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Titre   Quelques notes sur Valognes  
Auteur   Abbé J.L. Adam  
Publication   Cherbourg : Impr. Emile Le Maout, 1905. pp. 531-659  
Original prêté par   Bibliothèque municipale Julien de Laillier de Valognes  
Cote   D 8  
Saisie et formatage par   Dataland  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le   23 janvier 2008  
     
       

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Quelques notes sur Valognes / par Abbé J.L. Adam


               Aux chers habitants

                    de la bonne ville de Valognes,

          dans laquelle j'ai passé les vingt meilleures

     années de ma vie,

               Je dédie ces notes.

                                             J.-L. A.

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[p. 531]

VALOGNES
PAR
M. L'ABBÉ J.-L. ADAM.

I.

VALOGNES PHYSIQUE ET HISTORIQUE.

TOPOGRAPHIE.

     La ville de Valognes, autrefois capitale de la presqu'île du Cotentin et, de nos jours, chef-lieu d'arrondissement du département de la Manche (postes, télégraphe, téléphone, stations de chemin de fer), est située au centre de cette péninsule, à 20 km. de Cherbourg, au N. ; à 30 km. de Carentan, à 55 km. de Coutances, au S. ; à 24 km. des Pieux, à l'O. ; à 13 km. de Quinéville, à l'E., et à 324 km. de Paris, au S. Sa position astronomique est, à la tour de l'église Saint-Malo, par 4° 20' 30'' de longitude W. au méridien de Paris, et 49° 30' 70'' de latitude N. Sa population (comme paroisse) était au 1er janvier 1878 de 5.831 habitants, dont plus de 550 appartenaient aux congrégations

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religieuses. Aujourd'hui elle n'est plus que de 4.655. En 1771, elle s'élevait à près de 12.000 âmes, sans les troupes qui, en temps de guerre, se montaient à 3 et 4.000 hommes, tant infanterie que cavalerie, et se composaient en temps de paix de deux ou trois bataillons, avec l'état-major (le reste du régiment étant à Cherbourg)[1]. Cette ville est arrosée par plusieurs cours d'eau dont le principal est le Merderet (Merderel, en 1437, Matrologe, fol. 31, v°), qui prend sa source à la fontaine du Canada, au hameau Siquet, à Tamerville, et se jette dans l'Ouve, à Picauville, au-dessous de l'Isle-Marie, au village de l'Homme, après un cours de 23 km. 200, dont 5 km. navigables.

     « Elle prend son nom, dit R. de Hesseln, de sa situation dans un vallon près les ruines d'une ancienne ville d'Allonne (Alleaume), qui, quoique peu connue dans l'histoire, était considérable du temps des Romains. Après l'incendie qui paraît avoir détruit cette première ville (IIIe siècle de notre ère), ceux de ses habitants qui évitèrent les flammes en rebâtirent une autre dans le vallon qui était au bas... De là viendrait (?) l'étymologie du nom de la ville de Valognes : Vallonia in valle Allonioe ou Lonioe ». Voici quelques-unes des vieilles formes de ce nom, prises parmi les plus anciennes : Curtis quoe appellatur VALANGIAS, 1.027. Dotal. Adeloe ; — In comitatu Constantino, villa VALONGIA, v. 1.060. Baluze, Miscell., fol. III, 45 ; — VALUIGNES et VALUINES. Wace, Roman de Rou, v. 384 et 5.204 ; — VALONES, Benoît de Peterb., a. 1.175 ; — WALONLAE, 1.198, Rot. scac., 471 ; — WALOIGNES, 1320, T. des ch. reg., 61, n. 125 ; — VALOGNIAE, v. 1.320, Cart. de Saint-Sauv., p. 173 ; — VALOIGNEZ, v. 1.400, Cout. des forêts de Norm., f. 705 ; — VALONGES

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Le bassin du Merderet

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et VALLONGNES, 1.400, Matrologe de la Confrérie du Saint-Sacrement, f. 28, v° et passim [2].

GÉOLOGIE.

     Les terrains de Valognes appartiennent à l'époque ou ère secondaire, série jurassique, période liasique, étage hettangien (infra-lias de Bonnissent et des auteurs de la Carte Géologique de France). L'hettangien de Valognes comprend deux assises : 1° à la base, les marnes à Mytilus minutus, puissantes de 7 à 8 mètres et contenant Corbula Ludovicoe, Avicula infraliasina, Ostroea anomala, Diademopsis serialis ; — 2° au-dessus, le calcaire gréseux à cardinies, dit aussi Calcaire de Valognes ou Calcaire d'Osmanville, dont la puissance varie de 10 à 15 mètres. Ce calcaire est constitué par des couches successives de calcaire gréseux, variant du blanc jaunâtre au gris, quelquefois séparées par des lits minces d'argiles. Les bancs inférieurs, plus cristallins, contiennent des galets et des polypiers roulés, et passent souvent à un vrai poudingue à cailloux quartzeux ou granitiques. Les principaux fossiles sont : Cardinia concinna, Pecten valoniensis, Plagiostoma valoniensis, Lima valoniensis [3]. Les carrières de Valognes n'offrent pas toujours le même nombre de lits. On en compte ordinairement de 10 à 12. Voici le détail d'une coupe prise au Bourg-Neuf, telle que l'a publiée Bonnissent [4].

     « 1° Argile diluvienne, 1m50. — 2° Petits bancs employés

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à faire du pavage pour les appartements et à la cuisson de la chaux. Le 1er est nommé par les carriers savate de haut. Il est suivi par une couche de glaise blanche et de glaise verte, 0m70. Le 2e porte le nom de corne de ran (bélier) 1m ; le 3e le moulage, 0m66 ; le 4e le lit fin, 0m15 ; le 5e le lit gris, 0m50. — 3° Banc Féron, contenant des pierres de taille, avec fossiles assez bien conservés. — 4° Glaise noirâtre et jaunâtre, en petits lits de 0m10. — 5° Banc de savate de bas, 0m25. — 6° Assise argileuse avec très petits lits de calcaire, 0m60. — 7° Gros lit ou banc de calcaire arénacé, 0m60. — 8° Lit pouillard, ainsi nommé à cause de la grande quantité de fossiles qu'il renferme, 0m72. — 9° Petits lits de pierre à chaux, séparés par des sables argileux peu épais, 0m80. — 10° Lits de crasse, 0m20. — 11° Lits de clou, 0m30. — 12° Marnes et argiles noirâtres. — 13° Marlière », reposant immédiatement sur les couches de l'étage tyrolien (ancien keupérien).

BOTANIQUE.

     Parmi les plantes rares pour le département de la Manche, que l'on trouve à Valognes, M. L. Corbière cite : « 1° Draba muralis L. ; n'est pas rare à Valognes où M. de Gerville l'a trouvée il y a longtemps. Si je la mentionne, dit le savant naturaliste cherbourgeois, c'est que M. Besnou, dans le catalogue qu'il a intitulé Flore de la Manche (p. 37), semble douter de son existence. Elle est particulièrement abondante à la sortie de la ville, sur un vieux mur et les talus de la route de Saint-Sauveur ». — 2° Aspidium oemulum Sw. (Lastroea oemula Brak.), à Valognes, coteau au bord de la Gloire » [5].

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RUES, PLACES, CHASSES.

     Il y a à Valognes 5 places, 43 rues et 18 passages ou chasses.

     On trouve à l'Hôtel de Ville un Registre donnant l'état des rues de Valognes avec les différents noms qu'elles ont successivement porté. Voici, à titre de simple indication, les renseignements sur ce sujet que j'ai recueillis dans le Matrologe de la Confrérie du Saint-Sacrement et qui me paraissent offrir quelque intérêt pour la Géographie locale : Rue Levêque, en 1427, fol. 14 ; rue de la Poterie, en 1362, fol. 33, v° ; rue Auber (rue des Religieuses depuis le pont Sainte-Marie) jouxte le grant douit de Valoingnes, 1427, fol. 16 v° ; la Foulerie ; le quemin qui va au Casteller ; la cache allant de l'ostel Symon Guille au hamel ès Grives (Miquelets actuels) ; le quemin de la planque Marcheul allant à la croix Varin, le quemin allant à Montebourg passant parmy, en 1430, fol. 21, v° ; — les preys du Roi, en 1436, fol. 25, r° ; — hamel ès Onffrois à Valoingnes, en 1400, fol. 28, r° ; — rue de la Court de l'Evesque ; la grant rue de Valognes près le pont ; l'eau qui vient du pont Secouret et tend au pont à la Sartre (pont Sainte-Marie), en 1438, fol. 29, r° ; — la cache au Prael, en 1440, fol. 29, v° ; — chemin de devant l'ostel au Prael allant à la porte de Mons. l'Évesque de Coustances, vers la forêt, en 1440, fol. 32, v° ; — Eau de Merderel, en 1437, fol. 31, r° ; — Hostel sis à Valoingnes au hamel ès Grives, jouxte la voye allant du pont Secouret au grant quemin de Carenten, butant sur le quemin allant aux camps du Casteller, en 1427, fol. 38, v° ; — le quemin allant de la Foulerie aux tours du Casteller ; voye qui va de l'ourme du Casteler à l'église Sainte-Marie-Aleaume ; les essarts du Casteller, en 1428, fol. 69, r° ; — Mesnage assis à la porte Tribes (?), jouxte les camps de la Cousture et la

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voye allant au hamel ès Grives partant de la dicte porte, en 1429, fol. 69, v° ; — Fonteine devant le grant moulin de

Cliché de Charles Clément

Valon, en 1430, fol. 71, v° ; — Les croix Bellicent, en 1414, fol. 71, v° ; — le lieu des Sablonières à Valoignes, en

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1424, fol. 88, v° ; — Ville de Valoignes, en 1395, fol. 95, v° ; — Le marché de Bourse, en 1395, fol. 20, v° ; — La plederesse Mons. de Coutances, en 1400, fol. 28 ; — La Croix-Morville, en 1373 ; — Saint-Lin, en 1439, fol. 142, r° ; — Rue des Halles, en 1413, fol. 3, r° ; — Moulin de Coueffes ; moulin de la commune (terrains vagues) de Heymet (moulin sur le Merderet entre ceux de Coëffe et d'Alleaume), en 1323 et 1449, fol. 101, v° ; — Le hamel ès Henris, en 1362, fol. 143, r° ; — Le Quesney, en 1421, fol. 146, r° ; — Le Petit Marest, en 1453, fol. 147, r° ; — la rue devant le Pilory, en 1376, fol. 60, r° ; — Carrefour devant le Pilory ; la rue par laquelle l'on va du Moustier (église) de Valognes à Sainte-Marie-Alleaume, en 1299, fol. 60, v° ; — la rue à Beaurepaire, en 1427, fol. 62, v° ; — Quemin allant de Valoingnes à la Maladrerie, en 1427, fol. 46, v° ; — rue qui tend du quarrefour au Chastel, en 1437, fol. 54, r° ; rue à la Pie, non loin de la rue l'Evesque, en 1395, fol. 27, r° ; — Hostel sis jouxte la grant rue de Valon, devant le gardin à porée du prebitaire, en 1441, fol. 58, r° ; — Hostel assis en la grant rue venant de la rue Lévesque à l'endroit du prebitaire dudit lieu, en 1427, fol. 15, r°.

     Notons encore que la rue Burnouf est l'ancienne chasse Hantonne ; la rue Pelouze, l'ancienne rue des Trois-Tisons ; la rue Alexis de Tocqueville, l'ancienne rue des Magnens, et rue Notre-Dame du Bon-Secours (de la place du Château à la rue de Cherbourg) ; la rue Mauquest de la Motte, l'ancienne rue des Portes-l'Évêque, puis du Pasnage (droit de conduire les porcs manger des glands dans la forêt) ; la rue des Religieuses, l'ancienne rue à la Sarde (de l'Eglise au pont Sainte-Marie) et la rue Auber ; la rue de Poterie, l'ancienne rue de ce nom et la rue du Gravier. La place de l'Islet (Vicq d'Azir), encore couverte de maisons

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en 1840, était bornée au Nord par la rue de Venise, au N.-W. par la rue des Barricades, au Sud par la rue du Château ; elle était traversée par la rue de Judas. On lit dans la chasse Pinel, qui va de la Croix Morville à l'Hospice,

La place de l'Islet en 1840

l'inscription suivante au-dessous d'une petite statue de la Sainte Vierge :

               « Si le nom de Marie
               Dans ton coeur est gravé
               En passant ne t'oublie
               De luy dire un Ave. 1760 ».

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HISTOIRE.

     Domaine du Roi. — A la chute de l'empire romain, la ville de Valognes passa avec toute la contrée voisine sous la domination des Francs, et quelques siècles plus tard sous le gouvernement des ducs de Normandie, pour se rattacher enfin à la couronne de France.

     Les rois francs, premiers maîtres de la jeune ville de Valognes, n'y ont laissé aucune trace, à moins qu'on ne veuille admettre, avec un historien, que l'ancien château de Valognes, qui a été démoli en 1689, remontait à Clovis.

     Les ducs de Normandie reçurent de Charles le Simple, en 912, tous les droits des rois de France, et, pendant près de trois siècles, disposèrent en souverains des biens et privilèges de la ville de Valognes et des forêts environnantes. Ainsi, on voit Henri II, roi d'Angleterre, et l'un des successeurs de Guillaume le Conquérant, donner à l'hôpital de Rouen, par sa charte de 1184, la moitié des décimes qu'il prélevait sur Valognes : « medietatem decimarum proeposituroe meoe de Valoignes » ; décimes auxquels il ajoutait une portion des décimes de sa forêt de Brix.

