FÉVRIER. Signe les PoissonsLe soleil entre dans les Poissons le 18, à 5 h. 26 m. soir. Pleine Lune le 7, à 11 h. 25 m. matin. Dernier Quartier le 15, à 4 h. 12 min. matin. Nouvelle Lune le 23, à 1 heure 39 min. matin.
MARS. Signe le Bélier.Le soleil entre dans le Bélier le 20, à 5 h. 23 m. du soir. Premier Quartier le 2, à 0 heure 12 min. matin. Pleine Lune le 9, à 1 heure 11 m. matin. Dernier Quartier le 17, à 0 heure 48 min. matin. Nouvelle Lune le 24, à 2 heures 15 min. soir. Premier Quartier le 31, à 6 heures 59 m. matin.
AVRIL. Signe le Taureau.Le soleil entre dans le Taureau le 20, à 5 h. 33 m. matin. Pleine Lune le 7, à 3 h. 59 min. soir. Dernier Quartier le 15, à 7 heures 17 min. soir. Nouvelle Lune le 23, à 0 heure 3 min. matin. Premier Quartier le 29, à 2 h. 27 min. soir.
MAI. Signe les Gémeaux.Le soleil entre aux Gémeaux le 21, à 5 h. 43 m. du matin. Pleine Lune le 7, à 7 heures 16 min. matin. Dernier Quartier le 15, à 10 heures 40 min. matin. Nouvelle Lune le 22, à 7 heures 46 min. matin. Premier Quartier le 28, à 11 heures 33 min. soir.
JUIN. Signe l'Ecrevisse.Le soleil entre dans l'Ecrevisse le 21, à 2 h. 16 m. du soir. Pleine Lune le 5, à 10 heures 36 min. soir. Dernier Quartier le 13, à 10 heures 33 min. soir. Nouvelle Lune le 20, à 2 heures 28 min. soir. Premier Quartier le 27, à 10 heures 53 min. matin.
JUILLET. Signe le Lion.Le soleil entre dans le Lion le 23, à 1 h. 9 m. du matin. Pleine Lune le 5, à 1 heure 38 min. soir. Dernier Quartier le 13, à 7 heures 17 min. matin. Nouvelle Lune le 19, à 9 heures 25 min. soir. Premier Quartier le 27, à 0 h. 45 min. matin.
AOUT. Signe la Vierge.Le soleil entre dans la Vierge le 23, à 7 h. 36 m. du m. Pleine Lune le 4, à 4 heures 1 min. matin. Dernier Quartier le 11, à 1 heure 42 min. soir. Nouvelle Lune le 18, à 5 heures 42 min. matin. Premier Quartier le 25, à 5 heures 5 min. soir.
SEPTEMBRE. Signe la Balance.Le soleil entre dans la Balance le 23, à 4 h. 13 m. du m. Pleine Lune le 2, à 5 heures 27 min. soir. Dernier Quartier le 9, à 7 heures 5 min. soir. Nouvelle Lune le 16, à 4 heures 11 min. soir. Premier Quartier le 24, à 11 heures 33 min. matin.
OCTOBRE. Signe le Scorpion.Le soleil entre dans le Scorpion le 23, à 0 h. 26 m. du soir. Pleine Lune le 2, à 5 heures 42 min. matin. Dernier Quartier le 9, à 0 heure 53 m. du matin. Nouvelle Lune le 16, à 5 heures 22 m. matin. Premier Quartier le 24, à 7 heures 13 min. matin. Pleine Lune le 31, à 4 h. 56 min. soir.
NOVEMBRE. Signe le Sagittaire.Le soleil entre dans le Sagittaire le 22, à 9 h. 3 m. du m. Dernier Quartier le 7, à 8 heures 32 min. matin. Nouvelle Lune le 14, à 9 heures 22 min. soir. Premier Quartier le 23, à 2 heures 34 min. matin. Pleine Lune le 30, à 3 heures 34 min. matin.
DÉCEMBRE. Signe le Capricorne.Le soleil entre dans le Capricorne le 21, à 9 h. 51 m. soir. Dernier Quartier le 6, à 7 heures 2 min. soir. Nouvelle Lune le 14, à 3 heures 47 min. soir. Premier Quartier le 22, à 7 heures 50 min. soir. Pleine Lune, le 29, à 2 h. 10 m. soir.
STATISTIQUE ROUTIÈRE
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| Sable d'alluvion | 20 | kilog. | 868 | de tubercules. |
| Sable tourbeux très-sec | 26 | 768 | — | |
| Argile sableuse | 22 | 568 | — | |
| Terre calcaire | 18 | 908 | — |
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Ces produits nous ont été fournis par huit tubercules, pesant chacun environ 60 grammes.
D'où il suit que ce sont les terrains secs et légers qui conviennent à cette plante.
La difficulté que l'on éprouve à détruire complètement le topinambour dans le sol où on l'a cultivé, a engagé le plus grand nombre des cultivateurs de l'Alsace à ne pas le faire entrer dans les assolements réguliers.
Ils lui consacrent, pour un certain nombre d'années, un terrain spécial, comme on le fait pour les prairies artificielles de longue durée, la luzerne, le sainfoin, avec lesquels on pourrait le faire alterner. L'Alsacien Kade a vu le même terrain produire, chaque année, pendant trente ans, une récolte passable de tiges et de tubercules de cette plante, bien qu'il n'eût reçu depuis long-temps ni culture, ni engrais. Toutefois, si l'on veut en obtenir de bons produits, il sera utile de replanter tous les deux ans, et de fumer seulement tous les quatre ans.
Si cependant on voulait faire entrer cette récolte dans un assolement régulier, voici, d'après M. Yvart, la meilleure rotation : première année, topinambour, après labour et engrais ; deuxième année, céréale de printemps, avec prairie artificielle. Dans les labours et hersages, on ramasse soigneusement les tubercules et racines de topinambour qui ont échappé ; plus tard, il est indispensable de détruire les nouvelles pousses à l'échardonnette : troisième année, prairie artificielle ; quatrième année, céréale d'hiver.
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On prépare le sol pour les topinambours de la même manière que pour les pommes de terre ; on fume aussi de même. Toutefois, ainsi que nous venons de le dire, cette plante est moins exigeante que la pomme de terre quant à la fumure ; mais elle en supporte aussi davantage, sans que son produit en souffre.
On peut commencer à planter les topinambours dès la fin de l'hiver, aussitôt que le temps et les travaux le permettent. Cette opération doit être terminée, au plus tard, à la mi-avril, parce que la végétation très-précoce de cette plante en souffrirait. Comme les tubercules ne craignent pas la gelée, on pourra aussi les planter l'hiver. Ce procédé devra même être préféré dans les terrains secs, où l'on n'a pas à redouter l'humidité. On diminuera ainsi la somme des travaux toujours trop nombreux au printemps, et les plantes n'en seront que plus vigoureuses dans ces terrains.
On peut employer pour la plantation, avec le même succès, les tubercules de toutes grosseurs. On peut même se servir de tubercules fanés, pourvu qu'on les fasse tremper dans l'eau deux jours avant de les planter. Les expériences de Kade démontrent que la plantation de morceaux de tubercules n'a pas le même succès que pour la pomme de terre ; on devra donc choisir des tubercules entiers.
Le mode de plantation des topinambours est semblable à celui de la pomme de terre ; seulement ils doivent être
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placés à une profondeur d'un tiers moins considérable. Si l'on emploie de petits tubercules, il est nécessaire d'en mettre deux ou trois à la même place. L'espace à réserver entre chaque tubercule doit être aussi plus considérable que pour la pomme de terre, parce que la plante prend plus d'espace. En Alsace, on met les plantes à un mètre en tous sens.
Comme toutes les plantes largement espacées, celle qui nous occupe demande des façons d'entretien destinées à maintenir le sol en bon état et à favoriser la végétation. Un premier binage est donné aussitôt que la terre commence à se salir de mauvaises herbes. On répète ensuite cette opération aussi souvent que l'état de la terre et les bras dont on dispose peuvent le permettre. Ces opérations sont pratiquées avec la houe à cheval, la première année qui suit la plantation, parce que les lignes formées se sont conservées ; mais cette régularité disparaîtra les années suivantes, si on laisse le champ sans le replanter à neuf. On sera alors obligé de donner ces binages à bras d'homme. Il faudra, dans ce cas, supprimer en même temps les tiges trop rapprochées, afin que les plantes ne s'affament pas réciproquement. Un ou deux buttages seront aussi nécessaires pour favoriser le nombre des tubercules. Si l'on tenait plus à l'abondance du feuillage qu'à la quantité du produit souterrain, on pourrait se dispenser de ce dernier travail.
La récolte des tiges et celle des tubercules n'ayant pas lieu au même moment, on doit les étudier séparément.
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La récolte des tiges destinées à servir de fourrage sec sera faite vers la seconde moitié de septembre : plus tôt, on nuirait beaucoup à la formation des tubercules, et les feuilles seraient moins nourrissantes ; plus tard, l'humidité de la saison ne permettrait pas de faire sécher convenablement les tiges. Pour couper ces tiges, on se sert d'une faucille un peu plus forte que celle employée ordinairement, et on les tranche à 30 centimètres du sol environ. Aussitôt les tiges coupées, on les lie en bottes de 25 à 30 centimètres de diamètre, en évitant de les serrer beaucoup ; on pose ces bottes debout par faisceaux de sept. Après une huitaine de jours, et lorsque les feuilles sont bien sèches à l'extérieur des bottes, on défait les faisceaux, puis on les réunit trois par trois, en tas de vingt-une bottes. Quatorze bottes sont disposées en faisceaux ; les sept autres, la coupe en haut et fortement liées vers cette coupe, sont placées par-dessus en forme de toit pointu. Ainsi disposés, les tas atteignent le plus grand degré possible de siccité, sans craindre le temps le plus défavorable.
La récolte des tubercules peut être effectuée, sans inconvénient, de la fin d'octobre au milieu d'avril, puisque nous avons dit que cette partie de la plante ne redoute nullement les hivers les plus rigoureux. Il s'ensuit donc qu'au lieu de se pourvoir de caves, de silos, comme cela est indispensable pour les autres racines, on peut récolter au fur et à mesure du besoin. Loin d'éprouver de dommages, les tubercules laissés dans le sol jusqu'à la fin de l'hiver continuent de s'accroître, ainsi que le démontrent les observations de Schwerz. Le grand ennemi des topinambours, pendant l'hiver, est l'humidité qui les fait pourrir. On ne pourra donc profiter des avantages de la
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récolte long-temps prolongée que dans les terrains secs, et l'on sera forcé de récolter à la fin de l'automne dans les sols humides.
Quant à la manière de déterrer les tubercules, elle est la même que celle employée pour la pomme de terre ; seulement il faut avoir soin de recueillir avec la plus grande attention tous les tubercules et les racines qui saliraient la récolte suivante, à moins toutefois que le terrain ne soit destiné à une semblable production pendant plusieurs années de suite : dans ce cas, ce qui restera dans le sol servira d'ensemencement pour l'année suivante.
Quoiqu'on puisse ne récolter les topinambours qu'à mesure des besoins dans les terrains secs, il faudra cependant profiter des dégels successifs pour en faire de petites provisions pendant le temps où la terre sera fermée par la gelée. On suivra le procédé suivant pour conserver ces tubercules, ainsi que ceux qu'on sera obligé de récolter, dès l'automne, dans les sols humides. Il suffira d'en faire un tas et de les couvrir de terre, car ils ne sont altérés par le froid qu'autant qu'ils sont exposés à l'air libre. Là, on les prend à mesure du besoin ; on les fait dégeler s'ils sont gelés, puis on les fait consommer immédiatement.
Le rendement du topinambour s'élève, en moyenne, d'après Schwerz et Kade, déduction faite de la partie non mangeable des tiges, à 7,500 kil. de fanes sèches par hect.
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Quant aux tubercules, voici le rendement constaté en Alsace :
| hect. — kilog. — Autorités. | |
| Terres sablonneuses | 128 — 10,240 — Schwerz. |
| Sol de 1re qualité | 319 — 35,520 — Kade. |
| A Béchelbronn (moyenne) | 330 — 26,400 — Lebel et Boussingault. |
| A Bechelbronn (récte de 1939-40) | 441 — 35,272 id. |
On voit que, généralement, le produit en tubercules est plus considérable pour le topinambour que pour la pomme de terre, puisque cette dernière ne fournit, en moyenne, que 271 hectolitres par hectare.
Le maïs, cultivé comme fourrage vert, est appelé à rendre, dans beaucoup de localités, d'importants services pour la nourriture des bestiaux. Ce n'est pas, toutefois, une culture nouvelle, même dans les contrées aussi peu favorisées que la nôtre par le climat : ainsi l'Alsace, la Bretagne ont, depuis plusieurs années déjà, adopté cette récolte ; mais il importe, selon nous, de la voir s'étendre davantage.
Parmentier était d'avis que le maïs égalait les meilleures plantes fourragères pour la formation des prairies artificielles de courte durée. Cette plante plaît à tous les bestiaux, et leur fournit une abondante nourriture pendant plusieurs mois de l'été. Les boeufs et les vaches en sont particulièrement avides, et le lait de ces dernières, d'après Bosc et Parmentier, devient alors plus abondant, et surtout plus sucré et d'un goût plus délicat.
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Voici comment s'exprime le savant Parmentier au sujet du maïs considéré comme plante fourragère :
« Il n'y a pas de meilleur grain que le maïs pour en former des prairies artificielles ; sa végétation est prompte, et la plante foisonne en herbe. Toutes les terres, pourvu qu'elles soient meubles et qu'elles aient un peu de fond, lui conviennent. Celles qui ont rapporté du seigle, du lin, de l'orge, de la navette, les jachères même, quoique déjà fumées, pourraient y être consacrées sans nuire aux récoltes futures ; car ni le sol ni l'engrais ne sauraient être épuisés par une plante qui y séjourne aussi peu de temps, qu'on se hâte de couper avant la fructification, et dont la racine flexible et succulente, se pourrissant aisément, rend à la terre au moins l'équivalent de ce qu'elle a reçu. Je le répète, le maïs-fourrage réunit le double avantage de plaire à tout le bétail et de le conserver dans un état de vigueur et de santé si nécessaire, surtout pour le renouvellement de l'espèce. »
« Un champ ensemencé dru pour fourrage vert, dit Yvart, fauché au moment où la panicule paraît, présente la prairie la plus élevée, la plus abondante et la plus nourrissante qu'il soit possible de voir, et devient, pendant une grande partie de l'été, une des principales nourritures des chevaux de labour ; mais, pour qu'ils la mangent bien, les vieux principalement, qui en sont avides, ainsi que les autres bestiaux, il faut nécessairement qu'elle soit semée très-dru, et que l'herbe en soit fauchée de bonne heure ou broyée un peu lorsque les tiges en sont durcies. On pourrait aussi la convertir en fourrage sec pour l'hiver ; mais l'épaisseur des tiges en rend le fanage long et difficile, et il est toujours plus avantageux de la consommer en vert. »
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M. Bonafous, qui a tant écrit sur le maïs, recommande aux cultivateurs son emploi pour former des prairies temporaires, non-seulement dans les pays méridionaux, mais dans les contrées où le climat ne permet pas au maïs de fructifier. Aucune céréale n'offre au bétail un aliment plus savoureux.
Toutes les variétés de maïs ne conviennent pas également pour cet usage : on devra choisir de préférence celles qui acquièrent de grandes dimensions, et dont le feuillage offre le plus d'abondance et d'ampleur. Le grand maïs blanc est une des variétés qui paraît remplir le mieux ces conditions.
Quoique cette plante puisse donner des produits abondants dans tous les terrains, on devra cependant préférer, dans notre contrée, les sols chauds et légers, où elle aura moins à craindre une insuffisance de température pendant la végétation.
On pourra, dit M. Vilmorin, lui faire occuper une partie de la sole des jachères, en la semant successivement tous les vingt jours, depuis le milieu du mois de mai jusqu'à la mi-juillet ; on se procurera ainsi, pendant trois à quatre mois, une abondance du meilleur fourrage vert qui existe. Il y aura plus d'avantage encore, selon nous, à employer cette plante comme récolte dérobée, en la faisant succéder au trèfle incarnat ou au seigle.
Le sol ayant été suffisamment ameubli et fumé, si déjà il ne l'a été suffisamment lors de sa préparation pour la récolte précédente, on répand les semences en lignes, distantes de 60 cent. ; les graines doivent être placées à 8 cent. environ les unes des autres, et sont enterrées à 3 cent. de profondeur. On emploie ainsi 2 hect. de semence
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par hectare. Il faudra toujours préférer les semences les plus nouvellement récoltées ; on obtiendra plus de feuillage et une végétation plus prompte.
Un cultivateur de la Vendée sème le maïs en pépinière, et le repique successivement pendant les trois premiers mois de l'été. Ce procédé pourra être préféré à l'ensemencement à demeure dans les sols froids et compactes, où la germination se fait toujours lentement.
Pendant la végétation, cette plante doit recevoir deux ou trois binages, avec la houe à cheval, entre les rangs, et avec la binette à main sur la ligne ; on lui applique, en outre, un buttage lorsqu'elle a atteint la moitié environ de son développement.
Dès que les épis mâles commencent à montrer leur pointe au sommet des plantes, on peut commencer la coupe, et successivement, jusqu'à la pleine floraison. Il faut faire en sorte de ne pas dépasser ce point, car alors les tiges deviennent trop dures et le sol se trouverait trop épuisé. Si l'on ne pouvait faire consommer toute la récolte en temps convenable, on ferait sécher l'excédant, qui serait une très-bonne nourriture pour l'hiver. Ce fourrage se conserve de bonne qualité pendant deux ou trois ans ; mais il exige beaucoup plus de temps que le foin pour être parfaitement desséché. Le fauchage des tiges doit se faire deux fois par jour : le matin après la rosée, le soir une heure ou deux avant le coucher du soleil. Il faut bien se garder de couper le maïs en vert au milieu de la journée, surtout lorsque le soleil domine, car il s'échauffe facilement ; dans cet état, ou il est refusé par les bestiaux, ou il les expose à des maladies.
Pour peu que la saison soit propice, on pourra faire
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plusieurs coupes successives, selon la nature du sol et les circonstances atmosphériques. La chaleur et l'eau influent plus sur cette graminée que sur beaucoup d'autres, et elle est d'ailleurs si sensible au froid, qu'il faut se hâter de faucher la prairie aussitôt que les gelées menacent la plante, sans attendre que le besoin détermine la coupe. Quelques cultivateurs, au lieu de faucher le maïs à l'arrière-saison, le retournent à la charrue ou à la bêche, afin de préparer le sol à une nouvelle culture. Lorsque la grêle a frappé le maïs, il faut se presser de faucher la prairie ; les plantes repoussent du pied, et donnent encore un produit satisfaisant.
Le rendement de l'hectare de maïs, cultivé comme nous venons de l'indiquer, peut s'élever en moyenne, d'après l'agronome allemand Burger, à 18,000 kilog. de fourrage vert, ou à 6,000 kilog. de fourrage sec ; rendement considérable, puisqu'il dépasse le produit habituel des bons trèfles.
M. Bonafous affirme qu'une prairie de maïs, de l'étendue d'un demi-hectare, peut donner, en moyenne, 30,000 kil. de fourrage vert, et que cette quantité, quand elle est desséchée, se trouve réduite à 7,500 kilog. Les cultivateurs de Savoie estiment qu'une surface de 16 ares leur donne, en fourrage vert, un produit équivalent à 2,000 kilog. de luzerne sèche.
La paille de maïs, quoique dure, est très-recherchée des animaux ; et si l'on pouvait, dit M. Lecoq, évaluer ses qualités nutritives par les quantités de matière soluble qu'elle renferme, ce serait certainement une des meilleures pailles qu'on puisse leur offrir.
Nous commençons ce chapitre, consacré aux Mélanges d'agriculture, par un fragment de la discussion ouverte au Congrès central d'agriculture, l'année dernière, sur la police et le régime des eaux. Le rapport, qui a donné lieu à cette discussion, avait été fait par M. Amédée Thierry, ancien préfet, membre de l'Institut ; rapport qui avait été longuement discuté dans le sein d'une Commission spéciale. L'extrait qui va suivre nous paraît offrir quelques faits intéressants.
M. de Buzonnière dit que l'établissement des canaux et des chemins de fer exigeant des parcours presque horizontaux, nécessite souvent, lorsque les terres des déblais sont insuffisantes pour les remblais, des emprunts, c'est-à-dire des fouilles dont le produit sert à compléter le déficit. Ces fouilles ou chambres d'emprunt sont ensuite abandonnées par les entrepreneurs, et deviennent le réceptacle d'eaux croupissantes et infectes. L'insertion d'une clause nouvelle dans les cahiers des charges pourrait remédier à ce grave inconvénient. M. de Buzonnière n'en fait pas l'objet d'une proposition formelle ; il a seulement voulu appeler l'attention du Congrès sur ce point, qui intéresse la santé des habitants des campagnes, et le signaler à la sollicitude du Gouvernement.
M. A. Dumont a l'intention de se placer au point de vue des inondations. Les calamités dont la France a été témoin
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cette année prêtent une triste et pressante actualité à cette face de la question. L'on a beaucoup parlé du déboisement comme cause du mal, et du reboisement comme remède. M. Dumont pense que l'on s'est exagéré l'influence de l'un et de l'autre. Pour les petits cours d'eau qui prennent naissance sur le flanc des montagnes, le déboisement peut avoir changé leurs conditions primitives ; mais il n'a rien produit sur nos fleuves et nos grandes rivières, et, quant au reboisement, si c'est un remède, c'est en tout cas un remède dont il faudra long-temps attendre les bienfaits. Si d'ailleurs on compare les surfaces à reboiser avec l'immense étendue du bassin de nos grands fleuves, lorsque l'on sait, par exemple, que la surface à reboiser est évaluée à 12,000,000 hectares dans toute la France, tandis que le bassin du Rhône contient à lui seul 8 à 10 millions d'hectares, on se demande en conscience si ce remède, déjà si lent, serait encore bien efficace. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher un abri contre la nouvelle invasion du fléau des inondations ; c'est dans des travaux défensifs, entrepris après des études générales comprenant dans leur ensemble tout le cours d'un fleuve et de ses affluents ; c'est dans la mission donnée au Gouvernement de diriger ces travaux, non plus sous des influences locales et souvent contradictoires, mais dans la plénitude de sa liberté et sans que rien puisse gêner son action tutélaire. M. Dumont cite l'exemple des travaux entrepris dans la vallée du Pô, à l'aide desquels on a conquis sur le fleuve les terres les plus fertiles et les plus chères de la Lombardie, et l'impuissance où l'on eût été d'obtenir ces résultats gigantesques si l'on eût eu à compter avec des associations locales, sans vues d'ensemble, et préoccupées d'un
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intérêt restreint et borné. Si l'on veut des syndicats, du moins que ce soient des syndicats généraux ; que des réglements d'administration publique pourvoient à la construction des grands travaux ; que de vastes associations soient formées pour l'entretien et la conservation ; que des services spéciaux soient institués pour la surveillance des digues : tel est l'ensemble du système que M. Dumont croit nécessaire pour obtenir de grands résultats.
Passant à ce qui concerne les petits cours d'eau, M. Dumont croit la législation qui les régit suffisante en elle-même ; il ne s'agit que de la coordonner et de la rendre applicable par des allocations de fonds, car toutes les améliorations, avant de se traduire en richesses créées, se présentent sous forme de dépenses, et tous les départements ne sont pas assez heureux pour pouvoir, comme la Sarthe, suffire à l'ouverture de crédits importants.
M. de Tracy prie instamment le Congrès de résister aux séductions que pourrait lui offrir le talent avec lequel le préopinant vient de développer un système, selon lui, beaucoup trop absolu. Sans doute avec les digues on pare souvent au mal ; mais souvent aussi on crée pour l'avenir des dangers irremédiables. En effet, les détritus que les eaux entraînent avec elles dans leur cours ne trouvant plus à se répandre, tendent à élever constamment le lit des fleuves, et de là résulte la nécessité d'élever successivement et incessamment les digues ; alors les plaines où les eaux allaient naturellement porter un limon bienfaisant se convertissent en cloaques infects et pestilentiels : c'est malheureusement le résultat de tous les travaux exécutés sur les rivières, que de rendre pire la condition des riverains. Ainsi les ponts qui les traversent, les chaussées
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qui servent d'abords à ces ponts, resserrent les eaux et leur donnent une force et une puissance à laquelle rien ne peut résister. Des calculs assez précis portent l'élévation du lit des fleuves endigués à un mètre par siècle. Si ce n'est rien pour nous, c'est beaucoup pour nos neveux, et notre devoir est de les sauvegarder des fautes dont nous pouvons avoir souffert. Du reste, M. de Tracy n'entend pas s'opposer aux termes des conclusions proposées ; mais il ne veut pas que la question soit considérée comme résolue en faveur d'un système absolu d'endiguement.
M. Thomas laisse de côté les irrigations, le régime des eaux et l'endiguement, pour s'occuper spécialement du reboisement.
Les inondations tiennent non-seulement au déboisement, mais au traitement des bois. Les eaux pluviales sur une forêt essartée coulent sans obstacles, tandis que sur les forêts vierges elles sont arrêtées par les morts-bois, les herbes et autres plantes parasites, et traversent les couches perméables du sol. Les inondations étaient rares avant 1700 ; il y en a eu trois depuis 1800. L'exploitation précoce des bois est une méthode funeste. Ils savent bien se débarrasser eux-mêmes de leurs parasites. Essarter, élaguer, jardiner, c'est agir comme le médecin qui saigne et resaigne son malade.
M. Thomas déplore la manie d'imitation qui a engagé nos forestiers à aller en Allemagne chercher de détestables méthodes, lorsqu'ils avaient sous les yeux les vénérables exemples de nos anciens grands-maîtres. Il appelle le concours de tous les bons citoyens pour condamner, pour proscrire un système qui fera disparaître
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du sol français toutes ces belles et antiques forêts qui faisaient sa richesse.
Le bois est le meilleur, le plus efficace remède aux inondations ; et, dès-lors, le Gouvernement doit, par tous les moyens possibles, favoriser le repeuplement de nos massifs forestiers appauvris, et le reboisement des crêtes dénudées.
M. de Gasparin ne conteste pas la justesse relative des observations de M. Thomas ; mais il veut répondre surtout aux idées développées par M. Dumont, et faire observer que si les crues d'eau subites causent d'affreux ravages et rendent le sol improductif pour plusieurs années, en le bouleversant ou en l'engravant, les inondations lentes sont souvent un élément de richesses et de fécondation. Aussi pense-t-il qu'il serait important d'étudier comparativement le système des digues continues et celui des digues discontinues : ces dernières ont l'avantage d'arrêter le cours du flot, sans empêcher les eaux de s'épandre, et, par conséquent, sans occasionner tous les inconvénients attribués à l'endiguement continu. Cela ne veut pas dire que là où le système d'endiguement continu a été mis en pratique, il faille y renoncer, il faille détruire les travaux existants, pour en exécuter d'autres ; mais il faut provoquer des expériences, des études sérieuses, et nous garder ainsi, s'il est possible, de léguer à nos neveux des maux dont nous avons eu à gémir nous-mêmes.
M. de Labertoche revient sur le système de participation forcée, tel qu'il est conçu en Belgique ; car, d'un côté, s'il ne faut pas adopter aveuglément les systèmes pratiqués chez nos voisins, il faut savoir leur emprunter
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ce qu'ils appliquent de bon et d'utile, et pourvoir ainsi aux voies et moyens.
La participation forcée est juste ; elle est nécessaire, elle est possible. Elle est juste, puisque le riverain profite des travaux ; elle est nécessaire, puisque l'Etat ne peut tout faire ; elle est possible en entrant dans le système des annuités, puisque le revenu paie la dépense. Il attache donc une haute importance à ce que le Congrès émette un voeu à cet égard.
M. A. de Girardin s'étonne que, dans toutes les propositions que l'on fait, on ne s'inquiète pas le moins du monde de l'accroissement des dépenses. Le budget est de 1,545 millions, et il est insuffisant ! Trouve-t-on les impôts trop légers ? Veut-on qu'on les augmente encore ? Non, sans doute. Il faut donc alors diminuer les dépenses gouvernementales pour augmenter les dépenses utiles ou profitables. C'est-là le point de départ de toute amélioration ; sans cela, il en sera des eaux comme des forêts, comme des bestiaux, comme de toutes les améliorations enfin qui exigent un sacrifice de la part de l'Etat, et devant lesquels il recule faute de fonds pour y satisfaire.
M. l'abbé Fleurimont veut envisager la question au point de vue purement agricole, et il appelle l'attention du Congrès sur les idées développées dans une brochure publiée par M. Polonceau. Les moyens que M. Polonceau propose sont à la portée de tout le monde ; ils n'exigent pas de grandes dépenses, et, avec un peu de travail, il est certainement possible, non-seulement d'arrêter les masses d'eaux pluviales qui lavent le sol des terrains en pente et l'appauvrissent tous les jours, mais encore de
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donner à ces terrains une valeur bien supérieure à celle qu'ils ont jamais eue. C'est donc tout à la fois et porter remède à un mal existant, et créer un bien que nous laissons perdre.
Il suffit pour cela de creuser des rigoles transversales, à faibles pentes, se déversant les unes dans les autres, et d'utiliser, pour l'arrosage des plans inclinés qui séparent ces rigoles, les eaux retenues dans les réservoirs supérieurs. Mais il ne faut pas se borner à la théorie, il faut prêcher l'exemple ; il faut que chacun essaie, avec ses propres forces, de se créer à lui-même une ressource nouvelle, et que le désir de l'imiter, la vue de ses succès, engage ses voisins à travailler, d'un commun accord, à ces utiles entreprises, aussi profitables au budget de l'Etat qu'à celui du travailleur lui-même. Quant à lui personnellement, M. l'abbé Fleurimont déclare qu'il a hâte de se mettre à l'oeuvre, et il espère que ses jeunes élèves, instruments de ces travaux, témoins des améliorations qu'ils verront se développer, iront à leur tour, soit sur le sol de la ferme voisine, soit bien loin de leur colonie, porter les enseignements qu'ils y auront puisés, contribuer ainsi, à leur tour, à rendre moins pauvres, c'est presque dire meilleurs, ceux qui les appelleront à leur aide et s'en fieront à leur jeune expérience.
La statistique agricole de la France, si peu avancée encore et pourtant si digne d'occuper les esprits méditatifs, a été, en 1847, l'objet de la sollicitude du Congrès. A la
demande de MM. de Girardin, de Caumont, et d'un grand nombre d'autres membres, une Commission spéciale a été nommée pour jeter quelques idées dans un rapport.
Après de vives discussions élevées au sein de la Commission, un rapport a été improvisé. Quoiqu'il soit fort incomplet, nous allons le reproduire, afin de provoquer, de la part des Sociétés d'agriculture, l'étude et la comparaison des faits qui tendent à élucider la statistique agricole de la France.
« MESSIEURS,
Il se produit, de loin en loin, dans la vie des peuples civilisés, des besoins tellement impérieux, qu'il suffit de les exprimer, à un moment donné, pour que satisfaction leur soit assurée ; et, chose remarquable, c'est toujours de l'ordre de leur importance relative que surgit la manifestation de ces besoins. Nous vivons à une époque où l'on a bien compris l'importance, la nécessité des études statistiques : déjà elles ont éclairé de leur flambeau une multitude de faits qui passaient inaperçus. La durée moyenne de la vie humaine dans toutes les conditions de notre état social, le nombre et la nature des crimes et des condamnations, les divers genres de folie, les accidents que présentent nos différentes voies de transport, presque tous les sujets, en un mot, ont occupé tour-à-tour les méditations des statisticiens, un seul excepté : les subsistances.
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En présence d'un accroissement de population qui s'est élevé à plus de dix millions d'individus dans l'espace d'un demi-siècle, on ne s'est pas encore assuré d'une manière précise si la production agricole marchait dans la voie progressive de cette population qu'elle doit nourrir ; on n'a pas cherché à établir avec exactitude les rapports annuels et variables d'excédant ou d'insuffisance entre les ressources et les besoins du pays. Il est à peine nécessaire d'ajouter à cette assertion que les travaux immenses de statistique générale du royaume, commencés, il y a une dizaine d'années, sous l'habile direction de M. Moreau de Jonnès, ne constituent pas ce système régulier et continu de statistique agricole dont nous venons vous entretenir. Quant aux documents annuels que l'administration a tirés jusqu'ici des autorités municipales, ils étaient puisés à une source trop incertaine, ils contenaient trop d'erreurs pour que nous devions en tenir compte.
Il faut le reconnaître, une statistique agricole sérieuse, véritable, ce bilan périodique des subsistances qui sont la vie du peuple et des autres produits du sol, qui, réunis, sont la richesse de la France, nous manque complètement.
Si nous avions à chercher la cause de notre longue indifférence sur un point aussi capital, nous la trouverions peut-être dans cette série extraordinaire d'années pendant lesquelles il avait plu à la Providence d'éloigner de nous les fléaux qui, sur toute l'étendue du territoire, anéantissent ou réduisent à de minimes proportions nos principales récoltes alimentaires. Sans doute, et trop souvent, nous avons vu, pendant cette période favorisée des récoltes partielles détruites, certaines localités cruellement frappées ; mais lorsque le mal n'atteint qu'une portion
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limitée du pays, qu'un nombre même considérable de nos concitoyens, quelque terrible qu'il soit, il s'amoindrit, il s'efface devant cet admirable sentiment de fraternité qui lie entre eux les membres de la grande famille française. Alors, les contrées qui avaient souffert étant secourues, et l'approvisionnement général restant supérieur à la consommation, nous vivons dans une entière sécurité. Messieurs, vous le savez tous, cette sécurité a disparu ; une secousse violente, inattendue, nous force à sortir de notre apathie ; peuple et gouvernement, nous avons un grand devoir à remplir : il faut que nous éloignions à tout jamais de notre belle patrie la crainte d'une disette.
Messieurs, en acceptant le titre de rapporteur de votre Commission de statistique agricole, je croyais n'avoir entrepris qu'une tâche simple et bornée. Mes honorables collègues le jugeaient ainsi, puisqu'ils me confiaient le soin de vous dire le résultat de leur délibération. Comment se fait-il qu'en essayant de le formuler, je sois entraîné malgré moi à une hauteur de vue qui réclamerait des études approfondies et une bouche plus digne de proclamer d'aussi graves intérêts ? Si je ne suis pas le jouet d'une vaine illusion, la question soulevée, dans la première séance du Congrès, par l'honorable comte de Girardin, est la plus importante sur laquelle vous ayez à prononcer. Dans ma pensée, que je m'enhardis à dire tout entière, elle intéresse tout à la fois, et au même degré, la population, dont elle assurera les subsistances ; l'Etat, qui y trouvera des garanties d'ordre et de tranquillité, et l'agriculture, dont elle hâtera l'organisation et le progrès.
Pour démontrer les deux premières parties de cette triple proposition, je veux me borner à une hypothèse,
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qui me semble ne manquer ni de force, ni d'à-propos. Admettons pour un instant qu'un système régulier de statistique agricole, tel que nous venons le proposer, fût en oeuvre depuis quelques années ; que des renseignements positifs et véridiques eussent, dès le mois de septembre dernier, éclairé l'administration et le pays sur l'importance réelle de la récolte de 1846 : doutez-vous qu'alors on eût pris à temps des mesures énergiques, efficaces, pour tirer des lieux, où il y avait surabondance, des quantités de grains capables de combler notre déficit, et d'empêcher que le hideux fantôme de la famine ne vînt jeter l'épouvante sur quelques points de la France et pousser des populations égarées au meurtre et à la dévastation ? A l'heure même où je parle, combien d'hommes sages ne voient-ils pas sous les plus sombres couleurs notre avenir de quatre mois ! Combien d'autres hommes non moins sages ne croient-ils pas que les subsistances existantes dans les greniers des producteurs, dans ceux des spéculateurs et dans une foule d'approvisionnements particuliers que la peur a conseillés, forment une masse assez forte pour suffire à tous les besoins jusqu'à la récolte prochaine ! Mais cette confiance heureuse des derniers, sur quoi la fonder ? Comment l'inspirer aux premiers qui ne la partagent point et qui tremblent ? De quel côté est la vérité ? Nous l'ignorons ; mais l'incertitude est terrible, et la statistique seule aurait pu la prévenir.
Je n'insisterai pas sur les avantages qu'elle promet pour l'avenir à ce premier point de vue, et j'ai la conviction que le Gouvernement, désormais édifié sur la valeur des documents annuels qui lui étaient transmis, n'hésitera pas à changer un état de choses qui peut devenir si funeste,
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et que, dans sa sollicitude, il appelle de tous ses voeux la lumière sur un sujet d'un intérêt si puissant.
Ici, Messieurs, vient se placer l'exposé des vues de votre Commission. Mais rappelons d'abord que toutes les tentatives faites, avant le règne actuel, pour établir une statistique de l'agriculture, avaient échoué ; que ni la puissance de Louis XIV, ni le voeu de l'Assemblée nationale, ni la volonté de Napoléon, n'avaient pu vaincre les difficultés de l'entreprise. Ajoutons que la partie agricole des belles explorations de M. Moreau de Jonnès, bien qu'elle soit un effort prodigieux qui a déblayé le terrain, n'a pas ouvert la voie dans laquelle il faut marcher pour arriver au but que nous voulons atteindre. « Cent mille collaborateurs, dit le savant et infatigable statisticien, prirent part à ce travail, qui présentait une réunion de dix-huit millions et demi de termes numériques. » Malgré le mérite de son exécution, ce travail, nous n'avons pas hésité à le dire, ne répond pas au besoin qui vient de se révéler.
En effet, Messieurs, quelle serait, pour l'appréciation de l'état des choses en 1847, l'utilité d'un rapport fait en 1842 ; rapport qui présentait, avec plus ou moins d'exactitude, l'étendue des cultures de toute espèce, la production par nature des produits, les animaux domestiques et les consommations ? Il faudrait que rien n'eût changé dans l'espace de cinq ans ; mais, loin de se renfermer dans les limites où le statisticien la trouva au moment de ses investigations, notre agriculture avance, se modifie, et change sur bien des points la nature et la quantité de ses produits ; les consommations augmentent avec la population, et si l'on pouvait soumettre à l'épreuve d'un
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rapprochement le travail de 1842 et celui qui serait fait aujourd'hui, sur les 37,300 tableaux de la première statistique, il est bien douteux qu'un seul fût conforme au tableau correspondant de la seconde.
La statistique agricole, telle que votre Commission la comprend, devra viser à des résultats précis ; elle devra suivre le progrès pas à pas, en étudier les allures, et constater les produits annuels du sol par des tableaux chaque année renouvelés.
Il faut bien le dire, puisque cela résulte des faits historiques que nous avons cités, un tel travail a rencontré, jusqu'à présent, des obstacles presque insurmontables. Le premier, dont on n'a pas assez tenu compte, vient de la défiance qu'une enquête de ce genre inspire aux populations de nos campagnes, qui lui supposent toujours un caractère fiscal. Choisissez, dans toutes les branches de notre vaste organisation administrative, un employé, quel qu'il soit ; confiez-lui la mission d'aller de la ferme à la chaumière pour y chercher des données exactes sur la production agricole, il sera reçu partout avec défaveur. Les réponses qu'il obtiendra, s'il obtient des réponses, n'auront que très-rarement un caractère de franchise et de vérité. Il y a pour cela plus d'un motif : c'est qu'on n'a rien fait encore pour l'industrie du cultivateur ; c'est qu'elle porte la plus lourde part des charges gouvernementales ; c'est, enfin, qu'on n'a guère visité l'homme qui travaille le sol que pour aggraver sa dure condition.
Une autre cause d'insuccès dans la poursuite des documents statistiques était le manque de spécialité des agents auxquels on avait recours. Un maire est, à nos yeux, un citoyen qui mérite bien de son pays, car il se voue à
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une mission gratuite, souvent ingrate et toujours pénible. Mais un maire, dans nos communes rurales surtout, possède rarement les connaissances qu'exigerait cette partie de ses attributions. La plupart, trop occupés des mille détails auxquels ils doivent descendre, n'appréciant pas l'importance des renseignements statistiques qui leur sont demandés, n'apportent qu'un soin médiocre à les réunir. Leurs chiffres, bases de l'opération statistique, sont le plus souvent tracés au hasard : or, avec l'incertitude de ces premiers éléments des nombres, comment parvenir à un résultat positif et digne de foi ?
