Abrégé du projet de paix perpétuelle inventé par le roi Henri le Grand... approprié à l'état présent des affaires générales de l'Europe... / par l'abbé Castel de Saint-Pierre
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AU ROI,
SIRE,
J'Eus l'honneur de présenter, il y a quatre ans, à VOTRE MAJESTÉ un petit Ouvrage, où je démontre plusieurs moïens propres pour diminuër très-considérablement dans Votre Roïaume les sources d'une infinité de procès, qui fatiguent et qui ruinent un nombre prodigieux de Vos Sujets. C'est un Projèt né sous le Règne de Louïs le Grand Votre célèbre Bisaïeul, et
commencé il y a plus de cinquante ans, sous les yeux d'un Excellent Magistrat.
Je viens aujourd'hui Vous en présenter un autre, beaucoup plus important. Il contient des moïens simples et efficaces pour pacifier l'Europe, et pour rendre la Paix desormais perpétuelle. C'est l'admirable Projèt de HENRI LE GRAND, un des plus fameux et des plus estimables de Vos Aïeux.
J'espère, dans peu, Vous présenter l'Eclaircissement d'un merveilleux Plan de Gouvernement, que l'on attribuë à Votre illustre Père, Prince très-éclairé, très-laborieux et très-bienfaisant. Il contient deux moïens propres pour gouverner avec une grande facilité, et cependant avec un très-grand succès.
Il ne me reste, SIRE, qu'un souhait à faire. C'est qu'avec les soins et les conseils d'un Ministre très-prudent et très zêlé pour Votre Gloire, et par conséquent pour la plus grande Utilité Publique, Vous aïez l'honneur d'exécuter ces trois magnifiques Projèts, que
vous tenez comme par succession de vos Sages Ancêtres.
Ce sont les voeux de tous les bons François, et particulièrement de celui qui a l'honneur d'être avec un très-profond respect,
SIRE,
DE VOTRE MAJESTE,
Le très-humble, très-obéissant, et très-fidèle Sujet et Serviteur,
DE SAINT-PIERRE.
A Paris au Palais Roïal le 15. Janvier 1728.
AVERTISSEMENT DU LIBRAIRE.
MR. l'Abbé de St. PIERRE, Homme de qualité, est si connu par ses Ouvrages, dans le Monde Politique surtout, qu'il seroit inutile, absurde même, que j'entreprisse de le faire connoître. En particulier, qui n'a pas lu son Projet pour rendre la Paix perpétuelle en Europe,[*] dont je publie aujourd'hui l'Abrégé ? Cet Abrégé, fait par l'Auteur même, m'a été envoïé par un Savant Homme qui est présentement à Paris, et qui me fait la grace de me vouloir du bien ; j'ai l'honneur de l'en remercier ici. Si le Public fait à cet Abrégé
l'accueil qu'il mérite et que je m'en promets, cela m'encouragera à faire rouler la presse sur deux autres Ouvrages de Mr. de St. PIERRE, qui m'ont été remis par une autre voie. Dans les prémières pages de cet Abrégé, on verra que ce n'est pas un simple Abrégé du grand Ouvrage ; mais qu'il y a encore plusieurs Considerations nouvelles surtout par raport aux Conjonctures présentes, et des Réponses aux Objections que depuis on a fait à l'Auteur. P. 3. l. 5, à compter d'embas, ni auront lisez n'auront. Je doute qu'il s'y soit glissé beaucoup d'autres fautes de ce genre, et moins y en trouvera-t-on de plus importantes.
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ABREGE DU PROJET DE PAIX PERPETUELLE.
J'AI déja traité cette matière en trois Volumes, dont le dernier parut en 1716. J'écrivois alors pour le Public peu instruit, le Sujet étoit tout nouveau, ainsi il faloit le traiter avec plus d'étenduë. Mais comme, depuis dix ans, il a été fort question de cet Ouvrage dans le monde, et sur-tout parmi les Négociateurs, j'écris présentement
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pour ceux qui sont plus instruits des Affaires de l'Europe, et qui voudroient voir, en abrégé et en un très-petit volume, ce qu'il y a de plus important dans les trois autres. Je n'ai pas laissé d'ajouter dans celui-ci plusieurs Considérations nouvelles, sur-tout par raport aux Conjonctures présentes.
Il se trouve naturellement divisé en deux Parties. Dans la prémière je démontre, et ce me semble avec évidence, cinq Propositions très-importantes. Et dans la seconde je dontne des Eclaircissemens aux Difficultés, je répons aux principales Objections ; et à l'égard de celles qui sont moins importantes, le Lecteur en poura trouver la réponse dans le grand Ouvrage, s'il en est curieux ; car cet Abrégé est destiné pour les Personnes qui ont déja lu l'autre, ou qui à-cause de la supériorité de leurs lumières n'ont pas besoin de le lire.
Je prie le Lecteur de n'imputer qu'à moi seul les Erreurs où je peux être tombé dans cet Ouvrage, je propose au Public mes vuës pour
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l'augmentation du bonheur du Public. C'est à ce Public, c'est aux Ministres des Souverains à aprouver ce qu'il y a d'avantageux, de vrai, d'équitable, et à me pardonner ce qui m'y est échapé, contre mon intention, de faux, d'injuste ou de desavantageux à la Nation ; mais j'avouë que je serai fort aise de voir des Objections, soit pour me rendre à celles qui seront solides, soit pour éclaircir suffisamment celles qui n'ont qu'une aparence de solidité.
Voici les cinq Propositions que je prétens démontrer.
Prémière Proposition.
C'est une grande imprudence de compter que les Traités passés et futurs seront toujours exécutés, et qu'il n'y aura de long-tems aucunes Guerres Civiles ni aucunes Guerres Etrangères, tant que les Souverains d'Europe ni auront point signé les cinq Articles fondamentaux de l'Alliance Générale.
On trouvera les cinq Articles à la suite de cette Proposition.
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Seconde Proposition.
Ces cinq Articles sont suffisans pour donner sûreté parfaite de l'éxécution des Traités passés et futurs, pour rendre la Paix inaltérable soit au dehors soit au dedans des Etats.
Troisiême Proposition.
La Négociation la plus importante de l'Empereur est, de faire signer ces cinq Articles fondamentaux au plus grand nombre des autres Souverains.
Quatriême Proposition.
La plus importante Négociation du Roi de France est, de faire signer les cinq Articles fondamentaux au plus grand nombre des Souverains.
Cinquiême Proposition.
La plus importante Négociation de tous les autres Potentas d'Europe est, de faire signer le Traité fondamental au plus grand nombre des Souverains.
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Remarque.
Au-reste je ne prétens pas assurer que les souverains suivront leur vrai intérêt, mais seulement que s'ils le suivent, ils prendront la perpétuïté et la parfaite solidité de la Paix pour le but de leurs plus importantes Négociations. Je prétens montrer, que leur faux intérêt est de demeurer, comme ils font, dans des Sociétés et des Alliances partiales, passagères ; et alternativement dans des Paix qui ne sont réellement que des Trêves, et dans des Guerres ruineuses et très-dangereuses, qui sont réellement perpétuelles et seulement interrompuës par des Trêves douteuses ; et que leur vrai intérêt est de sortir de cette pernicieuse situation, pour jouïr enfin par une Société permanente des avantages immenses que leur procureroit une Paix parfaitement solide.
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PREMIERE PARTIE.
Démonstration des cinq Propositions.
