honneur du pays et de l'industrie française, nous devons placer au premier rang MM. C. de Bergue et A. Gillotin, qui, depuis vingt années, fabriquent des peignes de tous les genres et pour toute espèce de tissus.

     Le mérite de leur fabrication consiste :

     1° Dans les perfectionnements qui ont été apportés par M. Ch. de Bergue aux machines à polir les dents et aux divers outils appliqués à ce travail. Grace à ces perfectionnements, un seul ouvrier, dans sa journée de douze heures, polit et dresse parfaitement 3,000 mètres de longueur de fil laminé, qui produisent 30,000 dents de peignes ;

     2° Dans les perfectionnements apportés par M. Ch. de Bergue et M. Desfrièches, associé décédé, à la confection

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des peignes, au moyen de machines qui fixent les dents à des espaces parfaitement égaux et d'une manière très-solide. A l'aide de ces machines, une ouvrière fixe 2,000 dents à l'heure.

     MM. Ch. de Bergue et A. Gillotin ont importé d'Angleterre la confection des maillons en métal pour lames à tisser. Les améliorations qu'ils ont apportées à cette industrie consistent à simplifier la main-d'oeuvre, au point qu'une ouvrière perce et découpe 40,000 maillons en douze heures. La même quantité de travail exigeait auparavant quatre ouvrières.

     Ils ont ajouté à cette fabrication celle des lames à maillons, au moyen de métiers inventés par M. Lechantre, leur employé, qui a résolu, en grande partie, la difficulté de faire vite un travail fort compliqué en apparence. Ils retordent mécaniquement les fils servant à la confection de ces lames, qui sont chaque jour plus appréciées, et qui occupent présentement douze ouvrières.

     Ces divers produits se placent dans toute la France, en Belgique, dans quelques parties de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Italie et de l'Espagne.

     MM. Ch. de Bergue et Gillotin fabriquent, en outre, tous les peignes pour le peignage du lin et du chanvre, à la main et à la mécanique, et les gills ou peignes d'étirage pour la filature de ces matières à la mécanique. Ils tirent d'Angleterre les pointes d'acier, que la France ne produit pas, et les placent au moyen de machines à percer, qui s'appliquent à toutes les variétés d'espacement et de grosseur de ces aiguilles.

     La dernière industrie que MM. de Bergue et Gillotin ont jointe aux précédentes, est la confection des verges pour

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tapis et velours, qui servent, dans ces tissus, à faire saillir les fils de chaîne ; la plupart portent une rainure qui permet de faire glisser la pointe d'un instrument tranchant. Ce travail s'obtient au moyen d'étirages, qui offrent d'assez grandes difficultés, à cause de la forme de ces verges et de la raideur qu'il faut leur donner.

     L'établissement de MM. de Bergue et Gillotin occupe 54 ouvriers. Tous, à l'exception de deux, ont été formés dans leurs ateliers et appartiennent à la localité.

     Les services immenses que MM. Ch. de Bergue et Gillotin rendent journellement à l'industrie, en fournissant aux manufacturiers les principaux instruments de travail dont la supériorité, unanimement reconnue, permet de soutenir le renom de la fabrication nationale, sont des titres réels à la plus haute marque de distinction qu'il soit possible à l'Institut de leur offrir. En conséquence, la Commission a l'honneur de vous proposer d'accorder à ces industriels si distingués, dont on a dit, dans une des dernières expositions de Paris, qu'ils étaient sans rivaux sur le continent, une médaille en vermeil, récompense éclatante que ne manquera pas de ratifier l'opinion publique.

M. LECOUVREUR, mécanicien à Caen.

Pompe à incendie. - Pompe-borne. - Bélier hydraulique.

     M. Lecouvreur, mécanicien à Caen, vous a envoyé :

     1° Une pompe à incendie, de force moyenne. - Cette pompe, qui doit être manoeuvrée par 10 hommes, lance l'eau en un jet vertical de 30 mètres ; le balancier, auquel M. Lecouvreur a eu l'heureuse idée d'adapter un système de parrallèles, permet de faire descendre le piston perpendiculairement,

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ce qui évite beaucoup de frottements et conserve aux cuirs une égalité constante d'épaisseur dans tout leur pourtour. Les soupapes sont à charnières, et ajustées avec une précision qui ne laisse aucun jour et ne permet ni au sable ni aux graviers de les empêcher de fonctionner. Il suffira, pour donner une juste idée du soin qu'apporte M. Lecouvreur dans la construction des pompes à incendie, de dire que les pompes qu'il a construites pour la ville de Caen, et qui fonctionnent depuis 16 ans, ne se sont pas dérangées une seule fois. Celle qu'il expose aujourd'hui ne laisse rien à désirer sous le rapport de l'exécution ; elle est à flèche mobile et à brancard, et peut être conduite par des hommes ou par des chevaux. Elle porte en avant un sac, contenant quinze seaux en toile à voile, et, en arrière, une boîte pour mettre les outils. Deux grilles en osier et deux autres grilles en cuivre, placées à la base du corps de pompe, sont destinées à arrêter les corps étrangers. Cette pompe est d'une exécution parfaite et bien entendue dans toutes ses parties.

     2° Une pompe-borne en fonte, très-commode pour mettre sur les trottoirs des rues, dans les cours, etc. - Une chemise en cuivre étamé, soudée dans l'intérieur, empêche l'oxidation et rend les frottements très-doux, résultat auquel contribue puissamment le mouvement de parallèles établi à l'intérieur.

     3° Une collection d'instruments de sondage pour puits artésiens. - Ces outils, très-bien exécutés, ont été, pour la plupart, simplifiés par l'exposant, et lui ont servi à percer à Caen vingt-quatre puits, qui ont fourni des eaux ascendantes abondantes, et, en raison de la couche profonde qu'il a pu atteindre, d'une qualité bien supérieure à celle

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des puits ordinaires. Le dernier puits foré par M. Lecouvreur est celui de la place St-Pierre, dont l'eau, sans être jaillissante, monte à 1 mètre en contrebas du sol. M. Lecouvreur, au moyen d'un siphon qu'il a établi dans des caniveaux souterrains qui portent l'eau à la rivière, obtient un échappement de 1 million 95 mille litres d'eau en vingt-quatre heures, ce qui ne produit qu'un abaissement de 0m 15 dans le niveau de l'eau. Les puits forés, jusqu'à présent, par M. Lecouvreur forment une profondeur totale de 710 mètres.

     4° Enfin, nous devons encore à M. Lecouvreur une simplification du bélier hydraulique, qui consiste dans la substitution d'un serpentin à un tuyau droit de 11 mètres de longueur. Le bélier, ainsi modifié, peut être appliqué dans tous les cas où l'on ne peut disposer que d'un espace très-limité.

     Les ouvrages de M. Lecouvreur sont tous d'une exécution parfaite ; ils annoncent à la fois un mécanicien habile et un artiste distingué. - Le Jury vous propose de lui décerner une médaille en vermeil.

M. le chevalier DE MANNEVILLE, à Honfleur.

Machines pour la tonnellerie.

     M. le chevalier de Manneville est depuis long-temps connu par ses machines pour le travail de la tonnellerie. Avant lui, la meilleure tonnellerie ne s'obtenait que par le travail à la main ; travail toujours lent, coûteux et sans précision. Les machines inventées par M. de Manneville font disparaître complètement ces inconvénients ; elles sont très-simples, peu nombreuses, n'exigent que peu de force et peu d'emplacement,

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et sont surtout faciles à manoeuvrer. Quatre ouvriers, étrangers à la mécanique, font, avec ces machines, plus de travail, et mieux, que cent ouvriers avec l'ancien système. Ces machines débitent les bois ; elles coupent de longueur, et à la fois jablent, parent, sous-rognent aux deux extrémités, creusent à l'intérieur et dolent à l'extérieur, donnent le bouge, le biseau, et joignent toutes les douves nécessaires à la confection des tonneaux ; tandis que les pièces pour fonds sont mécaniquement percées, gougeonnées, tournées, chanfreinées et perfectionnées par une machine spéciale, avec une vitesse et une précision remarquables. Par ce moyen, on obtient des tonneaux très-solides, de toutes formes et dimensions voulues, d'une contenance toujours parfaitement régulière. Ajoutons que ces tonneaux peuvent être transportés d'un endroit ou d'un pays à l'autre, démontés, puis remontés sans aucune des précautions indispensables pour ceux qui sont faits par la main du tonnelier le plus habile.

     L'ensemble de la fabrication de M. de Manneville nous a paru être conduit avec l'intelligence qui constitue le mécanicien habile, possédant à fond la connaissance de la matière sur laquelle il opère, et toutes les ressources qu'offre la mécanique pour répondre à ses exigences. - Nous sommes heureux de proposer pour M. de Manneville le rappel des médailles qui lui ont été décernées dans diverses expositions.

M. GARAT, balancier-ajusteur à Caen.

Balances de diverses espèces.

     M. Garat, balancier-ajusteur à Caen, a exposé les instruments de pesage suivants :

     1° Une balance-bascule, forte dimension, de la portée

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de 1,000 kilogrammes, destinée à servir dans une usine ou dans le haut commerce ;

     2° Une balance-bascule, de la portée de 200 kilogrammes, destinée spécialement à peser debout les sacs de grains ou de farine ;

     3° Un petit modèle de balance-bascule pour peser les animaux vivants ;

     4° Une balance de comptoir, d'un nouveau système, sans chaîne ni suspension, avec laquelle on peut peser jusqu'à 50 kilogrammes.

     Ces divers instruments annoncent chez M. Garat une parfaite connaissance d'un art difficile, auquel il fait faire chaque jour de nouveaux progrès. Permettez-nous, pour vous en convaincre, d'entrer dans quelques détails.

     Les deux premières balances sont munies de leviers, dans le rapport de 1 à 10 : elles diffèrent peu, quant à la forme, de ce qui est déjà connu ; mais elles possèdent des qualités essentielles dans un instrument de pesage quel qu'il soit : 1° les leviers, dans leurs diverses combinaisons, sont divisés avec une telle régularité, qu'à quelque point du tablier que l'on place un fardeau, le rapport de 1 à 10 est toujours parfaitement exact ; 2° sous un petit comme sous un grand poids, la sensibilité est identiquement la même et toujours de la quatre-millième partie du poids d'une portée, c'est-à-dire que la bascule de la portée de 1,000 kilogrammes, par exemple, étant chargée de tout son poids, il suffit de la simple addition de 2 à 3 hectogrammes pour la faire osciller. M. Garat, qui a su joindre un excessif bon marché à une parfaite exécution, a livré, jusqu'ici, 683 balances-bascules de différentes forces, sortant toutes de sa fabrique, et sur lesquelles il ne lui est pas parvenu le moindre reproche. Ses

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balances-bascules sont regardées comme les meilleures qui soient fabriquées en France.

     La troisième balance est un modèle de bascule propre à peser les animaux vivants. Les bascules qui servent, dans les villes de Caen et de Lisieux, pour percevoir le droit d'entrée sur les bestiaux, sortent des ateliers de l'exposant, et possèdent encore le même degré de sensibilité que lorsqu'il les a livrées ; tandis que les balances de même genre, en usage dans d'autres villes du département, éprouvent de fréquents dérangements qui exigent de nombreuses réparations. Les leviers sont dans le rapport de 1 à 100, et l'instrument, quoique d'une grande dimension, n'est ni moins exact ni moins sensible que les bascules ordinaires.

     Le quatrième instrument de pesage est une balance de comptoir à bras égaux, destinée au commerce de détail. Elle est formée de deux leviers parallèles, placés l'un sous l'autre, et s'appuyant au centre sur une embase en fonte moulée de forme élégante ; ces deux leviers se trouvent réunis entre eux, aux extrémités, par deux tiges verticales mobiles, au sommet desquelles sont les plateaux destinés à recevoir les instruments à peser. Cet instrument avait jusqu'alors toujours été regardé comme peu propre à devenir une bonne balance, et M. Ravon, inspecteur des instruments de pesage au bureau central de Paris, s'exprimait ainsi à son égard : Ces sortes de balances ne vaudront jamais les balances ordinaires d'essai, car les frottements auxquels elles sont assujéties nuiront toujours à leur libre mouvement, ce qui empêchera, par conséquent, leur usage dans le commerce, à moins qu'on ne trouve le moyen de leur donner la précision des autres balances.

     On peut juger, par la balance qui figure à l'exposition,

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s'il était possible d'arriver à la perfection désirée par M. Ravon ; car cette balance, qui est d'une grande dimension, ce qui suppose toujours plus de force d'inertie à vaincre, est néanmoins sensible à la dix-millième partie du poids d'une portée, c'est-à-dire que, chargée de 20 kilogrammes, il suffit de 2 grammes pour la faire trébucher.

     Vous croirez, comme nous, que M. Garat a parfaitement mérité la médaille d'argent.

M. DUBUS aîné, à Rouen.

Rouleaux à émeri.

     Les cylindres à émeri de M. Dubus, de Rouen, sont parfaitement connus et appréciés des industriels. Les trois cylindres qu'il vous a envoyés sont d'abord très-remarquables sous le rapport de l'exécution ; mais le mérite essentiel de l'invention de M. Dubus consiste à faire disparaître, par un procédé de son invention, la colle dont on se sert pour appliquer l'émeri sur la surface du cylindre, ce qui permet aux grains d'émeri d'exercer toute leur action sur les cardes que l'on veut aiguiser : par ce moyen, on abrège considérablement le travail, qui s'opère même d'une manière plus effective. S'appliquant à un très-grand nombre d'industries importantes, cette découverte rend de très-grands services, surtout dans les filatures de laine et de coton. M. Dubus a d'ailleurs recueilli de nombreux certificats des principales fabriques de France, constatant l'efficacité de son procédé. - Le Jury propose de lui décerner une médaille d'argent.

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M. LERENARD (Auguste), mécanicien à Caen.

Machine à chocolat. - Machine à concasser le tourteau.

     Jusqu'à présent, les machines à chocolat exigeaient une force motrice autre que celle de l'homme, prenaient beaucoup d'espace, et nécessitaient une mise de fonds assez considérable. L'appareil exposé par M. Lerenard a l'avantage d'être applicable aux établissements de moindre importance, et de pouvoir être mis en mouvement par la force de l'homme. Il faut ajouter que le faible capital qu'exige l'emploi de cette machine permet de la placer dans des localités où l'on ne pourrait établir les machines ordinaires.

     Les machines à écraser le tourteau n'avaient pas jusqu'alors été bien exécutées, et ne remplissaient que d'une manière imparfaite le but qu'on se propose, c'est-à-dire concasser le tourteau et non le pulvériser. - La machine de M. Lerenard nous a semblé bien entendue pour l'emploi pratique ; elle annonce chez son auteur une intelligence naturelle pour les arts mécaniques, que nous sommes heureux d'encourager en demandant pour lui une médaille d'argent.

M. PALYART, à Breteuil (Eure).

Objets en fonte et en fer. - Cercles en fer, essieu et charrues.

     M. Palyart est depuis long-temps connu par les perfectionnements qu'il a apportés dans la construction des socs de charrue. L'essieu, le grand cercle de roue en fer, et les divers autres objets en fonte et en fer qu'il a exposés, nous ont paru d'une qualité remarquable et d'une bonne confection. Nous demandons pour M. Palyart une médaille d'argent.

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M. LEREBOURS, à Lisieux.

Rouleaux sans coutures, pour filatures. - Cuirs sans coutures. - Cylindres de pression pour filatures. - Un rouleau de rota-frotteur et son tablier pour filatures à coton. - Deux tabliers pour cardes américaines, et autres objets.

     Les divers objets exposés par M. Lerebours sont tous d'une excellente exécution. Il prépare lui-même les cuirs qui recouvrent les cylindres de pression, et confectionne ces cylindres tant en fer qu'en alliage de divers métaux. Etant placé dans un centre industriel, M. Lerebours rend de grands services aux divers établissements de filature de la contrée. - La Commission vous propose de lui décerner une médaille de bronze.

M. AUGER, à Louviers (Eure).

Pompe à incendie.

     M. Auger a présenté un modèle de pompe, dans lequel les soupapes en boules et à leviers sont substituées aux clapets plats et à charnière. Cette modification a pour résultat important de rendre nulle l'action des vases ou immondices qui, souvent dans les incendies, arrêtent malheureusement le jeu des pompes.

     Les expériences faites sur la pompe de M. Auger ont pleinement prouvé la supériorité de son système, qui pourrait s'appliquer aux anciennes pompes ; on a pu, avec l'appareil exposé, lancer l'eau à 18 mètres de hauteur, ce qui est bien suffisant pour les campagnes et la plupart des bourgs.

     La Commission regrette que M. Auger n'ait point présenté une pompe plus puissante, qui l'eût mise à même de

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pouvoir encore mieux apprécier l'efficacité de son système. Toutefois, le modèle mis à l'exposition, à cause de son moindre volume, de son poids peu considérable, qui permet à un seul homme de pouvoir transporter l'instrument avec facilité, et de la modicité de son prix, peut être d'un emploi plus général, et paraît à la Commission mériter à son auteur une médaille de bronze.

M. MOILLIETTE, à Lisieux.

Appareils de chaudronnerie.

     L'appareil distillatoire exposé par M. Moilliette nous a paru d'une bonne confection. Il présente, d'ailleurs, l'avantage très-important d'empêcher les vapeurs qui se condensent toujours dans la partie supérieure du chapiteau de retomber dans la cucurbite. Au moyen d'une rigole, disposée à la partie inférieure du chapiteau élargi dans cet endroit, les vapeurs condensées sont conduites dans le refrigérent.

     Nous avons encore remarqué parmi les objets exposés par M. Moilliette : 1° une velte ou broc en cuivre rouge, étamé à l'intérieur, présentant des conditions de solidité et de durée toutes spéciales ; 2° un fourneau bien exécuté et offrant plusieurs avantages, notamment une économie de combustible.

     La Commission sollicite pour M. Moilliette une médaille de bronze.

M. BONNOUR, au Havre.

Machine à percer des plates-bandes de métiers à filer.

     M. Bonnour, du Havre, a exposé une machine destinée à perforer les plates-bandes en cuivre des métiers à filer. Le mérite de cette machine consiste à opérer une division

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parfaite en même temps que la plate-bande se perce ; ce qui simplifie et perfectionne un travail très-important pour la bonne marche des métiers et la durée des broches. - Nous proposons pour M. Bonnour une médaille de bronze.

M. ROISSART, coutelier à Brest.

Instruments de chirurgie.

     Les instruments de chirurgie exposés par M. Roissart sont d'une exécution très-remarquable. Il a apporté à plusieurs d'entr'eux des perfectionnements importants, qui nous font vous demander pour M. Roissart une médaille de bronze.

Mentions honorables :

     1° M. DUBOSQ, au Mesnil-Guillaume, pour la bonne exécution de ses cardes.

     2° M. DESJARDINS, à Lisieux, pour une série d'objets de coutellerie bien fabriqués, notamment pour un instrument destiné à greffer les arbres. Cet appareil, d'une disposition ingénieuse, permet de greffer avec promptitude et facilité, soit à raz de terre, soit à hauteur d'homme.

     3° M. BARRIER, à Lisieux, pour ses objets de coutellerie, dont les aciers nous ont paru d'une grande pureté.

     4° M. VENON, à Moyaux, pour un templon à la main, qui nous a paru très-satisfaisant.

     5° M. LORET, à St-André-d'Echauffour (Orne), pour le bon marché de ses serrures ; notamment pour la serrure n° 2, qui, pour les usages ordinaires, est très-bonne et ne se vend que 1 fr. 25 c.

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     6° M. CHAPELAIN, charpentier à Argentan, pour un système de pressoir qui n'exige que très-peu d'emplacement, et avec lequel on peut pressurer 35 hectolitres de pommes dans une journée. On n'emploie que peu de bois dans sa construction, et il peut être manoeuvré avec facilité.

     7° M. CHALMOT, de Fougères (Ille-et-Vilaine), pour un sparadrapier, instrument au moyen duquel on obtient un sparadrap d'une égalité constante, et bien supérieur à celui que l'on prépare par le procédé ordinaire. Avec l'appareil de M. Chalmot, on peut enduire, sans interruption, des bandes d'étoffes de longueur quelconque, et une seule personne suffit pour le faire fonctionner.

Citations favorables :

     1° M. PROVOST, tourneur à Livarot, pour la bonne exécution de son vélocipède. La Commission eût proposé pour M. Provost une récompense d'un ordre plus élevé, si l'instrument qu'il a exposé avait eu un but d'utilité réelle.

     2° M. CORBEL, horticulteur à Beaumont-en-Auge, pour ses arrosoirs perfectionnés, au moyen desquels on peut régler la quantité d'eau que l'on veut faire sortir.

     3° M. REVERS, contre-maître de filature à Lisieux, pour un alesoir bien exécuté.

     4° M. GRANGÉ, mécanicien à Lisieux, pour un tourne-broche qui est mis en mouvement par le courant d'air de la cheminée, et qui peut porter jusqu'à 10 kilogrammes.

     5° M. Nicolas DUFOUR, fabricant d'épingles à Bourth (Eure).

     6° M. AUDIGÉ, à Lisieux, pour ses outils d'horlogerie.

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     7° M. MALFILATRE, à Lisieux, pour une châsse à toile bien exécutée, et pour une navette perfectionnée.

     8° M. GRISON, à Orbec, pour ses serrures.

CARROSSERIE.

     La carrosserie est une de ces industries qui méritent le plus d'être encouragées ; car, à elle seule, elle met en oeuvre toutes les matières que se partagent, suivant des spécialités distinctes, un grand nombre d'autres industries. Ainsi, le bois, le fer, l'acier, le cuivre, le drap, le cuir et d'autres matières sont employées par elle, en donnant de l'occupation à un nombre considérable de bras.

     L'exposition ne compte malheureusement que peu de voitures, malgré le grand nombre de fabricants que renferme le pays. Trois carrossiers seulement, l'un de Caen, les deux autres de Lisieux, nous ont paru avoir fait progresser cette industrie si importante dans notre département.

     M. HAYOT-HEUDIARD, de Caen, a exposé une voiture qui, par un ingénieux mécanisme, peut servir également de voiture à quatre roues et à deux roues. Cette voiture peut devenir : 1° calèche entièrement fermée ; 2° calèche avec capote, soit devant, soit derrière ; 3° calèche américaine à quatre roues, entièrement découverte ; 4° tilbury à capote ; 5° tilbury sans capote.

     La voiture exposée par M. Hayot a été l'objet de l'attention la plus flatteuse de la part des connaisseurs. Son exécution parfaite sous le rapport de l'art du sellier et du carrossier, son aspect gracieux, le fini de la peinture et de la garniture, ont assuré à cette oeuvre le rang le plus distingué.

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- Nous vous proposons donc de donner à M. Hayot une médaille d'argent.

     Le second exposant est M. CAVELIER, de Lisieux, qui a présenté une voiture de fantaisie, dont la serrurerie et le bois sont encore en blanc, ce qui a permis de juger de la partie la plus intime de sa fabrication, de celle qui en constitue la solidité et en garantit la durée. La serrurerie est remarquablement exécutée, les ressorts sont surtout parfaitement établis ; mais, comme cette voiture n'est pas terminée, qu'elle ne peut, en conséquence, nous montrer dans toutes ses parties le talent du carrossier et du sellier, la Commission ne croit pas devoir placer sur la même ligne MM. Hayot-Heudiard et Cavelier ; elle vous propose de donner à M. Cavelier une médaille de bronze.

     M. GUILLON, carrossier à Lisieux, a présenté un tilbury qui, établi pour être vendu à bon marché, n'est cependant point inférieur. - Le Jury sollicite pour M. Guillon une mention honorable.

PEINTURE SUR VERRE ET ARTS CÉRAMIQUES.

Porcelaine.

     La manufacture de porcelaine dure de Bayeux a une spécialité qui lui a acquis une réputation justement méritée : c'est la fabrication d'instruments destinés aux expériences de chimie.

     Parmi les objets de ce genre envoyés par M. Gosse, directeur actuel de cet important établissement, le Jury a vu avec faveur des cornues, des matras, des tubes, des mortiers et une série de capsules de toutes dimensions, ainsi que plusieurs pièces destinées à des usages domestiques.

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     Outre la bonne exécution de ces divers objets, il est un autre motif qui a recommandé à la bienveillance du Jury la manufacture bayeusaine : c'est l'introduction dans son mode de fabrication de deux procédés usités à Sèvres, ce qui diminuera nécessairement le prix de revient.

     Ces innovations consistent à renfermer actuellement, pour la cuisson, deux plats ou assiettes dans la même gazette, et à soumettre à l'action du feu une douzaine de capsules à la fois, en recouvrant ces pièces les unes par les autres.

     Ces diverses considérations ont déterminé le Jury à vous proposer de décerner à M. Gosse une médaille d'argent.

M. Frédéric LANGLOIS, à Bayeux.

Vitraux peints.

     La peinture sur verre, ce genre de décoration si en harmonie avec la disposition de nos monuments religieux, et que nous a conservé si heureusement l'ouvrage de Le Viel, a avec la peinture sur porcelaine une telle analogie, que l'on peut, sans empiéter sur le domaine des beaux-arts, rattacher cette industrie à la céramique. En effet, ce sont, à quelque chose près, les mêmes oxides que l'on emploie comme matières colorantes dans ces deux genres de peinture, et on a besoin, dans l'un comme dans l'autre cas, pour leur conserver une fixité inaltérable, de les soumettre à l'action d'un feu violent.

     Pour produire de bons vitraux, écrivait récemment un homme dont l'opinion fait loi en cette matière, M. Didron, « il faut un archéologue, un dessinateur, un chimiste et un verrier. »

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     Dans le vitrail exposé par M. Frédéric Langlois, et dont la pensée première du dessin appartient à M. Bouet, le peintre archéologue caennais, le verrier bayeusain a eu seul à supporter le lourd fardeau des trois derniers rôles que nous venons d'énumérer. La verrière par lui présentée, et dont le sujet est saint Julien, n'est pas exempte de nombreux défauts sous le rapport du montage et de l'exécution ; défauts pour lesquels on doit être indulgent cependant, lorsqu'on sait que l'oeuvre a été produite dans le court espace de quatorze jours, et que, plusieurs pièces ayant été brisées au feu, celles qui les ont remplacées n'ont pu être soumises qu'une fois, au lieu de deux, à l'action de la moufle. C'est ce qui explique surtout l'infériorité de l'encadrement, et l'inégalité des nuances de plusieurs des détails. Il ne faut pas non plus perdre de vue que le personnage exposé par M. Langlois a été exécuté pour être vu à une hauteur de 20 mètres, élévation qui adoucira nécessairement la dureté des tons. Mais si, au point de vue de l'art du dessin proprement dit, la verrière de M. Langlois laisse à désirer, elle n'en mérite pas moins à son auteur une récompense sous le rapport chimique. Les couleurs métalliques, surtout celles qui recouvrent la figure de l'évêque, sont devenues inaltérables, même lorsqu'on les soumet à l'action d'une pointe d'acier. Ce résultat mérite d'autant plus d'être signalé, que beaucoup de vitraux dus au pinceau de peintres distingués ont perdu leurs nuances sous l'action des influences atmosphériques.

     Un autre titre à votre bienveillance est la modicité du prix des verrières de M. Langlois, dont les tarifs sont de 25 p. % au-dessous de ceux de plusieurs manufacturiers du même genre.

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     La Basse-Normandie possédait autrefois beaucoup de fabriques de vitraux. Il est à désirer que l'établissement fondé par l'ancien directeur des manufactures de porcelaines de Bayeux et de la Moncloa progresse et prospère.

     Nous vous proposons d'accorder à M. Frédéric Langlois une médaille d'argent.

Poterie commune.

     Il y a moins d'une vingtaine d'années, les fleurs, emprisonnées dans des pots lourds, massifs, et très-souvent difformes, étaient reléguées dans nos jardins, et ne trouvaient qu'un abri éphémère dans les salons, où elles ne pouvaient souvent entrer qu'en se séparant de leurs tiges.

     M. COMPTÉ-NÉRAT, de Caen, en apportant une véritable révolution dans la fabrication des pots devenus plus légers, a introduit une jouissance de plus dans les plaisirs de la vie domestique. Empruntant à la sculpture ses formes les plus belles, il a su donner aux pots à fleurs la physionomie la plus gracieuse, en les métamorphosant, tantôt en urnes aux contours purs et corrects, tantôt en lampes aux hardis et élégants pendentifs. Outre le double mérite de la solidité et de la légèreté, la poterie de M. Compté-Nérat a encore l'avantage de ne jamais perdre la vivacité de sa nuance.

     Cet habile potier a encore exposé une statuette moulée avec un succès qui prouve et le talent de l'artiste et la facilité avec laquelle la terre qu'il emploie se laisse travailler.

     Le Jury propose de décerner à M. Compté-Nérat une médaille d'argent.

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     MM. BOURIENNE et HELAIN, le premier propriétaire, le deuxième directeur d'une usine importante à Moult, près Caen, ont présenté de très-bons spécimens de briques, de tuiles et de carreaux faits avec l'argile de Dives. Les briques résistent assez bien au feu, sans cependant être réfractaires ; les tuiles ne verdissent pas à l'air, et n'éprouvent aucune action fâcheuse de la gelée. - Le prix très-modique de ces différents objets et leur confection soignée nous font vous demander pour MM. Bourienne et Helain une médaille de bronze.

     M. LYS, potier au Prédauge, a exposé quatre articles de poteries. Plusieurs, recouverts d'un vernis vert, sont d'une grande dimension et bien exécutés. - Le Jury sollicite pour M. Lys une mention honorable.

     M. BARBIER, de St-Désir, a présenté cinq objets, parmi lesquels trois soupières à deux enveloppes, dont l'extérieure, à jour, offre des difficultés d'exécution. - Le Jury demande pour ce potier une citation favorable.

MARBRES ET CHAUX.

     Le département du Calvados, si heureusement privilégié sous le rapport des matériaux qui ont couvert son sol de tant de monuments, n'aura bientôt plus rien à envier aux contrées de l'Europe les plus favorisées, lorsque M. Lebrethon se sera mis en mesure d'exploiter en grand les belles carrières de marbre qu'il vient d'ouvrir à Laize-la-Ville.

     M. Lebrethon, qui fabrique déjà, depuis plusieurs années, avec le calcaire-marbre de Laize, une chaux excellente et regardée par les hommes de l'art comme supérieure, pour

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les constructions, à toutes celles du département, va prochainement livrer au commerce les divers marbres de nuances différentes que renferme cette formation.

     Une scierie mécanique, composée de quarante-trois lames (un chariot de trois lames pour les gros blocs, et deux de chacun vingt lames pour les blocs ordinaires), et mue par l'eau, lui permettra de donner ses produits à un prix modique. Quant à la beauté des marbres que M. Lebrethon pourra livrer au commerce, le carrelage en mosaïque, les bénitiers et le mortier présentés par lui, en donnent une idée avantageuse. Ces marbres pourront être employés avec le plus grand succès, dans la marbrerie de luxe et d'ornement, pour des cheminées, des chambranles, des vases, etc. Le tombeau du colonel Bellencontre a fait voir, dernièrement, tout le parti qu'on en pourra tirer dans les monuments funéraires.

     Si les marbres du Calvados ont été dédaignés depuis trop d'années, ils ont eu cependant leur temps de gloire. Les Romains, qui savaient parfaitement apprécier les marbres de Vieux, appartenant à la même zone que ceux de Laize, en avaient tiré de beaux matériaux pour la construction ou la décoration des monuments qu'ils ont élevés sur divers points de notre sol normand, et dont nous retrouvons des ruines à Bayeux, au vieux Lisieux, et c.

     Les colonnes qui décorent maintenant l'autel de l'église Notre-Dame, à Caen, furent faites en marbre de Vieux, et Richelieu enrichit l'hôtel de la Sorbonne, à Paris, avec ce même marbre. Mais, depuis cette époque, nos carrières ont été abandonnées ; elles n'étaient plus connues que des naturalistes, qui ont souvent regretté un délaissement si contraire à l'intérêt du pays.

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     Sachons donc gré à M. Lebrethon d'avoir donné une nouvelle impulsion à cette industrie ; et, comme légitime rémunération de ses efforts autant que par marque d'intérêt, demandons pour lui une médaille d'argent.

     Le travail des marbres de Laize a été confié à un marbrier de Caen, M. DUBOIS, dont l'habileté s'est révélée par l'exécution de la mosaïque, dans le genre italien, qu'il a confectionnée avec des marbres de nuances différentes. - Le bon goût et la régularité de ce travail ont déterminé le Jury à demander pour M. Dubois une médaille d'argent.

     M. COURTOIS, du Mans, a présenté trois cheminées, dans lesquelles le fini de l'exécution se réunit à la beauté de la forme. - Le Jury sollicite pour lui une médaille de bronze.

     Une table de marbres incrustés, présentée par M. LEGRAND, de Bernay, a semblé devoir mériter à son auteur une mention honorable.

     M. POTTIER, plâtrier à Lisieux, a exposé plusieurs imitations de marbres, qui sont susceptibles d'être employés avantageusement, soit comme enduits, soit comme décors. - L'exécution de ce procédé, dont on connaît plusieurs autres analogues, a déterminé le Jury à solliciter pour M. Pottier une mention honorable.

     Voici la liste des autres récompenses qui ont été décernées :

TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE.

     Médaille en bronze. - MM. Surdives, de Rouen ; Letemplier, de Lisieux ; Durand, de Lisieux.

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     Mentions très-honorables. - Mme Lajoie-Tissot, de Lisieux ; M. Hardel, de Caen.

ARTS CHIMIQUES.

     Médailles en vermeil. - MM. Grenet, de Rouen, pour gélatine dite grenetine ; Plummer, de Pont-Audemer, pour cuirs tannés et vernis.

     Médailles en argent. - Andréoletti, père et fils, de Cherbourg, pour appareils culinaires et distillatoires ; Viau, de Harfleur, pour conserve de criste-marine.

     Médailles en bronze. - MM. Harel-Mignot, de Pont-Audemer, pour colle de diverses qualités ; Daumesnil, Gillotin et Cie, de Lisieux, pour poudre de bois de teinture.

     Mentions très-honorables. - La Société anonyme la Fertilisante, de Caen, pour poudrette fermentative ; Tricard, de Lisieux, pour capsules médicamenteuses ; Liazard et Isabelle, de Caen, pour savons et flacons d'alcool.

     Mentions honorables. - MM. Chesnon, d'Evreux, pour appareils pour faire de la glace et des sorbets ; Dubois jeune, de Lisieux, pour chandelles perfectionnées et café brûlé ; Hunoult-Desfontenelles, Delarue et Cie, de Lisieux, pour eaux minérales et gaz d'éclairage ; Albert Valot, de Cherbourg.

FILS ET TISSUS DE LAINE.

Laines peignées.

     Mention honorable. - M. David, du Faulq, arrondissement de Pont-l'Evêque.

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Tissus de laine.

     Ont été déclarés hors de concours, par suite des distinctions élevées obtenues dans les expositions quinquennales de l'industrie française : M. Théodore Chennevière, d'Elbeuf ; MM. Fournet et Duchesne, de Lisieux.

     Médaille en vermeil. - M. Samin, de Lisieux, pour draperie.

     Médailles en argent. - MM. Méry-Samson, pour draperie ; Mme veuve Bordeaux-Fournet et fils, pour leur filature ; Châtel-Quillet, à Vire, pour draperie.

     Médaille en bronze. - M. Collin, de Lisieux, pour draperie.

     Mention très-honorable. - M. Guenet, de Lisieux, pour fils de laine et cardés pour bonneterie.

Feutres.

     Mention honorable. - MM. Chemin, père et fils, de Tillère (Eure).

FILS ET TISSUS DE LIN ET COTON.

Fils de lin.

     Médaille de vermeil. - M. Fauquet-Lemaître, de Pont-Audemer.

     Médaille d'argent. - MM. Duffin frères et Cie, de Saint-Germain-de-Livet ; la Société linière, du Finistère, à Landernau.

Toiles de lin.

     Médaille de vermeil. - M. Charpentier, du Faulq, arrondissement de Pont-l'Evêque.

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     Médaille d'argent. - MM. Lambert frères, de Lisieux.

     Mention honorable. - M. Fournet, de Lisieux.

Blanchiment des fils de lin.

     Mention honorable. - M. Defougy, de Lisieux.

Cordages.

     Médaille de bronze. - MM. Louis, Blais fils, Letellier et Ce, de Gournay, près de Harfleur.

     Mention honorable. - MM. Jourdan et Dupuis, de Lisieux.

Fils de coton.

     Médaille de vermeil. - MM. de Bergue frères et Ce, à Saint-Jacques de Lisieux.

     Médaille d'argent. - M. Barbel, de St-Martin-de-la-Lieue.

Filets pour carnassières.

     Mention honorable. - M. Landelle, de St-Sylvain (Calvados).

Tissus damassés.

     Mentions honorables. - MM. Siney frères, à Saint-Lo ; Oblin (Léon), à Condé-sur-Noireau.

Tissus imperméables.

     Mention honorable. - M. Dutertre, de Laigle.

Impressions de mouchoirs.

     Médaille de bronze. - MM. Tassel et Berthelot, de Rouen.

INDUSTRIES DIVERSES.

