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Notice sur la découverte des restes d'une habitation romaine, dans la Mielle de Cherbourg, et sur d'autres antiquités trouvées de nos jours dans les arrondissements de Valognes et de Cherbourg / par Augustin Asselin
NOTICE
SUR LA DÉCOUVERTE
DES RESTES
D'UNE HABITATION ROMAINE
DANS LA MIELLE DE CHERBOURG. [1]
La vente des Mielles, à l'est de Cherbourg, a rendu à la culture une plaine de cent cinquante hectares (environ trois cents arpents), dont la mer occupait une partie et avait couvert l'autre de sables depuis un temps immémorial. Les terrains que la mer couvrait, au moins pendant les grandes marées, étaient ceux qui sont à l'est du port et du bassin de commerce : ils occupaient à peu près le tiers de l'espace entre cette ligne et la redoute de Tourlaville ; et dans l'autre direction, du nord au midi, ceux qui s'étendaient
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jusqu'au bas de la Montagne du Roule. En fouillant les sables dans toute cette partie, on n'est point arrivé jusqu'à la terre végétale, et les puits qu'on y a pratiqués ont été entièrement creusés dans le sable ; cependant ils donnent une eau douce, et meilleure pour les usages de la vie que celle des puits creusés dans la ville aux abords du port et du bassin.
L'autre partie de la Mielle, bien plus considérable en étendue, qui borde aussi le rivage dans toute sa longueur, a été cultivée dans les temps anciens, mais ensuite couverte par les sables que les vents y ont portés, et accumulés au point d'en avoir rendu la culture impossible.
C'est cette partie qui mérite de fixer l'attention à cause des découvertes qu'on vient d'y faire.
Depuis trois ans seulement que les acquéreurs en sont en possession, ils trouvent déjà, dans les produits de leur culture, la récompense de leurs peines, et d'une partie des dépenses qu'ils ont faites pour aplanir et clore leur nouvelle propriété. C'était une mer de sable à perte de vue ; elle était couverte de dunes plus ou moins rapprochées les unes des autres ; quelques plantes
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seulement y apparaissaient de loin en loin, telles que le millegreust, triticum junceum ; l'arrête-boeuf ou bugrande, ononis repens ; le caille-lait ou petit muguet, galium verum ; le chardon-rôland, eryngium campestre, et les deux espèces de juncus acutus, et maritimus. Maintenant c'est une vaste campagne divisée en jardins, herbages et clos labourés et d'un aspect agréable, parce qu'elle présente l'image de la fertilité. Déjà aussi on y a élevé un grand nombre d'habitations sur le bord des rues qu'on y a distribuées : ce sera bientôt un nouveau quartier pour la ville de Cherbourg, et il ne sera pas le moins agréable.
On a la preuve que les terrains de la Mielle n'ont pas toujours été ensevelis sous les sables, par les fondements de l'ancienne chapelle de la Madelaine qu'on y a retrouvés. Etant à quelque distance du rivage, elle a dû être envahie par les sables plus tard que le reste : une tradition qui s'est perpertuée en avait conservé le souvenir et transmis le nom aux habitants ; on en a aussi la preuve par d'autres découvertes qu'on y a faites. Elles sont l'objet principal dont je me propose de rendre compte dans cette Notice.
Pendant le cours de l'été 1829, plusieurs des
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nouveaux propriétaires, en faisant des fouilles pour aplanir leurs terrains, ont trouvé la terre végétale à cinquante ou soixante centimètres (dix-huit ou vingt pouces) ; cette découverte encouragea tous les autres à aller la chercher, et ils firent fouiller plus ou moins pour défaire ce que la mer avait fait, c'est-à-dire pour remettre la terre à la surface et le sable au fond. Les sieurs Content, Latour, et Le Comte, habitants de Cherbourg, acquéreurs d'une étendue de terrain qui borde le rivage de la mer, suivirent cet exemple.
J'ai cité le sieur Latour parce que, dans la partie du terrain qu'il a acquis, il a trouvé un bout de mur qui s'y termine, une vingtaine de médailles romaines de bronze, quelques cônes de briques, ronds ou carrés à quatre pans, de différentes grosseurs, pesant chacun deux ou trois kilogr., et quelques petits fragments de poterie fine et colorée comme celle du Châtelet, ayant des ornements ou petites figures en relief, mais dont aucuns ne sont entiers. Il faut observer que la fouille d'où il a tiré tous ces objets est à trente pas au plus de distance du lieu où se trouvent les restes de l'habitation et des antiquités dont je vais bientôt m'occuper. Ses fouilles ne sont pas terminées.
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Un autre des acquéreurs, le sieur Content, mit à découvert un ancien puits et un reste de mur : il faut citer cette découverte, parce qu'il fut dit alors qu'on avait trouvé un puits romain, et la curiosité de quelques habitants les porta à aller le voir ; mais cette découverte était réellement sans résultat pour les conséquences qu'on voulait en tirer, car ce puits, ayant quatre-vingt-cinq centimètres de largeur, n'est point d'une antique construction ; il est maçonné grossièrement sans mortier de chaux et sans une seule pierre taillée ; il est probable qu'il aura été construit pour les besoins des troupes qui ont campé dans la Mielle à diverses époques. Ce qui peut donner quelqu'appui à cette opinion, c'est que, parmi beaucoup de vieux morceaux de fer défigurés par la rouille, on a pu reconnaître des tenailles, des verrous et des mors de brides qui ne sont pas antiques ; cependant on y a trouvé aussi quelques fragments de poterie et plusieurs briques taillées en cônes, comme ceux que j'ai cités plus haut.