JE demande au Lecteur, comme on fait en Geométrie, de ne point passer d'une Proposition à une autre, si les preuves de celle qu'il vient de lire ne lui paroissent pas suffisantes ; et en ce cas il doit relire, de peur que le défaut de persuasion ne vienne du défaut de son attention, et non de la faute de l'Auteur : Mais si, après une seconde lecture, il lui reste du doute, qu'il le mette par écrit, pour voir s'il n'en trouvera pas l'éclaircissement dans la suite. Ceux qui ne veulent pas se donner cette peine, ne seront jamais solidement convaincus, et ne seront jamais par conséquent propres à convaincre les autres.
Prémière Proposition à démontrer.
C'est une très grande imprudence de compter que les Traités passés et futurs soient toujours éxécutés, et qu'il n'y aura de long-tems aucunes Guerres étrangères, tant que les Souverains d'Europe n'auront point signé les cinq Articles fondamentaux de
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l'Alliance générale absolument nécessaires pour rendre la Paix durable.
Les Traités de Munster, des Pirenées, d'Aix-la-Chapelle, de Nimègue, de Ryswik, d'Utrec, de Bade, de Londres, de Vienne, d'Hanovre, et les autres Traités ont règlé, les principaux différens qui étoient en ce tems-là entre les Souverains de l'Europe. Mais comme les plus foibles d'alors y ont cédé pour un tems partie de leurs prétentions, de peur de perdre beaucoup plus de leur Territoire par la continuation de la Guerre ; la plûpart des Contractans inférieurs en force se reservoient intérieurement à faire valoir dans un tems plus favorable, c'est-à-dire dans un tems de supériorité de force, les droits, les prétentions qu'ils paroissent céder pour toujours dans ces différens Traités.
Cette disposition d'esprit des Souverains contractans qui cèdent par force, a toujours fait regarder par les plus sages Politiques ces Paix comme de fausses Paix et comme de simples Traités de trêves pour un tems indéterminé ; parce que pour faire
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une véritable Paix, il faudroit que les Souverains eûssent pris entr'eux des mesures solides, pour empêcher, par une crainte suffisante et salutaire, celui qui se croira le plus fort de reprendre les armes, pour obtenir par des victoires et des conquêtes nouvelles ses nouvelles ou ses anciennes prétentions.
Or ceux qui croioient perdre au Traité, n'avoient garde de consentir à prendre des mesures pour le rendre parfaitement durable ; parce qu'ils n'envisageoient pas alors comme équivalens très-avantageux pour leurs prétentions les grands avantages qu'ils auroient tiré d'une Paix qui seroit perpétuelle et inaltérable. Ils ne croioient pas alors qu'ils pûssent jamais parvenir à un Traité qui pût rendre la Paix très-solide et perpétuelle ; ainsi ils ne croioient pas alors que ces avantages fûssent des équivalens réels, actuels, et incomparablement plus considérables et plus sûrs que leurs prétentions anciennes et nouvelles.
Mais comme depuis neuf ou dix ans on a commencé à lire en Europe l'Eclaircissement du grand Projèt
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de Henri le Grand pour rendre la Paix très solide, depuis que l'on a vu avec évidence qu'il n'étoit pas impossible de terminer, sans Guerre et par voie ou de Médiation ou de Jugement provisionnel et ensuite définitif, tous les différens présens et futurs des Princes de l'Europe par leurs Plénipotentiaires dans un Congrès perpétuel ; on a aussi commencé à regarder comme possibles et comme reéls les grands avantages, et par conséquent les équivalens très-désirables qui reviendroient à chaque Souverain pour ses prétentions, par le moien d'une Paix solide et d'une Alliance générale et perpétuelle, pour conserver chacun des Alliés dans tout le Territoire, et dans tous les Droits qu'ils possèdent actuellement par leurs derniers Traités.
Cette opinion a fait croire à plusieurs Politiques que, dans les Négociations futures, les Souverains ne se contenteroient pas d'y règler leurs diférens présens, et quelques-uns de leurs diférens futurs ; mais que pour assûrer l'exécution des articles des Traités précédens et subséquens, pour la conservation perpétuelle de ce qu'ils
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possèdent actuellement pour règler les cas qu'ils ne sauroient prévoir, ils prendroient enfin des mesures entr'eux pour empêcher chacun des Alliés de rentrer en Guerre ; 1. en ôtant d'un coté aux plus forts, par des Ligues entre les plus foibles, toute espérance de faire aucune conquête ; 2. en montrant de l'autre une perte considérable et inévitable pour celui qui voudroit reprendre les armes.
Les plus Sages commencent donc à espérer, depuis quelques années en Europe, beaucoup plus de solidité dans les Négociations futures, que l'on n'en a espéré autrefois des Négociations passées ; mais réellement il n'y a rien à en espérer, tant que les assemblées des Négociateurs se sépareront sans convenir de quelques Articles qui soient suffisans pour entretenir leur union, malgré les sujets futurs de division.
Comme il y a des Gens qui ne s'imaginent pas que les Alliés qui se trouvent présentement si bien de la Paix, la veuillent rompre dans la suite, il m'a paru nécessaire de leur montrer qu'il est impossible que la
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Guerre ne se rallume pas bientôt entr'eux ; à-moins qu'ils ne conviennent des cinq Articles fondamentaux, pour règler sans guerre leurs contestations futures.
Les Familles qui vivent dans des Societés permanentes, et qui ont le bonheur d'avoir des Loix et des Juges armés tant pour règler leurs prétentions, que pour leur faire exécuter mutuellement, par une crainte salutaire, ou les loix de l'Etat, ou leurs conventions reciproques, où le Jugement de leurs Juges ; ont sûreté entière que leurs prétentions futures seront règlées sans qu'ils soient obligés de prendre jamais les armes les uns contre les autres : Elles ont sûreté entière de l'exécution de leurs Traités, et que l'exécution de leurs Conventions durera autant que l'Etat même dont elles font partie. Ils ont sûreté que pour terminer leurs diférens, ils ne seront jamais exposés aux terribles malheurs de la Guerre entre famille et famille.
Les Chefs de ces familles savent que celui qui prendroit les armes, et qui useroit de violence contre son
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Adversaire, au lieu de prendre la voie des Juges commis par l'autorité de l'Etat, n'a point à espérer d'augmenter son revenu par la force et par la violence ; et qu'il seroit au-contraire puni sévèrement et inévitablement, s'il usoit de violence. Ainsi ils peuvent avoir des contestations et des procès, mais les familles n'ont jamais à craindre entr'elles des malheurs incomparablement plus grands, c'est-à-dire les meurtres, les incendies, les pillages que causent les Armes.
Malheureusement pour les Souverains, chefs de plusieurs familles, ils ne sont point encore convenus de former entr'eux ni une Societé permanente pour leur conservation et pour leur garantie réciproque ; ni de s'ériger entr'eux-mémes un Tribunal permanent, tant pour faire exécuter les conventions passées, que pour règler sans Guerre leurs prétentions futures. Ils n'ont jusqu'à-présent nulle véritable sûreté, ni que leurs Traités seront exécutés, ni que leurs Diférens se règleront ou par médiation ou par jugement ; et ce qui est de la dernière
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importance, ils n'ont aucune sûreté que leurs Diférens seront règlés et terminés, sans être exposés aux funestes malheurs de la Guerre.