     Dans le siècle précédent, l'évêché de Coutances avait eu une large part aux privilèges accordés par le duc Guillaume dans sa charte de 1056. « Dux Willelmus, illustris Roberti illustrissimus filius, Constantiensem Ecclesiam beatoe Dei genitrici Marioe suo tempore dedicatam... sua parte munificentissime augmentavit...

     In Valloniis duoe partes decimoe totius parochioe ; in Yvetot et in Hubertivilla similiter ».

     Outre ces privilèges, Geoffroy de Montbray reçut ou acheta à Valognes une terre dans laquelle il sema un taillis et bâtit un beau manoir et une chapelle qu'il attacha à sa cathédrale.

     Quand les rois de France reprirent en 1204 possession

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de la Normandie, ils recouvrèrent par là même leurs anciens droits de seigneurs de Valognes. Outre leurs droits de souveraineté sur la ville entière, ils se réservèrent un domaine spécial, avec manoir et chapelle. Le Gisors faisait partie du domaine royal [6].

     Guerre de Cent-Ans. — Edouard III, descendu à la Hougue, vint coucher à Valognes [7] le 18 juillet 1346 ; il quitta cette ville le lendemain, mais une partie de son armée, qui était allée pour s'emparer par surprise de Cherbourg, et qui n'avait pas réussi, pilla Valognes en revenant et y brûla plusieurs maisons.

     Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte de Mortain, qui venait d'assassiner le connétable de la Cerda à Laigle, entretenait la guerre dans la presqu'île ; Jean le Bon, roi de France, pour donner quelque tranquillité à ce malheureux pays si ravagé par les guerres depuis dix ans, conclut avec lui, le 10 septembre 1355, un traité qui lui assurait la possession de toute la presqu'île : c'est ce traité que M. de Chateaubriand appelle « le honteux traité de Valognes ». On en trouve le texte dans le Corps diplomatique de Dumont.

     L'exécution du comte d'Harcourt à Rouen, en 1356, ralluma de nouveau la guerre dans le Cotentin ; elle continua après la mort de Geoffroy d'Harcourt et la paix conclue entre le Régent et le roi de Navarre, parce que Philippe de Navarre, qui avait refusé de traiter avec le Régent, vint l'y entretenir.

     Si le traité de Brétigny (1360) fit cesser les hostilités entre l'Angleterre et la France, il ne rendit pas le calme à

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notre pays ; le Cotentin était toujours rempli d'Anglais et de Navarrais, qui rançonnaient et pillaient ses malheureux habitants. Charles V, qui venait de monter sur le trône, y envoya Duguesclin après la bataille de Cocherel (16 mai 1364).

     Le connétable donna le commandement d'une partie de son armée à Guillaume Broussel, qui tua deux cent cinquante Anglais auprès de Valognes, le reste se réfugia dans la ville qui fut aussitôt investie. Masseville dit que le siège fut conduit par Olivier de Mauny, duquel descendent, par les femmes, les Grimaldi, princes de Monaco. Duguesclin somma le gouverneur de se rendre ; après quelques hésitations, il abandonna la ville et se retira dans le château, qui passait pour être imprenable. On en fit le siège en règle, après avoir d'abord occupé la ville ; l'emploi des pierriers que Duguesclin avait fait venir de Saint-Lô ne produisit aucun effet ; il en fut de même de la mine ; les assiégés essuyaient avec un linge les endroits frappés par les pierriers et blâmaient en riant les assiégeants de « gaster » leurs belles murailles : malgré cela, après plusieurs sommations, le gouverneur se rendit ; il sortait avec la garnison quand les Français insultèrent les vaincus par des huées ; huit chevaliers anglais, indignés de cet affront [8], rentrèrent dans le château, s'y barricadèrent de nouveau et forcèrent Duguesclin à recommencer le siège ; la place fut prise d'assaut et les huit Anglais y périrent (10 juillet 1364).

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     Le traité de Guérande, conclu le 12 avril 1365, remit Valognes entre les mains du roi de Navarre, qui le posséda jusqu'en 1378.

     Un nouveau complot de ce perpétuel conspirateur fit recommencer la guerre ; il livra Cherbourg aux Anglais. Duguesclin vint en faire le siège ; forcé de le lever, il mit des garnisons à Valognes et dans les environs, pour protéger le pays et empêcher les courses de l'ennemi.

     Valognes, commandé par Guillaume de la Haie, se soumit le 26 avril 1378 à du Guesclin, à Charles de Navarre et au duc de Bourgogne ; la garde en fut confiée à Jean de Siffrevast.

     Le 4 juillet 1379, une rencontre eut lieu au Prestor-des-Bois [9], entre les Français, commandés par Guillaume des Bordes, gouverneur du Cotentin, et les Anglais, conduits par Jean Harleston, gouverneur de Cherbourg. On se battit à coups de hache et d'épée : « la bataille, dit Froissard, fut longuement et moult fort fu combattue, et bien continuée tant d'un costé comme d'autre ». Les Français furent vaincus, Guillaume des Bordes y fut tué, et le sire de Bremailles, qui lui succéda, abandonna Valognes, se retira d'abord à Montebourg, puis sur la rive droite de l'Ouve.

     En 1386, un traité rendit Valognes à Charles le Noble, roi de Navarre ; Charles le Mauvais, son père, mourut tragiquement, le 1er janvier 1387 ; on sait qu'il s'était fait envelopper le corps de linges imbibés d'alcool ; le feu y prit, il mourut brûlé.

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     En 1404, Charles le Noble céda à Charles VI, roi de France, tous les droits qu'il avait sur cette ville.

     En 1418, Henri V, roi d'Angleterre, s'empara de la Normandie. Valognes resta sous la domination anglaise jusqu'au mois de septembre 1449. Le duc de Bretagne et Dunois vinrent l'assiéger. Le sire de Rothelin était gouverneur de la ville ; le sieur de Carbonnel commandait le château ; ils cédèrent aux conseils du sieur de Chiffrevast et rendirent la place.

     Au mois de mars 1450, Thomas Kiriel, débarqué à Cherbourg, qui appartenait aux Anglais, avec 3.000 soldats, vint assiéger Valognes ; cette ville était défendue par Abel Rouault, gentilhomme du Poitou ; après trois semaines de siège, il fut forcé de se rendre (12 avril). Quand le comte de Clermont, qui venait à son secours, apprit cette nouvelle, il se retira dans le Bessin ; Thomas Kiriel, après la prise de Valognes, alla se faire battre à Formigny, le 15 avril, par le connétable de Richemont et le comte de Clermont. Le temps qu'il passa à faire le siège de Valognes contribua puissamment au gain de la bataille, parce qu'il permit aux Français d'empêcher la jonction des deux armées anglaises.

     Valognes ne tint pas longtemps après la bataille de Formigny ; le comte de Dunois s'en empara presque sans coup férir, et les cent cinquante Anglais qui formaient sa garnison se retirèrent à Cherbourg, qui fut pris lui-même le 12 août de la même année.

     Sans doute ces guerres, qui firent du Cotentin, pendant cent ans, un continuel champ de bataille, furent désastreuses pour tout le pays ; mais au moins elles avaient une noble cause, car elles avaient pour but de rompre les liens qui attachaient la Normandie à l'Angleterre, son ancienne conquête, et de la faire rentrer dans la grande nationalité

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française ; mais, on ne peut en dire autant des horreurs de la guerre civile qui, plus tard, vint ensanglanter, par ses massacres, les rues de Valognes.

     En 1451, le roi de France envoya Jean Robin à Valognes, pour licencier les troupes qui y étaient en excès à l'ordonnance.

     Louis XI, en 1470, assigna Valognes et Saint-Lô aux comtes de Warwick et de Clarence, jusqu'à ce qu'il pût leur prêter des secours contre Edouard IV.

     Le même roi de France, en mariant sa fille naturelle Jeanne, légitimée de France, à Louis, bâtard de Bourbon, lui donna la seigneurie de Valognes et la baronnie de la Hougue. Celui-ci prenait, en 1479, le titre de bâtard de Bourbon, comte de Roussillon, seigneur de Valognes et d'Usson, amiral de France. Il avait été nommé amiral de France, en 1466 ; il mourut en 1486, laissant un fils et une fille ; son fils étant mort sans postérité, la seigneurie de Valognes fit retour à la couronne.

     La vicomté de Valognes fut détachée de la couronne en faveur de Claude de Savoie, comte de Tende [10], le 12 juillet 1528, et, en octobre 1570, au profit de François d'Alençon.

     Guerres de Religion. — Le protestantisme avait fait, dans le Cotentin, un assez grand nombre de prosélytes ; ils refusèrent d'abord d'obéir aux levées ordonnées par la cour. François Le Geay, sieur de Cartot, nommé gouverneur de Valognes, parvint à vaincre leur résistance.

     Le 11 juin 1562, une émeute éclata dans Valognes ; une troupe d'exaltés se porta au manoir du Quesnay, où se réunissaient ceux de la religion prétendue réformée,

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comme on les nommait alors, et y massacra les sieurs d'Houesville et de Cosqueville, et un bourgeois nommé Jean Giffard.

     Le duc de Bouillon envoya un de ses officiers, nommé La Coste, pour réprimer la sédition, son autorité fut méconnue. Le duc de Bouillon appela à son aide les chefs du protestantisme ; le sieur de Sainte-Marie vint assiéger Valognes avec l'aide du fameux capitaine François Leclerc, dit Jambe-de-Bois, de Réville. Il avait envoyé chercher du canon à Tatihou, pour battre la place, quand Matignon intervint ; le château de Valognes fut remis au duc de Bouillon, il en nomma gouverneur le sieur de Moussy, et il permit aux protestants le libre exercice de leur culte ; cette concession les enhardit : d'opprimés qu'ils avaient été ils devinrent oppresseurs ; ils se soulevèrent, dévastèrent le couvent des Cordeliers, firent un corps de garde et une écurie de l'église, et massacrèrent dans le sanctuaire le père Guillaume Cervoisier, vicaire du couvent, qui avait consommé toutes les hosties qui étaient dans le tabernacle et caché les vases sacrés pour les dérober à leurs profanations. Ils empêchèrent dans Valognes l'exercice du culte catholique.

     Un autre siège du château de Valognes, auquel les protestants de Carentan prirent une part assez active, eut lieu en 1574. Il dura du 24 mars au 8 avril. Le capitaine du château était alors Guillaume d'Anneville de Chiffrevast [11].

     Masseville dit que Valognes prit parti pour la Ligue avec son gouverneur Garaby Pierrepont d'Étienville. Odet de Matignon, lieutenant général du Roi pour la Basse-Normandie, aidé de Michel de Montreuil, gouverneur de Cherbourg, vint assiéger Valognes et obligea le gouverneur de la place de se rendre. Il lui laissa néanmoins son

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titre de gouverneur de la ville et du château après lui avoir fait prêter serment de fidélité au Roi. Ces troubles durèrent près de quatre ans, car on lit dans un registre de la Fabrique de Saint-Malo, de 1590, que le curé Guillaume Le Saché s'absenta de Valognes « pour les troubles advenus au pays, et pour ce, fust réfugié l'espace de 3 ans 4 moys, depuis décembre 1590 jusques à Pâques en 1594, après la

Plan du chateau de Valognes

réduction de Paris au Roi ». Le tribunal de Valognes dut aussi chercher un asile provisoire à Cherbourg.

     Guerres de la Fronde. — Démolition du château. — Le dernier siège du célèbre château de Valognes — d'où était parti Guillaume le Bâtard pour gagner son château-fort de Falaise, avant la bataille de Val-ès-Dunes, 10 août 1047, — dura dix-huit jours. Il eut lieu pendant les troubles de la minorité de Louis XIV ; d'Harcourt et Matignon étaient avec les révoltés ; de la Luthumière, gouverneur

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de Cherbourg, leur envoya cinq grosses pièces de canon, parmi lesquelles était le Gros-Robin, dont le nom n'est pas encore oublié. Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, gouverneur du château de Valognes au nom du roi, capitula le mardi de Pâques, 6 avril 1649, et fut conduit à Saint-Pierre-Église [12].

     Huit jours après la capitulation du château, on entreprit sa démolition, qui fut bientôt interrompue par un ordre du Roi. Le 18 janvier 1689, 300 hommes envoyés par auban, sur l'ordre du Roi, achevèrent la démolition commencée, ne conservant du château que la maison du gouverneur et la chapelle. Il existait encore à cette époque un grand donjon, des courtines, cinq grosses tours avec des fossés de soixante pieds de profondeur, tels à peu près qu'ils étaient au XVe siècle [13]. Robert de Hesseln [14] écrivait en 1771 : « Actuellement on achève de détruire toutes ces ruines ; on comble et l'on applanit tous ces fossés pour y faire une belle et grande place qui sera toute plantée d'arbres au pourtour... On perce un grand chemin droit pour aller à Cherbourg... et un autre pour aller en ligne droite à Montebourg. Valognes et tous les environs sont remplis de souterrains bien voûtés, mais effondrés en plusieurs endroits : ils servaient sans doute de communication au château, dans les temps de guerre ».

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     Quelques gouverneurs du château. — « Valognes a toujours eu des gouverneurs dans les temps les plus reculés », dit de Hesseln (p. 446). On trouve comme gouverneurs ou capitaines du château : en 1378, Jean de Siffrevast ; en 1400, Jean Piquet, général des finances en Normandie ; en 1449, le sieur de Carbonnel ; en 1550 et 1559, Thomas Laguette ; en 1562, le sieur de Moussy ; en 1574, Guillaume d'Anneville, de Chiffrevast ; de 1570 à 1583 au moins, François Le Geay, sieur de Cartot, chevalier de l'Ordre du Roi ; en 1594, Garaby Pierrepont d'Etienville ; en 1635, Mre Henry-Robert Gigault, sieur de l'Isle-Marie, gouverneur du chasteau et bourg de Vallongnes ; en 1649, Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, gentilhomme de la Chambre du Roi [15]. « Le célèbre François-César de Tourville, aussi maréchal de France et colonel des gentilshommes de l'élection de Valognes, résidait volontiers au château de Valognes autant que ses devoirs et ses emplois importants le lui permettaient ». (DE HESSELN, p. 446). En 1708, Adrien Morel de Courcy était gouverneur des ville et château de Valognes, où il naquit, dans l'hôtel de Courcy-de Grandval, rue des Religieuses, n° 34, le 26 avril 1670.