     Médaille en vermeil. - M. Reynolds, de Pont-Audemer, pour divers objets en fonte malléable.

     Médailles d'argent. - MM. Charles Ball, de Pont-Audemer,

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pour papiers à divers usages ; Corbière, de Lisieux, pour sa fabrique de chapeaux.

     Médailles en bronze (grand module). - MM. Bellenger, de Caen, pour un violon et une pochette ; Cauville, de Caen, pour réglure et reliure de registres ; Hue et Guérin, de Caen, pour un éteignoir breveté.

     Médailles en bronze (petit module). - Mme Couture-Guillin, de Lisieux, pour corsets brevetés, s. g. d. g. ; M. Peulvey, de Livarot, pour un hôtel et deux modèles d'escalier.

     Mentions très-honorables. - MM. Mourier, de Glos, pour un violon ; Ameline, de Livarot, pour une armoire ; Beaulon, de Bernay, pour meubles ; Mme de Courteille, de Lisieux, pour ouvrages à l'aiguille ; Yon, de Lisieux, pour matelas élastiques.

     Mentions honorables. - MM. Gresbin, de Lisieux, pour treillages ; Richomme, d'Honfleur, pour coffret avec incrustations ; Loisel, de Lisieux, pour deux chaises tournées ; Léon Loir, de Lisieux, pour trois modèles d'escalier ; Gauvillet, de Lisieux, pour deux chaises de jardin avec leurs tabourets ; Chaventré, de Pont-l'Evêque, chaussures pour hommes et pour femmes ; Ravant, de Caen, pour saboterie fine ; Mlle Lemonnier, de Caen, pour ouvrages en cheveux.

     L'Institut des Provinces, à l'occasion de l'exposition régionale de l'Ouest, a tenu à Lisieux plusieurs séances, auxquelles ont assisté des délégués des Sociétés savantes de la Normandie, et un grand nombre d'exposants. Nous avons remarqué à ces réunions, qui ont été présidées tour-à-tour par MM. de Caumont, directeur de l'Institut des Provinces ; le baron Mercier (de l'Orne), ancien préfet de l'Oise ; Lair, conseiller de préfecture du Calvados, et M. Leterrier : MM.

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de Brébisson et GRAVELLE-DESVALLÉES, de Falaise ; Despallières, maire de Bayeux ; de VILLERS, adjoint à Bayeux ; Morière, secrétaire général de l'Association normande ; de Mecflet, directeur de la ferme-école de Quesnay ; Bourdin, de Rouen ; Dudezert, membre de la Société d'agriculture de Caen, auteur d'un Traité d'agriculture pratique fort estimé ; Péron, imprimeur à Rouen, délégué des Sociétés savantes de cette ville ; Le Métayer des Planches, secrétaire de la Société académique de Pont-l'Evêque ; Eudes, de Pont-l'Evêque ; Lallier, de l'Hôtellerie ; de Bonnechose et Bertot, de Bayeux. - M. le sous-préfet de Lisieux, M. le maire de cette ville et les membres de la Société d'émulation de Lisieux ont pris part à toutes les réunions.

     La première séance a eu lieu le dimanche 9 juin. M. de Caumont, qui la présidait, a exposé le but que l'Institut des Provinces s'était proposé d'atteindre en créant les expositions régionales. Il a remercié les Autorités locales et la Société d'émulation du zèle qu'elles avaient déployé pour organiser l'exposition de Lisieux, et les a félicitées des résultats que leurs efforts avaient obtenus, malgré le peu de temps dont elles avaient eu à disposer ; enfin, il a indiqué l'ordre du jour des réunions.

     Conformément à cet ordre du jour, l'Assemblée s'est occupée de former les Commissions chargées de l'examen des divers produits exposés.

     Lundi, à deux heures, s'est ouverte la seconde séance. Elle a été présidée par M. le baron Mercier (de l'Orne).

     M. de Bonnechose, au nom de la Commission d'horticulture, a rendu compte de l'examen auquel cette Commission s'était livrée.

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     MM. Durécu, au nom de la Commission pour les tissus, et Raymond Bordeaux, d'Evreux, au nom de la Commission des beaux-arts, ont ensuite successivement fait connaître les résultats des délibérations de ces Commissions, sans néanmoins soumettre à l'Assemblée de propositions définitives. Ils ont annoncé que ces propositions seraient présentées dans la séance du lendemain.

     Les autres Commissions n'ayant pas encore terminé leurs travaux, l'Assemblée s'est occupée de diverses questions d'intérêt public. Nous ne ferons que les indiquer.

     M. Lair a pris la parole sur l'introduction dans nos contrées de la race bovine dite de Durham. Il a annoncé que cette question avait fixé au plus haut degré l'attention de la Société d'agriculture de Caen, et a engagé celle de Lisieux à l'étudier d'une manière approfondie.

     Des explications fort intéressantes ont ensuite été données par MM. de Caumont et de Mecflet sur l'assainissement des prairies au moyen du drainage. M. de Caumont a annoncé que, dans sa session de 1852, qui aura lieu à Lisieux, l'Association normande décernerait une médaille d'argent à l'agriculteur qui aurait drainé un demi-hectare.

     L'honorable directeur de l'Association normande a également annoncé qu'une médaille d'argent serait accordée, à la même époque, à celui qui aurait établi dans l'arrondissement de Lisieux un four à chaux, dans l'intérêt de l'agriculture. Il a insisté, à cette occasion, sur les avantages qu'on retirerait de l'usage de la chaux en agriculture ; il a parlé du four dont M. Leterrier avait favorisé l'établissement à Saint-Germain-de-Livet, et félicité cet habile agronome d'avoir donné un aussi bon exemple.

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     M. Dudezert a entretenu l'Assemblée des succès qu'il avait obtenus sur la propriété qu'il exploite, en employant la poudre de braise mélangée avec des engrais liquides, et il a engagé les agriculteurs du pays à faire l'essai de ce système. Une médaille de bronze a été promise par M. de Caumont, au nom de l'Association normande, à celui qui aurait employé 200 hectolitres de poudre de braise, d'après la méthode indiquée par M. Dudezert.

     M. de Caumont a aussi annoncé que l'Association normande décernerait une médaille d'argent et une médaille de bronze à ceux qui auraient fait le plus d'irrigations raisonnées sur les points de l'arrondissement où ce moyen puissant de fertilisation n'a pas encore été appliqué d'une manière intelligente.

     L'Assemblée avait mis à l'ordre du jour la question du chemin de fer du Nord-Ouest. M. Mercier (de l'Orne), est entré, à ce sujet, dans des développements fort intéressants, et il a proposé une combinaison qui donnerait satisfaction aux départements du Calvados, de l'Orne et de la Manche. Nous ne chercherons pas à reproduire la communication de M. Mercier : pour être sûrs de l'avoir bien comprise, nous aurions eu besoin d'avoir une carte sous les yeux. L'Assemblée n'a pas cru devoir émettre un voeu sur la proposition de M. Mercier, qui demande à être sérieusement examinée et discutée.

     M. Delarue a donné lecture, sur la demande de l'Assemblée, d'un Rapport déjà communiqué à la Société d'émulation de Lisieux, dont il fait partie, sur l'inflammation spontanée des laines grasses.

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     La troisième séance a eu lieu le mardi 11. - M. Lair a présidé cette séance, à laquelle ont assisté M. Cagniard, curé de St-Pierre, et un certain nombre d'ecclésiastiques. La première partie en a été consacrée à la discussion de questions concernant la restauration et l'ameublement des édifices religieux.

     Des rapports sur l'exposition ont ensuite été présentés par MM. Morière, au nom de la Commission des machines ; Raymond Bordeaux, au nom de la Commission des beaux-arts ; Durécu, au nom de la Commission des tissus ; Duhamel, de Pont-l'Evêque, au nom de la Commission des produits agricoles ; et de Piperey, au nom de la Commission des objets divers.

     Le soir, a eu lieu une quatrième séance, sous la présidence de M. Leterrier, dans laquelle on a entendu une brillante improvisation de M. Bordeaux.

     M. Jacob, professeur de chimie au collège, a proposé d'établir un cours gratuit de chimie industrielle à Lisieux, en faveur des ouvriers. M. Leterrier, au nom de la Société d'émulation, dont il est président, s'est chargé d'appuyer ce projet auprès de la Société, afin d'obtenir son utile concours.

     Le 12, l'Institut des Provinces et les Commissions se sont réunis pour arrêter définitivement la liste des récompenses à décerner aux exposants.

     L'Institut des Provinces a clos ses séances, mercredi, en nommant une Commission permanente ainsi composée : M. Dubois, président ; M. l'abbé Jules Lalmand, inspecteur des arts et monuments, secrétaire-rapporteur pour les beaux-arts et les lettres ; M. Jacob, professeur de chimie au

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collége, secrétaire-rapporteur pour les sciences et l'industrie ; M. de Piperey, membre de l'Association normande, secrétaire-rapporteur pour l'agriculture et l'horticulture ; MM. Vallée et Billon, membres. - Les communications ou réclamations devront être adressées franco à MM. les secrétaires, qui les communiqueront à l'Institut.

     Lundi 10, à cinq heures, un banquet a réuni, dans la vaste salle de la halle au blé, deux cents convives environ, membres de l'Institut des Provinces, délégués des Sociétés savantes du Nord-Ouest, fonctionnaires publics, membres de la Société d'émulation de Lisieux, exposants.

     A la fin de ce banquet, pendant lequel un ordre parfait et la cordialité la plus franche n'ont cessé de régner, M. de Caumont s'est levé et a porté le toast suivant :

     « A la ville de Lisieux, à ses administrateurs, à la Société d'émulation et à tous les habitants de cette cité, qui ont accueilli avec tant d'empressement l'exposition régionale !

     Puisse l'exposition, qui a pour but d'encourager le travail, donner un nouvel élan à la prospérité agricole, manufacturière et commerciale de la ville où nous recevons une hospitalité si franche et si cordiale ! Puissions-nous dire en nous séparant : l'oeuvre de l'Institut des Provinces est une oeuvre féconde, une oeuvre d'avenir ! Les expositions régionales, en ramenant la vie et l'activité dans nos départements, réaliseront la décentralisation, qui est une des plus justes tendances, un des plus grands besoins de notre époque.

     A la ville de Lisieux et à ses magistrats ! à la Société d'émulation ! à la prospérité agricole, manufacturière, commerciale de ce beau pays ! »

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     Après cette allocution, qui a été accueillie par des bravos, M. V. Godefroy, maire de Lisieux, a pris la parole en ces termes :

     « MESSIEURS,

     Alors que la capitale, tendant à envahir les sciences, les arts et l'industrie, semble vouloir déshériter la province de ses biens les plus précieux, l'un de nos concitoyens conçut l'énergique pensée de nous conserver les avantages dont on voudrait nous dépouiller. Il pensa qu'il devenait indispensable de s'opposer à la centralisation qui nous menaçait, et que le moyen le plus efficace de parvenir à ce but était de s'entourer des hommes célèbres des départements, dont le concours pouvait lutter, sinon immédiatement, au moins dans quelques années, avec les prétentions de la capitale. Il divisa la France en régions ; l'Institut des Provinces fut créé, et, quoique son établissement ne compte que fort peu d'années d'existence, nous sommes déjà à portée d'en apprécier les heureux résultats. En 1849, la capitale de l'ancienne Bretagne fut choisie pour le début des expositions du Nord-Ouest. Si les produits industriels n'y abondèrent pas, en revanche les beaux-arts y occupèrent une place très-remarquable. Cette année, notre ville doit à sa renommée commerciale d'avoir été désignée pour le siége de la seconde exposition. Des savants, des industriels, des artistes, des agriculteurs ont été exacts au rendez-vous qui leur a été désigné ; et, comme je vous le disais hier, Messieurs, bien que plusieurs villes, sur l'appui desquelles nous devions compter, aient cru devoir s'abstenir, néanmoins les produits les plus variés et les plus intéressants sont venus de tous côtés

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remplir nos salons : Caen, Bayeux, Vire, Honfleur, Pont-l'Evêque, Orbec, Condé, Vassy, Rouen, Saint-Lo, le Mans, Cherbourg, Evreux, Pont-Audemer, Breteuil, Laigle, Bernay, Elbeuf, Louviers, Ingouville, Harfleur, Brest, Landernau, Saint-Servan, Angers, Fougères, Pontrieux, ornent de leurs produits les salles de l'industrie ; des plantes, des fleurs, des fruits émaillent celles de l'horticulture, tandis que les noms des artistes de Caen, Nantes, Brest, Vire, Alençon, le Havre, Bayeux, Saint-Lo, Dieppe, Honfleur, Livarot, Vimoutiers, sont mêlés aux noms des artistes de notre localité dans la salle des beaux-arts.

     Vous tairai-je, Messieurs, que l'un des enfants de notre département, placé au premier rang des artistes de France (M. Léon Le Cieux), a répondu à notre appel en venant, à l'occasion de nos réunions, nous faire entendre ses plus délicieux accords.

     Une troisième exposition, annoncée plus longtemps d'avance, placée dans une ville d'une importance supérieure à la nôtre, réunira, l'année prochaine, plus de produits des arts et de l'industrie ; car l'oeuvre que vous avez commencée doit prendre un grand développement, appuyée sur les noms illustres des membres de l'Institut des Provinces.

     L'artiste, l'agriculteur, le manufacturier, excités par une noble émulation, viendront y puiser des inspirations. Ils voudront surmonter leurs rivaux ; le succès couronnera leurs efforts, et bientôt la province n'aura plus à redouter la concurrence de la capitale. Tous ces bienfaits, Messieurs, dont les départements profiteront, seront dus à la pensée généreuse et nationale de M. de Caumont : que la province doit secouer le joug de la centralisation qui la menace.

     Je crois donc, Messieurs, remplir les voeux de cette réunion

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en vous proposant le toast suivant : A M. de Caumont, créateur de l'Institut des Provinces ! »

     Ces paroles du premier magistrat de la ville de Lisieux ont été accueillies chaleureusement par l'auditoire.

     M. Lachèvre, sous-préfet de l'arrondissement, a pris ensuite la parole, pour offrir à M. Lair l'expression des sympathies et du respect de tous les assistants. M. le sous-préfet s'est exprimé à peu près en ces termes :

     « Au milieu d'une Assemblée où se trouvent réunis tant d'hommes distingués du département du Calvados et des départements voisins, tant d'hommes dévoués aux sciences, aux arts, à l'agriculture et à l'industrie, on ne doit pas oublier celui dont la longue carrière a été consacrée à toutes les choses utiles. Aussi je crois être l'expression unanime de tous ceux qui se trouvent dans cette enceinte, en leur proposant de porter un toast au vénérable M. Lair. »

     M. Lair a répondu à cet hommage, si bien mérité, par quelques-unes de ces bonnes paroles que lui inspirent toujours, avec tant d'à-propos, son excellent coeur et son amour ardent du bien public.

     Après une quête faite par M. le sous-préfet, qui a produit pour les pauvres une somme de 152 francs, les convives ont quitté la salle du banquet, et la plupart d'entre eux se sont transportés à la salle de spectacle pour applaudir Léon Le Cieux.

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CONGRÈS AGRICOLE ET INDUSTRIEL
DE L'ASSOCIATION NORMANDE.

Session de 1850.

     MM. GIRARDIN, inspecteur divisionnaire ; de GLANVILLE, inspecteur de l'arrondissement de Rouen ; DELALONDE du THIL et d'ARCEL, membres du Conseil général de la Seine-Inférieure et inspecteurs cantonaux de l'Association, avaient préparé la session de 1850 avec un dévoûment dont l'Association est heureuse de leur offrir ses remercîments.

     On lisait dans la lettre de convocation : « Les séances générales de l'Association s'ouvriront, cette année, à Fécamp, le 17 juillet, à sept heures précises du matin, dans la grande salle de l'hôtel-de-ville, que M. le maire de Fécamp a bien voulu mettre à la disposition du Conseil d'administration.

     La session durera jusqu'au 21 juillet.

     Le 17, l'Association s'occupera de l'enquête morale, commerciale et maritime.

     Le lendemain 18, elle se transportera à Bolbec pour y faire une enquête industrielle et morale.

     Le 19, visite des ruines de Lillebonne et des travaux d'endiguement de la Basse-Seine.

     Le 20, réunion générale à Goderville pour l'enquête agricole.

     Le 21, au même lieu, le concours provincial de bestiaux. »

     Ainsi l'Association tenait, cette année, sa session dans quatre villes (Fécamp, Bolbec, Lillebonne et Goderville), et c'était un bon moyen de faire une enquête complète sur

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l'agriculture, l'industrie, etc., de cette partie du département de la Seine-Inférieure.

SÉANCES A FECAMP.

     Le 17, à sept heures du matin, les membres de l'Association furent reçus à l'hôtel-de-ville par M. Régimbart ; maire de Fécamp, et le Conseil municipal. Ils se transportèrent de là dans la grande salle de la Bourse, près du bassin, qui avait été disposée pour la session. La garde nationale s'était réunie à l'hôtel-de-ville pour offrir une escorte à l'Association, qui remercia M. le commandant et MM. les gardes nationaux.

     Après l'arrivée de la Compagnie à la Bourse, M. Régimbart, maire de Fécamp, fut prié de présider la séance. MM. de CAUMONT, directeur ; GIRARDIN, inspecteur divisionnaire ; DELALONDEdu THIL, d'ARCEL, de GLANVILLE, PERON de PIPEREY, secrétaires ; DEBOOS, trésorier ; LEMAÎTRE, membre du Conseil général de l'agriculture, du commerce et des manufactures ; M. le président de la Chambre de commerce, siégèrent au bureau.

     On remarquait dans la salle : MM. CURMER, membre du Conseil général ; TINEL, propriétaire, à Fécamp ; BOUFART, commandant de la garde nationale de Fécamp ; GELÉE, propriétaire, à id. ; DUCROT, id., id. ; VASSELIN, id., id. ; GUILMARD, id., au Havre ; LEGAL, id., à Dieppe ; COUILLARD (Vin), id., à Fécamp ; MICHEL, id., id. ; HAUDUC, id., à Paris ; AVISSE, id., à Fécamp ; CARON, id., id. ; CORBIÈRE id., id. ; LEGRAND, id., id. ; FAUVEL, id., id. ; DUVAL, id., id. ; LEGROS, id., id. ; MARCHAND, id., id. ; LEPORT, id., id. ; NICOLLE, id., id. ; LEGRAND, id., id. ; DAVIRON, id., id. ; BEUZEBOR, id., id. ; MAZÉ, id., id. ; DOAT, de

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Tuch (Gers) ; CHESNEAU, de Rouen ; DECULTOT, propriétaire, à Fécamp ; COUILLARD (Etienne), id., id. ; COQUAIS, id., id. ; COUILLARD (Léon), id., id. ; vicomte de POMEREU, chef de bataillon, à Daubeuf ; de FRANQUEVILLE, propriétaire, à Toussaint ; CLOUCH, id., à Fécamp ; DOREY, id., au Havre ; LEMAÎTRE, président du tribunal de commerce de Fécamp ; BELLET (Emile), propriétaire ; et un grand nombre d'autres personnes qui n'ont pas fait connaître leurs noms au bureau.

     Ces dispositions faites, M. de Caumont prend la parole, et lit un discours renfermant un rapport substantiel sur les travaux de l'Association depuis la session de 1849.

     M. Girardin lit ensuite : 1° une lettre de M. le préfet, qui s'excuse de ne pouvoir prendre part aux travaux de l'Association ;

     2° Une lettre de M. le ministre, qui ne peut venir présider le Congrès. - M. Girardin fait espérer que M. Dumas, ministre de l'agriculture et du commerce, viendra samedi, à Goderville, décerner les primes accordées par l'Association normande.

     3° Une lettre de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, dans laquelle il est demandé des renseignements sur l'usage des saumures et salaisons. - Une Commission, composée de MM. Corbière et Tinel, est chargée de préparer un travail pour répondre aux questions adressées par M. le ministre.

     M. Dujardin fait hommage à l'Association d'une brochure sur le crédit foncier. Une Commission est nommée pour examiner ce projet. - La Commission est composée de MM. Delalonde du Thil, Legros, banquier, et Lemaître.

     M. Girardin énumère ensuite diverses brochures offertes.

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     M. Léon Rivet a fait parvenir un travail sur l'état des populations, et les moyens d'améliorer leur sort.

     M. Patron a aussi envoyé à l'Association divers travaux.

     Il est encore fait hommage à l'Association des ouvrages suivants :

     Annuaire de l'Institut des Provinces ;

     Abécédaire ou Rudiment d'archéologie, par M. de Caumont ;

     De la Réforme académique en France ;

     Courte Instruction sur l'emploi du sel en agriculture, par M. J. Girardin ;

     Des Boissons salubres économiques, par M. J. Girardin ;

     Considérations sur la question des enfants trouvés, enfants abandonnés et orphelins pauvres, par M. J. A. Delérue ;

     Congrès archéologique de France (séances générales tenues à Sens, à Tours, à Angoulême et à Limoges, en 1847, par la Société française pour la conservation des monuments historiques) ;

     Travaux de la Société française pour la conservation des monuments, en septembre 1847, extraits du Bulletin monumental de M. de Caumont ;

     Promenades archéologiques dans les communes littorales de l'arrondissement de Caen, par M. de Caumont.

     Ces ouvrages seront déposés dans la bibliothèque de Fécamp.

     Il est donné lecture d'une notice de M. Régimbart. Cette notice sera insérée tout entière dans l'Annuaire de l'Association.

     M. P. Vasselin demande la parole et donne lecture d'un travail sur la bibliothèque. M. Vasselin demande des lectures publiques et des cours élémentaires. - M. Girardin répond que, ces cours élémentaires étant d'institution municipale,

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il faut, sans aucun doute, obtenir une autorisation ministérielle, mais que cette autorisation n'a jamais été refusée.

     M. Marchand lit un mémoire de M. Lupard, médecin.

     Diverses opinions émises par l'honorable correspondant sont vivement attaquées par plusieurs membres de l'Assemblée. - M. Delalonde fait observer que les abattoirs ne peuvent qu'augmenter le prix de la viande, et reculer l'époque désirée où l'agriculture pourra donner à l'ouvrier une nourriture plus substantielle et meilleure, sous le rapport hygiénique, en faisant arriver la viande sur sa table. - M. Guillemard présente des observations dans le même sens.

     M. Marchand lit une intéressante notice sur les effets du choléra dans les deux dernières épidémies de 1832 et de 1848.

     M. Ducros a la parole pour lire une notice sur un appareil de sûreté dans les machines à vapeur. Une Commission est nommée pour examiner cette invention. - La Commission est composée de M. Chesneau, Guilmard, Marchand, Ducros et Delalonde du Thil.

     M. Delalonde du Thil demande que ce rapport soit lu dans la séance qui se tiendra à Bolbec. - Ses conclusions sont adoptées.

     La séance est levée.

DEUXIÈME SÉANCE.

     La séance est ouverte à une heure, sous la présidence de M. Régimbart, maire de Fécamp.

     M. Freret, président de la Chambre de commerce, lit un rapport sur le commerce et la statistique de Fécamp.

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COMMERCE ET STATISTIQUE DE FÉCAMP.

     La ville de Fécamp compte une population de 11,000 ames.

     Son commerce est maritime, agricole et industriel.

     Elle est traversée par quatre routes, dont deux nationales et deux départementales :

     La première, portant le n° 26, est la route nationale de Rouen à Fécamp ;

     La deuxième, portant le n° 25, est la route nationale du Havre à Lille ;

     La troisième, portant le n° 17, est la route départementale de Fécamp au Havre par Etrétat, longeant les bords de la mer ;

     La quatrième, portant le n° 20, est la route départementale de Fécamp à Valmont.

     Le port de Fécamp a reçu, depuis quelques années, de grandes améliorations : la profondeur de son chenal, les travaux effectués pour rendre son entrée meilleure, l'augmentation de la force de son écluse de chasse, l'exécution du second bassin projeté le rendront bientôt un des meilleurs ports de la Manche.

     Pour éviter les répétitions, nous ne parlerons ici que, pour mémoire, des navires appartenant au port, des navires étrangers, de la navigation au long-cours, au grand et au petit cabotage, parce que la Chambre de commerce s'est spécialement chargée de répondre à cette partie du programme de l'Association normande.

     La ville de Fécamp reçoit dans son sein les rivières de Ganzeville et de Valmont.

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     Il y a 17 chutes d'eau, formant une force motrice de 200 chevaux ;

     9 machines à vapeur, d'une force de 95 chevaux.

     Fécamp était autrefois très-renommé par sa belle fabrication de toile de fil. A cette fabrication est venue se joindre ensuite la fabrique de siamoise, fils et cotons ; puis la fabrique de calicots, ou étoffes tout coton, a presque tout absorbé.

     Il y a une trentaine d'années, des filatures sont venues s'établir à Fécamp : en peu d'années, leur nombre s'éleva à 9. Ces filatures alimentaient la fabrique des environs.

     Avant 1844, il y avait 1,064 métiers à tisser dans le canton de Fécamp ;

     2,250 dans le canton de Goderville ;

     3,336 dans le canton de Valmont ;

     2,848 dans le canton de Cany.

     Depuis, la fabrication s'est déplacée ; le tissage mécanique, établi dans les villes, a porté un grand préjudice au tissage à la main. Cette fabrication, à laquelle se joignait la petite culture, qui établissait et répandait l'aisance dans toutes les chaumières, est aujourd'hui presque anéantie. La cessation de ce mode de fabrication a produit ce résultat : c'est que la population de nos côtes s'est adonnée davantage à la mer, que les profits de la fabrication lui avaient fait abandonner.

     Aujourd'hui, Fécamp possède, en activité, 5 filatures de coton, mues par des cours d'eau aidés de machines à vapeur.

     Elles produisent 475,000 kil. coton par année, représentant une valeur de 1,350,000 francs, et emploient 265 personnes.

     Nous croyons devoir mentionner ici qu'une filature de

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lin, de la force de 30 chevaux, et dont les produits sont très-estimés, est établie près Fécamp, à Gerville ; elle donne annuellement 100,000 kil. de fil.

     Les autres établissements industriels, à Fécamp, sont :

     6 moulins à huile, produisant annuellement 13,900 barils ;

     6 moulins à blé, formant 25 paires de meules, produisant par année 50,000 sacs de farine de 150 kil., qui sont exportés dans les villes voisines. Les nombreux moulins de la vallée, hors ville, suffisent pour l'alimenter.

     Un moulin à tan, de la force de 12 chevaux, broyant 101,000 bottes d'écorces, d'une valeur de 150,000 francs.

     5 scieries mécaniques emploient, pour le travail des bois, une force de 50 chevaux. Ces établissements sont mus par 3 chutes d'eau et 2 machines à vapeur. Un de ces établissements a joint à sa scierie un atelier pour la construction des machines pour travailler le bois, et en a fourni dans tous les grands arsenaux maritimes.

     Une fonderie de fer et cuivre, avec une machine à vapeur, est établie à Fécamp depuis peu d'années.

     Les chantiers de construction de navires sont très-activement employés. Les navires qui, pour Terre-Neuve, étaient de 200 tonneaux, sont portés aujourd'hui à 400.

     Il se fait à Fécamp un commerce considérable de liquides.

     Voici l'état des marchandises importées à Fécamp :

Houilles21,000tonneaux.
Ardoises1,780
Bois du Nord17,000
Brai et goudron600
Sel1,400
Cotons et laines2,005

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Cuirs et écorces2,750tonneaux.
Huile4,000
Poisson frais et huîtres2,000
Poisson salé4,700
Esprits2,000
Vins et liquides500
Bois de chauffage600
Fruits2,000
Lins et chanvres750
Carreaux1,000
Cercles300
Toile à voiles50
Fontes et plomb600
Beurre150
Chiffons250
Soude200
Légumes1,000
Farines et blés8,000
Fers1,000
Pavés de grès (St-Valery)2,000

     Les ouvriers des diverses professions employés dans chaque spécialité, étaient :

Avant le 24 février.Après le 24.
Maçons69-15
Charpentiers62-17
Serruriers42-10
Ebénistes46-20
Scieries mécaniques68-17
Tanneurs et corroyeurs59-40
Fondeurs12-0

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     Nous devons ajouter que, depuis quelque temps, les affaires ayant repris leur essor, l'emploi des ouvriers présente une différence moins considérable.

     Revenant à l'intérieur de Fécamp :

     La ville a deux paroisses : l'église de l'Abbaye et l'église St-Etienne.

     Il n'y a point d'établissement du culte autre que celui de la religion catholique.

     Fécamp possède une bibliothèque de 7,535 livres.

     Cet établissement ne peut avoir qu'une salutaire influence sur l'éducation et la moralité des jeunes gens ; beaucoup le fréquentent, et les livres de science sont plus spécialement demandés, et forment l'objet de leurs lectures méditatives.

     Les établissements philanthropiques que possède Fécamp, sont l'hospice et le bureau de bienfaisance.

     L'hospice entretient 116 malades.

     Le bureau de bienfaisance donne des secours à 402 familles (1,206 personnes).

     Les ressources de l'hospice sont de 17,000 francs ;

     Celles du bureau de bienfaisance, de 12,000 francs.

     L'Administration se propose de fonder incessamment une salle d'asile, et désire que le Gouvernement lui vienne en aide dans la réalisation de ce projet philanthropique.

     Comme dans tous les pays, quelques hommes de la classe ouvrière se livrent à l'ivrognerie ; mais, en général, ces classes sont sobres et d'une bonne moralité.

     Leurs moyens d'existence sont le salaire qu'elles reçoivent pour la rétribution de leur travail, et, à défaut de travail, les secours du bureau de bienfaisance.

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     Il y a, à Fécamp, pour les garçons, 2 écoles primaires communales, qui sont fréquentées par 214 enfants ;

     Une école primaire gratuite, tenue par les Frères de la Doctrine chrétienne, qui reçoit 275 élèves.

     Pour les filles, il y a 4 écoles, recevant 750 élèves.

     Nous ne devons pas dissimuler que l'instruction primaire, surtout celle que reçoivent les garçons dans les écoles communales, laisse beaucoup à désirer ; mais de salutaires réformes vont y être introduites, et nous comptons sur des améliorations sensibles, d'ici à quelque temps, dans cette partie de l'éducation des enfants du peuple.

Le chiffre moyen des jeunes gens inscrits, pendant les dix dernières années, sur le tableau de recensement de la ville de Fécamp, est de91
Ce chiffre se décompose ainsi :
Propres au service14
Inscrits maritimes10
-
24
Réformés pour maladies17
Exemptés de droit (fils de veuves, etc.)5
-
4691
Exemptés par leurs numéros45

     Nous recommandons, d'une manière toute particulière, à l'Association normande le chemin de fer de Fécamp.

     Deux lois, la première du 19 juillet 1845, la seconde du 9 août 1847, ont consacré l'établissement de ce chemin de fer.

     Les délais de confection accordés par les lois de 1845 et de 1847 sont expirés, et le chemin de Fécamp n'est pas encore commencé.

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     La ville de Fécamp a le plus grand intérêt à ce que l'exécution de son chemin ne soit pas davantage retardée : seule de tous les ports, depuis Dunkerque jusqu'au Havre, elle se trouve privée d'une voie de fer. Placée entre deux villes rivales, qui possèdent des chemins de fer, elle est menacée de se voir dépouillée de son commerce, et de tomber dans une déplorable décadence.

     La question du chemin de fer est, pour les habitants de Fécamp, une question de vie ou de mort.

     Pour édifier l'Association normande sur cette affaire, la plus palpitante d'intérêt pour la ville de Fécamp, nous lui remettons tous les mémoires et documents qui s'y rattachent.

     La ville de Fécamp compte sur le concours de l'Association normande.

     Si elle peut, par son intervention, faire triompher les droits de la ville, elle lui rendra un immense service, qui lui assurera des droits à sa reconnaissance éternelle.

     Sur sa demande, l'Assemblée, à l'unanimité, émet le voeu que le chemin de fer soit fait le plus tôt possible. Ce voeu sera adressé à l'Assemblée législative et à M. le ministre des travaux publics.

     La discussion s'engage sur la question des pêcheries. M. Guillemard demande l'exécution des réglements sur la pêche, et surtout de l'ordonnance de 1844.

     A la demande de la suppression du chalut, M. Corbière répond, avec la ville de Boulogne, que, sur les côtes anglaises, où la pêche au chalut est largement exercée, il y a plus de poisson que sur nos côtes. La pêche au chalut ne se fait pas d'ailleurs à Fécamp ; aucuns bateaux ne se livrent

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à ce genre de pêche. - Cependant, M. Corbière, reconnaissant l'incompatibilité de la pêche au chalut avec la pêche au hareng, demande la suppression du chalut pendant le temps de la pêche aux harengs.

     M. Michel soutient que le chalut est incompatible avec tous les genres de pêche ; que, d'ailleurs, il sera toujours impossible de réglementer la pêche au chalut, parce que les barques en contravention savent toujours éviter les cutters qui les poursuivent, et que, d'ailleurs, les barques choisiront pour cette pêche les nuits d'orage et les nuits obscures, où les cutters n'oseront s'aventurer sur nos côtes. - La prohibition complète du chalut peut seule, d'après l'orateur, prévenir les effets de cette pêche funeste. M. Michel prétend attribuer au chalut la disparition du hareng sur nos côtes ; il croit que le hareng ne vient pas du Nord, qu'il habite dans nos mers, à de grandes profondeurs, et qu'il ne se montre qu'à certaines époques, à l'époque du frai, par exemple. Il essaie de démontrer cette opinion par la différence qu'il reconnaît dans la construction des harengs du Nord, et dans la construction de ceux qu'on pêche sur nos côtes. - M. Michel pense que nos harengs sont une variété des harengs du Nord.

     M. Curmer soutient les mêmes conclusions, et demande l'interdiction des guideaux.

     M. Delalonde demande que l'Assemblée émette le voeu de l'interdiction absolue du chalut, comme nuisant toujours à la reproduction du poisson, et nuisant à la pêche du hareng pendant l'époque où cette pêche se fait.

     Après une discussion à laquelle prennent part MM. Michel, Corbière, Tinel, Legal, la proposition de M. Delalonde du Thil est adoptée.

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     Sur la question de l'achat du poisson à l'étranger, M. Michel demande la parole, et combat vivement cet achat ; M. Boufart parle dans le même sens.

     MM. Corbière et Lemaître demandent qu'on ne permette l'introduction du poisson étranger qu'après le 10 septembre et jusqu'au 15 janvier.

     M. Boufart appuie cette proposition.

     M. Michel demande qu'on ne délivre le sel pour la pêche du hareng qu'au 15 septembre ; qu'on ne délivre le sel pour la pêche du maquereau qu'au 10 mars, et qu'en outre on exige, pour la pêche des Orcades, le même équipage que pour la pêche côtière, et le même nombre de lessures.

     M. Legal combat la proposition, et soutient que l'achat du poisson ne fait aucun tort à la pêche nationale.

     M. Delalonde du Thil combat M. Legal. Il faut, avant tout, empêcher l'encombrement de nos marchés par des produits de la pêche étrangère, et ne pas dégoûter les consommateurs des produits de la pêche nationale, en leur apportant, dès l'abord, des produits mauvais et dangereux même pour la salubrité publique. La proposition est excellente, puisqu'elle tranche le mal dans sa racine, puisqu'elle empêche la vente des produits étrangers de se faire sur nos marchés avant l'époque de la pêche nationale. Plus tard, si la concurrence se fait, et si le poisson acheté à l'étranger vient lutter contre les produits de notre pêche, la lutte ne sera pas longue, car les consommateurs ne se tromperont pas sur la valeur respective de ces divers produits.

     M. Lemaître soutient la proposition de M. Michel pour les équipages. Il demande que les armements soient sérieux.

     M. Legal propose la liberté absolue d'époques et d'armements,

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la surveillance sur le lieu de la pêche, la reddition de comptes au commissariat, une pénalité sévère et une Commission d'examen de la pêche faite.

     La division demandée étant de droit, la première partie de la proposition de M. Lemaître est mise aux voix et adoptée à une grande majorité.

     La deuxième partie de la proposition de M. Michel, à laquelle s'est rallié M. Lemaître, est mise aux voix et adoptée à l'unanimité.

     La révision des traités de 1839 est mise aux voix et adoptée.

     Pour la pêche du maquereau, on demande la prohibition de l'introduction du maquereau salé avant le 20 mars. - Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.

     M. Legros lit une note sur les questions d'enquête commerciale posées par l'Association.

     A propos de ces questions, MM. Guilmard et Marchand demandent s'il est vrai que le matelot paie à l'armateur une somme de 10 p. % de sommes avancées à la masse du bateau.

     Il est répondu que les avances particulières ne sont grevées d'aucunes retenues, mais que les avances faites à la masse du bateau étant soumises à des chances aléatoires, un escompte de 10 p. % était pris par l'armateur, quelle que fût la durée de la pêche.

     M. Legros demande à l'Association d'émettre le voeu que la banque de France admette à nouveau le papier de Fécamp au comptoir d'escompte de la succursale de Rouen.

     Cette proposition est mise aux voix et adoptée.

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     La Chambre de commerce demande la création d'un registre de comptabilité, destiné à tenir à jour la situation des faillites.

     Cette proposition est adoptée.