Le Prince qui désirera la durée de la Paix, et que chacun des Alliés soit conservé dans ses Etats et dans tous les Droits dont il est actuellement en possession, ne fera aucune difficulté de signer les cinq Articles nécéssaires pour opérer la durée de cette Paix. Mais le Souverain qui a dessein de prendre bien-tôt les armes pour déposséder son Voisin, se défendra sous diférens prétextes de le signer ; et alors il se rendra suspect, les Princes sages et pacifiques prendront l'alarme avec fondement, et cette alarme opèrera en eux une plus grande disposition à s'unir étroitement et solidement pour leur conservation réciproque, ce qui fera un effet excellent pour eux tous. Or cette étroite Union, ils la devront à une juste défiance au refus que fera leur Ennemi de signer ces cinq Articles.
Il est certain qu'il y a toujours des sources perpétuelles de contestation entre Souverains voisins, et que faute
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par eux d'être convenus qu'elles seront règlées par provision à la pluralité des voix par les Souverains leurs Alliés non intéressés, ces contestations ne peuvent se terminer qu'en essuiant tous les malheurs et tous les hazards de la Guerre.
Signature ou refus de signer, véritable pierre de touche de l'Esprit pacifique ou de l'Esprit ambitieux.
1. La plûpart des cessions et des promesses faites par des Traités précédens, n'ont été faites par les Cédans que malgré eux, et par la crainte de perdre encore plus par la continuation de la Guerre que par les Traités de Paix : Ainsi les Cédans n'y ont renoncé qu'en aparence, et jusques à la prémière occasion dans laquelle ils pourront impunément reprendre ce qu'ils ont cédé ou quelque équivalent ; ainsi nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix.
2. Il ne faut point se flater, telle est toujours la disposition d'esprit des Cédans, il n'y a point de Cession qui mette à couvert de la Guerre avec avantage. Les Alliés peuvent bien promettre garantie de ces Cessions,
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mais qui est-ce qui empêchera les Alliés eux-mémes de se desunir, et de faire ensuite des Ligues partiales les uns contre les autres, le passé ne nous fait-il pas deviner l'avenir ? Or alors la promesse de leur Garantie ne devient-elle pas une vaine promesse, et la sûreté contre la Guerre une pure chimère ? Ainsi nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix.
3. Outre les Cessions qui ont été extorquées les armes à la main, il est impossible qu'il ne naîsse tous les jours des sujets de plainte les uns contre les autres, soit à cause des Limites, soit à cause du Commerce entre les Sujets de deux Souverains, soit parce que les Traités ont laissé des cas indécis, soit parce que ces Traités ne les ont pas assez clairement décidés. Donc nulle sûreté suffisante contre la Guerre, nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix. 4. Les morts, les mariages entre Souverains, ne font-ils pas naître de tems en tems de nouveaux droits et de nouvelles prétentions pour des successions ; et quelque prévoians que soient les Souverains, ils ne peuvent pas
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prévoir tous les cas possibles dans les Traités, et souvent ils ne le veulent pas ; et quand ils y seroient prévus, quelle sûreté pour l'exécution ? Donc nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix.
5. Qui voudroit mettre par écrit les demandes respectives qui se sont chaque année entre deux Souverains voisins, seulement durant sept ou huit ans, soit pour Eux-mêmes soit pour leurs Sujets, et par conséquent entre un plus grand nombre de Souverains, en feroit un gros volume ? Or combien de demandes respectives peuvent ralumer la Guerre, sur-tout si l'un des Contestans est colère, hardi, impatient, s'il se croit supérieur en Forces, en Alliés, et s'il n'a besoin que de prétextes pour commencer les hostilités. Donc nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix.
6. D'un autre coté, la Guerre ne peut pas durer entre les Souverains voisins, que les Princes voisins ne soient forcés d'y prendre part, de peur de laisser trop agrandir et trop aguerrir le plus fort qui peut devenir incessamment leur Ennemi, et
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voilà encore une autre source de Guerre. Ainsi nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix.
7. Outre les prétentions anciennes, il y a des Souverains qui espèrent encore les avantages qui reviennent des conquêtes. Or comment celui qui se croit le plus fort, voudroit-il accepter alors la voie ou de la médiation ou de l'arbitrage ? Lui qui craint de perdre par la médiation et par l'arbitrage, et qui croit ne pouvoir rien perdre de ses prétentions par la voie des armes et de la violence ; Lui qui est persuadé qu'il gagnera encore beaucoup au-delà de ses prétentions par de grandes conquêtes, sous prétexte de se dédommager des fraix d'une Guerre juste. Ainsi tant qu'il y aura des Ambitieux puissans, nulle sûreté pour la continuation de la Tranquilité.
8. En général, les Traités ne sont que des Recueils de promesses respectives, mais il n'y a encore aucune Societé permanente sur la Terre suffisamment puissante et suffisamment intéressée à l'exécution de ces promesses ; chacun des Contractans peut impunément
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se dispenser de les tenir, selon qu'il trouve son intérêt à les tenir ou à ne les pas tenir. Ainsi nulle sûreté parfaite pour la continuation de la Paix.
9. Les Souverains, pour se dispenser de tenir leurs promesses, ne manquent pas de prétextes. Tantôt ils disent que le Souverain qu'ils veulent attaquer aïant commencé à contrevenir aux Traités, ils se croient permis d'user de represailles. Tantôt ce sont des interprétations des termes des Traités où l'Intéressé trouve de l'obscurité, lorsque les Non-interéssés n'y en trouvent point. Enfin les prétextes bons ou mauvais ne manquent jamais au plus fort, pour se prévaloir de sa supériorité. Ainsi nulle sûreté parfaite pour la continuation de la Paix.
10. Les sujets de plaintes, et les prétentions respectives, naîtront entre les Alliés, et ils n'ont d'autre voie que la Guerre pour les terminer. Ainsi il arrivera que quelqu'un des Alliés pourra se détacher impunément de l'Alliance, par l'espérance que la voie des Armes lui fera très-avantageuse ;
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et comme il y a des Souverains qui profitent par le Commerce des déclarations de Guerre des autres, et qui veulent voir afoiblir leurs Ennemis par ces guerres, n'est-il pas vraisemblable qu'ils contribueront de toutes leurs forces à les rallumer ? Ainsi nulle sûreté parfaite de la continuation de la Paix.
11. En un mot, comme les mêmes causes des Guerres passées subsistent pour l'avenir sans aucuns préservatifs nouveaux qui soient suffisans, ce seroit une grande imprudence de penser qu'elles ne produiront pas des effets semblables. Le bois est sec, le feu en est proche, le vent soufle la flame sur le bois, pourquoi le bois ne s'allumeroit-il pas ? Ainsi nulle sûreté pour la continuation de la Paix.
12. Les Princes peuvent reçevoir de leurs Voisins des injures personnelles, ils sont, comme les autres Hommes, susceptibles de colère et de désir de se vanger. Or qui peut les empêcher de s'allier avec d'autres Princes mécontens, pour recommencer la Guerre. N'en avons-nous
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pas vu quantité d'exemples remarquables dans chaque siècle. Autre source inépuisable de Haine et de Guerre.
Mais si l'on peut faire envisager à celui qui veut recommencer la Guerre, en prémier lieu qu'il y a un moïen de rendre la Paix solide et perpétuelle en Europe ; en second lieu, qu'une Paix solide et perpétuelle lui épargneroit de grands fraix ; en troisiême lieu, qu'elle lui procureroit des avantages incomparablement plus réels et plus grands que l'obtention de ses prétentions par la Guerre : Alors loin de songer à la Guerre, il songera à prendre les moïens de rendre la Paix durable.