C'est hors de l'administration municipale, c'est dans les associations, qui sont le produit spontané des intérêts agricoles, qu'il faudra chercher un concours réel et éclairé. Représentants librement élus de ces associations, nous n'hésiterons pas, Messieurs, à offrir, en leur nom, au Gouvernement ce concours loyal, indispensable à la réalisation d'une mesure d'intérêt général. Mais, pour qu'elle s'accomplisse, il faudra que le Gouvernement, de son côté, vienne en aide aux Sociétés d'agriculture et aux Comices ; il faut qu'il institue dans chaque département un agent spécial et salarié, qui y résidera ; que cet agent reçoive de l'Etat un traitement libéral, proportionné à l'importance et aux difficultés de la tâche qui lui sera confiée, et aux sacrifices nécessités par son entrée dans une carrière où il ne devra être admis qu'en justifiant du diplôme de capacité délivré dans l'un des instituts agricoles qui existent, ou dans ceux qui seront ultérieurement créés. Placé sous la direction des Conseils administratifs des Sociétés et des Comices, et sous la surveillance des inspecteurs généraux de l'agriculture, l'agent départemental reliera
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entre eux tous les éléments de l'organisation agricole. Il fera plus, intermédiaire entre ces hommes dévoués qui consacrent une partie de leur temps, de leurs veilles et de leur fortune, au développement de cette noble science agricole, à laquelle on ne touche pas sans l'aimer, et le pauvre cultivateur qui manque de toutes les conditions de progrès, l'agent deviendra pour ce dernier un guide, un appui. Au premier essai, suivi d'heureux résultats, l'homme des champs donnera, sans réserve, à celui qui l'aura conseillé, dirigé, sa confiance et son amitié.
Dès-lors, Messieurs, les documents statistiques s'offrent d'eux-mêmes à l'agent qui a charge de les recueillir. Il les voit se produire, il les suit dans les diverses périodes de leur développement, il les apprécie d'avance, et s'assure bientôt, par l'examen de quelques faits accomplis, de la justesse de ses prévisions ; en d'autres termes, il a visité, à plusieurs reprises, les champs couverts de leur récoltes ; il en a estimé le rendement, et, à leur rentrée, il a pu juger de l'exactitude de ses appréciations. Dès-lors viennent de tous les points, au bureau de la statistique générale, des renseignements certains, qui, classés et réunis, constatent, avec une précision suffisante, les ressources alimentaires et les richesses agricoles de la France. Telle est la combinaison qui a reçu l'assentiment unanime de votre Commission.
Elle vous propose d'émettre le voeu suivant :
« Que le Gouvernement place dans chacun des départements un agent spécial et salarié, qui y fera sa résidence, et qui sera chargé, sous la direction et avec le concours des Sociétés d'agriculture et des Comices, et sous la surveillance des inspecteurs généraux de l'agriculture,
de recueillir tous les renseignements nécessaires pour établir la statistique agricole annuelle de la France, et, par elle, éclairer le Gouvernement et le pays, en temps utile, sur l'importance réelle de toutes les récoltes. »
Messieurs, ce rapport ayant été lu et approuvé, M. le comte de Chabrillan, délégué de Réthel, a bien voulu mettre sous les yeux de votre Commission la statistique minéralogique et géologique du département des Ardennes, par MM. Sauvage, ingénieur des mines, et Buvignier, membre de la Société géologique de France. Votre Commission de la statistique agricole a pensé que cet ouvrage, qui est accompagné de cartes d'une très-belle exécution, serait utile à consulter pour la statistique agricole du département qu'elles ont pour objet.
En 1845, la maladie apparaît dans le nord, et successivement dans le nord-ouest, l'ouest et le centre. En 1846, c'est de l'est que vient la première nouvelle de l'invasion. Elle apparaît près d'Autun et de Grenoble, au commencement de juillet ; Vosges, du 1er août au 15 septembre ; Haut-Rhin, 20 août ; même époque dans la Côte-d'Or. Dans les départements du centre et du nord, Loir-et-Cher, Seine, Sarthe, Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Calvados, c'est en septembre ou au moment de l'arrachage que l'altération se développe. Plusieurs des correspondances indiquent comme moment d'apparition l'instant des pluies de septembre succédant à la longue sécheresse de l'été.
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Dans beaucoup de localités, c'est dans les silos et après l'arrachage que la pourriture, provoquée par l'altération, a fait le plus de progrès.
La maladie a été moins étendue, moins générale, moins intense en 1846 qu'en 1845 ; ce fait offre cependant des exceptions assez nombreuses. Sa marche a été beaucoup plus capricieuse ; elle a attaqué des champs et respecté les autres ; elle a frappé des portions de champs, et même des plantes isolées.
Avant de préciser ces désastres, il serait utile peut-être d'indiquer sommairement l'étendue même des cultures. C'est à la statistique agricole, quelqu'imparfaite qu'elle soit, que nous emprunterons nos chiffres, en les présentant seulement comme une évaluation approximative. La culture des pommes de terre occupe en France une étendue moyenne par département de 10,483 hect. Les départements qui restent au-dessous de la moyenne sont ceux du midi, où la culture occupe 2 à 6,000 hect. Les Landes ne cultivent ce tubercule que sur 2,000 hect. seulement. Le Gers, la Dordogne, la Gironde, chacun sur 3,000 environ. Les départements qui élèvent leurs cultures beaucoup au-dessus de la moyenne sont ceux de l'est, de l'ouest, enfin ceux voisins du département de la Seine. Deux causes ont agi, en 1846, sur le déficit de la récolte : le défaut de rendement d'abord, par suite de la sécheresse ; cette première cause a réduit le produit de la culture à moitié, deux tiers au plus d'une année ordinaire. Quant à la perte occasionnée par l'altération, elle a frappé d'une manière fort inégale non-seulement les départements, mais les localités de chaque département, épargnant des cantons maltraités en 1845, et sévissant dans des lieux
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jusqu'alors épargnés. A travers les incertitudes laissées par cette marche irrégulière, voici les données approximatives que nous avons pu recueillir de l'enquête. Dans le Nord, la Flandre, la Picardie, les pertes ont été peu considérables. La Seine-Inférieure n'a pas vu plus du septième de ses récoltes atteintes : cette proportion s'est même réduite à 2 p. % dans l'arrondissement du Havre. Les départements voisins de Paris, peu attaqués jusqu'à la récolte, ont fait de grandes pertes à cette époque, par suite surtout des amas accumulés dans les féculeries et les silos. Les départements de l'ouest ont particulièrement souffert. Voici quelques chiffres indiquant la proportion des pertes. Cultures atteintes : Ille-et-Vilaine 1/3, Deux-Sèvres 4/5, Finistère plus d'un tiers, Sarthe moitié, Orne 1/10, Calvados moitié ; perte 1/6. Le centre de la France a été moins maltraité qu'en 1845. Dans la Sologne, un tiers des champs a été frappé ; moins d'intensité dans le Berry ; l'Allier, la Nièvre sont les plus lésés. Quant aux plateaux montagneux de l'Auvergne et du Limousin, les dégâts ont été beaucoup moins considérables qu'en 1845. Si du centre nous remontons vers l'est et le nord-est, nous trouvons la Côte-d'Or plus maltraitée dans la partie de l'Auxois que dans celle du Morvand, et le tiers de ses cultures atteintes dans ce dernier pays, moitié dans l'autre.
Tous nos départements de l'est ont encore été atteints en 1846, mais moins cruellement. Le Haut-Rhin, qui perdait 1/2 de sa récolte en 1845, perd seulement 1/5 en 1846. Dans la Lorraine, on ne peut évaluer à plus de 15 p. % la perte éprouvée par l'altération. Là aussi les pertes ont eu lieu, surtout après la récolte, par la fermentation dans les magasins. La Franche-Comté a été atteinte de
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bonne heure ; cependant les ravages, moins graves qu'en 1845, n'ont détruit qu'un cinquième de la récolte. L'Isère, et surtout la Drôme, ont beaucoup plus souffert : la perte a varié de 1/2 aux 2/3. Dans le midi, le département des Bouches-du-Rhône a été seul entièrement préservé, l'Hérault à peu près épargné. Dans le sud-ouest, la Dordogne et quelques parties de la Gironde ont été grièvement maltraitées ; les Hautes-Pyrénées ont également perdu un quart de leur récolte.
Si de cet ensemble de faits il était permis de tirer une induction générale, on pourrait estimer que la récolte des pommes de terre, inférieure de 2/5 à celle d'une année ordinaire, a encore été diminuée de 1/5 à 1/4 par la maladie ; soit : déficit 3/5.
Si maintenant il nous était permis de préciser les chiffres d'une manière plus positive sur la part de la culture des pommes de terre dans le déficit des subsistances en 1846, voici quels seraient nos calculs :
800,000 hectares (au moins) ont été plantés en 1846. En admettant la production moyenne de 200 hectolitres, ce qui est au-dessous de la vérité, le produit total d'une année ordinaire serait de 160 millions d'hectolitres. Or, les 3/5 de cette masse constituent un total de 96 millions d'hectolitres. Si nous réduisons la pomme de terre à son équivalent en céréales, et que nous adoptions le chiffre 1/4, nous trouvons que le déficit des pommes de terre équivaut à 24 millions d'hectolitres de froment.
Nous rentrons maintenant dans le résumé des principaux caractères de l'altération en 1846, laissant de côté les questions restées sans réponse.
En général, la maladie s'est, comme en 1845, manifestée
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par les taches et la dessiccation des tiges et des feuilles ; cependant des cas assez nombreux d'exception se sont présentés de tubercules altérés au pied de touffes parfaitement vertes, et de tubercules restés sains après le flétrissement des feuilles (ce dernier cas, du reste, beaucoup plus rare ; trois observations seulement). L'altération des feuilles s'est produite de la même manière, et les tubercules étaient également atteints, soit que les tiges fussent restées droites, soit qu'elles fussent couchées sur le sol.
Tous les correspondants sont unanimes pour reconnaître qu'il n'a pas été remarqué plus d'insectes, ni d'autres insectes dans les années ordinaires.
Beaucoup de cultivateurs ont essayé de couper les tiges au moment de l'invasion. Les plantes, qui ont subi cette opération, ont, dans la plupart des cas, produit des tubercules exempts d'altération ; mais ces tubercules se sont peu développés, et, en dernier résultat, les produits ont été encore inférieurs en quantité à ceux des pommes de terre plus ou moins altérées dont on avait respecté les tiges.
Tous les documents transmis s'accordent sur ce point, que la maladie a offert généralement moins d'intensité ; l'envahissement du tubercule, à sa superficie, a été plus limité, a pénétré moins profondément à l'intérieur. La portion attaquée était plus sèche, et n'a pas provoqué dans le sol une pourriture aussi générale qu'en 1845. Ce fait a offert quelques exceptions seulement dans les grands amas de tubercules récoltés par la pluie, ou mis en magasin sous l'influence de la chaleur et de l'humidité : c'est alors la fermentation et le défaut de maturité des tubercules, plus que la maladie, qui ont paru agir.
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La position des tubercules à différentes profondeurs de la couche arable, n'a pas paru avoir d'influence bien marquée sur l'altération. Deux observateurs prétendent que les tubercules inférieurs étaient plus attaqués ; un autre annonce que les plus superficiels offraient des altérations plus fréquentes : la majorité n'a pas observé de différence.
Il n'a pas été transmis d'observations microscopiques.
D'après les observations de M. Payen :
Les tubercules sains de la récolte de 1845 étaient généralement de bonne qualité ; plusieurs variétés furent plus productives et aussi farineuses, et contenaient autant ou plus de substances solides qu'en 1846. Il n'y eut dans la composition élémentaire ou immédiate aucun indice de dégénérescence réelle durant ces deux années.
Les tubercules atteints perdaient, en 1846 comme en 1845, une grande partie de leur fécule dans les portions atteintes.
Les zônes envahies, analysées sur différentes variétés de pommes de terre, comparativement avec les zônes restées intactes, et toujours avant tout indice de putréfaction, renfermaient constamment moins de substance solide, moins de fécule, plus de tissus organisés, toujours de couleur rousse, plus de substances minérales que les parties normales.
Toujours aussi ces zônes envahies résistaient beaucoup plus que les autres à une cuisson prolongée, comme aux agents de la putréfaction, au point de devenir consistantes et dures, lorsque le reste de la masse tuberculeuse restée saine se désagrégeait ou se réduisait en pâte entre les doigts.
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La fécule elle-même, extraite en grand des tubercules attaqués, participait de ces propriétés. Les correspondants sont unanimes pour constater que l'emploi des tubercules altérés à l'alimentation des animaux n'a exercé aucune influence fâcheuse sur leur santé. Cependant plusieurs cultivateurs ont cru remarquer qu'à poids égal les tubercules altérés formaient une nourriture moins substantielle.
Chez un féculier de Charolles, les résidus mis en fosse se sont bien conservés, et les animaux en ont été nourris tout l'hiver sans qu'il ait paru que cette substance eût perdu de ses qualités nutritives. On n'a pas pu extraire la fécule des tubercules, dont la pourriture s'était emparée ; mais ceux qui n'étaient que superficiellement atteints en ont d'assez bonne. Le rendement des pommes de terre saines a été, en 1846, comme à l'ordinaire, de 15 à 18 p. %. Quant aux pommes de terre altérées, le déficit de rendement paraît avoir été proportionnel à l'altération : il a varié de 7 à 15 p. %.
Nous passons aux influences diverses qui ont plus ou moins agi sur la maladie.
Le sol. — De l'enquête du Congrès, comme de celle de la Société royale et centrale, il résulte qu'en 1846 quelques sols élevés et sableux, épargnés en 1845, ont été atteints. Cependant la presque totalité des renseignements s'accordent sur ce point, que les lieux bas et humides, les sols argileux, froids et peu perméables, les terres tourbeuses, ont beaucoup plus souffert.
L'influence géologique n'est pas très-apparente : cependant le Jura a plus souffert dans la montagne que dans la plaine ; dans l'Isère et les Ardennes, les terrains schisteux, sauf quelques exceptions, auraient été plus épargnés ;
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les terrains granitiques du Morvand auraient été plus heureux que les plaines de l'Auxois ; le Finistère, l'Allier présentent des observations différentes. Les sols calcaires seuls ont offert moins de champs atteints que les calcaires argileux.
Les abris sont indiqués comme préservatifs par quelques observateurs. Un cultivateur de l'Ariège cite un champ dans lequel a seulement été préservé l'espace couvert par un poirier ; mais ailleurs on a trouvé près des haies, dans des endroits abrités, le plus grand nombre de tubercules atteints.
Quant aux expositions, même incertitude : dans les Vosges, l'exposition du nord, les plateaux élevés ; dans la Haute-Vienne, l'exposition du midi, ont le plus souffert.
Les champs en pente ont été plus généralement préservés du mal.
On n'a pas tenu note de la direction des vents : cependant l'abaissement de la température par des pluies, par la fraîcheur des nuits, est indiqué par quelques observateurs comme le point de départ du mal. Plusieurs annoncent également que c'est au moment où les pluies sont apparues en 1846, après une grande sécheresse, que la maladie a pris plus d'étendue et d'intensité.
Dans l'enquête de la Société royale et centrale, comme dans celle du Congrès, les fumures abondantes, directement appliquées, ont paru souvent coïncider avec le plus grand degré d'intensité du mal.
La plupart des renseignements n'attribuaient pas d'influence sur la maladie à aucune espèce de fumier. Cependant M. Ducray a cru reconnaître que les terres fortement
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chaulées ont moins souffert. M. Millet a obtenu, dans une expérience, de bons résultats d'un terrain de chaux.
On cite, dans l'Isère, un champ fumé avec du trèfle enfoui, dont les tubercules n'auraient pas été atteints ; le plâtre, les cendres, le charbon, la chaux ont paru dans quelques essais, malheureusement peu nombreux, préserver, jusqu'à un certain point, les tubercules. M. Draulx a cité au Congrès une expérience d'où il résulterait qu'une certaine quantité de pommes de terre, sur lesquelles du sel aurait été déposé au moment de la plantation, auraient donné des produits exempts d'altération. Des faits de même nature se seraient produits en Amérique, en Angleterre et en Allemagne. Il est malheureux qu'on fasse des essais isolés et peu nombreux, dont plusieurs manquent d'ailleurs d'authenticité ; il s'en présente d'autres où le sel marin, la chaux, les sels terreux ou métalliques de toute nature, sont restés sans résultat contre la maladie.
Le choix des variétés a eu des conséquences plus décisives, quoique toutes les variétés paraissent avoir souffert, et que, dans quelques cantons ; les variétés hâtives aient particulièrement souffert. Cependant les rapports sont à peu près unanimes pour reconnaître que ces variétés ont été généralement épargnées, soit à raison de la nature même des variétés, soit à raison de l'époque où se font la plantation et la récolte de ces variétés.
La pomme de terre de Saint-Jean, la décroisille, la marjolaine, ont moins souffert ; mais ces variétés sont moins productives. M. Millet prétend avoir trouvé une variété qu'il nomme bonne-nouvelle, qui réunirait, jusqu'à un certain point, les conditions de précocité et de productivité abondante.
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Plusieurs documents constatent qu'en 1846 les variétés rouges ont plus souffert que les variétés blanches. Le changement de semence d'un lieu à un autre a produit plusieurs fois de bons résultats : ainsi des pommes de terre achetées par la ville de Saint-Dié, dans la plaine, et plantées dans la montagne, n'ont pas éprouvé d'altération. Il en aurait été de même de pommes de terre nouvellement introduites dans un canton.
Semis. — Une opinion qui a trouvé beaucoup de partisans en France et à l'étranger, et qui a été spécialement indiquée à la Commission d'enquête par plusieurs Sociétés et Comices, est celle que la maladie proviendrait d'une espèce de dégénérescence. On a, en conséquence, conseillé la plantation de tubercules exotiques ou le renouvellement de l'espèce par des semis de graines. Un certain nombre d'agronomes sont entrés dans cette voie. M. Opermann a transmis à la Commission des renseignements sur la méthode de M. Zauder, qui sème au printemps sur couche, replante ensuite en plein champ, et obtient, la même année, une récolte assez importante. M. Coinze a donné une communication à peu près semblable ; enfin, une lettre de M. Turet, conçue dans les mêmes vues, a été remise par M. de Dombasle à la Commission. L'auteur voudrait que l'administration fit venir des graines des lieux où la maladie n'aurait pas sévi. Notre mission n'est pas de discuter des opinions, mais de recueillir des faits : or, il est pénible de le dire, jusqu'à présent les faits ne sont pas venus confirmer la théorie. Nous trouvons dans les pièces de l'enquête cinq observations qui constatent que les pommes de terre, provenant de semis, ont été atteintes aussitôt et aussi cruellement que les autres. Un des membres
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du Congrès, M. F. André, a fait, l'an dernier, des semis avec la graine d'Amérique, de Suède et de Hambourg, aux environs d'Anvers, et les tubercules ont été attaqués avec autant d'intensité que ceux provenant d'autres cultures. Enfin l'enquête de la Société royale et centrale nous apprend qu'une observation de même nature a été faite par M. Bonnet (du Doubs) et par M. Masson, à Paris.
Le fait de la plantation de tubercules altérés ayant donné des produits parfaitement sains, est attesté par quatre correspondants. M. Hervaut prétend même avoir planté toutes pommes de terre gâtées et avoir obtenu une récolte saine. L'état de santé des tubercules n'a pas, d'un côté, paru être un préservatif contre l'altération des produits qui en sont résultés.
Plantation. — Des opinions différentes sont produites dans l'enquête sur la question de savoir si les tubercules devaient être plantés entiers ou divisés. L'une et l'autre méthode a ses partisans ; mais il n'apparaît pas que l'altération ait éprouvé quelque influence de l'emploi plus ou moins exclusif de l'une d'elles. Un cultivateur coupe ses tubercules en ne laissant qu'un oeil à chacun, les étend sur une aire et les saupoudre de chaux, puis les plante après que la surface de section est parfaitement sèche. La semence, ainsi traitée, n'aurait pas, dit ce cultivateur, produit de tubercules altérés. Un autre cultivateur attribue à l'habitude qu'on a de confier immédiatement au sol les tubercules de semence, la pourriture qui fait quelquefois manquer les plantations.
Nous ne parlerons pas de divers procédés de multiplication indiqués par divers correspondants. L'un d'eux
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repique des tiges de pommes de terre, et obtient, dit-il, de bons résultats de ce bouturage. Un autre a planté avec succès les tubercules, gros comme des pois et non mûrs, qui se trouvent quelquefois à l'extrémité des racines au moment de l'arrachage.
L'enquête n'a produit aucun fait sur la préparation de la semence à l'aide d'immersion dans les solutions de sel, de sulfate de cuivre ou de soude. Des lessives à chaux ou à cendre de bois ont été inutiles, d'après M. Bonnet. Des journaux italiens ont indiqué l'emploi de l'acide sulfurique étendu d'eau, du chlorure de chaux en dissolution, etc.
L'époque de la plantation, tardive ou précoce, paraît avoir exercé une certaine influence sur l'altération. Plusieurs documents constatent que les plantations faites de très-bonne heure ont moins souffert. Il en aurait été de même des plantations tardives. Malheureusement les réponses n'indiquent pas les variétés plantées dans ces circonstances. Une question beaucoup plus importante par le retentissement qu'on lui donne depuis quelques années, est celle des plantations automnales.
En Angleterre, quelques agronomes ont pensé même que ce genre de plantation était la seule voie efficace pour prévenir le retour du fléau dont nous nous occupons.
Plusieurs réponses nous sont parvenues sur cette importante question. Deux correspondants, qui ont essayé des plantations automnales, ont complètement échoué : tous les tubercules ont pourri en terre. L'une des expériences faites par M. Judlin, en Alsace, sur deux hectares et dans deux terrains différents, a également échoué.
Plusieurs autres faits de même nature ont été reproduits
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par la presse ; mais il faut ajouter que des observations plus favorables sont également présentées en faveur des plantations automnales. Plusieurs exemples sont cités de pommes de terre malades, abandonnées dans les champs, qui ont ensuite repoussé vigoureusement au printemps. Deux essais en petit ont été faits par MM. Francoeur et Masson ; mais les détails sur les plantations qui ont réussi ne sont pas assez précis pour que la Commission puisse en tirer des conclusions, et qu'elle engage les cultivateurs à faire sur une grande échelle des essais qui, d'ailleurs, ont leurs dangers.
Les cultures postérieures à la plantation, telles que binages, buttages, etc., n'ont pas paru apporter de grandes modifications dans l'état ultérieur de la santé des récoltes.
L'arrachage, effectué hâtivement, aussitôt que les feuilles, en se flétrissant, annoncent l'invasion de la maladie, a, suivant plusieurs documents de l'enquête, produit de bons résultats ; les tubercules se sont mieux conservés. Cependant les tubercules qui n'étaient pas suffisamment mûrs se seraient gâtés dans quelques circonstances ; la fermentation se serait déclarée plus activement dans les tas. Quelques cultivateurs se sont bien trouvés de laisser ressuyer les pommes de terre arrachées avant de les rentrer dans les magasins.
Quant à la conservation des tubercules, les renseignements arrivés à la Commission sont très-contradictoires, et on le conçoit : l'altération des tubercules tient à des causes tellement nombreuses et complexes, que, pour bien apprécier ces causes, il faudrait que toutes eussent été étudiées et fussent précisées par les observateurs. Ainsi quelques cultivateurs annoncent que la maladie ne s'est pas
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développée après l'arrachage ; une observation contraire a été faite par d'autres : ici, la mise en tas n'a pas été nuisible ; ailleurs, et c'est le cas le plus général, la pourriture s'est surtout déclarée dans les grands amas. La plupart des renseignements indiquent le mal accoutumé dans les celliers et les silos ; mais une remarque importante, c'est que, presque partout, l'abaissement de la température a arrêté la pourriture et la maladie dans son développement.
La contagion, ou la transmission de l'altération des tubercules altérés aux tubercules sains, n'est pas suffisamment démontrée par les faits de l'enquête. Une personne prétend avoir communiqué la maladie à une pomme de terre saine, en la coupant en deux et en appliquant sur la surface de section le morceau d'une pomme de terre attaquée. Plusieurs autres personnes ont renouvelé la même expérience sans résultat.
Les résidus de féculerie se sont bien conservés.
Les petits approvisionnements se sont généralement mieux conservés. Dans la Bretagne, quelques paysans les ont conservés dans leurs lits, d'autres dans leurs greniers.
Quelques observations sont encore parvenues à la Commission sur les moyens de rétablir dans leur état normal les tubercules altérés. On a indiqué le chlore, l'acide sulfureux, le sel ; mais les essais du laboratoire n'ont pas confirmé ces faits. On a encore indiqué une espèce de demi-cuisson : ce moyen, qui ne s'appliquerait qu'aux petits approvisionnements, paraît encore moins certain que la dessiccation ou la cuisson entière.
« Messieurs,
Le sol boisé occupe près du huitième de la superficie totale de la France. Il forme ainsi, par sa seule étendue, une des portions les plus importantes de notre richesse territoriale.
Malgré cette étendue cependant, il ne peut suffire aux besoins auxquels il doit pourvoir, et, au moment actuel, la France tire de l'étranger, en bois d'oeuvre et de chauffage, pour plus de 50 millions de francs chaque année. Ce tribut va croissant en proportion de l'accroissement même de la consommation, et cet accroissement prend, chaque jour, une marche plus rapide.
Le développement des industries, dont le calorique est un des éléments les plus indispensables, les récentes applications de la vapeur aux manufactures, aux arts industriels, à la navigation, à la traction, a augmenté et augmente les besoins de combustible, dans une proportion qui dépasse toutes les prévisions.
La houille, il est vrai, est venue, depuis quelques années, concourir largement à satisfaire ces besoins. L'extraction annuelle du combustible minéral a plus que décuplé depuis quarante ans. Malgré cela, cette extraction demeure encore insuffisante, et la France achète annuellement à l'étranger, au prix de 32 millions de francs, près de 22 millions de quintaux métriques de houille.
Mais voici qui est plus grave. La science a calculé et
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démontré que si cette progression de consommation se soutient, comme tout l'annonce, il ne faudra pas 200 ans pour l'épuisement complet de nos mines de houille.
Ainsi, dans deux siècles au plus, le combustible ligneux, à moins de nouvelles découvertes de l'industrie et de la science, restera seul pour suffire aux besoins d'une consommation dans laquelle il n'entre aujourd'hui que pour environ les deux tiers.
D'autre part, à mesure que la production des bois d'oeuvre diminue, la consommation s'accroît. On a calculé que la construction du réseau des chemins de fer de la France, tel qu'il a été voté, exigera, en dix années, près de trois millions de stères de bois en-dehors de la consommation ordinaire, et que leur entretien demandera ensuite chaque année plus du sixième de la somme totale employée à leur construction.
On le voit, toutes ces considérations sont de nature à faire attacher un extrême intérêt à la conservation de nos forêts et à leur entretien. Mais ce n'est pas tout.
La conservation du sol boisé exerce une influence considérable sur l'équilibre de notre température, la salubrité de notre climat, le maintien de nos sources et de nos rivières. Seule, elle peut apporter un obstacle naturel et permanent à la dénudation du sommet et des flancs des montagnes, à la formation des torrents qui les rongent et les ravinent, aux inondations dont le retour périodique porte la dévastation dans les bassins de nos principaux fleuves.
En présence de ces faits, on conçoit que l'opinion se préoccupe de la conservation du sol boisé, et de la production d'une matière si nécessaire aux besoins les plus urgents de la société.
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On conçoit que le Congrès central d'agriculture, partageant cette sollicitude, ait été conduit à rechercher si toutes les précautions étaient prises pour la protection du sol forestier, si l'on obtenait de sa culture tous les résultats qu'on doit en attendre ; en un mot, si la science forestière était au niveau du progrès de toutes les autres branches de connaissances, et si son enseignement répondait autant qu'il est possible aux nécessités et aux besoins de notre époque.
Votre Commission des forêts a compris qu'elle devait apporter à l'étude de cette question une attention égale à son importance. Voici le résultat de ses travaux.
Avant de s'occuper, aux termes de son programme, d'organiser un système théorique et pratique d'instruction pour les agents forestiers, elle a jugé, avec raison, qu'elle avait d'abord à étudier celui qui est appliqué aujourd'hui dans l'école destinée à former ces agents.
Elle s'est appliquée à réunir tous les documents qui pourraient l'éclairer sur le cadre d'instruction et sur les méthodes d'enseignement suivies dans cette école, ainsi que sur leur application à la pratique des travaux et des opérations forestières.
Après une étude approfondie et une discussion où toutes les opinions ont pu se produire, elle a reconnu en définitive que le cadre de l'enseignement de l'école répondait aux besoins de la science forestière, et embrassait les connaissances propres à former d'excellents agents.
Il ne suffit pas que l'enseignement forestier soit bon, il faut que ceux qui viennent y participer apportent les conditions nécessaires pour le suivre avec fruit. Le programme d'examen pour le concours d'admission à l'école
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a semblé à votre Commission fournir les garanties nécessaires à cet égard.
Bien loin de rester au-dessous des exigences légitimes, il a semblé, au contraire, à votre Commission en dépasser les limites rigoureuses par l'exigence du baccalauréat ès-lettres.
La majorité a pensé que les épreuves de l'examen, telles qu'elles sont prescrites dans le programme du concours d'admission à l'école, sont suffisantes pour écarter les candidats qui se présenteraient sans avoir fait les études préparatoires convenables. Elle vous propose, en conséquence, d'émettre le voeu de supprimer le diplôme de bachelier ès-lettres des conditions imposées par le programme.
Le but de cette suppression est de faciliter l'accès de l'école, ou, du moins, d'écarter les obstacles superflus sans nuire en rien au niveau de son enseignement.
Plus le cadre de cette instruction est étendu, plus la science que les élèves doivent y puiser est vaste et importante, plus il convient qu'ils apportent à ces études l'application et le recueillement nécessaires, plus il convient que les circonstances où ils seront placés favorisent ce recueillement et écartent d'eux les occasions qui distraient de l'étude et du travail.
Ordinairement les élèves étaient libres à Nancy. Les inconvénients de cette liberté ont déterminé l'administration à les caserner. L'amélioration des études n'a pas tardé à justifier la sagesse de cette mesure.
La majorité de la Commission a pensé qu'il restait un pas à faire dans cette voie, et qu'au régime du casernement il fallait ajouter celui de l'internat, tel qu'il a lieu pour les élèves de l'école polytechnique.
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Cette mesure, lui a-t-il paru, donnerait plus de sécurité aux familles, plus de fruits à l'enseignement des professeurs, plus de régularité et d'élévation au niveau moyen de l'instruction des élèves, et, par-là même, plus de garanties à l'administration et au pays.
Les études de l'école ne se bornent pas seulement à la théorie de la science forestière ; les élèves y sont initiés à la pratique dans les forêts de l'État qui avoisinent Nancy, et dont, chaque année, ils suivent les exploitations et les divers travaux. De plus, trois mois sont consacrés par eux à visiter et à étudier, au moment opportun et sous la surveillance et la direction de leurs professeurs, les belles forêts de nos départements de l'Est, et, quelquefois aussi, celles de l'Allemagne.
Ces précautions et ces mesures ne suffisent point encore cependant pour faire des praticiens, et pour donner l'expérience que réclame la bonne administration d'une forêt.
Aussi, afin de compléter leur instruction sous ce rapport, les élèves sont envoyés en stage auprès d'un inspecteur expérimenté dont ils suivent les opérations, et auprès duquel ils achèvent de se former à la pratique de la science forestière.
Ce stage peut durer de un à trois ans.
Votre Commission, pénétrée de l'utilité de cette disposition, a pensé que, pour assurer plus complètement les avantages aux élèves, il était à désirer que le minimum de la durée du stage fût élevé à deux ans. Elle a émis le voeu que, pendant ce laps de temps, l'élève stagiaire fût placé successivement dans chacune de nos diverses régions forestières, afin d'y étudier, sur les lieux, tout ce qui est
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particulier à leur condition de sol, de température, d'essence, d'exploitation, etc.
Enfin la Commission a émis le voeu que la limite d'âge, pour l'admission des élèves à l'école, fût fixée à vingt ans au plus.
Elle a été amenée à demander ce changement, par suite des modifications que les dispositions précédentes, si elles étaient admises, introduiraient dans la durée des études et du stage des élèves.
Les voeux que la Commission des forêts vous propose d'émettre ont jusqu'ici pour objet, non d'apporter des modifications au cadre de l'enseignement forestier, mais d'en assurer plus complètement les résultats et les bienfaits aux élèves admis à l'école.
En reconnaissant le mérite de cet enseignement, la Commission a éprouvé le regret qu'un plus grand nombre de jeunes gens ne fût pas appelé à y participer, et qu'il ne servît pas plus efficacement à propager en France les connaissances forestières.
Pour atteindre ce but, elle vous propose de demander qu'à côté des élèves reçus au concours, l'école admette aux bienfaits de son enseignement les jeunes gens qui voudraient y suivre librement des études forestières, et que cette faculté soit accordée dans toute l'étendue où elle est conciliable avec les besoins de l'ordre et les règles de la discipline ; par-là, à côté des forestiers de l'État, pourront se former aux connaissances forestières les fils des propriétaires de bois et tous ceux qui se sentiront du goût pour la sylviculture, ou qui voudront s'en faire une profession libre.
Si l'enseignement de l'école forestière prépare à l'administration des forêts des agents supérieurs, capables et
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instruits, et fait participer la sylviculture aux progrès et aux découvertes que la marche des sciences physiques naturelles réalise chaque jour, il ne faut pas perdre de vue que la prospérité de nos forêts, leur conservation, leur bonne tenue dépendent aussi en grande partie de la valeur des employés inférieurs préposés à leur surveillance immédiate et aux soins matériels de leur entretien.
Malheureusement il est rare de trouver des employés de la classe dont nous parlons possédant les conditions suffisantes pour remplir convenablement les emplois de garde.
Ces fonctions exigent, en effet, une réunion de qualités qui supposent en même temps un certain degré d'instruction, beaucoup d'expérience pratique et des habitudes de vigilance et de zèle que l'amour seul de la profession forestière peut donner.
Les fonctions de garde, pour être bien remplies, ne sauraient se borner à une promenade dans les sentiers d'un bois, le fusil sur l'épaule, pour en écarter tant bien que mal les délinquants.
Les soins des pépinières, l'entretien des plantations, le repeuplement des vides, les travaux d'assainissement, la bonne tenue des chemins et des fossés, les détails d'exploitation, sont de leur compétence et devraient entrer dans les occupations journalières de leurs fonctions. On obtiendrait par-là des gardes travailleurs, instruits et utiles, à la place de gardes fainéants et ignorants qui forment aujourd'hui la majorité, non-seulement dans les bois des particuliers et des communes, mais même trop souvent encore dans les forêts de l'État.
Cette disette de bons gardes n'a pas lieu de surprendre
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dans la situation actuelle des choses. Où auraient-ils puisé les connaissances indispensables dont nous parlions tout-à-l'heure ? Où se seraient-ils formés aux habitudes d'ordre, de vigilance, d'amour des bois et des travaux forestiers qui caractérisent un bon garde ?
Ces qualités supposent une instruction transmise par les exemples vivants de la pratique, ou par un système d'enseignement établi dans ce but spécial et par lequel chaque garde aurait dû passer avant d'être admis à son emploi. Or, ces deux sources sont également fermées aujourd'hui.
La disposition du code qui exige pour un garde l'âge de vingt-cinq ans, a pour résultat d'éloigner de cette carrière les fils de gardes qui, formés dès leur enfance par les exemples et les leçons de leur père à l'amour des bois, apporteraient dans cette profession les qualités désirables. Ils ne peuvent rester inoccupés jusqu'à vingt-cinq ans ; ils sont donc obligés d'entrer dans une autre carrière, et, le plus souvent, ils y restent. Le petit nombre de ceux que le goût de la profession forestière ramène dans les forêts, ont pris, dans cet intervalle, des goûts, des besoins, des habitudes qui les rendent moins aptes à remplir leur profession que s'ils y fussent entrés au moment même où ils s'en sont éloignés pour se livrer à d'autres travaux. Il ne se présente donc pour la profession de gardes que des individus qui, le plus souvent, n'ont pu réussir à autre chose ; ou bien des militaires libérés du service.
Certainement ces derniers réunissent beaucoup de conditions pour devenir, avec le temps, d'excellents gardes. Mais il leur faudrait préalablement une instruction et des connaissances qu'ils ne possèdent pas, et qu'on ne leur donne point.
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C'est là le vice le plus capital de l'organisation forestière actuelle, et auquel il est urgent de porter remède.
A cet effet, votre Commission vous propose deux mesures qui lui paraissent importantes :
Elle émet le voeu qu'il soit établi dans les principales régions forestières de la France un enseignement spécial destiné à ceux qui veulent entrer dans la profession de garde forestier, et dont le cadre embrassera les connaissances rigoureusement nécessaires à cette profession ; savoir :
Récolte et conservation des graines ;
Semis et plantations ;
Notions pratiques d'arpentage, de nivellement et d'assainissement ;
Notions pratiques sur l'exploitation, le cubage, l'estimation et le débit des bois ;
Connaissance des lois et réglements concernant la recherche, la constatation et la poursuite des délits.
Ces écoles forestières secondaires, qui ne seraient du reste que l'accomplissement trop tardif des articles 40 et 54 de l'ordonnance réglementaire du 1er août 1827, seraient destinées à former pour chacune de nos diverses régions forestières des gardes qui fourniraient à l'État, aux communes et aux particuliers, toutes les garanties désirables.
Une conséquence de cette création serait de ne confier les emplois de gardes forestiers qu'aux jeunes gens sortis de ces écoles avec une instruction suffisante, ou aux fils de gardes et sous-officiers de l'armée qui justifieraient dans un examen qu'ils possèdent cette même instruction.
Dès-lors tomberaient en partie les objections qu'on a
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pu faire sur le danger d'instituer des gardes âgés de moins de vingt-cinq ans. Aussi votre Commission vous propose, comme conséquences des dispositions précédentes, de demander d'abaisser à vingt-un ans l'âge légal pour les fonctions de garde. Ce ne serait, du reste, que revenir aux dispositions primitives du Code forestier, lesquelles furent modifiées, dans la discussion, par un malencontreux amendement dont vingt ans d'expériences n'ont malheureusement que trop démontré les funestes effets.
Votre Commission ne s'est pas dissimulé que la création des écoles secondaires pourrait rencontrer quelques objections d'une part, dans la dépense qu'elles occasionneraient à l'État si elles restaient à sa charge ; de l'autre, dans l'impossibilité où seraient les candidats appartenant, pour la plupart, à des parents pauvres, de payer pendant deux ans une pension qui, quelque modique qu'elle fût, s'élèverait cependant toujours au-dessus de leurs ressources et de celles de leurs familles.
Toutefois, votre Commission pense que, pourvu que l'on ne perde pas de vue, dans l'établissement de ces écoles, le but que l'on se propose et les habitudes simples et agrestes qu'il faut maintenir dans ceux qui en feront partie, les dépenses de cet établissement ne seront pas aussi considérables qu'on le redoute, surtout si on les place, comme il est naturel, dans les régions boisées et au centre de vastes exploitations forestières où les bras et les travaux des élèves pourront être avantageusement utilisés.