Mon ancien compatriote et ami, M. Duchevreuil, d'honorable mémoire, en avait rapporté quelques petits fragments de poterie, et je crois
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deux ou trois médailles de bronze ; ce sont là, autant que j'ai pu m'en assurer, les seuls produits de cette partie de terrain : ils auraient passé inaperçus sans les autres découvertes plus nombreuses et d'un plus grand intérêt, qui ont été faites dans le même terrain, à vingt pas de distance environ, dont voici les détails. Je renferme dans une série de numéros les antiquités romaines qui y ont été trouvées.
N.° 1. Le sieur Le Comte (Christophe), qui est propriétaire de ce terrain, en faisant faire des tranchées pour ramener la terre à la surface, a mis à découvert les fondements d'une maison carrée ; ils avaient neuf mètres de longueur sur sept de largeur : M. Virla, ingénieur des ponts et chaussées, qui se trouva avec moi sur le terrain, voulut bien en prendre la mesure. La maçonnerie, qui remplissait ces fondations, avait été faite à peu de frais, et elle a subsisté aussi long-temps, parce qu'elle était encaissée dans ces fondations, qui, elles-mêmes, étaient enfouies sous 65 centimètres de sable ; les pierres en étaient enlevées sans beaucoup d'efforts à 4 mètres environ. En-dehors de ces fondements, les ouvriers, en continuant leurs fouilles, découvrirent
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un grand nombre de médailles ; elles étaient disséminées sous le sable et sur la surface même de la terre, dans un espace de 2 mètres et demi, ou 3 mètres carrés : il n'y avait aucun vase ni débris dans lequel on pût supposer qu'elles eussent été renfermées. Ces médailles sont presque toutes des moyens bronzes du haut empire, avant Septime Sevère ; toutes ont la même patine d'un vert pâle. Les ouvriers en avaient porté 90 à M. de Gerville : j'en ai vu chez M. Duchevreuil à peu près 50, et j'en avais acquis un pareil nombre ; beaucoup d'autres ont passé dans différentes mains, de manière qu'il ne devait pas y en avoir moins de trois ou quatre cents ; la plupart sont d'une assez bonne conservation. On y trouva aussi trois ou quatre impériales d'argent et autant de grands bronzes : j'en possède un de Trajan, au revers de forum Trajani, qui est un des plus rares de cette tête d'empereur ; on y trouva enfin deux ou trois consulaires d'argent, dont une, de la famille Didia, deux quinaires de la famille Porcia, que j'ai aussi recueillis ; voilà tout ce qui composait le trésor, en numéraire, de l'habitant de la maison.
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N.° 2. Dans le même terrain et à la même distance des fondements de la maison, les fouilles ont produit douze ou quinze figurines de Vénus : elles sont toutes de terre cuite et du même moule, plus ou moins mutilées. Vénus est représentée sortant du bain ; sa main droite atteint son oreille où elle a réuni une poignée de ses cheveux qu'elle tient serrés. Sa main gauche, qu'elle pose sur un socle recouvert d'une draperie, est abaissée au niveau de ses reins : la hauteur de cette statuette est de 25 centimètres, en y comprenant le petit socle qui est une moitié d'ellipse coupée dans sa longueur. M. Revers, correspondant de l'Institut, qui a laissé un nom si honorable dans la mémoire de ses confrères de la Société des Antiquaires de Normandie, et dans les annales de cette société, a trouvé la même figurine, plusieurs fois répétée, à Baux, département de l'Eure, avec beaucoup d'autres différentes, sur lesquelles il a fait de savantes observations dans le compte qu'il en a rendu (tome III, des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie). Il a remarqué que ces figures sont formées de deux demi-bosses, et réunies au moyen d'un collage : j'ai la preuve de la justesse de cette observation dans une de ces
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Vénus que je possède, dont les deux demi-bosses sont séparées, parce que le collage a manqué, mais le rapprochement s'en fait avec tant de précision, qu'on aperçoit à peine la trace du raccordement. M. Duchevreuil, en rendant compte de plusieurs antiquités trouvées à Digulleville, décrit cette même figure, qui en faisait partie. (Tome Ier des Mémoires ci-dessus, p. 50.)
N.° 3. Des figurines de chevaux, au nombre de cinq ou six ; leur longueur est de 14 centimètres ; ils sont mutilés, de manière qu'il n'en reste que le corps et la tête sans les jambes ; ils sont dans l'attitude d'être lancés au galop et nus, avec un licou seulement : ces figures de chevaux ont quelque différence et ne sortent pas du même moule.
Une autre figure de cheval, encore plus fruste que les autres, est cependant plus remarquable, en ce qu'il y reste une moitié du corps du cavalier qui le montait : elle pose à nu sur le dos du cheval qu'elle enfourche : on voit aussi une de ses jambes. Le dos de ce cavalier est couvert d'un court vêtement qui n'arrive pas jusqu'à ses reins.
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Ces figures de chevaux, qu'on trouve dans les laraires des romains parmi leurs dieux domestiques, ne laissent pas de doute qu'ils faisaient partie du culte de Neptune, et qu'ils lui étaient consacrés. La mythologie leur enseignait que ce dieu, en frappant la terre de son trident, en avait fait sortir le cheval, et qu'il avait appris aux hommes à s'en servir pour leurs voyages, et pour les autres usages et commodités de la vie.
N.° 4. Une autre figure, que j'ai aussi recueillie, est comme les autres en terre cuite, et d'une conservation parfaite ; c'est une femme assise dans un grand fauteuil, soutenant de ses deux bras un enfant appuyé sur sa poitrine ; sa hauteur est de douze centimètres ; la tête est belle et d'un bon travail ; les tresses de cheveux dont elle est ornée et la hauteur à laquelle ils s'élèvent pour se réunir au-dessus du front, forment une coiffure élégante, semblable à celle qu'on voit sur les médailles des impératrices romaines ; mais les bras, les genoux et l'enfant n'ont pas de saillie et ne sont, pour ainsi dire, qu'indiqués : le fauteuil sur lequel elle est assise s'élève jusqu'au niveau des épaules, et les côtés
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ont un repos à la hauteur des coudes pour les appuyer ; il est formé de tresses verticales contenues dans une bordure qui l'entoure. On voit encore dans nos campagnes d'anciens fauteuils fabriqués avec des tresses de jonc ou de paille, qui ont la même forme ; mais ceux-ci, au lieu d'être terminés à la hauteur des épaules, s'élèvent en demi-voûte au-dessus de la tête, et enveloppent de tous côtés la personne qui y est assise : on a trouvé dans la même fouille plusieurs fragments de la même figure ; j'en ai rapporté une tête bien entière, qui est sortie du même moule.