Or ces moïens consistent à la signature du Traité fondamental.
J'ai eu deux vuës en dressant les Articles qui doivent composer cet estimable Traité ; la prémière, de faire ensorte qu'ils contiennent intout ce qui est absolument nécessaire pour former une Alliance, une Societé permanente et très-durable ; la seconde, qu'ils ne contiennent précisément que ce qui est absolument nécessaire : C'est pour cela que je
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les ai réduits à un si petit nombre, parceque moins il y en a, moins il est difficile d'en convenir.
EXPOSITION des ARTICLES
Du Traité fondamental,
Pour rendre la Paix de l'Europe la plus durable qu'il est possible.
PREMIER ARTICLE.
Motifs pour signer le Traité. 9. avantages qu'il produira.
IL y aura desormais, entre les Souverains qui auront signé les cinq Articles suivans, une Alliance perpétuelle.
1. Pour se procurer mutuellement, durant tous les siècles avenir, sûreté entière contre les grands malheurs des Guerres Etrangères.
2. Pour se procurer mutuellement, durant tous les siècles avenir, sûreté entière contre les grands malheurs des Guerres Civiles.
3. Pour se procurer mutuellement, durant tous les siècles avenir, sûreté entière de la conservation en entier de leurs Etats.
4. Pour se procurer mutuellement, dans tous les tems d'afoiblissement, une sûreté beaucoup plus grande de
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la conservation de leur Personne et de leur Famille dans la possession de la Souveraineté, selon l'ordre établi dans la Nation.
5. Pour se procurer mutuellement une diminution très-considérable de leur dépense militaire, en augmentant cependant leur sûreté.
6. Pour se procurer mutuellement une augmentation très-considérable du profit annuel que produiront la continuité et la sûreté du Commerce.
7. Pour se procurer mutuellement, avec beaucoup plus de facilité et en moins de tems, l'agrandissement intérieur ou l'amélioration de leurs Etats par le perfectionnement des Loix, des Règlemens, et par la grande utilité de plusieurs excellens Etablissemens.
8. Pour se procurer mutuellement sûreté entière de terminer plus promtement, sans risques et sans fraix, leurs Diférens futurs.
9. Pour se procurer mutuellement sûreté entière de l'exécution promte et exacte de leurs Traités futurs, et de leurs Promesses reciproques.
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Possession actuelle, Exécution des derniers Traités. Poinct fondamental du Traité.
Or pour faciliter la formation de cette Alliance, ils sont convenus de prendre pour Point fondamental la possession actuelle et l'exécution des derniers Traités ; et se sont reciproquement promis, à la garantie les uns des autres, que chaque Souverain qui aura signé ce Traité fondamental, sera toujours conservé lui et sa maison dans tout le Territoire qu'il possède actuellement.
Ils sont convenus que les derniers Traités, depuis et compris le Traité de Munster, seront exécutés ; et que, pour la sûreté commune des Etats de l'Europe, les renonciations faites dans le Traité d'Utrec pour empêcher les Couronnes de France et d'Espagne de s'unir jamais sur une même tête, seront exécutées selon leur forme et teneur.
Nombre suffisant d'Alliés, Prémier moïen nécessaire pour opérer la durée de la Societé.
Et afin de rendre la Grande Alliance plus solide, en la rendant plus nombreuse et plus puissante, les Grands Alliés sont convaincus que tous les Souverains Chrétiens seront invités d'y entrer par la signature de ce Traité fondamental.
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Eclaircissement.
1. On voit dans cet Article les neuf effets principaux que produira certainement l'Alliance générale et permanente en faveur de tous les Souverains Chrétiens, et ce sont ces Effets futurs qui sont les motifs présens du Traité proposé, et les équivalens certains et infiniment avantageux qui leur sont offerts pour des Prétentions moins grandes, très-couteuses et très-incertaines.
2. Outre les Motifs propres pour engager les Souverains à former la Grande Alliance, on voit aussi dans cet Article, comme baze du Traité, la Convention de la possession actuelle et l'Exécution des derniers Traités.
3. Il est visible que la possession actuelle et l'exécution des derniers Traités étant établies pour point fixe, opère une renonciation reciproque aux prétentions reciproques qui sont destituées de possession actuelle, et du droit que peuvent donner les derniers Traités ; parceque ces prétentions tendroient à diminuer quelque chose du Territoire ou des Droits dont
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chacun des Souverains de la Grande Alliance est en actuelle possession : Mais cette renonciation est avantageusement compensée par les neuf équivalens, c'est-à-dire, par les neuf grands Avantages qui resulteroient tant de l'impossibilité de la Guerre que de la continuation perpetuelle du Commerce et de la Paix. Ces Avantages sont expliqués plus au long dans les preuves des trois Propositions suivantes.
4. On voit aussi, dans cet Article, le prémier moïen pour rendre l'Union solide, qui est d'augmenter le plus qu'il sera possible le nombre des Souverains de la Grande Alliance ; prémièrement afin qu'elle soit plus puissante qu'aucun Souverain, et même que plusieurs Souverains qui voudroient la traverser dans ses Projèts pacifiques ; et en second lieu, afin que le nombre des Alliés soit suffisant pour former avec plus de vingt voix un Arbitrage ou Tribunal permanent, pour terminer sans Guerre les diférens futurs.
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Second Article.
Contribution des Alliés, Second moïen nécessaire pour la durée de la Societé.
Chaque Allié contribuëra, à proportion des Revenus actuels et des Charges de son Etat, à la sûreté et aux dépenses communes de la Grande Alliance.
Cette Contribution sera règlée pour chaque mois par les Plénipotentiaires des Grands Alliés dans le lieu de leur Assemblée Perpétuelle, à la pluralité des voix pour la provision, et aux trois quarts des voix pour la définitive.
Eclaircissement.
1. Le Second Article est le second moïen de rendre l'Alliance et la Paix aussi solides qu'elles puissent l'être ; car la contribution journalière, proportionelle et perpétuelle des Membres, est proprement la nouriture journalière et perpétuelle du Corps Politique de l'Europe.
2. Cette Contribution doit être proportionnée aux revenus des Sujets de chaque Nation ; et comme il y
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a des Nations plus chargées des Dettes publiques, les unes que les autres, les Repartiteurs y auront égard. On apelle en Allemagne cette Contribution des Alliés du Corps Germanique Mois Romains, on apelleroit la Contribution des Grands Alliés du Corps Europein, Mois Europeins.
Troisiême Article.
Arbitragé permanent, Troisiême moien nécessaire pour la durée de la Societé.
Les Grands Alliés, pour terminer entr'eux leurs diférens présens et avenir, ont renoncé et renoncent pour jamais, pour eux et pour leurs Successeurs, à la voie des Armes ; et sont convenus de prendre toujours dorénavant la voie de Conciliation par la médiation du reste des Grands Alliés dans le lieu de l'Assemblée générale. Et en cas que cette Médiation n'ait pas de succès, ils sont convenus de s'en raporter au jugement qui sera rendu par les Plénipotentiaires des autres Alliés perpétuellement assemblés, et à la pluralité des voix pour la définitive, cinq ans après le Jugement provisoire.
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Eclaircissemens.
1. Ce Troisiême Article contient un troisiême moïen absolument nécéssaire pour rendre la Grande Alliance indivisible ; et ce moïen, c'est de préférer pour toujours la voie salutaire ou de la Médiation ou de l'Arbitrage qui maintient tout, qui conserve tout, à la voie pernicieuse de la Guerre, qui ébranle tout, qui ruine tout.