RESSORTS.

     Ce sont les administrations civile, judiciaire et religieuse dont dépendait autrefois la ville.

     Administration civile. — Valognes était, avant la Révolution, le siège d'un grand nombre de juridictions

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administratives : a) Une « vicomté ». Avant l'organisation des généralités, le subordonné du Grand Bailli en matière purement administrative était le vicomte, sorte de sous-préfet. Comme il va être dit, il avait aussi un tribunal judiciaire à côté du bailliage. Vicomté et bailliage venaient d'être réunis lors de la Révolution [16]. — b) Une « élection », circonscription d'abord purement fiscale, adoptée comme administration à la création des généralités. A titre administratif elle comportait un subdélégué de l'intendant qui, pendant de longues années, fut, au XVIIIe siècle, Gisles René Le Fèvre, écuyer, sieur Deslondes, seigneur et patron de Virandeville et Baudretot. Cette organisation, parallèle à la vicomté, finit par l'absorber. Sous le nom de département de Valognes, elle fut, en 1787, comme les autres élections, dotée d'une commission administrative : un conseil d'arrondissement. L'élection de Valognes, relevant

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de la Généralité de Caen, s'étendait sur cent soixante-seize paroisses. Comme rouage fiscal, elle était chargée de la répartition de l'impôt et du jugement des contestations qui s'y rattachaient. Elle comprenait un président, un lieutenant et des conseillers ; un receveur des tailles (impôts directs) et un receveur des aides (impôts indirects) étaient établis auprès de l'élection. — c) Un « tribunal des traites », dont la compétence s'étendait sur les difficultés en matière de douanes et où siégeaient un juge et un procureur du Roi. — d) Une « maîtrise des eaux et forêts » pour l'administration et la répression des délits, composée d'un maître particulier, d'un lieutenant, d'un procureur du Roi et d'un garde-marteau. — e) Une « verderie » ou gruerie pour les délits forestiers moins graves, comprenant un bailli, verdier ou gruyer, un lieutenant, un avocat et un procureur fiscal. D'après un mémoire de 1666 (Archives de l'évêché de Coutances, liasse 110), cette verderie comprenait huit gardes ou cantons : la haye de Valognes, les bois de Montebourg, de Montbavent, de Hetememboscq, de Digoville, de Blanqueville, de Boutron et du Rabet. — f) Il y avait en outre à Valognes les magistrats d'un bailliage et d'une vicomté s'étendant sur dix-huit paroisses dépendantes du duché d'Alençon, qui se trouvaient enclavées dans le Cotentin.

     Administration judiciaire. — a) Un « bailliage » [17]

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ou tribunal de la justice royale, qui était à peu près l'équivalent de notre tribunal de 1re instance, et s'étendait sur cent trente et une paroisses, pour les personnes, les terres nobles et les cas roturiers en appel. Le bailliage de Valognes comptait environ douze magistrats. — b) Une « vicomté », autre juridiction royale, pour les personnes et les terres de roture. Nous la trouvons mentionnée dès l'année 1287 (T. des ch., reg. 74, n° 342). Peu de temps avant la Révolution, bailliage et vicomté se trouvèrent fusionnés sous le titre de bailliage-vicomté [18]. — c) Une « sénéchaussée » (noble homme Hervieu Poisson était sénéchal en 1633). — d) Une « sergenterie », mentionnée en 1320 (ibid., reg. 59, n° 476). — e) Des « juges des traites ». — f) Une « vicairie », si dans le Dotalitium Judithoe, il faut lire : Vicaria quoe vocatur Valgenas, comme l'a conjecturé M. Stapleton (Rot. scac., I, LXXXI). « Cette multitude de tribunaux, dit Hesseln, entretenait à Vallogne un grand nombre d'avocats, de procureurs et de jeunes praticiens qui se formaient pour le Barreau ». — La justice royale se reconnaissait au gibet qui devait se trouver au « carrefour des Pendus », près de la « lande du Gibet » actuelle, et au pilori dressé au milieu de la ville, près de l'église [19]. — Valognes était aussi la résidence d'une brigade

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de la « maréchaussée », commandée par un exempt. Il y avait également un lieutenant des maréchaux de France pour les villes de Valognes, Carentan et Saint-Sauveur-le-Vicomte.

     Administration religieuse. — Le doyenné de Valognes faisait partie de l'« Archidiaconé de Coutantin ». Il comprenait trente-huit paroisses. Le Livre noir (XIIIe siècle), et le Livre blanc (XIVe siècle) de l'évêché de Coutances nous font connaître les droits respectifs du Roi, patron de l'église de Valognes, de l'évêque de Coutances et du curé de Valognes, qui possédait un manoir presbytéral, un pré voisin du séminaire, le « Clos au Curé » près du Haut-Gallion, une « terre d'aumône » située à Alleaume, triage de la Croix Varin et un enclos important occupant tout l'espace compris entre la rue actuelle du Tribunal et l'ancienne voie conduisant du marché de Thurin (place dite le Pestil) à la place du Château, la place du Château et la rue de l'Officialité [20]. Valognes était le siège d'une officialité, un des trois tribunaux ecclésiastiques du diocèse de Coutances, composé d'un juge nommé par l'évêque, d'un promoteur, sorte de ministère public, et d'un greffier. Le curé percevait seulement les oblations dans la chapelle du manoir de l'Official [21], qui devait être située à l'angle de la rue de Saint-Sauveur et de l'Officialité, n° 55.

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NOBLESSE.

     « Il n'y a point de ville dans toute la généralité de Caen, dit R. de Hesseln (p. 453), où tant de gentilshommes fassent leur demeure. On y compte plus de cent familles de noblesse distinguée [22], qui au défaut de murailles et de fortifications sont prêtes à lui servir de remparts en cas d'attaque. Leur dévouement au Roi est légendaire... Cette noblesse, à la tête de laquelle est la branche aînée de l'illustre maison de Harcourt, répand l'abondance dans cette ville, et en fait la magnificence par le nombre des équipages et les fêtes qui s'y donnent tour à tour. La bourgeoisie, qui est aisée et en grand nombre, les officiers des troupes et jusqu'aux soldats mêlés avec le peuple, tout donne à cette ville une activité peu commune dans cette province.

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Mais les modes de la capitale du royaume, ainsi que son luxe, s'y introduisent peu à peu, et il est à craindre que ce luxe, porté au delà des richesses des habitants, n'y fasse bientôt sentir ses funestes effets, en détruisant l'aisance qui fait encore trouver à Vallogne des plaisirs qu'on croirait inconnus dans cette extrémité de la province ».

     Un petit Paris. — Aussi dans la pièce bien connue de Lesage, dont plusieurs scènes se passent à Valognes (14 février 1709), Madame Turcaret dit-elle :

     « J'y suis toujours à l'affût des modes... et je puis me vanter d'être la première qui ait porté des prétentailles dans la ville de Valognes. Je l'ai mise sur un pied ! J'en ai fait un petit Paris... — Comment un petit Paris, s'écrie le marquis. Savez-vous bien qu'il faut trois mois de Valognes pour achever un homme de cour ? — Ma maison est une école de politesse et de galanterie pour les jeunes gens — une façon de collège pour toute la Basse-Normandie. — On joue chez moi, on s'y rassemble pour médire ; on y lit tous les ouvrages d'esprit qui se font à Cherbourg, à Saint-Lô, à Coutances, et qui valent bien les ouvrages de Vire et de Caen. J'y donne aussi des fêtes galantes, des soupers collations. Nous avons des cuisiniers qui ne savent faire aucun ragoût, à la vérité ; mais ils tirent les viandes si à propos, qu'un tour de broche de plus ou de moins, elles seraient gâtées. — Ma foi, vive Valognes pour le rôti ! — Et pour les bals nous en donnons souvent. Que l'on s'y divertit ! Cela est d'une propreté ! Les dames de Valognes sont les premières dames du monde pour savoir bien l'art de se masquer... » (Acte V, scène VI).

     Un petit hôtel de Rambouillet. — Les armoiries de la ville de Valognes, suivant le langage héraldique,

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portent : « d'azur à un lynx courant et d'argent surmonté de deux épis de bled d'or mis en sautoir et de deux épis du même mis en pal ». Le blé est le symbole de la richesse, tandis que le lynx est l'emblème de la sagacité, de la finesse et de la pénétration d'esprit que les habitants de Valognes avaient la réputation de posséder au XVIIe et XVIIIe siècle. « Valognes, écrivait Toustain de Billy, vers 1788, est la ville la plus polie, la plus spirituelle de la Basse-Normandie, c'est la Cour du Cotentin ». — « Ses beaux esprits, dit Jean Oursel, de Rouen, 1700, ont fait le proverbe : “Ils sont Italiens de Valognes”. Et dès 1587, le triomphe de l'abbaye des Conards de Rouen parle du costume des Italiennes de Valognes. Mais comme il arrive souvent en province, les intelligences réduites à s'exercer dans un cercle restreint deviennent étroites, et le goût s'altère par la subtilité et la préciosité. »

     En 1643, le V. P. Eudes fit à Valognes une mission demeurée célèbre. Pendant cette mission, dit-il dans son Mémorial, « la multitude du monde estoit si grande que j'estois obligé de prescher tous les jours hors de la ville, derrière le chasteau, et l'on croyoit qu'il y avoit 40.000 personnes aux dimanches et aux festes ».

     « L'Apôtre de la Normandie » fit brûler un grand nombre de livres qu'on découvrit dans cette ville « qui était alors remplie d'esprits curieux, semblables à ceux que saint Paul trouva à Athènes lorsqu'il y voulut prêcher l'Évangile », dit le P. Costil. Il y avait en outre à Valognes une troupe de demoiselles qui composaient une académie française d'un genre tout nouveau. Ces « Précieuses ridicules »

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de Valognes s'arrogeaient le droit de décider du mérite des prédicateurs, de les critiquer, de les tourner en ridicule, et de prononcer en dernier ressort sur ce qui s'appelle oeuvre d'esprit. Les choses étaient arrivées au point que les prêtres refusaient de paraître dans la chaire de Valognes. « Les personnes les plus sensées de la ville qui avaient procuré la mission et en faisaient la dépense, entre lesquelles se trouvait M. Bertault, d'Alleaume, si connu dans l'étude de la théologie, M. Jobart et M. de la Chesnée, indignées de ce désordre auquel on n'avait pu encore trouver de remède efficace et craignant qu'il n'apportât quelque préjudice à la mission, vinrent trouver le V. P. Eudes dès les premiers jours, pour le supplier de le faire cesser. Il le leur promit et les en délivra bientôt par le ministère de M. Manchon, l'un de ses meilleurs ouvriers. Comme ce missionnaire était fort éloquent, il invita dès le lendemain toute la ville au sermon qu'il devait faire à un jour qu'il désigna, ce qui obligea la troupe des Précieuses à y assister. Il commença son discours par l'éloge de la ville de Valognes, qu'il releva par tous les lieux communs de la rhétorique ; puis, après cet exorde insinuant, il poursuivit : “Tout le monde sait en quelle réputation est votre ville, Messieurs, ville qui renferme dans son enceinte une infinité de personnes si distinguées par leur noblesse, leur politesse et la délicatesse de leur esprit, auquel rien n'échappe de ce qui regarde la littérature et le bon goût ; mais elle a encore quelque chose qui me paraît plus singulier et plus extraordinaire : c'est que le sexe même a part à cette distinction, et qu'on voit, parmi les personnes qui s'appliquent à l'étude des beaux-arts, une compagnie de filles qui font profession d'un grand discernement. Il leur manque cependant une chose, c'est qu'elles n'ont point de chef pour présider à leurs assemblées. C'est ce qui m'a donné la pensée de

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leur en choisir un qui leur convienne. Mais je n'en trouve pas qui y soit plus propre en toute manière que... l'ânesse de Balaam ».

     « Tout le monde applaudit à l'adresse de l'orateur qui confondit ces filles de telle sorte qu'elles n'osèrent lever les yeux pendant le reste du discours, ni se rassembler depuis [23]  ». Ainsi finit la prétendue Académie des Savantes de Valognes.

UNE VILLE MORTE.

     Voici avec quelle tristesse et quelle amertume J. Barbey d'Aurevilly parle de Valognes, cette petite ville grise, basse, déserte, silencieuse, fouettée de pluie et de vent, qui a tout l'air de garder au coin de chaque mur, à la porte de chaque vieil hôtel, un de ces secrets domestiques et sociaux que Balzac a su deviner.

     « La ville que j'habite en ces contrées de l'Ouest, dit l'auteur d'Une Page d'histoire, — veuve de tout ce qui la fit si brillante dans ma prime jeunesse, — mais vide et triste maintenant comme un sarcophage abandonné, je l'ai, depuis bien longtemps, appelée “la ville de mes spectres” pour justifier un amour incompréhensible au regard de mes amis qui me reprochent de l'habiter et qui s'en étonnent... C'est eux, en effet, les spectres de mon passé évanoui, qui m'attachent si étrangement à elle. Sans ses revenants je n'y reviendrais pas !

     Que de fois de rares passants m'ont rencontré faisant ma mélancolique randonnée dans les rues mortes de cette ville morte qui a la beauté blême des sépulcres et m'ont cru seul quand je ne l'étais pas !... ».