Dom Martin a fait graver cette même figure (Religion des Gaulois, tome II, page 264, planche 37.e) ; elle avait été trouvée dans un tombeau à Blois, en 1770 ; il parle d'une autre trouvée à Arles. Dom Montfaucon en cite de pareilles qu'il a vues dans le cabinet de M. de Foucault, et d'un autre antiquaire (Antiquités, supplément, tome V, page 142) : ce savant, justement célèbre, a cru que cette figure était une allégorie à l'immortalité de l'âme, qui était la croyance universelle des Gaulois, et un des principaux dogmes de leur religion ; et que la
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femme qui tient un enfant, pouvait être la terre, notre mère, qui nous élève et nous nourrit, et qui nous reçoit dans son sein après notre mort. Dom Martin, sur la foi de son savant confrère, adopte cette opinion et lui donne de nouveaux développemens qui n'établissent pas mieux cette conjecture. L'erreur de ces deux hommes illustres dans la science des antiquités, trouve son excuse dans l'opinion dont ils s'étaient imbus, que cette figure ne se trouvait que dans les tombeaux gaulois ; qu'il fallait par conséquent lui trouver une explication conforme à son origine gauloise, et ils en concluaient que c'était la Venus infera de ces peuples, ou l'emblême de la mort et du sommeil. Si, au lieu d'avoir trouvé cette figure dans un tombeau gaulois, dom Martin l'avait trouvée à Baux, comme M. Revers, parmi un grand nombre de figurines évidemment romaines, ou dans les ruines toutes romaines de notre Mielle, il aurait envisagé cette figurine sous un autre point de vue, et il l'aurait comptée au nombre des dieux domestiques dont les Romains avaient les images dans leurs laraires.
M. Revers a retrouvé quatre de ces mêmes figures
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parmi celles qu'il a découvertes en assez grand nombre à Baux ; elles sont gravées dans l'atlas des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie pour l'année 1826. Il est loin d'adopter la discussion métaphysique, et ce qu'il appelle les hypothèses de dom Martin, et s'appuyant de l'opinion d'un autre savant, M. Langlois, du Pont-de-l'Arche, tous deux ne balancent pas à prononcer que cette figure est évidemment romaine ; mais ils ajoutent que c'est une figure de Latône, parce qu'une de ces figures tient deux enfans : tout en professant mon respect pour deux honorés confrères dont l'opinion est d'un grand poids, tout me porte à croire que c'est plutôt une figure de Lucine, déesse des accouchements. Latône appartenait à une mythologie plus élevée que Lucine, et par conséquent plus éloignée des idées communes : on ne trouve nulle part qu'elle ait eu l'attribut de présider aux accouchemens : ses couches seulement furent célèbres à cause de la naissance de Diane et d'Apollon dont elle était mère, et à cause de la haine de Junon qui ne lui laissait aucun lieu sur la terre pour s'y arrêter : Lucine, au contraire, avait cet attribut, et elle l'avait
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seule ; aussi, elle était une des divinités les plus populaires, parce que c'était celle que les familles avaient le plus souvent besoin d'invoquer, et on a retrouvé son image plusieurs fois répétée parmi les autres dieux domestiques dans les laraires qu'on a découverts. Beaucoup de médailles des impératrices romaines qui étaient mères, portent la légende Junoni Lucinae, et les poètes latins nous rendent le témoignage que c'était toujours à Lucine que les femmes en travail adressaient leurs invocations et leurs prières. Casta fave Lucina...... Lucina fer opem ; il y avait même des formules de prières qu'on recommandait aux femmes de lui adresser dans les douleurs de l'enfantement. Dicite tu lumen nobis Lucina dedisti. Je crois donc que cette figure est celle de Lucine ; elle est assise au repos, après avoir présidé le travail de l'accouchement, et elle tient dans ses bras l'enfant qui vient de naître.
N° 5. Une tête d'enfant que M. Lemonnier, professeur d'hydrographie, avait acquise à l'époque des fouilles de la Mielle, et qu'il a bien voulu me céder. Cette figure, d'un bon travail, exprime le rire bien caractérisé : la tête est entière et bien conservée ; mais il ne reste à peu près rien du
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buste. On trouve le même, bien entier, dans les Antiquités de Caylus (tome VII, page 323, planche 93). Sa hauteur totale est de vingt-six centimètres. Il a été trouvé, dit M. de Caylus, auprès de la voie romaine qui conduit de Reims à Trèves, près de la rivière de Bar, entre Rhétel et Sédan. La description qu'il en donne, et la gravure qui le représente, sont d'une concordance parfaite avec celui dont je m'occupe. Il est, comme les autres statuettes trouvées dans la Mielle, d'une argile blanche d'un grain très-fin, et d'un poli dont M. de Caylus dit qu'il approche de celui du marbre. Il ne dit point à quel caractère de l'antiquité, ni à quelle allégorie on peut attribuer cette figure ; il observe seulement que cet ouvrage ne doit point être regardé comme gaulois, et qu'il ne peut être attribué qu'aux Romains. Je n'entreprendrai point non plus de définir cette tête remarquable, ni de donner des conjectures sur l'application qu'elle pouvait avoir chez les anciens.