Le salaire de ces travaux, les produits fournis par les pépinières annexées à ces écoles et qui serviront à l'instruction des élèves en même temps qu'elles contribueront
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à faciliter et à étendre les opérations de reboisement, allègeront encore ces dépenses et permettront d'abaisser le prix de la pension jusqu'à la limite des ressources des habitants les moins aisés des campagnes.
Du reste, les communes et l'administration forestière ne refuseraient pas sans doute de contribuer pour leur part à une dépense dont elles doivent surtout retirer les fruits. Les secours qu'elles accorderaient sous le titre de subventions ou de bourses, viendraient encore en aide aux écoles secondaires forestières, qui pourraient en outre se relier au système d'enseignement agricole qu'il est question d'établir.
La grande opération du reboisement pour laquelle le Gouvernement se met en mesure, offrirait enfin une circonstance favorable à l'établissement de ces écoles, destinées à préparer en peu d'années un immense approvisionnement de graines et de plants pour le repeuplement des parties dénudées, et des ouvriers expérimentés pour effectuer ces travaux.
D'après ces considérations, votre Commission est d'avis que la création des écoles secondaires dans les divers bassins forestiers de la France, et l'abaissement à 21 ans de l'âge où un garde peut entrer en fonctions, auraient pour résultat :
1° De préparer à l'État, aux communes, aux particuliers, des gardes instruits et expérimentés dont ils ont tant besoin ;
2° De répandre parmi les populations rurales la connaissance des bonnes pratiques forestières qui y sont généralement ignorées ;
3° D'exercer par là même une influence aussi étendue
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qu'efficace sur la conservation et la restauration du sol forestier en France.
En conséquence donc des considérations que nous venons de vous exposer, votre Commission des forêts vous propose d'émettre les voeux suivants :
1° Que, dans les conditions d'admission au concours pour l'école nationale forestière, le diplôme de bachelier ès-lettres ne soit plus exigé, et que la limite d'âge, pour se présenter au concours, soit fixée à vingt ans ;
2° Qu'à l'avenir les élèves de cette école soient soumis au régime d'internat pratiqué à l'école polytechnique ;
3° Que la durée du stage des élèves, après leur sortie de l'école, soit de deux ans ; et que, pendant ce stage, les élèves soient mis en position d'étudier les diverses régions forestières de la France ;
4° Que des écoles secondaires, destinées à former des gardes pour le service de l'Etat, des communes et des particuliers, soient établies conformément aux articles 40 et 54 de l'ordonnance réglementaire du 1er août 1827, dans les divers bassins forestiers de la France ;
5° Que les gardes forestiers de toutes catégories soient admis à exercer leurs fonctions à l'âge de vingt-un ans accomplis. »
Le 16 mai 1848, l'Association normande a tenu sa séance générale annuelle pour le Calvados. Cette réunion avait été convoquée par des affiches et la publicité qu'offre la presse locale.
MM. de CAUMONT, directeur ; RENAULT, DE BEAUREPAIRE et LAIR, inspecteurs divisionnaires ; et PELLERIN, secrétaire général, siégent au bureau.
MM. AUBERT, DELOS, CASTEL, G. VILLERS et PIGACHE, membres du Conseil, sont présents.
On remarque parmi les autres membres : M. BIZEUIL, inspecteur de l'Association bretonne ; MM. D'ISON, LE CLERC, FAUVEL, COLLOMBEL de Cristot, DAN, LÉTOT, et plusieurs autres membres qui n'ont pas signé la feuille de présence.
M. de Caumont invite M. Renault, inspecteur divisionnaire de la Manche, à présider l'assemblée ; puis il indique, en peu de mots, l'objet de la réunion. Il termine en se livrant à quelques considérations sur l'avenir des Associations. Selon lui, les Sociétés agricoles ont dû admettre dans leur sein un beaucoup plus grand nombre de membres que par le passé. Au lieu de conserver la forme académique, elles se sont érigées en Comices, où l'on reçoit tout le
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monde : en cela, elles ont imité l'Association normande, la plus large dans ses admissions, et qui, dès l'année 1832, c'est-à-dire il y a seize ans, proclamait le principe que les Sociétés agricoles commencent à adopter, et traçait ainsi, long-temps à l'avance, la route que devaient suivre ces corps utiles pour se mettre à la hauteur des besoins du pays. Aujourd'hui qu'il n'existe plus de privilége d'aucune espèce, le cercle des Associations doit s'étendre, s'élargir de plus en plus, et l'Association normande appelle dans son sein tous les hommes amis de l'ordre, du progrès et de la prospérité du pays.
M. de Caumont demande ensuite quelles sont les propositions nouvelles qu'on désire faire, soit relativement à l'administration de la Compagnie, soit relativement à ses travaux et aux mesures qu'elle pourrait provoquer. Il croit que le temps est venu de donner plus d'extension que par le passé aux inspections ou visites des fermes, tendant à faire connaître annuellement l'état de la campagne, et à recueillir les détails les plus exacts sur la statistique agricole du pays. A ce sujet, il rappelle que, dès l'origine de l'Association, les inspecteurs de la Compagnie avaient été chargés spécialement de visiter les campagnes de leurs arrondissements respectifs, et d'en faire l'objet d'un rapport annuel. Ces rapports ont été irrégulièrement faits, et il y a lieu de les compléter, en nommant, chaque année, des commissaires spéciaux.
Des instructions vont être données dans ce but aux inspecteurs divisionnaires, et, quant aux cantons représentés à cette réunion spéciale pour la division du Calvados, M. de Caumont désigne les commissaires suivants pour faire des rapports sur l'état des récoltes ; savoir :
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Inspection du littoral entre la Seulle et l'Orne. — M. Richelet, de Luc.
Inspection de la campagne de Troarn et de Varaville. — MM. de Calenge et Durand.
Inspection de la plaine de Caen à Langannerie. — M. de Mecflet.
Inspection de la plaine entre Moult, Magny et St-Pierre. — M. de Caumont.
Inspection du canton de Couliboeuf. — M. de Beaurepaire.
Inspection du Pays-d'Auge, canton de St-Pierre. — M. Le Grand.
Inspection de la campagne de Tilly. — M. Le Petit.
Inspection du canton de Villers-Bocage. — M. de Touchet.
Inspection du canton de Balleroy. — M. de Laboire.
D'autres commissaires seront désignés pour d'autres cantons. Les rapports devront être très-concis, et se borner aux faits les plus intéressants et aux généralités sur le rendement et la qualité des récoltes.
Un rapport spécial sera fait sur l'état de la fabrique des fromages, façon Camembert, à Mézidon, à laquelle une médaille a été décernée précédemment par la Société.
Après diverses discussions, auxquelles prennent part MM. Lair, Richelet, Pellerin, Morière, Collombel, Aubert, Létot, G. Villers, de Bayeux, Castel, Le Reffait, Le Breton, Le Clerc, il est décidé qu'une enquête agricole et une séance générale de l'Association normande auront lieu à Argences, le jeudi 22 juin 1848.
M. de Caumont donne connaissance des lettres qu'il a écrites à ce sujet, et de la réponse qui lui a été faite par M. Dusoir, membre de l'Association.
A cette occasion, une visite sera faite par une Commission
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spéciale aux fabriques de tuiles et aux vignobles d'Argences, afin qu'un rapport soit fait sur ces objets, dont l'un est d'une haute importance.
M. de Caumont signale un nouvel établissement à Moult, pour la fabrication de la chaux. Le four sera entretenu au charbon de terre, comme les grands fours de l'arrondissement de Bayeux. Il a été construit par M. Pagny, de Lépiney, qui fait exploiter en grand plusieurs carrières dans cette partie du canton d'Isigny. Aucun four n'était encore construit d'après les mêmes principes dans la campagne de Caen, et il y a lieu de féliciter M. Pagny de son entreprise. Le prix de la chaux diminuera d'un tiers.
A l'occasion de la tuilerie d'Argences, on témoigne le désir de voir insérer dans l'Annuaire de l'Association un travail sur les autres tuileries, établies toutes comme l'a indiqué M. de Caumont dans sa topographie éognostique du Calvados ; sur l'argile d'Oxford ou de Dives. Ainsi celles de Granchamp et de St-Julien-le-Faucon ; celles de Barou, et autres du canton de Couliboeuf, ont dû prendre de l'accroissement depuis que les couvertures en tuiles se propagent de plus en plus.
M. Morière, qui a fait un beau Mémoire sur la poterie de Noron, a été invité à décrire aussi la fabrique de Prédauge, et il a bien voulu y consentir. Cette fabrique, moins importante que celle de Noron, mérite néanmoins d'être examinée. Ses produits s'élèvent environ à 30,000 francs par année.
MM. de Caumont et Isidore Le Brun avaient déjà présenté des notes statistiques sur la fabrique de Prédauge, et avaient signalé la mauvaise préparation de la terre, la
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déperdition de la chaleur dans les fours, et la dépense considérable de combustible qu'il faut faire pour une fournée. Mais ces notes ont été prises il y a déjà long-temps, et les auteurs précités ont demandé qu'un travail complet fût fait par M. Morière. Ainsi l'Association, qui a publié un Mémoire de M. G. Villers sur la poterie de Lison, terminera par là ses recherches statistiques sur l'industrie potière dans le Calvados.
M. Deschamps, ancien inspecteur des forêts, demande la parole pour lire un travail sur les terrains incultes, et sur le parti qu'on pourrait en tirer en les boisant. Il se plaint de la suppression des clôtures, et signale l'insouciance et l'ignorance des propriétaires pour l'émondage des arbres de haut jet qui existent dans les bois et sur les masses de fossés. Le travail de M. Deschamps sera inséré dans l'Annuaire.
M. le marquis de Brige donne des détails sur l'état des bois et les entreprises de reboisement. Il signale l'acacia comme très-avantageux, et pouvant remplacer le chêne dans une multitude d'ouvrages. On ne saurait trop recommander cette essence. L'acacia, employé pour clôture, est d'une très-grande durée. Des pieux non écorcés, et employés comme poteaux de balustrades en fil de fer, sont beaucoup meilleurs que ceux de chêne, et n'ont pas besoin d'être équarris, ce qui économise d'autant la main-d'oeuvre. Leur durée est extrêmement longue. On peut voir des clôtures de ce genre à Vaux sur-Laizon, dans le parc de M. de Caumont.
Une discussion s'engage sur le reboisement et sur la plantation des terres vagues. M. de Caumont recommande les pins laricio de Corse, d'Autriche et de Calabre, pour les terres calcaires et pour tous les autres terrains. Le pin maritime ne vient bien que dans les sables siliceux, et non
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dans les terrains très-calcaires. Les pins laricio et d'Ecosse sont ceux qui conviennent le mieux, avec l'Epicea, aux plaines calcaires de Caen, et en général à tous les terrains : témoins les plantations de M. de Dampierre, dans les maigres plaines de Bray et de Quatre-Puits.
MM. Pellerin et d'Ison sont entendus sur cette question.
M. de Brige parle du parti que l'on pourrait tirer en plantant les dunes : le pin maritime y réussirait probablement. Il cite des plantations de ce genre faites avec succès sur le littoral du département de la Manche, et entre dans des détails étendus sur les plantations faites sur divers points de la France.
M. Renault étant obligé de se retirer, M. Lair lui succède au fauteuil, et remet, au nom de l'Association, à M. Dan la médaille qui lui avait été décernée à Carentan. (Voir l'Annuaire de 1848.) M. Lair adresse, à ce sujet, quelques paroles obligeantes à M. Dan, qui remercie M. Lair et l'Association, et promet de faire tous ses efforts pour maintenir en progrès la fabrication qu'il dirige, et qui occupe un assez grand nombre de bras dans le département de la Manche.
On passe à cette question : Quelle doit être aujourd'hui l'action nouvelle exercée par les Sociétés et les Associations sur les progrès de l'agriculture ?
M. de Caumont prend la parole. « Je ne crois pas, dit-il, qu'il y ait rien de plus efficace pour atteindre le but que d'enseigner l'agriculture aux populations rurales, que de se mettre à la tête de l'enseignement agricole. L'Association normande a demandé, il y a bien des années, que les instituteurs primaires fussent initiés aux principes de l'agriculture ; elle a trouvé de l'opposition. Mais, il faut le
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dire, les raisons qu'on a données pour éluder l'exécution de la mesure n'étaient pas bien fortes.
L'Association a recommandé aussi l'enseignement pratique au moyen d'instituts agronomiques, et j'ai fait partie, au Conseil général d'agriculture, de la Commission qui a créé, on peut le dire, le système des fermes-écoles, en présentant au ministre l'exposé des principes d'après lesquels ces établissements ont été ou vont être créés sur un grand nombre de points de la France [12].
Mais, à côté de ces établissements, les Associations peuvent créer des cours, des conférences, qui seraient faits, par des hommes dévoués et capables, à la campagne, le dimanche, après les offices, ou même les jours de marché. Ainsi, dans chaque canton, on pourrait facilement établir de pareilles instructions. Je suis loin de demander un cours complet ; je voudrais seulement des principes et des applications au pays. Je voudrais que l'on citât, comme exemple à l'appui des principes, les résultats les plus saillants obtenus dans le pays même, afin que l'instruction devînt plus persuasive pour les incrédules : la théorie s'unirait ainsi à la pratique, au grand avantage, je crois, de l'instruction agricole. Un pareil enseignement, créé par les Associations, serait un de leurs plus beaux titres de gloire, et je ne désespère pas de réussir à le mettre en activité sur quelques points. En attendant, les enquêtes agricoles de l'Association normande ont été un véritable enseignement. MM. Girardin, Dubreuil, et autres agronomes habiles, y ont toujours donné des instructions appropriées aux localités, et ces enquêtes ont eu un immense intérêt pour les
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agriculteurs, qui souvent sont venus par centaines y prendre part. »
L'Assemblée approuve complètement la pensée de propager les connaissances agricoles, au moyen de cours ou de conférences, dans les campagnes. Elle encourage M. de Caumont à provoquer l'exécution de ce projet dans toutes les occasions qui pourront se présenter.
Des observations sont présentées, à ce sujet, par MM. Richelet et Pellerin.
M. de Brige donne des renseignements sur les améliorations agricoles opérées dans diverses parties de la France, notamment dans les départements du centre.
M. Renault communique une lettre de M. de Kergorlay, demandant aux membres de l'Association du département de la Manche quels voeux d'amélioration ils croiraient devoir soumettre au Gouvernement relativement à l'élève et au commerce des chevaux. L'Association pense que la Commission qui vient d'être formée au ministère pour étudier la question chevaline, et dont fait partie M. de Kergorlay, possède tous les documents nécessaires pour bien résoudre ces questions, et elle s'en rapporte parfaitement à elle.
L'Association a vu avec plaisir un grand nombre de ses membres y être appelés, notamment MM. de Mecflet, Lebarillier, Person, Delacour, de La Fresnaye et de Sainte-Marie, inspecteur de l'agriculture. Elle espère que d'autres questions, pour le moins aussi importantes, finiront par occuper le Gouvernement, et elle désire que ces questions soient enfin envisagées par lui sous leur véritable point de vue, et avec la volonté de satisfaire aux besoins de l'agriculture, au lieu de la sacrifier aux plus frivoles intérêts et de la grever de plus en plus de charges accablantes.
L'Association normande ayant décidé qu'elle tiendrait Une séance générale à Argences, le 22 juin 1848, M. de Caumont fit part de cette décision à M. Ancelle, maire, et à M. Dusoir, membre du Conseil municipal et de l'Association normande. Ces deux honorables propriétaires voulurent bien faire connaître le but de la réunion et engager les agriculteurs à s'y rendre. M. le maire mit la grande et belle salle de l'école à la disposition de l'Association, pour la séance du 22.
A onze heures et demie, on voyait, dans celte salle, M. le maire d'Argences ; MM. d'ISON, membre du Conseil général du Calvados ; de BANNEVILLE, ancien membre du même Conseil ; de MAUSSION, secrétaire de la Société académique de Falaise ; DUSOIR, d'Argences ; ETIENNE, de Planquery ; RICHELET, du Mans ; de MECFLET, de Quesnay ; Victor CALENGE, d'Ecoville ; PAGNY, de Mézières ; PLESSIS, notaire à Mézières ; MORIÈRE, secrétaire-archiviste, et de CAUMONT, directeur de l'Association.
MM. ANCELLE, maire d'Argences ; BOUET, maire de Troarn ; BOURIENNE, membre de plusieurs Sociétés savantes à Caen ; LECHEVALLIER, greffier de la justice de paix ; PAGNY,
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de Cartigny-l'Epiney, sont proclamés membres de l'Association normande.
Le bureau est ensuite constitué, et composé de MM. d'Ison, président ; Ancelle et Bouet, vice-présidents. Les membres précédemment nommés, et M. de Montbrun, de Quetiéville, sont appelés à siéger au bureau.
M. de Mecflet, inspecteur de l'arrondissement de Caen, est prié de remplir les fonctions de secrétaire.
M. d'Ison ouvre la séance, et engage M. de Caumont à prendre la parole pour indiquer l'ordre des travaux. Celui-ci rappelle que, plusieurs fois, dans les enquêtes de l'Association normande, il a été question du miel et des moyens de perfectionner celte industrie. M. de Montbrun lut, en 1845, un travail étendu sur ce sujet à l'Association réunie à Argentan en Congrès. L'Association pensa qu'il y aurait lieu de faire une enquête sur la production du miel dans le lieu où il se vend habituellement en plus grande quantité, à Argences ; et si elle n'a pas réalisé plus tôt ce projet, c'est qu'elle n'a pu se transporter partout où l'appelaient les études statistiques et le désir qu'elle éprouve de contribuer au progrès agricole.
L'enquête portera donc d'abord sur la production du miel.
On s'occupera ensuite des fabriques de tuiles, dont le nombre et les produits se sont accrus depuis quelques années, et qui forment une industrie notable et d'autant plus digne d'encouragement, que les toîts en chaume devront, tôt ou tard, disparaître de nos constructions rurales.
M. Bourienne, un des propriétaires de la dernière fabrique
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établie sur le coteau de Moult, donnera des indications statistiques sur la production annuelle des cinq fabriques de Troarn et d'Argences.
Le grand four à chaux, établi tout récemment à Moult par M. Pagny, facilitera l'emploi de cet amendement dans des contrées où elle peut être un excellent stimulant, notamment dans tous les coteaux argileux qui s'élèvent sur la rive droite de la Muance et se prolongent fort loin au nord et au sud.
Enfin, les travaux de dessèchement qu'il serait utile de faire dans le bassin d'Argences, tendant à l'amélioration des marais et des terres, devront occuper l'Association, surtout à une époque où le Gouvernement songe à employer au dessèchement et à l'assainissement des campagnes des sommes considérables.
En ce moment, il y a près de cent personnes dans la salle. — M. de La Rivière, de Vieux-Pont-en-Auge, vient prendre place parmi les membres de l'Association, dont il fait partie.
M. Paisant, de Mondeville, exprime, par une lettre, le regret qu'il éprouve de ne pouvoir assister à la séance. Il annonce que son domestique, homme fort intelligent, est chargé de faire fonctionner un semoir Hugues, et de fournir toutes les explications que l'Association pourra désirer.
M. Couliboeuf, notaire à Mézidon, écrit aussi qu'il ne peut assister à la séance. Sa lettre renferme quelques détails sur la fabrication du fromage, aux environs de Mézidon. Il en résulte que celle fabrication est restreinte à deux exploitations ; que la qualité du produit approche de celle du fromage de Camembert,et que la vente est d'autant
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plus avantageuse que la récolte des fruits est moins abondante.
L'enquête s'ouvre sur l'industrie du miel.
Une discussion s'élève relativement à une ruche, système de M. Beauvois, d'Angers, apportée par M. de Caumont, et recommandée par la Société centrale d'agriculture de Paris.
MM. Mauger et de Montbrun s'accordent à dire qu'elle ne convient point au pays ; que la ruche normande en paille tressée, traversée de quatre bâtons, réunit tous les avantages de celle-ci, qui, tout au plus, ne pourrait avoir la supériorité que pour fournir des rayons frais sur une table bien servie.
M. de Caumont croit qu'il sera difficile de substituer la ruche Beauvois à la ruche ordinaire, dont le prix est si minime et qui est si facile à transporter dans les charrettes, quand on change les mouches de pays ; mais il croit que la ruche Beauvois a, pour les mouches sédentaires, des avantages qu'il est juste de reconnaître. Il en indique quelques-uns.
M. le président demande quelle est l'importance du commerce et de la production du miel d'Argences.
Après une discussion, à laquelle prennent plus particulièrement part MM. Mauger, Lechevallier et de Montbrun, on conclut qu'en bonne année il se produit 2,000 barils ; en mauvaise, 600 : ce qui établit la moyenne à 1,200 barils d'un poids moyen de 50 kil. ; soit en moyenne 60,000 kil. On croit que 15,000 ruches sont employées à cette production. M. Lechartier arbitre le produit moyen d'une
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ruche à 5 kilog. ; le prix de ce miel est, en moyenne, de 1 fr. 40 c. le kilog.
L'importation du miel en France est un fait exceptionnel. Elle se fait plus particulièrement de New-York ; mais le miel de cette contrée est de beaucoup inférieur en qualité à celui de notre pays. Le droit de douane, qui, aujourd'hui, est de 35 fr. les 100 kilog., paraît suffisant pour protéger le miel français. Les exportations ont surtout lieu pour l'Angleterre. La baisse du prix du miel en France est en raison de l'augmentation de la production.
La cire a valu 4 fr. le kilog. ; mais elle est tombée à 3 fr. Elle souffre davantage de la concurrence que lui fait celle de New-York. La cire de miel blanc français est inférieure à celle d'Amérique ; mais la cire de miel jaune est supérieure. Du reste, le blanchissage de la cire diminue considérablement, et elle s'emploie de plus en plus pour les parquets.
La culture du colza a eu pour résultat de fournir une plus grande quantité de miel ; la qualité en a souffert, en ce sens que le miel, produit par la fleur de cette plante, étant plus difficile à cristalliser, est, par cela même, plus sujet à la fermentation. Mais, par des soins intelligents donnés aux ruches, il est facile de profiter des avantages que fournit, pour la production du miel, la culture du colza, sans rien perdre de la qualité du miel obtenue sur la fleur du sainfoin.
A moins que la miellaison ne soit bonne, il faut se garder de calotter par vent du nord. Le calottage doit se faire très-bas et très-tard, au commencement de la saison.
Les trous doivent avoir, au maximum, 0,08. Les ruches doivent êtres changées tous les trois ans. Le prix d'un essaim varie suivant les localités.
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Dans le Pays-d'Auge, il vaut 15 fr. ; dans le Bocage, 10 fr. ; dans la plaine de Caen, 12 fr.
L'usure des ruches est estimée à 1/5e, et on y remédie par l'achat des essaims élevés par les petits propriétaires.
Le premier choix du miel est celui qui est tiré à froid. Quelques industriels ont organisé des châssis, destinés à faire étuver les rayons, pour en extraire le miel. On estime que le poids de la cire est de 5 à 6 p. %.
On ne doit plus étouffer les mouches pour avoir le miel ; le chloroforme peut être employé dans ce but. MM. Lechartier et Mauger sont signalés parmi les personnes présentes, comme ayant fait faire à cette industrie de véritables progrès. Dans la crainte que tous les éleveurs d'abeilles n'aient pas suffisamment connu la réunion du jour, on décide qu'une Commission sera nommée, qui devra faire un rapport à l'Association et désigner des candidats pour la médaille offerte par elle.
L'éducation des abeilles entraîne certains graves inconvénients pour les voisins et les bestiaux, et l'autorité administrative a dû s'en préoccuper.
Un arrêté pris, à cet effet, par M. de Montlivaut, a été remis en vigueur par l'un de ses successeurs, M. Bocher. Les éleveurs d'abeilles ont vivement réclamé contre les mesures de police que cet arrêté consacre actuellement. Ils en demandent la révision ; ils désirent que ses dispositions soient plus précises, que l'arbitraire laissé aux maires soit restreint ; enfin, ils souhaitent que vingt ruches ne soient pas considérées comme constituant un rucher.
Tuileries. — L'Association s'est ensuite occupée des tuileries.
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M. Bourienne a communiqué les renseignements suivants :
Sept tuileries existent dans l'arrondissement de Caen. L'une d'elles est inactive ; trois autres fonctionnent à Troarn ; trois à Argences. La fabrication est d'environ 3,000,000 de briques ou tuiles, qui emploient 60 ou 80 ouvriers.
Les frais se répartissent ainsi pour le mille de tuiles :
| Cuisson. | 8 | fr. | » | c. |
| Moulage. | 2 | 75 | ||
| Battage. | 1 | » | ||
| Pilage, préparation, extraction, etc. | » | 90 | ||
| — | — | — | — | |
| 12 | 65 |
Les mille tuiles ou briques simples se vendent de 27 à 28 fr. ; la brique double, les pavés carrés ou hexagones sont vendus 38 fr. — Le Pays-d'Auge emploie plus de la moitié de cette fabrication.
Le combustible employé est exclusivement la tourbe, et les marais qui avoisinent ces usines en renferment une telle quantité, que l'on peut croire à un approvisionnement de plus de cinquante années. La submersion de ces marais peut cependant momentanément occasionner un déficit dans les approvisionnements.
Les gisements de terre à tuile sont considérables ; et si un arrêté semblable à celui pris, l'an dernier, par M. le préfet de l'Orne, devenait exécutoire dans notre département, la fabrication se développerait sur de très-vastes proportions.
Chaux de Moult. — M. Pagny, de Cartigny-l'Epinay, expose que la chaux fabriquée par son procédé peut être
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vendue à un tiers meilleur marché que toute autre. Il pense que cette circonstance en augmentera de beaucoup l'usage, qui est on ne peut plus avantageux dans tout le pays environnant. La différence de qualité de la chaux, cuite au bois ou au charbon de terre, est compensée, et au-delà, par le bon marché de celle-ci. On ne doit donc pas craindre d'augmenter la fabrication : seulement il est à désirer que les usines soient assez multipliées pour que le prix de transport ne vienne pas rendre trop dispendieux l'usage de la chaux.
La pierre de Moult, qui contient une grande quantité de détritus de coquilles, est bonne à la fabrication de la chaux.
Desséchements. — La discussion est ensuite ramenée par M. de Caumont sur les travaux de dessèchement qu'il serait désirable de voir effectuer dans la contrée.
MM. Bourienne, Calenge, de Banneville et Ancelle, prennent part à la discussion, de laquelle il résulte qu'il faudrait continuer les coupures de la Dive, puis s'occuper de ses affluents. Le canal qui joint le marais des Terriers au marais de Troarn, aurait notamment besoin d'être baissé d'un mètre, si toutefois le niveau de l'embouchure de la rivière le permet. A cet effet, il serait à souhaiter que le travail fût fait par les ingénieurs des ponts et chaussées.
L'Association décide qu'une communication et demande spéciale sera, à cet effet, adressée à cette administration.
Enfin, on émet le voeu que les autorités compétentes tiennent la main à ce que, très-régulièrement, et deux fois
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par an, on fasse le coupage des herbes le long des fossés et canaux.
M. de La Rivière appelle encore l'attention de l'Association sur les marais de Percy et du Breuil, qui appartiennent à des particuliers ayant un intérêt au moins égal à celui du pays, afin que le dessèchement de ces marais, très-facile d'ailleurs, soit effectué le plus promptement possible.
Dentelles. — M. Ancelle, maire d'Argences, appelle ensuite l'attention de l'Association sur l'état de souffrance dans lequel se trouve l'industrie des blondes, et sur la position très-précaire des dentellières. Il prie l'Association de se préoccuper de l'étude de cette grave question, si digne de toute sa sollicitude.
M. de Caumont expose que déjà, avant que la crise politique que nous traversons eût commencé, cette industrie était gravement compromise par suite de la concurrence qui s'est établie au Puy et ailleurs. Dans le département de la Haute-Loire, la fabrication se fait à un prix très-peuélevé ; et, quoique les dentelles confectionnées chez nous soient supérieures en qualité à celles du Puy, cette circonstance, si essentielle pour tous autres objets fabriqués, est nulle ou à peu près pour les blondes, dont la durée est le moindre avantage. Les circonstances nouvelles dans lesquelles nous nous trouvons ne peuvent qu'ajouter à ce que cet état de choses avait de pénible. Il est certain qu'il y a trop de bras occupés à une industrie dont l'écoulement et les débouchés sont de moins en moins faciles. Dès-lors il est urgent de chercher d'autres occupations à ces bras qui menacent de chômer.
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M. Calenge rappelle qu'à Chantilly, quand la fabrication des dentelles vint à souffrir, on employa avantageusement les femmes qui se trouvaient sans ouvrage à la fabrication de moules de boutons, fabrication qui a pris un essor considérable et soutenu.
M. Bourienne indique que, dans le département de l'Orne, quand les filatures mécaniques vinrent briser les quenouilles des fileuses, celles-ci trouvèrent, dans l'élevage et la garde d'une vache à lait qu'elles nourrissaient d'herbes prises dans les blés, une existence convenable.
M. de Mecflet n'admet pas que cet exemple puisse être avantageusement indiqué ; les inconvénients qu'il présente sont immenses. Il ne croit pas nécessaire de les développer ; mais il dit que, puisqu'il est démontré que le mal dont on se préoccupe tient surtout à ce que trop de bras sont occupés à la fabrication constante de la dentelle, on doit rechercher, avant tout, à diminuer, sinon le nombre de bras, tout au moins le nombre d'heures employées à ce travail.
Il croit que les femmes devraient prendre plus de part aux travaux de la campagne ; que, dès-lors, des cultures plus perfectionnées, parce que les sarclages seraient complètement effectués, pourraient être pratiquées ; que, de plus, leur participation aux travaux des champs permettrait encore de développer, sur une plus grande échelle, les cultures industrielles, soit que, plus tard, les produits fussent destinés aux bestiaux, soit qu'ils dussent occuper, après leur récolte, un grand nombre de bras, avant de circuler transformés dans le commerce.
Il ajoute que, selon lui, c'est dans l'agriculture qu'avant tout il faut chercher le remède à ces maux que l'on signale ;
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qu'il pense que la conviction qu'il en a va bientôt être partagée par le pays ; que déjà nos hommes d'Etat, les plus lents à la partager, sembleraient vouloir être des premiers à la proclamer ; qu'enfin le moment était malheureusement arrivé où il ne serait plus possible de conserver sur ce point aucune illusion, aucune hésitation, et qu'il croyait que la force des choses obligerait nos gouvernants à entrer sérieusement et nettement dans cette voie.
M. d'Ison fait remarquer que les cultivateurs, n'ayant pas de capitaux en leur possession, ne peuvent faire les avances nécessaires pour fournir du travail aux dentellières inoccupées, et qui, jusqu'ici, sans une mise de fonds considérable, pouvaient se livrer à leur industrie. Il désire que le Gouvernement entre dans une voie sérieuse d'encouragements et de secours à la classe agricole ; mais il ne peut se dissimuler que les mesures fiscales, notamment, prises par lui jusqu'à ce jour, ne doivent inspirer, à ce sujet, que des doutes sérieux et des inquiétudes graves. Il propose que la question soit mise au concours, et qu'un prix soit décerné à l'auteur du meilleur Mémoire sur les moyens de neutraliser les souffrances de l'industrie de la dentelle, et de la remplacer par une autre plus solide et non moins profitable aux ouvrières de nos campagnes.
Cette proposition est adoptée à l'unanimité.
La séance est levée.
Exercice du semoir. — Immédiatement après la séance, l'Assemblée s'est transportée tout entière dans un champ situé sur le bord de la route de Vimont, pour voir fonctionner un semoir appartenant à M. Paul Paisant-Descoutures, membre de l'Association, à Mondeville. M. Paul
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Paisant, obligé de faire un voyage, avait eu l'obligeance d'envoyer cet instrument, qui, dirigé par son maître-jardinier, a été manoeuvré et expliqué devant la foule de cultivateurs que la réunion de l'Association normande et le marché avaient attirée à Argences.
Le terrain avait été hersé, à la demande de M. Ancelle et de M. Dusoir, et le semoir a été attelé pendant le temps nécessaire pour en faire comprendre les avantages et le mécanisme à tous ceux qui ont désiré le voir fonctionner.
Des remercîments ont ensuite été votés à M. Paisant-Descoutures, au propriétaire du terrain, et à M. le maire d'Argences, qui a secondé de tout son pouvoir la réunion de l'Association.
A quatre heures et demie, l'Assemblée s'est séparée.
Vignobles d'Argences. — Une Commission, composée de MM. Richelet (du Mans), président ; de Caumont et de Maussion, avait été chargée d'examiner les vignobles d'Argences. Elle a fait sa visite immédiatement après la séance, et a reconnu que plusieurs plants de vignes sont peu soignés et étouffés par les mauvaises herbes ; d'autres ont été bêchés avec plus de soin.
Quant au produit, les vignobles d'Argences sont à peu près dans le même état qu'en 1833, époque à laquelle ils furent visités par la Société linnéenne. Seulement, un petit plant de vigne a été défriché depuis cette époque, et M. Bisson, propriétaire principal des vignobles, est mort.
La Commission croit donc devoir reproduire ici le rapport fait, en 1833, par M. Isidore Le Brun.
« Notre contrée posséda, dans des temps séparés de
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l'époque actuelle par plusieurs siècles, des vignobles étendus et assez estimés : c'est ce qu'attestent les noms de plusieurs communes, des actes concernant nos abbayes, des chartes, etc. Aujourd'hui, des crûs vraiment bons seraient jaloux de la réputation que des géographies et des ouvrages de statistique persistent à décerner au vignoble d'Argences, le seul qui subsiste dans le Calvados et le reste de la Basse-Normandie.
Au détour que la route de Troarn fait en entrant dans le bourg d'Argences, un peu avant la première maison, on aperçoit, à gauche, le coteau et la pièce de vigne la plus étendue. Elle contient moins de 100 ares. Les sillons ont la largeur de ceux des autres champs ; mais ils sont plus bombés. De rang à rang, comme entre les ceps, la distance est d'un demi-mètre environ. Chaque année, le bois est coupé à ras de terre : souvent les anciens Romains vignicoles employaient un semblable procédé. Contrairement aussi à la culture ordinaire, on ne se sert pas d'échalas : dès que les jets nouveaux peuvent se joindre, on les enlace deux par deux, et rang par rang. Ces dispositions ont pour but, l'hiver, de préserver la racine de la gelée ; l'été, de procurer au cep, et surtout à la grappe, toute la chaleur possible. Plus la racine est près de terre, meilleur il est. Enfin on ne cultive que le raisin blanc.
D'autres pièces de vignes, de la contenance de quelques ares, éparses, couronnent le coteau. Après qu'on a passé la Muance et traversé la grande place du bourg, on aperçoit un vignoble presque égal au premier en superficie, mais supérieur par la qualité de son produit. Du moins, le propriétaire, M. Bisson, fait cueillir le raisin en parfaite maturité : la grappe, déposée dans la cuve, ne subit aucune
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pression ; c'est par son propre affaissement qu'elle s'écrase pour rendre la mère-goutte. Les autres propriétaires pratiquent les procédés ordinaires des vignerons ; puis ils mêlent le marc à du marc de poires pilées. Ils obtiennent de ce mélange plusieurs tonneaux d'une piquette qui, dit-on, n'est pas sans force, et que consomment les ouvriers.
C'est du vin extrait de raisin pilé en 1832, année qui fut peu favorable à la vigne, que nous avons d'abord dégusté. Par sa couleur et par son goût sans fumet et un peu terreux, il nous a semblé supérieur de fort peu au poiré de qualité ordinaire. Mais lorsque, chez M. Bisson, il nous fut versé de ce vin, âgé de dix ans, la couleur parut celle du bon Chablis ; et, à l'unanimité, on le jugea chaud, apéritif, d'un goût agréable, enfin digne d'être adjoint aux huîtres de Courseulles pour un déjeûner confortable.
Tous les plants de vigne ne contiennent pas ensemble 3 hectares. On évalue les produits, en bonne année, de 4,000 à 4,500 litres ; mais il n'a pas été dit que ce fût de vin pur. Le prix du litre, pour le détail, est 40 c. environ. Il ne paraît pas que le débit soit considérable : le principal aubergiste n'en vend que quarante à cinquante bouteilles par an. On ne peut pas croire que ce soit pour encourager la culture de la vigne à Argences, et, par extension, dans le département, que l'administration des droits réunis assimile ce vin au poiré, et le frappe de la moindre taxe de l'octroi.
Ce sujet comporterait plus qu'une simple Notice. On étudierait la qualite du sol, qui est argileux, l'exposition du coteau au S.-S.-O., l'espèce de la vigne ; le vin serait soumis à l'analyse ; on comparerait les frais de culture,
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ainsi que les procédés employés pour la vinification. Que si l'on proposait au concours cette question : « Serait-il avantageux d'établir des vignobles dans le Calvados et dans l'Orne ? » La réponse, à Argences même, pourrait être négative. Les habitants disent que les propriétaires ont dévasté leurs vignes, parce qu'ils trouvent plus de profit à planter des pommiers et à récolter des grains. »
Nous n'avons rien à ajouter au Rapport de M. Le Brun. L'Association a chargé l'un de ses membres de prendre, près des propriétaires de vignes, quelques renseignements qui pourront donner lieu à une Note pour l'Annuaire de 1850.
L'inspecteur remplissant les fonctions de secrétaire,
DE MECFLET.
L'Association normande ayant choisi la ville de Bernay pour siége de son Congrès agricole et industriel en 1848, nous avons cru devoir insérer dans l'Annuaire de cette année la statistique routière de Caen à Bernay, par St-Pierre-sur-Dives et Orbec, voie la plus directe pour ceux qui se rendront au Congrès, en partant de la Normandie occidentale.
Pour se rendre de Caen à St-Pierre, on suit d'abord la route de Paris jusqu'à Moult, à 16 kilomètres de Caen, et l'on peut se reporter à ce que nous avons dit de cette partie du trajet de Caen à Evreux dans un précédent article. (V. les pages 1 et suivantes du présent Annuaire.)
La route de St-Pierre s'embranche, à Moult, dans celle de Paris, et suit la direction du S.-O. La distance entre Moult et St-Pierre est de 16 kilomètres. Moult se trouve donc à moitié chemin de Caen à St-Pierre.
A peu de distance de la route royale, on traverse l'ancienne voie romaine, qui court de l'ouest à l'est, au milieu du village de Moult ; puis on gagne une campagne bornée, à l'ouest, par les collines argileuses dont nous avons parlé dans notre précédent article (p. 20).
Le plateau compris entre Moult et Valmeray n'offre rien qui mérite d'être signalé.
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Avant de descendre dans le vallon de la Muance, on aperçoit la tour en ruines de Valmeray : c'est tout ce qui reste à présent de l'église.
Cette église, située à mi-côte sur la rive gauche de la Muance, ne servait plus au culte. Les parties les plus anciennes pouvaient dater de la seconde moitié du XVe siècle ou du XVIe, à en juger par le petit nombre de moulures que présentaient quelques fenêtres. Les murs avaient été repris dans plusieurs parties, surtout ceux de la nef ; de sorte que rien dans cette église ne méritait l'attention. La tour carrée, placée à l'extrémité occidentale, terminée par un toit à double égout qui est encore debout, paraît tout au plus remonter au XVIIe siècle.
Elle est d'un bon effet dans le paysage, et l'on a bien fait de la conserver, à la demande de M. le comte d'Ison.
Ce fut dans l'église de Valmeray que le roi de France, qui était venu au secours de Guillaume, duc de Normandie, entendit la messe le jour de la bataille du Val-des-Dunes. Ce fait nous est rapporté dans les vers suivants du roman de Rou, de Robert Wace :
A SAINT-BRIÇUN DE VALMEREI
FU LA MESSE CHANTÉE EL REI
LI JOR KE LA BATAILLE FU ;
GRANT POOR I UNT SI CLER ÉU.
A VALMEREI FRANCEIZ S'ARMERENT
ET LORS BATAILLES ORDENERENT.
On traverse la Muance sur un pont de pierre, et l'on trouve, à droite, la route de grande communication qui se rend de là à St-Sylvain et à Langannerie (bourgade entre Caen et Falaise). Si l'on faisait quelques centaines
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de pas sur cette route, en remontant la Muance, on trouverait le beau château de Coupigny, appartenant à M. le comte d'Ison, membre de l'Association normande.