2. Il est aisé de comprendre qu'au moïen du Point fixe et immuable de la possession actuelle et de l'éxécution des derniers Traités, les diférens futurs ne pourront jamais être que très-peu importans ; puisque toute possession, pour peu qu'elle soit importante, est toujours évidente et actuelle, ou marquée dans les derniers Traités.
3. Les diférens sur quelques petits Villages des Frontières, sur quelques difficultés des Commercans, n'ont rien de fort important ; et même comme les Souverains sont tous intéressés à règler, chacun aura sûreté entière que les Juges ne s'éloigneront
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jamais, ou que très-peu, de l'équité même pour la provision dans leurs Jugemens ; et cette sûreté doit donner à tout Esprit raisonnable beaucoup de tranquilité, puisqu'il ne restera rien d'important à règler, et que ce qui restera ne sera jamais règlé d'une manière fort éloignée de l'équité ; il restera même au Condamné esperance d'un Jugement favorable, cinq ans après, lorsqu'il s'agira d'un Jugement définitif.
4. Il n'y aura rien d'important à règler à l'avenir entre Souverains, que les Successions futures et prochaines des Souverainetés ; mais les diférens cas de cet Article seront discutés et règlés par les Alliés, long-tems avant l'échéance des Successions ; 1. par raport à l'intérêt général de la Societe ; 2. par raport à l'intérêt de la Nation, 3. par raport à l'intérêt et à la justice des Familles prétendantes.
5. Les Alliés auront alors pour baze de leurs règlemens la maxime, Salus populi suprema lex esto, la conservation du Peuple et de l'Etat est la Loi suprême ; ils auront, pour prémier
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principe, la sûreté et la tranquilité de la Grande Alliance.
Or cette sûreté demande 1. que l'on ne diminuë pas le nombre des Voix délibératives ; 2. que l'on n'agrandisse pas le Territoire du Souverain qui est déja suffisamment puissant.
Quatriême Article.
Punition du Contrevenant, Quatriême moïen nécessaire pour la durée de la Societé.
Si quelqu'un d'entre les Grands Alliés refusoit d'exécuter les jugemens et les règlemens de la Grande Alliance, negocioit des Traités contraires, faisoit des préparatifs de Guerre, la Grande Alliance armera et agira contre lui offensivement, jusqu'à ce qu'il ait exécuté les-dits Jugemens ou Règlemens, ou donné sûreté de réparer les torts causés par ses hostilités, et de rembourser les fraix de la Guerre suivant l'estimation qui en sera faite par les Commissaires de la Grande Alliance.
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Eclaircissement.
1. Ce Quatriême Article contient un quatriême moïen absolument nécessaire pour rendre la Grande Alliance indivisible, qui est une punition suffisante et inévitable pour celui des Alliés successeurs qui, sans prendre garde à tous les grands avantages qu'il tire actuellement de la Police Europeine, seroit assez imprudent pour vouloir la détruire ; car les Princes prudens, qui connoissent leurs vrais intérêts, n'ont pas besoin de menaces pour se tenir toujours étoitement unis entr'eux, leurs intérêts qu'ils connoissent avec évidence les tiennent assez unis ; mais le Prince imprudent, qui ne connoit pas assez son intérêt, a besoin d'une crainte salutaire pour le guider comme Enfant vers son vrai intérêt, c'est-à-dire, vers la continuation de la Societé.
2. Les liens de toute Societé se réduisent à deux, le prémier et le moins fort est l'Espérance, ou le désir d'augmenter son bien ; le second et le plus
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fort, c'est la crainte de voir diminuer ses biens et augmenter ses maux. Souvent les biens que procure la Societé, quoique très-grands, ne sont pas connus faute d'attention et d'expérience par les Jeunes-gens, par les Esprits superficiels, ni par ceux qui sont agités de passions passagères ; ainsi ils ne se trouvent pas alors suffisamment engagés à entretenir la Societé, ils ont besoin alors comme les Enfans d'envisager une punition certaine, prochaine et suffisante, destinée à quiconque en violeroit les Loix fondamentales.
Cinquiême Article.
Décision à la pluralité, Cinquiême moïen nécessaire pour la durée de la Societé.
Les Alliés sont convenus que les Plénipotentiaires, à la pluralité des voix pour la définitive, règleront dans leur Assemblée Perpétuelle tous les Articles qui seront jugés nécessaires et importans, pour procurer à la Grande Alliance plus de solidité, plus de sûreté, et tous les autres avantages possibles ; mais l'on ne pourra jamais rien changer à ces cinq Articles Fondamentaux,
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que du consentement unanime de tous les Alliés.
Eclaircissement.
1. Il est évident qu'il restera encore beaucoup d'Articles qu'il sera important de règler, tant pour la sûreté et pour la durée de la Grande Alliance, que pour le bien commun des Grands Alliés ; mais cela se peut faire facilement dans l'Assemblée continuelle, par les Plénipotentiaires qui auront leurs instructions.
Il sera nécessaire par exemple de règler qui seront les Souverains qui auront une voix complette, et qui seront les Souverains qui n'auront qu'une voix formée de la pluralité des voix non complettes, pour avoir durant un an, chacun à leur tour, droit de Plénipotentiaire, les uns plus, les autres moins de jours, à-proportion du revenu de leurs Etats.
Il est de-même nécessaire de choisir la Ville de Paix ou d'Assemblée, du-moins par provision.
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Il faudra statuër sur l'incompatibilité des Souverainetés sur la tête d'un même Souverain, comme il a été statué à l'égard des Couronnes de France et d'Espagne ; et de convenir que deux Souverainetés qui auront chacun une voix complette ne seront jamais possédées par un même Souverain, et que les Successions des Souverainetés ne pourront jamais être ajugées qu'aux Souverains qui n'auront qu'une voix complette.
Mais il y a une Observation de la dernière importance à faire, c'est que tout ce qui se peut décider à la pluralité, par provision et aux trois quarts des voix pour la définitive, ne peut jamais être regardé comme un obstacle insurmontable : Cette Observation lève une infinité de difficultés, que le Lecteur pourroit se faire à lui-même sur la difficulté de la Convention.
2. Il est à-propos, à l'égard des Articles du Traité Fondamental, que chaque Allié soit sûr qu'il n'y sera jamais fait aucun changement que de son consentement ; et qu'ainsi
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tout son Territoire actuel lui sera toujours conservé en entier à lui et à sa postérité, par une Societé toute-puissante et immortelle.
3. Il est important pour faciliter le prémier pas de la Convention, d'en réduire les Articles au plus petit nombre qu'il est possible, parceque le prémier pas dans toute Convention est toujours ce qu'il y a de plus difficile ; et que ce prémier pas dans une Convention avantageuse étant fait, naturellement les Parties intéressées à convenir, du-moins à la pluralité des voix par provision, de tout ce qui est nécessaire pour procurer à la Societé tous les avantages possibles.
Tels sont les cinq Articles fondamentaux, nécessaires pour rendre la Paix durable et perpétuelle. Or il est certain, par les considérations précédentes, que tant que les Souverains en grand nombre ne les signeront pas ou d'autres Articles équivalens, ce sera toujours une très-grande imprudence de compter que de long-tems il n'y aura aucune Guerre ni Civile ni Etrangère en Europe. Et c'est la prémière Proposition que j'avois à démontrer.
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SECONDE PROPOSITION A DEMONTRER.