     La loi de 1841 a fixé un minimum d'équipages funeste à notre pêche de la morue. La Chambre de commerce demande que, dans la loi nouvelle, cette disposition soit écartée. Elle propose à l'Association normande d'émettre un voeu dans ce sens.

     L'Assemblée adopte cette proposition.

     Sur la treizième question, il est répondu que les carrières de Fécamp ne sont plus exploitées, et qu'il se trouve, au bas des falaises, un banc de pierre recouvert de marne par la mer. Cette pierre serait peu avantageuse pour faire de la chaux hydraulique.

     La séance est levée.

PÊCHE DE LA MORUE A FÉCAMP.

     Avant la Révolution, le port de Fécamp armait annuellement huit ou dix petits navires, presque tous ayant été des bateaux-pêcheurs de harengs, que l'on avait radoubés tout exprès pour aller faire la pêche de la morue sur le grand-banc de Terre-Neuve. Ces navires jaugeaient chacun de 60 à 80 tonneaux ; leur équipage se composait de dix à douze marins, tout compris. La pêche se faisait pendant que le navire était en dérive, et chaque matelot, debout dans un baril fixé sur le pont, sans autre mouvement que celui des bras, tenait, pendant toute la durée du jour, une ligne,

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avec un plomb à la main, qu'il tirait à bord quand il sentait que le poisson était pris. On était souvent sept ou huit mois, et même plus, à faire le voyage. Quand la réussite était complète (ce qui n'arrivait pas tous les ans), ces petits navires apportaient chacun douze à quinze mille morues salées en vrague ou grenier, et tranchées au rond, qu'ils allaient vendre à Dieppe ou à Honfleur, où étaient des entrepôts de morues. La longueur du temps que l'on était en mer, l'immobilité des marins, par la méthode de pêcher à cette époque, et surtout la privation de nourriture rafraîchissante, faisaient revenir ces marins avec la maladie du scorbut, dont quelques-uns succombaient souvent avant l'arrivée au port. Quelques années avant 1789, un capitaine de Dieppe, nommé Sabot, frappé de la nécessité d'abréger le temps de la pêche, et plutôt dans un but de mieux réussir, eut l'idée de faire l'application de la méthode des lignes de fond, que les pêcheurs du Pollet pratiquaient si habilement dans les endroits les plus profonds de la Manche, et réussit parfaitement, en jetant le premier l'ancre sur le grand-banc, à apporter, en fort peu de temps, un chargement complet de morues, et entreprit de suite, dans la même année, un second voyage, pendant lequel il réussit encore complètement. Encouragé par ce succès, il recommença les années suivantes, et fut imité par ses compatriotes, qui ne tardèrent pas à abandonner la méthode de pêcher en dérive pour adopter celle des lignes de fond. Nos marins de Fécamp durent aussi adopter cette méthode, quoique défendue par le Gouvernement, sous le prétexte que l'on était exposé à perdre des marins dans les chaloupes. Les ports de l'ouest de la Manche, qui avaient en vain sollicité cette autorisation, se mirent à employer cette méthode

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en cachette. Mais à peine avaient-ils commencé, que les guerres de la Révolution mirent un obstacle complet au développement que promettait cette méthode de pêcher la morue, et ce n'est que depuis le commencement de la paix que l'on a pu parvenir à la développer et à la perfectionner.

Moyens d'existence, à Fécamp, des familles de pêcheurs de morue au grand-banc de Terre-Neuve.

     Les familles des pêcheurs de morue, à Fécamp, existent avec le gain provenant du produit de la pêche du père de famille. Les femmes, pendant l'absence de leurs maris, travaillent à porter du sel, et à d'autres travaux de pêche ou de navigation.

Préparations de la morue.

     On prépare le poisson de deux méthodes différentes : en vrague ou en tonnes. On appelle ces deux méthodes de préparation salé au vert. La morue salée en vrague et tranchée au rond est consommée sans nouvelle préparation, et c'est celle que nos navires apportent à Fécamp. Celle tranchée au plat est destinée à être séchée ; elle est apportée directement, des lieux de pêche, dans les ports voisins des endroits de consommation, tels que Bordeaux, la Rochelle, Cette, etc. On emploie, pour la préparation de ces morues, des sels français de l'Ouest et du Midi, et même des sels étrangers d'Espagne ou de Portugal. Pour l'autre méthode, qui nécessiste une seconde préparation de repaquage à terre avant la consommation, on emploie, le plus communément, des sels de St-Ubec (Portugal), à cause que le grain de ce sel, étant très-blanc et moins menu que celui des sels de tous

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les autres marais, est aussi moins susceptible de fondre dans la saumure que conserve le tonneau.

     Tous les navires de Fécamp faisant la pêche de la morue vont pêcher sur le grand-banc de Terre-Neuve. A de rares intervalles, on a tenté la pêche en Islande ; mais le peu de produits des armements y a toujours fait renoncer.

Nombre de navires employés à la pêche ; - leur tonnage ; - marins employés et produits de pêche.
Navires.Tonnage.Marins.Produits.
En1816,21502540,000fr.
1817,543567130,000
1818,543567130,000
1819,768696160,000

     Le nombre des navires, à Fécamp, s'est toujours accru jusqu'en 1828, où il s'est élevé à 25, d'une contenance de 3,000 tonneaux au moins. Ces 25 navires étaient montés par 375 hommes, et donnaient un produit annuel de 700 à 750,000 francs. Les trois quarts de ces navires préparaient leurs morues en tonnes, et l'autre quart les préparait en vrague ou grenier, en tranchant la morue au rond. Après 1830, le nombre des navires a diminué sensiblement et est resté, pendant quelques années, fixé à 15 ou 16, d'une contenance de 2,500 tonneaux, et employant 225 à 240 marins. Avec la diminution des navires, on a aussi diminué la préparation de la morue en tonnes, qui a été presque entièrement abandonnée, et on s'est porté sur la préparation de la morue tranchée au plat, destinée à être séchée. A partir de 1835, le nombre des navires a augmenté de nouveau jusqu'en 1841, où il s'est fixé à 35 ou 36, d'un tonnage

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d'environ 5,000 tonneaux, et employant environ 560 marins. Tous ces navires, excepté 5 ou 6 qui apportaient leur morue tranchée au rond à Fécamp, et faisaient presque toujours deux voyages dans leur campagne, allaient déposer le produit de leur pêche à Bordeaux, Rochefort, la Rochelle, Nantes, etc., et revenaient à leur port d'armement avec un chargement de sel ou de liquides.

     A partir de 1844 et jusqu'en 1849, le nombre des navires a diminué subitement, et s'est maintenu de manière qu'il paraît vouloir s'augmenter ; mais aussi leur tonnage a augmenté, ainsi que les produits de pêche.

     Voici le tableau des armements et des produits de pêche pendant ces six dernières années :

Années.Nombre
de navires faisant
la pêche.
Tonnage
des navires.
Marins
à bord.
Produit
en kilogrammes.
Produit
en francs.
1844,355,0405685,881,3291,438,22885
1845,324,5285215,644,5121,617,76611
1846,253,6864174,960,4681,457,86022
1847,264,0414415,799,5881,624,048»
1848,254,3884395,144,3951,442,84547
1849,264,6064675,560,3881,484,92277
La moyenne de ces six dernières années est de
284,3814755,498,4471,510,94524
kil.
Produit moyen par chaque homme, pendant ces six années,11,563
Poidsidemidemen 184410,354
-idemidemen 184911,906

     D'après ce tableau, on voit que la pêche de la morue est en progrès à Fécamp.

Gains ou bénéfices des marins.

     Les marins (simples matelots) gagnent, chaque année,

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pendant leur voyage, en y comprenant le pot-de-vin donné par l'armateur, de 500 à 800 francs, suivant la réussite. Ils sont de sept à neuf mois à faire leur voyage, qui se termine dans le port de destination ; soit la Rochelle, Bordeaux ou Cette. Ils sont payés à raison de 50 francs par mois, pendant leur séjour au port de destination et pendant la traversée de retour au port d'armement ; ce qui peut durer de deux mois et demi à quatre mois. Ces mêmes hommes étant de retour au port d'armement, sont presque continuellement occupés à travailler, jusqu'au moment du nouveau départ, à la réparation du gréement du navire et à son réarmement. Le gain des novices et mousses est proportionnel à celui des matelots, c'est-à-dire qu'il est, suivant l'engagement, des 7/8, 3/4 ou 2/3 pour les novices, et de moitié pour les mousses.

     On peut évaluer les bénéfices du voyage du second capitaine à quelque chose de plus que le double de ceux d'un matelot, et ceux du saleur à un peu moins que le double.

     Les bénéfices du capitaine peuvent être évalués à cinq ou six fois ceux d'un matelot.

Abondance des capitaux, et taux de l'escompte à Fécamp.

     Dans notre ville, dit M. A. Legros fils, les capitalistes sont en petit nombre, et, par cela même, l'argent est peu abondant. Dans les saisons d'armement, pour les diverses pêches auxquelles se livre notre commerce, on se trouve même dans la nécessité de faire descendre des sommes considérables de Rouen. Cette circonstance, qui se renouvelle au moins trois fois chaque année, et pendant plus d'un mois chaque fois, ne contribue pas peu à tenir à un cours

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assez élevé le taux d'intérêt, qui varie, selon les valeurs, depuis 5 p. % l'an et 1/8 de commission, jusqu'à 6 p. % l'an, plus 1/4 de commission.

     Une autre circonstance rend encore d'un placement difficile les valeurs sur Fécamp, Bolbec et Yvetot, qui, il y a quelques mois encore, se prenaient aux plus douces conditions, et qu'on n'admet aujourd'hui qu'au taux le plus élevé, c'est-à-dire 6 p. % et 1/4 de commission. Ceci s'explique naturellement par la décision prise, au mois d'octobre dernier, par la succursale de Rouen, de ne plus admettre à l'escompte le papier de diverses places du département, et notamment, pour ce qui nous intéresse, celui des trois villes que nous venons de citer.

     En supprimant l'escompte des valeurs sur ces diverses places, la banque de Rouen s'est conformée à la lettre de ses statuts, et le commerce de Fécamp n'aurait aucune objection à faire, si cet établissement n'avait pas créé une exception que rien ne paraît justifier, puisque, de toutes les villes du département dont elle admettait le papier à l'escompte, elle n'a conservé que Dieppe, ville importante sans doute ; mais on ne pourrait raisonnablement soutenir que notre ville ait moins de droits à la bienveillance de la banque.

     Dans l'intérêt des villes manufacturières et maritimes du département, il serait à désirer que la banque revînt sur une semblable exception, en accordant à toutes les villes les mêmes avantages. Les établissements de crédit ne doivent-ils pas, d'ailleurs, en raison du privilége qui leur est accordé, aider plus particulièrement les localités qui se trouvent éloignées de leur centre ?

     Le commerce de Fécamp appelle donc l'attention de l'Association

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normande sur cette importante question, et compte sur sa sollicitude toute particulière pour obtenir une amélioration qu'il réclame dans l'intérêt des villes de notre département.

Quelles questions de droit commercial intéressent la ville de Fécamp ?

     De toutes les questions, la plus importante, dit M. Legros, la plus pressante même est celle des faillites. A Fécamp surtout, c'est devenu une question capitale ; car notre ville n'avait pas passé la crise qui avait suivi la Révolution de 1830, sans avoir à constater de nombreux et importants sinistres, dont il reste encore une partie à terminer. Déjà, à diverses reprises, un journal de la localité, le Progressif cauchois, s'est occupé de cette question, et a réclamé, en dernier lieu, pour qu'il fût ouvert, au greffe du tribunal de commerce, un registre de comptabilité, destiné à tenir à jour la situation de chaque faillite, ainsi que cela est établi dans plusieurs villes, notamment à Paris et à Rouen. C'était le moyen de mettre fin aux réclamations des créanciers, en leur faisant connaître, d'une manière précise, la position des faillites qui les concernaient.

     Cette importante mesure sera probablement très-lente à s'introduire dans les tribunaux de commerce, tant qu'il n'interviendra pas un décret qui force chaque tribunal à établir ces comptabilités spéciales, dont aujourd'hui l'utilité est généralement reconnue ; et, puisque l'Association normande a bien voulu réserver dans son enquête une place aux questions commerciales, nous espérons qu'elle concourra de tous ses efforts à obtenir une amélioration justement et généralement réclamée.

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Note de M. Liépard sur les établissements publics de la ville de Fécamp.

     La ville de Fécamp est située sur le bord de la mer ; les montagnes qui la bornent de chaque côté en forment un vallon d'une étendue considérable, de 3 kilomètres environ ; la largeur en est assez grande, et comme, du côté de la ville, les collines ne sont pas très-élevées, l'air circule facilement. Deux rivières, l'une qui a sa source aux environs de Valmont, l'autre qui prend naissance au-dessus du Bec de Mortagne, viennent former leur confluent au-dessus de la filature occupée par M. Dupray, pour aller ensuite se perdre dans le quai.

     Les rues sont percées dans la direction du sud-est au nord-ouest, de manière qu'en partant de l'abbaye, on peut se rendre à la mer sans décrire la moindre courbe. Comme les vents viennent souvent des points que nous venons d'indiquer, la ville se trouve facilement aérée.

     La ville possède un port, un bassin ; plus, un bassin commencé peu de temps après la Révolution de février, et non achevé. La vallée est sillonnée par une fonderie, par une scierie mécanique, par des moulins à huile, au nombre de trois ; par des moulins à blé, au nombre de cinq ; par quatre filatures ayant, les unes, la vapeur seule pour moteur, les autres mues par l'eau et une machine à vapeur. Il y a, en outre, deux autres scieries, mais en-dehors de la ligne dont nous venons de parler : l'une, exploitée par M. Victor Fréret, est d'une grande importance et mue par la vapeur ; l'autre, beaucoup moins considérable, est mise en activité par l'eau de la Voûte ; elle est dirigée par M. Bigot, entrepreneur.

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     Elle possède encore une mairie nouvelle, une gendarmerie, une prison ; trois écoles de garçons, dont une tenue par les Frères ; deux pensionnats habilement dirigés ; trois écoles de filles tenues par les Soeurs ; une pension de demoiselles tenue par Mme Laroque.

     La population de Fécamp est de 10,500 ames. Les divers établissements dont je viens de parler méritent une mention particulière ; je tâcherai d'en faire l'exposé dans les termes les plus concis :

     1° Le nouvel hôpital est malheureusement situé sur un terrain bas, humide, exposé aux inondations, entouré de prairies sur lesquelles la mer s'étend plusieurs fois chaque mois, et y dépose des matières végétales et animales, qui, exposées à l'air, se décomposent facilement, et, par cela même, répandent dans l'air ambiant des miasmes délétères. Les brouillards qui, à chaque instant, se développent dans le rayon qu'il occupe, sont aussi fort nuisibles, et empêcheront bien des fois d'aérer sans danger les salles. La ventilation y est mal organisée, les croisées ne présentant point les dispositions convenables. Il est, de plus, entouré de lavoirs publics, qui, certes, n'ont pas pour effet d'assainir l'air.

     2° Le bassin commencé offre, à mon avis, d'assez grands inconvénients sous le rapport de la salubrité publique. Entrepris peu de temps après les événements de février, les fonds ayant manqué, les travaux ont été suspendus. Il en est résulté que les ouvriers qui avaient pratiqué des excavations sans établir de communication entre elles, de manière à ce que l'eau pût se déverser dans l'ancien bassin ; il en est résulté, dis-je, que ces cavités conservent les eaux de la mer ou les eaux pluviales et domestiques que l'aqueduc y amène ; que ces eaux ne tardent pas à se décomposer ;

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et, dans les basses mers, alors que les terres ont absorbé une certaine quantité de liquide, le soleil venant à les échauffer, il s'en exhale une odeur tellement fétide, tellement insupportable, que bien des personnes ne peuvent ou ne veulent pas passer sur la levée, de manière que la seule promenade qu'il y ait à Fécamp ne peut être fréquentée.

     3° La fonderie, éloignée du centre de la population, ne peut être nuisible, du moins pour le moment.

     4° Les filatures sont, à mon avis, placées dans les conditions les plus favorables ; elles sont toutes isolées ; peu ou point d'habitations les entourent, de manière que l'air se trouve facilement renouvelé. Il n'en est pas de même pour l'intérieur de ces établissements. Ne serait-il pas possible d'aérer davantage les ateliers sans porter atteinte à la qualité des produits, aux intérêts du propriétaire ?

     5° Si je ne craignais de passer pour pessimiste, je prendrais la liberté de dire un mot sur l'acquisition qu'on vient de faire pour installer la mairie, la gendarmerie, etc., etc. J'attendrai que les dispositions en soient définitivement arrêtées pour en apprécier les avantages et les inconvénients.

     6° Nous avons une école des Frères, qui ne présente pas toutes les conditions de salubrité désirables. Le local, au rez-de-chaussée, est trop exigu pour y recevoir le nombre d'enfants qui y sont admis ; l'air est constamment vicié : en hiver, surtout, l'air doit y être très-méphitique. Il y a, au premier, une salle très-belle, très-vaste, parfaitement exposée, et qui, je crois, est sans emploi. Il est à désirer qu'une partie des enfants y soit dirigée ; cette mesure serait pour tous d'un bon effet.

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     Je ferai, pour deux des écoles tenues par les Soeurs, l'une située près de la mairie, l'autre rue de Mer, la même observation.

     7° Il existe, dans cette ville, plusieurs quartiers occupés par des saleurrs, épandant sur la voie publique les saumures, les détritus de poissons, qui, dès qu'ils sont exposés à l'air, se décomposent, se putréfient, et répandent une odeur tellement fétide, que les passants et les voisins en éprouvent un dégoût, un malaise très-prononcés. On ne peut exiger des saleurs qu'ils remédient d'eux-mêmes à cet inconvénient. Eloignés, la plupart, des fontaines publiques, ils ne peuvent faire les lavages convenables pour pousser au loin, à la mer, les matières pernicieuses. Une demande a déjà été faite pour que ces quartiers soient dotés de fontaines ; mais les finances de la ville sont tellement obérées, qu'il n'a sans doute pas été possible de faire droit à de si légitimes réclamations.

     8° Nous réclamons aussi, de la manière la plus pressante, qu'il ne soit plus permis à l'avenir de sortir et de transporter de jour les fumiers qui existent chez les bouchers, les charcutiers ; il en sera de même pour ceux des aubergistes qui reçoivent des marchands de poisson. Ces industriels ont pour habitude de vider leur poisson avant de l'enlever, et d'en jeter les débris sur les fumiers. Il n'est point besoin de dire quel résultat fâcheux il s'ensuit.

     9° Il manque à Fécamp un abattoir. Cet établissement est d'autant plus désirable que les bouchers tuent chez eux, dans l'intérieur de la ville, à la vue des passants.

     10° Fécamp possède malheureusement un assez grand nombre d'habitations malsaines. Aucune mesure, que je sache, n'a été prise pour remédier à cet état de choses.

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     11° Le pain est très-souvent de mauvaise qualité. Depuis qu'une surveillance assez active est exercée contre les boulangers, ils fournissent à peu près le poids ; mais le pain n'est pas assez cuit.

     12° Les ventes de poisson ne sont point assez surveillées ; et, plus d'une fois, j'en ai été témoin, il a été mis en vente et vendu du poisson très-gâté. Il serait cependant très-facile de prévenir cet abus ; ce serait de forcer chaque patron, ou son consignataire, de faire connaître à la police son entrée dans le port, afin que son poisson pût être soumis à l'oeil investigateur du commissaire.

     Les viandes fumées ou hachées méritent également d'être surveillées.

     13° Je ne sais si, dans ce simple exposé, je dois me permettre de parler des maisons de prostitution. Je trouve cependant qu'elles méritent, de la part de l'Autorité, la plus grande surveillance ; car si l'on doit empêcher certaines industries honnêtes d'être nuisibles à la santé, que ne doit-on pas faire pour empêcher que la spéculation sur la débauche ne prenne un tel essor, qu'elle puisse impunément compromettre la santé de la jeunesse, et par là anéantir toute amélioration dans l'espèce humaine ? Je crois qu'il est temps d'y apporter un remède.

     14° Parmi les maladies qui existent dans notre localité et qui déciment notre population, la phthisie pulmonaire tiendrait à bon droit le premier rang.

     15° Le delirium tremens se montre fréquemment chez nous ; c'est assez dire qu'on fait un usage trop répété des spiritueux.

     16° Les maladies les plus fréquentes sont : au printemps,

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les angines, les catharres pulmonaires, les péripneumonies, les éruptions : rougeole, graine milliaire, scarlatine en petit nombre, peu de variole (la vaccine est, je le constate avec plaisir, acceptée avec empressement par la population) ; en été, les fièvres muqueuses, typhoïdes, les rhumatismes articulaires aigus, l'embarras saburral des premières voies ; en automne, les gastro-entérites, les catharres ; en hiver, jusqu'au mois de février, mêmes fièvres, apoplexie.

     Les causes les plus ordinaires de ces diverses affections sont, pour celles qui se développent en automne, l'usage des fruits, du poisson salé, les variations subites de la température. (Cette dernière cause est la plus active.) En été, les émanations pestilentielles qui se dégagent des foyers d'infection dont il a été parlé, sont suffisantes pour développer les fièvres de mauvais caractères précitée ; en hiver, ce sont la mauvaise nourriture, les vents d'ouest qui règnent constamment et nous amènent un air surchargé d'humidité ; au printemps, ce sont les alternatives de froid et de chaud. Ainsi, dans nos contrées, il nous viendra des jours chauds, soit à la fin de février, soit au milieu de mars ; puis, trois à quatre jours après, des vents très-froids, de la pluie glaciale : aussi les organisations délicates en éprouvent-elles les funestes effets !

     Pour prévenir ou atténuer l'action de ces causes délétères, on ne devrait, à Fécamp, jamais quitter les vêtements de laine, les habillements de drap ; il faudrait toujours avoir une nourriture saine, sans être trop abondante ; éviter ces passages brusques d'un régime assez régulier à une nourriture plus succulente ; faire un usage modéré des liqueurs alcooliques.

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NOTE
SUR LA
CONSTITUTION HYGIÉNIQUE ET SANITAIRE DE LA VILLE DE FÉCAMP,

Considérée par rapport aux épidémies cholériques de 1832 et 1849,

Par Eugène MARCHAND,

Membre de l'Association normande, etc.

(Note lue dans la séance publique de l'Association normande, à Fécamp, le 17 juillet 1850.)

     MESSIEURS,

     L'étude chimique à laquelle je me livre, depuis plusieurs années déjà, sur les eaux qui alimentent la ville de Fécamp, m'a conduit à rechercher la dispersion de l'épidémie cholérique dans notre ville, en 1832 et en 1849. Mon travail n'est pas encore terminé ; mais quelques-uns des résultats auxquels je suis arrivé m'ont paru trop dignes d'intérêt pour que je ne me croie pas obligé de vous les communiquer.

     Vous me permettrez cependant, Messieurs, d'apporter une certaine réserve aux explications publiques que j'ai à donner ici ; la gravité du sujet que je me propose de traiter m'en fait un devoir.

     Pour simplifier la question, j'ai dressé un plan indiquant, pour chaque rue, la proportion des décès occasionnés par le choléra en 1832 et en 1849. Ce plan, j'ai l'honneur de le mettre sous vos yeux. De son examen il résulte, Messieurs, qu'à l'une et l'autre époque, le choléra a plus particulièrement

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sévi dans les endroits humides ou exposés à l'influence malfaisante des courants d'eau. Certains quartiers, plus spécialement maltraités en 1832, l'ont également été en 1849. - Je puis citer, à l'appui de ce que j'avance, un quartier placé évidemment dans de mauvaises conditions hygiéniques, lequel a cédé seize victimes au fléau en 1832, et lui en a abandonné treize en 1849. Je puis encore citer une rue, dont les conditions sanitaires n'ont pas sensiblement varié, et qui, dans l'une et dans l'autre épidémie, a compté quatre victimes. - Une autre rue, voisine de cette dernière, placée dans de plus mauvaises conditions encore en 1849 qu'en 1832, a, dans notre dernière épidémie, vu s'accroître ses pertes. Il y est mort quatre cholériques en 1832, et six en 1849. - Je pourrais encore vous montrer quelques maisons plus déplorablement situées que les autres, et fournissant au fléau, à chaque époque, un même nombre de victimes.

     Je pourrais même, ce qui malheureusement est plus grave encore, suivre le fléau dans sa marche ascendante au sein de quelques quartiers. Je me borne à signaler ce fait douloureux, en me hâtant d'ajouter qu'en indiquant le mal, il me sera facile de signaler le remède.

     Cependant, comme il y aura là des mesures administratives à prendre, je me réserve d'en faire, avant toutes choses, l'objet d'une communication à l'Académie nationale de médecine et au Conseil de salubrité de notre département.

     En revanche, maintenant, certaines rues ont éprouvé une amélioration notable, et parmi elles je me plais à citer la rue des Forts et la rue Sous-le-Bois.

     La rue des Forts, qui, en 1832, était étroite, resserrée, privée d'air, et dont les habitants en grand nombre s'alimentaient

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avec l'eau insalubre de la Voûte, avait abandonné cinq victimes au choléra. - A la suite de travaux considérables, l'épidémie de 1849 l'a trouvée élargie, assainie, éclairée, aérée ; la prise d'eau sur la Voûte a été supprimée : aussi le choléra l'a-t-il traversée sans y laisser de souvenirs regrettables.

     La rue Sous-le-Bois, qui, en 1832, a vu mourir huit de ses habitants, n'en a perdu que deux en 1849. C'est qu'en 1832, cette rue, plus rapprochée de la retenue qu'elle ne l'est aujourd'hui, était toujours sale, humide ; que ses ruisseaux mal disposés retenaient une eau infecte et croupissante, source délétère de miasmes putrides ; c'est qu'enfin ses habitants, privés de bonne eau potable, ne pouvaient, pour leur alimentation, que consommer l'eau saumâtre de quelques puits qu'ils avaient à leur disposition. - En 1849, au contraire, la route départementale de Fécamp à Valmont, qui longe toute cette rue en l'élargissant, avait remédié aux premières causes d'insalubrité que je viens de signaler. Puis, ensuite, l'introduction en ville de l'eau des fontaines de Grainval, que le peuple, dans sa gratitude, désigne par le nom de Bigot, ce simple et intelligent ouvrier qui, à force de soins et de persévérance, est parvenu à nous en doter ; cette introduction, dis-je, avait permis d'établir, à l'extrémité du port la plus voisine de la rue Sous-le-Bois, une borne-fontaine, dont l'eau, très-éminemment potable, alimente aujourd'hui tous les habitants de ce quartier.

     Ici se terminent les observations que j'avais à vous présenter, Messieurs, sur nos deux épidémies cholériques ; épidémies d'autant plus intéressantes à étudier, que le nombre de victimes qu'elles nous ont enlevées a été sensiblement

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le même pour chacune d'elles, c'est-à-dire 122 en 1832, et 126 en 1849.

     Puisque je viens tout-à-l'heure de parler des eaux potables, je vous demande, Messieurs, la permission de dire quelques mots des résultats analytiques que j'ai obtenus en les étudiant.

     La ville de Fécamp, comme il est facile d'en juger par le plan que je viens de mettre sous vos yeux, est sillonnée par un grand nombre de cours d'eau, parmi lesquels trois servent plus particulièrement pour les besoins de ses habitants.

     Le premier, ou Fontaine-Goyer, qui prend sa source au pied de la colline du Canada, a été amené en ville par les soins des Bénédictins de Fécamp, pour leur usage personnel. - L'eau qu'il fournit est douce, agréable au goût, inodore, et jouit d'une potabilité parfaite. Chaque kilogramme de cette eau contient 0 gr. 36087 de principes salins ou terreux, au nombre desquels se trouve une matière organique en quantité peu considérable, puisque sa proportion n'est que de 0 gr. 00074 par litre d'eau.

     Le second cours d'eau, ou les Fontaines-Bigot, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, est plus pur, et par conséquent plus pauvre que le précédent en principes salins. L'eau qu'il fournit ne contient que 0 gr. 35688 par kilog., et seulement 0 gr. 00016 de matière organique.

     Ces deux sortes d'eau sont très-bonnes et très-convenables pour tous les usages relatifs à l'alimentation.

     Voici, d'après mes analyses, la composition chimique de l'une et de l'autre :

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Eau des fontaines.
GOYER.BIGOT.
gr.gr.
Chloruresde potassium000573000473
-de sodium001767003822
-de lithiumindices.indices.
-de calcium000059000262
-de magnésium000098indices.
Iodurede potassiumindices.indices.
Bromure
Bi-carbonated'ammoniaquetraces.traces.
-de chaux029721027196
-de magnésie000291000551
-de ferindices.indices.
Sulfatede chaux000515000500
Azotatede chaux001594001638
Phosphated'alumine
Alumine000085000090
Oxyde ferrique
Silice001290001080
Matières organiques000074000016
Eau9996393399964312
----------
100000000100000000

     Le troisième cours d'eau, ou la Voûte, mérite une mention spéciale, en ce qu'un certain nombre de personnes en font encore usage, et qu'à mon avis cette eau ne devrait être employée tout au plus que pour le blanchissage du linge. - Quant aux principes salins qu'elle contient, ils sont sensiblement les mêmes que ceux contenus dans les deux précédentes, et en proportions à peu près égales, quoiqu'un peu moins considérables cependant, s'il m'est permis d'en juger par un premier essai. - En revanche, elle contient, à certaines époques, une quantité très-notable de matières

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organiques, facilement appréciable par les réactifs. - La présence de ces substances dans cette eau lui communique une saveur marécageuse désagréable, en même temps que des propriétés malfaisantes. A ce titre, son usage devrait être prohibé sévèrement. Je me propose encore d'appeler très-prochainement l'attention du Conseil de salubrité de notre département sur les inconvénients qui résultent de son emploi.

     Maintenant et pour terminer, je dirai quelques mots de la source minérale de Lépinay, hameau situé à 5 kilomètres du centre de la ville. - L'eau, qui est reçue dans un petit citerneau en maçonnerie, aujourd'hui en démolition, était complètement oubliée lorsque je pensai à l'analyser. - Depuis, quelques personnes en ont fait usage et s'en sont bien trouvées. Elle est digne, de tous points, de fixer l'attention de nos médecins, qui pourront en tirer un utile parti dans tous les cas où l'emploi des ferrugineux, et surtout celui des ferrugineux associés au manganèse, est indiqué. En effet, elle contient une proportion remarquable, mais que je n'ai pas encore eu le temps de déterminer, de fer et de manganèse à l'état de proto-crénates et de proto-carbonates. Elle contient, en outre, quelques chlorures et une quantité assez considérable de bi-carbonate de chaux, ainsi que tous les autres principes qui se trouvent dans nos eaux potables.

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NOTICE
SUR LA
BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE
de la ville de Fécamp,

Par M. Léon COUILLARD.

     « Au nombre des sacrifices qu'une ville doive s'imposer, dans l'intérêt de ses habitants, il en en est un surtout qui domine tous les autres. Ce sacrifice consiste à voter des fonds pour répandre, parmi les classes ouvrières et les classes indigentes, les bienfaits de l'instruction par tous les moyens qui sont au pouvoir d'une vigilante et sage Administration. »

     C'est vers la fin de l'année 1845 qu'un membre du Conseil municipal de Fécamp tenait ce langage. Alors notre ville ne possédait point de bibliothèque ; car on ne pouvait donner ce nom à quelques centaines de volumes déposés sans ordre dans une des salles de la mairie. Ces livres provenaient, pour partie, de la bibliothèque de l'ancienne abbaye ; le surplus était dû à la munificence du Gouvernement.

     Cependant, pour utiliser ce commencement de bibliothèque, le Conseil municipal décida que, chaque année, une somme de 100 francs serait portée au budget pour l'achat des livres les plus propres à favoriser l'instruction des classes pauvres et laborieuses. Il chargea, en outre, l'Administration de faire un appel aux personnes généreuses qui voudraient bien doter la ville de quelques bons et utiles ouvrages.

     Cet appel fut entendu.

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     Le 8 janvier 1846, le Conseil municipal se réunit extraordinairement pour prendre connaissance d'une lettre adressée à M. le maire de Fécamp par M. Silvestre, libraire à Paris.

     M. Silvestre annonçait qu'il était chargé, par une personne désireuse de garder l'anonyme, d'offrir à la ville de Fécamp une bibliothèque composée d'environ huit mille volumes, mais que la donation était subordonnée à l'acceptation des conditions suivantes :

     « 1° La bibliothèque sera ouverte au public au moins quatre jours par semaine. Le samedi devra être compris dans ces quatre jours.

     2° Aucun livre ne pourra jamais être distrait de la bibliothèque, quels que puissent être le motif et la condition des personnes qui témoigneraient le désir de les emprunter. Le seul cas admissible sera pour les faire relier.

     3° Tous les livres seront à la disposition du public pendant les quatre jours fixés pour l'ouverture de la bibliothèque ; il n'y aura d'exception que pour les ouvrages obscènes qui ne seront confiés qu'aux personnes sérieuses. »

     M. Silvestre faisait, en outre, remarquer que ces conditions devraient être rigoureusement observées.

     Le Conseil accepta unanimement et avec reconnaissance le don généreux offert à la ville de Fécamp, et témoigna combien il serait heureux de connaître l'auteur d'un tel acte de libéralité, pour inscrire son nom dans la salle de la bibliothèque, afin d'en perpétuer le souvenir. Ce voeu du Conseil est resté stérile, le donateur ayant persisté à garder l'anonyme.

     Quant aux conditions imposées, le Conseil s'engagea à les faire accomplir avec la plus scrupuleuse exactitude.

     Les livres furent immédiatement mis à la disposition de

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la ville de Fécamp, et, le 5 février, une commission, composée de quatre membres, fut chargée de choisir un local pour la nouvelle bibliothèque.

     Cette commission ne présenta son rapport que le 8 mai suivant. Elle trouvait convenable de placer la bibliothèque dans un des bâtiments de l'ancienne abbaye, dont la ville était sur le point de faire l'acquisition ; en attendant, elle proposait d'affecter à ce service la grande salle de la mairie.

     Cette proposition fut adoptée, et, le 1er octobre 1847, les travaux d'appropriation terminés, la bibliothèque fut livrée au public.

     Les jours et heures d'ouverture furent ainsi fixés :

     « La bibliothèque sera ouverte les lundi, mardi, jeudi et samedi de chaque semaine, de midi à quatre heures, et le dimanche, de neuf heures du matin jusqu'à midi.

     Du 1er octobre jusqu'au 31 mars, elle sera ouverte le lundi, de six heures du soir à neuf heures.

     Les vacances auront lieu pendant le mois de mai. »

     Depuis son ouverture, la bibliothèque a encore été augmentée de quelques centaines de volumes provenant de donations et d'acquisitions. Actuellement, elle est ainsi composée :

De la bibliothèque de l'ancienne abbaye,206vol.
Acquis par la ville89
Donateur anonyme6,653
Donnés par le Gouvernement234
   Id.   par M. Germain fils317
   Id.   par divers31
----
Total7,530vol.

contenant 8,500 tomes environ.

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     Il existe deux catalogues. Le catalogue alphabétique, dressé à la hâte lors de l'ouverture de la bibliothèque, fourmille de fautes. Bien que terminé depuis une année seulement, le catalogue systématique est rempli d'erreurs ; on y remarque de nombreuses omissions. Sous le rapport de l'exécution calligraphique, ce catalogue laisse beaucoup à désirer.

     Pour la classification systématique, on a suivi la méthode indiquée par Brunet, dans son Manuel du Libraire. Elle comprend cinq grandes divisions :

     1° Théologie ;

     2° Jurisprudence ;

     3° Sciences et arts ;

     4° Belles-lettres ;

     5° Histoire et bibliographie.

     La première division, la Théologie, contient 284 ouvrages, qui comprennent 539 volumes, parmi lesquels on compte 32 in-folio, 30 in-4°, 288 in-8°, 149 in-12, 2 in-16, 35 in-18, 1 in-24 et 2 in-32.

     Cette division renferme plusieurs ouvrages curieux imprimés dans la première moitié du XVIe siècle, des ouvrages protestants de la même époque, et des pamphlets injurieux pour la religion catholique et ses ministres. La plupart de ces pamphlets ne doivent être mis que dans les mains d'hommes sérieux. Une grande partie des ouvrages de théologie, provenant de la bibliothèque de l'ancienne abbaye, sont incomplets.

     La deuxième division, la Jurisprudence, est la moins importante de toutes. Elle ne renferme que 88 ouvrages, comprenant seulement 202 volumes. Ces volumes se divisent en 23 in-folio, 81 in-4°, 73 in-8°, 23 in-12 et 2 in-18.

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     Les ouvrages de cette division sont, pour la plupart, d'origine moderne. On y trouve plusieurs exemplaires de la Coutume de Normandie, et plusieurs recueils d'arrêts rendus par le Parlement.

     La division des Sciences et Arts se compose de 507 ouvrages, renfermant 1,410 volumes ; savoir : 48 in-folio, 221 in-4°, 950 in-8°, 141 in-12 et 50 in-18.

     On remarque, dans cette division, plusieurs ouvrages relatifs à la Normandie, notamment la Description géologique de la Seine-Inférieure, par M. Passy, et un Recueil des anciens costumes des femmes du pays de Caux, contenant 105 planches coloriées.