Un peu plus loin, se trouvent les importantes pépinières de Bray et le château de M. de Dampierre ; puis l'intéressante église de Fierville et le château de M. le marquis de St-Clou, membre de l'Association.
La route de St-Pierre, dont nous ne devons pas nous écarter, traverse la vallée de la Muance pour gagner la plaine, un peu monotone, qui sépare cette vallée de celle du Laizon.
Une route de grande communication, qui vient se réunir à la route de St-Pierre, tend vers l'église d'Airan, et conduit ensuite à Mézidon, au Mesnil-Mauger, et, par embranchement, jusqu'aux environs d'Orbec.
Parvenu à 4 kilomètres de Moult, on embrasse toute la
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plaine qui s'étend, à gauche, jusqu'à la rivière de Dives, et, au delà, les coteaux boisés du Pays-d'Auge. Cette longue ligne de collines se prolonge, comme je l'ai dit, fort loin dans le département de l'Orne, formant ainsi une ride à la surface du sol, et limitant deux régions physiques, très-différentes l'une de l'autre au point de vue agricole et au point de vue géologique.
A la base du coteau, on aperçoit, au-delà de l'église d'Airan, celle de Cesny-aux-Vignes, paroisse dont le surnom prouve qu'autrefois on y cultivait la vigne, aussi bien qu'à Airan, à Moult et à Argences, communes dont les crûs étaient réputés.
Rien à voir du côté droit de la route que les futaies de bois résineux plantées par M. de Dampierre. Elles sont à deux kilomètres de distance du chemin.
On arrive bientôt à Quatre-Puits, paroisse réunie à Vieux-Fumé, et dont l'église a été démolie il y a 40 ans. Les maisons du village sont à droite de la route.
Les avenues et le château de Vieux-Fumé apparaissent ensuite ; elles sont assez longues et formées de beaux arbres. Ce château appartient à M. Benard, membre de l'Association normande. Les terres qui en dépendent sont cultivées par un agronome éclairé, M. Le Breton, membre de la même compagnie, dont les belles récoltes attirent souvent l'attention des voyageurs. M. Benard a tout récemment établi près de son château un moulin à vent pour l'irrigation, d'après le système de M. Amédée Durand. On le voit de la route.
Les maisons du village et l'église sont un peu au-delà du château.
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L'église est en forme de croix latine ; le choeur, les transepts et une partie de la nef sont de transition, mais plutôt d'une époque voisine de la fin du XIIe siècle que d'une époque plus ancienne, à en juger par les deux étroites lancettes tréflées du chevet, les étroites fenêtres arrondies au sommet et sans colonnes du choeur (côté nord), et les chapiteaux des colonnes de l'intérieur. Les modillons de la corniche portent des arcatures et offrent des figures grimaçantes autour du choeur et des transepts.