Ces cinq Articles sont suffisans pour donner sûreté entière de l'exécution des Traités passés et futurs pour produire une Paix inaltérable.
1. IL est visible que si les Puissances de l'Europe signoient les cinq Articles du Projèt de Traité fondamental, et qu'ils en sollicitassent tous ensemble la signature dans les autres Cours de l'Europe, il seroit signé avant cinq ou six mois de tous, ou de presque tous ; et l'on seroit sûr que celui qui refuseroit de signer y consentiroit bien-tôt, de peur d'être traité par l'Alliance Générale comme Ennemi déclaré.
2. L'Alliance Générale une fois formée, avec la condition qu'aucun Allié ne prendra jamais les armes contre son Allié, à-peine d'être traité comme Ennemi par la Grande Alliance, aucun d'entr'eux ne tentera jamais de
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faire une grande dépense militaire de tous les autres.
3. Les contestations entre Souverain et Souverain seront nécessairement de très-petite importance, et elles seront sûrement ou conciliées par la médiation de l'Alliance, ou terminées sans Guerre par le jugement des Alliés.
4. Il n'y aura plus aucun Allié qui puisse se croire le plus fort, quand il saura qu'il aura tous les autres pour Ennemis. Donc l'apas flateur des grandes conquêtes ne pourra plus le tenter de se séparer de la Grande Alliance, parce que la moindre conquête lui paroîtra alors impossible.
5. Il pourra peut-être y avoir quelques petites séditions dans les Etats des Alliés, mais il ne pourra jamais y avoir de Guerre Civile, car sans Chef il n'y a nulle Guerre à craindre. Et qui seront les Chefs qui voudront perdre leurs biens et leur vie, sans aucune espérance de succès ? Or comment pourroient-ils avoir la moindre espérance de succès, sachant qu'ils ont à combattre les forces de l'Europe entière ?
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6. Ceux qui, par des Traités, ont fait malgré eux certaines cessions ou renonciations, n'aïant plus aucune espérance de réüssir par la force, ne tenteront jamais de prendre les armes pour s'en dédommager ; ainsi ils seront heureusement forcés de prendre, en équivalens et en dédommagemens avantageux, la grande diminution de leur dépense militaire, l'amélioration de leur revenu qui vient du Commerce intérieur et extérieur, et une infinité d'autres grands avantages qui résultent d'une infinité de bons règlemens et de bons établissemens, qui ne peuvent guères se faire que dans une Paix solide et inaltérable.
7. Les cas non prévus et non décidés, les équivalens de certains Articles, les démêlés des Sujets de diverses Nations, pourront faire naître des contestations entre deux Alliés de la Societé Europeine, comme il est arrivé entre deux Citoïens d'une même Societé ; mais ce seront des contestations peu importantes dans le fonds, en comparaison de ce qu'ils auroient risqué dans le sistême de la Guerre presque perpétuelle, dans lequel
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on risque les fraix, les désolations de la Guerre, et son Etat entier. Or des Contestations peu importantes dans le fonds ne pourront plus causer de Guerre, parce que la voie de l'Arbitrage sera toujours ouverte pour terminer ces petits Diférens, et parce que la voie de la Guerre sera désormais devenuë absolument impossible, par la formation de l'Arbitrage Europein formé lui-même par la signature des cinq Articles fondamentaux.
8. Il est vrai que les Traités ne sont que des recueils de promesses respectives, et que là où il n'y a point de Societé permanente, suffisamment puissante et suffisamment intéressée pour en procurer l'exécution, on ne peut jamais avoir aucune sûreté qu'elles seront exécutées ; parce que le Promettant peut espérer de s'en dispenser impunément. Mais dans le cas de la Societé permanente établie entre les Souverains pour l'exécution des Traités, et pour la conservation reciproque du Territoire en entier dont chacun est en actuelle possession, il n'y a plus à craindre d'inexécution
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des promesses reciproques. Ainsi chacun se trouvera dans l'heureuse nécessité de faire justice à son Voisin, et de vivre de son coté sans craindre aucune injustice, aucune hostilité, aucune violence, aucune injure de la part de ses Voisins.
9. Tant que les Alliés peuvent se séparer impunément de l'Alliance, elle ne peut-être regardée comme Societé permanente. Mais ici aucun Allié ne pourra plus espérer de s'en séparer impunément, et sans être regardé et traité comme Ennemi commun de tous les Alliés. Ainsi non seulement les grands avantages de la Societé permanente y retiendront les Souverains prudens et sensés, mais la crainte salutaire d'une punition suffisante et inévitable y retiendra toujours les Souverains-mêmes qui seroient très-imprudens et enivrés d'une folle ambition.
10. Comme les Alliés sont autorisés à établir, par la pluralité des voix pour la provision, tous les moïens convenables pour la sûreté, pour la tranquilité, pour les autres communs avantages de l'Alliance générale ;
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il est impossible, éclairés comme ils seront par les plus grands Génies de l'Europe, qu'ils ne trouvent pas encore en peu d'années la plupart des autres moïens convenables : Et comme ils seront très-puissans, ils pourront toujours facilement les mettre en exécution.
On peut donc conclure que les nouveaux Préservatifs qu'ils trouveront joints à ceux qui sont déja proposés pour Articles fondamentaux, seront suffisans pour rendre l'Union indissoluble, et par conséquent pour rendre toute Guerre absolument impossible, ce qui est la seconde Proposition qui étoit à démontrer.
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TROISIEME PROPOSITION A DEMONTRER
La plus importante Négociation de l'Empereur est de faire signer les cinq Articles fondamentaux au plus grand nombre des Souverains.
MON dessein est de montrer avec évidence que tous les Souverains ont plus d'intérêt de signer le Traité fondamental, que de refuser de le signer. Je commencerai par démontrer quel est, dans cette occasion, le vrai intérêt de l'Empereur.
Si les Souverains qui signeront les cinq Articles fondamentaux, faisoient entr'eux les trois quarts de la Puissance de l'Europe, il est certain que l'Empereur avec ceux qui formeroient l'autre quart les signeroient aussi. Or si tous les Potentats le signoient, il resulteroit infailliblement de cette signature une Paix parfaitement
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inaltérable ; il en resulteroit infailliblement les neuf espèces d'avantages immenses mentionnés au prémier Article fondamental, tant pour l'augmentation du bonheur des Souverains, que pour l'augmentation du bonheur de toutes les familles des Nations Chrétiennes ; puisque c'est le plus grand perfectionnement qui puisse arriver à la Societé Humaine en général, et à toutes les Societés particulières, de se voir par un établissement solide entièrement à couvert des malheurs inexprimables que traînent toujours après elles les Guerres Etrangères.
Les Souverains sont des hommes, ils n'ont par conséquent d'autre but dans leurs affaires que le but des autres hommes, qui est d'augmenter leur propre bonheur, c'est-là leur vrai intérêt. Or on va juger que la signature des cinq Articles fondamentaux est le moïen le plus propre à augmenter de beaucoup le bonheur de l'Empereur et de sa Famille Impériale, et par conséquent que c'est son plus grand intérêt.
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Etat de la Question.
Il n'est pas douteux, que les Princes moins puissans n'aïent des prétentions considérables sur leurs Voisins plus puissans. Il n'est pas douteux non plus, que ces Voisins plus puissans n'aïent des prétentions considérables pour s'agrandir aux dépens d'une partie de ce que possèdent actuellement les moins puissans. Les Hommes ne sont pas ordinairement assez justes et assez équitables, pour borner leurs désirs à leur possession actuelle et à l'exécution de leurs Traités.