N° 6. Un Mercure de bronze, avec tous ses attributs. Cette statuette est d'une bonne conservation, mais d'un travail assez barbare pour qu'il annonce la décadence : sa hauteur est de
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vingt-deux centimètres. Il m'a été impossible d'en faire l'acquisition, pour le réunir dans le musée de Cherbourg à toutes les autres antiquités provenant de la Mielle, décrites dans cette notice, qui y sont déposées, parce que le citoyen Fauvel, qui en est le possesseur, et qui le communique volontiers aux amateurs d'antiquités, est décidé à ne point le céder, n'importe quel prix on lui en offrirait.
N° 7. Des meules de petits moulins à moudre du grain pour un ménage. Ils sont composés de deux meules seulement, l'une convexe et l'autre concave ; leur diamètre est de 42 centimètres environ ; on en a trouvé sept ou huit dont plusieurs étaient des fragments. J'en ai recueilli deux entières qui sont faites pour marcher ensemble, et qui forment un de ces moulins complets : elles sont d'une pierre granitique qui n'est pas rare dans le pays. Une de ces meules, qui paraît être de porphyre, est dans la collection de M. Duchevreuil ; d'autres, ou seulement des fragments, ont passé dans des mains inconnues ; M de Jaucour a vu des moulins pareils : ils les appelle moulins du Levant, et il dit qu'ils sont encore d'usage dans ces contrées. Voici la description qu'il en donne :
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« Ces moulins consistent en deux pierres plates et rondes d'environ 66 centimètres, que l'on fait rouler l'une sur l'autre par le moyen d'un bâton qui tient lieu de manivelle. Le blé tombe sur la partie inférieure par un trou qui est au milieu de la partie supérieure, laquelle, par son mouvement circulaire, le répand sur la meule inférieure où il est écrasé et réduit en farine. Cette farine, s'échappant par le bord des meules, tombe sur un plancher ou on la ramasse. Le pain qu'on en fait est de meilleur goût que celui de la farine moulue au moulin à vent ou à eau ; ces moulins à bras ne se vendent qu'un gros écu, ou une pistole. » (Article moulins à bras du Levant).
Cette espèce de moulins n'est pas en usage seulement dans le Levant, ils étaient fort communs autrefois dans le Cotentin et dans la Hague, et il n'est pas rare d'y en voir encore dont on se sert habituellement pour le repas de bouillie : chaque jour, à onze heures, la ménagère fait elle-même la mouture de son sarrasin et en prépare le dîner. Les personnes qui s'en servent s'accordent à dire, comme M. de Jaucour, que cette farine est meilleure que celle qu'on fait aux autres moulins à vent et à eau.
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M. de Jaucour dit, dans sa description des moulins du Levant, que les deux meules qui les composent sont plates et rondes : sans doute quand elles sont en mouvement, elles peuvent écraser le grain ; mais les deux meules du moulin romain, étant l'une convexe et l'autre concave, sont bien plus avantageuses pour l'action de moudre, parce que le grain, placé dans le creux qui est au haut de ces deux pierres, tendant à descendre pendant qu'elles sont en mouvement, il se trouve écrasé en les traversant et il s'écoule en farine par le bord des meules quand il parvient au bas.
Enfin, il ne faut pas omettre d'autres objets d'antiquité provenant de cette fouille, quoiqu'ils présentent peu d'intérêt ; tels sont une tête d'Apollon en terre cuite ; on la reconnaît à sa volumineuse chevelure : beaucoup de fragments de figurines, assez petits pour qu'on ait peine à les caractériser ; ils servent seulement à prouver qu'ils ont été brisés par un choc violent : une pierre d'un grès, pareil à celui des petites meules dont je viens de parler, elle a environ 28 centimètres de diamètre ; elle est grossièrement arrondie, et assez creusée pour avoir pu être destinée
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à servir de mortier : une boule de granit bien arrondie, de 10 centimètres environ de diamètre : la carcasse en fer d'un casque assez mal conservé pour qu'on ait peine à le reconnaître. Il a été receuilli par M Duchevreuil : une hache, un harpon aussi en fer, mais dévorés par la rouille ; d'autres morceaux de fer ou restes d'outils qu'on ne peut définir parce qu'ils n'ont plus aucunes formes ; des briques faîtières en assez grand nombre ; des fragments de poterie de ménage et de bouteilles en terre cuite. J'ai rapporté la partie haute d'une de ces bouteilles dont il reste le cou et l'anse, et qui suffit pour faire juger quelle était la forme qu'on leur donnait. Enfin, des débris trop exigus pour être cités, de cette poterie romaine, dont M. l'abbé de Tersan a rapporté beaucoup d'échantillons des fouilles de la petite ville du Châtelet, et qu'on imite si bien dans la belle manufacture de poterie de Sarguemines. Mais ces exigus débris offrent des restes de figures et d'ornements, qui quoique mutilés, sont encore les indices du goût des anciens pour les arts, dont ils faisaient l'emploi sur les moindres ustensiles à leur usage.
Il n'est pas douteux qu'on a trouvé d'autres
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objets qui auront passé dans des mains inconnues, et qui peut-être ne sont pas les moins précieux : on m'a parlé d'un cheval monté par son cavalier, en bronze, et d'une autre statuette de Cérès. Je ne les ai pas vus ; mais j'ai tenu tous ceux que je viens de décrire, et j'en ai recueilli la très-grande partie.