Du côté du sud, une porte, garnie de zigzags, et dans laquelle la pointe de l'ogive est à peine sensible, mérite d'être remarquée pour la pureté de ses profils et les chapiteaux de ses colonnes.
Une grande fenêtre carrée, moderne, a endommagé, d'un côté, l'archivolte de cette jolie porte, supprimée depuis longtemps, et un peu enterrée par l'exhaussement des terres du cimetière.
Des fenêtres carrées, qui défigurent l'édifice, ont été percées au XVIIIe siècle, à l'extrémité de chaque transept et dans les murs latéraux de la nef. Celle-ci, qui devait être
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du même temps que le choeur, a subi, outre l'établissement des fenêtres dont je viens de parler, diverses réparations qui lui ont fait perdre son caractère primitif : néanmoins elle doit, dans les parties anciennes, être à peu près de la même époque que le choeur. Les modillons étaient cependant différents de ceux du choeur, aplatis et taillés en biseau, et paraîtraient d'une époque un peu moins ancienne que les autres.
La tour et la façade sont du siècle dernier (1775).
Anciennes sépultures. — A l'extrémité de la partie de mon parc, qui est située sur Vieux-Fumé, on a trouvé, il y a trente ans, un certain nombre de squelettes. Je n'ai pu recueillir sur ce fait que de vagues détails ; mais le chemin qui passe tout près de là, et qui était, avant l'établissement de la nouvelle route, celui de Caen à St-Pierre-sur-Dives, est très-creux. Il doit être fort ancien ; ce qui porte à regarder aussi comme anciennes les sépultures dont je parle, et qui se trouvaient sur le bord de la route.
La route de Mézidon à Falaise traverse celle de St-Pierre, au village de Vieux-Fumé. On descend ensuite dans la vallée du Laizon ; on passe sur un pont de pierre, et on se trouve sur les territoires de Vaux et de Magny, communes réunies.
Le village de Vaux est sur la rive droite du Laizon, à 1 kilomètre, au nord, de la route.
L'église de Vaux offre peu d'intérêt, les fenêtres étant presque toutes modernes. Elle peut dater du XVe siècle ou du XIVe. Elle est en forme de croix ; le chevet était autrefois percé d'une fenêtre à plusieurs bayes. Elle a été supprimée lors de l'établissement du maître-autel. M. V.
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Petit a pu néanmoins distinguer les compartiments de la broderie au milieu du mortier de remplissage, et rétablir cette fenêtre dans son état primitif.