     — « De nos jours, écrivait naguère le peintre-graveur valognais,

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Félix Buhot, la sous-préfecture de Valognes est le type de ce que l'on appelle une ville morte. C'est à ce caractère mélancolique de ville morte qu'elle doit son charme, bien plus encore qu'à sa situation pittoresque et assez étrange au fond d'une presqu'île boisée et marécageuse, ce qui fait que de trois côtés elle se trouve à quatre ou cinq lieues de la mer. Presque à chaque pas, aux environs, on rencontre des paysages de l'anglais Constable ou de notre Jules Dupré. Mais son grand charme, c'est qu'elle est une ville morte, c'est à dire une ville qui a été jadis prospère, vivante, riche, et qui ne l'est plus ;... une ville qui ne bâtit pas de maisons neuves, qui s'abrite sous de vieux toits, qui n'a que des rues à l'ancienne mode et des hôtels de seigneurs trop vastes et trop beaux. Les habitants sont, pour la plupart, des rentiers partageant leur temps entre la lecture et la culture de leur jardin ; quelques savants même, naturalistes, archéologues ou collectionneurs ; il y en a toujours eu à Valognes.

Maison d'Orléans Thézard

     D'aristocrate qu'elle était autrefois, la petite ville est devenue contemplative et recueillie. Elle est demeurée croyante et c'est encore une forme d'aristocratie par le temps où nous vivons ».

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II.

VALOGNES ARCHÉOLOGIQUE ET MONUMENTAL.

ÉDIFICES RELIGIEUX.

     Eglise Saint-Malo. — L'église paroissiale de Saint-Malo de Valognes est sans contredit le principal monument de cette ville. Ce curieux édifice a été reconstruit, dans son ensemble, dans le courant du XVe siècle ; et, dans ce travail, on a eu soin d'utiliser les constructions antérieures.

     Les deux tours se marient bien l'une avec l'autre et offrent de tous côtés un aspect des plus agréables ; sans être aussi élancées que celles du XIVe siècle, elles sont plus chargées d'ornements.

     La tour carrée qui s'élève au-dessus du collatéral septentrional est la plus ancienne. Elle rappelle la seconde moitié du XVIe siècle. La partie supérieure de la flèche octogonale qui la surmonte a été refaite en 1866. Elle ne manque pas de hardiesse. Sa hauteur est exactement de 47 mètres [24]. Dès l'an 1574, cette tour possédait cinq cloches qui furent refondues en 1712. « Ces cloches, disait de Hesseln (p. 447), sont le chef-d'oeuvre du sieur Jonchon, de Villedieu. Elles sont parfaitement d'accord, et le carillon passe pour être ce qu'il y a de plus parfait en ce genre dans toute la province». La grosse cloche, qui existe encore, pèse au moins 2.250 kilogr. Ses deux compagnes, fondues par M. Havard en 1869, pèsent, l'une 1.890 kilogr., et l'autre, 1.374 kilogr.

     La lanterne qui s'élève sur le milieu de l'église fut commencée en 1604 et terminée vers 1615, par Hamon

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Drouet, « maistre masson de la tour», d'après le plan d'un maçon d'Amblie près de Caen, sous l'habile direction de Robert Gourrault, avocat à Valognes, allié à la famille Abaquesné de Parfouru, auquel la charge de premier marguillier fut confiée jusqu'à l'achèvement de la tour. D'après l'antiquaire anglais Parker, cette tour, dite tour Goron, qui

Eglise St-Malo de Valognes

a la forme d'une poire, serait peut-être la partie la plus curieuse de l'église. « Les dômes gothiques du XVe siècle en Italie, dit-il, sont des monuments des plus remarquables, et l'architecte du Cotentin, qui a eu le courage d'en bâtir un à Valognes, mérite toute notre approbation ». A l'extérieur, cette coupole de style Renaissance n'est pas en harmonie avec le style général de l'église. Mais, à l'intérieur,

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le dôme garde le style du monument, malgré la diversité des détails. Les piliers des grandes arcades, sur

Portail occidental de l'église Saint-Malo

lesquels il repose, présentent des faisceaux sans chapiteaux et des lignes prismatiques au sommet comme à la base. On y retrouve des chapiteaux qui supportent les

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nervures de la voûte, et qui sont une réminiscense du XIVe siècle, tandis que leur foliation est une imitation qui dénote le savoir faire du XVe. Cette élégante lanterne, établie dans de belles proportions, est, croyons-nous, unique en France en son genre.

     Le portail situé à l'Ouest est remarquable avec ses colonnes annelées, son accolade, ses figures d'animaux, ses ciselures, ses festons et ses beaux feuillages. Il est certainement du XVe siècle. Ce beau porche est décoré de vantaux sculptés de la Renaissance qui représentent la Transfiguration et l'Ascension de Notre Seigneur. On voit dans un manuscrit de Guillaume Lapierre de Lacour, de 1705, le plan de ce portail. Dans la légende explicative, il est dit : « 1° Sur la frise en esculture gothique sont représentés dans un paysage deux éléphans portant deux châteaux, l'arbre généalogique de la Sainte-Vierge ; le tout si détruit et fracassé par les gens de religion, — les Huguenots — qu'il n'en est pas resté un morceau dans son entier ; 2° dans un angle enfoncé à droite de la grande porte, du côté de l'épitre, se voit la place et la reproduction grossière de la statue de l'architecte Hally Berghot, lequel, tenant un plom en sa main, tomba du haut d'une des tours et se cassa le col ; en mémoire de quoy, son compagnon, qui acheva l'édifice, luy fit et plaça cette estatue ».

     A l'extérieur de l'église, les contreforts sont tantôt simplement adossés aux murailles et tantôt surmontés de clochetons ; ils supportent des arcs-boutants et donnent naissance à des gargouilles. Au-dessus de la nef et des bas-côtés, règnent des balustrades formées de lignes ondulées et ornées, à la partie inférieure, d'une guirlande de feuillages que terminent, en général, des figures d'animaux plus ou moins grotesques, surtout au midi. Les fenêtres du

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choeur avec accolades et ornées de choux frisés, les crosses végétales des pinacles et la balustrade qui entoure les combles, indiquent partout le XVe siècle.

     La petite porte latérale au nord-ouest, près du portail, mérite une mention spéciale. Ses pilastres cannelés, son fronton semi-circulaire orné de gracieuses cornes d'abondance indiquent suffisamment qu'elle remonte à l'époque de la Renaissance.

     Pénétrons dans l'intérieur de l'église. La nef est tout entière de la dernière partie du XVe siècle. Ses colonnes sans chapiteaux ressemblent à celles de Saint-Pierre et de Saint-Nicolas de Coutances, et sa balustrade rappelle le style prismatique du Mont Saint-Michel. Les colonnettes, les arcades et les arêtes des fenêtres rappellent aussi la fin du XVe siècle.

     Le transept, le choeur et ses collatéraux remontent à une époque plus reculée. La chapelle du sud fut fondée avant 1380, par Jean de La Haye, écuyer, sieur de Sotteville ; les retombées des voûtes reposent sur les symboles des quatre évangélistes ; celle du nord fut fondée par Raoul Ozouf, en 1362 : jolies figurines d'anges (XVe siècle) à la retombée des voûtes ; beaux vitraux, au chevet de ces deux chapelles, par Lorin, de Chartres.

     Il paraît hors de doute que ce fut par le choeur que l'on commença la reconstruction de l'église actuelle. Néanmoins cette partie de l'église a reçu des retouches si considérables au XVe siècle,  — ou plus tard dans le goût du XVe siècle,  — que l'on serait tenté, à première vue, de la croire tout entière de cette dernière époque. Les bases prismatiques des colonnes, la foliation des chapiteaux, les nervures angulaires, les balustrades flamboyantes encorbellées, moins élevées que celles de la nef, les feuilles de chou, de chardon, de houx remplaçant la magnifique corbeille

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du chapiteau des XIIIe et XIVe siècles, les clefs de voûte allongées en cul-de-lampe, les meneaux et les tympans

Intérieur de l'église Saint-Malo

des fenêtres, ainsi que la saillie du pourtour, tout annonce le XVe siècle.

     Les boiseries de l'église de Valognes sont fort remarquables.

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La grille en bois sculpté, ornée de panneaux à sujets d'ornement et qui sépare le choeur des collatéraux, est

Boiserie du coeur de l'église Saint-Malo

du XVIe siècle, probablement de 1506, époque à laquelle

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Richard Peschard donnait à l'église : « 50 livres tournois pour faire une librairie, et 24 volumes de livres, le lutrin et les formes de la dite église, avec deux volumes de la Bible en parchemin, une vitre au choeur de la dite église et plusieurs autres dons ». Cette boiserie a sans doute le double défaut d'être sans aucun rapport avec le style ogival de l'église, et de manquer de tout caractère religieux ; mais, considérée en elle-même et au point de vue de l'art, elle a beaucoup de mérite, et, malgré les nombreuses détériorations que le temps et la Révolution lui ont fait subir, elle est fort appréciée par les connaisseurs.

     La grande boiserie du sanctuaire, derrière le maître-autel, est du XVIIIe siècle. Elle porte, avec elle sa date et le nom de ses auteurs. On lit, en effet, sur l'un des rayons de la gloire, à gauche : « En 1720 Les Gendres me fecerunt ». Ces artistes valognais ont représenté dans la partie supérieure le mystère de la Sainte-Trinité. Détail curieux : le triangle a la pointe en bas ! Au-dessous, à droite et à gauche, on voit les instruments de la passion du Sauveur, les symboles eucharistiques et les divers instruments de musique religieuse. Les deux L enlacées et en regard l'une de l'autre rappellent que le Roi était patron de l'église Saint-Malo. Malgré la supériorité relative des sculptures de la boiserie du choeur, la boiserie du sanctuaire ne laisse pas que d'être très digne d'intérêt pour son caractère religieux, son importance et son aspect vraiment monumental.

     A voir encore dans l'église, bas-côté gauche ou nord, chapelle de la 2e travée (chapelle du Saint-Sacrement) : sur l'autel, Cène peinte en 1809, d'après Ph. de Champaigne, par L. Goubert, de Valognes ; Vierge miséricordieuse grande toile par Laynaud, 1853 (don de l'Empereur). Le beau vitrail de l'autel du Sacré-Coeur, près la porte de la

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sacristie, par Champigneulle, représente un miracle arrivé sur la place du Château, lorsque le V. P. Eudes prêchait la mission de 1643, pendant un orage d'une violence inouïe[25].

Plan de l'église Saint-Malo

     LÉGENDE. — I. Autel Saint-Sébastien. — 2. Autel Saint-Jean-Baptiste, 1364 à 1699. — 3. Autel Saint-Michel ; SaineVincent ; Saint-Laurent et Saint-Eloi.  — 4. Autel Saint-Pierre jusqu'en 1727.  — 5. Autel du Saint-Sacrement dès 1478. La chapelle lut construite de 1698 a 1730. — 6. Auto1 Saintatienne dès 1591. — 7. Maitre-autel dédié à Saint Mslo et primitivement peut-ëtre à la SainteTrinité. — 8. Autel Saint-Nicolas jusqu'en 1794.  —  9. Autel Notre-Notre-Dame jusqu'cn 1794.  — 10. Autel Saint-Siméon dès 1530 à 1727. — 11. Autel Sainte-Cécile jusqu'en 1727. — 12. Autel de Notre-Dame de PitiB, puis de Notre-Dame du Rosaire depuis 1607, enfin de Saint-François d'Assise depuis 1840. — 13. Autel de l'Annonciation, dès avant 1434; autel Saint-Gabriel,

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Ecce homo, du Sacré-Coeur, puis de la Sainte-Vierge. — 14. Autel Saint-Cosme et Saint-Damien juaqu'en 1727. — 15. Autel Sainte-Anne. La chapelle voisine dédiée à la Sainte Vierge avait été construite en 1734 ; elle fut démolie en 1842. — 16. Autel Saint-Adrien jusqu'en 1727. — 17. Autel du Saint-Sépulcre de 1532 à 1718, au moins.

     Au-dessous de l'arc triomphal actuel, sculpté par Fréret et datant de 1812, il y eut autrefois, de 1605 à 1727, un jubé ou « pupitre sur la porte du choeur », sur lequel montaient les ecclésiastiques chargés de chanter les leçons de l'Office et l'Évangile.

     « Le 11 juillet 1846, M. de Bernières, curé, fit placer dans le choeur un leutrin donné par M. Atyer, seigneur de Mémons, qui lui avait cousté pour matière de fer et façon 315 livres ; leutrin fait par Jean-Baptiste Choisnel, demeurant à Valognes, rue de Poterie ». Ce magnifique lutrin, malheureusement mis au rancart, porte encore la date de 1746.

     Le sanctuaire et le choeur furent pavés, le premier en marbre, le second en pierre d'Échaillon en 1868, sous la direction de M. Barthélemy, architecte de Rouen.

     En 1727, Mgr de Matignon visita l'église Saint-Malo, du 7 au 19 mai, en présence des 40 prêtres et des 15 diacres, sous-diacres et acolytes du lieu. Il ordonna le nivellement et le pavage des nefs. Une quittance, faite le 18 février 1757 pour une partie de la fourniture du pavé et de la pose, nous apprend que les cent pieds de carreau se payaient alors 17 livres, plus 3 livres pour le placement. Ce pavé fut fourni par un nommé Thomas Fenard et posé par François Gallet, l'un et l'autre d'Yvetot. S'ils travaillaient aujourd'hui, feraient-ils la même besogne pour 20 livres ?

     La chaire fut confectionnée et sculptée, en 1829, par les sieurs Caillet et Fréret, de Cherbourg, moyennant la somme de 3.000 francs.