Ces débris et ces objets antiques ont sans doute peu de valeur, si on ne les considère que sous ce point de vue ; car il n'y avait là ni or, ni argent, ni marbre, ni inscription, rien de monumental ; mais j'ai eu pour but de constater un fait, celui de la découverte des restes d'une habitation romaine enfouis sous les sables de la Mielle de Cherbourg, et, pour en donner des preuves suffisantes, j'ai dû citer tout ce qu'on y a trouvé d'antiquités, sans considérer le peu de valeur qu'on peut attacher à une douzaine de statuettes en terre cuite ; à quatre cents médailles romaines environ, toutes communes ou mal conservées ; à des débris de poterie qui ne conservent que quelques restes de figures ou d'ornements en relief ; à d'autres objets, ou ustensiles, dont tout le mérite est leur antique origine, comme des meules de petits moulins à bras en
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grès ; quelques poids romains de différentes grosseurs, en terre cuite, et des briques faîtières à rebords, enfin les restes de murs de fondation d'une habitation que leur enfouissement avait conservés, depuis le quatrième ou cinquième siècle, sous un terrain que la mer avait ensuite envahi et recouvert de sables.
Je ne me dissimule pas que les détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer, pourront paraître minutieux, et qu'en effet ils seraient déplacés dans une histoire générale dans laquelle on dirait seulement, en parlant de l'antiquité de Cherbourg, que cette ville et le pays qui l'environne, ont été occupés pendant cinq siècles par les Romains, qui y ont laissé de nombreuses traces de leur séjour ; mais, dans une histoire locale, et surtout dans une simple notice, il me semble qu'il n'y a rien de minutieux en faits matériels, et que ce sont les détails de ces faits qui conduisent à établir des vérités historiques. Alors toutes les antiquités, trouvées dans les fouilles de la Mielle de Cherbourg, quelle que soit leur valeur, seront toujours des pièces justificatives de l'ancienneté de cette ville. Ce sont ses archives matérielles qu'il est nécessaire
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de conserver dans l'intérêt de son histoire. Telle est l'idée qui a dominé la composition de cette notice.
Il faut dire aussi que ces antiquités ont une notoriété incontestable, car elles sont toutes sorties de sous terre en présence de beaucoup d'habitants que la curiosité y appelait pour assister à leur découverte, et qui les retrouvent dans le musée de cette ville, où elles sont déposées pour n'en plus sortir.
Il est difficile d'expliquer comment et à quelle époque cette habitation romaine a été enfouie sous les sables. On ne peut à cet égard donner que des conjectures ; mais quand elles dérivent de faits matériels, elles peuvent devenir plus que des probabilités, et conduire à la vérité. Voici ce qui est réel : c'est que la mer s'avançait plus autrefois dans la Mielle que de nos jours, et qu'elle continue visiblement à s'en éloigner pour envahir à une lieue de distance les terrains de la côte de Bretteville à l'est, et ceux de la baie de Sainte-Anne à l'ouest ; de plus, dans cette même partie de la Mielle dont nous nous occupons, la mer s'est fait elle-même à sa rive
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une digue de sable qui s'élève peu à peu, et qu'elle ne dépasse plus, en laissant en avant de cette digue un long ravin qu'elle occupait et qu'on défriche maintenant pour le mettre en culture ; c'est immédiatement au-dessus de ce ravin qu'était située l'habitation romaine. Elle n'est au moment actuel qu'à cent vingt mètres de la pleine mer ; mais alors elle touchait au rivage au moins dans les grandes marées.
Après avoir ainsi établi la situation des lieux, on peut dire qu'il a suffi d'une tempête violente au moment de la pleine mer d'une grande marée, pour frapper dans sa fougue cette habitation et la détruire sans que rien pût s'y opposer. Toutes les médailles qu'on a trouvées dans un espace d'environ deux mètres et demi carrés, étaient sur la surface de la terre sans y être enfouies, et cependant sous le sable. Les figures et autres objets se trouvaient jetés, comme les médailles, dispersés et brisés à quatre, même à cinq mètres de l'habitation.
Le désordre, enfin, dans lequel on a retrouvé tout épars çà et là, ne laisse pas de doute que cette destruction a été l'effet d'une catastrophe
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subite qui n'a pas laissé le temps d'enlever ces objets ; et cette catastrophe ne peut être attribuée qu'à une de ces violentes tempêtes auxquelles rien ne résiste, car on n'a trouvé aucune trace ni indice d'incendie. Il est une observation que j'ai faite sur le terrain, et qui peut être de quelque poids ; c'est qu'on n'a rien trouvé dans l'emplacement même de la maison, soit que l'habitant soit venu lui-même chercher et emporter ce qu'il aura pu y retrouver de son mobilier, soit que la distance à laquelle les objets d'un moindre poids avaient été jetés ait rendu ses recherches inutiles.
Quant à l'époque de cette destruction, on ne peut en trouver d'indice que dans les deux médailles de Constantin Ier ; qu'on y a trouvées. Elles sont dans la collection de M. Duchevreuil ; ce sont les plus rapprochées de nous, et toutes les autres qu'on y a trouvées sont antérieures au règne de cet empereur. Si l'habitation avait subsisté après lui, il n'est pas douteux qu'on aurait trouvé des médailles de ses fils et de ses successeurs, qui sont très-communes dans toutes les collections. Alors cette habitation aurait été détruite au commencement du quatrième siècle,
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époque à laquelle les Romains occupaient encore la presqu'île du Cotentin.
DÉCOUVERTE
D'UN DÉPOT DE MÉDAILLES ROMAINES,
A
SOTTEVAST [2].
LE propriétaire d'une grande terre, à Sottevast, M. de Chivré, ayant fait détruire un ancien fossé pour lui donner une autre direction, et en ayant fait enlever les décombres, y fit mettre la charrue le 19 mars 1819. Au premier tour qu'elle fit en traversant le bout de
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cet ancien fossé, qui faisait angle avec un autre, celui qui la conduisait s'aperçut qu'elle avait rencontré un obstacle, et qu'après l'avoir franchi, elle ramenait à la surface de la terre une grande quantité de petites pièces de monnaie. Elles étaient tellement enveloppées de terre, et noircies par le temps, qu'on ne pouvait y distinguer ni lettres, ni figures ; il jugea que c'était autant de mauvais deniers. Il en parla à ceux qui passaient, et le bruit s'en étant bientôt répandu, les habitants y vinrent les uns après les autres, et en prirent autant qu'ils voulurent. Le propriétaire se rendit lui-même sur le terrain, et il n'empêcha personne d'en ramasser.