Toutes les autres fenêtres sont modernes.
La tour est mesquine, en charpente, comme on en a beaucoup dans les campagnes de Lisieux et du Pays-d'Auge ; l'escalier par lequel on y monte forme une saillie semi-circulaire, établie après coup. On voit au sommet le millésime 1608.
La porte principale de l'église est au sud de la nef et précédée d'un porche : l'arc surbaissé et les colonnettes de cette porte, d'ailleurs sans intérêt, annoncent la fin du XIVe siècle ou le XVe.
A l'intérieur de l'église, on pourrait citer le maître-autel, remarquable par son grand et riche contre-retable en pierre de taille à colonnes, surmonté d'une niche à fronton, renfermant la statue de la sainte Vierge, et des deux côtés de laquelle deux anges se prosternent ; puis, dans les chapelles, deux autres autels à colonnes, également en pierre.
Le château de Vaux, sur le bord du Laizon, est moderne
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et peu considérable. Il a été construit, en 1771, par M.

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de Cairon, qui possédait aussi les fiefs de Caourches et de Fontenay, ainsi que le prouvent plusieurs actes que j'ai eus en ma possession.
Le château de Vaux et la terre qui en dépend furent achetés, en 1804, par M. Rioult d'Avenay. Il les céda à son fils, qui a créé le parc et fait la plus grande partie des plantations.
J'en suis devenu propriétaire en 1842. Depuis cette époque, plusieurs réunions scientifiques ont eu lieu à Vaux ; j'y ai fait aussi quelques expériences sur la valeur comparative des engrais et sur l'accroissement comparé de certaines espèces d'arbres.

Le parc s'étend sur Vieux-Fumé, et est traversé dans toute sa longueur par la rivière du Laizon.
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La commune de Magny, traversée par la route, renferme 500 habitants : on y faisait autrefois beaucoup de canevas.
L'église est moderne et de petite dimension.
La tour est un de ces petits dômes en pierre, surmontés d'une lanterne, dont il existe un grand nombre, et qui datent tous du XVIIIe siècle. Elle a été construite en 1738.
Cette église, dédiée à la sainte Vierge, était autrefois divisée en deux portions, qui ont été réunies en 1705, par arrêt du Parlement, sur la demande présentée par Jean de Picot, prêtre, curé de Magny, et approuvée par l'évêque de Séez.
M. Dusoir, maire de Magny, m'ayant appris qu'on trouvait habituellement des débris de briques dans la campagne située au sud de l'église, j'ai examiné ces débris, et j'y ai reconnu les caractères de la brique romaine. Plusieurs de ces fragments ont appartenu à des tuiles à rebords. Le champ où j'en ai recueilli le plus est en vue d'Escures, et à moins d'un kilomètre de l'église de Magny.
La campagne de Magny est assez fertile, et doit avoir été anciennement cultivée : on distingue très-bien ses limites à la belle venue des récoltes et des pommiers. Au-delà de cette campagne, dont Magny tire son surnom, le terrain est maigre et peu profond, et une partie des champs n'ont été mis en culture que depuis 30 à 40 ans.
Dans le bois de Magny, dont une partie a été défrichée, on a trouvé des cavités arrondies que l'on pourrait supposer avoir été d'anciennes carrières ; car la roche se trouve au fond sous quelques pouces de terre végétale. Cependant
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il peut rester des doutes à cet égard, en ce que ces cavités sont absolument sans accès, en forme de cratère.
Une de ces cavités se trouve dans une coupe de bois qui m'appartient ; j'y ai fait des fouilles, et j'y ai trouvé des dents de sanglier, dans une terre noire qui recouvre le pavé calcaire.
A deux kilomètres de Magny, on distingue, à droite, une colline [13] sur laquelle est assis le village d'Escures. Près de là est le château appartenant à M. de Laize, officier supérieur de gendarmerie.
Un peu au delà on traverse une voie romaine ou chemin haussé, signalée pour la première fois par M. Legrand, docteur-médecin à St-Pierre. Vers le nord, cette voie tend à Percy, dont on voit l'église dans la campagne. Du côté du sud, elle tend à Grisy, à Vendoeuvre et à Jort, où elle se réunit au chemin haussé de Vieux à Escures.
Si le voyageur désire explorer cette voie, que j'ai signalée et décrite dans mon Cours, il n'aura qu'à s'avancer vers le sud. L'exhaussement de la chaussée est encore très-sensible dans quelques parties du trajet d'Escures à Grisy.
Il y avait autrefois à Grisy un vignoble, qui existait encore à l'époque où fut dressée la carte de Cassini.
Depuis Escures jusqu'à un kilomètre de St-Pierre, les campagnes qui bordent la route sont peu fertiles. La couche de terre arable, très-mince, repose sur l'oolite. En approchant de St-Pierre, le terrain s'améliore par suite de la présence des premières couches d'un calcaire argileux
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qui, dans le Calvados, forme la base du grand dépôt des argiles oxfordiennes.
Le terrain s'abaisse doucement vers la Dive, et l'on distingue presque constamment, depuis Magny jusqu'à Donville, plusieurs églises : les unes à l'extrémité de la plaine, les autres au-delà de la Dive, dans les vallons du

Pays-d'Auge. Telles sont l'église de Thiéville, dont voici l'esquisse, et qui n'est qu'à un kilomètre et demi de Saint-Pierre,
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au nord ; celle d'Ouville-la-Bien-Tournée, dans la même direction, mais beaucoup plus éloignée de la route ; puis, dans le lointain, et au fond d'une vallée qui se ramifie avec celle de la Dive, la curieuse église de Vieux-Pont. Mais hâtons-nous d'arriver à Saint-Pierre.
La petite paroisse de Donville n'est séparée de St-Pierre que par la Dive. L'église est moderne, surmontée d'un petit dôme en pierre.
Saint-Pierre-sur-Dive est un bourg considérable, dont les rues sont droites, bien bâties, et aussi bien pavées que celles des villes chefs-lieux d'arrondissement. Il doit son importance à l'abbaye de Bénédictins qu'on y voyait autrefois.
L'hôtel-de-ville, qui est près de l'église, sur une petite place, renferme une bibliothèque formée par les soins de M. Le Grand, ancien maire et membre de l'Institut des provinces.
La grande église de Saint-Pierre est celle de l'abbaye. Trois tours, une sur le transept, les deux autres à l'extrémité occidentale, surmontent l'édifice.
Le vaisseau est grand et annonce bien une abbaye de Bénédictins. Quoiqu'il offre de l'unité, il appartient à plusieurs époques que nous n'indiquerons ici que très-sommairement, renvoyant à l'analyse que nous donnerons de cet édifice dans le tome IVe de notre Statistique monumentale. On peut donc assigner le XIIIe siècle et le XIVe à une grande partie de l'église. On y travaillait en 1265, puisque Odon Rigault, visitant l'abbaye, dit que la clôture
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ne pouvait être observée, à cause des travaux qu'on faisait. Claustrum non poterat servari propter operarios. Mais on sait combien il faut de temps pour terminer un grand édifice : aussi le cachet du XIVe siècle nous apparaît dans quelques parties, et la façade occidentale, avec la tour du nord, doivent être de la fin de ce siècle. La tour du sud, au contraire, est romane de transition, et c'est la partie la plus ancienne après les arches romanes à plein cintre qui se rencontrent près du transept nord, et qui doivent être de la première construction (XIe siècle). Les stalles du choeur sont du XVIe siècle. On voit aussi, dans le choeur, une rosace en pavés de terre cuite émaillés, qui mérite l'attention de l'antiquaire, aujourd'hui que ces pavés deviennent de plus en plus rares : celui-ci date vraisemblablement de la fin du XIIIe siècle.
Il ne reste plus que quelques débris des anciens vitraux.
L'église de Saint-Pierre, toute vaste qu'elle soit, n'est pas un monument très-remarquable d'exécution. Les sculptures en sont négligées, en général : exceptons pourtant le charmant tombeau du transept nord, les arcatures de l'extrémité occidentale de la nef, et quelques détails.
La consolidation des supports de la tour centrale, qui date de 1528, et les sculptures modernes qui couvrent les pilastres lourds et disgracieux à l'entrée du choeur, font perdre beaucoup à cette partie de l'édifice.
A notre point de vue, la partie la plus remarquable par l'harmonie de ses formes, c'est la salle capitulaire accolée au transept sud. C'est un charmant morceau d'architecture ogivale primitive, que les véritables antiquaires feront bien d'examiner. Elle sert aujourd'hui de logement à la station des chevaux du haras du Pin.
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Les bâtiments de l'abbaye datent, en grande partie, de la fin du XVIIe siècle. Ils furent commencés en 1694, et terminés en 1719. Le côté de l'ouest, parallèle à la façade ;

est encore garni de contreforts, et l'appareil me paraît ancien dans les parties qui n'ont pas été reprises en sous-oeuvre. La porte d'entrée, près de la place de l'hôtel-de-ville, est intacte ; elle servait aussi d'accès à la prison.
Sur la grande place, on trouve les halles ; elles appartenaient à l'abbaye, qui exerçait un droit de péage. La porte principale de ce vaste marché couvert paraît dater du
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commencement du XIIIe siècle. Une partie des murs latéraux, et à l'extrémité opposée, sont beaucoup moins anciens, puisque M. Bouet y a reconnu les armoiries de Jacques de Silly, qui était abbé de St-Pierre, au commencement du XVIe siècle, avant d'être promu à l'évêché de Séez.
Voici le plan de l'édifice :

Quelques maisons méritent encore l'attention du voyageur, à Saint-Pierre : telle est, près de la rivière, une jolie maison du XVe siècle, que je recommande aux voyageurs, et dont je présente une esquisse.
A l'intérieur, les poutres sculptées offrent, comme dans beaucoup d'autres édifices de la fin du XVe siècle et du XVIe, des têtes de monstre ou de requin.
L'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives avait été fondée primitivement, dans la première moitié du XIe siècle, par Lesceline, femme de Guillaume, comte d'Eu, qui la peupla de religieuses bénédictines. Mais, après la mort de son mari, et à l'instigation de son fils Hugues, évêque de Lisieux, elle transféra ces mêmes religieuses à Saint-Désir, dans un faubourg de cette ville ; et, en 1046, elle les remplaça à Saint-Pierre par des religieux du même ordre, sous la direction d'Ainard, qui fut le premier abbé de ce monastère.
En 1260, l'abbaye fut visitée par l'archevêque de Rouen,
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Odon Rigault. Il y trouva trente-six moines. Les revenus montaient à 3,000 livres.
On peut consulter, sur l'histoire de l'abbaye et du bourg de St-Pierre, la brochure publiée par M. Hurel, professeur au collége de Falaise ; les recherches de M. Léchaudé
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d'Anisy, et les pièces déposées aux archives du Calvados. MM. de Beaurepaire et Le Grand s'occupent de réunir les éléments d'une histoire complète de cette intéressante localité.
Saint-Pierre-sur-Dives avait un bailliage. Aujourd'hui ses foires et ses marchés sont très-importants. Le marché du lundi est un des plus considérables du département.
On trouve, à gauche, en sortant de Saint-Pierre, la route départementale de Crèvecoeur ; plus loin, celle de St-Julien-le-Faucon s'embranche aussi dans le chemin de Livarot.
A gauche de la route, l'église d'Hiéville est moderne, sans importance. Près de là est l'habitation de M. le commandant Rochet, membre de l'Association normande. Un cèdre du Liban, très-élevé, et quelques beaux arbres existent dans les bosquets.
A droite de la route est Berville. L'ancien château, qui peut dater de la fin du XVIe siècle, était entouré de fossés pleins d'eau.
A deux kilomètres de la route, au nord, on aperçoit, sur le penchant du coteau, l'église de Vieux-Pont-en-Auge, la seule de nos contrées qui présente des chaînes de briques dans ses murs et qui appartienne, par ses caractères, au type du roman primitif. La façade de l'édifice est presque intacte ; la tour et la curieuse inscription qui s'y trouve incrustée méritent aussi d'être examinées. J'ai signalé le premier et décrit cette curieuse église dans les Mémoires
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de la Société des antiquaires ; depuis, il en a été souvent fait mention dans le Bulletin monumental.

La paroisse de Mittois se voit à droite de la route, sur le
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bord de la petite rivière d'Oudon. L'église, de deux époques (le choeur roman, la nef du XIIIe siècle), est surtout intéressante par son tourillon-porte-cloche à deux bayes, orné de colonnes romanes : je l'ai figuré dans ma Statistique monumentale du Calvados.
Au-delà de Mittois se présentent les coteaux argileux, couronnés de sable vert et de craie chloritée, qui forment, depuis Dives jusqu'aux confins du département de l'Orne, une ligne d'éminences continues et très-apparentes, quand on l'examine de la plaine et des hauteurs du Bocage : le point culminant qui domine la route est couvert de bois et s'appelle Quevrue.

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On y voit un camp retranché, rectangulaire, dont j'ai publié le plan dans mon Cours d'antiquités gallo-romaines (t. II, p. 321). On a trouvé dans cette enceinte des poteries, des pavés, des fragments de pierres taillées. Des remparts se prolongent très-loin du nord au sud, en-dehors du camp.
M. Moutier, propriétaire à Castillon et membre de l'Association normande, signale un autre camp dans les bois de Castillon, qui n'est pas éloigné du précédent.
On traverse ensuite le ruisseau de Viette.
Montviette et Sainte-Marguerite-de-Viette offriront au géologue des blocs considérables de grès tertiaires, formés d'une quantité énorme de silex de toutes les formes, agglomérés et cimentés par une pâte de grès. Ces roches doivent être contemporaines du grès de Fontainebleau, et appartiennent à une formation très-répandue dans le nord de la France.
Au-delà de l'église de Montviette, on traverse une ancienne voie, qui peut-être est d'origine gallo-romaine, et qui se prolonge, au nord et au sud, sur une assez longue étendue, en suivant les plateaux, et sans traverser de rivière : c'est le chemin de l'Orée. M. Le Grand l'a parcouru ; je l'ai examiné, de mon côté, sur différents points, et je ne doute pas qu'il ne soit très-ancien. Sans être aligné, il conserve une largeur de vingt pieds, dans un trajet de trois lieues que j'ai fait pour l'observer ; il est constamment pavé de silex très-serrés. J'ai parlé de cette ancienne voie dans ma Statistique monumentale du Calvados.
On entre bientôt dans la vallée de Livarot.
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Rien de plus imposant que l'arrivée de Livarot. La route descend l'espace de deux kilomètres au moins, avant de parvenir au pied du coteau. D'abord, on aperçoit, au-delà de la vallée, le château construit, il y a vingt-cinq ans, par M. le marquis de Neuville ; puis, au fond de la vallée, Livarot, traversé par la rivière de Vie.
Ce chef-lieu de canton est animé, bien bâti, et les rues sont propres. Au centre, sur une petite place, sont les halles et une fontaine monumentale.
L'hôtel de la mairie a été construit, il y a peu d'années, sur le côté droit de la rue par laquelle on passe en venant de Saint-Pierre-sur-Dives.
Livarot avait, au moyen-âge, un château-fort, dont on voit encore quelques débris au-dessous du bourg, dans la vallée.
Robert du Mont nous apprend que ce fut à Livarot qu'éclata, dans l'armée du roi Etienne, composée de Flamands et de Normands, une dissension, qui le força de rebrousser chemin lorsqu'il marchait sur l'Anjou, en 1137. Le sujet de la dispute était d'une minime importance : il s'agissait de la soustraction d'une outre de vin, faite par un Flamand, au préjudice d'un guerrier de la suite de Hugues de Gournay. Mais il existait des haines profondes entre les troupes flamande et normande, et elles s'allumèrent sous le plus léger prétexte.
Nous savons qu'au XIIe siècle, ce château existait déjà. Dans le XIVe siècle, il fut occupé par Charles-le Mauvais, dont les soldats opprimaient le pays.
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Quelques maisons anciennes existent encore près des halles.
L'église, à l'extrémité du bourg, vers Orbec, n'est pas ancienne ; elle paraît, en grande partie, du XVe siècle. Nous en avons donné l'analyse dans la Statistique monumentale du Calvados. Nous présentons ci-contre une vue de la façade de cette église, d'après le dessin qu'en a fait M. Bouet.
Le château et la chapelle de la Pipardière se voient tout près de Livarot, dans la vallée. Voici l'esquisse de la chapelle, qui peut dater de la fin du XVe siècle, et dans laquelle il existe des boiseries remarquables.

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Les prairies de la vallée sont d'un assez haut prix, et se vendent jusqu'à 7 et 8,000 fr. l'hectare, aux environs du bourg.
Le marché a lieu tous les jeudis.
Les plateaux qui dominent la vallée de Livarot appartiennent à la formation de la craie inférieure ou du grès vert ; mais une large dénudation a fait disparaître cette formation dans toute la vallée, et c'est l'argile de Dives ou d'Oxford qui existe à la surface du sol dans toute cette contrée. Il faut faire environ trois kilomètres, à partir de Livarot, pour retrouver la craie [14].
Orbec est à l'ouest de Livarot ; la route qui y conduit traverse donc la vallée de la Vie ; à angle droit. On gravit le coteau en pente douce qui borne la rive droite de la rivière ; puis on parcourt le plateau qui sépare le bassin de Livarot de celui de la Touque, en passant près de Ste-Marguerite-des-Loges et de Bellouet. A la hauteur de ces communes, la route départementale est traversée par une route ancienne, regardée par quelques-uns comme une voie romaine, et qui se dirige du nord au sud, comme celle que nous citions tout-à-l'heure. Elle est connue sous le nom de Chemin des Aniers. Dirigée ainsi entre deux rivières, elle n'a pas de vallée à passer. Si cette voie est d'origine gallo-romaine, elle devait servir de communication
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entre le vieux Lisieux et Exmes. Je n'ai pas encore terminé l'exploration de cette route, sur laquelle je donnerai des détails plus précis dans le IVe volume de ma Statistique monumentale du Calvados.
A peu de distance de la route, tout près de l'église, on aurait à examiner le château de Bellou, décrit dans ma Statistique monumentale du Calvados, et dont nous donnons une vue dessinée par M. Bouet.
Ce manoir, assez important, nous montre ce qu'étaient, aux XVIe et XVIIe siècles, les châteaux de cette partie du Pays-d'Auge, où l'on bâtissait en bois. L'habitation centrale est garnie, aux quatre angles, de tours rondes et de pavillons carrés ; l'intervalle compris entre les poteaux des murs est garni de fragments de tuiles disposés obliquement, de manière à former divers dessins.
Les lucarnes, qui surmontent le pavillon de l'est, sont chargées de sculptures qui, comme celles du colombier, sont très-riches, mais fort peu saillantes, et terminées par des épis coloriés.
Le colombier, qui subsiste à peu de distance du château, est construit d'après le même système, et le toit est surmonté d'un riche épi, en poterie de couleur, d'un travail fort remarquable.
Le choeur de l'église de Bellou vient d'être reconstruit en style gothique.
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Courson est sur le bord de la Touque. Il y avait autrefois, dans cette paroisse, deux églises, très-rapprochées l'une de l'autre : Saint-Pierre et Notre-Dame. On en a détruit une, il y a quelques années : celle qui a été conservée n'a d'ancien que la nef, qui offre des fenêtres en forme de lancettes. Le choeur a été refait récemment.
On traverse la vallée de la Touque à Courson. Le calcaire, auquel les Anglais ont donné le nom de coral-rag, occupe la vallée.
De la Touque à Orbec, il y a douze kilom. environ.