     La quatrième division, celle des Belles-Lettres, contient 394 ouvrages, composés de 1,580 volumes ; savoir : 26 in-f°, 31 in-4°, 1,308 in-8°, 172 in-18, 2 in-16, 1 in-24 et 3 in-32.

     Elle contient la Bibliothèque latine-française en 178 volumes in-8°, et le Panthéon littéraire en 45 volumes.

     La division de l'Histoire est la plus importante ; elle compte 1,030 ouvrages, qui renferment 3,800 volumes, divisés en 93 in-f°, 390 in-4°, 2,853 in-8°, 390 in-12 et 74 in-18.

     Elle contient un grand nombre d'ouvrages relatifs à l'histoire de France, des pièces rares et curieuses touchant la Révolution de 1789, et 53 ouvrages, en 90 volumes, sur l'histoire de la Normandie, parmi lesquels on trouve les Mémoires de la Société des antiquaires. La bibliothèque de Fécamp ne possède aucun volume des publications de l'Association normande.

     Les manuscrits qui s'y rencontrent offrent, à l'exception

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d'un seul [13], un minime intérêt. Il n'y a aucun incunable proprement dit. On y compte 14 Elzeviers et quelques Robert Estienne. La plupart des ouvrages donnés par l'entremise du libraire Sylvestre sont richement reliés. Parmi les volumes dus à la munificence du Gouvernement, on remarque la magnifique édition du Musée historique de Versailles, in-f°, avec le texte explicatif.

     Après avoir tracé l'historique de la bibliothèque de Fécamp et énuméré les volumes, il me reste à déterminer quelle influence doit avoir cette bibliothèque sur l'éducation et la moralité des jeunes gens.

     Dans les six mois qui ont suivi son ouverture, la bibliothèque a été très-fréquentée, surtout les dimanches et les lundis, au point que la salle de lecture était devenue insuffisante. Mais ce grand empressement fut de courte durée : peu à peu les jeunes gens oublièrent le chemin de cet établissement, et actuellement bien des jours se passent sans qu'elle reçoive de visiteurs. Quelquefois, dans la matinée du dimanche, trois ou quatre lecteurs prennent place autour de la table de la bibliothèque, et, au lieu de chercher à s'instruire sur l'histoire de notre pays, au lieu de consulter les nombreux ouvrages d'arts et de sciences qui sont à leur disposition, ils dévorent avec avidité les productions licencieuses des romanciers du siècle dernier.

     Il est important de faire cesser cet état de choses. Si l'on veut que la bibliothèque publique soit réellement utile, si l'on veut qu'elle exerce une influence salutaire sur l'éducation

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et sur la moralité de la jeunesse, il faut introduire des réformes dans son administration.

     Pour arriver à ce but, il est indispensable :

     1° De mettre à la tête de cet établissement un homme sérieux, qui possède la connaissance et l'amour des livres, qui soit à la fois bibliographe et bibliophile ;

     2° De changer les heures d'ouverture, de manière à donner aux ouvriers, à ceux qui ont le plus besoin d'apprendre, le moyen d'y parvenir ;

     3° De faire disparaître des rayons de la bibliothèque et de mettre strictement sous clé des ouvrages obscènes qui n'auraient jamais dû voir le jour ;

     4° De refaire les catalogues, ces guides fidèles dans l'usage des livres d'une bibliothèque, de manière à ce qu'ils fournissent les moyens de trouver promptement chaque volume, et de se procurer tout renseignement littéraire ou scientifique ;

     5° Enfin d'accorder, chaque année, aux ouvriers qui auront fréquenté le plus assidument la bibliothèque et qui s'y seront sérieusement occupés, des récompenses consistant en Traités sur la profession qu'ils exercent.

     Je me borne à indiquer ici les réformes à introduire ; j'en laisse l'application aux hommes compétents ; mais je crois que, sagement appliquées, elles deviendront utiles, et que les jeunes gens, stimulés par l'espoir d'une récompense, reviendront en foule s'instruire en s'amusant.

     Après les séances à Fécamp, l'Association a visité les établissements industriels, notamment les grandes scieries, dans lesquelles on débite des quantités considérables de bois

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de sapin du Nord. Depuis quelque temps, ces scieries fabriquent des maisons pour la Californie : soixante ont déjà été exportées. Les plus chères coûtent 3,000 francs ; les moins chères, 1,500 francs. Quatre maisons californiennes étant terminées pour être prochainement embarquées, elles ont été vues avec intérêt par l'Association.

     Le soir, un banquet splendide a été offert à l'Association normande dans une des salles de l'ancienne Abbaye. Pendant ce banquet, la Société philharmonique a exécuté des choeurs avec beaucoup d'ensemble et de précision.

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ENQUÊTE MORALE, COMMERCIALE ET INDUSTRIELLE A BOLBEC.

SÉANCE DU 18 JUILLET 1850.

     La séance est ouverte à huit heures et demie, sous la présidence de M. Jacques FAUQUET, maire de Bolbec.

     Sont présents au bureau : MM. de CAUMONT, GIRARDIN, DELALONDE du THIL, DARCEL, MORIÈRE, de VIGNERAL, DEBOOS, de PIPEREY et PÉRON ; ces deux derniers faisant fonctions de secrétaires.

     M. de Caumont prend la parole pour faire connaître le but de la réunion. Il dit qu'après avoir été à Fécamp pour faire une enquête sur le commerce maritime de cette ville, l'Association normande a voulu s'entourer des renseignements les plus circonstanciés sur l'industrie importante qui occupe de si nombreux ouvriers à Bolbec, et il prie les personnes qui auraient des mémoires à présenter, soit sur l'industrie et le commerce, soit sur les questions morales et médicales, à vouloir bien les communiquer à la Société.

     M. Girardin, au nom de l'Association normande, offre à la bibliothèque de la ville de Bolbec divers ouvrages.

     M. le président consulte l'Assemblée pour savoir si l'on s'occupera de suite de l'enquête, ou si, avant tout, on visitera divers établissements. - Il est décidé qu'on interrompra la séance pour visiter la pépinière de M. Duval, les eaux ferrugineuses de Nointot, et, enfin, l'exposition que divers industriels de la ville ont faite dans une des salles de la mairie. - Par suite de cette décision, les Commissions sont ainsi composées :

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     Pépinière de M. Duval. - MM. Deboos, Delalonde du Thil, de Piperey, Bourdin, Houdeville, Darcel.

     Pour les eaux de Nointot. - MM. Girardin, Cheneau, le docteur Bourdin, Péron, Marchand, Doat.

     Pour visiter l'exposition. - MM. Morière, Cheneau, Bourdin, Marchand, de Girancourt.

     Chacune de ces Commissions entre de suite en fonctions.

     La séance ayant été reprise à midi, M. de Piperey lit le procès-verbal de la réunion qui avait eu lieu la veille à Fécamp. La Société l'adopte sans observations.

     M. Girardin rend compte verbalement de la visite de la Commission aux eaux ferrugineuses de Nointot. Les eaux ne sont pas produites par une source, à proprement parler : c'est le résultat d'eaux superficielles qui traversent des argiles tourbeuses et ferrugineuses. Dans tout le vallon, l'eau qui reste stagnante sur le fond tourbeux est chargée de sels de fer en proportion notable : aussi a-t-elle une saveur d'encre marquée, et noircit-elle avec la noix de galle. Elle laisse déposer sur son passage un dépôt ocreux. L'eau qui a été recueillie par les soins de M. de Montaut dans un réservoir spécial, a paru beaucoup moins ferrugineuse que celle que la Commission a goûtée. Elle reçoit probablement en mélange beaucoup d'eaux étrangères. Le produit de ces eaux est à peine de quelques litres par jour. On voit qu'elles n'ont réellement aucune importance ; elles peuvent être seulement utilisées dans le pays. - La Commission a chargé spécialement M. Marchand, de Fécamp, de l'analyse de ces eaux.

     M. le président lit ensuite un rapport sur le paupérisme.

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Il dit que s'il était entré dans les moeurs de faire la part du pauvre dans les budgets domestiques, il n'y aurait ni mendicité, ni vagabondage ; mais que, ce moyen manquant, il est encore facile d'arriver à ce résultat. M. Fauquet indique ce qui a été fait à Bolbec pour cette extinction, et il annonce une réussite complète, sans de grands sacrifices, sans même dépasser la somme des aumônes qui se distribuaient autrefois aux portes. A l'appui de ce qu'il avance, il met sous les yeux de l'Assemblée l'état sommaire des dépenses faites par le bureau de bienfaisance, depuis l'année 1816 jusqu'à ce moment.

     Sur la proposition de M. Delalonde du Thil, l'Association remercie M. le président de son intéressante communication, et de ses efforts constants, si bien récompensés d'ailleurs par le résultat, pour l'extinction de la mendicité dans une localité où les malheurs des temps ont dû amener beaucoup de chômage et, par conséquent, d'immenses besoins.

     M. Darcel lit un rapport sur les cultures de M. Duval, pépiniériste à Bolbec. La Commission a admiré la parfaite tenue des pépinières de M. Duval, qui, sans contredit, sont une des plus remarquables du département. Il vante les avantages d'un extirpateur, de l'invention de M. Duval, et qui donne la facilité de nettoyer admirablement toutes les parties de son exploitation. Cet habile horticulteur connaît à fond l'art auquel il se livre ; toutes ses opérations sont judicieusement raisonnées. Il a encore un grand mérite, qui doit recevoir les éloges de l'Association : c'est de livrer ses arbres à des prix très-modérés. Aussi la Commission demande pour M. Duval, déjà lauréat de la Société centrale d'Horticulture du département, une médaille en argent.

     Cette proposition est accordée.

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     M. Collen-Castaigne donne une analyse des affaires civiles et de simple police qui ont été jugées, en 1849, par M. le juge de paix de Bolbec. Il en résulte que, au 31 décembre de la même année, toutes les affaires étaient au courant, c'est-à-dire qu'il n'y en avait plus une seule à juger, ce qui prouve toute l'activité de ce fonctionnaire. Seulement, par suite de la suppression du Conseil des prudhommes, M. le juge de paix est surchargé de travail, et l'auteur du rapport émet le voeu que les prudhommes soient rétablis dans la ville de Bolbec, où tant d'intérêts sont souvent en souffrance.

     M. Delalonde du Thil appuie vivement ce voeu, qui est adopté par la Société.

     M. Collen-Castaigne lit une notice sur le recensement de la population de la ville de Bolbec. Il résulte des détails fournis qu'en 1800 il y avait un septième de la population sous les armes, et, aujourd'hui que la population a augmenté du double, la ville de Bolbec se trouve placée, par l'effet naturel de cette augmentation, entre le besoin de l'accroissement de la somme du travail et le besoin de l'accroissement de la somme destinée à venir au secours de l'ouvrier, et M. Collen-Castaigne ne cherche pas de remède ailleurs que dans le plus terrible des fléaux, c'est-à-dire dans la guerre. Il ajoute, toutefois, qu'il est loin de croire que ce soit le seul et unique remède ; il indique le moyen qu'il trouve le moins pénible à employer, mais il acceptera avec empressement tout palliatif qui paraîtra meilleur que le sien.

     M. Delalonde du Thil critique la partie du rapport qui dit que la guerre est un moyen utile pour la trop forte exubérance de la population. Cette population est mal répartie :

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voilà le mal ; mais si elle pouvait venir en aide à l'agriculture, qui manque de bras, elle rendrait un grand service au pays, tout en exonérant les villes industrielles du trop plein de leurs habitants.

     M. Collen-Castaigne lit une notice sur l'industrie de Bolbec. La branche qui a le plus contribué à sa richesse, c'est l'indienne, genre de fabrication qui commença à prendre de l'extension cinq ans après le fameux incendie de 1765. C'est en 1837 que les manufactures d'indiennes ont atteint leur plus haut degré de prospérité, et, depuis, elles n'ont fait que marcher à leur décadence. En 1820, on comptait 22 manufactures ; aujourd'hui il n'en existe plus que 5.

     Passant à la loi qui règle le travail des enfants dans les fabriques, M. Collen-Castaigne dit que cette loi est mal exécutée, parce que le producteur, appelé souvent à chômer, est obligé de produire, pendant trois à quatre mois consécutifs, la quantité de marchandises nécessaire à la consommation d'une année entière.

     M. Collen-Castaigne donne des détails très-intéressants sur la filature et le tissage à Bolbec ; et, comme il dit que, dans ces établissements, les enfants au-dessous de douze ans ne travaillent que huit heures, M. le docteur Lechaptois lui répond que ces enfants travaillent aussi long-temps que marche la machine, et recommande à l'Association un travail remarquable sur ce sujet, par M. Duménil.

     M. le président invite M. Duménil, qui est présent à la séance, à lire cet écrit. L'auteur est convaincu qu'en n'admettant les enfants dans les ateliers qu'autant qu'ils auront douze ans et qu'ils justifieront qu'ils savent lire et écrire, on satisfait à leurs besoins physiques, intellectuels et moraux :

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     A leurs besoins physiques, parce que, pendant les trois années qui s'écoulent entre neuf et douze ans, les enfants acquièrent une force, un développement qui les rend plus aptes à résister, sans inconvénient pour leur santé et leur constitution, à l'air toujours vicié des ateliers :

     A leurs besoins intellectuels, parce que les enfants profiteront davantage de l'instruction quand ils y seront livrés sans distraction, sans subir des fatigues excessives qui tuent l'intelligence ;

     Enfin à leurs besoins moraux, car c'est à cet âge que les facultés de l'enfance sont le plus disposées à recevoir les saines impressions de religion, de morale, d'ordre et de travail.

     Après ce rapport, M. Collen-Castaigne termine ses intéressantes communications en donnant des détails sur la consommation du charbon de terre à Bolbec, sur l'usine à gaz, sur les tanneries, sur l'église-consistoire à Bolbec, le Havre et Montivilliers, et enfin sur la caisse d'épargne.

     M. le président remercie, au nom de la Société, M. Collen-Castaigne des efforts qu'il a faits pour l'éclairer sur les diverses branches de l'industrie du pays.

     M. le docteur Bourdin lit un mémoire très-détaillé sur la constitution médicale et sur l'état sanitaire de la ville de Bolbec. Il jette un coup-d'oeil sur la position topographique de cette localité et de ses environs, et il termine par des considérations très-savantes et propres à faire ressortir combien la moralisation de l'homme importe à son bien-être et à sa santé. Ce rapport est écouté avec le plus vif intérêt.

     M. Girardin fait connaître la création de bains publics à Rouen, ainsi que de lavoirs également publics. Il fait ressortir

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l'indispensable avantage pour les ouvriers de pareils établissements, et espère que l'Autorité supérieure qui l'écoute, et qui a déjà tant fait pour la prospérité de la ville, prendra sa demande en très-haute considération. M. le maire promet de s'occuper très-activement de cette affaire.

     M. le docteur Lechaptois fait hommage à l'Association de deux ouvrages dont il est l'auteur, l'un sur l'hygiène des familles, l'autre sur le choléra à Lillebonne. L'auteur est remercié.

     M. Duménil lit un rapport pour faire apprécier davantage encore l'utilité de l'Association normande pour le progrès de la morale et de la science. En dehors, dit-il, de toutes discussions politiques, de tous débats religieux, cette Société poursuit, depuis bientôt vingt ans, la glorieuse tâche qu'elle s'est imposée sur le terrain de la tolérance des opinions, dès qu'elles ne tendent pas à troubler la paix publique. Son existence repose sur le principe de l'association, parce qu'en laissant les individus séparés, toute activité est impossible, toute amélioration irréalisable, l'ignorance règne en souveraine ; parce que, par la communion de pensées, de sentiments, d'intérêts même, le mouvement se communique, la vie s'épanche au dehors ; parce qu'enfin, par l'association, il n'y a rien dont on ne puisse venir à bout. Aujourd'hui, ajoute M. Duménil, dans ce temps malheureux où des aveugles ne tendent à rien moins qu'à exciter des haines entre les diverses fractions de la société, associons-nous, avec chaleur et conviction, à l'oeuvre morale et de véritable progrès de l'Association normande, en consacrant quelques-uns de nos loisirs au peuple ; avec elle, apprenons-lui, répétons-lui sans cesse que, pour mériter

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la protection des lois et jouir d'un véritable bonheur, il n'y a qu'à être tempérant, économe et laborieux.

     Ces paroles, si bien pensées, ont été accueillies avec beaucoup d'intérêt.

     M. Morière, secrétaire général de l'Association, fait connaître le résultat de la visite faite à l'exposition, et il propose les récompenses suivantes :

     A M. Chevalier-Letellier, une médaille d'argent, pour ses articles d'exportation ;

     A M. Leblond, une médaille de bronze, pour idem ;

     A M. Collein-Castaigne, une médaille de bronze, pour étoffes grand-teint ;

     A M. Gamelin, une mention honorable, pour calicots ;

     A M. Roynette, de Fécamp, une médaille en argent, pour un appareil destiné à régler mécaniquement l'alimentation des chaudières des machines à vapeur ;

     A M. Léon Salle, une médaille de bronze, pour ses molettes et gravures sur rouleaux ;

     A M. Duval, horticulteur, une médaille d'argent, pour la beauté de ses pépinières et instruments de son invention ;

     A M. Renaud, une mention honorable, pour un essieu perfectionné ;

     A MM. Bons (Pierre) et Bons (Charles), de Bolbec, une mention honorable, pour rôts et lames à tisser ;

     A M. Lechesne, citation pour objets en fonte.

     M. le maire, après avoir invité la Société à venir visiter divers établissements de la ville, lève la séance à quatre heures.

     M. le maire conduit les membres de l'Association à l'hospice.

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C'est à sa munificence que la ville est redevable de cet asile de la souffrance, où les soins les plus empressés sont prodigués aux malheureux qui y viennent pour recouvrer la santé ou pour y prolonger leur existence, et les visiteurs trouvent non-seulement que rien n'y manque, mais que tout a été ordonné et créé avec un goût parfait. L'ordre et la propreté règnent dans tout cet établissement, où, par l'effet de calorifères convenablement placés, une température bienfaisante est constamment maintenue au degré fixé par les médecins, et où les malades trouvent dans les Soeurs d'Ernemont, qui desservent cet hôpital, un dévoûment de tous les instants.

     De là, M. le maire a fait visiter à la Société la belle fabrique d'indiennes de M. Rondeaux-Pouchet, et l'immense fabrique de tissage mécanique de M. Lemaître-Lavotte. Dans ces deux établissements, l'Association a admiré ces merveilles de la mécanique et de l'industrie, et a témoigné ensuite à M. le maire toute sa reconnaissance pour la bienveillance avec laquelle il a fait à la Société les honneurs d'une ville qu'il administre avec autant d'intelligence que de sollicitude.

     Le Secrétaire, PÉRON.

Rapport fait par M. Jacques Fauquet, Maire de Bolbec, sur le paupérisme.

     MESSIEURS,

     Le paupérisme et l'extinction de la mendicité sont deux questions dont on s'occupe tous les ans, lors des sessions des Conseils généraux ; et, tous les ans, ces questions fort importantes restent à l'état de rapport, parce que l'extinction

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de la mendicité n'est pas une question purement théorique, et qu'il faut, pour en obtenir la solution, que les sentiments de philanthropie, de charité, d'humanité, soient, dans nos coeurs, à la hauteur des sacrifices qu'il est utile de faire, dans de justes mesures, pour venir au secours des familles nécessiteuses.

     Il est de fait, Messieurs, que s'il était entré dans nos moeurs, comme cela se pratique dans différents pays, de faire la part du pauvre dans nos budgets domestiques, il n'y aurait plus de mendicité ni de vagabondage. Nous n'aurions plus ce triste spectacle de populations entières, abandonnant leurs maisons pour courir la campagne et chercher ce que l'on pourrait leur procurer, avec moins de frais, à domicile. Ce spectacle est fort triste pour les moeurs. Cependant, si nous voulions bien examiner cette question et avoir une volonté ferme de faire cesser cet état de choses, rien ne serait plus facile, ainsi que nous allons vous en donner l'exemple par ce qui a été fait à Bolbec et peut se pratiquer ailleurs.

     En effet, la mendicité, qui existait à Bolbec dès avant l'année 1816, a été abolie en 1835 ; et, quoique les besoins soient plus grands dans une ville industrielle, nous sommes cependant parvenus, avec l'aide de nos concitoyens, à empêcher toute espèce de mendicité.

     Vous pensez peut-être, Messieurs, qu'il nous a fallu faire de grands sacrifices ? Eh bien ! je puis vous assurer qu'ils n'ont pas dépassé la somme des aumônes qui se distribuaient aux portes.

     Permettez-moi de fournir la preuve de ce fait, en mettant sous vos yeux l'état sommaire des dépenses faites par

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le bureau de bienfaisance depuis l'année 1816 jusqu'à ce moment.

     De 1816 à 1829 inclusivement, les dépenses de toute nature faites pour venir au secours des familles nécessiteuses se sont élevées, année commune, à 7,500 francs ; somme qui, répartie entre 80 ménages, donne pour chacun 90 fr.

     Les années 1830, 1831 et 1832, ont donné une augmentation de dépenses de 4,000 francs par an, causée, en 1830, par la stagnation des affaires et la Révolution de juillet ; en 1831 et 1832, par la cherté du pain.

     En 1833 et 1834, on est rentré dans l'état normal de 7,500 fr. à 8,000 fr. de dépenses.

     En 1835, année de l'extinction de la mendicité, la dépense s'est élevée à 14,400 francs ; ce qui fait, sur les autres années, une augmentation de 6,000 francs, qui, répartie entre 300 souscripteurs, a donné 20 francs d'augmentation pour chacun.

     Le nombre des familles que l'on a eu à secourir en plus a été de cent : soit, au total, 180 familles, à 80 fr. par an, donnant le total de 14,400 francs.

     Depuis une dizaine d'années, où beaucoup de fabriques ont liquidé et où les affaires se sont portées à Lillebonne et dans la vallée de Déville, la dépense a constamment augmenté. Elle s'élève aujourd'hui de 18 à 20,000 francs. Nous y subvenons au moyen de quelques revenus en propriétés ;

     De rentes sur l'Etat, par suite de fondations ;

     De quêtes dans les églises ;

     D'une subvention de 2,000 francs sur le budget communal, et d'une souscription mensuelle, qui produit annuellement de 8 à 9,000 francs.

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     Tel est, Messieurs, l'exposé des sacrifices que nous avons faits, et des moyens que nous avons employés pour obtenir l'heureux résultat de l'extinction complète de la mendicité. Ce que nous avons fait, nous pensons que toutes les localités peuvent le faire, puisqu'il est évident que les dépenses que nous faisons ne sont pas plus élevées que le montant des aumônes qui se distribuaient aux portes. Lors même qu'il nous en coûterait quelque chose de plus, cela ne pourrait se comparer avec ce que les bonnes moeurs peuvent gagner en maintenant dans leurs foyers de nombreuses familles, qui perdraient, sans retour, le goût du travail en parcourant les campagnes.

     Telle est enfin notre pensée sur le paupérisme, et que nous voudrions, Messieurs, voir se propager.

Rapport fait par M. Darcel au nom de la Commission chargée d'inspecter les pépinières de M. Duval, à Bolbec.

     MESSIEURS,

     La Commission que vous avez chargée d'aller inspecter l'établissement horticole de M. Duval, pépiniériste à Bolbec, vient vous rendre compte de la mission que vous lui avez confiée.

     M. Duval exploite un établissement d'environ 3 hectares 50 centiares, dans lequel il entretient plus de 60 milliers d'arbres de toutes les essences.

     Nous avons admiré la parfaite tenue, dans toutes ses parties, de cette belle pépinière, qui est, sans contredit, une des plus remarquables du département.

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     Depuis deux ans, M. Duval se sert, pour cultiver la terre entre les rangs de ses jeunes plants, d'un extirpateur habilement approprié par lui aux besoins de son exploitation.

     Pour les premiers travaux de printemps, et lorsque la terre est encore durcie par les pluies de l'hiver, cet instrument, que vous avez vu figurer à l'exposition, et qui est armé de cinq dents mobiles, lui sert pour ameublir la surface du terrain. Cette opération, qu'il répète de deux à trois fois, suivant les besoins, et en donnant chaque fois plus de profondeur à son labour, dispose la terre à recevoir une autre façon qu'il lui donne au moyen d'un soc qu'il substitue aux dents de l'extirpateur, à l'aide duquel il ouvre un sillon dans lequel il dépose des fougères et autres débris de végétaux, qu'il recouvre ensuite avec l'extirpateur.

     Le nétoyage entre chaque plant se fait avec un rabot.

     Les avantages qu'on retire de la promptitude avec laquelle s'opère le travail de cet instrument, qui donne la facilité d'appliquer les façons convenables à toute l'étendue de la pépinière, chaque fois qu'un changement dans l'atmosphère le rend nécessaire, ne sont amoindris par aucun dommage causé aux racines. On en trouve la preuve contraire dans la luxuriante végétation de toutes les parties de l'établissement.

     M. Duval pratique la greffe ordinaire à fente verticale, dont il corrige en partie les inconvénients par l'insertion de deux greffes, dont une seule est destinée à rester, l'autre ne devant servir qu'à cicatriser l'énorme plaie causée par l'application de ce système de greffage.

     S'il nous était permis de donner un conseil à M. Duval, nous rengagerions à se servir de la greffe Lée, modifiée par la greffe Vertamboise, et perfectionnée par M. Quevremont

[p. 274]

aîné, membre de la Société centrale d'Agriculture de la Seine-Inférieure. M. Duval connaît à fond l'art auquel il se livre ; toutes ses opérations sont judicieusement raisonnées. En présence des bons résultats qu'il a obtenus d'un aussi magnifique établissement que celui qu'il a créé, la Commission vous propose, à l'unanimité, de décerner à M. Duval, déjà lauréat de la Société centrale d'Horticulture de la Seine-Inférieure, une médaille d'argent [14].

Note de M. Collen-Castaigne sur les affaires civiles et de simple police du canton de Bolbec.

     MESSIEURS,

     Le premier des besoins de la société étant la justice, nous avons pensé que nous devions commencer par mettre sous vos yeux le tableau ci-dessous, que M. le juge de paix de Bolbec a bien voulu nous faire l'honneur de nous adresser.

     Nous ne ferons aucune réflexion sur cet exposé ; nous remarquerons seulement qu'il ne restait pas une seule cause à juger au 31 décembre dernier. Cela fait-il l'éloge de M. le juge de paix, cela fait-il l'éloge des plaideurs ? Pour notre compte, nous pensons que cela fait l'éloge de l'un et des autres.

     Quant à M. le juge de paix de Bolbec, dont le zèle et le dévoûment sont aujourd'hui bien appréciés, nous regretons, tant pour lui que pour notre pays, un surcroît de besogne qui le surcharge beaucoup : c'est qu'il soit forcé, en ce moment, de remplir les fonctions de juge de paix et de conseiller-prudhomme.

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     En effet, Messieurs, le Conseil des prudhommes de Bolbec, installé en 1813 par une ordonnance signée MARIE-LOUISE, impératrice, reine et régente, a cessé de fonctionner depuis quelque temps. Espérons qu'un tel état de choses ne sera que momentané, et que M. le juge de paix de Bolbec sera bientôt déchargé du surcroît de travail que lui occasionnent les fonctions de conseiller-prudhomme.

     Voici le tableau des affaires civiles et de simple police qui ont été jugées à Bolbec en 1849 :

Affaires civiles.
Nombretotal des affaires présentées devant la justice de paix119
Id.des jugements par défaut définitifs44
Id.des affaires arrangées à l'audience4
Id.de celles abandonnées à l'audience»
Id.de celles restant à juger au 31 décembre»
Id.de billets d'avertissement délivrés avant citation706
Affaires en simple police.
Nombretotal des jugements rendus à la requête du ministère public260
Id.de ceux rendus à la requête de parties civiles ayant demandé l'adjonction du ministère public5

Note de M. Collen-Castaigne sur le recensement de la population de la ville de Bolbec.

     Le premier document relatif au dénombrement des habitants de la ville de Bolbec existant aux archives de la mairie, est une liste alphabétique, en date du 13 thermidor

[p. 276]

an IV (3 août 1796), contenant 2,866 noms, sans distinction de sexe et d'étal civil. Il est à remarquer qu'aucun enfant de douze ans n'y est inscrit.

Un étant numérique, dressé en l'an V (1797), pour établir le chiffre de la population de Bolbec et du canton,
porte celle de Bolbec à
4,921 habit.

     Un autre état numérique, en date de l'an VIII (1800), contient les renseignements suivants :

Garçons de tout âge1,225
Hommes mariés ou veufs768
Filles de tout âge1,7004,843
Femmes mariées ou veuves845
Défenseurs de la patrie305

     On voit, par ce tableau, qu'un septième de la population masculine était alors sous les armes.

Un état, dressé en l'an XII (1804), porte la population de Bolbec à4,920h.
Le recensement, fait à domicile en 1806, donnait4,808
De 1806 à 1821, il n'a point été fait de dénombrement des habitants.
Lors de la pénurie des subsistances, en 1812, les habitants, par une mesure générale, furent assujétis à passer déclaration de ce qu'ils possédaient de grains ou de farines. Le nombre de ceux qui firent cette déclaration à la mairie s'éleva à2,033
Ceux qui ne possédaient rien, et auxquels l'Administration délivrait des bons individuels pour se procurer du pain chez les boulangers, étaient au nombre de4,031
--
A reporter6,064

[p. 277]

Report6,064
Ajoutant à ce nombre les habitants qui se sont soustraits à cette déclaration et ceux qui recevaient du bureau de bienfaisance des secours à domicile, lesquels on peut porter à1,000
--
on aura pour total7,064
Mais, y eût-il erreur de moitié dans cette dernière évaluation, la population de la ville serait de6,500h.
En 1816, la population de Bolbec est encore évaluée par l'autorité municipale à6,540h.

     Prenant pour bonnes les bases données par le bureau des longitudes (Annuaire de 1819) pour le calcul de la population en France, ces dernières approximations paraissent peu s'éloigner de la vérité. S'il est vrai que les naissances annuelles d'une ville soient dans le rapport de 1 à 32,8 avec le nombre de ses habitants, la population de Bolbec a été, aux différentes périodes ci-après indiquées, celle que voici :

De 1805 à 1810,moyenne annuelle des naissances,183.Pop.6,002 h.
De 1810 à 1815,-205.-6,724
De 1815 à 1820,-242.-7,937

     Cependant, ce dernier résultat, loin d'être parfaitement exact, diffère du recensement de 1821 de près de 1,000 habitants, puisque le recensement donne, à cette époque, 6,949, tandis que le chiffre obtenu par le calcul des probabilités donne 7,937.

     Voici maintenant le tableau de la population de notre ville, de 1821 à 1841, calculé sur la moyenne de vingt années :

Moyenne de la population, de 1821 à 18418,100 h

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     Moyenne des naissances chaque année :

Enfants légitimes.Garçons143Total,281
Filles138
Enfants naturelsGarçons15Total,28
Filles13

ce qui fait 1/10e d'enfants naturels.

     La moyenne des mariages est de 136 par an.

     La moyenne des décès est de :

Pour le sexe masculin128Total,258
Pour le sexe féminin130

     L'excédant des naissances sur les décès est donc de 23 personnes par an, ce qui donne, au bout de 20 ans, 460 personnes ; de sorte que notre ville, ainsi que bien d'autres, se trouve, il semble, placée, par l'effet naturel du mouvement de la population, entre le besoin de l'accroissement de la somme du travail et le besoin de l'accroissement de la somme destinée à venir au secours de l'ouvrier à qui le travail manque. Telle est, depuis long-temps, la condition des villes manufacturières ; et ce mal, Messieurs, il ne faut point trop souvent chercher son remède ailleurs que dans le plus terrible des fléaux, la guerre ; et ici nous parlons par chiffres. Ainsi que vous l'avez entendu il y a un instant, en l'an 1800, la septième partie de la population masculine de Bolbec se trouvait sous les armes. Tel est donc le sort éternel de l'espèce humaine, qu'un mal ne peut souvent être arrêté que par un fléau.

     Pendant 20 ans, on a compté en notre ville 17 suicides, dont 14 pour le sexe masculin et 3 seulement pour le sexe féminin : ce qui semblerait, indiquer que la plupart des causes des suicides proviennent de l'ivrognerie ; la femme, il faut bien en convenir, étant plus sobre que l'homme.

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     Toutefois, ne croyez pas, Messieurs, que nous pensions que le seul et unique remède aux maux de la société consiste dans la moisson de l'excédant de la population. Loin de là ; nous pensons que la Providence n'a pas semé sur la terre plus de créatures que celle-ci ne pourrait en nourrir, et que c'est l'homme qui est presque toujours devenu l'artisan de ses propres maux, parce qu'il est sourd à toutes les instructions, et qu'il ne reconnaît que celles que lui donne le malheur.

     Si l'homme se contentait de satisfaire des besoins réels, il trouverait presque toujours les moyens de le faire, et il n'accuserait jamais d'injustice à son égard, ni ses semblables, ni la terre que le Créateur a placée sous ses pieds ; mais il s'est malheureusement créé des besoins insatiables, qui l'ont conduit vers l'indigence, la misère et le désespoir.

     Dans ces derniers temps, tout ce qu'il était humainement possible de faire pour écarter les causes de la misère ou en atténuer les effets, a été fait : suppression des loteries d'un côté, et création des caisses d'épargnes de l'autre. N'est-ce pas là, Messieurs, déclarer la guerre à l'oisiveté, et offrir la couronne de laurier au travail ?

     Mais à ces garanties morales d'ordre il faut encore en ajouter d'autres ; et, loin de rompre en présence du malheureux, de l'homme privé des choses les plus nécessaires à l'existence, les deux principaux liens de la société : le respect dû à la religion et à la loi, il faut, au contraire, prêcher devant lui le culte de ces choses sacrées ; car, le jour où elles cesseraient entièrement d'être respectées, l'édifice social s'écroulerait avec fracas, et ensevelirait sous ses ruines la société tout entière.

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Note de M. Collen-Castaigne sur les Manufactures d'indiennes, etc.

     Si nous remontions jusqu'à la naissance du commerce de Bolbec, nous irions jusqu'au commencement du règne de Louis XV, et nous verrions que notre ville a eu des manufactures de serges, de frocs et autres genres d'étoffes que l'on n'y fabrique plus maintenant ; qu'on y a fait aussi de la dentelle. Mais s'il est une branche qui ait surtout contribué à l'accroissement de sa richesse, c'est l'indienne, genre de fabrication qui commença à prendre de l'extension cinq ans après le fameux incendie de 1765, qui réduisit en cendres le bourg tout entier, et dont le dégât fut estimé à 8 millions, d'après un imprimé que feu M. Marion père voulut bien me communiquer il y a quinze ans.

     Je ne suivrai point les phases de cette branche depuis les temps anciens jusqu'à nos temps modernes ; ce que je dirais ici ne serait que la répétition de ce que j'ai dit ailleurs. J'ajouterai seulement que nos manufactures d'indiennes ont atteint leur plus haut degré de prospérité vers 1837 ; que, depuis ce temps, cette branche a marché rapidement vers sa décadence ; que l'on y comptait, en 1820, vingt ou vingt-deux manufactures d'indiennes ; en 1837, onze ; et qu'aujourd'hui on n'en compte plus que cinq. Il est vrai que le nombre des pièces imprimées n'a pas diminué dans la même proportion que le nombre des ateliers d'impression, et que le métrage de chaque pièce a toujours été croissant.

     On imprimait en 1836, à Bolbec, 245,000 pièces de 64

[p. 281]

mètres, qui, à 40 francs par pièce, présentaient une valeur de 10,800,000 francs.

     Aujourd'hui, nos cinq manufactures d'indiennes et de bleu-réserve représentent une valeur de 5,800,000 francs environ. Le capital mouvant peut être évalué à 1,800,000 francs, et la consommation du charbon, à 130,000 francs.

     Toutes les indiennes de Bolbec sont imprimées sur coton.

     On comptait à Bolbec, en 1836, quinze rouleaux et vingt-sept perrotines ; aujourd'hui, on compte huit rouleaux et quatorze perrotines.

     On peut dire que les manufactures d'indiennes de Bolbec se sont dévorées les unes par les autres. En effet, les gros ont mangé les petits par les moyens de produire à meilleur marché ; puis il s'est établi une guerre à mort entre les indienneurs de Rouen et ceux de Bolbec ; mais ici le combat est demeuré d'égal à égal. Bolbec, depuis la ruine des métiers à la main, a cessé d'être le grand dépôt des calicots du département. En effet, pendant long-temps, Rouen, et même Mulhausen, se sont approvisionnés à Bolbec, où ils avaient des commissionnaires pour leurs achats, parce que c'était à Bolbec que l'on pouvait s'approvisionner à meilleur marché. Il n'en est plus de même aujourd'hui ; c'est tout le contraire, puisqu'une partie des calicots imprimés à Bolbec est achetée à Rouen. Autrefois, et pendant long-temps, les indiennes de Bolbec se vendaient meilleur marché que celles de Rouen, tandis qu'aujourd'hui celles de Rouen ne se vendent pas plus cher que celles de Bolbec : aussi, dès qu'un de nos établissements d'indiennes cesse de travailler, cet établissement devient une valeur morte.