De-là il resulte que les moins forts ont beaucoup moins à espérer de leurs forces, qu'ils n'ont à craindre de la force des plus puissans : Ainsi il n'est pas douteux qu'entre Voisins, les moins puissans ne trouvassent le Traité fondamental très-avantageux tant pour eux que pour leurs Successeurs et pour leurs Sujets ; et que pour venir à-bout de former cet établissement de Paix Perpétuelle, ils n'abandonnassent volontiers des Droits contestés
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et des Prétentions très-couteuses et très-incertaines sur le Territoire qu'ils ne possèdent point actuellement, et qu'ils n'ont pas droit de posséder par les derniers Traités.
Il n'est pas douteux que dans la grande diminution de la Dépense militaire, dans la grande augmentation du Revenu qui dépend du Commerce, dans la grande augmentation de sûreté pour la conservation de la Personne des Souverains, de leur Famille et de leur Etat, les moins puissans ne trouvassent des équivalens très-avantageux aux pretentions auxquelles ils renonceroient contre leurs Voisins plus puissans ; si ceux-ci, de leur coté, renoncoient à leurs prétentions sur toutes les parties des Etats de leurs Voisins moins puissans.
Il n'est pas même douteux qu'un Souverain très-puissant, mais dont les Affaires seroient en desordre, le Crédit fort diminué, les Troupes afoiblies et découragées, qui auroit perdu plusieurs Batailles, plusieurs Places fortes, attaqué et poursuivi par un Ennemi plus puissant et victorieux ; si ce prémier, malheureux,
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étoit prêt à laisser les Enfans en minorité, et de grands Partis tous formés dans son Etat ; il n'est pas douteux, dis-je, qu'un Prince très-puissant, dans cette situation, ne demandât avec empressement à être reçu dans une pareille Alliance, s'il y en avoit alors une toute formée, dans laquelle les Membres se rendroient tous Garands reciproques de la conservation de leurs Etats en entier, et Protecteurs ardens de la Famille des Alliés.
Il n'est pas douteux non plus que durant le cours de plusieurs siècles un Etat, une Maison Souveraine ne puisse aller en diminuant de forces, tandis que l'Etat voisin ou la Maison Souveraine voisine ira en augmentant : la Raison et l'Expérience montrent cette possibilité.
Mais la Question est de savoir si pour un Prince très-puissant, tel qu'est l'Empereur, qui est jeune, qui a ses Affaires en bon état, qui a beaucoup de Voisins moins puissans que lui, et de grandes prétentions bien ou mal fondées sur une partie considérable de leurs Etats, il y auroit
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réellement plus à gagner qu'à perdre, à signer ce Traité Fondamental qui tend à former une Alliance générale et indissoluble, et une Paix perpétuelle.
Pour juger de la Question avec plus de connoissance, il est à propos de la réduire à des circonstances plus précises. Je suppose donc que l'Empereur soupçonne que quelques Souverains moins puissans désireroient fort la signature des cinq Articles du Traité fondamental, par exemple.
1. Le Danemarc,
2. Le Portugal,
3. La Hollande,
4. La Suède,
5. Le Roi de Pologne, Electeur de Saxe,
6. Le Roi de Prusse, Electeur de Brandebourg,
7. L'Electeur de Bavière,
8. L'Electeur Palatin,
9. Les trois Electeurs Ecclésiastiques, les Evêques Princes de l'Empire, l'Evêque de Munster, l'Evêque de Liège et le Duc de Bouillon son voisin, pour une voix.
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10. Les Princes des Maisons Electorales, les Princes de Hesse, de Wolfenbuttel, de Wirtemberg, de Meklenbourg et autres Princes Séculiers d'Allemagne, pour une voix.
11. Hambourg, Lubec, Dantzic, Francfort, Ausbourg et autres Villes Libres, pour une voix.
12. Les Suisses, Genève et les Grisons, pour une voix,
13. Venise,
14. Le Roi de Sardaigne,
15. Le Pape,
16. Florence, Modène, Parme, Gènes, Luques et Malthe, pour une voix.
Je suppose même que l'Empereur ait connoissance que quatre des plus puissans, comme,
17. Le Roi de France,
18. Le Roi d'Espagne,
19. Le Roi d'Angleterre,
20. La Russie,
sont portés à conclurre ce Traité fondamental.
Je suppose que ces vingt Souverains jettent les yeux sur l'Empereur, qui seroit la vingt et uniême
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voix de l'Europe Chrétienne pour savoir à quel Parti il voudroit se déterminer ; c'est dans cette conjoncture que je vai examiner lequel lui seroit plus avantageux, ou de solliciter ou de traverser la signature des cinq Articles en question.
Nota. Si l'Electeur de Saxe n'étoit point Roi de Pologne, l'Arbitrage Europein seroit de 22. voix.
Au reste, avant que d'examiner quel Parti seroit le plus avantageux à l'Empereur, il est à-propos de faire encore quelques observations, qui doivent servir de principe pour en jouïr avec plus de sûreté.
Observations Préliminaires.
1. Je prétens démontrer que si l'Empereur choisit le Parti qui, à tout peser, est le plus conforme à son plus grand intérêt, il choisira le Parti de la signature comme le plus sûr pour sa Personne, pour sa Maison et pour ses Dispositions Testamentaires, comme le plus avantageux pour Lui et pour ses Sujets,
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enfin comme le plus honorable et le plus glorieux.
2. Si l'Empereur n'avoit pas beaucoup de prudence, s'il n'avoit pas un Conseil rempli de personnes très-sages, s'il n'écoutoit pas les avis et les raisons des membres de son Conseil, s'il prenoit ses résolutions comme ces Etourdis qui jugent de tout par les premières impressions que sont sur eux les passions, les préjugés, les erreurs vulgaires, et simplement sur des aparences d'intérêt, je ne croirois pourtant pas le beau Projet de Henri le Grand inutile ; parceque le tems découvre la vérité, et fait sentir la force des démonstrations inportantes. Mais heureusement pour toutes les Nations de l'Europe, je puis parler devant un Prince très-prudent, très-raisonnable, très-éclairé, très-équitable, qui consulte et en public et en particulier des Persones sages et des Gens-de-bien affectionnés à sa Personne et à sa Maison, qui s'intéressent à son bonheur et à sa gloire ; il peut peser leurs raisons, et prendre son parti avec sagesse. Ainsi je puis espérer que si
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ces Mémoires vont jusqu'à lui, je n'aurai pas exposé envain qu'il est de son plus grand intérêt de solliciter l'Alliance générale et indissoluble entre tous les Souverains Chrétiens.
3. Les Prétentions d'agrandissement de territoire et de revenus aux dépens des Voisins, ont une valeur réelle, mais elle est moins grande. 1. A-proportion que cet Agrandissement prétendu est moins considérable. 2. A-proportion que le succès en paroît plus éloigné et moins vraisemblable. 3. A-proportion que les obstacles sont plus grands. 4. A-proportion qu'il doit plus couter pour les obtenir. Car si une Ville, une Province, doit couter à conquérir trois fois plus qu'elle ne vaut, loin que ce fût s'agrandir et s'enrichir, ce seroit réellement s'apauvrir et s'afoiblir.
Si l'on prouvoit par exemple que les Conquêtes de Charles-Quint ont couté en Hommes et en Argent dix fois plus qu'elles ne valoient, on prouveroit qu'il auroit réellement fort afoibli ses anciens Etats, au lieu
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de les fortifier, qu'il les auroit fort diminués au lieu de les avoir réellement agrandis : Car l'agrandissement du Territoire n'est pas souvent une augmentation de force et une augmentation de revenu, mais au-contraire c'est quelquefois une véritable diminution de puissance.