Le plateau compris entre la Touque et Orbec repose constamment sur la craie : celle-ci pourtant est cà et là masquée par des dépôts d'argile à silex et de grès tertiaires. (Préaux, Meulles, Cernay.)
Entre la Touque et Livarot, on trouverait, pour peu qu'on s'écartât de la route, plusieurs manoirs plus ou moins importants.
Ainsi la ferme de Gassar, près de Préaux, mériterait d'être visitée.
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Préaux est un lieu ancien, dont les seigneurs ont été marquants au moyen-âge.
Ceux de Meulles sont plus historiques encore. Orderic Vital les cite dans son Histoire de Normandie.
Friardel est une paroisse, à une lieue d'Orbec, dans laquelle existait un prieuré (le prieuré de Saint-Cyr). Guillaume de Friardel avait donné aux religieux de cette maison, en 1231, le patronage de St-Martin-de-Friardel et de St-Pierre-de-Grandcamp, avec tous les droits qu'il pouvait avoir sur les terres, le vignoble, les prés et le moulin de St-Jean, ainsi que sur les terres de Herbut et de St-Cyr. — M. Léchaudé d'Anisy, qui analyse plusieurs chartes de ce prieuré dans son travail sur les maisons religieuses du Calvados, émet l'opinion qu'il y avait des chartes plus anciennes que celles de Guillaume de Friardel, et que le prieuré pourrait avoir eu pour première fondatrice Isabelle d'Orbec.
Orbec est une petite ville de 3,000 habitants, bien bâtie et assez commerçante, sur une rivière qui prend sa source à une lieue de là, à la Folletière. Cette rivière, qui sort des couches inférieures de la craie verte, fait moudre un moulin en sortant de terre, et il n'y a pas à douter qu'elle ne soit le résultat d'un courant souterrain qui a parcouru pendant quelque temps une vallée dont il a reçu les sources avant de paraître à la surface du sol.
Au-dessous d'Orbec, la vallée est remarquable par sa fertilité ; l'irrigation des prairies y produit des résultats importants, et l'on y connaît des terrains loués plus de 400 francs l'hectare.
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Indiquons rapidement ce que la ville d'Orbec peut offrir au voyageur.
L'église, dont voici le plan, est du XVe siècle. La porte méridionale s'ouvre sous un clocher massif, en grande partie du XVIe. Les sculptures en bois de cette porte sont remarquables. L'intérieur de l'église offre quelques beaux vitraux.

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L'hospice est remarquable par sa façade ogivale en briques et par son beau beffroi. Un épi très-élégant en surmonte le chevet.
Nous reproduisons, d'après M. Bouet, une esquisse de cet épi.
Le choeur de la chapelle, du XVe siècle, est fort remarquable, et conserve quelques vitraux.
Quelques maisons méritent d'être remarquées. Elles sont assez généralement des XVIe et XVIIe siècles.
Sur le coteau qui domine la ville, à l'est, on remarque les restes d'un château, qui fut considérable. Ce château se composait de deux enceintes : la plus grande, qui fait face à une des rues de la ville, est encore entourée de fossés ; des murs et des logements, dont il subsiste des parties notables, étaient disposés en cercle autour de ces fossés ; une cour avait été réservée au centre des constructions. La seconde enceinte, d'un diamètre moins grand, occupe un niveau plus élevé, parce qu'elle est plus rapprochée de la partie supérieure du coteau. On n'y voit pas de murailles, et les fossés qui la défendent, vers les terres, sont peu profonds. Je suis pourtant porté à admettre que le donjon était assis sur le point d'où la vue pouvait s'étendre assez loin dans la vallée. Il est possible, d'ailleurs, que cette partie ait, dans la suite, perdu de son importance primitive, et qu'on l'ait négligée pour fortifier la première enceinte.

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Richard d'Orbec ou de Bienfaite était à la bataille d'Hasting (Roman de Rou, v. 13,660). Il était frère de Baudouin de Meulles, et fils de Gilbert, comte de Brionne, assassiné, vers 1039, par Odon Le Gros et Robert Giroye. (Dumoulin, Hist. de Normandie, t. vii, p. 126.) Les fils de Gilbert de Brionne furent emmenés chez Baudouin, comte de Flandres, par Robert de Guitot, qui était complice de ce crime.
Lorsque le duc de Normandie épousa Mathilde, fille du comte de Flandres, les fils du comte de Brionne revinrent en Normandie. Le duc donna le Sap et Meulles à Baudouin, Orbec et Bienfaite à Richard.
Celui-ci était donc maître du château de Bienfaite, situé à deux kilomètres, au nord, d'Orbec.
Ce château, que l'on fera bien de visiter, montre encore une motte assez élevée, au sommet de laquelle est une esplanade de forme ovale irrégulière, ayant 50 pieds sur 25.
Elle se trouve aussi à l'extrémité d'un cap flanqué de deux vallons : au-dessous d'elle, une place carrée paraît avoir été l'enceinte principale ou la tour du château, dont la motte était le point d'observation.
Cet emplacement est près de l'église et domine la vallée. Les sapins qu'on a plantés sur la motte se voient de la route de Lisieux à Orbec.
C'est encore une oeuvre de continuation que j'entreprends ici. M. de Caumont, après avoir guidé le lecteur jusqu'à la limite du département, par lui si profondément étudié, m'a chargé de résumer ce qui peut intéresser le voyageur, lorsque, quittant Orbec, il va, par Bernay, rejoindre la grande route de Cherbourg à Paris. Ce dernier chapitre comprend une longueur d'environ six lieues de pays.
Orbec, aujourd'hui à l'extrémité du département du Calvados, était autrefois à peu près au coeur de l'évêché de Lisieux, dont la ville de Bernay formait l'un des doyennés. Cette vieille circonscription des diocèses, aussi ancienne que le Christianisme dans les Gaules, ayant été violemment déchirée, le nouvel évêché d'Evreux, dont les limites sont les mêmes que celles du département de l'Eure, s'avance presque jusqu'aux portes d'Orbec. Nous posons le pied sur son territoire dans la commune de St-Germain-la-Campagne, dernier village de l'arrondissement de Bernay vers le couchant. La route que nous suivons parcourt elle-même la ligne de contact de deux contrées aussi distinctes par l'apparence du sol que par les usages agricoles des habitants : à gauche, c'est la plaine de Thiberville, la plus riche partie du Lieuvin ; à droite, on
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pressent déjà le pays d'Ouche, avec ses terres légères et son agriculture arriérée.
Une ruine, qui s'élève encore sur le bord même de la route, du côté gauche en partant d'Orbec, est la première chose à consigner dans cet itinéraire. C'est un pignon isolé, façade d'une chapelle aujourd'hui détruite, et qui, percé d'une élégante fenêtre à meneaux du XVe siècle, avec au dessous une porte ouverte en arc surbaissé, se détache comme une dentelle sur la verdure des arbres environnants. Cette chapelle s'appelait, je crois, St-Belin. La voie romaine qui vient de Broglie, tendant à Lisieux, coupe la route à cet endroit.
St-Germain-la-Campagne est une commune importante, dans le temps présent et dans l'histoire. Sa population actuelle est de 1,400 ames. Les Romains y ont laissé des traces intéressantes de leur présence, et, au moyen-âge, les évêques de Lisieux, éloignés de leur ville épiscopale par les troubles de ces temps, vinrent y résider souvent. Depuis lors jusqu'en 1789, la paroisse de St-Germain-la-Campagne, divisée en quatre cures ou portions congrues, fut, de toutes les églises rurales du diocèse de Lisieux, celle qui eut le clergé le plus nombreux.
La nef de St-Germain, qu'on vient de reconstruire, tombait de vétusté et était insuffisante pour la population. C'était une construction en bois et en blocage, ayant trop peu de caractère pour qu'on puisse affirmer quelle était son époque, mais offrant des parties visiblement romanes. En démolissant, on a trouvé un bloc antique de marbre de Vieux, qui servait de support à l'un des poteaux de cette vieille nef. Les maçons allaient l'ensevelir dans les nouvelles fondations, lorsqu'une inscription,
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gravée sur une de ses faces, attira l'attention du curé de St-Germain et de M. de Margeot, propriétaire voisin. Joints à MM. Beaulavon, agriculteur à Saint-Germain, et Bardet, médecin à Bernay, membres de la Société de l'Eure, ils ont fait réserver ce curieux débris d'antiquité romaine, que MM. Bourguignon, architecte, et Bonnin ont fait transporter à Evreux, malgré le désir que quelques habitants de Bernay avaient de le conserver dans leur ville, où d'abord il avait été déposé.

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Comme la ville d'Evreux n'a pas d'abri suffisant à offrir aux fragments antiques qu'on y apporte des diverses parties du département, M. Bonnin a dû se borner à faire placer ce marbre dans le Jardin-des-Plantes d'Evreux, où sa conservation n'est guère assurée, et où la gelée le fera sans doute se briser, puisque la pluie pénètre et séjourne dans des fissures profondes. C'est dans cette crainte que je l'ai dessiné moi-même, et mesuré avec toute l'exactitude dont j'ai été capable.
Il est haut de 1 mètre 12 centimètres, et large de 60 centimètres, en le mesurant dans le sens de la corniche très-fruste qui fait saillie à sa partie supérieure, et qui n'existe pas sur le côté de derrière, non poli et apparemment appliqué contre un mur. Comme toute la partie inférieure est aussi très-mutilée, il ne reste plus de l'inscription que les fragments suivants :
NVM AVG
SIGNVM MERCVR
CVM SVA AEDE EX
.......TA
.........
Quatre trous ronds, et deux de forme allongée, indiquent la place où se trouvaient fixés les pieds, et peut-être aussi le caducée du Mercure qui surmontait ce piédestal : c'est une analogie de plus avec le fameux marbre de Torigny.
Ce monument est en marbre de Vieux (Calvados), et de couleur violacée.
Un rapprochement qui a frappé tous ceux qui se sont occupés de cette trouvaille, c'est le peu de distance qui sépare St-Germain-la-Campagne de Berthouville, où furent
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découverts les vases d'argent consacrés à Mercure, dont nous avons parlé dans un chapitre précédent. Berthouville est à environ six lieues de là.
La voie romaine de Lisieux à Condé-sur-Iton est encore bien conservée, sur plusieurs points, à St-Germain-la-Campagne, dont le territoire abonde en laitiers, en poteries et en tuiles romaines.
Quant à l'église de St-Germain, assez éloignée de la route, nous avons dit que sa nef vient d'être reconstruite. Le choeur, d'architecture gothique, solidement bâti en grès du pays, est enrichi de plusieurs beaux vitraux.
St-Germain-la-Campagne fait partie du canton de Thiberville, sur la pointe méridionale duquel la route passe un instant ; elle franchit bientôt la limite nord de celui de Broglie, en arrivant sur la commune de Capelles-les-Grands. Plus loin, à peu près à moitié route, on entre enfin dans le canton de Bernay.
Le nom de Capelles-les-Grands, Capelloe magnoe, fait pressentir une origine ecclésiastique. En effet, les religieuses de l'abbaye de St-Sauveur d'Evreux partageaient avec l'abbé de Lyre la seigneurie de cette paroisse.
La route subit une première déviation à Saint-Victor-de-Chrétienville, dont l'église est à portée du voyageur. Elle est bâtie presque en forme de croix grecque, c'est-à-dire à branches égales. La nef est surmontée d'une flèche couverte d'essente, du même style que les autres clochers de la contrée. Les fenêtres des transepts sont grandes et divisées par des meneaux. Elles ont conservé des verrières peintes, dont l'une représente un arbre de Jessé.
Un haut épi de terre cuite coloriée, et orné de figures
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diverses, se remarque sur la toiture, à l'intersection des transepts.
La route fait bientôt un nouveau coude, en arrivant à la hauteur de l'église de Saint-Nicolas-du-Bosc-l'Abbé. Le souvenir de l'abbé de Bernay subsiste dans le nom de cette commune, et dans celui d'une ancienne ferme qu'on appelle l'Abbaye.
St-Nicolas-du-Bosc est à droite ; à gauche se trouvent le château et l'église de Caorches, commune où il existe des vestiges de retranchements.
Crosnier, que l'on traverse ensuite, est un faubourg de Bernay.
BERNAY, chef-lieu d'arrondissement, a eu autrefois un château-fort, depuis long-temps entièrement détruit, deux paroisses et plusieurs couvents. Aujourd'hui on y remarque des usines et quelques édifices dignes d'intérêt.
Nous nous bornerons à sa statistique monumentale, et nous signalerons ses deux paroisses encore subsistantes, les restes de son abbaye, enfin quelques-unes de ses vieilles maisons.
L'église de Ste-Croix, formée d'une nef avec sous-ailes, d'un double transept et d'un choeur, dont les collatéraux, projetés originairement, ont à peine été commencés, n'a de remarquable à l'extérieur que sa tour, ornée d'assez riches dentelles du XVe siècle. Les deux nefs latérales ont seules des voûtes en pierre. Le rez-de-chaussée de l'église est du XVe siècle, avec quelques traces du XIVe. Mais l'étage supérieur, les voûtes de bois de la grande nef et des transepts, le chevet du choeur appartiennent
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visiblement à une reconstruction opérée après l'incendie de cette église, arrivé en 1563, lorsque l'amiral de Coligny, à la tête des Calvinistes, pilla et brûla la ville. Au reste, toute l'architecture intérieure a peu de caractère.
Cette église, dont les vitraux peints ont (à l'exception de quelques fragments dans le couronnement des fenêtres du transept) été enlevés à une époque assez rapprochée de nous, est, depuis quelques mois, totalement défigurée par un badigeonnage regrettable. Le buffet d'orgue, orné de bas-reliefs de la renaissance figurant des musiciens, la chaire à prêcher, dont trois panneaux du XVIIe siècle représentent des évangélistes, ont aussi perdu la magnifique couleur brune qu'ils avaient reçue du temps, et sont maintenant enduits, ainsi que les stalles, d'une couche de peinture à l'huile jaune-clair, comme les boiseries d'une salle à manger.
Le maître-autel, orné de bronzes et de marbres précieux, est très-vanté ; il a été apporté de l'abbaye du Bec. Huit grandes colonnes en marbre rouge d'un seul morceau, avec bases de bronze doré, forment un hémicycle à l'entour ; deux anges de pierre, également dorés, sont à chaque extrémité. Le tabernacle supporte une statue en marbre blanc, représentant l'Enfant-Jésus couché sur la paille de la crèche. Cette sculpture, attribuée au Pujet, est accompagnée des figures de la Vierge, en pierre, et de saint Joseph, en bois, toutes deux également blanchies. L'autel même est en marbre, mais sans sculptures, et d'une forme très-ordinaire. Une balustrade en marbre rouge ferme le sanctuaire. Le choeur, dont le pavage est échiqueté de marbres blanc et noir, renferme encore quatre grandes statues modernes, apportées avec
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ces autres décorations. Le plus grand mérite de tout cela, c'est de provenir de l'abbaye du Bec. Jésus-Christ, dans la crèche, est une fort belle statue ; mais l'ensemble de l'autel, qui rappelle l'autel de l'Abbaye-aux-Dames de Caen, maintenant dans l'église Notre-Dame de la même ville, n'a ni la majesté ni les heureuses proportions de ce dernier, qui, en outre, a l'avantage d'être aujourd'hui placé dans une église au style de laquelle il convient parfaitement, et où il n'est pas entouré par des murs badigeonnés.
M. Guilmeth a donné du choeur de Sainte-Croix une ample description : nous y voyons que ce fut l'habile frère Guillaume de la Tremblaye qui conçut le dessin de cet autel, et le fit exécuter sous ses yeux, pendant les années 1684 et 1685.
Le dossier du banc-d'oeuvre, formé de colonnes et de marbres ; deux autels latéraux, également ornés de marbre, sont en harmonie avec le maître-autel, et proviennent aussi du Bec.
Nous renvoyons à la description de M. Guilmeth pour les autres détails : nous n'eussions même pas autant insisté sur ce point, sans la réputation dont on a environné ces riches décorations. Mais l'église Sainte-Croix possède deux monuments au moins aussi précieux, et dont on a beaucoup moins parlé. Les ruines du Bec les ont aussi fournis ; mais, par l'abandon où on les a laissés pendant plus de quarante années, ils ont perdu la majeure partie de leur ancienne magnificence. Nous voulons parler de deux superbes pierres tombales du moyen-âge, de la plus grande dimension, couvertes de personnages et de dessins gravés au trait, et autrefois garnies d'incrustations de
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cuivre doré, de marbres et de verroteries de couleur, dont à présent il ne reste plus que la place. Ces somptueux tombeaux étaient placés, il y a deux ans à peine, à la porte extérieure de l'église, exposés à la pluie et aux immondices ; aujourd'hui on les a recueillis à l'intérieur et fixés contre la muraille, sous les orgues. Cependant rien encore ne les garantit contre de nouvelles injures ; et des piles de chaises les menacent, en les dérobant à l'oeil de l'artiste. C'est pourtant, au point de vue de l'art et de l'antiquité, ce qu'il y a de plus précieux aujourd'hui dans l'église de Ste-Croix. — Cette église possède encore une cloche curieuse, qui sert à sonner la retraite (l'antique couvre-feu des Normands), et au pourtour de laquelle on remarque une inscription gothique : elle nous a été signalée par M. Billon, de Lisieux.
L'église Notre-Dame-de-la-Couture mérite une visite pour ses belles verrières et pour sa situation romantique. Elle est bâtie sur la pente d'un coteau verdoyant, au milieu d'un cimetière parsemé de tombeaux et d'arbustes fleuris. Bâtie dans le courant des XVe et XVIe siècles, ses formes sont élégantes, quoique sans caractères architectoniques bien intéressants. — A l'extérieur, le silex taillé vient se mélanger à la pierre de taille, en formant des compartiments. La flèche de bois, revêtue d'ardoises, accompagnée de tourelles pointues, fait un charmant effet au milieu du paysage. Elle était autrefois embellie par des décorations en plomb ouvragé, dont les derniers fragments, méprisés, disparaissent tous les jours avec les épis et les plombs chevronnés des toitures. La porte principale a perdu le pilier qui la divisait en deux baies symboliques.
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La Révolution a arraché les statues que supportaient les consoles encore suspendues dans ses voussures ; mais elle a toujours de beaux ventaux en chêne sculpté, de style ogival flamboyant.
A l'intérieur, le badigeon, moins blafard, il est vrai, qu'à Sainte-Croix, afflige la vue dès l'entrée, et contrebalance l'effet mystérieux du jour que laissent pénétrer les verrières. Une nef avec collatéraux, de vastes transepts, un choeur élégant, autour duquel ont été greffés, à la fin du XVIe siècle, des collatéraux et des chapelles, forment l'ensemble de cette église. Les belles peintures sur verre qui la décorent attirent d'abord l'attention. Elles sont généralement mal dessinées ; mais rien ne surpasse l'éclat splendide de leurs admirables couleurs. Celles de la nef et des transepts sont les plus anciennes ; elles appartiennent au XVe siècle et au commencement du XVIe. Les plus modernes et les plus brillantes sont à hauteur de l'oeil dans les chapelles du choeur ; leur style est celui de la renaissance très-avancée. Nous citerons les fenêtres où sont représentées l'Ascension, la Résurrection, et surtout l'entrée de N. S. dans Jérusalem. Une copie de cette dernière composition, qu'on pourrait supposer faite sur les mêmes cartons, si elle n'était un peu réduite, a été retrouvée par M. Bouet dans l'église de Beaumont-le-Roger : un panneau, détruit dans la verrière de Bernay, existe intact à Beaumont. On pourrait donc compléter ces deux exemplaires l'un par l'autre, en copiant dans le second ce qui manque dans le premier.
Sur les fenêtres hautes du choeur, on voit représenté le couronnement de la Vierge, auquel assistent, à droite et à gauche, des personnages de toute la hiérarchie sociale :
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pape, cardinaux, princes, magistrats, moines, bourgeois, etc. Beaucoup de ces figures sont probablement des portraits historiques.
L'architecture intérieure de la Couture est fort simple et sans particularités saillantes : les voûtes principales sont en bois, comme à Sainte-Croix, excepté celles des chapelles et des collatéraux du choeur, qui sont en pierre et chargées de nervures, de culs-de-lampe et d'écussons.
Sur les stalles, on remarque des blasons curieux, qui furent sans doute ceux de quelques bourgeois de Bernay.
L'abbaye de Notre-Dame, dont les bâtiments sont dignes d'attention, a subi de grandes vicissitudes. Fondée, vers l'an 1000, par Judith de Bretagne, femme de Richard II, duc de Normandie, les Calvinistes la pillèrent et l'incendièrent avec le reste de la ville. L'abbé Hennequin de Villenoce la fit sortir de ses ruines, en y introduisant la congrégation de Saint-Maur en 1628, deux années après celle où Jean de Baillehache restitua l'abbaye de Caen au service divin. — L'église, aujourd'hui changée en halles au blé et aux toiles, est retombée en l'état où l'avaient mise les Huguenots : ses nefs, défigurées, présentent toutefois encore de précieux débris de l'église primitive du XIe siècle, conservés sous les retouches et les reconstructions de l'abbé Hennequin. Des fenêtres et des additions du XVe siècle sont visibles à l'extérieur, à côté des affreuses reconstructions contemporaines qui défigurent ce monument, le plus ancien de Bernay. (Voir la figure ci-contre.)
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Les bâtiments conventuels, transformés en hôtel-de-ville, en tribunal, sous-préfecture et prisons, bâtis en solides pierres de taille, appartiennent à cette architecture pleine de noblesse, quoique moderne, dont frère Guillaume de la Tremblaye donna de si beaux spécimens aux abbayes de Caen et à bien d'autres monastères, et qu'on pourrait presque appeler architecture bénédictine.
On y remarque, au rez-de-chaussée, l'ancien réfectoire, aujourd'hui la grande salle du tribunal civil, dont les belles voûtes gothiques semblent, par leur jet et leurs nervures toriques, remonter au XIVe siècle ; tandis que, par des retouches postérieures, l'architecture accuse, au premier abord, le XVIIe siècle. Des consoles largement sculptées et formées de têtes d'anges, de draperies, de guirlandes, de cartouches ; des clefs-de-voûte analogues, de hautes fenêtres à plein cintre attesteraient une restauration de fond en comble, lors même que cette date :
30 AOVT 1694,
ne serait pas gravée, aux deux angles du fond, sur les phylactères déroulés par l'ange et l'aigle symboliques des évangélistes saint Mathieu et saint Jean.
C'est dans cette salle monumentale que l'Association normande a tenu son congrès en 1848. Pendant cette session, la Société pour la conservation des monuments siégeait dans une pièce voisine, aussi voûtée, mais sans caractère, à usage ordinaire de petite salle d'audience.
L'abbatiale est placée derrière l'église : ses deux façades, émaillées de briques et de pierres, formant un échiquier
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rouge et blanc, révèlent à l'antiquaire l'époque coquette de la renaissance. Mais, à l'exception de quelques fenêtres primitives encore reconnaissables, toutes les ouvertures ont été retouchées. Hennequin de Villenoce a visiblement restauré son hôtel au moment où l'on commençait à rebâtir l'abbaye ; et aujourd'hui le coup d'oeil superficiel, qui ne s'arrête qu'aux lourds frontons, aux lucarnes contournées et aux chambranles massifs de cet édifice, n'y reconnaît plus que le style en vogue sous Louis XIII.
Nous n'avons point remarqué à Bernay de maisons plus anciennes que la fin du XVe siècle. Les vieilles constructions de bois y abondent, et la principale rue de cette ville est très-curieuse, à cause du grand nombre de porches qui la bordent encore, quoique plusieurs aient été détruits depuis vingt-cinq ans. Ces porches n'ont au reste rien de monumental ; ils n'offrent ni sculptures, ni belles proportions ; leurs charpentes sont généralement mesquines et grossièrement assemblées ; les décorations qui ont pu les revêtir autrefois n'étaient point d'une nature durable. Enfin, la galerie formée par ces porches ne présente aux piétons qu'un sol irrégulier, dont le niveau change devant chaque maison. Toutefois, au coin de la rue du Commerce, et d'une autre rue qui porte, depuis cinquante ans, le nom assez ridicule de « rue de l'Humanité », nous devons signaler une maison avec porche, décorée dans le style de la renaissance. Ses sculptures, très-peu saillantes, sont encore coloriées.
M. Bouet, qui a dessiné les fragments de l'abbaye que nous avons donnés plus haut, est l'auteur du dessin ci-après, beaucoup plus explicite qu'une description.
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La maison contiguë, n° 3, a aussi un porche : ses poteaux sont décorés de statuettes très-grossières et d'un écusson du duc d'Alençon (trois fleurs de lys à la bordure chargée de neuf besants). L'ancienne destination de cette
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maison, que nous signalons le premier, pourrait donner lieu à des recherches intéressantes ; car le duc d'Alençon, comme comte de Bernay, partageait avec l'abbé de Bernay la seigneurie de la ville.
Même rue, au n° 7, la maison, qui fait un angle rentrant, présente une porte dont le chambranle est élégamment sculpté.
M. Bouet a dessiné aussi ce fragment, conservé dans une cour de la rue du Commerce.

Deux poteaux sculptés, analogues à celui-ci, existent encore au rez-de-chaussée de la même maison.
De l'autre côté de la rue, la façade du café Loisel mérite attention. La charpente en bois du premier étage est richement ouvragée : des personnages décorent les grosses poutres, tandis que tous les potelets sont couverts de ciselures.
Nous n'insistons pas ici, parce que nous nous réservons de donner dans le Bulletin monumental une description plus complète de ces curieuses maisons.
La ville de Bernay est le seul chef-lieu d'arrondissement du département de l'Eure, dont l'histoire n'ait
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pas été écrite. M. Guilmeth s'est borné à lui consacrer une Notice de quarante pages, imprimée à la suite de son histoire de Brionne.
N'omettons pas de dire que, entre autres célébrités, Bernay a donné le jour à Alexandre de Bernay, fameux pour avoir employé, le premier, les vers de douze syllabes dans son poème d'Alexandre-le-Grand, rimé par lui dans le courant du XIIIe siècle. C'est, dit-on, dans la rue placée derrière le chevet de Sainte-Croix, et qui porte le nom de rue Alexandre, que naquit, vers 1150, l'inventeur, contesté d'ailleurs, des vers Alexandrins.
A la sortie de Bernay, deux routes se présentent : l'une qui mène à Beaumont-le-Roger, en longeant la riante vallée de la Carentonne ; l'autre que nous suivrons, et qui, gravissant une pente assez rapide, met à même de contempler le panorama de la ville.
A peine au haut de la côte, on entre sur la commune de Menneval, et un édifice en style arabe attire les regards vers la droite. C'est la villa des Trois-Vals, habitation de M. Lottin de Laval, littérateur-artiste bien connu. L'intérieur de cette construction originale mérite une visite : on y trouve les débris d'une riche collection de tableaux, maintenant dispersée, mais remplacée par de nouvelles collections d'une haute valeur, fruit de trois années passées à voyager à travers l'Asie. La curiosité est excitée par une infinité de meubles, d'armes, de tissus et de vêtements orientaux. La science archéologique y rencontre des matériaux uniques en Europe, un nombre très-considérable de moulages exécutés par M. Lottin de Laval dans les ruines depuis visitées par MM. Botta et Flandin
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et par l'anglais Layard, des bas-reliefs qui manquent au musée assyrien du Louvre, des inscriptions cunéiformes complètement inédites, des fragments originaux de sculptures en gypse marmoriforme, et, de plus, des cartons remplis de dessins exécutés sur les lieux, et qui tantôt vous présentent la masse de ces ruines gigantesques à peine révélées au monde savant, tantôt vous reproduisent les singuliers aspects de ces pays désolés, ou les scènes bizarres de la vie du désert.
Lorsqu'on a dépassé ce curieux musée, si l'on descendait vers la vallée, on trouverait les futaies de la terre de Menneval.