     Je crois devoir, Messieurs, avant de terminer cette courte notice sur les manufactures d'indiennes, vous dire un

[p. 282]

mot sur l'application de la loi qui règle le travail des enfants ; loi essentiellement humaine, puisque, partout où il y a abus, il doit y avoir répression et réforme.

     Mais, comme la production est soumise à des besoins infiniment variables, il s'ensuit que toute loi de restriction d'heures de travail est toujours plus ou moins gênante, vu que le producteur, appelé souvent à chômer, est, d'un autre côté, souvent forcé de produire, pendant trois ou quatre mois consécutifs, la quantité de marchandises nécessaire à la consommation d'une année entière.

     C'est ainsi qu'un des manufacturiers d'indiennes les plus distingués de notre ville, évidemment gêné par la loi, dans un moment où un pressant besoin de production se faisait sentir dans son atelier, demandait à M. le préfet qu'il lui fût permis, pendant cinq mois, d'étendre à quinze heures la durée du travail effectif dans son établissement d'impressions.

     La Chambre consultative des manufactures et du commerce de Bolbec, consultée par M. le préfet, a répondu qu'elle était d'avis, à l'unanimité, que l'autorisation demandée par l'exposant ne devait pas lui être accordée ; que, quant aux commandes plus considérables que les indiennes reçoivent au printemps et vers l'automne, les fabricants pourront facilement les remplir en augmentant leur mobilier industriel ; que la dépense que cette augmentation pourrait nécessiter ne serait pas exceptionelle, puisqu'elle serait commune entre lui et ses confrères en ce genre d'industrie.

     Cette réponse était rationnelle et sage, puisqu'elle avait pour base le respect dû à la loi, et qu'elle donnait en même temps à l'exposant le moyen d'exécuter la loi, sans préjudice pour ses intérêts.

[p. 283]

     Non, quels que soient les besoins de l'industrie, ces besoins ne doivent jamais être placés au-dessus de ceux de la société, et les plus grands besoins de celle-ci sont le respect dû aux lois, ainsi qu'aux magistrats qui en sont les organes.

     Une des causes particulières à notre ville de la lenteur des progrès de notre industrie, est notre indifférence pour les sciences. Nous regardons comme inutile, et même dangereux, le commerce avec les savants : ce commerce n'a pour nous d'autre but que de nous faire perdre du temps. Ce n'est pas ainsi que l'on pense à Rouen, où, je ne crains pas de le dire, on tâtonne moins qu'à Bolbec. Qu'il me soit permis de citer ici, en passant, les paroles d'un chimiste distingué, M. Vitalis, aujourd'hui si dignement remplacé. Il me semble encore entendre ces paroles sortir de sa bouche, bien que plus d'un tiers de siècle se soit écoulé depuis qu'il les a prononcées.

     « La plus belle prérogative des sciences est d'éclairer la marche et de perfectionner les procédés des arts.

     Il est utile, sans doute, d'observer les faits, de les comparer, de les rapprocher pour serrer le noeud qui les rassemble et fonder des théories savantes ; mais il est plus utile encore de savoir appliquer les principes et répandre sur la pratique les lumières de la spéculation.

     Si toutes les sciences ont, sous ce rapport, des titres plus ou moins brillants, plus ou moins solides, à la reconnaissance publique, personne ne contestera à la chimie les droits les plus glorieux et les mieux fondés. Féconde en ressources et en moyens, elle rend tous les jours de nouveaux services à nos manufactures, aux ateliers, à tous les genres d'industrie ; chaque jour, elle fournit et développe le germe d'utiles et importantes applications aux besoins de la société.

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     Entre toutes les applications que l'on peut faire de la chimie aux arts, il n'en est point de plus belle que celle qui rattache les procédés de l'art de teindre aux principes de cette science. Ce n'est même que depuis que la chimie a éclairé de son flambeau cette partie de l'industrie, que la teinture a mérité véritablement le nom d'art.

     L'art n'existe, en effet, qu'autant qu'il est fondé sur des principes certains, qu'autant qu'il obéit à des lois constantes, qu'il possède des méthodes dont le succès est indépendant des caprices de la routine. L'art ne marche point au hasard, il ne suit point la première route qui se présente ; il observe, il étudie les faits, il prend pour guide la boussole de l'expérience ; il calcule avec soin toutes les circonstances qui peuvent influer sur ses opérations, et sait en prévoir d'avance les résultats, parce qu'ils sont une conséquence nécessaire des moyens qu'une raison éclairée, qu'un choix réfléchi lui ont suggérés.

     Or, de tous les arts qui composent le vaste domaine de l'industrie, il n'en est point dont la théorie et la pratique offrent plus de difficultés réelles, et exigent, par conséquent, des connaissances plus étendues que l'art de la teinture.

     Cette proposition ne pourra sembler un paradoxe qu'à ceux qui, habitués à ne juger des choses que superficiellement, ne voient dans cet art que des opérations mécaniques, des manipulations grossières, plus propres à exercer les bras que l'esprit. Autant vaudrait confondre l'art sublime de la peinture avec celui de broyer les couleurs qu'il emploie, ou de préparer la toile que doivent animer ses pinceaux.

     Sans doute, la pratique en teinture, comme dans l'exercice de tous les autres arts, mérite une grande considération. Mais que serait la pratique, isolée des principes ? Quel

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succès pourrait-on s'en promettre, si elle n'était appuyée sur des bases solides, dirigée par des règles sûres et invariables ? Sans la théorie, la pratique ne marchera jamais que d'un pas incertain et chancelant, et devra s'attendre à des chutes inévitables. La théorie est à la pratique ce que la lumière est à l'oeil, ce que le génie qui conçoit et invente est à la machine qui exécute. L'une commande, l'autre obéit ; celle-ci fraie et éclaire la route, celle-là se borne à la parcourir lentement, et sans pouvoir en écarter les obstacles qu'elle pourrait y rencontrer. Séparez un moment par la pensée la théorie de la pratique, l'art de teindre n'existe plus ; il ne reste qu'un empirisme obscur, un tâtonnement puéril, des recettes insignifiantes, des manoeuvres ineptes, des procédés ridicules. »

     Ah ! Messieurs, s'il est une science qui doive être étudiée et honorée, c'est bien la chimie. Sans doute, les chimistes se trompent comme d'autres ; mais est-ce à dire que parce qu'ils peuvent se tromper, il faille se passer de leur science ? Non, sans doute. Quoi ! parce que les médecins se trompent quelquefois, a-t-on jamais songé à s'en passer ? Eh bien ! je dis, moi, que notre industrie a autant besoin des chimistes que les malades ont besoin des médecins.

     Il y a quelques années, Messieurs, un jeune professeur de chimie vint à Bolbec s'offrir pour ouvrir un cours. Il s'adressa à M. le maire, qui, reconnaissant que les ressources du budget de la ville ne permettaient pas de lui imposer cette nouvelle charge, voulait bien, dans sa grande générosité, contribuer pour une somme assez forte, 200 francs par an. C'est ce que m'a déclaré, je pense, ce jeune professeur, M. Preisser. De mon côté, je voulais bien contribuer pour une somme de 50 francs : ce que je ferais encore en

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ce moment ; mais cela ne suffit pas. J'espère qu'avec le temps nous y arriverons, et que nous ne manquerons pas de partisans dans une ville qui compte plusieurs pharmaciens fort distingués, lesquels pourraient, au besoin, aider et remplacer momentanément le professeur, en cas de maladie ou d'absence forcée.

Note de M. Collen-Castaigne sur la fabrique des Mouchoirs dits genre de Chollet.

     Ce genre de fabrication a acquis, depuis quelques années, une assez grande importance dans notre ville. Il compte 4,720 tisserands, 4,000 bobineuses et trameuses, et 400 employés ; ce qui présente un total de 9,120.

Ces 9,120 personnes confectionnent, chaque semaine, 2,100 pièces de mouchoirs, de 120 mouchoirs la pièce, à 35 c., ce qui fait une somme de88,200f.
Il est employé, pour faire ces 2,100 pièces, environ 13,650 kil. de coton, qui font, au prix de 1 fr. 60 c. le kil.21,840fr.35,490
Plus pour charbon et drogues,13,650
--
Reste52,710f.

     C'est donc une somme de 52,710 fr., chaque semaine, que la fabrique des mouchoirs apporte dans le pays, pour être répartie entre les ouvriers des diverses professions et les chefs de fabrique que ce genre de fabrication met en mouvement.

     Les 4,720 tisserands se composent de femmes, enfants, et d'environ un quart d'hommes.

     Les trameuses et les bobineuses sont des femmes qui font

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leur ménage, et des enfants très-jeunes, puisque ceux de 10 ans sont presque tous tisserands.

     Les 9,120 ouvriers ne reçoivent, pour faire les 2,100 pièces, que 34,400 fr. ; reste 18,310 fr. pour les ouvriers teinturiers, les frais généraux, et les maîtres filateurs, teinturiers et fabricants.

     Tel était l'état de cette fabrication en 1840.

     L'un de MM. les fabricants distingués de notre ville, qui a bien voulu nous fournir ces renseignements, ajoute qu'en l'année 1850, il se fait à peu près la même quantité de pièces ; que le coton est plus cher, mais que la main-d'oeuvre a subi une réduction d'environ 5 p. % ; que la marchandise est un peu plus légère, les couleurs un peu moins chères, de sorte que la marchandise se vend à peu près le même prix.

     A Bolbec, le capital employé à ce genre de fabrication est d'environ 1 million 600,000 fr.

     Sur les 2,100 pièces fabriquées, on en compte 900 en bon teint ; encore est-il que, dans ces 900 pièces, il est rare qu'il ne s'y rencontre quelques teintes douteuses.

     Bolbec établit à 4 1/2 p. %, ou 25 c. par douzaine, au-dessous de Chollet, sa rivale ; ce qui est dû à la grande économie de nos fabricants et à la manière dont leur fabrique est montée, car la façon est peut-être plus élevée qu'à Chollet.

     L'exportation des mouchoirs de Bolbec à l'étranger peut être évaluée à 100 pièces par année.

Note de M. Collen-Castaigne sur les filatures et tissages de Bolbec, Gruchet et Lillebonne.

     1° FILATURES. - On compte, à Bolbec et à Lillebonne, sept

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filatures de coton, ayant 91,500 broches, mues par une force de vapeur de 345 chevaux et une force hydraulique de 20 chevaux. Le capital engagé dans ces établissements peut être évalué à 5 millions 490,000 fr. On peut évaluer le capital mobile à 700,000 fr. Ils filent environ 2 millions de kilogrammes de coton par an, depuis le n° 10 jusqu'au n° 36. - La fabrique des calicots emploie environ 1 million 800,000 kil. de ce coton ; le reste est employé par les fabricants de mouchoirs. - La force d'un cheval fait marcher 250 broches, y compris la préparation.

     Les filateurs sont obligés, en tout temps, de faire de grands frais à leurs établissements. Maintenant il est reconnu que celui qui est monté depuis cinq ou six ans dépense beaucoup moins en achat de machines que celui qui est anciennement monté ; car, si ce dernier n'améliore pas son établissement, il ne peut soutenir la concurrence : dans ce cas, il se voit forcé de s'en défaire, et cette vente se fait toujours à vil prix.

     Dans ces établissements, les enfants au-dessous de 12 ans travaillent 8 heures ; au-dessus de cet âge, ils travaillent 12 heures.

     Les enfants de 12 à 15 ans gagnent de 50 à 70 c. par jour ; ceux de 15 à 18 ans, de 90 c. à 1 fr. 50 ; et les ouvriers plus âgés, de 3 fr. à 3 fr. 50.

     2° TISSAGES. - La fabrique des tissages de Bolbec et de Lillebonne compte 2,200 métiers à tisser dans dix établissements. Les métiers sont mus par une puissance de vapeur évaluée à 220 chevaux, et une force hydraulique de 10 chevaux. - Le capital engagé dans ces établissements et usines est de 2 millions 100,000 fr., et le capital mobile de 500,000 fr. Ils fabriquent 185,000 pièces de 100 mètres chaque. La

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valeur moyenne de chaque pièce de 100 mètres est d'environ 40 fr. Le métrage le plus employé par la fabrique des indiennes est de 72 à 75 mètres. - On exporte, pour l'Algérie, 200,000 coupes de 18 à 28 mètres, que l'on peut évaluer à 1 million 600,000 fr.

     On évalue à 5 p. % au moins, par an, la dépréciation du matériel industriel de cette fabrication.

     1,200 métiers à tisser ont été montés de 1833 à 1841 ; on en a monté 800, de 1841 à 1848 ; mais, depuis cette époque, on n'en a pas monté un seul.

     Ce genre de fabrication consomme de 100 à 110,000 hect. de charbon par an.

     On estime que le droit de douane sur les cotons en laine élève la valeur d'une livre de coton filé, n° 40, de 12 c. environ, et de 2 fr. par pièce de calicot de 81 mètres.

Note de M. Collen-Castaigne sur la consommation du charbon de terre, sur l'usine du gaz et sur les tanneries de la ville de Bolbec.

Consommation du Charbon de terre.

     La consommation du charbon de terre, qui était, en 1838, de 370,000 fr., représentant à peu près 123,000 hectolitres, n'est plus aujourd'hui que de 200,000 fr., représentant environ 73,000 hect., à 2 fr. 75 c. - Comme le charbon de terre est devenu aujourd'hui le levier de notre industrie, que deviendrait-elle, si, par l'effet d'une guerre avec l'Angleterre et d'une invasion de la Belgique, le prix de l'hectolitre de charbon venait à quadrupler, et que notre ville de Bolbec eût 600,000 fr. de plus à payer chaque année pour

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faire marcher ses usines ? Et que deviendrait-elle, si, à quelque prix que ce fût, l'étranger la privait, pendant une année ou deux, de ce combustible ? Elle serait bloquée ; crainte qu'elle n'avait pas jadis, lorsqu'elle était propriétaire du levier de son industrie, c'est-à-dire lorsqu'un manége ou une roue hydraulique suffisait pour faire marcher un établissement. Sous ce rapport, nous ne pouvons trop engager nos concitoyens à persévérer dans la recherche de la houille, et à ne pas se décourager, quand même la tentative qui se fait en ce moment à Rouen serait infructueuse. Les sondages répétés finissent toujours par rapporter quelque chose : c'est en sondant la terre, pour y chercher du charbon, que, dans le comté de Cornouailles, en Angleterre, on a découvert une mine de cuivre, aujourd'hui très-productive.

Usine du Gaz.

     L'usine du gaz de la ville de Bolbec a été créée en 1845 ; elle fut mise en activité le 1er janvier 1846. Les dépenses générales de matériel et d'établissement se sont élevées à la somme de 500,000 fr. La canalisation en tôle galvanisée et bituminée, système Chameroy, est entrée dans cette somme pour environ 200,000 fr. Elle comprend un parcours de 20 kilomètres (5 lieues environ). Le diamètre intérieur est, généralement, de 11 centimètres ; toutes les pièces de service, à l'intérieur de l'usine, sont en fonte, ainsi que les cornues.

     Le service de l'éclairage se fait au moyen de deux gazomètres, d'une capacité totale de 900 mètres cubes ; ils ont chacun 4 mètres 50 cent. de hauteur.

     L'usine a environ 1,400 becs à alimenter ; 1,300 sont réglés par des compteurs, et 100 par abonnement. L'éclairage

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public comprend 85 lanternes, qui sont éclairées a raison de 4 centimes par bec et par heure.

     Le gaz, au compteur, se vend 40 centimes le mètre cube.

     L'abonnement est à raison de 4 centimes par heure.

     L'usine produit actuellement 7,000 hectolitres de coke, dont la vente a lieu facilement, et environ 25 tonneaux de coltar ou goudron.

     Elle emploie environ 500 tonneaux de charbon anglais de Newcastle.

     Le service de l'établissement se fait aisément avec six ouvriers.

     L'usine possède 18 cornues, réparties dans 6 fourneaux. Les tuyaux de conduite de Bolbec à Lillebonne ont coûté 7 fr. 30 c. par mètre. Leur composition et leur diamètre sont les mêmes que l'indication ci-dessus.

     L'usine, formée d'abord par une société, est aujourd'hui une propriété privée, l'ancienne société s'étant liquidée en 1848.

Tanneries.

     Les tanneries de Bolbec occupent 50 ouvriers, dont le salaire moyen est de 2 fr. par jour.

     Le capital immobile est de 500,000 fr. ; le capital mobile, de 600,000 fr.

     C'est de Bueynos-Ayres et de Montevideo qu'elles tirent le plus grand nombre de leurs matières premières ; le reste est fourni par les boeufs, vaches et chevaux du pays.

     Elles tirent l'écorce des forêts du pays, c'est-à-dire de la forêt de Brotonne. L'âge de l'écorce est de 15 à 40 ans.

     Les peaux de Bueynos-Ayres et de Montevideo restent deux ans dans les fosses ; celles du pays n'y restent qu'un an.

     Les peaux qui n'ont séjourné qu'un an servent à la corroierie

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pour les fortes chaussures, la sellerie, la bourrelerie. On se sert des peaux les moins fortes pour faire les cuirasses des filatures. On emploie les peaux de vaches pour les métiers à tisser et pour les carderies.

     Le commerce de la tannerie a aujourd'hui la même importance qu'il avait il y a dix ans.

Note de M. Collen-Castaigne sur l'Eglise consistoriale de Bolbec.

     Cette Eglise comprend, dans sa circonscription, les arrondissements communaux du Havre et d'Yvetot, et se divise en quatre sections, qui sont : Bolbec, St-Antoine et annexes, le Havre et Montivilliers.

Section de Bolbec.

     Cette section se compose de 16 communes, situées dans le canton de Bolbec, et en partie dans ceux de St-Romain, de Goderville et de Fauville. La population est de 2,253 ames, dont 1,658 à Bolbec, et 595 dans les communes rurales. Le culte se célèbre, à Bolbec, dans un assez joli temple, construit en 1792, au moyen de souscriptions recueillies parmi les fidèles. Cette section, depuis l'organisation des cultes, a été successivement desservie par MM. les pasteurs Henri Allègre, décédé en 1838 ; Guillaume de Félice, appelé par son mérite à la faculté de théologie de Montauban en 1849 ; et Jean Alméras, décédé, à la fleur de l'âge, en 1849, et généralement regretté de tous les fidèles qui ont pu apprécier son coeur et ses bonnes qualités. Elle est actuellement desservie par M. Hébert-Sohier, digne fils d'un pasteur dont Montivilliers vénère la mémoire.

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Section de St-Antoine et annexes.

     La circonscription de cette section comprend 48 communes, situées dans les cantons de Lillebonne, St-Romain, Bolbec, Goderville, Fécamp (arrondissement du Havre), Caudebec et Yvetot (arrondissement d'Yvetot). Ces communes renferment dans leur sein 1,592 protestants. - La section se divise en 6 congrégations ou églises locales ; savoir : St-Antoine (chef-lieu de la section), la Remuée, Goderville, Autretot, St-Aubin-de-Cretot et la Trinité-du-Mont.

     1° St-Antoine. - Cette congrégation se compose de 357 protestants, disséminés sur 4 communes. Elle célèbre son culte dans un édifice appartenant à un particulier, qui le loue au Consistoire.

     2° La Remuée. - Cette congrégation se compose de 314 individus, répandus dans 8 communes, et se réunit, pour la célébration de son culte, dans un local qu'elle tient à loyer d'un propriétaire protestant.

     3° Goderville. - Cette congrégation se compose de 178 personnes, disséminées dans 10 communes. Elle se réunit à Goderville, dans un temple construit aux frais d'un particulier, qui le loue au Consistoire.

     4° Autretot. - Cette église compte 206 protestants, presque tous habitants d'Autretot. Elle célèbre son culte dans un temple appartenant à une famille protestante, qui en a toujours concédé gratuitement l'usage.

     5° St-Aubin-de-Cretot. - Cette congrégation ne compte que 132 individus, répandus dans 8 communes. Le culte s'y célèbre dans un petit temple, construit au moyen d'un legs fait aux protestants par feu M. de Colleville.

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     6° La Trinité-du-Mont. - Cette église, composée de 396 protestants, habitant 14 communes différentes, célèbre son culte à la Trinité-du-Mont, dans un local qu'elle tient à loyer. Ce temple est le plus voisin de Lillebonne, ville qui compte beaucoup de protestants, et qui, sous ce rapport, devrait bien aussi avoir son temple.

     La section de St-Antoine et annexes a été successivement desservie, savoir : depuis 1806 jusqu'en 1810, par M. le pasteur Dupontavice ; depuis 1812 jusqu'en 1817, par M. le pasteur Paumier, passé à l'église de Rouen, qu'il continue de desservir ; et, depuis 1817 jusqu'à ce jour, par M. le pasteur Maurel, homme de bien, excellent père de famille, bon citoyen et digne pasteur, dont les oeuvres et la persévérance sont au-dessus de tout éloge.

Section du Havre.

     Cette section, qui se compose de 6 communes, ne comptait, en 1839, que 1,072 protestants dans son sein ; mais cette population a beaucoup augmenté depuis.

     Le culte se célèbre, au Havre, dans un superbe édifice, acheté par le Consistoire. Cette section, créée en 1821, a été d'abord desservie par M. le pasteur Allègre fils, et elle l'est, depuis, par M. le pasteur Poullain. Nous ne ferons point l'éloge de ces deux pasteurs, dont le zèle égale le mérite. - M. Poullain est, de plus, inspecteur de l'Association normande pour l'arrondissement du Havre.

Section de Montivilliers.

     Cette section se divise en deux congrégations ou églises locales, celle de Montivilliers et celle de Criquetot-l'Esneval.

     1° L'Eglise de Montivilliers comprend 19 communes dans sa circonscription, et compte 399 ames. Elle célèbre son

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culte dans un beau temple, construit en 1792 par un particulier, et acheté en 1840 par le Consistoire, au moyen de souscriptions volontaires, de subventions communales et d'un secours du Gouvernement.

     2° L'Eglise de Criquetot-l'Esneval comprend aussi 19 communes, dont la population protestante est de 494 ames. Le culte se célèbre, à Criquetot, dans un temple construit, en 1835, au moyen d'un legs, de souscriptions volontaires et d'un secours du Gouvernement.

     La section de Montivilliers a été successivement desservie par MM. les pasteurs Fallot, Sohier père, Jean Sohier fils et Hébert-Sohier, passé à la section de Bolbec, et remplacé à Montivilliers par M. Gustave Good.

     Nous allons terminer cette notice statistique du protestantisme dans l'arrondissement du Havre, notice qui constate que cet arrondissement renferme 8,321 protestants, par un exposé que vient de nous envoyer M. le pasteur Poullain, concernant l'Eglise réformée du Havre.

     Cette Eglise, qui fut fondée en 1815 par un petit nombre de familles, compte aujourd'hui plus de 2,000 ames. Elle possède, depuis quelques mois, un nouveau temple, vaste et bel édifice qui avait été construit pour servir de salle de bal, et qui, transformé en lieu de culte, peut contenir 1,000 personnes. Elle possède aussi deux écoles : l'une de garçons, l'autre de filles. La première renferme 90 élèves, la seconde 75.

     Il y a bien aussi, à Bolbec, des écoles où l'on compte plus d'élèves protestants que d'élèves catholiques, et vice versâ. Mais, il faut le dire à la louange des moeurs bolbecaises, il n'y a point parmi nous d'écoles exclusives, et les enfants du même Christ viennent puiser l'instruction dans l'une comme

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dans l'autre de ces écoles. Les enfants de Bolbec ne connaissent d'autre devise que celle-ci : « Enfants du même Dieu, aimons-nous bien les uns les autres. » Aussi notre ville a vu passer tous les orages politiques qui ont ensanglanté tant d'autres villes, sans avoir à déplorer la moindre égratignure. - Honneur donc à nos concitoyens ; mais honneur aussi aux dignes pasteurs de l'une et l'autre des deux communions chrétiennes, qui ont toujours su maintenir l'union et la concorde entre deux troupeaux de frères nés pour se secourir et pour s'aimer.

Note de M. Callen-Castaigne sur la Caisse d'épargne de Bolbec.

     Au moment où a éclaté la Révolution de Février, la Caisse d'épargne de Bolbec devait à ses déposants un solde d'un peu plus de 1,100,000 fr. On connaît les décrets qui vinrent, après cette révolution, jeter une grande perturbation dans les opérations de ces utiles établissements.

     Les versements, en 1848,nes'élevèrent plus qu'à 68,492 f., dont 66,400 fr. pendant les seuls mois de janvier et de février ; tandis qu'en 1847, ces versements avaient dépassé 250,000 fr.

     Les remboursements en espèces atteignirent le chiffre de 157,858 fr. 33 c.

     Les exercices 1848 et 1849 furent presqu'entièrement employés à la consolidation en rentes des fonds versés avant le 24 février 1848.

     Le mouvement en espèces, pendant l'exercice 1849, a été :

Pour les versements, de71,549fr.
Pour les remboursements, de4,751

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     Les opérations du 1er semestre 1850 donnent les résultats suivants :

Versements85,95840
Remboursements23,15905

     Ce n'est donc que depuis le commencement de cet exercice que la Caisse d'épargne est rentrée dans sa marche normale.

Année 1848.
Versements.Remboursements.
Janvier41,251fr.16,307fr.48
Février25,28114,20160
Mars4080,12412
Avril29121,80153
Mai9712,31908
Juin4664,32369
Juillet3506,63506
Août2006997
Septembre50137»
Octobre3811,39918
Novembre»10169
Décembre8543793
___________________
Totaux68,492157,85833
Année 1849.
Janvier1,000fr.190fr.90
Février»8730
Mars19729215
Avril27724166
Mai1,381»»
Juin1,1804221
_____________
A reporter4,03585422

[p. 298]

Versements.Remboursements.
Report4,035fr.854fr.22
Juillet10,145»»
Août12,05620»
Septembre8,5841,64520
Octobre6,68532114
Novembre12,14524344
Décembre17,8971,66763
_________________
Totaux71,5474,75163
Année 1850 (six premiers mois).
Janvier16,69517064
Février20,90329880
Mars13,4242,67310
Avril19,1083,44692
Mai3,8953,10530
Juin11,9334013,46429
__________________
Totaux85,9584023,15905

     Dans cette même séance, M. Duménil a demandé la parole, et s'est exprimé ainsi :

     MESSIEURS,

     Dévoué, par principe et par conviction, aux institutions qui ont pour but la philantropie et le perfectionnement de l'homme, permettez-moi d'appeler votre attention sur cette belle et généreuse Société, l'Association normande, dont, je le crains, l'utilité publique et la haute importance ne sont pas suffisamment appréciées.

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     L'humanité a une tendance constante, progressive, continue, vers une organisation matérielle et intellectuelle de plus en plus compliquée, de plus en plus parfaite.

     Le progrès est la loi de nature ; son mobile se trouve dans nos besoins ; son résultat, c'est la satisfaction de ces mêmes besoins.

     Eh bien ! l'Association normande cherche, travaille avec persévérance à les satisfaire : ceux de sentiment, par l'étude des beaux-arts ; ceux de connaissance, par l'étude des sciences ; ceux d'action, par l'étude de l'industrie.

     Elle procède par l'étude, car l'étude est la recherche des vérités naturelles et morales qui préoccupent le genre humain ; l'étude est une mine féconde et inépuisable de consolations dans le malheur, d'honorables distractions pour l'oisif, de joies pour le pauvre, d'émulation et de plaisir pour le riche, de doux et délicieux passetemps pour tous.

     « L'étude, a dit un grand penseur, élève l'âme, agrandit la pensée, éclaire la raison, rectifie le jugement. »

     En-dehors de toutes discussions politiques, de tous débats religieux, l'Association normande poursuit, depuis bientôt vingt ans, la glorieuse tâche qu'elle s'est imposée sur le terrain de la tolérance des opinions, dès qu'elles ne tendent point à troubler la paix publique.

     Elle repose sur le principe de l'association, parce qu'en laissant les individus séparés, isolés, toute activité est impossible, tout progrès irréalisable, l'ignorance règne en souveraine ; parce que, par la communion de pensées, de sentiments, d'intérêts même, le mouvement se communique, la vie s'épanche au dehors ; parce qu'enfin, par l'association, il n'y a rien dont on ne puisse venir à bout.

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     Elle se plaît à faire l'histoire des bienfaiteurs de l'humanité ; elle récompense les bonnes actions, les généreux dévoûments, en même temps qu'elle censure tous les vices, tous les préjugés nuisibles.

     Elle cultive la littérature, qui, pour elle, n'est pas seulement un innocent délassement de l'esprit, mais encore le miroir qui réfléchit l'image des siècles, en interprétant fidèlement et leurs goûts et leurs opinions.

     Elle excite à l'instruction, parce que l'instruction est un agréable et utile repos aux travaux de notre profession, et aussi parce que, cultivée, perfectionnée, elle règle nos actions en conformité et de notre prospérité personnelle et de l'amour du prochain, dirige nos passions vers le bien, nous fait voir le bonheur où il est, nous empêche de le chercher où il n'est pas.

     Elle veut sérieusement le progrès intellectuel et moral et l'amélioration graduelle du sort des travailleurs, dans la limite du possible, d'accord avec les faits acquis et l'expérience.

     Trop d'écrivains s'abandonnent à leurs généreuses inspirations, sans se préoccuper de l'état actuel de la société, de ce qui est praticable, de ce qui n'est pas praticable.

     Il y a une foule d'hommes qui ne tiennent aucun compte de l'expérience : cependant, quelques-uns prononcent le mot sans en rechercher la valeur ; d'autres croient l'avoir acquise, par cela seul qu'ils ont vieilli.

     L'expérience, pour la société qui nous occupe, est la connaissance des faits, avec toute l'instruction qui en résulte, par l'induction naturelle et logique.

     L'expérience seule doit poser des jalons pour avancer d'un pas sûr, sans danger pour aucun, dans la voie qui conduit au progrès réel, profitable pour tous.

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     L'Association normande provoque de grandes assemblées ; mais, dans les grandes assemblées, l'ame s'y exalte, le plaisir s'y épure ; par le contact, la vie s'élargit ; on vit pour soi, on vit aussi pour les autres.

     OEuvre de propagande pacifique, elle fait connaître, recommande les ouvrages utiles et moraux ; elle recueille, enregistre les inventions et les nouvelles découvertes de l'industrie, les nouveaux débouchés pour le commerce, les nouveaux procédés et les améliorations profitables à l'agriculture. En les portant à la connaissance du public, avec ses conseils et ses bons enseignements, par la publication de son Annuaire, elle suscite entre tous une noble émulation pour parvenir à de nouveaux perfectionnements, dont le résultat inévitable est de procurer une plus grande somme de bien-être pour toutes les classes de la société.

     L'Association normande cherche à prévenir le mal social, à moraliser la population industrielle et laborieuse. Honorons-la ; accordons-lui notre concours moral, s'il n'est actif et militant.

     A cette époque d'individualité et d'égoïsme, où les hommes sont exclusivement occupés de leurs plaisirs et de leurs affaires, n'est-on pas heureux de rencontrer des intelligences élevées, des coeurs que la nature a faits bons, que l'étude a rendus meilleurs, consacrant leurs pensées et leurs travaux au bonheur de leurs semblables ?

     Au milieu du naufrage de toute croyance et de toute foi qu'a produit la tourmente révolutionnaire, maintenant que rien ne paraît retenir les liens sociaux prêts à se rompre, alors que de nombreux et trop hardis novateurs menacent le corps social de dissolution, la mission de l'Association normande grandit, devient encore plus importante. Venons-lui

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donc en aide ; luttons avec elle, par la morale et le raisonnement, contre les mauvaises passions, non encore vaincues, qui produisent ces agitations si incompatibles avec la prospérité publique.

     Aujourd'hui, dans ce temps malheureux où des aveugles ne tendent à rien moins qu'à exciter des haines entre les diverses fractions de la société, associons-nous avec chaleur et conviction à l'oeuvre morale et de véritable progrès de l'Association normande, en consacrant quelques-uns de nos loisirs au peuple. Avec elle, apprenons-lui, répétons-lui sans cesse que, pour mériter la protection des lois et jouir d'un véritable bonheur, il n'y a qu'à être tempérant, économe, laborieux ; qu'à maintenir la paix et l'aisance dans sa famille.

Mémoire lu et présenté par le docteur Bourdin, de Bolbec, à l'Association normande.

     MESSIEURS,

     J'ai été invité, par un des honorables membres de votre Société savante et philantropique, à vous entretenir de la constitution médicale et de l'état sanitaire de la ville de Bolbec. Pour remplir cette mission, dont j'aurais dû décliner l'honneur si je n'avais consulté que mes forces, permettez-moi de jeter un coup-d'oeil rapide sur la position topographique de cette localité et de ses environs, sur leurs conditions territoriales et atmosphériques. L'étude d'un pays est indispensable à la connaissance des maladies, soit épidémiques, soit sporadiques, auxquelles ses habitants peuvent être exposés.

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     Je terminerai par quelques considérations propres à faire ressortir combien la moralisation de l'homme importe à son bien-être et à sa santé.

     Bolbec, ville essentiellement industrielle, d'une population d'environ 10,000 ames, à 28 kilomètres du Havre, à 56 de Rouen, est situé dans une riante vallée, parcourue, dans toute son étendue, par une petite rivière, la Bolbec, qui lui a donné son nom.

     Cette rivière, dont le nom indique l'origine, et qui est formé de deux mots gaulois, bos ou bosc (bois, forêt), et bec (ruisseau), prend sa source au pied des ruines du vieux château de Fontaine-Martel, au milieu des bois, sous l'épais feuillage de chênes vénérés, autrefois consacrés au culte des divinités protectrices des fontaines, aujourd'hui pactole nouveau, roulant un or d'autant plus précieux qu'il est le produit du travail de nos populations ouvrières et du génie industriel de nos manufacturiers.

     Le sol de Bolbec et des environs, ou plutôt la terre arable, consiste en un mélange qui contient, en différentes proportions, le calcaire, le sable et l'argile. Il est généralement fertile ; et, là où la nature a fait défaut, l'art y a suppléé par des engrais et des amendements profitant toujours à celui qui les emploie.

     Les coteaux qui forment la vallée dans laquelle est situé Bolbec, offrent les sites les plus séduisants. Partout où le sol n'est pas couvert de constructions, il offre l'aspect d'une riche et luxuriante végétation. Ici, ce sont des prairies dont le tapis vert naturel se marie souvent, d'une manière originale et gracieuse, aux mille couleurs empruntées des toiles peintes qui les recouvrent ; là, ce sont des bois taillis, des vergers, des bosquets, où l'art vient le disputer à la nature ;

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ailleurs, des kiosques, des grottes artificielles, des bassins d'eau vive, de charmantes plantations d'arbres étrangers artistement groupés, proclament l'aisance et le bon goût. Nous y voyons la main qui préside à la fortune : c'est l'ordre et l'intelligence mathématiques des choses d'ici-bas.

     Les rues de Bolbec sont larges et spacieuses, bien alignées, pavées en grès du pays. L'écoulement des eaux s'y fait facilement, la plus grande partie de la ville étant bâtie sur le versant des coteaux qui forment la vallée. C'est la rivière qui reçoit toutes ces eaux et les immondices qu'elles apportent avec elles.

     Les maisons sont généralement construites en maçonnerie, briques et cailloux, et, sauf quelques constructions contenant des grès et quelques autres trop enfoncées dans terre, elles offrent, à peu près partout, les conditions désirables de salubrité.

     La ville est abondamment pourvue de fontaines publiques et privées, dont les eaux, venant de la même source, sont distribuées dans les habitations au moyen de tuyaux en plomb.

     Ces eaux sont loin de réunir toutes les conditions de l'eau potable ; car, quoique vives, limpides et sans odeur, elles ne dissolvent le savon qu'imparfaitement ; les légumes y cuisent mal, et elles précipitent par l'acide oxalique.

     Au nord de Bolbec se trouve le village de Nointot, d'où s'écoule une petite source d'eaux minérales. Ces eaux, à qui on avait d'abord attribué une température plus élevée qu'elles n'ont réellement, sont froides, ocreuses et d'une saveur atramentaire.

     Elles jouissaient autrefois d'une grande vogue, et passaient pour avoir opéré des guérisons miraculeuses. On

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cite, entre autres, celle d'un membre de la famille de Bailleul, président au Parlement de Normandie, qui, atteint de fièvre tremblante depuis long-temps, et ayant en vain essayé une foule de traitements, trouva guérison à Nointot. Il pourrait bien se faire que le changement de lieu, le bon air que respira M. de Bailleul dans la magnifique habitation de Baclair, où sans doute il résida, aient été pour quelque chose dans sa guérison.

     A cette époque, de fréquentes distributions de ces eaux avaient lieu. Elles étaient protégées par un mur, qui fut détruit en 93. Depuis ce temps, la source était bouchée, quand, en 1838, sur la demande qui lui en fut faite, M. le marquis de Montault voulut bien faire faire quelques recherches, à la suite desquelles un mur fut de nouveau construit pour envelopper la source qui fut trouvée. Mais on pense, généralement, que les eaux en sont mélangées, et qu'elles sont loin d'offrir les propriétés des anciennes. Des échantillons en ont été envoyés à Paris, par les soins du docteur Bailleul, à l'Académie de médecine, qui les a fait analyser, et elles ont été trouvées contenir du carbonate terreux, du chlorure de magnésium et de sodium, puis une matière organique, associée sans doute encore à un peu de fer et de chaux ; enfin, quelques indices de sulfate. Elles présentent, du reste, comme beaucoup d'eaux ferrugineuses de ce genre, l'inconvénient de s'altérer par le transport ; mais elles peuvent être prises avantageusement à la source.