Ce même jour, les habitants se distribuaient ces pièces pour rien, et ils se les jetaient en disant : Qui veut de vieilles pièces ? Il y en eut de vendues au prix de quelques sous le cent. On a cité un rémouleur qui en acheta en passant deux ou trois cents à un moindre prix que le poids du cuivre ; cette vileté de prix cessa cependant dès le lendemain, parce qu'un habitant eut l'idée d'en mettre à bouillir dans l'eau avec du sel, il vit qu'elles prenaient la couleur d'argent ; cette nouvelle s'étant bientôt répandue, ceux
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qui en avaient devinrent beaucoup moins prodigues. Je fus informé de cette découverte par quelqu'un qui m'en apporta plusieurs. Etant dans l'impossibilité de me rendre à Sottevast, j'envoyai le jour même un homme de confiance, avec ordre de m'en acheter ; il m'en apporta un bon nombre qu'il prit au hasard et qu'il paya, sans trop s'arrêter, au prix assez élevé qu'on lui demanda, parce que je lui avais dit qu'il fallait m'en apporter. Au total j'eus lieu de n'être pas mécontent de ses acquisitions ; quatre jours après je pus me rendre à Sottevast, pour voir le lieu où était ce dépôt de médailles ; un de mes neveux m'accompagnait, nous y passâmes la journée, et nous eûmes tout le temps d'observer l'emplacement du dépôt, de voir les possesseurs de médailles et de leur faire toutes les questions qui pouvaient y avoir rapport ; nous fûmes en cela favorisés par l'accueil bienveillant que nous fit le propriétaire, M de Chivré, et son honorable famille ; il eut la bonté d'être presque tout le temps avec nous. Il avait pris dès lors une autre idée de ces médailles que le premier jour qu'il en laissait prendre à tout venant, car nous le trouvâmes recueillant lui-même celles qui sortaient encore de la fouille ; et beaucoup
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d'habitants venaient lui en remettre, de manière qu'il a dû en réunir une collection assez nombreuse ; nous rapportâmes encore des médailles acquises à un prix qui s'élevait de plus en plus : quelques étrangers étaient là aussi pour en acheter ; j'ai pu m'assurer, d'après ce que j'ai vu et d'après les réponses que les habitants ont faites à mes questions, que le nombre de médailles que ce dépôt a fournies, est de quatre mille au moins ; quelques personnes disent cinq mille. J'ai pris aussi des informations sur le vase qui les contenait, il était de cuivre ; mais on l'a ramassé en si petits fragments, n'ayant que l'épaisseur du papier, qu'il a été impossible de juger quelle était sa forme.
Ces médailles, qu'il a été facile de nettoyer, sont des impériales de la suite d'argent ; elles sont toutes des empereurs et impératrices du moyen empire, c'est-à-dire, que cette suite commence à Septime-Sévère, et finit à Gallien. On n'en a point trouvé d'antérieures ni de postérieures. Ainsi elles embrassent un espace de soixante-quinze années, seulement, depuis que Septime-Sévère eut pris le titre d'empereur, jusqu'à la mort de Gallien.
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Cette époque est celle où les monnaies romaines ont commencé à être altérées, car depuis Septime-Sévère, elles vont en empirant, de manière que les dernières contiennent autant de cuivre que d'argent. Mais cette époque n'en est pas moins intéressante et recherchée par la rareté de quelques têtes, et par la variété des revers dont quelques-uns sont rares. J'ai vu parmi les médailles de ce dépôt, une Didia Clara, un Gordien d'Afrique, père, un Gordien d'Afrique, fils, et les autres têtes moins rares, mais plusieurs fois répétées, d'Albin, Macrin, Diadumenien, Aquila-Severa, Orbians, Maxime, Balbin, Pupien, AEmilien, Mariana. Il y avait en outre, parmi le très-grand nombre de médailles dont les têtes sont communes, beaucoup de revers plus ou moins rares : je citerai seulement Julia-Maesa, au revers de sa consécration ; Alexandre Sévère et Gordien-Pie, tous deux au revers des vases pontificaux, et Salonin, au revers de l'aigle enlevant l'empereur. Il n'est point parvenu à ma connaissance qu'on ait trouvé des médailles très-rares de Dide-Julien, de Manlia-Scantilla, de Tranquilline, et de Pacatien ; mais je dois dire que je n'ai vu que
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quinze ou dix-huit cents des médailles de ce dépôt, et ce n'est pas la moitié de ce qui en est sorti ; il n'est pas douteux que dans ce grand nombre il y avait des raretés dans la même proportion que de celles que j'ai pu voir ; alors quel regret pour l'intérêt de la science, que toutes ces médailles, avant d'être dispersées, n'ayent pas été mises sous les yeux d'un amateur, qui aurait pu y trouver de grandes raretés, comme la Didia-Clara, ou même des revers inconnus [3].
Ces médailles sont en général d'une belle conservation ; beaucoup à fleur de coin, et cela n'est pas étonnant, vu le peu de temps qu'elles ont été en circulation ; car les dernières étant du règne de Gallien, le dépôt a dû en être fait sous ce malheureux règne où l'empire était attaqué de tous côtés par les barbares, en même temps qu'une foule de tyrans, qui prenaient le titre d'empereurs, étaient en révolte contre
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Gallien, et traversaient l'empire en tous sens avec leurs bandes armées. Ce fut sans doute dans un de ces moments d'alarmes, que donne l'approche des ennemis, ou après une défaite, que le possesseur de ce trésor l'aura caché, et n'aura pu venir le reprendre.