L'église de Menneval, située au pied du coteau, près de la route de Beaumont-le-Roger, a peu d'intérêt ; mais elle eut pour curé, au XVIIe siècle, Gabriel du Moulin, dont l'Histoire générale de Normandie et le livre des Conquêtes des Normands ont rendu le nom cher à tous les amis de la science historique.
Une belle avenue de hêtres, parallèle à la route de Beaumont, conduit de cette église à un château considérable du dernier siècle, dont l'un des pavillons vient d'être flanqué d'une chapelle bâtie dans le style gothique. Le domaine de Menneval est la résidence habituelle de M. le comte d'Auger, membre de l'Association normande.
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Revenons à la route que nous suivions. A Plasnes, elle entre dans les bois et traverse un vallon. Ce bois de Plasnes qui, il y a vingt ans, fut à plusieurs reprises le théâtre des exploits de certaines bandes de voleurs, avait alors dans la contrée une réputation effrayante.
Carsix est la dernière commune de notre itinéraire. L'église, éloignée de la route, offre quelques parties d'architecture romane ; et le château, entouré d'arbres de haut jet, appartient à M. du Fay, membre de l'Association normande.
A Malbrouck, hameau situé à l'extrémité du territoire de Carsix, nous rejoignons la route directe de Paris, avec laquelle nous avons fait connaissance dans un chapitre précédent. C'est donc ici le terme de notre travail ; car la continuation en ligne directe de la route de Bernay vers Rouen, par Brionne, le Bourgtheroulde et la Bouille, n'entre point dans le cadre que nous devions remplir.
Depuis un certain nombre d'années, l'Association normande ne s'était point réunie dans le département de l'Eure; elle n'avait d'ailleurs fait participer que deux fois cette partie de la Haute-Normandie au bénéfice de ses Congrès généraux.
Aussi la XVIe session du Congrès agricole et industriel fut-elle indiquée dans la ville de Bernay ; et il fut d'abord décidé que sa tenue aurait lieu au moment de la Foire-Fleurie, dont l'importance devait favoriser la présence d'un plus grand nombre d'agriculteurs et d'étrangers aux séances de l'Association. Les 6, 7, 8 et 9 avril furent d'abord indiqués.
Mais, par suite des événements politiques, les élections générales ayant d'abord été fixées à la même époque et la Foire-Fleurie ayant été sur le point d'être remise, le Conseil de l'Association pensa que la préoccupation des esprits nuirait aux succès des travaux de l'Assemblée. La réunion du Congrès fut donc ajournée au jeudi 20 juillet, époque ordinaire des séances générales annuelles.
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Ces variations, autant que les inquiétudes publiques, faisaient craindre pour la réussite ou au moins pour l'éclat de la réunion. Cependant, grace au zèle persévérant du directeur de l'Association, le Congrès s'est maintenu à la hauteur qu'il avait atteinte les années précédentes, et on a pu pressentir quelle importance il eût eu, si la marche ascendante de l'Association n'avait point été entravée cette fois par des obstacles aussi majeurs. Quoi qu'il en soit, malgré l'activité de l'Assemblée, malgré des séances qui se succédaient presque sans intervalle, les discussions ont été si animées, que quatre jours entiers n'ont pas suffi à épuiser les questions posées au programme.
Quant à l'éclat purement extérieur du Congrès, il a été dû au bienveillant concours des autorités locales, qui ont mis à la disposition du Congrès et de ses Commissions les pièces de la sous-préfecture et la grande salle si monumentale du tribunal civil. La garde nationale de la ville, en passant une brillante revue à l'occasion de la distribution des primes du concours ouvert par l'Association, avait transformé la clôture du Congrès en une fête véritable.
La nature extrinsèque de ces détails nous force d'abréger. Mais un sommaire de la physionomie même du Congrès, de sa réussite matérielle, faisant partie de l'histoire de l'Association, devait par cela même précéder le résumé des discussions, le compte-rendu de la partie intellectuelle, c'est-à-dire intrinsèque du Congrès.
Le programme du concours de bestiaux ayant été cette année à peu près le même que celui de l'an dernier, publié aux pages 103 et suivantes de l'Annuaire pour 1848, nous ne le répéterons pas dans ce volume.
Mais voici la liste des questions qui devaient être discutées.
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Un grand nombre d'entre elles n'ayant pu être soumises à l'Assemblée faute de temps, l'énoncé au moins de ces questions nous a paru mériter d'être conservé en tête des procès-verbaux des séances.
1 Quel est le meilleur mode d'ensemencement du blé ?
2 Quand un ensemencement manque, quel est le meilleur moyen de le remplacer dans la même année ?
3 Convient-il d'écimer le colza ? A quelle époque cette opération devrait-elle être pratiquée ?
4 Comment convient-il d'envisager l'engraissement du bétail, soit sous le rapport de l'économie publique, soit sous celui de l'économie rurale ?
5 Sous quelle forme convient-il de convertir le lait, pour qu'il rapporte plus au cultivateur et à la société ?
6 Le plâtre joue un grand rôle dans la végétation des légumineuses ; quelle est son action physiologique ?
7 La flore des prairies naturelles comprend un grand nombre de plantes que les bestiaux ne mangent pas ; serait-il possible de faire disparaître ces plantes ?
8 Quel a été le mouvement du progrès en agriculture, depuis vingt ans, dans l'arrondissement de Bernay, et, par extension, dans le département de l'Eure ? — Le constater sur chacune des diverses natures du sol.
9 Quels changements se sont introduits, pendant la même période, dans le traitement du sol, soit par les amendements, soit par les engrais ?
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10 Quelles sont les nouvelles cultures introduites dans l'arrondissement, et leurs divers résultats ?
11 Constater, par des détails statistiques étendus, quelle est l'augmentation dans la valeur et la quantité des produits agricoles ?
12 Quels sont les agriculteurs qui ont le plus contribué au progrès dans l'arrondissement ? — Citer leurs exploitations, les décrire sommairement, indiquer ce qu'elles offrent de spécial.
13 Quelle influence ont exercée ces exploitations agricoles sur l'esprit des populations rurales ?
14 Sur quel point du département de l'Eure une ferme-école pourrait-elle être établie avec le plus d'avantages pour tous les arrondissements ?
15 Quelles seraient les améliorations à introduire dans la culture de l'arrondissement de Bernay et du département de l'Eure ?
16 Quelle est la moralité des populations rurales de l'arrondissement ?
17 Les entrepreneurs chargés d'entretenir les routes se bornent-ils à ouvrir des fouilles pour l'extraction du caillou ? Font-ils, en outre, ramasser les pierres à la main, ou au râteau, sur les champs cultivés ?
18 Quelle influence cet enlèvement répété des silex de la couche arable a-t-elle sur la fertilité du sol, principalement dans les terres légères ?
19 Retire-t-on tout le produit possible des terrains voisins des rivières ? Quel est le revenu ordinaire d'un hectare de prairie ? Quels obstacles s'opposent à la pratique des irrigations ?
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20 La nouvelle loi sur les irrigations, rendue le 29 avril 1845, sur la proposition de M. d'Angeville, a-t-elle préoccupé les propriétaires ? A-t-on déjà eu des exemples de son application dans l'arrondissement ?
21 Les prairies improductives, faute d'un écoulement suffisant des eaux, sont-elles nombreuses dans l'arrondissement ? Existe-t-il beaucoup de terrains insalubres et marécageux ?
22 Quelle est, sur la prospérité du pays, l'influence de la création des herbages, et de la grande étendue des cours de ferme pâturées et plantées ?
La culture du lin, répandue dans la plaine de Thiberville, pourra être aussi l'objet de questions spéciales, dont la formule sera donnée par les hommes compétents.
23 Quel a été le mouvement du progrès de l'industrie, depuis vingt ans, dans l'arrondissement et le département ?
24 Quels sont les genres d'industries introduits, pendant le même laps de temps, dans l'arrondissement, et les variations qu'elles ont subies ?
25 Quels sont les industriels qui ont le plus contribué au progrès dans l'arrondissement ? — Détails statistiques sur leurs établissements.
26 Quelle influence ont exercée ces établissements sur la moralité et le sort des populations industrielles ?
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La séance est ouverte à onze heures du matin.
Siégent au bureau :
MM. de CAUMONT, directeur de l'Association ; de MAGNY, président de la Société de Falaise ; Natalis BOURDON, inspecteur de l'Association pour l'arrondissement de Bernay ; CHARLEMAINE, sous-préfet de Bernay ; CAPPLET, inspecteur d'Elbeuf ; le vicomte de CUSSY, membre de l'Institut des provinces ; FOCET, membre du Conseil général de l'Eure ; Charles de LA GARENNE, propriétaire à la Garenne (Giverville, Eure) ; LALLIER et R. BORDEAUX, secrétaires généraux de la session.
Parmi les personnes qui assistaient à la séance, on remarquait les membres de l'Association, les propriétaires, les agriculteurs et les commerçants dont les noms suivent :
MM. Adolphe BARDET, docteur-médecin, l'un des secrétaires de section de la Société d'agriculture de l'Eure ; BLONDEL, pharmacien, à Bernay ; GEOFFROY-CHATEAU, ancien procureur du roi ; le comte du MESNIL du BUISSON, propriétaire, à Caen ; LIZOT, homme de lettres, rédacteur de l'Echo de Bernay ; DUDONNEZ, vétérinaire, à Bernay ; SALLE-LABRUYÈRE, avocat, id. ; BONNET, ingénieur des ponts et chaussées, id. ; ADAM, cultivateur, à St-Léger ; LEFEBVRE, imprimeur ; LEMONNIER, cultivateur, à St-Clair-d'Arcey ; DURAND, vétérinaire, à Orbec ; CORBIÈRE, vétérinaire, à Lisieux ; de BOISRIOULT, propriétaire, à Heudreville (Eure) ; GOBARD, instituteur, à Bernay ; Emile VY,
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négociant, président du tribunal de commerce, id. ; MARTIN, propriétaire, id. ; NICOLLE, id. ; Emile FOCET, négociant, id. ; GUILLE, percepteur, id. ; Jules FOCET, négociant, id. ; l'abbé Anatole CARÈME, curé de Thierville ; Mme Philippe LEMAITRE, à Illeville ; BAYVEL, négociant, à Bernay ; LENEPVEU-LA GROUDIÈRE, propriétaire, id. ; GONORD jeune, banquier, id. ; PETAULT, vétérinaire, à Lieurey ; Vincent CONARD, négociant, à Drucourt ; CONARD, propriétaire, au Planquey ; BENARD, propriétaire, à Beaumesnil ; de SAINTE-OPPORTUNE, propriétaire, à Bernay ; CORDIER, ancien sous-préfet de Pont-l'Evêque ; LE RENARD de LA VALLÉE aîné, propriétaire, à Bernay ; LECLERC, propriétaire, à la Barre ; DESMARES, greffier en chef, à Bernay ; DESMARES père, propriétaire, à Plasnes ; DEGUILLAUME, négociant, à Bernay ; LESUEUR, propriétaire, à Fresnes ; PONCHARTRIN, à Bernay ; TREFOUEL, id. Beaucoup d'autres personnes, dont les noms ne sont pas parvenus au secrétariat, remplissaient la salle.
M. DE CAUMONT prononce le discours d'inauguration, expose le but de l'Association normande, et déclare le Congrès ouvert.
Les discussions commencent immédiatement.
La 14e question du programme est à l'ordre du jour. Elle est ainsi conçue :
Sur quel point du département de l'Eure une ferme-école pourrait-elle être établie avec le plus d'avantages pour tous les arrondissements ?
M. de Caumont, faisant l'exposition du sujet, explique ce que c'est qu'une ferme-école. — Une ferme-école n'est
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pas la même chose qu'une ferme-modèle ; c'est plus simple, plus pratique, et surtout moins onéreux. Un propriétaire, agriculteur sagement progressif, prend chez lui, moyennant allocation, des élèves, et leur enseigne pratiquement ce qu'un professeur enseigne spéculativement. Il importe donc d'agiter quelle localité devrait être préférée pour la création d'un établissement de ce genre.
Si l'on veut réunir le plus d'avantages pour tous les arrondissements, selon l'énoncé de la question, il faut, dit M. Charlemaine, préférer les arrondissements d'Evreux et de Louviers, parce qu'ils sont au centre du département, à supposer qu'il n'y ait qu'une ferme-école par département.
M. de Caumont répond que le vrai motif déterminant, c'est la réunion d'une certaine variété de terrains. Des prairies, par exemple, sont indispensables pour l'élève des bestiaux.
A ce point de vue, M. Charlemaine signale le canton de Broglie.
M. Focet expose les avantages que présenterait l'arrondissement de Pont-Audemer.
M. Lizot dans l'Echo-de Bernay. — Ecardenville, dans la plaine du Neubourg, est l'endroit qu'il préconise.
M. Charlemaine signale là l'absence des prairies. — MM. de Magny et Focet trouvent trop éloignés, non-seulement les prairies, mais encore les bois.
Les prairies sont à une lieue et demie, les bois à trois lieues. Il n'y a pas d'ailleurs à Ecardenville de propriété assez vaste, une ferme-école devant contenir au moins 200 hectares.
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Enfin, Ecardenville est dans une plaine sans mouvement de terrain, par conséquent dans un sol d'une nature peu variée.
M. de La Garenne objecte que le canton de Broglie (Chambrais) est tout-à-fait à l'extrémité du département.
M. Bardet appuie la situation d'Ecardenville. D'ailleurs, ajoute-t-il, le canton de Broglie contient une véritable ferme-modèle, la terre de M. de Beauce, dont les cultivateurs environnants s'empressent d'imiter les procédés.
M. de La Garenne propose la Rivière-Thibouville, lieu placé d'une manière centrale pour quatre arrondissements, réunissant la plaine, la vallée et des pentes intermédiaires ; par conséquent, des labours, des bois, des landes et des prairies, présentant à la fois, presqu'à côté l'une de l'autre, des terres excellentes et des terres mauvaises, à proximité de plusieurs grandes routes.
M. Charlemaine parle de la terre de Bouffay, où l'on trouve, comme à la Rivière-Thibouville, la réunion de la plaine, de la vallée et de terrains inclinés, où l'on aurait à présenter des exemples de défrichements, où enfin on pourrait enseigner la culture des terres légères, des bruyères, etc.
Mais M. Bardet prévient que les terres de Bouffay sont, sans exception, de deuxième et de troisième qualité ; qu'il n'y a pas de bonnes terres.
M. de Caumont répond que les terres moyennes sont préférables pour l'enseignement ; que ni les très-bonnes terres ni les très-mauvaises ne pourraient fournir des exemples assez généraux.
Le choix de Bouffay est repoussé par M. de Boisrioult, à cause de l'éloignement de l'arrondissement d'Andelys :
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le Neubourg conviendrait mieux aux cinq arrondissements du département.
A cela plusieurs objectent qu'au Neubourg il serait impossible d'obtenir les conditions de variété de sol.
M. de Caumont résume la discussion. Quatre opinions sont en présence.
1re Opinion. — Canton de Broglie. — Ce n'est pas une ferme-école, une ferme d'enseignement au moyen d'élèves, mais seulement par voie d'imitation.
Les trois autres propositions se rapportent mieux à une ferme-école. — Ce sont :
1° Celle de M. Lizot, pour Ecardenville. L'opinion de M. de Boisrioult, proposant le Neubourg, s'en rapproche.
2° Celle de M. de La Garenne, pour la Rivière-Thibouville.
3° Celle de M. Charlemaine, pour Bouffay.
La discussion continue.
M. de La Garenne demande si le Gouvernement autorisera deux fermes-écoles par département, si le système par régions prévaudra.
M. Durand, vétérinaire, préférerait la ferme-école à Bernay, parce qu'il croit que l'arrondissement de Bernay est celui où l'agriculture est le plus arriérée ; par conséquent, celui qui a le plus besoin d'enseignement et de moyens de progrès.
M. de Magny voudrait que chacun de ceux qui soutiennent ces différentes opinions, donnassent d'une manière exacte la nature des terrains de localités qu'ils proposent.
La question, devant être traitée à fond, est renvoyée à une des séances prochaines.
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La 17e et la 18e question sont mises en discussion. Elles sont ainsi conçues :
17. Les entrepreneurs chargés d'entretenir les routes se bornent-ils à ouvrir des fouilles pour l'extraction du caillou ? Font-ils, en outre, ramasser les pierres à la main, ou au râteau, sur les champs cultivés ?
18. Quelle influence cet enlèvement répété des silex de la couche arable a-t-elle sur la fertilité du sol, principalement dans les terres légères ?
Suivant M. Monnier, l'enlèvement du caillou abaisse le sol, diminue l'épaisseur de la couche arable, force la charrue à attaquer le tuf, c'est-à-dire le sous-sol infertile, et à le mêler avec la terre végétale. L'enlèvement au râteau est surtout funeste.
M. de Magny proclame tout enlèvement funeste dans les terre légères, tandis que l'épierrement est avantageux dans les terres fortes et argileuses.
MM. Lallier et de Boisrioult, qui cultivent les terres fortes du Lieuvin, n'y veulent pas souffrir de cailloux.
M. Charlemaine croit l'enlèvement nuisible ; il a toujours entendu les cultivateurs s'en plaindre hautement.
M. Desmares veut l'enlèvement des grosses pierres, et ne fait pas d'attention aux petites.
M. Adam, fermier de M. de Montigny, s'opposerait à l'enlèvement de tout son pouvoir.
M. Raymond Bordeaux fait remarquer que cette différence dans la manière de voir de deux hommes pratiques tient à la nature du sol qu'ils cultivent. — L'un des préopinants,
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M. Adam, fait valoir des terres légères, tandis que M. Desmaes cultive, au contraire, les terres argileuses du Lieuvin.
Ce n'est pas seulement dans les terres légères et siliceuses, observe M. de Magny, que l'enlèvement des cailloux est nuisible, mais encore dans les terres humides, parce que les pierres servent puissamment à rendre le sol perméable et à faciliter l'absorption de eaux.
M. Bayvel signale, en outre, le danger de l'enlèvement des pierres pour les jeunes semis. Le caillou abrite la racine des plantes.
Comme, dans cette discussion, on a parlé d'extraction de cailloux opérée à la surface par le moyen du râteau, M. Bonnet, ingénieur des ponts et chaussées, déclare qu'il ne connaît pas, dans son arrondissement, d'endroits où l'extraction se soit faite au râteau. — Il convient d'ailleurs que, dans certaines localités, les entrepreneurs de routes font enlever à la main des silex disséminés sur la surface des champs.
M. Focet ajoute qu'aucun propriétaire ne permettrait assurément l'extraction au râteau.
Cependant M. Dudonnez connaît un bon nombre de cultivateurs qui n'ont pu s'opposer à cette pratique désastreuse, et chez lesquels on a fait, malgré eux, usage du râteau.
D'ailleurs, fait observer M. Raymond Bordeaux, l'enlèvement des cailloux au râteau n'est pas plus illégal que celui opéré à la main ; il est seulement plus désastreux. Aussi un arrêté du préfet de l'Eure, à peu près inobservé, l'avait-il prohibé.
M. Bordeaux, continuant l'examen de la double question
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agitée en ce moment, la discute au triple point de vue des résultats pour l'agriculture, de la pratique administrative usitée dans le pays, et de la légalité.
« Vous avez entendu tout-à-l'heure le témoignage de plusieurs cultivateurs sur la question qui vous occupe, et de cette enquête il est résulté la preuve irrécusable que, depuis quelques années, les agriculteurs souffrent de graves dommages, à cause de la manière dont est appliquée la législation relative à la grande voirie.
Vous venez d'avoir une réponse à chacune des deux questions de votre programme que nous agitons en ce moment, et vous savez maintenant que les entrepreneurs ne se bornent pas aux moyens que leur permet la loi pour se procurer des matériaux, c'est-à-dire à l'ouverture de fouilles, mais qu'encore ils viennent trop souvent ravir à la couche fertile de nos champs un de leurs éléments les plus indispensables, puisqu'à votre seconde question il a été répondu que l'enlèvement des silex de la couche arable était une pratique funeste dans les terres légères.
Ces réponses n'ont prévu que le cas d'un seul enlèvement accidentel, et l'énoncé de la question, tel que je le lis au programme, suppose un enlèvement répété : vous pouvez, à fortiori, juger de l'effet d'enlèvements reproduits tous les deux ou trois ans. Il paraît que les environs de Bernay sont assez heureux pour échapper à cette calamité ; mais j'ai vu, à l'occasion de la construction d'une route nouvelle, recueillir sur les champs les cailloux, à mesure qu'un nouveau labour les avait amenés à la surface du sol.
Les renseignements que vous avez obtenus tout-à-l'heure vous ont démontré suffisamment le tort fait à l'agriculture ; la couche végétale qu'avait améliorée une
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longue culture, se trouve diminuée, abaissée ; la charrue ne trouve plus une épaisseur suffisante ; et, pour remplacer les cailloux, environnés d'engrais, qu'on a transportés sur les routes, il faut ramener le sous-sol inerte, infertile, et mélanger, avec les nouvelles pierres qu'il contient, l'ancienne terre végétale. Les amendements, les marnes, les engrais, la longue action si bienfaisante des pluies, de l'air, de la lumière, sur cette ancienne couche superficielle, tout cela s'annihile par le mélange avec un nouvel élément stérile. Ajoutez que les cailloux enlevés à la surface ne sont jamais assez bien lavés pour qu'une portion de terre végétale ne soit entraînée avec eux, surtout si le ramassage a été fait au râteau.
Vous concevez aussi que les pierres moyennes, comme celles qu'on vient enlever à la surface des champs, sont indispensables pour abriter le pied des jeunes plantes contre la pluie, dans des terres aussi légères que les terres caillouteuses du pays d'Ouche. Aussi les cultivateurs regardent-ils encore le caillou comme nécessaire pour empêcher les récoltes de se déchausser.
Il n'y a que les grosses pierres que les cultivateurs regardent comme nuisibles ; et encore on ne les fait ôter que dans les prairies artificielles, parce qu'elles seraient un obstacle à la fauchaison. Mais les entrepreneurs ne réclament jamais ces grosses pierres, parce qu'elles dépassent l'échantillon de leurs devis, et qu'il faudrait les faire casser. Souvent même, dans le cas d'épierrement au râteau, ils laissent en longs sillons les gros cailloux dans les terres où ils ont pris les petites pierres.
Les propriétaires des riches terres du Lieuvin, seuls, verraient avec plaisir l'enlèvement des cailloux. Chez eux,
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en effet, la charrue plonge à son aise dans une couche arable d'une puissance assez grande pour qu'on n'ait pas à craindre de la diminuer ; et puis les pierres y sont si rares, que, lors même qu'on les ôterait toutes, la couche arable n'en serait pas le moins du monde abaissée. Mais c'est justement parce qu'on ne trouve pas de pierres sur les terres du Lieuvin, que les propriétaires n'y sont pas importunés. Voilà pourquoi ils comprennent moins les plaintes trop légitimes de leurs confrères du pays d'Ouche.
C'est, en effet, dans les terres extrêmement légères et siliceuses du pays d'Ouche, dans les cantons de Conches, de Rugles, de Beaumesnil, de Broglie, que cette pratique désastreuse est surtout usitée.
J'insiste sur ce point, parce que, si les propriétaires ont pour eux les raisons agricoles, ils ont aussi la légalité.
Je vois qu'on invoque les droits de l'administration, les raisons de l'intérêt public. Eh bien ! je dis que les anciens arrêts du Conseil, qui sont encore la loi en vigueur sur cette matière, ont largement fait la part des nécessités d'intérêt public. Je dis que leurs dispositions permettent au préfet de désigner aux entrepreneurs des pièces de terre pour y ouvrir des carrières, pour y faire des fouillés, mais qu'elles ne permettent que cela ; qu'elles n'autorisent pas une pratique qui ruine l'agriculture, l'agriculture pour laquelle, après tout, il me semble que les routes sont principalement faites ; une pratique qui tend à changer, dans un temps peu éloigné, les champs fertiles et cultivés qui bordent les voies publiques en terres incultes, parce qu'elles seront stériles.
Eh bien ! ce que la législation n'autorise nulle part, est tous les jours pratiqué par l'administration. Sur tous les
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devis, le préfet indique non seulement des champs pour faire des fouilles, des carrières, mais stipule encore que les matériaux seront enlevés à la surface des champs. »
M. l'ingénieur Bonnet objecte à M. Bordeaux qu'on peut dire que le droit de ramasser à la surface est sous-entendu dans les arrêts du Conseil, qui ont force de loi ; que les préfets ne font qu'interpréter la législation.
M. Raymond Bordeaux répond que c'est là une interprétation inadmissible ; qu'il s'agit pour la propriété d'une servitude ; que les textes constitutifs de servitudes sont de droit étroit, et qu'on ne peut les élargir en les interprétant.
« Au reste, ajoute M. Bordeaux, ce qui démontre le vice d'une telle interprétation, c'est l'économie même de la législation sur ce point. Pourquoi le préfet est-il obligé de désigner une à une les parcelles cadastrales où il autorise l'ouverture de fouilles ? C'est afin que le propriétaire et le fermier puissent être avertis, puissent faire constater avant les fouilles l'état du sol, et désigner les experts qui devront évaluer plus tard les dommages causés. Ces formalités préalables sont indispensables ; sans leur accomplissement, l'entrepreneur violerait le droit de la propriété : c'est bien assez encore que l'indemnité ne soit payée qu'après le dommage. Or, qu'arrive-t-il lorsque le préfet désigne en masse toutes les terres d'une commune, tous les champs d'un particulier, pour subir le râtelage, ou au moins l'enlèvement à la main des pierres de la surface ? Il arrive qu'aucunes de ces formalités ne sont accomplies, que la loi est outrageusement violée, aussi bien que le droit de propriété. Il est impossible, en effet, de faire constater l'état de toute une plaine, de faire nommer des experts
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pour un grand nombre de pièces de terre. Aussi, dans la réalité, voici ce qui se passe : les entrepreneurs ne s'arrêtent pas à toutes ces formalités vétilleuses ; ils envahissent bravement votre champ, sans daigner même vous en donner avis ; et tel laboureur, amenant sa charrue pour sillonner ou même ensemencer un champ qu'il avait vu intact quelques jours auparavant, a dû regagner sa ferme parce que son terrain était hérissé de toises de cailloux.
Vient le moment de faire évaluer le dommage et de faire payer l'indemnité. Le voeu de la loi est assurément que tout le tort causé au propriétaire lui soit payé, sans égard pour la valeur des matériaux enlevés (car, dans l'état actuel de la législation, le caillou n'est pas marchandise). Aussi, lorsqu'il s'agit de fouilles, lorsqu'un champ a été bouleversé par des carrières, les experts accordent-ils au propriétaire réparation, et pour son champ abaissé, et pour la terre végétale confondue, et pour les arbres arrachés ou ébranlés. On examine, en un mot, de combien la valeur du champ a été diminuée. Si le propriétaire s'avisait, en outre, de parler de la valeur vénale du caillou enlevé, l'entrepreneur jetterait les hauts cris. — Les fouilles coûtent donc cher aux entrepreneurs, et parce qu'il faut creuser pour extraire le caillou, et parce qu'il faut indemniser le propriétaire. Voilà pourquoi ils font si souvent ramasser leurs matériaux dans les champs. Alors ils changent de langage : ce n'est plus le dommage causé qu'ils veulent payer (il est énorme) ; c'est le caillou lui-même, à tant le mètre. Et savez-vous à combien ils l'évaluent ? Je connais tel entrepreneur qui offrait à des propriétaires cinq centimes, un sou ! par mètre de caillou ; en sorte que pour cinq francs, ajoutés à la main-d'oeuvre de femmes ou
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d'enfants employés au lieu d'hommes, qui sont indispensables lorsqu'il s'agit du sol résistant des carrières, un homme, muni d'un devis préfectoral, pourrait prendre sur votre champ cent mètres cubes de silex, d'un échantillon à sa convenance, et ne laisser sur votre propriété que les blocs qu'il ne veut pas faire casser.
« Aussi les propriétaires ruraux, qui ne connaissent rien dans le dédale obscur du droit administratif, et que les subalternes des ponts et chaussées ont façonnés à souffrir sans se plaindre, préfèrent-ils laisser ruiner leurs champs à pure perte, plutôt que de faire des démarches pour obtenir justice, et recevoir une indemnité qui s'élève quelquefois au-dessus de celle que je citais tout-à-l'heure, mais qui toujours reste dérisoire. Aussi, le plus souvent, les entrepreneurs, entrés sur un champ sans prévenir, en sortent-ils sans payer. »
M. Charlemaine, sous-préfet de Bernay, expose les nécessités d'intérêt public, le désir qu'a l'Administration d'abaisser autant que possible le prix d'entretien des routes. Il ajoute que, dans tous les cas, les propriétaires lésés ont droit à une indemnité, et que si cette indemnité n'est pas préalable comme en matière d'expropriation, c'est qu'il n'y a jamais expropriation, mais seulement dommage, et puis qu'il serait difficile d'apprécier à l'avance l'étendue du sacrifice imposé à la propriété.
Il reconnaît, au reste, que l'Administration n'a pas le droit de faire ramasser les silex à la surface des champs, soit au râteau, soit même à la main, seulement.
M. Dumesnil du Buisson demande si le propriétaire peut s'opposer à cet enlèvement superficiel, et par quel moyen on rendrait cette opposition efficace.
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M. Raymond Bordeaux répond que c'est chose très-difficile, parce que les entrepreneurs se retranchent derrière l'autorisation préfectorale, et qu'alors il faut user de recours administratifs, c'est-à-dire s'adresser à des juridictions où les intérêts privés sont difficilement entendus.
« Cependant, lorsque les ouvriers sont envoyés ramasser des pierres dans un champ sans que les formalités légales aient été remplies vis-à-vis du propriétaire, la position de celui-ci est très-favorable, et alors on a le choix ou de faire déclarer procès-verbal aux ouvriers, ou de faire répartir les amas de cailloux, en remettant les choses en leur premier état. L'entrepreneur n'aurait aucun droit de s'en plaindre.
Souvent il arrive encore que les entrepreneurs se mettent en faute d'une manière plus grave. Soit qu'ils enlèvent à la surface, soit qu'ils exploitent une carrière, ils n'emploient d'ordinaire pour la route que les cailloux présentant naturellement, et sans être cassés, la grosseur convenable. Pour se dispenser de faire casser les autres, ils les vendent, soit aux communes pour l'entretien des chemins communaux, soit même aux particuliers comme matériaux de construction. C'est alors un véritable détournement de la propriété d'autrui ; car la loi ne leur donne droit de prendre chez les particuliers que les seuls matériaux destinés aux routes : leur privilège ne s'étend pas plus loin. Beaucoup de propriétaires laissent enlever volontiers ces grosses pierres, toujours nuisibles à la surface des champs ; mais, lorsqu'il s'agit de carrières, il y en a de moins faciles, et on a des exemples d'entrepreneurs poursuivis pour vol, pour avoir employé des cailloux, pris chez des particuliers,
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à d'autres usages qu'à l'entretien des routes. Les tribunaux condamnent toujours. »
M. Bourdon, ancien substitut, annonce qu'il a vu le tribunal de Bernay prononcer des condamnations pour des faits de cette nature.
« Mais, continue M. Bordeaux, ces moyens sont violents, et, pour l'enlèvement à la surface, les propriétaires restent sans défense contre l'arrêté du préfet... »
M. Cordier, ancien sous-préfet, président de la Société d'agriculture de Pont-l'Evêque, répond que le Conseil d'Etat est là ; que le Conseil d'Etat annulerait les arrêtés où un préfet permettrait de ramasser les pierres dans les champs.
M. Bordeaux réplique que la justice du Conseil d'Etat est très-coûteuse, et qu'elle n'est pas à la portée de tout le monde. On ne la réclame pas sans verser un prix fixe de 500 francs chez un avocat au Conseil, et il est utile d'aller à Paris. On préfère donc laisser dégrader les terres qu'on possède ou qu'on exploite.
« On voit donc combien la question est grave au point de vue de l'agriculture, et combien elle rentrait dans le cercle des travaux de l'Association normande. Nous n'avons nullement voulu faire le procès à l'Administration, continue M. Bordeaux, mais lui révéler la gravité de mesures dont, nous en sommes persuadés, elle ne soupçonne aucunement les fâcheux résultats.
Il faut donc que l'Administration se renferme dans son droit, qu'elle n'aille pas étendre au-delà des limites de la loi les servitudes qui pèsent sur l'agriculture. La législation est déjà assez défavorable ; mais il faut se rappeler qu'elle date du XVIIIe siècle. Il faut donc espérer qu'avec
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les progrès du droit administratif, on allégera le faix de servitudes publiques sous lequel plient les cultivateurs, et qu'on restreindra même le droit qu'a l'Administration de faire ouvrir des carrières. Dans une infinité de contrées, le caillou est à très-bas prix, et il suffirait de mettre les fournitures en adjudication pour voir l'industrie privée les procurer en abondance. Le caillou pour les routes devrait être une marchandise tout comme la chaux, le bois et les pierres qui servent à construire les ponts, les édifices publics. Déjà les entrepreneurs chargés vis-à-vis de l'Administration se procurent eux-mêmes le caillou par l'intermédiaire de sous-traitants, et ce sont ces sous-traitants sans responsabilité que redoutent le plus les propriétaires. Le prix que le Gouvernement alloue aux entrepreneurs pour les fournitures de pierres, ne va pas tout entier aux propriétaires chez lesquels on se les procure. Les sous-traitants de plusieurs degrés ont leur part du bénéfice. — Il y a donc à améliorer la législation en vigueur. »
M. Cordier, sans admettre ces conclusions dernières, est persuadé que l'Administration fera éclairer la question, surtout en ce qui concerne le ramassage à la surface.
M. de Caumont répond que, depuis long-temps déjà, l'Administration est avertie par les réclamations des propriétaires [15]. Il cite un certain nombre d'illégalités dont il a été personnellement victime dans le département du Calvados.
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M. de Magny demande le renvoi de cette grave question à la Commission des voeux.
M. Geoffroy-Château, ancien magistrat, indique les précautions que les propriétaires doivent prendre pour faire mettre en règle les hommes de l'Administration, lorsqu'ils réclament du caillou. — Ceux-ci doivent justifier de la désignation positive de la pièce de terre, faite dans un arrêté du préfet ; prévenir le propriétaire du moment où ils commenceront l'extraction, et le mettre en demeure de nommer un expert, s'il ne préfère s'entendre à l'amiable pour l'évaluation du dommage.
Sur l'observation faite par M. Bordeaux que les préfets usaient du droit que la loi leur confère de désigner des pièces de terre pour les fouilles, d'une manière trop libérale, en livrant aux entrepreneurs un nombre exagéré de parcelles, mettant ainsi les propriétés à leur choix et merci, M. de Boisrioult émet l'opinion que ce sont les grandes propriétés qui doivent, de préférence, supporter cette servitude, puisque ce sont elles qui profitent surtout du bon entretien des voies de communication.
M. Bordeaux, en partageant le sentiment de M. de Boisrioult, répond que ce n'est pas une raison pour multiplier à l'infini le nombre des champs qui seront ou qui pourront être fouillés ; que lorsqu'un champ est changé en carrière, il faut épuiser cette carrière, et non pas l'abandonner dès que les premières couches de cailloux ont été à peu près enlevées ; qu'il faut éviter surtout le gaspillage des terres cultivées, et ne pas créer plus de terrains en friche que les Sociétés d'agriculture n'en peuvent faire disparaître par les encouragements de défrichement.
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Les conversations particulières s'engagent sur ce sujet, et M. l'ingénieur Bonnet, par quelques observations finales, fait rentrer parfaitement la question dans les limites que lui avait posées le programme.
M. de Caumont propose à l'Assemblée la discussion de la dix-neuvième question, ainsi conçue :
19. Retire-t-on tout le produit possible des terrains voisins des rivières ? Quel est le revenu ordinaire d'un hectare de prairie ? Quels obstacles s'opposent à la pratique des irrigations ?
Le premier paragraphe est d'abord discuté.
M. Focet proclame excellent l'état des irrigations dans la vallée de Charentonne.
Un autre membre déclare qu'il en est de même à la Rivière-Thibouville, dans la vallée de Risle.
M. de Sainte-Opportune annonce qu'il a converti en prairies des terrains de peu de valeur, et qu'il a obtenu un succès complet, puisqu'au moyen d'un petit ruisseau, et en deux ans seulement, il a vu s'élever le revenu de ces terrains de 25 francs l'hectare à 250 francs, prix qu'ils rapportent aujourd'hui aussi par hectare.
Mais il signale, aux environs de Bernay, des prairies trop souvent inondées, des prairies qui baignent de refus, pour employer l'expression consacrée dans le pays. Il croit qu'il y a donc beaucoup à faire. Le baignage par sillons n'est pas assez employé.
M. Geoffroy-Château signale aussi un fait déplorable. A la Rivière-Thibouville, il existe vingt hectares de prairies excellentes, mais cependant d'un produit nul, parce qu'elles sont communales.
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Il demande que, par un renvoi, l'Association saisisse de ce fait sa Commission des voeux.
A l'appui de la proposition de M. Geoffroy, M. Desmares déclare qu'il loue, à côté des communaux en question, des prairies toutes semblables, à raison de 300 francs, non pas l'hectare, mais l'acre.
Ce n'est pas là un fait isolé, car M. Charlemaine rapporte que la commune de Fontaine-la-Forêt, dont fait partie la Rivière-Thibouville, possède d'autres prairies communales que celles indiquées par M. Geoffroy-Château, et que le total de ces prairies communales s'élève de 70 à 80 hectares environ.
Il ajoute qu'en outre, les deux communes de Fontaine-l'Abbé et de Serquigny jouissent en commun de 63 acres de prairies analogues.
« La moitié de ces soixante-trois acres, qui est attribuée à Fontaine-l'Abbé, produit quatre-vingt-deux francs de revenu, et paie cent vingt francs d'impositions.
Les pauvres ne profitent pas de ces terrains si déplorablement gaspillés, et cependant les Conseils municipaux s'opposent obstinément à la vente de ces communaux. »
— On passe à la discussion du deuxième paragraphe de la question : Quel est le revenu ordinaire d'un hectare de prairie ?
Suivant M. Charlemaine, dans la partie inférieure de la vallée de Charentonne, c'est-à-dire au-dessous de Bernay, le produit d'un hectare de prairie vaut jusqu'à 500 francs. Mais c'est la meilleure partie de la vallée. La location varie de 250 à 300 francs, suivant la facilité des communications.
A ce propos, M. Bayvel se plaint des difficultés d'exploitation,
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qui souvent diminuent très-notablement le produit net des prairies.
M. Bourdon cite un fait exceptionnel : des prairies vendues 8,000 francs l'acre. Douze acres, non pas douze hectares, ont été vendus, à sa connaissance, quatre-vingt-seize mille francs. Plusieurs membres attestent l'exactitude de ce chiffre.
Une discussion vive s'engage sur le nombre de bottes et la quotité de kilogrammes de foin produits par les prairies de très-bonne qualité.
En voici le résultat :
La première coupe donne 15 à 16 cents bottes l'acre.
Les bottes du pays pèsent 8 livres. Ce serait donc 8,000 kilogrammes par hectare.
La seconde coupe, dite regain, est variable. On regarde généralement qu'elle sert à payer les frais de récolte et les impôts.
— On arrive au troisième et dernier paragraphe de la question : Quels obstacles s'opposent à la pratique des irrigations ?
M. Bayvel, en sa qualité de manufacturier, se plaint du gaspillage des eaux, de leur mauvais aménagement, de la fureur qu'ont certains propriétaires d'inonder leurs prairies, et enfin des prises d'eau qui vident de fond.
« L'irrigation n'étant permise que du samedi soir au lundi matin, » remarque M. Charlemaine, « les propriétaires inférieurs, pour avoir de l'eau, sont nécessairement obligés de tirer l'eau de fond. »
Si les manufacturiers se plaignent des propriétaires arrosants, M. Focet se plaint des manufacturiers qui inondent.
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A ce sujet, M. le sous-préfet Charlemaine avertit que la rivière de Charentonne n'a pas de réglement spécial, régulier. Il émet le voeu qu'un syndicat soit créé.
M. de Sainte-Opportune demande aussi l'établissement de ce syndicat. Il se plaint des gorgées que lâchent les usiniers au moment de la fenaison, de la petite guerre qui existe entre les usiniers et les propriétaires.
M. Bayvel cite comme exemple la forge de Ferrières, qui laisse passer l'eau irrégulièrement.
M. Charlemaine ajoute que, lorsque cette forge emplit son bief, pendant vingt-quatre heures la rivière est à sec ; tandis que, quand elle le vide, tous les environs sont inondés.
M. de Caumont signale aussi, dans le département du Calvados, certaines retenues de moulins qui causent l'inondation de 50 et 60 hectares de prairies.
M. Raymond Bordeaux croit les syndicats forts bons en principe ; mais il dit que, dans la pratique, on n'a pas toujours lieu de se féliciter de leur création. Aussi les propriétaires arrosants et les usiniers feront-ils bien, dans leur intérêt commun, de se tenir sur leurs gardes, si l'organisation d'un syndicat venait à être discutée. Que les propriétaires de prairies et d'usines fassent bien attention avant d'appeler un tiers pour vider leurs démêlés ; car, dans plus d'un cas de ce genre, on a vu se renouveler l'histoire de l'huître et des plaideurs. Plus d'un réglement moderne n'a fait qu'empirer la position des deux parties adverses, usiniers et arrosants, en les accablant d'embarras de toute espèce, de formalités incessantes, de taxes nouvelles, de visites et de salaires d'ingénieurs et de garde-rivières. L'Administration, en effet, interpose son
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autorité, et les bureaux des ministères ou des préfectures en profitent pour appliquer, suivant leur bon plaisir, des théories désastreuses pour les intérêts privés, et perturbatrices des positions acquises....
M. de Caumont fait remarquer que la question en discussion est susceptible d'être considérée sous un nouveau point de vue, celui de l'irrigation par les eaux pluviales.
Il demande s'il existe des irrigations de cette espèce dans l'arrondissement, non pas momentanées, mais rendues régulières au moyen de réserves.
M. Charlemaine connaît de nombreux exemples de prairies élevées, arrosées avec l'eau des chemins. Mais il n'existe dans l'arrondissement aucune réserve d'eaux pluviales destinées à l'irrigation.
Comment d'ailleurs maintenir l'eau dans ces réserves ? M. de Caumont fait observer qu'il ne s'agit pas de réserves semblables à celles du département de l'Ain, qui sont de véritables étangs.
Une discussion vive s'engage sur les moyens de retenir l'eau. On propose l'argile,... la chaux hydraulique... M. de Caumont insiste pour l'emploi de l'argile plastique, qui se trouve abondamment sur plusieurs plateaux, et qui, battue avec des précautions, peut remplir très-avantageusement le but qu'on se propose.
M. de Caumont demande si on a tenté, dans l'arrondissement, de faire surgir à la surface du sol, au moyen de puits et de sondages, les ruisseaux souterrains dont la géologie a révélé l'existence dans les vallons secs des terrains de la craie.
M. Bayvel répond qu'on fait des sondages à Bernay, pour avoir des fontaines.
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Mais ce n'est pas dans des vallons secs, c'est sur les coteaux qui encaissent la vallée de Charentonne.
M. Emile Vy signale une petite vallée où un ruisseau apparent, il y a soixante ans environ, a depuis disparu. On se propose de le retrouver. — Cette vallée est celle de la Bagardière.
M. Lallier indique une autre source aussi disparue sur la commune des Places.
MM. de Lagarenne et Bayvel parlent de la source de la vallée de Mont-Rôti. Suivant quelques membres, elle ne vaudrait pas les frais de recherche. M. Bayvel croit, au contraire, qu'elle serait très-importante pour faire des routoirs.
M. de Caumont signale aussi quelques ruisseaux maintenant perdus, dans l'arrondissement de Falaise. Au reste, les faits de ce genre sont très-nombreux, et on en connaît un bon nombre. — Quoi qu'il en soit, la découverte des sources est très-utile pour l'agriculture. On a, pour y arriver, des données certaines et scientifiques. Le procédé de l'abbé Paramelle n'est pas un mystère ; ce fameux hydroscope l'a souvent proclamé. Dans les vallons secs de la craie, il y a toujours un ruisseau souterrain, à une profondeur plus ou moins grande : c'est au thalweg du vallon, c'est-à-dire sur la ligne où il est le plus profond, sur la ligne des points les plus bas, qu'il faut chercher l'eau qu'on veut ramener à la surface.
Les vallons secs qui viennent s'embrancher sur la partie supérieure de la vallée de Risle ont préoccupé M. Raymond Bordeaux. « Les torrents très-considérables qui roulent dans ces vallons, à la suite des orages, sont la cause de débordements très-fâcheux, désignés dans le pays sous le
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nom d'avalaisons. Ces avalaisons, qui viennent subitement et ne durent que quelques heures, perdent souvent cependant une partie des foins de la vallée, à cause de la grande quantité de matières terreuses qu'elles charrient. Pour forcer ces eaux à arriver moins rapidement et en moins grandes masses à la fois dans la vallée de Risle, on pourrait recourir à deux moyens : le reboisement des pentes aujourd'hui dénudées, et un système de barrages placés transversalement au passage des torrents. Ces barrages forceraient les eaux troubles à se clarifier, à déposer derrière eux les matières fertilisantes qu'elles entraînent, et, en ralentissant ainsi la vitesse des torrents, on arriverait à un double résultat : la création possible de prairies hautes sur des friches sans valeur, et la régularité du cours de la rivière de Risle. »
M. Bonnet entretient l'Assemblée de la sollicitude de l'Administration pour la répartition des eaux.
Il voudrait que les quantités d'eau accordées à chaque riverain fussent déterminées.
M. Bayvel demande si réellement l'irrigation d'hiver est avantageuse, s'il est bon de faire glacer les prés ?
M. Leclerc, propriétaire à la Barre, répond que le réglement s'oppose à l'irrigation d'hiver, mais que les propriétaires la regardent comme très-utile. On a de l'eau par tolérance, parce qu'en hiver elle est abondante. On croit que cela protège l'herbe, engraisse la terre et fait mourir la mousse.
M. de Boisrioult signale, dans la vallée de la Touque, les débordements d'hiver comme très-fertilisants, à cause du limon qu'ils charrient. Ils durent un jour ou deux, et font mourir la mousse, surtout quand l'eau gèle.
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Diverses explications sont présentées relativement à la disparition de la mousse.
M. de Sainte-Opportune constate que c'est un fait certain.
M. Dudonnez l'attribue à l'acide azotique contenu dans la neige et la glace.
« Dans l'arrondissement d'Argentan, » dit M. le comte de Vigneral, « on fait une profonde distinction entre les eaux débordées, suivant la nature des terrains où elles ont pris leur origine. Telles eaux sont funestes ; telles autres, au contraire, sont très-fertilisantes. »
M. Dudonnez dit quelques mots sur les réactions chimiques qui s'opèrent dans les matières charriées par les eaux d'hiver. Il signale, comme ayant lieu alors, la production du sulfate d'ammoniaque, matière très-fertilisante, et celle de l'azotate de chaux.
M. Raymond Bordeaux s'informe si la Charentonne charrie des eaux troubles. La Risle en charrie chaque année, tandis que les eaux de l'Iton sont rarement troublées.
M. Focet lui répond que les eaux de la Charentonne sont souvent limoneuses au-dessous de Bernay, là précisément où on commence à remarquer les meilleures prairies.
En levant la séance, M. de Caumont engage M. Dudonnez à analyser les eaux du pays, aux diverses époques de l'année.
L'un des Secrétaires généraux du Congrès,
RAYMOND BORDEAUX.
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Composition du bureau : MM. de MAGNY, CHARLEMAINE, LAIGNEL-LAVASTINE, président du tribunal civil ; le comte de VIGNERAL, CAPPLET, de CAUMONT, R. BORDEAUX, LALLIER, BOURDON et CORDIER.
Mme PHILIPPE-LEMAITRE est invitée à prendre place au bureau.
M. Raymond BORDEAUX, secrétaire-général, tient la plume.
L'affluence est considérable dans la salle. Outre la plupart des personnes présentes à la séance précédente, on remarque : MM. PHILIPPE-LALONDE, juge de paix, à Bernay ; du FAY de CARSIX, propriétaire, à CARSIX ; GRÉLÉ, manufacturier, à Elbeuf ; CHOLET, BOUDIN, OURSEL, HUBERT-LAFAMILLE, propriétaires, à Bernay ; FRÉMONT, avoué, id. ; MARIE, avocat et juge suppléant, id. ; LESCOUVÉ, substitut, id. ; FROUDIÈRE, juge suppléant, id. ; LECARPENTIER de SAINTE-OPPORTUNE fils, id. ; GONORD aîné, banquier, id. ; Erasme LERENARD DE LA VALLÉE, MOREL, LACROIX, SOLAIRE, propriétaires, à Bernay ; CHALENGE, manufacturier, id. ; HO, vétérinaire, id. ; QUEMIN-DUVAL, COURANT, LENORMANT, LOBROT, propriétaires, id. ; Louis BERNAIS, propriétaire, à Courbépine ; BUISSON, id., à Thiberville ; de BONNECHOSE, PANTHOU, propriétaires, à la Barre ; etc...
Le peu de temps écoulé depuis la première séance n'ayant point permis de rédiger définitivement le procès-verbal,
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M. Raymond Bordeaux rappelle, par un résumé oral, ce qu'ont été les discussions de la séance précédente.
M. de Caumont ramène l'attention sur la question de l'emplacement de la ferme-école, question qui avait été renvoyée à cette séance.
Deux opinions tendent à prévaloir : celle qui veut qu'on choisisse la Rivière-Thibouville, et celle qui préfère Bouffay, près Bernay.
La question est mise aux voix, et une discussion très-confuse s'engage. M. Ho, vétérinaire, argumente en faveur de Bouffay.
M. le président Laignel résume la discussion et propose un nouveau renvoi, qui est adopté.
La dixième question du programme est à l'ordre du jour. Voici son énoncé :
Quelles sont les nouvelles cultures introduites dans l'arrondissement, et leurs divers résultats ?
M. Lallier répond que le colza a été introduit dans la contrée qu'il habite (la plaine de Thiberville, Lieuvin) depuis une douzaine d'années, et que le lin, culture très-ancienne dans cette plaine, s'y répand de plus en plus.
M. Monnier signale l'introduction des luzernes dans le pays d'Ouche, faite il y a quinze à vingt ans, et très-avantageuse. Le trèfle incarnat a été aussi introduit dans les mêmes terres depuis huit ou dix ans, et M. Monnier cultive aussi le colza depuis cinq ans.
M. de Cussy s'informe si la culture du colza a fait créer des usines dans le pays, et si on utilise les tourteaux dans l'arrondissement.
La réponse est qu'on envoie le colza dans le Calvados.
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M. Hervieu, cultivateur à Beaumontel, donne du colza en vert à ses moutons et à ses vaches, et il obtient d'excellents résultats. Aussi en fait-il considérablement.
M. Lallier a introduit les blés anglais ; entre autres, le rouge d'Ecosse. Il a eu de ces blés six variétés différentes.
M. Hervieu signale le blé anglais comme tendre à la gelée. Mais l'exactitude de ce fait est contestée par M. Lallier.
M. Vincent Conard, qui habite à une lieue de M. Lallier, a fait réussir chez lui le blé blanc à quatre carres, qui avait produit un mauvais effet chez M. Lallier, où il avait dégénéré.
M. de Magny cultive depuis trente ans le blé anglais, et il a le droit de le défendre contre les reproches qu'on lui fait ; car, sur cette longue période, il ne l'a perdu qu'une seule année.
M. Grélé, manufacturier à Elbeuf, présente comme échantillons des tiges de marzuolo, plante dont il propose l'introduction dans le département de l'Eure.
C'est une variété de froment qui sert à confectionner les chapeaux de paille d'Italie, et que les fabricants de Paris sont obligés de tirer de Florence.
Dans le but d'affranchir notre commerce de cette importation, M. Grélé a fait des essais près d'Elbeuf, sur le
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plus mauvais sol des rives de la Seine ; car il faut un terrain très-maigre, et éviter avec soin les engrais.
En Italie, on coupe cette paille en vert ; puis on la fait blanchir à la rosée, en terminant par un soufrage.
Mais le blanchissage du marzuolo ne peut être le même en France qu'en Italie, à cause des pluies qui tachent la paille.
Voici cependant, continue M. Grélé, des échantillons blanchis à Elbeuf, qui sont d'une finesse parfaite, et des échantillons de Florence avec lesquels on peut les comparer. Ces derniers sont un peu plus longs.
M. de Caumont demande si l'on peut apprécier l'importance future de cet essai, et quels seraient les prix de revient comparés à ceux d'Italie.
M. Capplet signale parmi les avantages que présenterait cette culture, celui d'utiliser des terrains stériles, et cela sans faire de frais pour les amender, puisque ce sont les pailles les plus faibles, les plus minces, qui sont les plus chères, et que, pour les obtenir, il faut un sol très-maigre et dépourvu d'engrais.
Il ajoute que ces pailles faibles, si heureusement obtenues à Elbeuf, sont très-rares à Florence.
Reste la question de climat. Aura-t-on en France une paille d'une teinte aussi dorée ? A cela M. Capplet n'hésite pas à répondre affirmativement, puisque M. Grélé a obtenu dans son laboratoire une couleur superbe, qui se trouve jointe dans ses échantillons à une finesse extrême.
Suivant M. du Mesnil du Buisson, il ne faut pas oublier que ce froment si chétif n'a pas de grain utilisable. La
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question du prix de revient de cette paille d'Italie doit donc être soigneusement examinée.
M. Grélé répond qu'il n'a encore traité que la question d'art, et non celle économique et industrielle qu'il se propose d'examiner une autre année.
M. Capplet pense que ce premier essai a été assez heureux pour le répéter sur une plus grande échelle l'année prochaine, et il voudrait qu'on fit venir de Florence une certaine quantité de semence.
Plusieurs membres, qui d'abord n'avaient vu dans l'échantillon obtenu cette année qu'un objet de curiosité, conviennent qu'un nouvel essai mérite assurément d'être fait.
M. de Cussy fait observer enfin que, depuis quelques années, la fabrication des chapeaux de paille d'Italie est introduite en France, et qu'un grand nombre de femmes sont occupées à tresser des chapeaux dans le faubourg Saint-Antoine, à Paris ; qu'il est donc regrettable de voir tirer de l'étranger la matière première.
On aborde la discussion de la 9e question du programme.
Cette question est ainsi conçue : Quels changements se sont introduits, depuis vingt ans, dans le traitement du sol, soit par les amendements, soit par les engrais ?
M. de Boisrioult déclare qu'il a supprimé à peu près toutes ses jachères.
M. Vincent Conard, à Drucourt, fait des racines en lignes ; — pas de colza ni de lin. — Il a adopté l'assolement quadriennal.
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M. de Boisrioult, au contraire, fait des lins, et avec grand avantage. Un acre de lin, tous frais faits, lui produit jusqu'à 1,000 francs de bénéfice. En outre, le lin améliore la terre, à cause des grands soins et des engrais que sa culture exige, et que son produit permet de ne pas épargner.
M. de Magny déclare que le colza engraisse aussi la terre, au lieu de l'effriter, quand on rend au sol le tourteau du colza récolté.
M. Lallier préfère le lin au colza. Il améliore très-certainement la terre, puisque sa culture nécessite et permet des engrais abondants, et procure en résultat des bénéfices nets plus considérables que ceux du colza, dont le produit est très-réduit lorsqu'on consacre tout son tourteau à réparer la terre effritée par lui.
Mais ceci s'écarte de la question à l'ordre du jour.
Pour y revenir, M. Conard signale un progrès dans sa culture. Depuis douze ans il a supprimé ses jachères, et s'en trouve bien.
M. Monnier, dans un pays étranger aux méthodes avancées de la culture progressive du Lieuvin, a fait faire aussi des progrès : il charge ses guérets de minettes, ce qui lui a permis d'augmenter ses bestiaux, et par suite ses engrais et ses produits. Il se procure ainsi des engrais très-abondants.
M. de Sainte-Opportune ajoute que M. Monnier opère sur des terres très-mauvaises, dans la partie la moins fertile du pays d'Ouche.
M. Bardet dit aussi que M. Monnier est le premier qui ait poussé dans la voie du progrès l'agriculture des parages
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où il cultive. Aussi a-t-il été lauréat du concours départemental de l'Eure.
Avant lui, les fermiers de la terre de la Blardière, qu'il occupe depuis quatorze ans, ne savaie