     Le sous-sol de Bolbec, indépendamment de la marne, du silex, du grès, qui apparaît à la surface du sol, et dont l'existence, à Bolbec, n'a été signalée, à l'exception de Noël, par aucuns géologues ; de diverses espèces d'argile qu'on emploie dans la poterie, notamment à Melamare, et du

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sable ordinaire, tantôt rouge, tantôt blanc, contient encore un sable tout particulier, de couleur verte. Ainsi, à un endroit, qu'on appelle la Côte verte, on trouve une mine de ce sable, très-curieuse par sa couleur, sa pulvérissence et sa propriété réfringente des rayons solaires. M. le docteur Bailleul, qui a fait quelques recherches scientifiques à ce sujet, pense que ce sable pourrait servir dans les arts, soit au moulage, soit au coulage de certains métaux. Il pense que l'origine de ce sable peut être attribuée à la mer, qui aurait laissé dans cet endroit une preuve évidente de son passage. Il serait difficile de ne pas se rendre à cette manière de voir, quand on a examiné avec attention cette quantité considérable de fossiles, ces myriades de coquilles, bivalves et univalves, agglomérées, libres ou entassées les unes sur les autres, ces empreintes d'huîtres de différente grosseur.

     Comment expliquer autrement la présence de ces habitants de la mer ? Comment ne pas les considérer, suivant l'expression de Voltaire, comme des médailles du déluge ?

     Le Val des Veaux présente aussi de ce sable vert. On avait pensé qu'il pourrait exister des houillères dans ce terrain. On était conduit à cette opinion par celle émise par des hommes compétents, qui savent que les houillères se rencontrent ordinairement dans les sols recouverts de suintements ferrugineux, bitumineux, ou au-dessous de masses coquillères ou d'un sable très-fin.

     M. Collen-Castaigne, l'auteur d'une histoire de Bolbec, ce savant modeste, aux connaissances si variées, s'était aussi occupé de cette question ; et, d'après la composition du sol de Bolbec et de ses environs, il pensait qu'il pourrait très-bien se trouver du charbon de terre dans notre localité. Mais l'examen qu'en vient de faire M. Girardin, et les observations

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de M. de Caumont, ne nous laissent plus aucun espoir à cet égard.

     La constitution atmosphérique de notre canton est souvent froide et humide, sujette à beaucoup de variations, non-seulement dans la même saison, mais dans le même jour, au point qu'on peut se croire transporté tout d'un coup d'une saison à une autre. Cette disposition, d'ailleurs commune au département, est due au voisinage de la mer, et se trouve aggravée par les vents froids et humides de l'ouest, qui sont ceux qui règnent le plus souvent. C'est là l'origine des affections catarrhales des voies pulmonaires et la cause de la persistance de celles qui existent.

     Dans ces variations brusques de l'atmosphère, nous avons remarqué beaucoup de fluxions aux mâchoires, accompagnées ou précédées de mal de dents. Ne serait-ce pas là une des causes des altérations si fréquentes de ces organes dans notre pays, altérations qui ont été exclusivement attribuées par d'autres à l'usage du cidre, surtout quand il est acide ? Toujours est-il que nous avons connu beaucoup d'étrangers, notamment des Alsaciens, qui étaient arrivés dans ce pays avec une excellente bouche, et qui, après quelques années de séjour, l'avaient dégarnie de dents, ou bien celles qui restaient étaient atteintes de carie.

     On peut dire, en thèse générale, que Bolbec et ses environs sont fort sains. Aussi les habitants qui sont dans l'aisance, les ouvriers qui travaillent au grand air et qui se trouvent dans de bonnes conditions d'alimentation, se portent généralement bien. Mais les professions qui sont concentrées dans les ateliers de nos manufactures sont dans des dispositions de santé moins favorables, et, parmi les ouvriers, les influences malfaisantes étant différentes et plus

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ou moins prononcées, les conditions de santé varient aussi.

     Ainsi les débourreurs, les ouvrières des batteurs et celles des carderies, qui sont constamment soumis à la respiration d'un air chargé de poussiers ; les pareurs, travaillant dans une atmosphère de 26 à 35 degrés, sont dans des conditions plus défavorables que les rattacheurs et les fileurs, qui respirent librement dans de vastes ateliers bien aérés, bien éclairés.

     Ces derniers (les fileurs) contractent une incurvation de la colonne vertébrale, dont la convexité est en arrière ; leurs membres inférieurs sont habituellement portés dans l'abduction, et il semblerait que la jambe et la cuisse ne se trouvent plus sur le même axe. La ligne qui doit passer par le centre présente une courbe dont la concavité est en dedans. Cette disposition, très-commune chez les fileurs, est le résultat des efforts qu'ils font pour pousser leur métier, et elle est d'autant plus prononcée, que l'homme a été soumis plus jeune à ce travail. On reconnaît très-souvent un fileur à sa démarche.

     Dans les usines consacrées à l'industrie des toiles peintes, certains ouvriers travaillent sans cesse les pieds dans l'eau courante, tandis que d'autres, enfermés dans des étuves suffocantes, ne cessent jamais d'être inondés de sueur.

     Il est donc bien évident que le milieu dans lequel vivent les ouvriers, leurs habitudes, le genre de travail auquel ils se livrent, influent d'une manière notable sur les diverses affections dont les uns et les autres sont atteints.

     Les affections aiguës de poitrine, bronchite, pleurésie, pneumonie, pleuro-pneumonie, sont très-fréquentes, et forment, avec les affections bilieuses du tube digestif, plus des deux tiers des maladies pour lesquelles nous sommes

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appelés. Ces affections guérissent ordinairement bien. Mais nous ferons encore une remarque, par rapport aux conditions dans lesquelles se trouvent ceux qui en sont atteints : c'est qu'elles ont une marche plus franche et une solution plus prompte et plus définitive chez les ouvriers du dehors, exposés au grand air, que chez ceux qui sont concentrés dans les ateliers, où ils respirent un air moins oxygéné, et, par conséquent, moins capable de réparer convenablement le sang dans les poumons.

     Nous n'obtenons pas une solution si heureuse des gastro-entérites, avec forme putride, typhoïde, qui envahissent quelquefois la localité. Ces maladies nous ont fait souvent de nombreuses victimes.

     Les arthrites, rhumatisme articulaire, sont assez fréquents, mais peu rebelles aux traitements qu'on leur oppose. C'est parmi les manoeuvres qui travaillent à l'air et dans l'eau que cette maladie se montre le plus souvent.

     Les névralgies sont assez communes ; celles de la face, qui reconnaissent pour cause les variations de température, sont souvent difficiles à guérir. La névralgie sciatique est assez commune. Je l'ai souvent rencontrée chez des ouvriers de la campagne qui ont été occupés des heures entières dans la rivière à laver des moutons qu'on se propose de dépouiller de leur toison.

     La goutte, assez rare, est, du reste, chez nous comme partout, le privilége, à peu d'exceptions près, des oisifs qui passent leur vie dans la mollesse et la bonne chère.

     La péritonite puerpérale, si commune dans les hôpitaux et dans les grandes villes, et notamment à Rouen, où elle a sévi parfois d'une manière si cruelle, est à peu près inconnue ici. J'ai fait une quantité considérable d'accouchements,

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et je n'ai souvenance que de deux cas où les malades succombèrent, et encore à la suite d'imprudences. Je ne sache pas que mes confrères en aient rencontré davantage. Il faut attribuer ce résultat à la salubrité de l'air et à l'isolement des femmes en couche.

     Le choléra asiatique, qui, en 1832, désola Paris et la France, fit aussi à Bolbec d'assez nombreuses victimes. Mais en 1849, alors qu'il sévissait à nos portes, et notamment à Lillebonne, d'une manière si meurtrière, nous n'avons eu à Bolbec que douze à quatorze cas à peu près, mais tous, moins un, suivis de mort. Presque tous les malades atteints ont été des femmes adonnées à l'ivrognerie, et vivant au milieu de la misère et du dénument le plus absolu.

     La phthisie a sévi déjà ici d'une manière bien terrible, et nous ne sommes pas encore débarrassés de sa funeste influence. Des familles entières, dans lesquelles elle semble avoir établi sa triste hérédité, ont été moissonnées par elle. Dans la population ouvrière, c'est parmi les éplucheuses, les cardeuses, qui vivent au milieu d'une atmosphère cotonneuse, que se rencontrent le plus de cas de phthisie. La population riche n'a pas le privilége de s'y soustraire ; mais, par les grandes précautions que permet la fortune, elle en proroge le terme fatal.

     Depuis l'éclairage par le gaz, nous avons remarqué un plus grand nombre d'ophtalmies et de maladies des yeux en général.

     Si, depuis quelques années, nous avons dans ce mode d'éclairage une cause de plus de maladie, nous en avons vu le nombre beaucoup diminué depuis la loi qui a réduit de deux heures le temps de travail. Cette disposition législative a eu une influence on ne peut plus favorable sur la santé de l'ouvrier.

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     La rougeole, la miliaire, la scarlatine ont sévi, d'une manière assez intense, à Bolbec, depuis quelques années. Ces éruptions ont généralement parcouru leurs périodes avec régularité. Les accidents primitifs étaient dus à des affections cérébrales, à des pneumonies ; les consécutifs étaient le résultat d'imprudences et de l'impression du froid, qui avaient amené des flegmasies chroniques de la poitrine ou des intestins, ou bien des hydropisies, soit partielles, soit générales.

     La variole reparaît quelquefois, et nous en avons eu dans le canton, mais surtout en ville, depuis dix ans, de véritables épidémies, qui ont fait de nombreuses victimes : des enfants, des adultes, ont succombé à cette terrible et dégoûtante maladie. Ils n'avaient point été vaccinés, ou, s'ils disaient l'avoir été, les traces de cette opération ne paraissaient point chez eux.

     C'est à cette occasion que le docteur Bailleul eut l'heureuse idée de désinfecter les malades reçus à l'hôpital avec l'eau chlorée, afin de ramener la peau à ses fonctions normales. Cette application fut le sujet d'un mémoire, qui valut à son auteur le prix Monthyon, décerné par l'Institut.

     Les vaccinations sont péniblement faites par le médecin ; et, par le fait de la négligence des parents, elles ne produisent point tout le bien qu'on a droit d'en attendre. J'ai vacciné beaucoup dans ce pays, depuis vingt ans que j'y exerce la médecine ; je n'ai jamais pu obtenir des mères la représentation régulière de leurs enfants, après les huit jours de vaccination, et il m'est arrivé plusieurs fois qu'après avoir vacciné cinquante à soixante enfants, je n'en avais pas un seul, au bout des huit jours, pour la constatation du virus ou sa reproduction. Ce fait déplorable est commun à tous mes confrères,

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à qui j'ai bien souvent entendu exprimer leur mécontentement à cet égard.

     Il est encore une maladie assez fréquente, et qui atteint les jeunes filles depuis l'âge de quinze à vingt-cinq ans, surtout celles qui sont mal nourries et qui habitent des maisons basses et humides ; je veux parler de la chlorose. Mais elle se dissipe ordinairement avec assez de facilité quand il est possible de soustraire les malades aux causes de la maladie, et qu'on les soumet à l'usage des ferrugineux, des toniques et d'une bonne alimentation.

     L'éloignement des marais, vastes foyers d'infection, nous préserve de certaines maladies endémiques, et, sous ce rapport, la ville de Bolbec est plus favorisée que celle de Lillebonne ; mais, comme cette dernière, elle voit se manifester, dans ses établissements industriels, de fréquents accidents, qui entraînent souvent de graves mutilations, quand ils ne compromettent pas la vie.

     Les plus fréquents sont les plaies aux membres thoraciques, plaies avec arrachement ; et les victimes sont surtout les enfants, qui, dans l'insouciance de leur âge, n'apportant pas toute la prudence convenable dans le nettoyage, se laissent prendre les doigts dans de perfides engrenages.

     Cependant, les accidents sont aujourd'hui moins nombreux qu'autrefois, grace aux chemises en bois dont on a eu soin d'envelopper tous les engrenages susceptibles d'être couverts.

     Mais, Messieurs, il est chez nous une seconde Providence qui a pourvu aux besoins de l'humanité souffrante, en ouvrant, dans notre ville, un asile, non-seulement à ces malheureux blessés, mais encore à ceux qu'une maladie aiguë vient atteindre au milieu de l'indigence.

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     Au fond d'un vallon, au pied d'un coteau couronné de hêtres et de sapins, au milieu de la verdure et des fleurs, s'élève un édifice, que le voyageur, qui vient en face de Nointot ou de Goderville, prendrait volontiers pour une maison de plaisance, pour la villa de quelque riche rentier, si bientôt il ne lisait sur le fronton de cet édifice : Hôpital Fauquet.

     C'est là, en effet, le refuge du pauvre malade ; c'est là que M. J. Fauquet fonda, en 1834, cet établissement, du superflu de sa fortune, selon l'expression de son fondateur. C'était un grand et sublime désintéressement ; c'était le plus bel emploi qu'il pouvait faire de cette fortune.

     Mieux inspiré que les grands hommes qui ont illustré leur nom par des actes destinés à fonder des établissements de bienfaisance après leur mort, M. J. Fauquet, en créant celui-ci, jeune encore, a voulu jouir, lui vivant, de ses bonnes oeuvres ; entourer, pendant de longues années encore, cet établissement de soins assidus, d'une tendre sollicitude pour ceux qu'il renferme.

     « Aucune n'est comparable à cette maison, » nous disait, en la visitant tout récemment, M. le préfet ; « c'est plus qu'un hôpital, c'est au moins une maison de santé : tout y porte l'empreinte de la philantropie la plus éclairée et la plus délicate. »

     Cet hôpital contient trente lits, et est grandement suffisant pour les besoins de la population de Bolbec, pour laquelle seule il a été fondé, à l'exception de deux lits pour les pauvres habitants de Nointot, établis par M. le marquis et Mme la marquise de Montault. Ces nobles personnes ne pouvaient laisser passer cette occasion sans donner à la commune de Nointot une nouvelle preuve de leur tendre sollicitude pour ses pauvres.

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     Cette maison, consacrée au traitement des maladies aiguës, est dirigée et desservie par des dames religieuses de la communauté d'Ernemont. Ces admirables femmes, dont la vocation est inspirée par le plus saint dévoûment, sont pleines de zèle et de soins délicats pour leurs malades. L'abnégation la plus complète préside sans cesse à l'accomplissement de leurs devoirs : la femme s'efface pour faire place à la soeur de charité.

     Le service médical est confié à deux médecins : l'un comme chirurgien en chef, et l'autre comme adjoint. Le service, au point de vue de la science et de l'art, présente le plus grand intérêt, par la diversité des affections pour lesquelles les malades sont admis.

     Aussi cet établissement est-il devenu, en quelque sorte, le berceau de la chirurgie dans le pays. De grandes opérations, nécessitées par de graves accidents arrivés dans les établissements industriels, et notamment à l'époque de la construction du viaduc de Mirville, y ont été pratiquées et ont été, pour le chirurgien en chef, l'occasion de succès qui ont déterminé l'envoi, à l'Académie de médecine, de plusieurs mémoires, qui ont été insérés au Bulletin des travaux de cette savante Société.

     Le nombre des admissions a été, jusqu'alors, de 110 environ par an ; mais ce chiffre sera très-probablement dépassé maintenant, la répugnance des malades pour l'hôpital allant en décroissant.

     La sollicitude pour tout ce qui souffre ne s'est pas bornée à l'érection d'un hôpital. L'homme indigent a encore besoin, vieux et infirme, quand il n'est pas malade. C'est pour y faire face qu'un bureau de bienfaisance, qui existe à Bolbec depuis un temps immémorial, reçut, en 1830, par

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les soins de M. J. Fauquet, comme maire, et en vertu de la loi qui régit la matière, une nouvelle organisation, qui le mit plus en rapport avec l'état de la population. Ce bureau de bienfaisance est administré, sous la présidence du maire, par cinq membres pris parmi les plus notables et les plus philantropes habitants de la ville, et qui rivalisent de zèle avec leur président pour s'acquitter dignement de leurs humbles et pénibles fonctions.

     Les recettes et dépenses se balancent annuellement par un chiffre d'environ 20,000 fr., dans les temps ordinaires ; car, dans les chômages déterminés par une cause quelconque, ou dans la grande cherté du pain, des secours extraordinaires deviennent nécessaires, et les sommes consacrées à ces secours sont quelquefois énormes, quoique le produit, pour la plus grande partie, émane de la générosité et de la bienfaisance des habitants, dont le caractère distinctif, comme l'a fait observer M. Collen-Castaigne, est la charité.

     C'est ainsi qu'en 1848, à la suite de la catastrophe qui est venue ébranler la société jusque dans ses fondements, une somme de 40,000 fr., tout-à-fait en sus des dépenses nécessitées par les services ordinaires, fut distribuée en secours de tout genre, mais spécialement en pain.

     On voit que, si la misère fut grande alors, les efforts faits par la population aisée pour la soulager ne furent pas moins grands, et on peut dire hautement qu'il n'exista pas une souffrance connue à laquelle on ne porta secours.

     Cette institution est puissamment aidée par un comité de dames de charité, qui travaillent à découvrir l'infortune partout où elle se cache, et sous quelque forme qu'elle se dissimule. Qu'elles continuent leur noble et bienfaisante mission ; et si la reconnaissance de ceux qu'elles secourent leur

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manque quelquefois, elles trouveront toujours dans leur coeur ce sentiment, cette satisfaction de la conscience, qui sera pour elles la plus douce, en même temps que la plus vraie récompense de leurs bonnes oeuvres.

     Mais ce serait encore peu, si, dans une ville où la sollicitude s'est tant occupée des besoins du corps, on n'avait encore pensé à instruire et à moraliser. Il faut éclairer l'esprit, et faire germer dans le coeur le sentiment du bien.

     Indépendamment d'une bibliothèque de 2,500 volumes, dont le choix ne laisse rien à désirer, traitant de toutes les matières qui peuvent intéresser la population, que chacun a le droit de venir consulter, bibliothèque qui émane encore de la générosité de M. J. Fauquet, qui la fonda en 1834, quatorze à quinze établissements, soit publics, soit privés, sont régulièrement ouverts aux enfants de tout âge. Quatre d'entre eux sont entretenus ou subventionnés par la ville, et grèvent son budget d'une dépense de plus de 3,000 fr. Douze à treize cents enfants, de six à seize ans, fréquentent ces maisons d'éducation, où l'instruction est généralement élémentaire ; plus de deux cents enfants ou adultes suivent les classes du soir, ouvertes gratuitement dans les écoles subventionnées par la ville et dans celle des Frères de la Doctrine chrétienne, établissement important fondé, en 1822, par la famille Hue.

     Une salle d'asile, créée par M. Fauquet-Lemaître il y a quelques années, est fréquentée par soixante-quinze enfants au-dessous de sept ans.

     Une autre salle d'asile, beaucoup plus grande, est aujourd'hui en construction. Elle doit être desservie par des dames d'Ernemont. Nous la devrons aux soins de M. l'abbé Hanin, curé de Bolbec, qui réalise ainsi le projet de son prédécesseur,

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M. Doudement. Les frais en sont faits par des personnes charitables, qui ont déposé leur offrande entre les mains de M. le curé ou qui vont le faire. - L'Etat accorde aussi une subvention assez importante.

     Ces moyens si variés d'instruction ne produisent pas tout le bien qu'on serait en droit d'en attendre, la plupart des enfants de la classe ouvrière étant retirés, au plus tard, à l'âge de douze ans. Et, comme le fait observer M. Blanqui, dans son rapport sur la situation des classes ouvrières en 1848, c'est là le triste apanage des villes de fabrique : les parents obéissent, presque tous, à la tentation funeste d'attacher les enfants, dès l'âge le plus tendre, à la glèbe de l'atelier, et de les priver ainsi des bienfaits de l'instruction élémentaire. Ils ne savent donc pas que des emplois bien rétribués échappent, plus tard, à ces enfants, devenus des hommes, parce qu'ils ne savent ni lire, ni écrire, ni calculer. Nous avons pourtant devant nos yeux, et Bolbec peut en offrir de nombreux exemples, des hommes qui, avec les seules connaissances puisées dans les écoles primaires, ont su se créer d'heureuses positions.

     Après avoir pourvu à tous les moyens de secours, d'instruction et de moralisation possibles, il restait une dernière lacune à combler : celle de l'amusement et des plaisirs de la population. M. J. Fauquet y a songé, en faisant don à la ville, en 1834, d'une salle de spectacle, desservie, en vertu d'un privilége, par une troupe d'acteurs, qui sont obligés de donner seize représentations par an, dont deux au profit des pauvres ; - car, vous le voyez, Messieurs, la part du pauvre, chez nous, est toujours faite. Ainsi, grace à notre édile, nous n'aurons point à redouter ces cris si souvent poussés par les Romains : Panem et circenses, du pain et des spectacles.

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     Je disais, il y a un moment, que la réduction de deux heures de travail avait eu sur la santé de nos ouvriers une influence bien favorable. Avant de terminer, j'émettrai le voeu de deux créations nouvelles, qui, si elles s'effectuaient, exerceraient une influence non moins favorable sur la santé de nos travailleurs, réunis en grands ateliers.

     Les soins de propreté du corps sont généralement trop négligés, surtout par les ouvriers de fabrique, qui en ont précisément le plus besoin. De là, de nombreuses maladies de la peau, ou au moins le sentiment incommode qui résulte de sa malpropreté. Pourquoi, suivant l'exemple de M. de Saint-Léger, de Rouen, ne pas utiliser cet excédant de vapeur qui se dégage, en pure perte, dans nos usines ? Quelques compartiments, cimentés, permettraient, chaque soir, après le travail de la journée, à un nombre déterminé d'ouvriers, de prendre des bains, de manière que, à la fin de la semaine, le tour de chacun aurait pu arriver. Je suis persuadé que le bien-être qu'en éprouveraient ceux qui commenceraient, ne tarderait pas à vaincre la répugnance de quelques-uns, et que bientôt l'emploi des bains deviendrait général, au grand profit de ceux qui y auraient recours, et sans le moindre détriment pour les chefs. Cette heureuse idée a déjà été comprise par un de nos principaux chefs d'établissement, qui serait, je n'en doute pas, tout disposé à la mettre en pratique. Cette innovation pourrait s'étendre à des lavoirs publics, et réaliser ainsi un besoin senti depuis long-temps.

     Beaucoup d'ouvriers, notamment des enfants et surtout des jeunes filles, ont une nourriture trop peu substantielle pour résister à un travail qui, le plus ordinairement, s'effectue l'ouvrier étant debout. Remarquez, en effet, les provisions que ces dernières apportent, et vous verrez que, le

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plus souvent, ce sont des confitures, du raisinet, des fruits, etc. Pour obvier à cet inconvénient, très-préjudiciable surtout à un âge où le corps a besoin, non-seulement pour la réparation, mais encore pour le développement, je verrais avec plaisir, dans l'enclave des grands établissements industriels, des réfectoires où serait distribué à chacun des ouvriers une nourriture confortable, en rapport avec le travail. Les ouvriers, bien entendu, régleraient eux-mêmes l'achat, la préparation et la distribution des denrées, et il y aurait à la fois économie et avantage pour tous. L'utilité de cette innovation m'a été plus d'une fois suggérée par ce qui se passe dans certains ménages, où, le dimanche et jours fériés, on se donne le superflu, si on ne se livre pas à des excès, et on manque du strict nécessaire le reste de la semaine. Cet état de choses existe en Amérique, dans beaucoup d'établissements industriels. La Suisse en présente aussi quelques exemples. Cette innovation vient, notamment, d'être importée dans le grand établissement de filature de la Foudre, près Rouen. Tant il est vrai que l'aisance dans le ménage n'est pas toujours en rapport avec le salaire de la quinzaine.

     Pénétrez dans l'intérieur des maisons, et vous verrez la justesse de cette proposition.

     Ici, des meubles rangés, cirés, des pavés bien lavés, des croisées et des lits garnis de rideaux en calicot blanc, frappent d'abord votre vue ; des provisions de chandelle, de savon, souvent en évidence, témoignent avec un certain orgueil de la prévoyance de la ménagère. Plus loin, le bois bien rangé qui garnit le bûcher, le cidre qui remplit les tonneaux de la cave, nous donnent une preuve de la sollicitude du mari pour sa petite famille, et attestent qu'il a su

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utiliser ses moyens de loisir, soit après sa journée, soit le matin des jours fériés. Les enfants, levés de bonne heure, peignés, lavés et nettoyés, convenablement vêtus, quoique simplement, sont rigoureusement envoyés aux écoles gratuites ou au travail, si l'âge le permet. Et si votre oeil indiscret peut percer dans l'armoire, vous y verrez quelques piles de linge bien lessivé, rangées en ordre ; les habillements des jours de fête, nettoyés et brossés, déposés sur un placet ; et, dans le coin d'un tiroir, à côté d'une montre, d'une bague, souvent l'anneau nuptial, vous trouverez quelquefois, l'un sur l'autre, deux ou trois livrets de la caisse d'épargne. Ce sont autant de caisses de retraite pour faire face aux malheurs imprévus. La paix, l'union, le bonheur, règnent dans cette famille.

     Qui a fait tout cela ? qui a rendu cette maison si proprette, ces visages si heureux ? C'est l'ordre, une sage économie, une bonne administration, une simultanéité d'actions entre le mari et la femme. Des enfants, dignes de leurs père et mère, suivront ces bons exemples, et, à leur tour, les transmettront à leurs descendants ; car si les mauvais exemples ont leur contagion, les bons se propagent aussi.

     Vous sortez enchanté du tableau que vous venez de voir. Mais quoi ! des cris, partis d'une maison voisine, ont frappé vos oreilles. Là vous apparaît une femme sale, déguenillée, aux cheveux épars, à la voix rauque et menaçante : vous seriez tenté de vous croire en face d'une de ces mégères qu'on dit habiter le sombre Empire. Sur une litière de paille effondrée, où se remarquent quelques lambeaux de couvertures dont la couleur primitive n'est plus saisissable, se débattent quelques enfants à la mine hâve et chétive. Cette litière est le seul meuble qui apparaisse pour prendre le repos.

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     Le père, la mère et les enfants, sans distinction d'âge ni de sexe, y viennent tenter un sommeil que la vermine, qu'on y voit pulluler, doit souvent venir troubler. Quelques mauvais ustensiles, un pot écorné, un vase encore tout barbouillé de graisse, sont çà et là épars sur le sol, ou déposés, au hasard, sur une table éclopée.

     Les provisions se ressentent tout naturellement de ce qui précède : c'est un coteret, à demi consommé, laissé au milieu de la maison, avec quelques broussailles ramassées dans le voisinage ; c'est une chandelle déposée dans le goulot d'une bouteille. Dans un papier se trouve un morceau de beurre, à côté d'un autre rempli de sel ; le tout acheté chez l'épicier voisin, à 20 ou 30 p. % au-dessus de sa valeur réelle, comme marchandise de débit. Est-ce tout ? Mais j'allais oublier la cave, dans la présence d'un cruchon portatif, meuble de prédilection de chaque matin.

     Ces deux maisons, si différentes, ont cependant à peu près les mêmes charges, le même salaire. Quelle est donc la cause de cette différence ? C'est, d'abord, la négligence, la malpropreté, la paresse de la femme ; puis, ensuite, l'ivrognerie de l'homme, qui va chercher, le dimanche, au cabaret une distraction à ses travaux de la semaine, parce que l'intérieur de sa maison est devenu pour lui un objet de dégoût.

     De cet exposé, je conclus que, à très-peu d'exceptions près, on peut juger de la valeur morale d'une famille par la seule inspection du local qu'elle habite, comme aussi le bien-être de cette famille dépendra, le plus souvent, de la bonne administration qui règnera dans l'intérieur de la maison, administration qui est surtout confiée à la femme.

     L'éducation de cette dernière devra donc être surtout,

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indépendamment de l'instruction religieuse, dirigée vers ce but. On néglige trop, dans les écoles de jeunes filles, l'enseignement des choses qui deviennent d'une application journalière dans les ménages. Coudre, laver, raccommoder, repasser le linge, faire une cuisine économique, voilà principalement, avec le calcul et l'écriture, ce qu'il faudrait enseigner. Car il m'importe peu à moi, ouvrier obligé de gagner ma vie et celle de ma famille à la sueur de mon front, que ma femme connaisse broderie et tapisserie, qu'elle sache où se trouve le Pérou et qui gouverne la Chine !

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ENQUÊTE AGRICOLE A GODERVILLE.

SÉANCE DU 20 JUILLET 1850.

     La séance est ouverte, sous la présidence de M. J. GIRARDIN, de l'Institut, inspecteur divisionnaire pour le département de la Seine-Inférieure.

     Prennent place au bureau : MM. de CAUMONT, directeur de l'Association ; DOREY, président de la Société d'Agriculture pratique de l'arrondissement du Havre ; LESUEUR, maire de Goderville ; MORIÈRE, secrétaire général de l'Association ; DELALONDE du THIL et Charles DARCEL, secrétaires généraux de la session ; PÉRON et de PIPEREY, secrétaires adjoints ; DEBOOS, trésorier adjoint.

     Sont présents à la séance : MM. COLLAN, ROBIN fils, ORANGE, LESUEUR fils, MANOURY, COUCHAUX, TAUVEL, SIMON, de POMEREU, de GIRANCOURT, BOURDAIN, DARGENT, HOUDEVILLE, d'ESTAINTOT, GUILMARD aîné, de VIGNERAL, de ROISSY, de BONÉ, de MOY, de BOUY, GUILMARD jeune, RENARD, DÉCULLOT, de CAEN, SERY, MABIRE, LE MEILLEUR, LAQUERIÈRE, MARTIN, GOUPIL, BAUDOIN, LECÈNE, HOUDELIÈRE, LAGUETTE, DUPUIS, RUREL.

     M. de Vigneral fait hommage à l'Association d'une brochure sur l'amélioration de la race bovine.

     M. Girardin dépose sur le bureau plusieurs notices sur les sujets à traiter dans la séance. Elles sont adressées par :

MM.Simon, de Criquetot (Note sur l'éducation du bétail) ;
Lecanu, instituteur à Vergetot (Note sur l'industrie de la soie) ;
Martin frères (Note sur la race bovine) ;
Gamelin fils (Note sur les prairies) ;

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MM.Letellier (Note sur l'assolement triennal et les moyens d'y remédier) ;
Vallet, de Fécamp (Note sur l'engrais Bickès) ;
Lengthuit (sur les diverses questions du programme).

     Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.

     M. Girardin donne lecture des deux lettres suivantes, adressées par M. le Ministre de l'Agriculture et du Commerce :

     « Paris, le 18 juillet 1850.

     MONSIEUR,

     Monsieur le Ministre de l'Agriculture et du Commerce me charge de vous exprimer ses remercîments pour l'invitation que vous avez bien voulu lui adresser, et à laquelle il se fait un plaisir de se rendre. C'est avec une véritable satisfaction que M. le Ministre viendra passer quelques heures au milieu des membres de l'Association normande, au milieu de l'élite des agriculteurs des cinq départements où l'agriculture française a su réaliser les progrès les plus certains et les plus rapides.

     Monsieur Dumas, en acceptant les dispositions que vous avez bien voulu arrêter, me charge aussi de vous informer qu'il a fixé à 8 heures du matin le moment de son départ de Paris, et qu'il sera probablement accompagné par son Chef de cabinet et par ceux de Messieurs les Professeurs de l'Institut agronomique de Versailles que leurs affaires laisseront libres ce jour-là.

     Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.

     Le Chef du cabinet,

     Ancien Maître des Requêtes au Conseil d'Etat,

     C. MICHAUD. »

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     « Paris, le 19 juillet 1850.

     MONSIEUR,

     Monsieur le Ministre de l'Agriculture et du Commerce, retenu dimanche prochain, à Paris, par d'importantes affaires, que la prorogation prochaine de l'Assemblée a rendues inopinément urgentes, se voit, à son très-vif regret, obligé de renoncer à assister à la solennité de Goderville. Il me charge de vous remercier de nouveau de l'invitation que vous lui avez adressée, et de vous prier de vouloir bien exprimer à Messieurs les membres de l'Association normande tous ses regrets d'être forcé de retirer une acceptation qu'il avait donnée avec empressement, et son très-vif désir de rencontrer un jour des circonstances assez favorables pour pouvoir assister à l'une de leurs réunions.

     Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.

     Le Chef du cabinet,

     Ancien Maître des Requêtes au Conseil d'Etat,

     C. MICHAUD. »

     M. Girardin annonce que M. le sous-préfet de l'arrondissement du Havre a bien voulu promettre de venir, en l'absence de M. le ministre et de M. le préfet de la Seine-Inférieure en congé, présider la séance solennelle de clôture.

     M. de Caumont expose, en peu de mots, le but que se propose l'Association ; et, après avoir rappelé succinctement les divers travaux déjà accomplis par elle, notamment dans les séances des 17, 18 et 19 juillet 1850, il propose de procéder à l'enquête agricole, et prie les personnes présentes de bien vouloir prendre part à la discussion.

     M. Dorey donne communication d'un rapport qu'il

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a été chargé de présenter, par la Société qu'il préside, sur l'état de l'agriculture dans l'arrondissement du Havre.

     Après la lecture de cette intéressante communication, qui reçoit l'approbation unanime de l'Assemblée, on passe à l'examen des diverses questions du programme.

     La discussion est ouverte sur la 1re question.

Sol.

     1re Question. - Quelle est la nature du sol dans l'arrondissement du Havre ?

     M. Dorey expose que l'arrondissement se compose de trois natures de sol distinctes : terres d'alluvion sur les bords de la Seine ; terres légères sur le bord de la mer, vers la crête des falaises ; terres fortes ou argileuses, dans le centre du pays.

     Il existe quelques prairies dans le fond des vallées ; mais elles sont généralement mal soignées.

     Les meilleures terres sont situées vers le canton de St-Romain. Elles sont d'une telle supériorité pour la production, que, lors de l'établissement du cadastre, on fut obligé de former une classe spéciale pour cette localité.

     M. Girardin explique qu'on entend généralement par terres fortes les sols argilo-calcaires.

     M. de Moy signale un fait qui l'a particulièrement frappé en parcourant l'arrondissement du Havre : dans le centre du pays, dans la partie vers Yvetot, c'est le hêtre qui prédomine ; tandis qu'en se rapprochant du Havre, l'orme se trouve en plus grande abondance.

     M. de Caumont fait remarquer que ce fait vient corroborer ce qui a été dit de la différence que présente le sol dans les différentes parties de l'arrondissement. En effet, le hêtre

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prospère particulièrement dans les terrains siliceux, tandis que l'orme se complaît surtout dans les terrains argilo-calcaires.

     Quelle est, en moyenne, l'épaisseur de la couche arable dans chaque région agricole ?

     M. Dorey dit que, dans les plateaux, la couche arable est, en moyenne, de 20 centimètres ; mais cette couche varie à l'infini, à cause de la situation accidentée que présente le pays. Dans les vallées, elle est plus considérable.

     Quelle est la nature du sous-sol dans les différentes régions ?

     Le sous-sol, dans presque tout l'arrondissement, est glaiseux, et se compose d'argiles ferrugineuses.

Plantes cultivées.

     Quelles sont les plantes cultivées de préférence dans chaque nature de sol arable ?

     Toutes les céréales sont cultivées. Les cultures industrielles se composent principalement de colza et de lin.

     Quelles sont les nouvelles plantes introduites depuis peu, et quelles sont celles dont on devrait favoriser l'introduction ?

     Il n'y a pas eu de cultures nouvelles introduites depuis peu dans la contrée. Celles dont on pourrait peut-être favoriser l'introduction seraient les plantes oléagineuses de printemps, telles que la cameline, l'oeillette ; mais presque jamais le colza ne manque.

     M. de Vigneral expose que, dans le Nord et dans la Somme, la culture de l'oeillette est on ne peut plus prospère. Il pense, par analogie, qu'en présence de la même nature de sol, il serait bon de l'introduire dans le département de la Seine-Inférieure, sa récolte se faisant, d'ailleurs, à une époque où

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l'on n'aurait pas à craindre de voir les coups de vent, fréquents sur les bords de la mer, égrener les tiges.

     L'avantage que présente l'oeillette sur le colza est de perdre beaucoup moins de graine, par suite de la différence que présente le mode de battage de ces deux plantes.

     Quelle est, dans chaque région agricole, la proportion entre les terres labourées, les herbages et les prairies naturelles ?

     La proportion des herbages et des prairies, par rapport à l'étendue des terres labourées, est d'environ un dixième.

Assolements et cultures.

     Quels sont les assolements en usage dans les diverses parties de l'arrondissement ?

     L'assolement triennal, sauf quelques rares exceptions, est exclusivement adopté.

     Ce système a toujours existé, et aucune modification n'a été introduite depuis très-long-temps. Cette persistance tient surtout à la courte durée des baux, qui est, pour ainsi dire, nécessitée par la législation, qui ne permet pas de louer un bien de femme, de mineur ou de main-morte, pour un espace de temps de plus de neuf ans.