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     L'orgue, fourni en 1844 par la maison Doublaine-Collin, coûta 19.000 francs. Il a été restauré avec une perfection absolue, par M. Debierre, de Nantes, en 1896, moyennant une somme de 15.600 francs. Le nombre des jeux a été porté de 21 à 26, et celui des tuyaux de 950 à 1508. L'étendue du clavier de récit a été augmentée et portée de 37 notes à 54 pour une certaine partie des jeux et à 42 pour les autres jeux. L'étendue du clavier de pédales a été également portée de 18 notes à 30, et les pédales de combinaisons mises en rapport avec la nouvelle combinaison des jeux.

     La sacristie basse, avec son pilier unique supportant les arceaux de la voûte sous le maître-autel, mérite une visite.

     Autrefois, avant l'édit royal de 1776, beaucoup de personnes recherchaient le privilège de se faire enterrer dans l'église. On voit aux archives de l'Hôtel de Ville un plan général de l'intérieur de l'église paroissiale, dressé en 1760, avec le tracé des allées et des deux cent soixante-douze tombes qui devaient servir pour les inhumations futures. On voit encore dans l'église quelques inscriptions funéraires. La plus curieuse est en majeure partie cachée par le dossier du trop modeste banc d'oeuvre actuel, confectionné vers 1810 par le menuisier Surcouf. Voici la traduction littérale de cette inscription gothique (conservée par Mangon du Houguet), gravée en l'honneur du vénérable M. Binguet qui fut, pendant quarante ans, vicaire à Valognes et qui mérita par ses vertus et ses bienfaits de donner son nom à une des rues de la ville.

     « Maître Guillaume Binguet, prêtre, ayant bien mérité de tout ce qui touche au ministère ecclésiastique, éminent par la sagesse de sa vie et la gravité de ses moeurs, se conciliant la faveur universelle, ayant, pendant quarante ans, rempli religieusement les fonctions de vicaire dans

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cette église, préoccupé même des intérêts de l'avenir, a donné une custode d'argent doré. Il a fondé XVIII sermons, aux jours solennels. Il a disposé les choses de manière à ce qu'on fasse perpétuellement, tous les ans, l'office du Saint Nom de Jésus, et beaucoup d'autres oeuvres pieuses concernant la gloire d'un si grand Nom et l'honneur de la maison de Dieu. Mort dans une heureuse vieillesse, devant vivre à tout jamais dans nos souvenirs, il a été inhumé là, le VIII (lisez : le 6) des ides d'avril, l'année MDLXX ».

     A l'entrée de la chapelle des fonts (dite du Saint-Sépulcre depuis 1532 jusque vers 1720, et depuis lors chapelle Saint-Adrien) l'inscription suivante sur une pierre gravée dans la muraille : « Ci-devant gisent les corps de honnestes personnes Jehan Abacquesné, bourgoys de Vallon et de Agnès Gamas, sa femme. Le dict Abacquesné est décédé le dix-neuvième jour d'avril mil cinq centz iiii vingts et ung (1581) et la dicte Agnès décéda le VIe jour de octobre l'an mil cinq centz iiii vingts et dix-sept (1597). Dictes Pater noster et Ave Maria pour leurs âmes que avecqs Dieu soit ». Dans la chapelle du transept sud (chapelle de l'Annonciation, de Saint-Gabriel, de l'Ecce homo, du Sacré-Coeur et enfin de la Sainte-Vierge), on lit sur le mur près de la piscine :

     « Cy-dessoubs prez et joignant ce banquet et lavataire (banquette et piscine) gisent honorables personnes Rogier Dumaresc, escuier, et la Damoiselle sa femme et aultres leurs prédécesseurs. Lequel escuier décéda le XVIIIe jour de may l'an de grace mil iiii cc iiii XX XIII (1493) et la dite femme le XXIIIe jour d'avril mil iiii cc iiii XX huit (1488). D. L. F. P. A. (Dieu leur fasse pardon. Amen) ».

     Dans la chapelle Saint-François (de Notre-Dame de Pitié, jusqu'en 1605, et de Notre-Dame du Rosaire jusqu'en 1840), on lit, 1° sur une pierre du mur : « Cy devant gisent

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les corps d'honorables personnes Giles Jouaudin... » ; 2° sur une pierre tumulaire : « Cy-gist..., conseiller du Roy, lieutenant général civil et criminel du baillage d'Alençon... » ; 3° sur une autre pierre : « Cy-gist le corps... Con. du Roy... esleu en l'eslection de Vallongnes, décédé le 11 may... Priez Dieu pour son âme » ; 4° enfin, autour d'une autre pierre tumulaire est gravée l'inscription suivante : « Cy est inhumé honorable homme maistre Jean Barbou, vivant advocat sieur de Laruenie, père de maistre François Barbou, sieur du Vivier, conseiller du Roy, elleu à Vallon. Lequel décéda le 12 novembre 1637. Priez Dieu pour luy ».

     Jusqu'en 1768, l'église s'élevait entre deux cimetières : le petit cimetière, au midi, et le grand cimetière, au nord. Ce fut dans ce dernier, près de la porte située au pied de la tour des cloches, que fut inhumé, le 2 avril 1733, Louis Le Vavasseur de Masseville, de Montebourg (?), l'auteur de l'Etat géographique et de l'Histoire de la Normandie.

     En 1580, l'église Saint-Malo de Valognes fut érigée en Collégiale, c'est-à-dire qu'elle reçut le privilège d'avoir un chapitre ayant les mêmes honneurs et les mêmes charges que les chapitres des cathédrales, composé du curé, de douze chanoines et de deux maîtres d'école également chanoines. Cent dix-sept ans après, il s'éleva des difficultés sur des questions de cérémonial entre le chapitre de la collégiale et l'évêque de Coutances ; l'affaire fut portée devant le Parlement de Rouen, qui, par arrêt du 21 janvier 1698, supprima la collégiale de Valognes[26]

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     Eglise Notre-Dame d'Alleaume. — L'église Notre-Dame d'Alleaume (XIe, XVe et XVIIIe siècle) est cruciforme elle se compose du choeur, d'une nef et de deux chapelles formant transept. Une petite nef latérale a été ajoutée

Eglise Notre-Dame d'Alleaume

le long du choeur, vers le côté nord : c'est l'ancienne chapelle des cloches, devenue chapelle de Notre-Dame de

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la Victoire depuis 1828. Cette église a subi des retouches successives. Sa fondation remonte au XIe ou XIIe siècle, si l'on en juge par quelques restes d'architecture romane qu'elle offre encore aujourd'hui. Ainsi le mur méridional du choeur est percé d'une porte romane dont le cintre est couvert d'un double zigzag, et dont la retombée se fait sur des colonnes. Dans le mur sud de la nef s'ouvre aussi une porte romane dont un zigzag, qui ornait le cintre, est en partie détruit ; mais les colonnes qui le recevaient existent encore. On remarque aux murs des modillons romans à figure.

     M. Dumoncel fait remonter au XIe siècle[27] le curieux bas-relief qui a été placé accidentellement à l'extérieur de l'église, au-dessus d'une porte murée contre la croisée du Sud-Est. Cette pierre offre en relief deux hommes drapés, assis dans des fauteuils. L'un d'eux est saint Pierre tenant deux clefs ; l'autre saint Jean l'évangéliste, avec une colombe perchée sur son siège ; un agneau portant une croix est aussi grossièrement figuré en relief et représente Jésus, l'agneau de Dieu, qui est né, comme naissent les petits agneaux, dans une étable, sur de la paille, et qui a effacé les péchés des hommes en mourant pour eux sur la croix. La clef de la voûte de cette partie de la croisée est décorée d'un agneau à peu près semblable.

     La tour, placée au Nord, à l'extérieur, est adossée au choeur et se termine par un toit en bâtière. Comme la sacristie, le portail et presque toute la nef, elle est, d'après M. de Gerville[28], du XVIIIe siècle. La voûte en pierre du premier étage est soutenue par des arceaux croisés.

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     Les voûtes du choeur, de la nef et des deux chapelles sont en pierre et ont dû être refaites dans le XVe siècle.

Maître autel de l'église Notre-Dame d'Alleaume

Dans la chapelle du transept nord, les arceaux à nervuprismatiques

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de la voûte sont supportés par des culs-de-lampe sculptés, qui doivent remonter à la période romane ; ils représentent l'ange, le boeuf, le lion et l'aigle, qui symbolisent les quatre évangélistes.

     Les fenêtres bi-parties, à meneau fourché, du choeur et d'une partie de la croisée ou transept, sont du XIIIe siècle. Le maître-autel, que nous avons essayé de reproduire, mérite

Statue de Notre-Dame de la Victoire

de fixer l'attention du visiteur. Il est de forme ovale ; on voit sur la cuve de cet autel un gracieux bas-relief en bois, imité du tableau de l'Albane, conservé à Florence, aux Uffizi, et représentant l'Enfant Jésus couché sur la croix. Les statues monumentales qui ornent le rétable sont

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assez remarquables : celle de saint Joseph et surtout celle de sainte Marie-Madeleine, qui a été transportée depuis peu dans la chapelle de Notre-Dame des Sept Douleurs, dans le transept sud, méritent une mention spéciale ; elles sont en kaolin des Pieux, lavé et moulé aux Cordeliers de Valognes, par Moreau, en 1806.

     L'ancienne chapelle des Cloches, située à gauche du sanctuaire, possède depuis le commencement du XIXe siècle la statue miraculeuse de Notre-Dame de la Victoire, vénérée de temps immémorial, avant la Révolution, dans la chapelle du Castelley, au hameau de la Victoire, à un kilomètre de l'église paroissiale. Le regretté Siméon Luce, de l'Institut, nous écrivait, le 4 novembre 1891, au sujet de cette statue : « Elle m'apparaît comme un des plus précieux monuments de la sculpture normande au Moyen-Age. La vierge d'Alleaume n'est pas autre chose que la femme normande, la femme du Cotentin et du Val-de-Saire idéalisée... Le jour où une oeuvre de cette valeur sera connue des critiques d'art, la vierge de Notre-Dame de la Victoire, que j'aime mieux appeler la vierge normande, deviendra aussi célèbre que les vierges d'Ombrie immortalisées par le Pérugin, que les vierges du Transtévère divinisées par le pinceau de Raphaël ».

     L'église Notre-Dame d'Alleaume dépendait de l'archidiaconé du Cotentin et du doyenné de Valognes. Avant 1722, elle avait le Roi pour patron ; mais le comte de Toulouse, devenu, vers cette époque, engagiste du domaine du Cotentin, eut le patronage de l'église d'Alleaume et nomma à la cure qui valait alors 2.000 livres. De Hesseln (p. 448) dit que « le clergé des deux paroisses montoit, en 1741, à plus de cent ecclésiastiques ». Aujourd'hui la population de la paroisse Notre-Dame d'Alleaume est de 1.125 habitants.

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     Roissy, en 1598, trouva noble à Alleaume une famille de la Haie. En 1666, Chamillart inscrivit parmi les anciens nobles, dans cette paroisse, Tanneguy de Fortescu, sieur du Taillis (famille très répandue en Angleterre, dans le Devonshire, — voir Burke's Peerage, p. 486 et passim) ; Robert Le Fort accompagnait Guillaume le Conquérant, qu'il préserva de la mort à Hastings en le protégeant avec un grand bouclier ou écu : de là son nom de Fortescu et sa devise Forte scutum salus ducum ; au nombre des annoblis, Thomas Virey, sieur du Gravier, dont l'aïeul avait été annobli en 1582, et Georges Julien, sieur d'Arpentigny, dont le père avait obtenu la noblesse en 1597.

COMMUNAUTÉS ANCIENNES ET MODERNES.

     Valognes dut sa prospérité passée en grande partie à ses couvents d'hommes et de femmes. Au XVIe et surtout au XVIIe siècle des poussées de sève monastique couvrirent cette ville d'une floraison de monastères et de clochers [29].

     Les Capucins, de 1630 à la Révolution. Leur couvent (occupé aujourd'hui par les Bénédictines, rue des Capucins), fut bâti en 1633 dans le Beaurepaire. La chapelle fut consacrée le 27 août 1684 par Mgr de Loménie de Brienne ; elle possédait naguère un tableau fort remarquable, l'Adoration des Bergers, par La Hire, frère d'un des gardiens du couvent.

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     Les Cordeliers ou Franciscains, de 1469 à la Révolution. Venus de Jersey aux îles Saint-Marcouf, au commencement du XVe siècle, ils s'installèrent en 1469 à Valognes, dans le Jardin Piquet (aujourd'hui Notre-Dame de Charité du Refuge) et eurent pour puissants protecteurs : Guillaume Le Tellier, baron de la Luthumière ; Louis de Bourbon ( 1486), seigneur de Valognes, et Jehanne de France, sa femme ; Pierre Mangon du Houguet ( 1705), vicomte de Valognes. Dans leur chapelle dédiée au roi Saint-Louis et consacrée par Geoffroy II Herbert, évêque de Coutances (1478-1510), le bienheureux Guillaume Cervoisier, fut massacré par les Huguenots, le 18 juin 1562 [30].

     Les Frères des Ecoles Chrétiennes, du 3 juin 1826 à juillet 1904.

     L'Hôtel-Dieu (actuellement Haras), dépendant du grand hôpital du Saint-Esprit, fondé à Rome, fut établi en 1499 à Valognes, au Gisors, en la rue l'Evêque, chemin d'Yvetot, par Mre Jean Le Nepveu, prêtre et bourgeois, ancien vicaire dudit lieu de Valognes, chapelain de Jehanne de France, comtesse de Valognes. Il fut gouverné par des

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prêtres séculiers, puis, à partir de 1673, par les Chevaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare.