Le champ dans lequel ces médailles étaient déposées, s'appelle, de temps immémorial, l'Ancien-Hameau, et cependant il n'y existe pas une seule maison, mais tout le monde a pu voir dans ce champ des briques, des pierres enduites de mortier et des débris de construction, ce qui justifie son nom de l'Ancien-Hameau. Les habitants disent qu'autrefois il y en avait davantage, mais qu'on en purge ce champ toutes les fois qu'on le laboure ; on peut présumer que là où on a trouvé le trésor, il y eut une maison dans laquelle il a été enfoui ; qu'elle aura été détruite par le laps du temps, ou par toute autre cause, et que le hazard ayant fait aboutir un angle de fossé sur le lieu même où était le dépôt, on n'aura pas eu besoin d'enlever les décombres qui la couvraient, et il aura resté là enseveli pendant près de 1600 ans. Il est toujours certain que si on n'avait pas eu besoin de défricher cette
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masse de fossé, ce trésor aurait pu y rester encore pendant bien des siècles.
AUTRES DÉCOUVERTES D'ANTIQUITÉS,
FAITES DE NOS JOURS,
DANS LES ARRONDISSEMENTS
DE
Cherbourg et Valognes.
ON ferait beaucoup de pages de la seule indication des découvertes d'antiquités celtiques et romaines, qui ont existé dans ces deux arrondissements, si les hommes n'avaient pas détruit ce que le temps aurait respecté ; mais il ne reste aucune trace ni souvenir des découvertes anciennes.
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Que de médailles détruites à la fonte ; que de figurines et autres objets d'art, et de monuments brisés, et par conséquent que de documents perdus pour l'histoire [4]. Nous ne pouvons donc reporter cette indication au delà de notre époque ; au moins devons-nous constater les nouvelles découvertes dont nous pouvons dire que nous avons été les témoins ; on jugera par le nombre de celles-ci combien on doit en avoir fait pendant les quinze siècles précédents. Je ne donne aujourd'hui la liste que des antiquités romaines ; celle des antiquités celtiques serait longue, et demanderait beaucoup de détails et d'explications ; j'aurai peut-être une autre occasion de la publier.
Je ne comprends point dans cette liste les fouilles très-remarquables que M. de Foucault
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a fait faire dans la paroisse d'Alleaume, faubourg de Valognes, en 1691, parce qu'on en trouve les détails dans plusieurs écrits, notamment dans le recueil d'antiquités de M. Caylus ; je n'y comprends point non plus le tombeau romain découvert en 1741, dans une fissure de la montagne du Roule, à peu près au milieu de son penchant vers Cherbourg, parce que l'académie des inscriptions envoya deux de ses membres sur les lieux, pour observer cette découverte, et leur rapport se trouve dans le seizième volume, in-quarto, des Mémoires de cette académie, page 131.
En 1765 ou environ, deux habitants de Tourlaville, allant sur la montagne du Roule faire de la pierre à bâtir pour leur besoin, trouvèrent deux plaques d'or, ayant la forme de hausse-col ; il n'y avait ni caractère, ni ornement. Le sieur Leforestier, orfèvre à Valognes, auquel ils les portèrent, leur en offrit 1,500 fr. ; ne trouvant pas cette somme assez forte, ils les portèrent eux-mêmes à Caen, où ils en trouvèrent sans doute davantage : on n'en a plus entendu parler.
En 1768, un particulier, allant faire de la
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blête (espèce de tourbe) pour son chauffage, trouva une figurine en bronze, haute de quatre centimètres ; elle est d'un très-beau travail et bien conservée. Elle représente un personnage en toge, couronné de laurier, tenant une patère dans une main, et dans l'autre le volumen ou rouleau. On a dit que c'était un sacrificateur romain ; mais ces attributs et surtout le volumen sont regardés comme ceux du dieu Génie. Cette figurine est dans la collection de M. Duchevreuil, acquise par la mairie de Cherbourg, pour la ville.
En 1782, le sieur Lair (Alexis), de la paroisse du Vicel, dans le Val-de-Saire, en fouillant, pour construire dans le terrain au-dessous de la chapelle Saint-Jean, trouva quelques médailles de bronze ; un peu plus loin, il découvrit un bout de colonne de granit ; il était creusé dans sa partie haute, et recouvert par un autre bloc de granit. Il y avait dans cette espèce d'encaissement environ mille impériales d'argent du haut et bas empire, et deux petites cuillères d'or qui se terminaient par un anneau, au lieu de notre spatule : tout ce petit trésor a passé dans beaucoup de mains.
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En 1785, un habitant voisin du Mont-Câtre, trouva, sous un vieux chêne qu'il déracinait, une plaque d'or pesant au moins neuf onces : le sieur Dubos, orfèvre à Valognes, en fit l'acquisition ; on ne put deviner, d'après sa forme, à quel usage elle était destinée. M. Duchevreuil, toujours zélé pour la conservation des monuments de l'antiquité, fut la voir et en donna avis aux conservateurs du cabinet du Roi, en priant le sieur Dubos de ne pas se presser de la mettre à la fonte ; mais il arriva que les conservateurs, MM. Millin et Gosselin, étaient alors à Marseille pour recevoir des caisses d'antiquités venant d'Alexandrie : leur réponse, qui était affirmative pour l'acquisition, et avantageuse pour le vendeur, tarda trop long-temps, le sieur Dubos ne put l'attendre, et il l'avait détruite.
En 1788, des ouvriers qui exploitaient les pierres de la côte, pour la construction de la Digue, apportèrent un matin à l'entrepreneur, M. D......, qui les employait, soixante ou quatre-vingts médailles romaines qu'ils venaient de trouver sous une grosse pierre, tout près du Grand-Câtet, à un endroit appelé le Brik. C'étaient
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des médailles romaines, toutes de grand bronze ; il n'y mit aucun intérêt et leur dit d'aller boire avec ces pièces ; il en prit cinq ou six, et il lui en restait trois qu'il me donna ; une de Trajan, au revers Via Trajana, et deux Marc-Aurèle, dont un au revers de sa consécration, avec l'aigle éployé sur un autel.