     M. Mabire, de St-Germain-des-Etables, arrondissement de Dieppe, appelé à donner quelques explications sur le système alterne adopté dans son exploitation, pense qu'il ne peut pas s'établir de comparaison entre l'assolement quadriennal et l'assolement de trois ans, sous le rapport du rendement. Mais le premier nécessite une grande mise de fonds, et presque toujours le sacrifice du produit des quatre premières années.

     Il est donné lecture de la notice rédigée, sur cette question, par M. Letellier.

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     L'auteur pense que, dans l'impossibilité d'adopter le système quadriennal, le fermier peut remédier, en partie, aux vices du système triennal par l'emploi des engrais végétaux immédiatement après la récolte du blé. En effet, leur prompte végétation arrête l'accroissement et la reproduction des mauvaises herbes, et leur enfouissement avant ou après l'hiver, suivant la nature de l'engrais, répand dans la terre un nouvel élément de fertilité. Le sol se trouve ainsi ameubli, nettoyé, amendé, et dans des conditions d'humidité convenables pour assurer la récolte des céréales et des légumineuses qui y sont intercalées.

     M. Houdelière, de Bazoche, arrondissement de Mortagne, pense qu'il serait préférable d'adopter un système sextennal qui permettrait une transition plus facile du système triennal. Voici comment il diviserait son assolement : un sixième de jachère pour froment, avec trèfle, avoine, légumineuses pour les moutons, et froment.

     M. de Vigneral est d'avis qu'on ne doit passer que lentement du système triennal à un autre assolement : c'est là une des principales conditions de réussite, et le moyen d'éviter la grande abondance des capitaux nécessaires.

     M. Mabire pense que ce qui serait préférable à tout assolement fixe serait un assolement indéterminé, approprié au terrain à cultiver, et qu'on ne pourrait bien préciser qu'après une longue étude. Mais ce système ne pourrait être entrepris que par les propriétaires ; il y aurait danger à le conseiller aux fermiers.

     M. Delalonde du Thil croit que, dans l'arrondissement du Havre, c'est surtout l'assolement quadriennal qu'on doit préconiser, parce que les propriétaires arriveront plus facilement à consentir des baux de douze ans que des baux

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de dix-huit ans, par exemple, que nécessiterait l'assolement de six ans.

     Dans quelles circonstances et dans quelles proportions la jachère est-elle employée ?

     La jachère n'est employée, quand elle l'est, que dans la proportion d'un cinquantième environ ; elle est surtout destinée à recevoir les premiers parcages des moutons.

     Combien de labours donne-t-on à la terre pour chaque nature de récoltes ? Quelle est la profondeur des labours ?

     C'est deux ou trois labours qu'on donne généralement à la terre, suivant la nature des récoltes.

     Le blé de trèfle se fait sur un ou deux labours ; celui de colza sur trois ; les avoines sur quatre.

     La profondeur des labours varie. Les légers sont environ de six à sept centimètres ; ceux à grain, de quinze à dix-huit.

     Quand on donne plusieurs labours, les premiers sont toujours moins profonds que les derniers.

     M. de Vigneral combat cet usage. Il pense que les premiers labours doivent être, au contraire, plus profonds que les derniers, parce que les semences, trouvant un sous-sol plus raffermi, s'enfoncent moins sous l'influence des pluies d'hiver, et, les racines étant forcées de taler, la récolte se trouve moins exposée à verser.

     M. Debausse, arrondissement de Bernay, emploie ce système, et s'en trouve satisfait. Il enfouit son fumier au premier labour. Il suit, il est vrai, le système quadriennal : c'est peut-être à cela qu'il faut attribuer le non-versement de ses blés.

     M. Delalonde du Thil croit que, dans le pays de Caux, cet usage serait désastreux ; le grain, trop peu enfoui, se trouverait déchaussé par les vents d'hiver.

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     Les labours s'exécutent-ils en planches, billons ou à plat ?

     C'est surtout en planches que s'exécutent les labours.

     Quelles sont les charrues usitées dans le pays ? De combien de chevaux sont-elles attelées, et combien de travail font-elles dans une journée de dix heures ?

     Les charrues cauchoises sont celles usitées dans le pays ; on les attelle de trois chevaux, et elles retournent, en un jour, en petits labours, un hectare de terre ; en labours profonds, un demi-hectare.

     On a essayé, depuis quelque temps, plusieurs charrues nouvelles ; mais on persiste à préférer la charrue cauchoise.

     A l'occasion des charrues, M. Auguste Beaudoin, des Vieux, arrondissement de Rouen, signale les bons effets qu'il obtient d'une nouvelle charrue, dite fouilleuse, qu'il a récemment introduite dans son exploitation. Elle sert à remuer la terre, sans la retourner, à dix centimètres de profondeur, dans le sillon creusé par la charrue. Cela procure un avantage considérable pour la culture des racines. Son prix est, à Paris, chez MM. Larent et Rozé, rue de Lancry, de 100 à 130 fr.

     Quels sont les autres instruments employés dans le pays ?

     On emploie le rouleau en bois, l'extirpateur, la houe et le buttoir à cheval. Il est à regretter que l'usage du rouleau en fer, dit Croskill, ne se soit pas introduit dans la contrée.

     Est-on obligé, dans certaines localités, d'égoutter les terres labourées par des travaux spéciaux ?

     Ce n'est que dans de très-rares circonstances qu'on est obligé d'égoutter les terres labourées par des travaux spéciaux.

Engrais et amendements.

     Emploie-t-on le marnage ? - Comment l'opère-t-on ? - Y a-t-il

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plusieurs espèces de marne ? Quelles quantités par hectare emploie-t-on de chaque espèce de marne ? - Après combien de temps est-on obligé de recommencer l'opération ?

     Partout le marnage est employé. On répand la marne sur toutes les récoltes indifféremment. La quantité varie de trois à cinq cents hectolitres par hectare. L'opération ne se renouvelle que tous les trente à quarante ans. Cet espace de temps devra probablement se raccourcir par suite de la culture d'une plus grande quantité de légumineuses. Cependant, le sol étant déjà fortement calcaire, il ne faudra employer la marne, qui partout est calcaire, qu'avec beaucoup de précautions. Jamais, du reste, on n'emploie la marne sans fumer en même temps, et il est de dicton populaire, qu'en même temps qu'on donne à la terre un habit blanc, il faut aussi lui donner un habit noir.

     Emploie-t-on la chaux ? Comment fait-on le chaulage ?

     Le chaulage est généralement en usage ; mais on n'en use qu'avec modération et dans de petites proportions. C'est surtout pour faire des compôts que la chaux est employée.

     M. Darcel dit que, la chaux donnant une grande facilité aux matières nutritives de s'assimiler aux plantes, il est aisé de comprendre que, dans un terrain déjà fortement calcaire, comme celui de l'arrondissement du Havre, on n'use du chaulage qu'avec la plus grande modération, dans la crainte de trop épuiser le sol.

     Comment procède-t-on au plâtrage ? A quel prix revient-il ? Emploie-t-on le plâtre cru ou le plâtre cuit ?

     On plâtre les légumineuses, au printemps, avec du plâtre cuit réduit en poudre, qu'on répand à la volée, à la dose de trois ou quatre hectolitres par hectare.

     Ce qui s'oppose surtout à l'usage du plâtre cru, c'est sa

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plus grande pesanteur, qui, eu égard à la grande distance où on est obligé d'aller chercher cette matière, donnerait, dans les frais de transport, une augmentation que ne compenserait pas la différence, d'ailleurs minime, qui existe entre le prix du plâtre cru et celui du plâtre cuit.

     M. Girardin exprimant le regret de voir qu'on ne profite pas de la précocité, d'au moins quinze jours, que donne le plâtrage fait en automne, M. Beaudoin lui répond que le trèfle qu'on obtient par ce système étant trop fort, lorsque vient l'époque favorable de sortir les moutons, le danger de voir ces animaux se météoriser y a fait renoncer.

     Emploie-t-on les cendres de bois, de tourbe, de houille, les cendres pyriteuses ?

     Aucune autre espèce d'amendement n'est en usage.

     Comment traite-t-on les fumiers ? Recueille-t-on à part le purin pour le répandre sur les terres ? Quelle est la quantité de fumier employée par hectare ? Sur quelle récolte applique-t-on le fumier ? - Comment se pratique le parcage des vaches et des moutons ? A quelle époque a lieu ce parcage ? - Que fait-on des engrais de ville ? Quelle est leur valeur en argent, et leur équivalent en fumier de ferme ?

     (Les réponses à ces diverses questions ayant été complètement élucidées dans une conférence récente sur cette matière, tenue à Goderville par M. Girardin, l'Association ne croit pas utile de s'y arrêter.)

     Fait-on usage des engrais commerciaux : poudrette, tourteaux, noir animal et des raffineries, sang desséché, os broyés, cornes, chiffons de laine, guano, etc. ?

     La fraude, qui s'introduit trop souvent dans les engrais du commerce, a fait renoncer à leur emploi. Le guano seul

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a résisté, parce que la proximité du port du Havre permet de l'obtenir à des prix modérés.

     On emploie pour 125 fr. environ de cette matière par hectare.

     M. Girardin déplore que l'usage du tourteau ne se soit pas introduit dans la contrée ; il serait surtout excellent pour obtenir des récoltes de graines oléagineuses. Il suffirait de douze cents kilogrammes de cette matière par hectare.

     A-t-on l'usage d'enfouir des récoltes vertes ?

     L'arrondissement du Havre est, sans contredit, celui du département où l'on fait le plus usage d'engrais verts, à cause de sa précocité et de la légèreté de sa terre.

     C'est la rabette qu'on emploie presque exclusivement.

     M. Letellier dit que le sarrasin lui a toujours donné des résultats bien supérieurs dans son exploitation d'Ardouval.

     C'est surtout pour l'enfouir qu'on sème la récolte verte, afin d'atténuer la légèreté du sol en lui donnant plus d'humidité.

     M. de Caumont pense qu'on obtiendrait un bien meilleur résultat en faisant consommer par les animaux la récolte verte.

CULTURES SPÉCIALES. - Céréales.

     Quelles sont, pour chaque espèce de céréales, les variétés préférées ?

     Le blé d'Ecosse et le blé rouge sont ceux qui réussissent le mieux. Le blé blanc n'a jamais donné de bons résultats.

     Quantité de semence par hectare pour le blé, le seigle, l'orge, l'avoine. - Choix des semences. - Epoque des semailles. - Mode d'ensemencer. Emploie-t-on les semoirs ?

     On emploie généralement à l'hectare 2 hectol. 1/2 de blé, qu'on sème à la volée. Cependant, dans une ferme de Manevillette,

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on se trouve parfaitement bien de l'usage d'un semoir inventé par M. Lebigre, de Montivilliers, qui s'adapte à la charrue, et dont le prix n'est que de 100 fr.

     M. Mabire s'étonne que l'usage du semoir Hugues ne soit pas plus répandu. Certainement son application demande un peu plus de soin et d'intelligence ; mais aussi le grain, semé de cette manière, devient plus vigoureux et donne plus de produit.

     Cette dernière opinion est corroborée par le témoignage de M. Girardin, qui dit n'avoir jamais vu de plus belles récoltes que celles de M. Mabire, chez lequel on fait usage de cet instrument.

     Chaule-t-on le blé ? Quelles substances préfère-t-on pour le chaulage ?

     On chaule toujours le blé avant de le semer. Les substances employées sont généralement le sel marin et la chaux, à la dose de trois à quatre litres par hectolitre de grain.

     M. Girardin dit que l'arsenic et le sulfate de cuivre, mélangés avec la chaux, sont, sans contredit, les procédés les plus efficaces ; mais, l'emploi de ces substances vénéneuses étant et devant être interdit, c'est le sulfate de soude avec la chaux (procédé Dombasle) qu'il faut préférer, le sulfate de soude étant de beaucoup supérieur au sel marin.

     Récolte des céréales. Indiquer les procédés et les instruments employés. - Quelles sont les précautions prises contre le mauvais temps ? - Comment traite-t-on avec les moissonneurs ? - Rendement par hectare. - Granges. Battage des céréales. - Quelles sont les machines adoptées.

     Les instruments employés pour la récolte des grains sont la faucille et surtout la faux. -

     Pour préserver le grain du germage, on le met, aussitôt

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qu'il est coupé, en petites veillotes ou moyettes. Les frais de cette opération reviennent à environ 3 fr. par hectare. Cet usage est actuellement usité dans tout le département de la Seine-Inférieure. -

     On traite avec les moissonneurs à prix d'argent ; on passe un marché à forfait pour toute la moisson.

     L'entrepreneur donne généralement aux hommes 60 fr., et aux femmes 40 fr. ; plus 40 à 50 kilog. de blé pour chacun.

     La moisson dure de quatre à cinq semaines.

     On peut évaluer, pour le cultivateur, les frais à 10 fr. par hectare de terre ensemencée, plus le pain et la boisson ; ce qui peut porter le total à 25 fr. l'hectare. -

     Le rendement moyen, par hectare, est d'environ, pour le blé, 20 hectol. ; soit à peu près huit pour un de la semence. -

     Dans les grandes exploitations, on emploie les machines pour le battage ; dans les petites, on se sert du fléau.

Racines.

     Quelles sont les racines cultivées spécialement pour la nourriture des bestiaux ? - Comment fait-on l'arrachage ? - Comment conserve-t-on les racines ?

     Les racines alimentaires cultivées sont la betterave et la carotte. On les arrache à la main, et on les conserve généralement sur le champ en petits tas, recouverts de terre.

     On les sème en ligne, et on les bine avec la houe à cheval. Cette culture est en usage depuis plus de vingt ans.

Plantes fourragères.

     Quelles sont les plantes fourragères annuelles (pois, vesces, etc.) qui sont cultivées ? - Comment fait-on les récoltes ?

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     Les plantes fourragères se composent de pois, de vesce, de trèfle incarnat et de dragées.

Prairies.

     Quelles sont les prairies artificielles ? Comment fait-on les récoltes ?

     Le trèfle est, pour ainsi dire, la seule légumineuse qu'on cultive comme prairie artificielle.

     Quelle est la nature des prairies naturelles, arrosées ou sèches ? Comment s'en fait la récolte ?

     Les prairies naturelles sont, généralement, de mauvaise qualité et mal entretenues. On n'emploie aucun mode particulier pour en faire la récolte.

     Quelles sont les terres que l'on met de préférence en herbages, et quels soins donne-t-on à ceux-ci ?

     En général, ce sont les terres les plus rapprochées des habitations et des bâtiments d'exploitation qu'on consacre aux herbages.

Plantes textiles et oléagineuses.

     Cultive-t-on les plantes textiles (chanvre, lin) et les plantes oléagineuses (colza, rabette) ? - A-t-on l'habitude de cultiver la rabette pour l'enterrer ?

     Le lin étant la seule plante textile cultivée dans l'arrondissement, l'Association décide que cette question sera reprise lors de l'examen de l'art. 50, qui traite des industries agricoles spéciales à l'arrondissement.

     Quant aux plantes oléagineuses, le colza est, pour ainsi dire, la seule cultivée pour la fabrication de l'huile, la rabette n'étant employée que comme récolte verte.

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Arbres à cidre.

     Quelles sont les variétés de pommiers et de poiriers cultivées de préférence ?

     On cultive, généralement, trois espèces de pommes : les tendres, les demi-tendres et les tardives ; mais c'est surtout l'espèce demi-tendre qu'on préfère. Une excellente variété était, autrefois, la peau-de-vache ; mais, le puceron laniger l'ayant pour ainsi dire détruite, on a été forcé d'abandonner sa culture.

     M. Guilmard indique, comme remède au puceron laniger, le passage sur le tronc de l'arbre, au printemps, d'un pinceau enduit d'huile de poisson.

     Il signale aussi, comme moyen efficace de préservation, l'introduction sous l'écorce de l'arbre d'une solution de sulfate de potasse.

     M. Corbière cite encore l'eau-de-vie camphrée comme produisant d'excellents résultats.

     M. Girardin pense que ces moyens sont inapplicables en grande culture. Il croit que le flambage, employé avec précaution, est le moyen le plus prompt.

     M. Mabire propose un moyen tout aussi économique et moins dangereux, mais seulement applicable aux jeunes arbres : c'est le badigeonnage du tronc avec un lait de chaux.

     Où doit-on les placer ? dans les herbages ? dans les terres labourées ? sur le bord des routes ? - A quelle distance doit-on les mettre les uns des autres ? - Comment les préserve-t-on de l'atteinte des bestiaux ? - Comment plante-t-on, et quels soins donne-t-on dans le jeune âge des arbres ?

     M. Guilmard pense que le meilleur mode de garantir les

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arbres de l'atteinte des animaux consiste à les entourer de trois lattes en chêne, armées chacune de trois pointes, faisant saillie en dehors d'environ 15 millimètres. Cette armure a l'avantage de ne coûter que 40 centimes, et de préserver surtout l'arbre de la morsure des animaux.

     Plusieurs membres des départements voisins combattent ce système comme inefficace. Ils lui préfèrent, bien que le prix soit de beaucoup supérieur (environ 5 fr. par arbre), une armure composée de trois pieux en chêne, reliés entre eux par des chevilles.

     C'est dans les herbages qu'on place principalement les pommiers ; on a renoncé à les planter dans les terres labourées.

     La distance entre chaque arbre ne doit pas être moindre de dix à quinze mètres, suivant la nature du sol.

     M. de Moy craint que la chute des feuilles ne fasse tort à la production et à la qualité des herbes. Il voudrait qu'on prît l'habitude de les ramasser lorsqu'elles viennent à tomber, pour en faire des terreaux, qu'on rapporterait plus tard sur les herbages.

Bois et forêts.

     Quelles sont les essences prédominantes, et dans quels rapports sont-elles entre elles ? A quel âge coupe-t-on ? Combien produit la coupe ? - Quelles sont les plantations en usage ? - Comment opère-t-on les défrichements ? Sont-ils toujours avantageux ?

     L'Association renonce à s'occuper de ces questions, qui ne pourraient présenter qu'un médiocre intérêt dans un arrondissement presqu'entièrement dépourvu de bois et de forêts.

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Bestiaux.

     VACHES LAITIÈRES. - Est-il plus avantageux de les tirer du dehors ou de les élever ?

     Le commerce du lait et du beurre étant pour ainsi dire nul dans l'arrondissement, c'est surtout à l'élève et à l'engraissement des bestiaux que se livrent les cultivateurs : aussi ne vont-ils chercher au dehors que les types reproducteurs.

     A quel signe reconnaît-on une bonne vache laitière ? Fait-on usage du procédé Guesnon ?

     On aurait bien désiré faire usage du système Guesnon ; mais l'impossibilité presque absolue de bien l'étudier, en l'absence de professeurs capables, empêche qu'il soit appliqué, bien qu'on soit disposé à lui accorder la plus entière confiance, par suite de la complète réussite des expériences faites par M. Guesnon lui-même dans les arrondissements de Rouen et de Neufchâtel.

     M. Corbière se plaint de ce que quelques personnes veuillent appliquer ce système sans l'avoir assez bien étudié. La plupart du temps leurs expériences ne réussissent pas, parce qu'elles omettent d'avoir égard aux conditions d'âge et de santé des animaux. C'est ainsi, dit-il, que, par un excès de zèle, on arrive souvent à déprécier même les meilleures choses.

     M. Mabire dit que, s'il était besoin d'un fait pour constater la réalité du système Guesnon, on le trouverait dans les vallées du pays de Bray, où toutes les vaches, sans exception, conservées à cause de leurs qualités laitières, sont marquées des signes découverts par Guesnon.

     M. de Pomereu rappelle qu'en 1846 le Congrès central

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d'agriculture approuva, à l'unanimité, le système Guesnon, et sollicita, pour les services rendus par lui, une récompense nationale. Il demande à l'Association d'émettre un voeu analogue.

     Cette proposition, qui est appuyée par plusieurs membres, est mise aux voix et adoptée.

     Comment les nourrit-on ? Combien de temps restent-elles au pâturage ? Que leur donne-t-on quand elles sont à l'étable ?

     Pendant les cinq mois environ que les vaches restent à l'étable, on les nourrit au sec et aux racines. Elles passent le reste du temps au pâturage au piquet.

     La contrariété que leur fait éprouver cet assujétissement diminue la secrétion du lait pendant environ quinze jours ; mais, passé ce laps de temps, son rendement reprend l'état normal. Aussi se garde-t-on bien de renoncer à un système qui permet de passer sur la même étendue un tiers de plus d'animaux.

     M. de Vigneral dit que l'adoption du piquet a diminué le rendement du lait de ses vaches pendant toute la première année, mais que cette différence a été largement compensée par la plus grande quantité de bétail que ce système lui a permis de passer. La seconde année, l'abondance du lait est revenue, et il ne s'est aperçu d'aucune dépréciation dans sa qualité. Il reconnaît donc un grand avantage à ce mode sur le pâturage libre.

     M. Corbière annonce que, s'étant trouvé dernièrement clans une réunion d'éleveurs distingués, qui avaient mis en pratique l'usage du piquet, tous ont constaté une diminution dans le rendement et la qualité du lait. Aussi pense-t-il que ce système a besoin d'être encore bien étudié avant d'être préconisé.

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     Quelles sont les différentes races en usage ou dont on fait l'essai dans le pays ? Quels avantages chaque race présente-t-elle sous les différents rapports du rendement en lait, du temps pendant lequel les vaches conservent leur lait, et de l'engraissement lorsqu'on ne veut plus les conserver comme vaches laitières ? - Quelle espèce de taureau choisit-on pour la reproduction ? A quel âge commence-t-on la monte ? A quel âge les génisses sont-elles servies ?

     L'espèce bovine actuellement préférée est la race Durham. On ne s'est aperçu d'aucune diminution dans la production du lait des croisements qu'on en a obtenus, et l'on a trouvé un grand avantage dans leur facilité à s'engraisser. La seule crainte qu'on puisse peut-être manifester, est que cette aptitude même ne nuise un peu à la gestation.

     M. Goupille cherche à établir la supériorité, sous tous les rapports, de l'espèce cotentine. Il est vivement combattu par M. de Vigneral, grand partisan de l'espèce Durham. - La transmission constante et héréditaire, dit-il, des qualités de cette race privilégiée doit suffire pour établir sa supériorité incontestable sur toutes les autres espèces ; car ce qui distingue un vrai type régénérateur, c'est que les qualités qu'il doit transmettre à ses produits soient depuis longtemps fixées dans sa famille. Or quel est le taureau indigène qui, comme le Durham, peut fournir les preuves d'une bonne génération ? Aucun autre taureau ne possède comme lui :

     1° La précocité, due au développement des organes les plus importants, qui permet à l'animal de s'assimiler complètement la nourriture ;

     2° La qualité, due à la diminution de toutes les parties osseuses et au développement des reins, des hanches, de toutes les parties de l'animal qui fournissent la meilleure viande ;

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     3° L'économie de l'entretien, due à la perfection de sa constitution organique, qui fait que, pour se maintenir grasse, cette race n'exige qu'une ration inférieure à celle que réclament les autres pour se maintenir maigres ;

     4° La quantité et surtout la qualité butyreuse du lait, qui a été constatée par Guesnon lui-même.

     Ce n'est, dit en terminant M. de Vigneral, qu'avec le taureau Durham, qu'à l'aide de ses précieuses qualités, qu'on peut espérer apporter à la dégénérescence de notre espèce bovine un prompt et efficace remède.

     Les boeufs présentent-ils, pour l'engraissement, plus d'avantages que les vaches de réforme ? - L'engraissement à l'étable est-il préférable à l'engraissement au pâturage ?

     On achète peu de boeufs pour les livrer à l'engraissement ; on leur préfère les vaches de réforme.

     On engraisse à l'herbage ; ce n'est que pendant l'hiver qu'on use du procédé de l'engraissement à l'étable, qui coûte beaucoup plus cher.

     MOUTONS. - Quelles sont les différentes races de moutons et leurs mérites respectifs ?

     Les moutons sont, généralement, cauchois-mérinos. Il ne se trouve que fort peu de race pure.

     De quelle contrée les tire-t-on ? Y a-t-il avantage à élever ?

     Comme on trouve avantage à les élever, on aime mieux les obtenir dans le pays que de les tirer des autres contrées.

     Comment les nourrit-on au pâturage ? comment à la bergerie pendant l'hiver ?

     On nourrit, dans l'été, les moutons libres au pâturage ; dans l'hiver, ils sont enfermés à la bergerie, où on leur donne deux renfourrées de fourrages secs, deux renfourrées de moutures et quelques rations de racines

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     Quels seraient les moyens à employer pour remédier à la dépréciation et au peu d'écoulement des laines cauchoises ?

     Le moyen le plus efficace, suivant M. Delalonde, serait d'établir de grands marchés à laine, où les acheteurs se trouveraient en concurrence ; mais il faudrait, en même temps, chercher à améliorer la laine par des croisements avec des béliers fins.

     CHEVAUX. - Quelles sont les espèces de chevaux en usage dans le pays ? - Dans quelles circonstances est-il avantageux d'en élever ?

     Les chevaux généralement employés dans le pays sont les boulonais et les percherons.

     On se livre peu à l'élève du cheval. Cependant, M. Delalonde pense qu'on pourrait trouver des avantages dans cette industrie, si la contrée était pourvue d'une station d'étalons demi-sang, à défaut de percherons.

     Sur sa proposition, l'Association émet le voeu du rétablissement d'une station d'étalons des haras dans l'arrondissement du Havre.

     PORCS. - Quel est, pour le fermier, le meilleur parti à tirer du porc ? Quels sont les usages de la localité ?

     Bien qu'il y ait des porcs de toutes les espèces dans l'arrondissement, celle qui présente le plus d'avantages est la race anglaise de Ampshire.

     VOLAILLES. - Quelles sont les volailles qui offrent le plus d'avantages pour la vente au dehors ?

     L'élève de la volaille est peu prospère. Les espèces qu'il serait le plus convenable d'introduire dans la contrée seraient celles de Crèvecoeur et de Pavilly.

Fermes.

     Quelle est l'importance des fermes ?

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     On peut diviser la culture en trois catégories : la grande culture, qui comprend les fermes de plus de 57 hectares ; la moyenne culture, qui comprend celles de 20 à 57 hect. ; et la petite culture, qui comprend celles au-dessous de 20 hectares.

     Les bâtiments de la ferme sont-ils réunis ou isolés ?

     Les bâtiments de chaque ferme sont, généralement, disséminés autour de la masure.

     Quelle est la nature des clôtures ?

     Les clôtures se composent de fossés relevés, plantés de haut bois, généralement de hêtres, pour abriter des vents d'hiver les pommiers qui se trouvent dans les masures.

     Quel est le genre de construction des différents bâtiments de la ferme ?

     Les bâtiments sont maintenant construits en caillou et brique ; autrefois, on les construisait en bois et caillou.

     Que fait-on dans les écuries, les étables et les bergeries, pour le service des animaux, l'écoulement des urines et la ventilation ?

     Les bâtiments sont généralement mal disposés. Cependant une amélioration notable se produit dans les constructions neuves, bien qu'on ne prenne pas encore toutes les précautions convenables pour assurer leur aération et recueillir les urines.

     Quelle est la durée des baux ? Quelles sont les prescriptions ordinaires imposées aux fermiers ?

     Les baux sont généralement de neuf ans, sans conditions particulières.

     Quel est le capital par hectare nécessaire pour l'exploitation d'une ferme en labour et d'une ferme en herbages ?

     L'impossibilité de fixer un chiffre absolu fait penser qu'il

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est inutile de s'arrêter à une question qu'on ne pourrait résoudre que d'une manière incertaine.

     Quel est le salaire ordinaire des différents domestiques de ferme ?

     Un berger est payé, annuellement, 400 fr. ; plus la nourriture d'un ou deux chiens ;

     Un charretier, 300 fr. ;

     Une fille de basse-cour, 200 fr.

     Quel est le prix de la journée des ouvriers employés à la culture ?

     Les ouvriers sont payés, par jour, à raison de 1 fr. 50 c., plus la boisson, et 1 fr. seulement, s'ils sont nourris.

     Le salaire des ouvrières est moitié moindre.

     Quels sont les instruments de transport employés par l'agriculture ?

     On emploie, pour le transport de la récolte, les charrettes, et surtout les chariots. Depuis peu de temps, on a introduit l'usage des chariots à plateforme, ce qui donne une grande facilité pour le chargement et le déchargement.

     Dans quel état sont les chemins vicinaux de l'arrondissement ?

     Les chemins sont dans un assez bon état, qui, du reste, va tous les jours s'améliorant de plus en plus.

     Comment se font les prêts dans les campagnes ? Quel peut-être l'effet des lois sur l'usure ?

     On ne prête pas dans les campagnes.

     La séance, suspendue un instant, est reprise à huit heures du soir, sous la présidence de M. de Vigneral.

     On procède à la continuation de l'enquête. La discussion s'ouvre sur la cinquantième question :

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Industries agricoles.

     Quelles sont les industries agricoles spéciales à l'arrondissement ?

     M. Delalonde annonce que, depuis quelques années, l'arrondissement a eu le bonheur de voir M. Dupasseur créer, dans son château de Gerville, une filature de lin. Depuis cette époque, l'agriculture est entrée dans une ère nouvelle. La production du lin, qui était abandonnée, a pris un essor immense, et promet de devenir une des cultures industrielles les plus lucratives.

     Cette création de M. Dupasseur, dit-il, a servi à réhabiliter le lin de Caux, qui, depuis six années, a augmenté de plus de 100 p. % de valeur.

     M. Robert, ancien directeur de la filature de Gerville et maintenant commissionnaire en lin à Goderville, présente quelques échantillons remarquables de lins rouis à l'eau et à l'air. Il donne quelques détails fort intéressants sur la culture et la manipulation de cette plante. Il voit un avantage immense dans la propagation de cette industrie, qui pourra donner la facilité d'occuper une quantité de bras inactifs pendant l'hiver.

     M. Dorey expose que la Société d'agriculture pratique de l'arrondissement du Havre, voulant seconder l'élan donné à cette culture, a fait venir de Belgique, à ses frais, un homme expert dans ce genre de production. Elle a l'espérance que sa présence est appelée à rendre un service signalé à la contrée.

     M. de Caumont rappelle que le Conseil général de l'agriculture, frappé de l'état de décadence dans lequel était tombée, en France, la culture du lin, a exprimé le voeu que

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le Gouvernement fit venir de Belgique des hommes capables, pour les envoyer dans les départements où l'on pourrait produire le lin avec avantage. Il manifeste l'espérance de voir prochainement ce voeu se réaliser.

     Il est à regretter, dit M. Delalonde, que le peu de cours d'eau qui existent dans l'arrondissement ne permettent pas de livrer à la filature du lin roui à l'eau courante, qui a une valeur de 20 c. plus considérable par kilog. que celui roui à l'air libre.

     Parler en détail de la fabrication du cidre.

     Les besoins de la consommation intérieure réglant seuls la production du cidre, qui n'est dans l'arrondissement l'objet d'aucun commerce, sa fabrication se trouve fort négligée. Aussi l'Association, pensant qu'une enquête sur ce sujet ne pourrait donner que des résultats insignifiants, juge-t-elle convenable de ne pas s'y arrêter.

     Dire comment on procède à la préparation du beurre et du fromage.

     L'industrie principale du pays étant l'élevage et l'engraissement des bestiaux, la fabrication du beurre, comme celle du cidre, est fort négligée.

     Cet état de choses est fort regrettable, dit M. de Moy, car la tenue des herbages en souffre beaucoup, et il est probable que si l'industrie beurrière s'introduisait dans le pays, la nécessité de fournir de bons beurres à la consommation forcerait à donner plus de soins à leur entretien.

     M. d'Estaintot pense qu'il ne suffirait pas d'améliorer les herbages pour augmenter la qualité du beurre ; il faudrait aussi perfectionner l'état des laiteries, qui est déplorable, ainsi que la manière de le manipuler.

     M. Girardin invite MM. les membres de l'Association à

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lire le compte-rendu de l'enquête ouverte sur ce sujet, en 1845, à Neufchâtel, et à Pont-l'Evêque en 1849 ; ils y trouveront des documents précieux sur cette industrie.

     M. d'Estaintot pense qu'un excellent moyen de répandre les bons enseignements contenus dans le Recueil de l'Association, serait de rassembler tous les éléments des diverses questions pour les distribuer dans les campagnes.

     M. Girardin dit que c'est aux membres de l'Association, aux Comices disséminés dans les diverses localités, à faire des extraits des questions qui intéressent leurs contrées, pour les répandre eux-mêmes, l'Association se trouvant dans l'impossibilité de faire ce travail par l'ignorance dans laquelle elle se trouve des choses qui conviennent le mieux à chaque pays.

     M. de Caumont prend l'engagement de faire lui-même une petite publication de ce qui concerne la fabrication du beurre. Il joindra à sa brochure des planches destinées à faciliter la compréhension des diverses méthodes.

Animaux nuisibles

     Quels sont les animaux nuisibles à l'agriculture et dont les dégâts se font plus particulièrement sentir dans l'arrondissement ? Puceron laniger, ver blanc, hannetons, mulots, campagnols, etc. - Par quels moyens peut-on les combattre ?

     Les animaux les plus nuisibles, dans l'arrondissement, sont, sans contredit, les hannetons et leurs larves. Les ravages qu'ils font dans le pays sont énormes, et il leur est arrivé quelquefois d'anéantir complètement les récoltes.

     Le ramassage est le seul moyen efficace de destruction. Aussi le Conseil général consacre-t-il, chaque année, des

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sommes importantes à cet objet. Cette mesure a produit d'excellents effets.

     L'interdiction de détruire les corneilles a donné, de même, de bons résultats. Aussi pense-t-on, généralement, qu'il serait dangereux de rapporter l'arrêté pris dans ce sens par l'Administration départementale.

     M. Guilmard dit qu'il a été à même de constater que cette mesure, qui peut être utile dans certaines contrées, est éminemment nuisible dans d'autres, notamment sur la rive gauche de la Seine. Aussi pense-t-il que l'arrêté ne devrait être conservé que dans de justes limites.

     M. de Montreuil cite un exemple du danger qu'il peut y avoir à détruire certains animaux. En Prusse, dit-il, on fit, à une certaine époque, détruire tous les moineaux ; mais les dommages que causèrent bientôt les insectes aux récoltes, forcèrent le Gouvernement à faire acheter de ces oiseaux à l'étranger pour en repeupler le royaume.

     La série des questions à soumettre à l'enquête étant épuisée, M. le président invite les membres qui auraient à faire quelques propositions, à vouloir bien les formuler.

Usages locaux.

     M. d'Estaintot demande à l'Association de vouloir bien mettre à l'ordre du jour de chacune de ses sessions la recherche des usages locaux, afin qu'utilisant le zèle des hommes laborieux dans chaque contrée, elle puisse publier une brochure sur cette question, qu'il regarde comme étant de la plus haute importance.

     M. Dorey exprime la crainte que cette mise au jour de l'infinité de réglements particuliers que possède chaque

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contrée, ne vienne nuire à l'uniformité de législation qu'on cherche à introduire dans toute la France.

     M. d'Estaintot lui répond que, le Code civil renvoyant, dans certains cas, pour l'application de plusieurs de ses articles, aux usages locaux, il est important, même pour faciliter l'établissement de cette législation uniforme, de bien connaître les usages locaux de toutes les localités.

     M. de Montreuil appuie vivement la pensée de rassembler dans un recueil les us et coutumes des cinq départements de l'ancienne Normandie. Sans doute, dit-il, il est nécessaire que des lois générales règlent les intérêts généraux et fixent les principes qui doivent réglementer les transactions ; mais vouloir constituer l'unité des lois par l'effacement complet, absolu, des coutumes locales, c'est aller au-delà du vrai, de l'utile, et plus loin que le Code lui-même. Pensez-y bien, les coutumes locales expriment des besoins reconnus et sentis. Elles sont les moeurs traditionnelles de chaque localité ; elles constituent leur caractère propre et presque leur vie morale ! De quoi sommes-nous effrayés en ce moment ? sinon de ce détachement du sol natal, du déclassement qui en est la suite et qui menace la société. Nos laboureurs ne sont plus liés, au même degré qu'autrefois, au lieu de leur naissance par ces chaînes intimes qui étaient à la fois si fortes et si chères. Pourquoi cela ? C'est que les vieilles coutumes qui leur étaient précieuses, qui les avaient entourés dès l'enfance, tendent à s'effacer de jour en jour davantage. Le village n'est plus la patrie dans la grande patrie, et cela au détriment du bonheur individuel et de la société. Et, d'ailleurs, ne croyons pas que les coutumes n'aient pas leur raison d'être ; elles se sont produites successivement et maintenues, parce que leur utilité, leur sagesse

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s'est fait sentir. Etudions-les, nous en serons mieux convaincus ; et le sourire, que la bizarrerie de quelques-unes peut exciter, disparaîtra devant le respect.

     Je demande donc que l'Association normande, si jalouse de tout ce qui tient au passé de la province, rassemble dans un recueil les coutumes locales et les usages de nos pères, et je ne doute pas que nous ne trouvions, dans ce qui s'en est encore conservé de nos jours, la raison du profond attachement que les Normands gardent, plus que beaucoup d'autres, pour le sol natal. Et ce sentiment fait à la fois leur patriotisme et leur gloire.