     L'Hôpital général (aujourd'hui Palais de Justice et Hôtel de Ville), fondé en 1682 par M. de Laillier, curé de Valognes, et par les Pères Chaurand et Dunod, jésuites, a subsisté pendant 120 ans. La première pierre fut bénite seulement le 17 juillet 1687 par Mgr de Loménie de Brienne et posée par haut et puissant seigneur Bernardin Gigault de Bellefonds, maréchal de France (dans un terrain acheté par la ville à M. Darcy de Bray, procureur du Roi). La chapelle fut bénite le 23 octobre 1707 par M. de Laillier.

     Hospice actuel. — Ce fut en 1803 que l'hôpital fut transféré dans l'ancienne abbaye des Bénédictines, au haut de la rue des Religieuses.

     Le Séminaire, fondé en 1654 par M. l'abbé de la Luthumière, fut dirigé par les Pères Eudistes de 1730 à 1790 et de 1855 à juillet 1903.

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     Les Bénédictines (institutrices et hospitalières), venues de Cherbourg, fuyant devant la peste, s'établirent au manoir l'Evêque (séminaire) le 15 décembre 1626, puis le 5 octobre 1631 au haut de la rue Aubert (appelée depuis rue des Religieuses, mais assez tard, pas avant 1757, époque à laquelle fut fondé le Bureau de Charité [32]). Leur monastère, dit de Notre-Dame de Protection, fut érigé en abbaye royale par lettres-patentes de 1646. L'église, commencée le 23 mai 1635, fut consacrée le 22 août 1648 par Mgr Claude AUVRY, évêque de Coutances, le héros du Lutrin

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de Boileau. Les Bénédictines furent expulsées en 1792. Elles s'installèrent en 1810 dans l'ancien couvent des Capucins.

     La Congrégation de Notre-Dame ou Augustines. Institutrices, venues du couvent de Carentan, s'établirent, en 1795, chasse Gréville ; puis, de 1801 à 1806, route de Fantaisie (de Cherbourg), dans l'hôtel de Louvières (général Meslin) ; de 1806 à 1810, rue Saint-Nicolas, n° 4, dans la maison habitée depuis par M. de Gerville ; enfin, en 1810, dans l'hôtel de Réville, rue de Poterie, d'où elles ont été chassées par la loi du 7 juillet 1904, malgré leurs bienfaits sans nombre. La chapelle date de 1820.

     Les Filles de la Charité ou de Saint-Vincent de Paul (ouvroir, orphelinat, bureau de bienfaisance, visite des pauvres), de 1726 au 23 avril 1793, puis, de 1803 à 1812, au manoir presbytéral ; de 1812 à 1845 à la caserne actuelle de gendarmerie à cheval, rue Pelouze (ancienne rue des Trois-Tisons) ; depuis 1845, à l'hôtel Saint-Rémi, acheté de Mme de Bleny, rue des Religieuses. La chapelle fut construite en 1865.

     Les Filles de la Sagesse dirigèrent l'Hôpital général de Valognes, de 1758 à 1761. Elles furent remplacées par les Filles de la Charité, de 1761 à 1793. Les administrateurs les rappelèrent en 1797. Leur nombre fut élevé de 4 à 6 en 1812.

     Notre-Dame de Charité du Refuge. Essaim venu de Caen, établi à Valognes le 15 juin 1868 dans l'hôtel de Chantore, rue des Capucins, vis à vis les Bénédictines, là même où avait habité la Vénérable Julie Postel, de 1813 à 1814.

     La Communauté des Carmélites anglaises, installées à

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Valognes depuis 1830, étant retournée en Angleterre en 1870, les Soeurs du Refuge acquirent et occupèrent leur monastère (ancien hôtel Sivard de Beaulieu, près la gare), en 1871, ainsi que l'ancien Couvent des Cordeliers [33] en 1875.

     Les Soeurs du Sacré-Coeur (gardes-malades), depuis 1865.

     Enfin, les Soeurs des Écoles chrétiennes de la Miséricorde, rue de Poterie, de 1856 à 1903.

ANCIENNES CHAPELLES ET CROIX.

     Outre les chapelles des Augustines, des Bénédictines, de l'Hôpital général (jusqu'en 1803), de l'Hospice actuel et des Filles de la Charité, il y a (ou il y avait) encore à Valognes les chapelles : 1° du Château, réservée au gouverneur et aux habitants du château, démolie en 1752 ; — 2° du Haut-Gallion, dédiée à saint Joseph avant 1631 ; démolie depuis longtemps, il n'en reste qu'un tronçon de bénitier ; — 3° du Manoir du Roi (?), citée en 1231, dans le Livre noir de l'évêché de Coutances ; — 4° de Marendé, peu ancienne, peut-être bâtie par le propriétaire du lieu, qui était en 1663 Messire Charles de Marendé, écuyer, sieur de Maisonneuve, conseiller et maistre d'hôtel de Mgr le duc d'Orléans, frère unique du Roy ; — 5° de Notre-Dame de Gloire, au Pont-à-la-Vieille, construite à partir de 1652 et dotée de 248 livres de rentes par M. Pierre Le Roux, chanoine et bourgeois de Valognes ; on y a dit la messe le dimanche jusqu'au jour où la nouvelle église Saint-Joseph fut ouverte au culte, en 1857 ; — 6° du manoir de l'Official, mentionnée par le Livre blanc de l'évêché (XIVe siècle) ; — 7°

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de la Prison, tant à la prison actuelle qu'à l'ancienne « conciergerie et prison de Valognes », située dans l'ancienne rue de la Trinité, au-dessous de l'Auditoire royal (poissonnerie actuelle) où sont aujourd'hui déposées les pompes à incendie ; — 8° du Quesnay, mentionnée dans le Livre blanc, sous le vocable de saint Étienne et de saint Marc, convertie au XVIe siècle en temple par les Huguenots [34]  ; — 9° de la Victoire, ainsi appelée depuis 1643 et mentionnée dans le Livre blanc sous le nom de chapelle du Castelley. — La chapelle Saint-Lin relevait de l'église d'Yvetot. — La chapelle des Catéchismes fut construite en 1876.

     Le Calvaire en granit, sur la place de ce nom, oeuvre de M. Hernot, de Lannion, a coûté 8.620 francs et a remplacé en 1876 le calvaire de la mission de 1820, donnée par les Missionnaires de France [35].

     On peut voir sur l'ancien plan de Valognes [36], dressé par Lerouge en 1767, qu'il y avait alors dans notre ville une quantité de croix : celle d'Alleaume, restaurée en 1825 ; les croix Bellissem (curieuses croix jumelles citées dès 1414 dans le Matrologe de la Confrérie du Saint-Sacrement de Valognes, fol. 74, 70) ; les croix du Bois, Cassot, des Fols, de l'Hôtel-Dieu, de la Mellière (maison Pontus, route de Sauxmesnil), Morville, Pottier (non loin du Quesnay),

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Raoul Nicolle (route d'Yvetot, près le pont du chemin de fer), Saint-Jacques (à peu de distance du Vieux-Château), Varin (entre l'hospice et la Victoire), du Vey aux Prêtres (au Broc), de la Victoire et de la Ville. Seules les trois premières subsistent encore ; les douze autres ont disparu.

ÉDIFICES CIVILS.

     Alauna. — Alleaume, l'antique Alauna, qui fut le chef-lieu des Unelles, est le seul endroit du département de la Manche qui offre des restes de construction bien apparents du temps des Romains.

     En 1695, M. de Foucault, conseiller d'État, intendant de la généralité de Caen, vint à Alleaume, accompagné du P. Dunod, jésuite de Besançon, et du marquis de Longaunay, gouverneur de Carentan. Il employa longtemps 200 ouvriers à pratiquer des fouilles au Théâtre et au Balnéaire. Le P. Dunod étudia le terrain avec beaucoup de soin et assura que l'étendue de cette cité n'était pas moins grande que celle de Rouen [37]. Presque toutes les habitations n'y étaient que des rez-de-chaussée bâtis en bois et en torchis (criticium opus) sur des fondations en pierres et souvent sans mortier. Comme les moins anciennes médailles trouvées au Câtelet sont de Maximus Magnus, on attribue la destruction d'Alauna à Victor, fils de Maxime, gouverneur de la Grande-Bretagne, battu et tué par Théodose le Grand à Aquilée en 388. Le fils du vaincu, regagnant la Grande-Bretagne, aurait exercé sa vengeance sur la dernière ville romaine du continent en la dévastant par le fer et le feu. Les habitants d'Alauna échappés à l'incendie et au massacre se retirèrent vraisemblablement au bas de la colline

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dans un vallon situé à l'ouest, habité par des potiers (rue de Poterie) [38].

     Aujourd'hui Alleaume n'existe plus comme commune. Il est annexé à Valognes depuis 1867 et n'est plus qu'une « expression géographique ».

Plan des terrains qui comprennent les débris d'Alauna

     Pauvre Alauna ! tu n'es plus même un nom de lieu.
     Courbe la tête et dis : A la grâce de Dieu !
     De toi que s'en va-t-il rester ?... Un balnéaire !...
     Un modèle ébréché du dessin linéaire.
               Image de la vie humaine
               Qui vient aboutir au tombeau,

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     Autrefois station romaine,
     Aujourd'hui modeste hameau,
     Lorsqu'un Temple de la Victoire
     Devait éterniser sa gloire,
     Son origine et sa splendeur,
     Alleaume montre à l'antiquaire
     Les ruines de son Balnéaire,
     Témoin déchu de sa grandeur.
                                                       (8 mai 1855).

     Outre le balnéaire, on trouve encore sur l'ancien territoire d'Alleaume les restes d'un théâtre, d'un hôtel de la Monnaie et d'un ancien temple. Ces monuments publics, situés à égale distance les uns des autres, étaient construits en pierre : voilà pourquoi on en voit encore des ruines. Les autres constructions, qui étaient en bois, furent brûlées.

     « En 1695, dit de Hesseln (p. 456), plus de 20 personnes attestèrent à M. de Foucault et à ceux qui l'accompagnaient que toutes les terres de plus d'un quart de lieue à l'entour avaient été engraissées des cendres tirées de ce circuit pendant les vingt dernières années, et que le nommé Le Parmentier, encore vivant alors, avait, le premier, fait la découverte de ces cendres dans une pièce de terre qui lui appartenait ; et que depuis le sieur de Boismarêts en avait fait tirer lui seul plus de 2.000 charretées ; qu'enfin cette mine de cendres était presque épuisée : cependant il en reste encore assez (en 1771) pour la satisfaction des curieux ».

     Balnéaire. — Le Balnéaire, aujourd'hui appelé le Vieux-Château des Bains, était encore bien conservé en 1695. M. de Foucault en fit lever le plan : il avait 270 pieds ou 45 toises de long sur 23 environ de large. Il y avait trois chambres de bains : chambre froide (frigidarium), chambre

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tiède (tepidarium), chambre à suer (sudarium). En outre, un bassin circulaire de 22 pieds de diamètre était placé sur 12 petits fourneaux (hypocauste) servant à chauffer

Ruines du Balnéaire

l'eau amenée de la fontaine du Bus au Bas-Catelet par un petit aqueduc souterrain dont on a découvert deux regards vers 1840 en plantant des pommiers. En 1773, le propriétaire des Bains fit briser la piscine des Baigneurs

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et les petits fourneaux. Il employa la sape et la mine pour tout détruire. Il n'y put réussir. « Les murs ont encore 35 à 40 pieds de hauteur et depuis 3 à 6 pieds d'épaisseur. L'intérieur de ces murs est fait de petites pierres posées par lits, taillées carrément sur 4 ou 6 pouces de face extérieure

Balnéaire d'Alauna

et 4 ou 5 pouces de cube. Toutes les ouvertures étaient en plein cintre. On a employé dans les arcs de la brique alternativement posée avec de petites pierres pour maintenir les bandeaux des cintres » [39].

     Pour se rendre au Balnéaire, il faut prendre, entre

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les nos 57 et 59 de la rue des Religieuses, un chemin (dit du Vieux-Château) qu'on suit sur 500 mètres environ ; on voit les ruines à gauche (après avoir croisé deux autres chemins) un peu au-delà de la ferme des Miquelets.

     Le Théâtre. — Le Théâtre (ou Cirque) était situé au Bas-Câtelet (en suivant la route du Vieux-Château pendant

Théâtre d'Alauna

800 mètres, au delà du réservoir des eaux de la Ville), dans un endroit nommé « les Buttes », où l'on voit encore les restes du mur d'enceinte dans une haie, près de la Dingouvillerie. Il fut détruit par le nommé Jean Cardine, propriétaire des Buttes, de 1825 à 1835. C'était, après ceux de Rome, l'un des plus vastes et des plus curieux dont le plan et le dessin aient été conservés. Montfaucon dit qu'il était plus grand que ceux de Sagonte, Pola et Pompée. Il

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donne un dessin des ruines de ce monument, qui étaient encore bien conservées en 1695. Au lieu d'être un simple hémicycle, comme la plupart des théâtres romains, il était en forme de fer à cheval. Son diamètre était de 34 toises ou 204 pieds, et la ligne qui le terminait n'était que de 32 toises ou 192 pieds. L'orchestre avait 12 toises 1/2 de diamètre (75 pieds) et la ligne qui le terminait n'avait que 9 toises 1/2 (57 pieds). — Le proscenium avait de même 57 pieds de long sur 12 de large. — Le pulpitre avait 43 pieds de long sur 12 de large. Il y avait 2 précinctions, sans compter celles qui le terminaient, et 10 escaliers rangés 2 à 2 et allant de haut en bas [40].