En 1791, des ouvriers employés par mademoiselle Dumoncel, à Etoubeville, paroisse de Helleville, pour relever un mur de son jardin, trouvèrent, dans une partie de fondation qu'ils creusaient, toutes les médailles d'or indiquées ci-après : ils se les partagèrent, en gardèrent le secret, et, pour cacher leur infidélité, ils ne les vendirent qu'à des étrangers. Cependant ces médaillons et médailles précieuses ont fini par aboutir presque toutes au cabinet du Roi où on les conserve.
De Constantin Ier, un médaillon de 50 millimètres de diamètre, au revers, Salus et spes reipublicoe. Prix : 600 francs.
Pietas Augusti, médaillon : diamètre, 35 millimètres. Prix : 150 francs.
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Gaudium Augusti, médaillon : diamètre, 32 millimètres. Prix : 150 francs.
Gloria Constantini Aug., médaillon : diamètre, 24 millimètres. Prix : 120 francs.
Même inscription, revers différent : diamètre, 24 millimètres. Prix : 120 francs.
Trois autres médailles du même empereur :
De Constantin jeune, Felicitas perpetua Aug. et Coes. N. N., médaillon : diamètre, 48 millimètres. Prix : 500 francs.
Une médaille du même.
De Constant Ier, trois médailles.
De Constance II, un grand médaillon et deux autres médailles [5].
En 1792, il se fit un petit éboulement sur une des falaises qui bordent la côte dans la commune de Gréville-Hague. Le premier habitant qui
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s'y transporta aperçut environ soixante médailles romaines de grand bronze qui étaient dans un creux mis à découvert par l'éboulement. Il vint les porter à M. Bon-Marin Duval [6]. Ce respectable ami en fit l'acquisition et m'en apporta près de cinquante. Au moment où il arrivait, M. Duchevreuil était chez moi, qui, voyant que ce n'était pas la totalité, se décida à partir sur le champ pour Gréville, d'où il revint le lendemain avec deux ou trois de ces médailles qu'il y avait recueillies ; elles étaient toutes du haut empire : quelques-unes tout-à-fait frustes ; d'autres avaient de bons revers. J'ai conservé celles-ci.
En 1806 ou environ, un Néron et un Marc-Aurèle, tous deux d'or, furent trouvés dans la forêt de Brix, près du Mont-à-la-Kaine ; M. Delaville, alors maire de Cherbourg, eut l'occasion d'acquérir pour moi le Marc-Aurèle. Domicilié alors loin de Cherbourg, je n'ai pas su dans
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quelles mains le Néron a passé, mais je conserve le Marc-Aurèle, sur la face duquel la pioche qui l'a frappé lors de sa découverte a laissé une trace profonde.
En 1818, deux habitants de Hardinvast trouvèrent deux Trajan d'or et huit ou dix médailles d'argent du haut empire, dans un déblai d'anciens décombres. Les deux Trajan, assez mal conservés, étaient au revers d'Hercule, avec quelque différence. Les médailles d'argent étaient tellement frustes et même décomposées, qu'elles n'étaient bonnes qu'à mettre à la fonte. Un horloger de Cherbourg, le sieur B......, conduisit chez moi ces deux habitants ; j'acquis le tout avec un de mes neveux qui se trouvait chez moi et qui désira y prendre part.
En 1822, la découverte des figures de divinités et d'animaux consacrés au culte des Romains, trouvés à Digulleville. Il suffit de citer cette découverte, dont M. Duchevreuil a fait un rapport à la Société des Antiquaires de Normandie. Il est imprimé dans le tome Ier des Mémoires de cette société, page 50 ; les figures sont gravées dans l'altas qui appartient à ce volume.
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Enfin, cette année même 1830, un habitant de Beaumont-Hague, en creusant un fossé, a trouvé un Trajan d'or ; il a été acquis par M. Ragonde, professeur de seconde au collège de Cherbourg, qui a bien voulu me le céder. Comme le Marc-Aurèle dont j'ai parlé, sa face est traversée par le coup de pioche qui l'a découvert, en y laissant une trace profonde. Il a au revers l'aigle éployé, avec la légende Cos. V. p. p. s. p. q. r. optimo princ.
[1] La circonscription actuelle de Cherbourg comprend, dans le territoire de cette ville, toute la partie de la Mielle dont il s'agit, qui était autrefois sur Tourlaville. On avait donné le nom de Mielle à cette immense étendue de grève.[retour]
[2] Cette commune est à trois lieues de Cherbourg, et deux de Valognes.[retour]
[3] Si l'ouvrage de M. Mionnet, de la rareté des médailles romaines, avait besoin d'être justifié, il le serait par la proportion qui s'est trouvée dans ce dépôt entre les grandes, les moyennes raretés, et les médailles communes.[retour]
[4] On trouve souvent dans les terrains qui bordent nos côtes des coins celtiques de bronze ; mais on n'avait point encore vu de moules qui servaient à les fondre. Un fut porté, il y a environ deux ans, chez un fondeur à Cherbourg ; M. Duchevreuil le remarqua par hazard, en fit l'acquisition, et ainsi il a conservé un monument unique qui allait être détruit.[retour]
[5] Les prix ci-dessus sont ceux qu'indique M. Mionnet, membre de l'Institut, dans son ouvrage De la rareté et du prix des médailles romaines.[retour]
[6] Homme excellent, dont les personnes de mon âge, qui l'ont connu, aiment à se souvenir ; il était le conseil et l'appui des habitants de la Hague : c'est lui qui a obtenu l'établissement d'un canton à Beaumont, et celui des deux foires du Haguedy et de la Montalivet.[retour]
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