     Cette improvisation, dite avec toute la chaleur et l'accent que donne une profonde conviction, reçoit l'assentiment unanime de l'Association, qui remercie, par de nombreux bravos, M. de Montreuil d'avoir si bien rendu sa pensée.

Organisation du service des vétérinaires.

     M. Girardin donne communication du voeu suivant, formulé par M. Fauvel :

     Dans l'intérêt de l'agriculture, il serait bien à désirer que les vétérinaires, en nombre si restreint, habitassent au centre de leur circonscription.

     M. de Vigneral est d'avis qu'il est impossible de forcer les vétérinaires, qui exercent une profession libre, à habiter une circonscription déterminée.

     M. Delalonde pense qu'on ne pourra arriver à la répression de l'empirisme dans les campagnes qu'en donnant une bonne organisation au service des vétérinaires, par l'obligation imposée à ces artistes de résider dans chaque canton.

     Il y aurait inconvénient à adopter les circonscriptions

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cantonales, qui sont généralement mal conçues, dit M. d'Estaintot. Il est préférable de laisser chaque vétérinaire choisir lui-même le centre de ses travaux.

     M. Girardin croit que la proposition est mal formulée, et qu'on a simplement voulu demander un remède à la mauvaise répartition, sur la surface du territoire, des médecins vétérinaires. Plusieurs départements sont privés de vétérinaires, et les animaux livrés à des empiriques, qui, le plus souvent, les tuent. Il y a là un mal auquel il faut porter remède.

     M. Corbière pense qu'une mesure de cette nature ne pourrait être prise qu'à l'aide d'un dédommagement à accorder aux hommes qu'on forcera d'habiter un endroit qui ne leur paraîtrait pas convenable. Dans le Nord, où cette mesure a été adoptée, le service est régulièrement établi. Il y a un vétérinaire départemental, des vétérinaires d'arrondissement et un vétérinaire par chaque canton.

     M. de Montreuil craint qu'on en arrive ainsi à créer de nouvelles espèces de charges qui finiront par se vendre, et à augmenter le nombre des fonctionnaires publics. Il croit que ce n'est que par la persuasion qu'on pourra arriver à chasser l'empirisme. Ne voit-on pas, dit-il, des malades, qui ont des médecins près d'eux, aller journellement chercher des recettes plus ou moins occultes ? Eh bien, il en sera ainsi jusqu'à ce que le temps et la persuasion aient permis de faire justice de cette pitoyable habitude.

     M. de Vigneral est d'avis que, pour commencer à apporter une certaine régularité dans le service des vétérinaires et un remède aux envahissements de l'empirisme, il faudrait se borner à réaliser le voeu exprimé par le Congrès central d'agriculture : que là où se trouvera un vétérinaire breveté,

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il lui soit affecté un rayon de 4 myriamètres dans lequel ne pourra exercer aucun vétérinaire non breveté.

     Adoptant cette idée, l'Association juge convenable de se renfermer dans la simple expression de ce voeu.

Engrais Bickès.

     M. Girardin donne communication d'une lettre de M. Vallet, entrepositaire, à Fécamp, des engrais Bickès, par laquelle il demande à l'Association de vouloir bien lui transmettre son opinion sur la valeur de cette découverte.

     Sur l'annonce faite par M. Beaudoin qu'il n'a obtenu que de pitoyables résultats de l'application de ce procédé, l'Association décide qu'elle ne s'occupera pas de cette question.

Crédit foncier.

     M. Delalonde donne lecture du rapport qu'il a été chargé de préparer sur un projet d'association de prêts, dite du Nord-Ouest de la France, communiqué à l'Association par M. Dujardin, de Rouen.

     Le crédit foncier, dit M. le rapporteur, est l'une de ces institutions qui donnent quelquefois, mais bien rarement, la vie à la propriété, et qui, presque toujours, la mènent à sa perte. Sans nul doute, il existe certains cas, certaines situations, où le propriétaire peut avoir besoin de crédit, où il doit y recourir même. Ces cas sont ceux où un sinistre est venu détruire une partie de sa propriété, ceux encore où il s'agit d'améliorations importantes et de résultats assurés d'avance. Mais, hors ces cas, le crédit est la ruine de la propriété, et la ruine à courte échéance.

     Les départements que M. Dujardin se propose de doter d'une association de crédit, sont précisément ceux où ces

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grandes améliorations ont presque toutes été réalisées, et où rarement on viendrait demander à l'association des capitaux pour la réalisation de progrès agricoles ; de sorte que les emprunts ne pourraient être faits que pour des spéculations hasardeuses ou la satisfaction de goûts personnels.

     Après cette réserve sur l'opportunité de la création d'un établissement de ce genre dans le centre choisi par M. Dujardin, c'est-à-dire le nord-ouest de la France, la Commission se plaît à reconnaître que le mode de crédit proposé est incomparablement supérieur à ceux présentés jusqu'alors.

     Il consiste dans l'engagement de la propriété dans l'association, comme gage du prêt.

     Par suite de la garantie que présente un tel gage, la libération de l'emprunt s'opère à l'aide de faibles annuités, qui ne consistent que dans l'intérêt d'un demi p. % par an du capital prêté. Aussi la Commission propose-t-elle à l'Association de déclarer, que, tout en faisant ses réserves sur l'utilité de la création du crédit foncier lui-même, elle reconnaît que l'association du nord-ouest de la France présente des conditions qui la rendent préférable aux autres modes de crédit proposés jusqu'alors.

     M. d'Estaintot se plaint de ce que le rapport improuve le crédit foncier. Il pense que, si l'on pouvait, par son établissement, débarrasser de l'usure le petit propriétaire, on accomplirait un immense bienfait en donnant aux cultivateurs peu aisés et intelligents les moyens de faire fortune.

     M. Delalonde lui répond que les meilleures conditions de l'emprunt étant à 5 p. %, et la terre ne rapportant généralement que 2 1/2, l'établissement du crédit foncier ne ferait, le plus souvent, que pousser l'emprunteur vers une

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ruine complète ; qu'il ne peut présenter quelques avantages que dans les contrées où les améliorations ne peuvent s'introduire qu'à l'aide de capitaux abondants, et lorsqu'il y a certitude que les améliorations permettront de rembourser, et au delà, les avances faites. Or, le nord-ouest de la France se trouve précisément en-dehors de ces conditions.

     M. de Caumont fait remarquer que la question du crédit foncier est une des plus importantes, et qu'elle ne peut être résolue qu'à la suite d'une discussion approfondie. Il propose, en conséquence, d'en ajourner l'examen à une autre session.

     L'Association se range à cet avis.

Jury.

     M. le président donne communication à l'Assemblée de la composition du Jury du concours régional. Il se trouve ainsi composé :

     Espèce bovine. - MM. Mabire, de St-Germain-des-Etables ; Beaudoin, des Vieux ; Goupil, de Pont-l'Evêque ; de Roissy, de Dozulé ; Corbière, de Lisieux.

     Espèce ovine. - MM. de Moy, de Rouen ; Armand Durécu, des Andelys ; Debausse, de Bernay.

     Espèce porcine. - MM. Letellier, d'Ardouval ; Debray, de Ste-Croix ; Lallier, de l'Hôtellerie.

     Instruments aratoires. - MM. Morière, de Caen ; Houdelière, de Laigle ; Darcel, de Valmont ; de Piperey, de Lisieux ; Dorey, du Havre.

     L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.

     L'un des Secrétaires généraux de la session, Charles DARCEL.

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CONCOURS PROVINCIAL DE BESTIAUX,

LE DIMANCHE 21 JUILLET.

     Le dimanche 21 juillet, Goderville présentait un aspect inaccoutumé ; une foule considérable y affluait de tous côtés. Les animaux, qui traversaient la ville pour se rendre sur la place du concours, excitaient vivement la curiosité. Une longue futaie, formant avenue, offrait aux animaux une espèce de galerie naturelle très-vaste, et d'autant meilleure qu'ils y étaient complètement garantis du soleil. C'est là que les dispositions avaient été prises par l'autorité municipale pour le bon ordre du concours.

     La gendarmerie et un fort détachement de la garde nationale avaient été mis à la disposition du bureau.

     Les animaux étaient tous disposés sur une ligne, sous cette longue avenue. D'abord, les taureaux ; puis les vaches, les génisses, les moutons, les porcs, etc.

     Vers une heure, les Jurys avaient terminé leurs opérations, et ils se réunirent pour rédiger leurs rapports.

     Le jugement qu'ils avaient à porter était d'autant plus difficile que jamais concours n'avait été si nombreux ni si brillant.

     Il y avait plus d'animaux de l'espèce bovine qu'au concours provincial de Carentan en 1847, et les reproducteurs étaient plus beaux.

     Les moutons étaient fort remarquables aussi. Bref, le concours de Goderville était le plus beau de tous ceux que l'Association eût organisés jusqu'ici.

     De midi à deux heures, l'Association normande s'était réunie en séance générale administrative, sous la présidence de M. de Caumont. Elle a nommé divers inspecteurs nouveaux et pris plusieurs arrêtés importants.

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SÉANCE PUBLIQUE DE CLOTURE.

     A trois heures, l'Association normande s'est réunie de nouveau à l'Hôtel-de-Ville, où M. de Villars, sous-préfet du Havre, l'attendait. Cet honorable magistrat avait accédé au voeu que lui avait exprimé l'Association normande, de venir présider à la distribution des primes que M. le ministre de l'agriculture devait remettre lui-même aux lauréats.

     La garde nationale, commandée par M. de Pardieu, chef de bataillon, était sous les armes. On remarquait sa belle tenue et sa brillante compagnie de cavalerie.

     Une estrade avait été établie au centre de la grande place du marché ; c'est là que se rendit l'Association, escortée par la garde nationale et au son d'une excellente musique.

     On vit siéger au bureau, indépendamment des fonctionnaires de l'Association, plusieurs membres du Conseil général de la Seine-Inférieure ; MM. les maires de Fécamp, de Goderville et de Bolbec ; ceux de plusieurs autres localités importantes du département ; M. Dorey, président de la Société d'Agriculture du Havre, etc.

     Un temps magnifique favorisait cette belle fête ; la garde nationale avait formé un vaste carré autour de l'estrade. M. de Villars déclara la séance ouverte, et prononça le discours suivant :

     MESSIEURS,

     Mon premier devoir, en venant m'asseoir sur ce siége, est de vous remercier de l'honneur insigne que vous m'avez fait en m'invitant à venir suppléer ici, mais non remplacer, le chef si distingué de l'administration de la Seine-Inférieure,

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et même un noble d'Etat qui a la noble ambition d'ajouter un nouvel éclat à son nom, déjà illustre par la science, en l'attachant à des lois fécondes en heureux résultats pour la moralité, la dignité et le bien-être des classes ouvrières : je veux parler des lois nouvelles sur les caisses de retraite pour la vieillesse et sur le patronage des sociétés de secours mutuels, et de plusieurs autres qui sont encore à l'état de projet ou dans la pensée du ministre de l'agriculture et du commerce. Vous vous associerez tous, j'en suis sûr, à cet hommage mérité rendu à M. Dumas, dont nous avions espéré la présence à cette solennité.

     Chaque époque de l'histoire de notre pays a son caractère et sa physionomie. Au commencement de ce siècle, la France, fatiguée des excès et des désordres sanglants de la Révolution, confiait son gouvernement à un homme de génie, à un guerrier dont le bras puissant avait détrôné l'anarchie, relevé l'autel, organisé l'administration, rétabli les finances et le crédit public, et qui, fécondant plus tard la pensée de Louis XIV dans un Code immortel, plaçait la France sous une législation uniforme, destinée à servir de guide et de modèle. A ce moment, la France, électrisée par un sentiment belliqueux et pour ainsi dire enivrée de gloire, n'avait d'autre préoccupation que celle de la conquête et de l'honneur de nos armes.

     A ces temps de grandeurs, mais trop tôt suivis de désastres, ont succédé des temps de calme et de liberté. Pendant une longue suite d'années de paix, à peine troublées par quelques agitations intérieures, mais récemment par une immense commotion politique, la France s'est frayé de nouvelles voies ; elle a puisé dans le progrès de son agriculture, de son industrie, dans le rétablissement de

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ses relations commerciales, d'autres et plus solides éléments de prospérité ; elle a échangé les conquêtes souvent injustes et toujours éphémères, d'ailleurs, de la guerre, contre les conquêtes plus douces et plus durables de la civilisation, de la liberté.

     Une véritable révolution s'est manifestée dans les travaux de l'industrie et du commerce ; mais celle-là n'a causé ni trouble, ni effusion de sang. Une activité brûlante s'est emparée des esprits, et un moteur, rapide comme l'éclair, puissant comme la foudre, a secondé cet entraînement général. De là, ces immenses ouvrages d'utilité publique qui couvrent la surface de la France entière, ces canaux qui fécondent l'agriculture par l'irrigation et facilitent l'exportation de ses produits, ces vastes réseaux de chemins de tout ordre et ces communications merveilleuses qui dévorent l'espace et abaisseront toutes les barrières, au profit de la civilisation.

     Toutefois, Messieurs, dans cette agitation universelle des intérêts positifs, au milieu de cette soif de richesses et de jouissances qu'ils procurent, les intérêts intellectuels ont conservé le respect de la nation, et j'en trouve des preuves dans cet entraînement qui se manifeste, même dans les classes inférieures de la société, vers les études artistiques et même scientifiques et littéraires ; j'en trouve une preuve dans l'accueil si légitimement sympathique qu'a rencontré, dans tout cet arrondissement, l'Association normande dont les attributions embrassent les intérêts moraux, intellectuels et matériels de cette magnifique province, qui a produit tant d'hommes remarquables en tous genres, qui voit grandir et prospérer une population pleine de raison, saine et forte, et qui développe chaque jour davantage les nombreux

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éléments de prospérité que la Providence s'est plu à accumuler sur son magnifique territoire.

     L'Association normande a trouvé et constaté, durant la session qu'elle vient de tenir dans ce vaste arrondissement, un des plus beaux de la Normandie, une ample moisson de faits industriels et archéologiques à Bolbec et à Lillebonne, dont la publication excitera un vif intérêt et sera impatiemment attendue. Fécamp lui a offert, de son côté, un ensemble d'observations commerciales et maritimes, particulièrement sur la pêche au long-cours et les pêches côtières de la Manche, dont le Gouvernement et l'Administration feront bon profit. Pourquoi faut-il que cette antique cité, toujours ardente au travail, se voie menacée d'une concurrence désastreuse par des circonstances fatales ? Pourquoi faut-il que sa situation vienne faire ombre au tableau satisfaisant que présentent les points principaux de l'arrondissement ? L'Association normande se joindra à l'Administration dans l'expression de ses voeux en faveur de la ligne de fer de Fécamp, qui a été solennellement promise, et qui est indispensable à sa prospérité, j'oserai dire à son existence...

     Mais l'agriculture, cette mère nourricière de la nation, le premier des arts, a eu très-justement une fort large part dans les enquêtes de l'Association normande ; elle a pu constater que si une vive impulsion a été donnée, depuis quelques années surtout, à toutes les branches de l'industrie agricole, si l'on a créé des établissements dignes de servir de modèles, perfectionné des instruments aratoires, introduit des machines et des cultures nouvelles, amélioré les diverses races d'animaux, il reste encore beaucoup à faire pour déraciner toutes les habitudes et pour substituer,

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dans toutes les opérations d'agriculture, à la routine aveugle et si difficile à vaincre en tous pays les méthodes rationelles sanctionnées par l'expérience et des succès positifs ; mais une meilleure direction ne suffit point à la prospérité de l'agriculture, il lui faut surtout des débouchés convenables pour ses produits.

     L'Association normande a pu, comme moi, entendre, à ce sujet, des réclamations dignes d'éveiller son attention au sujet de la baisse excessive et exagérée des céréales, un état de choses qui appauvrit le producteur. Un bénéfice du consommateur ne peut qu'amener des conséquences fâcheuses ; il réagit du fermier sur le propriétaire, du propriétaire sur le commerce tout entier, et bientôt même sur l'impôt, qui est la condition d'existence de la société.

     L'exagération du bas prix est une situation aussi anormale, quoique moins dangereuse, que l'exagération de la cherté. Le bien-être général ne peut résulter que d'un juste équilibre entre le prix de vente et les frais de production. Il faut que le cultivateur trouve, dans le prix de sa denrée, la juste rémunération de son travail et celui de ses capitaux, comme il faut que le consommateur trouve une équitable proportion entre le prix de sa journée et celui du pain qui le nourrit, lui et sa famille. C'est, Messieurs, cette juste proportion d'équilibre entre le producteur et le consommateur qu'il est bien difficile d'établir et de maintenir, et qui, en ce moment, est rompu, je crois, à peu près partout en France, au grand détriment de l'agriculture. Le Gouvernement, qui ne cherche qu'à s'éclairer, et dont la sollicitude est vivement éveillée sur ce point, acceptera sans doute avec reconnaissance les observations de l'Association normande à cet égard. Je m'aperçois, Messieurs, trop tard,

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peut-être, que j'abuse du droit de vous adresser quelques mots, droit que la place que j'occupe ici me donnait, et j'ai déjà trop retardé la distribution de récompenses bien méritées.

     Travailler sans relâche à élever la condition morale et matérielle du peuple, rattacher par le lien puissant de la moralisation et des bienfaits les classes laborieuses de la société, et raffermir ainsi sur de larges et inébranlables bases l'édifice social, pour que notre glorieuse France ne cesse pas de marcher à la tête de la civilisation : voilà notre but à tous. Ces sentiments, ces principes sont ceux des membres de l'Association normande ; ils sont aussi dans mon coeur.

     Recevez, Messieurs les membres de l'Association normande, au nom de l'arrondissement du Havre, l'expression vive et cordiale de la reconnaissance des populations pour le bien que vous êtes venus leur faire, pour celui que vous leur ferez encore à l'avenir, par vos lumières et votre ardent patriotisme.

     M. le sous-préfet a ensuite donné la parole aux rapporteurs des diverses Commissions.

Rapport de M. Morière, au nom du Jury de l'industrie et des instruments agricoles.

     MESSIEURS,

     Les Commissions que vous avez désignées pour examiner l'exposition industrielle de Bolbec et les instruments aratoires qui figuraient au concours de Goderville, m'ont chargé de vous indiquer quelles récompenses l'Association normande a bien voulu accorder sur leur proposition.

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     Permettez-moi d'établir quelques divisions, afin de mettre plus d'ordre dans ce court exposé.

INVENTIONS ET ARTS MÉCANIQUES.

Médaille en vermeil : M. Dorey, président de la Société d'Agriculture de l'arrondissement du Havre.

     M. Dorey possède, en mécanique et en chimie, des connaissances étendues, qu'il a su appliquer à des choses utiles. On lui doit : 1° un appareil destiné à assainir les lieux infects. Cet appareil, qui consiste en une espèce de gazomètre remplissant l'office de pompe, peut être appliqué dans tous les lieux et dans toutes les circonstances. Il préviendra des accidents qui n'arrivent encore que trop souvent, lorsque des hommes sont obligés de pénétrer dans des endroits dont l'air est irrespirable. - 2° M. Dorey, qui fonda une des premières fabriques de sucre de betterave du pays, à Ecrainville, en 1836, a inventé un appareil de déplacement pour la concentration du jus, et un autre destiné à purger les cassonades en très-peu de temps, deux jours à peine. - 3° Le procédé d'éclairage inventé par M. Dorey est parfaitement connu de toutes les personnes qui ont visité le Havre. Nous nous bornerons à dire que, dans son appareil, le fond du cadran est noir, les aiguilles et les chiffres lumineux. - 4° Enfin, nous devons encore à M. Dorey une nouvelle machine destinée à fabriquer, d'une manière tout-à-fait mécanique, les lames à tisser, qui sont alors sans noeuds et d'une régularité que l'on ne peut jamais atteindre dans les lames faites à la main. Les découvertes de M. Dorey ont toutes un but d'utilité que l'on ne saurait trop encourager ; nous devons surtout lui savoir gré de s'être préoccupé de la conservation

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de la vie de ses semblables. Aussi l'Association lui décerne-t-elle la récompense la plus éclatante dont elle puisse disposer.

Médaille en argent : M. Roynette, de Fécamp.

     M. Roynette a entrepris de régler mécaniquement l'alimentation de chaudières à vapeur, selon le degré de leurs besoins, sans l'intervention du chauffeur, et en-dehors d'une surveillance qui peut parfois se trouver en défaut. L'appareil au moyen duquel il résout ce problème, consiste en un simple robinet qui fait tourner la tige du flotteur. Quand le niveau de l'eau est convenable, le robinet donne passage à la quantité d'eau qui forme la consommation normale ; quand le flotteur s'élève, le robinet tourne et présente un orifice plus étroit, jusqu'à se fermer tout-à-fait ; lorqu'au contraire le niveau baisse, l'orifice augmente et arrive à son maximum d'effet. A cette limite, l'appareil fait agir un sifflet à vapeur, qui appelle le chauffeur s'il est absent de son poste, et l'avertit s'il est inattentif. On peut donc toujours obtenir le même niveau dans la chaudière. L'appareil de M. Roynette réunit une extrême simplicité à une utilité incontestable ; il a de plus pour lui la sanction de l'expérience, car, depuis six mois, il fonctionne avec le plus grand succès dans la scierie de M. Sautreuil, à Fécamp. - L'Association normande décerne à M. Roynette une médaille d'argent, et elle fera tout ce qui dépendra d'elle pour faire connaître et adopter dans les usines un appareil appelé à rendre de si grands services.

Mentions honorables : 1° M. J. Renault, de Bolbec.

     M. J. Renault est l'inventeur d'une boîte à essieu, d'une grande simplicité, qui peut être substituée à l'essieu à patente,

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et qui offre, sur ce dernier, l'avantage de l'économie ; car ce système ne coûte que 100 fr., tandis que le système à patente revient à 400 fr. pour une voiture à quatre roues. Il y a, dans la boîte à essieu de M. Renault, moins de frottement que dans les boîtes ordinaires, et elle peut être réparée par le charron le moins habile.

     2° MM. Bons (Pierre) et Bons (Ch.), de Bolbec, pour les rots et les lames à tisser qu'ils ont exposés.

CONSTRUCTION DE NAVIRES.

Médaille de bronze : M. Coquais, de Fécamp.

     M. Coquais, de simple charpentier, est devenu, en quelques années, le directeur d'un atelier considérable de construction de navires. - 20 bâtiments ont été successivement lancés par lui, et chaque nouvelle coque s'est fait remarquer par un perfectionnement nouveau, d'autant plus difficile à atteindre pour les navires pêcheurs qu'ils doivent posséder à la fois des conditions qui semblent s'exclure ; savoir : la capacité et la vitesse de marche. - Nous lui décernons une médaille de bronze.

INSTRUMENTS AGRICOLES.

Médaille d'argent : M. Lebigre, de Montivilliers.

Médaille d'argent : M. Deck, de Fécamp.

     Doué d'une aptitude naturelle pour les arts mécaniques et d'une persévérance que n'ont pu rebuter aucuns obstacles, M. Lebigre, qui était ouvrier menuisier chez son père, a su s'élever au rang des mécaniciens habiles. On lui doit une machine à tailler les pignons, qui procure une grande économie de limes et de burins sur le travail fait à la main.

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Il a monté, dans l'arrondissement du Havre, 12 moulins et 14 machines à battre. Le semoir qu'il expose aujourd'hui remplace, sous beaucoup de rapports, le semoir Hugues ; il ne coûte que 100 fr., et peut s'appliquer à toute espèce de charrues. La trémie, qui contient pour une heure de graines, est munie d'un flotteur servant à indiquer lorsqu'il n'y a plus de graines. La semence se fait en même temps que la charrue trace le sillon, et les graines se trouvent parfaitement recouvertes de terre au moyen d'un soc placé derrière le conduit du semoir. - L'Association est heureuse de trouver l'occasion de récompenser l'ouvrier qui, par son travail et son intelligence, a su s'élever au rang de directeur d'usine, en décernant à M. Lebigre une médaille d'argent.

     M. Deck, de Fécamp, s'occupe spécialement de la construction des instruments aratoires. Il a exposé un rayonneur à sept rangs, du prix de 200 fr. ; un buttoir, du prix de 65 fr. ; une houe à cheval à cinq dents, pouvant s'élargir ou se rétrécir à volonté, et un extirpateur à onze dents. Ces divers instruments, sans être irréprochables sous quelques rapports, présentent cependant des avantages incontestables, et peuvent convenir parfaitement dans certaines espèces de terrains. - Nous lui décernons une médaille d'argent.

FILS, INDIENNES ET TISSUS.

     Au nombre des industries dont la France s'honore et pour lesquelles elle n'a plus à craindre la concurrence à l'étranger, se place au premier rang la fabrication des indiennes ou toiles peintes. Graces aux leçons et aux conseils du célèbre chimiste rouennais, graces à l'intelligence et à l'activité des fabricants de la Seine-Inférieure, cette industrie

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est une de celles qui ont fait le plus de progrès depuis le commencement du siècle, tant sous le rapport de la qualité des étoffes, de la beauté et de la netteté des dessins, que sous celui du bon marché, qui est une des premières conditions du succès. - Parmi les industriels de Bolbec qui nous ont mis à même d'apprécier leurs produits, se trouvent, au premier rang, MM. Fauquet-Lemaître et Rondeaux. Les magnifiques filatures de M. Fauquet-Lemaître sont considérées, à juste titre, comme les premières du pays, et beaucoup de ses confrères sont redevables à ses conseils des succès qui ont couronné leurs entreprises. - Les indiennes qui sortent des fabriques de MM. Rondeaux ne laissent rien à désirer ; nous avons remarqué surtout les indiennes fond-blanc pour chemises et les étoffes pour tentures. Le bon goût du dessin et la blancheur du tissu nous ont paru avoir atteint un haut degré de perfection. - Ces honorables industriels, dont la ville de Bolbec s'enorgueillit à si juste titre, ayant obtenu, dans les expositions nationales, les plus hautes distinctions que le Gouvernement puisse accorder, l'Association normande se voit dans l'impossibilité de décerner à MM. Fauquet-Lemaître et Rondeaux une récompense proportionnée au mérite de leur fabrication et aux services qu'ils rendent à leur pays.

     La ville de Bolbec fabrique, pour l'exportation, des marchandises bon teint et grand teint, surtout des mouchoirs genre Chollet, qu'elle peut livrer à très-bas prix. Il suffira, pour le prouver, de dire qu'une douzaine de mouchoirs de bonne qualité ne coûte que 3 fr. 50 c. ; et, chose remarquable, malgré cet excessif bon marché, l'ouvrier gagne encore de 1 fr. 50 à 2 fr. par jour. - Quelques étoffes, parmi celles que l'on envoie aux colonies, sont faites avec les

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déchets de coton, dont on trouve ainsi moyen de tirer un parti avantageux. - M. Chevalier-Letellier est celui des fabricants de Bolbec qui réussit le mieux dans ce genre d'industrie. - La Commission lui décerne une médaille d'argent.

     Les rouenneries exposées par M. Leblond et ses mouchoirs Chollet, qu'il peut livrer à 3 fr. 25 c. la douzaine, ont mérité à ce fabricant une médaille de bronze.

     M. Collen-Castaigne est un des plus anciens et des plus intelligents fabricants d'indienne de Bolbec. Les dessins des mouchoirs qu'il a exposés sont exécutés à la planche, et nous ont mis à même de reconnaître que, s'il y a eu progrès, sous le rapport de l'exécution des dessins, dans la substitution de la perrotine à la planche, les teintures ne sont jamais aussi solides qu'avec ce dernier procédé. - Une médaille de bronze est décernée à M. Collen-Castaigne.

     L'Association accorde une mention honorable à M. Gamelin pour ses calicots, et une citation favorable à la fabrique d'Yvetot pour ses descentes de lit.

     La netteté des dessins d'indiennes dépend de celle des mêmes dessins sur les rouleaux de cuivre ou de laiton qui servent à les produire. Ceux-ci sont obtenus, à leur tour, au moyen de mollettes en acier trempé à diverses températures, offrant en relief le dessin que la pression produit en creux sur le rouleau. Les mollettes et les rouleaux exposés par M. Salles, graveur chez MM. Rondeaux, sont d'une exécution remarquable. - Nous lui décernons une médaille de bronze.

BONNE TENUE DES PÉPINIÈRES, JARDINS ET SERRES.

     M. Louvel aîné, de Fécamp, a défriché et rendu fertile un coteau qui était complètement aride. Personne, peut-être, n'a employé avec plus de perspicacité les différents engrais

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convenant le mieux pour le genre de culture auquel il voulait se livrer. Dans son établissement, qui mesure 5 hectares environ, il s'est surtout livré à l'amélioration des pommiers et à la conservation des espèces reconnues les meilleures pour la fabrication du cidre. La culture des arbres forestiers, tant indigènes qu'exotiques, a été pour lui l'objet d'études et de travaux tout particuliers. On ne signale point une plante, un fruit nouveau, qu'ils ne soient immédiatement naturalisés dans ses jardins. - Pour encourager ses efforts et le récompenser des résultats qu'il a déjà obtenus, l'Association le gratifie d'une médaille de bronze.

     M. Duval, de Bolbec, dont les pépinières remarquables ont été l'objet d'un rapport spécial, a exposé une houe à cheval, une herse et une charrue dont les oreilles peuvent, au moyen d'un mécanisme, se rapprocher ou s'écarter, selon la largeur qui existe entre les rangs d'arbres de la pépinière où on veut la faire fonctionner. - Ces instruments nous ont paru remplir parfaitement le but auquel ils sont destinés, et mériter à M. Duval une médaille de bronze, récompense à laquelle lui donne droit, d'ailleurs, la bonne tenue de ses pépinières.

     L'Association décerne une récompense de même nature au jardinier de M. Fauquet-Lemaître, pour lui exprimer toute la satisfaction que ses membres ont éprouvée en visitant les admirables serres du Valasse, qu'il tient d'une manière si remarquable, et pour les succès qu'il obtient dans la culture des ananas.

Nouvelle application de l'huile de coco.

     M. Bourdon-Quesney, de Gueures, près Dieppe, a exposé des bougies et des chandelles fabriquées avec l'huile de coco recouverte d'une enveloppe de stéarine pour les bougies

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et de suif pour les chandelles. Des expériences comparatives ont été faites, sous le rapport de la durée et de l'intensité de la lumière, entre les chandelles et les bougies de M. Bourdon-Quesney, d'une part, et les chandelles et bougies ordinaires, d'autre part. La Commission a reconnu : 1° que les bougies et les chandelles d'huile de coco n'ont pas besoin d'être mouchées ; 2° qu'on peut les transporter d'un lieu à un autre, même par un assez fort courant d'air, sans qu'elles aient l'inconvénient de couler ; 3° que l'intensité de la lumière est au moins aussi grande que dans les chandelles et les bougies ordinaires de même diamètre ; 4° que les bougies et chandelles en huile de coco durent un peu plus que les bougies et chandelles ordinaires ; 5° enfin, qu'on obtient une économie de 30 p. % avec les bougies et les chandelles en huile de coco, la bougie ne coûtant que 1 fr. 80 le kil., et la chandelle 1 fr. 50.

     La Commission regrette d'être limitée à l'arrondissement du Havre dans la proposition des récompenses que l'Association normande est chargée de distribuer ; elle eût été heureuse de demander pour M. Bourdon-Quesney une médaille de bronze.

Rapport de M. Corbière, au nom de la Commission pour la race bovine.

     MESSIEURS,

     Encore sous l'impression du magnifique concours auquel nous venons d'assister, nous réclamons toute votre bienveillance pour l'exposé de la mission dont vous nous aviez chargé.

     Quelles que soient, du reste, les expressions de louange et de félicitation que l'on puisse employer, nous vous déclarons,

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tout d'abord, qu'elles ne seront ni trop flatteuses ni trop exagérées.

     En présence du nombre et de la beauté des animaux exposés, notre première pensée a été un sentiment de crainte : celle de rester au-dessous de la tâche qui nous était imposée.

     En effet, pour la remplir dignement, ce n'eût point été un seul jury qu'il eût fallu désigner, mais bien en choisir autant qu'il y avait de classes distinctes dans le programme.

     Trente taureaux nous ont été présentés ; ils appartenaient aux races normandes et à leurs dérivés, à la race Durham et au métis Durham normand.

     Les défenseurs de nos races indigènes ont eu à nous offrir les plus beaux types cotentins, augerons et cauchois. Comme eux, nous avons remarqué des animaux d'une conformation et d'une finesse qui laissent peu à désirer. Nous regrettons cependant que ces animaux, vraiment d'élite, soient en si petit nombre dans nos pays de production.

     Si des taureaux normands, semblables à ceux qui ont été exhibés, étaient répandus dans nos départements du Calvados, de l'Orne et de la Manche, nous comprendrions alors l'espèce de répulsion qu'inspire le sang Durham.

     Il nous paraîtrait même plus rationel et plus logique de prendre chez nous nos améliorateurs.

     Dans l'état actuel des choses, le pouvons-nous ? Pouvons-nous attendre qu'une longue suite de croisements judicieux nous ait fourni un nombre suffisant de reproducteurs ? Nous ne le pensons pas : agir ainsi, ce serait porter le dernier coup à l'industrie de l'engraissement, déjà si compromise dans la plus grande partie de la Normandie.

     Quelques membres de votre Commission ont pensé que le croisement Durham nous préserverait de la ruine dont nous sommes menacés.

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     Cette opinion a été corroborée par l'important concours dont nous allons vous rendre compte.

     Avant tout, Messieurs, nous sommes heureux de nous trouver au centre d'un pays qui, loin de proscrire ces sortes d'accouplements, ne cesse de les encourager par des efforts et des sacrifices continus.

     Signaler une amélioration à vos cultivateurs, c'est, à l'avance, préjuger sa réussite, ses succès.

     Honneur aux Sociétés d'Agriculture, aux Comices, aux hommes d'intelligence et de dévoûment qui ont marché dans cette voie de l'amélioration du bétail ! Qu'ils reçoivent ici l'expression de notre vive reconnaissance, de nos sincères hommages.

     Plus heureux que nous, ils n'ont point à lutter contre des préventions et des préjugés que la plus saine raison ne parvient pas toujours à vaincre.

     Merci à vous tous, propriétaires et cultivateurs, de votre belle exhibition. Nous avons laissé bien à regret un grand nombre de vos animaux sans les récompenser ; mais nous ne pouvions sortir des bornes qui nous étaient prescrites.

     Si nous eussions accordé des mentions honorables, il nous eût fallu en donner un si grand nombre, que nous avons reculé devant cette tâche, que vous nous avez rendue si difficile.

     Merci, encore une fois, à vous tous ; le jury des bêtes bovines se rappellera long-temps de cette brillante exposition !

     Voici les noms des vainqueurs :

     1re CLASSE. - Taureaux nés et élevés dans l'un des cinq départements de l'Eure, de la Seine-Inférieure, du Calvados, de l'Orne et de la Manche, provenant de pure race normande par père et mère, âgés d'au moins 1 an et n'ayant pas plus de 5 ans.

[p. 374]

     1er Prix : 300 fr., à M. Lecène, de Froberville (Seine-Inférieure).

     2e Prix : 250 fr., à M. Lecacheur (Napoléon), de Serville, (Seine-Inférieure.

     2e CLASSE. - Taureaux de toutes races, de 3 à 5 ans, nés dans l'un des cinq départements de la Normandie, ou y ayant été importés avant l'exhibition et servant à la reproduction.

     1er Prix : 300 fr., à M. Achille d'Ecultot, de Ganzeville (Seine-Inférieure).

     2e Prix : 250 fr., à M. Grégoire d'Ecultot, d'Ecrainville (Seine-Inférieure).

     3e Prix : 150 fr., à M. Lecène, de Froberville (Seine-Infre).

     3e CLASSE. - Taureaux de toutes races, de 1 à 3 ans, nés dans l'un des cinq départements de la Normandie, ou y ayant été importés avant l'exhibition et servant à la reproduction.

     1er Prix : 250 fr. : à M. Duboc, de Fongueusemare (S-Infre).

     2e Prix : 150 fr., à M. Leroy, de St-Samson (Calvados).

     4e CLASSE. - Vaches laitières de tout âge et de toutes races, alliant la meilleure conformation pour la boucherie à l'aptitude laitière.

     1er Prix : 200 fr., à M. Télémaque Duchaussey, de Troudville (Seine-Inférieure).

     2e Prix : 150 fr., à M. Duboc, de Fongueusemare (S-Infre).

     3e Prix : 100 fr., à M. Lesueur, de Notre-Dame-de-Bonsville (Seine-Inférieure).

     5e CLASSE. - Génisses de 1 à 2 ans, de toutes races, réunissant les signes de l'aptitude laitière à la meilleure conformation.

     1er Prix : 150 fr., à M. Lepille, de St-Léonard (Seine-Infre).

     2e Prix : 100 fr., à M. Télémaque Duchaussey, de Troudville (Seine-Inférieure).

[p. 375]

     3e Prix : 50 fr., à M. Adeline, de Bayeux (Calvados).

     6e CLA