     On a découvert, au commencement du XIXe siècle, la trace de 2 vomitoires ou couloirs, des médailles de Lucile, des 2 Faustine, d'Antonin, de Marc-Aurèle, et une grande contre-marque, portant d'un côté le n° 1 et de l'autre 9 points arrondis, citée par Magnin (Origines du théâtre), et soumise à l'Académie des inscriptions par Ampère. M. Magnin dit que c'est une pièce unique en France et que c'était probablement le tessera ou contre-marque de la 9me place de la 1re banquette. On en a rencontré depuis une semblable près de la villa de , dans la province de Constantine. Elle est gravée dans le grand ouvrage de M. Berburger, ancien bibliothécaire à Alger.

     L'Hôtel de la Monnaie. — En allant du Balnéaire à la Victoire, dans le deuxième champ à gauche, après l'avenue de la Dingouvillerie, au Câtelet, on voit dans la haie, sur une longueur d'environ 35 mètres, des ruines romaines assez considérables que le P. Dunod prit en 1695 pour les

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restes d'un ancien Hôtel de la Monnaie, à cause des nombreuses médailles qu'il y trouva. D'après M. Liger, l'archéologue bien connu, cette opinion serait insoutenable. « Ces murs de 1m67 d'épaisseur, — nous écrivait-il du château de Courmenant près Sillé-le-Guillaume (Sarthe), le 8 novembre 1895, — sont les restes du castrum de la cité qui avait, paraît-il, une centaine de mètres de côté et qui englobait même peut-être la ferme du Castelet. Dans l'herbage où ils sont placés, près du chemin, du côté du Castelet, on retrouve un tronçon de ces murs, en retour. Vous avez donc la main sur le castrum ; le castellum devait être au milieu. Le forum, duquel partaient toutes les voies, devait être au devant du Temple (chapelle de la Victoire), au lieu où sont toutes les maisons ; la basilique devait être en face du Temple, près de la route de Valognes à Paris ». Des études approfondies et méthodiques de ces terrains pourraient seules convertir ces hypothèses en quasi-certitude.

     Le Temple. — Bien que la chapelle de la Victoire s'appelât toujours chapelle du Castelet avant 1643, époque à laquelle le V.P. Eudes lui donna sa dénomination actuelle [41], on prétend communément qu'elle aurait été bâtie sur l'emplacement d'un temple romain de la Victoire, de même que l'église Notre-Dame d'Alleaume aurait remplacé un temple de Jupiter Custos.

     Voies romaines. — Les voies romaines qui aboutissaient à la Victoire et au Château des Bains étaient celles d'Alauna à Crociatonum (Saint-Cosme ?), à Cosediae (Coutances), Coriallum (le Becquet, près Cherbourg ?). D'autres se dirigeaient aussi vers la Hougue, Barfleur et Pierrepont.

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On les a reconnues à l'aide des tuiles (tegulae et imbrices), des meules, des pavés ou chaussées, des anciennes clôtures et des médailles [42].

     L'inscription gallo-romaine de Chiffrevast. — On a découvert en 1837, près de l'Arche de Chiffrevast, à la limite de Valognes et de Tamerville, une dalle en pierre calcaire, aujourd'hui au Musée de Cherbourg, mesurant 0m33 de hauteur sur 0m305 de largeur et portant l'inscription gallo-romaine suivante [43]  :

P(io) V(oto) S(oluto)
C(aius) HORTENSIVS
METELLVS SVAE
PIISSIMAE FILIAE
METELLAE
P(osuit)

     Anciennes maisons, anciens hôtels. — L'architecture civile de la Renaissance est représentée à Valognes par

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plusieurs maisons. Rue de l'Officialité, n° 55, ancien manoir de l'Official, ainsi désigné au Matrologe de la Confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Malo de Valognes, année 1427, fol. 24, r°, et année 1430, fol. 23, v°. « 5 sous tournois de rente par la main de Guil. de la Haulle à faire justice sur son hostel (au lieu où se trouve actuellement l'hôtel Viel, ce semble), assis auprès du Manoir servant à l'Official dudit lieu, jouxte le Quemin allant au vey (gué) Psalmon (pont Saint-Georges, près l'hôtel de Beaumont) venant de la rue Levesque » (rues Mauquest de la Motte et du Tribunal). Même rue, plusieurs très anciennes maisons, par exemple, n° 1 (maison Pasquet), curieuse cour intérieure avec galeries mettant en communication les 4 étages de la maison d'habitation actuelle avec une très vieille maison située en arrière ; n° 11, vieille maison ; n° 19, petite porte en pierre sculptée, XVIe siècle ; n° 27, grand porche voûté du XVe siècle ; vis à vis le n° 35, ancienne maison avec cave dont la voûte est supportée par un pilier unique, comme la sacristie basse de l'église Saint-Malo. Dans la rue de Poterie, à gauche en quittant l'église, on voit une porte cintrée surmontée d'un élégant fronton en accolade couronnée d'un panache ; située sur une voie partant des fossés du château, cette porte devait être l'entrée des cours de l'hôtel de l'amiral de Bourbon ( 1486), bâti au XVe siècle et comprenant une partie du couvent des Augustines, les jardins actuels de la sous-préfecture et les bâtiments nos 23 et 26 de la rue Carnot. L'entrée principale devait être par la porte n° 26. Elle est en plein cintre et surmontée d'une simple accolade où l'on remarque au point de jonction de l'arc un écusson effacé, mais qui représentait les armes du prince, « d'azur à trois fleurs de lys avec traverse ou bâton posé en barre de gueules ». Sous cette porte était l'entrée des appartements, qui est aujourd'hui

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bouchée ; mais on remarque encore dans la muraille une gracieuse accolade ornée de trois grands écussons effacés. Dans la cour intérieure on trouve une grande fenêtre de même style, ainsi qu'une tour dont est flanqué le bâtiment et qui contient un escalier de pierre sur lequel s'ouvrent plusieurs portes surmontées d'arcs Tudor avec des ornements se rapprochant de la Renaissance. Dans la rue Carnot, n° 23, est une autre grande porte du même style appartenant à l'hôtel de Bourbon ; mais il faut surtout remarquer auprès de l'entrée principale n° 26 une petite fenêtre au rez-de-chaussée coupée par une barre de pierre encadrée d'élégantes nervures et surmontée d'une accolade se terminant en feuillage. Une cheminée de forme octogonale surmonte l'hôtel. On voit aussi une Mater dolorosa du XVe siècle ornant une maison à l'angle de la rue Saint-Malo (ancienne rue Notre-Dame) et de la rue du Pavillon, près la Croix d'Alleaume. Dans la cour de l'hôtel Saint-Michel, vieille tour à pans coupés et porte avec accolade et écussons vis à vis le portail de l'église Saint-Malo.

     Parmi les édifices du XVIIe et du XVIIIe siècle nous aurions à mentionner la plupart de ces beaux hôtels qui sont encore, dans nos rues recueillies et silencieuses, des témoins du goût architectural de cette époque et des splendeurs passées du petit Versailles de la Basse-Normandie. De tous ces hôtels, le plus somptueux est incontestablement l'hôtel de Beaumont, à l'angle des rues de Saint-Sauveur et Pelouze (ancienne rue des Trois-Tisons), vis à vis le Grand-Quartier, curieuse maison du XVe siècle, caserne jusque vers 1830. Le bâtiment principal de l'hôtel, construit en pierre de taille de Valognes par Pierre Jallot de Beaumont, avant 1753, n'a pas moins de 50 mètres de façade. Le perron central est surmonté d'un balcon supporté par 4 colonnes engagées, d'ordre ionique ; elles

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soutiennent une architrave de facture fort gracieuse dans sa simplicité. Le tympan du fronton triangulaire, qui couronne le péristyle en saillie, porte deux écussons accolés,

Hôtel de Beaumont

soigneusement grattés pendant la période révolutionnaire. Escalier monumental. Maison d'arrêt pendant la Révolution, aujourd'hui propriété de M. le comte de Froidefond de Florian, ministre plénipotentiaire.

     Citons en outre, un peu au hasard :

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     Rue de Poterie, les hôtels : Dutourp-Ernault d'Orval, n° 21 ; Lebel — M. A. Bretel, n° 29 ; Prémont — de Parfouru, n° 10 ; « du Grand Turc », Lecompte, n° 16 ; de Vauquelin — du Mesnildot d'Anneville — M. E. Bretel, n° 32 ; de Bascardon — M. Delangle, n° 36 ; de Briges dit Sainte-Suzanne [44]  — de Foucault — M. de la Bretonnière, n° 57 (Ecole laïque des filles) ; du Plessis de Grenedan, n° 59 ; Pellée de Varennes — Mme Gallemand et M. du Parc, n° 38 ; de Parfouru — Mme Dagoury, n° 69 ; de Crosville — d'Octeville — M. le vicomte M. de Blangy, n° 79, dans lequel dîna S. A. R. le duc de Berry, le jeudi 14 avril 1814 [45]  ; du Poerier de Portbail — Mme Bertin de la Hautière, n° 72, où mourut Mme Alexis de Tocqueville en 1864.

     Rue des Religieuses, les hôtels : du Mesnildot de la Grille — M. le comte de Maquillé (École libre des filles), n° 22, où déjeuna l'impératrice Marie-Louise, le 1er septembre 1813 [46], et où résida le roi Charles X, partant pour

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l'exil, les 14, 15 et 16 août 1830 ; Morel de Courcy — Hüe de Caligny — Bauquest de Granval, n° 34, où habita souvent Barbey d'Aurevilly ; de Saint-Rémy, n° 38 ; de Couville-de Bouillon — M. Travert, n° 61 ; d'Aboville, n° 76.

     Rue de Wéléat, les hôtels : de la Grimonnière — Le Courtois de Sainte-Colombe — M. de Lempdes, n° 15 ; de Chivré — Mme Humbert du Parc, n° 13 ; de Touffreville — Salles — M. Brafin, n° 11 ; de Gouberville, n° 9.

     Rue de l'Officialité, les hôtels : de Mme Viel ; Pontas du Méril — M. J. Goubaux, n° 51 ; Danneville — du Poerier de Franqueville — M. Oury, n° 47 ; d'Ourville, n° 23 (Ecole laïque des garçons).

     Rue Carnot, les hôtels : de Thieuville — de Thiboutot — Breby Sainte-Croix — M. G. Lepetit, n° 25 ; de la Cour — M. l'abbé Poret, n° 47.

     Rue Saint-Malo, les hôtels : Gigault de Bellefonds — Le Roy du Campgrain — M. de la Moissonnière, n° 21 ; du Mesnildot Sainte-Colombe — Le Gardeur de Croisilles — M. Fabre, n° 36 (un cadran solaire porte la date 1760).

     Rue des Capucins, les hôtels : d'Harcourt — du Mesnildot, n° 12 (Ecole libre des garçons) ; Dursus — M. Boistard, n° 14 ; de Baudreville, n° 5 ; Ernault de Chantore, n° 17, où se passent plusieurs scènes du « Chevalier Destouches ».

     Rue Alexis-de Tocqueville, l'hôtel Prémère, n° 11.

     Rue Thiers, les hôtels : de Carmesnil, n° 46 ; de Trobriant

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— d'Espinose, n° 37 ; de Quierqueville — Ganilh [47]  — M. Lefèvre, n° 33.

Rue de l'Eglise

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     Rue de Cherbourg, n° 25, l'hôtel de Louvières, bâti en 1774 et acheté en 1824 par le général Meslin, n° 23.

     C'est donc avec raison que l'auteur de la Vieille France

Palais de Justice

(Normandie) [48], a écrit que « Valognes a conservé de grands hôtels des derniers siècles, à mine imposante et digne,

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ayant gardé quelque chose des perruques du grand siècle. De hautes murailles, des portes-cochères magistrales, qui sont des espèces de portes Saint-Martin particulières, de nobles frontons, des balustrades, d'immenses fenêtres, des balcons ventrus en fer forgé, tout est ample et solennel d'aspect dans ces demeures de noblesse, d'épée ou de robe ».

     Le XIXe siècle a doté notre ville du Palais de Justice, commencé en 1834, sur l'emplacement de l'ancien Hôpital général, et ayant coûté 107.474 francs ; l'Hôtel de la Sous-Préfecture, rue Carnot, n° 9, depuis 1840 (hôtel du Trésor-Clamorgan ; la Sous-Préfecture était auparavant dans l'hôtel de Thieuville ou de Thiboutot de 1829 à 1840, et dans l'hôtel de Bascardon, avant 1829). L'Hôtel de Ville, déjà indiqué sur le plan cadastral de 1812, faisait sans doute partie de l'ancien Hôpital général avant la Révolution. Le 26 août 1810, le Conseil municipal ordonna la démolition « des bâtiments formant en grande partie la clôture de l'Hôtel de Ville du côté de la rue Binguet ». Il est hors de doute que le plan projeté d'un hôtel de ville, place du Château, côté sud-est, mentionné sur la carte de Valognes en 1767, n'a jamais été mis à exécution.

ANCIENNE ADMINISTRATION MUNICIPALE.

     Nous avons trouvé dans l'acte de fondation de la Bibliothèque de Valognes par M. de Laillier, curé, en 1719, des détails assez curieux sur l'ancienne administration municipale. C'est ainsi que nous apprenons, par cet acte rédigé le 10 novembre « dans la chambre de l'Hôtel de Ville de Valognes », que : 1° « Jean-Charles Le Pigeon, escuyer, seigneur chastellain et patron de Magneville, conseiller du Roy, lieutenant ancien civil et criminel au

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bailliage de Costentin, pour le siège de Valognes, était maire de la ville de Vallogne et lieutenant-général de police des villes et vicomtés de Vallogne, Cherbourg et dépendances ; 2° du Mesnildot était premier échevin de la ville ; 3° Georges Vautier, sieur du Vaux-Bourg, était second échevin ; 3° Michel des Rosiers, capitaine de la milice bourgeoise, était troisième échevin ; 4° Jean Dubois, sieur de Vallemont, était quatrième échevin ; 5° enfin le sieur Jullien Hainneville est qualifié de « cy-devant maire alternatif de la dite ville et capitaine de la milice bourgeoise », (créée, on le sait, en 1698 et appelée depuis garde nationale). M. de Montaigu-Basan était maire de Valognes en 1699, lorsque mourut l'abbé de la Luthumière. M. Gravé de la Rive, nommé curé de Valognes en 1759, fut élu officier municipal la même année et réélu au même titre par le suffrage de ses concitoyens dans le mois de février 1790. Le maire était alors M. Sivard de Beaulieu, lieutenant-général au bailliage. Il eut pour successeurs MM. Revel, 1791 ; Guérin, 1793 ; Heurtevent, 1794 ; Le Bienvenu-Dutourp, 21 avril 1800 ; Pontas du Méril, 31 mai 1808 ; Gallis de Mesnilgrand, 10 juin 1813 ; L. du Mesnildot, nommé par le roi le 25 février 1816 ; P. du Méril, novembre 1817 ; Clamorgan, 1828. A partir de 1828, on trouve les autres maires de Valognes dans l'Annuaire de la Manche, fondé, à cette date, par M. Julien Travers, de Valognes.

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III.

VALOGNES ÉCONOMIQUE.

ANCIENS PRIVILÈGES.

     Dès les temps anciens, Valognes avait obtenu, pour le développement de son commerce, un privilège considérable. Ses habitants pouvaient dans toutes les foires et marchés du duché de Normandie acheter ou vendre des marchandises, « francs, quittes et exempts de payer au Roy aucuns travers, coustumes, passages et redevances » à cause de ces marchandises et denrées.

     Des difficultés s'étant élevées au sujet de cette exemption, une enquête judiciaire fut ouverte le 6 avril 1618. Les habitants produisirent en leur faveur de nombreux titres, dont le plus ancien émanait de Charles VI, en 1410 ; le lieutenant-général du bailliage de Coutances reconnut, par un arrêt du 6 avril 1618, l'existence de ces privilèges et ordonna que leurs titres seraient déposés dans le coffre du trésor de l'église de Valognes. L'original de ces pièces a été perdu, mais on en a retrouvé la copie dans le manuscrit de Mangon du Houguet, conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris.

     Ces « beaux droits, privilèges, libertez, franchises et exemptions de villes, foires et marchez du duché de Normandie », comme dit la lettre de confirmation accordée par Louis XIII en mars 1621, furent la cause la plus puissante de la prospérité du commerce de notre ville dans les siècles passés.

ANCIENNES INDUSTRIES.

     En 1494, « Jean Lenepveu, prestre, donna à l'église Saint-Malo une rente de 70 sols, à prendre sur le moulin

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à papier et sur la terre y joignant, héritages qu'en 1425, il fieffa au sieur Hanouel, à charge de payer la dite rente, héritages qui passèrent plus tard aux mains d'un sieur Desrosiers, qui, en 1586 le remit à Pierre et Georges Hanouel, lesquels firent du moulin à papier des moulins à grains ».

     « En 1494, Messire Jean Lenepveu fonda un office solennel de sainte Elisabeth, le 2 juillet, et donna 3 livres 10 sols à prendre sur un moulin à papier, sis sur la rivière de Gloire, jouxte la forêt de Brix ».

     En 1670, « Claude Gauvain ou Germain, marchand sellier, bourgeois à Vallognes, constituait sur tous ses biens, à la confrairie de M. Saint-Eloy, en l'église Saint-Malo, une rente de 40 sols, pour la somme de 36 livres qui lui furent présentement comptés par Richard Bourdon, Jacques Lefebvre, Guillaume Noel, Michel Bourget, gardiens-jurés du mestier de sellier ».

     En 1740, le journal des fondations dit que « des réserves des quêtes de saint Sébastien, on avait constitué 2.452 livres, 14 sols ». Parmi les personnes qui avaient perçu ces sommes partielles, on remarque une corporation dont l'industrie est maintenant à peine soupçonnée à Valognes, « celle de MM. les Estamiers ». Ils figurent pour une somme de 237 livres.

     Est-ce que la rue aux Magnens (rue Alexis-de Tocqueville) n'évoque pas le souvenir d'une autre corporation d'ouvriers travaillant le cuivre et tous groupés dans cette même rue ?

     En 1771, de Hesseln écrivait (p. 453) : « Le commerce de Valognes consiste en sa manufacture de draps et droguets : quoique beaucoup moins considérable qu'autrefois, elle est cependant très estimée. Tous les draps qui se fabriquent dans la presqu'île et même au delà sont ordinairement

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vendus au loin sous le nom de draps de Valognes. Les tanneurs de cette ville, qui occupent une rue isolée, nommée la rue du Grand Moulin (rue de l'Abattoir), font un assez bon commerce de cuirs qu'ils apprêtent. Il y a de plus une fabrique de gants, dont le débit est aussi considérable. Il se tient par an dans cette ville, deux foires de peu de conséquence. Il y a un marché à bled considérable tous les mardis [49], et un à beurre tous les vendredis ».

     Le Guide pittoresque du voyageur en France (Paris, Didot, 1836) dit, en parlant de Valognes, p. 43 : « Ses fabriques de draps ont disparu ; elle fait peu de commerce, et a peu de branches d'industrie : on y fabrique des chapeaux solides pour les hommes de la campagne, des dentelles et des blondes (dentelles de soie) estimées qui ont obtenu des médailles aux expositions. Le nombre des ouvrières employées à la dentelle est d'environ 150, dont 50 à l'hospice et 100 au bureau de Charité ».

LA PORCELAINE DE VALOGNES.

     M. R. de Brébisson a publié, dans les Mémoires de la Société Archéologique de Valognes, t. V, pp. 101 à 148, une intéressante Histoire de la Porcelaine de Valognes,

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qu'il faut lire intégralement. Cette manufacture fut installée à Valognes en 1792. Le premier directeur fut M. Le Tellier de la Bertinière. Le second fut M. Le Masson des Pieux. Il obtint du Directoire, vers 1795, la concession du Couvent des Cordeliers pour y établir sa manufacture, dans laquelle il n'employait que le kaolin des Pieux (formant de la porcelaine qui avait l'avantage d'aller au feu). Le troisième directeur fut Edme-Louis Pelouze, de Paris (devenu plus tard secrétaire de la Sous-Préfecture de Valognes, et père du célèbre chimiste Théophile-Jules Pelouze). Il fut remplacé, en 1802, par M. Joachim Langlois qui ne tarda pas à avoir à son service douze peintres et doreurs, dont quelques-uns avaient travaillé à Sèvres et étaient de véritables artistes. Les deux plus habiles décorateurs dont on a conservé les noms étaient MM. Zwinger et Camus. Outre le personnel artistique, la manufacture employait quatre-vingt-six ouvriers et deux fours étaient en activité. Mais la vente devint trop peu rémunératrice et M. Langlois dut fermer les portes de la manufacture de Valognes, en 1812. Il alla s'établir à Bayeux, dans l'ancien couvent des Bénédictines où il fonda la manufacture actuelle de porcelaine de Bayeux, qui n'est, à vrai dire, que la continuation de celle de Valognes.

     Parmi les produits encore existants de la manufacture de Valognes, citons les sept statues conservées dans l'église Notre-Dame d'Alleaume. Elles ont été exécutées en kaolin des Pieux par Moreau en 1806. Elles sont de deux morceaux, sauf celle de saint Pierre qui est de trois pièces. Au maître-autel [50] se trouvent les statues de saint Martin et saint Joseph (remarquable), hauteur 1m50 chacune ; puis celles de sainte Geneviève et de saint Pierre, 1m45 de haut chacune. Sous la retombée de l'arc triomphal, côté de

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l'épitre, statue de Notre-Dame d'Alleaume ; dans le transept sud, la belle statue de sainte Madeleine pleurant ses péchés. Enfin la statue de saint Maur vient d'être gracieusement offerte au Musée de notre ville.

     On voit en outre dans ce même musée : un joli médaillon de Louis XVI, de 0m06 de diamètre et un magnifique plat sur lequel on présenta les clefs de la ville à Napoléon Ier lors de son passage à Valognes, le 26 mai 1811.

     En haut, on lit cette devise : « Rien ne résiste à ses armées, tout cède à son génie » ; et dans le marli : « Manufacture de porcelaine de Valognes ». Tout le décor est en or. Diamètre 0m29. M. de Brébisson cite enfin les collections de porcelaine de Valognes de M. Le Cavelier, de Caen ; de M. Villers, de Bayeux ; de Mmes Clamorgan et Gallemand, de Valognes ; de M. Rochette de Lempdes, de Valognes ; de M. le baron de Montrond, de Versailles.

LES PAUVRES AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI.

     La situation matérielle des gens du peuple n'était pas mauvaise à Valognes dans les siècles passés : il y avait moins de pauvres qu'aujourd'hui. Cela s'explique par un ensemble de faits, qui, chez nous, combattaient la pauvreté en concentrant dans la localité la dépense et le travail : d'abord une multitude de familles riches dont les serviteurs étaient très nombreux et dont les grandes fortunes se consommaient sur place ; relations extrêmement difficiles avec les autres villes, auxquelles on demandait à peine les matières premières pour les diverses industries ; de là, un très grand nombre d'ouvriers dans tous les genres, depuis la tête jusqu'aux pieds, occupés à façonner tous les objets de luxe ou de nécessité, concernant les vêtements (toiles, draps, droguets, gants, tanneries et mégisseries), l'orfèvrerie, la carrosserie, les ameublements, la construction

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avec les belles pierres de Valognes et d'Yvetot, et autres industries, même la fabrication du papier. Le travail, sous tant de formes, présentait trop de facilité et d'excitations à l'ouvrier pour laisser grande place à la fainéantise et à la misère qu'elle engendre. Les sources locales du travail abondant sur place, celles de la pauvreté s'y tarissaient dans une proportion inverse. Si donc, dans un avenir plus ou moins éloigné, les populations peuvent être, par bonheur, détournées de la centralisation industrielle, et qu'elles puissent, chacune chez elle, produire, vendre, ou au moins acheter et confectionner les objets de la consommation générale, les campagnes et les villes ne feront que reproduire l'oeuvre de nos devanciers et probablement n'en seront pas plus à plaindre.

     Maintenant notre ville, et généralement toutes les petites villes de province, notre ville surtout, n'est plus qu'une suite de maisons, posées les unes auprès des autres. Le lien qui les unissait autrefois par la production et la vente, le travail et le salaire, n'existe presque plus aujourd'hui. Le pain nous viendra bientôt du dehors, comme la chaussure et les chapeaux ; et c'est précisément pour cela qu'il faut que la moitié de la population nourrisse l'autre moitié, à laquelle on serait, vu l'état des choses, bien embarassé de procurer la ressource du travail, en dehors de l'industrie beurrière, puisque les carrières, autrefois si nombreuses, n'occupent plus qu'un nombre très restreint d'ouvriers.

INDUSTRIE BEURRIÈRE.

     Il y a à Valognes, rue de Poterie, n° 24, une des plus importantes beurreries de France, fondée en 1865 par MM. Adolphe et Eugène Bretel, les propriétaires actuels, dans le but de se livrer à la préparation des beurres d'Isigny, de

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Normandie et autres lieux, pour l'exportation, sur une très grande échelle, dans les colonies françaises et dans le monde entier. Cette maison a obtenu de nombreuses récompenses dans les diverses expositions de Paris (1878, 1889, 1900), de Dublin (1884), de Moscou (1891), de Chicago (1893) et d'Hanoï (1902).

     Au début l'industrie beurrière, toute nouvelle en France, n'était pas encore connue ; aussi, la maison Bretel frères n'expédiait-elle que quelques milliers de colis dans le cours d'une année ; aujourd'hui elle produit une moyenne journalière de 40.000 kilogr. de beurre, soit plus de 13 millions de kilogr. par an, et elle expédie annuellement 900.000 colis, représentant plus de 29 millions de francs, dont 24 millions de francs pour l'exportation.

     Les magasins sont aménagés avec les derniers perfectionnements et suivant les besoins des divers pays d'exportation. Des ateliers spéciaux sont installés pour la préparation du beurre et la mise en boîtes en fer blanc, — ou « tins » comme disent les Anglais, — pour les beurres destinés à l'exportation dans les pays d'outre-mer. Ces ateliers et tous les bâtiments sont éclairés à l'électricité obtenue par l'usine elle-même, ce qui du reste n'offre aucune difficulté avec une force motrice de 350 chevaux-vapeur produisant 20.000 wats électriques. L'outillage, approprié aux besoins de l'industrie, est tout moderne et se renouvelle sans cesse à chaque perfectionnement. Les ouvriers et ouvrières employés dans l'établissement sont au nombre de 260.

     La maison Bretel frères possède un service de wagons frigorifiques pour le transport de ses beurres par les voies ferrées, et deux steamers destinés au cabotage et au transport de ses beurres aux ports du Havre et de Dunkerque pour le transit avec les grandes lignes de navigation. Ajoutons

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qu'elle est admirablement située, au centre des pays de production du meilleur beurre et à proximité des ports de Cherbourg et de Saint-Vaast-la-Hougue, lui donnant la facilité de faire l'exportation de ses produits dans d'excellentes conditions et avec un minimum de frais qui lui permet de lutter victorieusement contre la concurrence étrangère [51], pourtant déjà si formidable et de jour en jour plus menaçante.

MARCHÉS ET FOIRES.

     En 1903, les marchés du mardi se sont bien maintenus, quoique le marché aux grains ait toujours une tendance à diminuer. Ceux du vendredi ont été