4. Si une Maison Souveraine étoit sûre d'agrandir toujours son Territoire par les Guerres, sans avoir jamais à craindre de rien perdre de son ancien Territoire, dans les tems de Minorité et dans les autres tems d'afoiblissement, ses prétentions pour les Conquêtes en auroient une valeur beaucoup plus grande. Mais cette Valeur doit réellement diminuer à-proportion du danger qu'une Maison peut courir, dans le cours d'une ou de plusieurs longues Guerres et dans l'espace de plusieurs siècles, de perdre dans les Minorités et autres tems d'afoiblissement non seulement ses Conquêtes, mais encore une partie de ses Etats anciens, et d'être même entièrement bouleversée soit par ses Voisins soit par ses propres Sujets. Il n'y a que trop
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d'exemples de ces bouleversemens, dans l'Histoire des siècles, causés par les Guerres Civiles et Etrangères.
5. Tout le monde convient que tant que les Etats auront intérêt de tenter de s'agrandir les uns aux dépens des autres, c'est-à-dire de se ruiner les uns les autres, il se trouvera dans le cours des siècles des conjonctures où les plus foibles deviendront les plus forts, et bouleverseront les Maisons des plus puissans.
Cirus, Alexandre, Attila, Cingiskan, Tamerlan, sont des exemples des grandes Révolutions causées par les plus foibles ; et il y en a cent autres, où les Maisons des plus forts sont devenuës en cent ans des plus foibles, et ont été détruites.
Que sont devenuës les Maisons de tant d'Empereurs Romains, de tant d'Empereurs Grecs ? Elles n'ont pu éviter ces fatales Révolutions, faute d'une Société permanente avec d'autres Souverains : C'est que sans le secours d'une Société immortelle entre plusieurs Etats, la force d'une Maison Souveraine très-puissante n'est pas
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éternelle ; au-contraire, elle est sujette à de grands changemens.
Si le dernier Empereur d'Orient de la Maison des Paléologues, dès les prémières années de son règne, eût voulu abandonner ses droits et ses prétensions sur tous ses Voisins, en se contentant de sa possession actuelle et de l'exécution des derniers Traités, et qu'il eût formé une Société permanente et immortelle avec les Maisons des Souverains voisins, Mahomet second ne l'auront jamais attaqué, sa Maison subsisteroit encore avec éclat ; au lieu que pour n'avoir pas voulu abandonner ses prétentions, et se contenter de ce qu'il possédoit actuellement, il ne put former une pareille Société permanente, et sa Maison est tombée dans l'anéantissement.
9. A-mesure qu'un Souverain puissant marquera de désir de faire valoir un jour ses prétentions d'agrandissement de Territoire, au préjudice de ses Voisins ; à mesure qu'il montrera d'éloignement pour signer le Traité fondamental, suivant lequel chacun
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se contentera du Territoire qu'il possède actuellement ; plus aussi ses Voisins seront en garde contre lui, et plus ils seront disposés à s'unir pour leur commune conservation : Ainsi plus il lui sera difficile de faire valoir ses prétentions, et plus il lui en couteroit pour les réaliser. De sorte que par toutes ces considérations on peut dire avec vérité que toutes ses prétentions sont réellement de très-petite valeur, à les peser dans une juste balance ; parce qu'il ne faut donner aux prétentions de valeur réelle qu'à-proportion qu'elles doivent moins couter, et que le succès en est facile et vraisemblable.
Intérêts de l'Empereur.
Les Hommes ont un grand nombre d'intérêts à ménager, mais dans le cas dont il s'agit il, semble que l'on ne se peut tromper, en disant que les principaux intérêts que l'Empereur doit consulter dans le choix du Parti de la signature ou du Parti de la non-signature sont ceux-ci.
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1. L'augmentation de sa réputàtion.
2. L'augmentation de son revenu et de celui de ses Sujets.
3. L'augmentation de sûreté de la durée de sa Maison sur le Trône Impérial.
4. Sûreté entière de l'exécution de ses Dispositions Testamentaires pour sa Succession.
Pour mettre le Lecteur en état de mieux comprendre les raisons pour et les raisons contre, je les mettrai les unes auprès des autres, et dans la bouche de deux Sujets de la Maison d'Autriche emploïés à son service.
RAISON CONTRE LA SIGNATURE,
par raport à l'augmentation de sa ré- putation.
Je suppose un jeune Colonel des Troupes Impériales, qui parle ainsi. L'Empereur s'est déja fort distingué entre ses Pareils et entre ses Prédécesseurs par ses Conquêtes en Hongrie
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et en Italie. Il n'a, pour augmenter la réputation de ses Armes, qu'à suivre son prémier objet pendant le reste de son règne. Il n'a qu'à pousser toujours plus loin ses conquêtes sur ses Voisins. Car enfin qui ne sait que le succès des Armes donne un grand relief à la réputation d'un Prince ? Or par la Signature, il se priveroit de la gloire de faire de nouvelles conquêtes.
REPONSES ET RAISONS,
pour la Signature.
Je suppose qu'un vieux Magistrat de Vienne réponde ainsi.
1. Le Vulgaire se trompe ordinairement très-lourdement sur le prix qu'il met à diférentes espèces de réputation où aspirent les Hommes, mais les Connoisseurs ne s'y trompent pas. Un Homme n'est effectivement ni loüable ni estimable qu'à-proportion qu'il cherche à être utile, et qu'il est réellement utile aux autres Hommes, et à-proportion que pour
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y parvenir il surmonte de plus grands obstacles par son courage, par sa constance et par son grand génie. C'est l'idée de la vraie gloire, c'est l'idée que nous avons reçuë de nos Ancêtres, c'est celle qu'en avoient les Héros des premiers siècles.
Pour une réputation précieuse il faut donc des difficultés à surmonter dans les Entreprises, il faut du zêle pour l'Utilité Publique, il faut procurer de grands avantages au Public ; et les Entreprises sont d'autant plus glorieuses, qu'elles sont et difficiles et utiles à la Société.
Qu'un Marchand d'Amsterdam tente des choses très-difficiles pour devenir fort riche, et qu'il en vienne-à-bout par ses grands talens, cela est heureux, cela est permis, cela est utile à sa famille ; mais il n'y a rien de glorieux dans ses succès, parcequ'il n'y a rien de vertueux dans le motif de ses entreprises ; et il n'y a rien de vertueux, parcequ'il ne travaille que pour sa propre utilité et pour celle de sa famille, il ne travaille pas pour l'Utilité Publique, il
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n'y a dans ses motifs rien d'élevé, rien de distingué, rien qui ne soit commun au Bas-Peuple.
Qu'Attila, que Tamerlan, surmontent de grandes difficultés pour faire de grandes conquêtes, ces succès font beaucoup de bruit dans le monde par la terreur qu'elles jettent dans les Esprits ; mais ces difficultés que ces Conquérans ne surmontent que pour leur propre agrandissement, et pour satisfaire leur avarice ou leurs autres passions injustes, ne sont nullement vertueuses ni par conséquent glorieuses. Les désolations, les malheurs qu'elles causent aux Provinces ravagées, aux Villes pillées et brûlées, sont au-contraire des actions exécrables, et qui rendent réellement exécrables la réputation et les entreprises de ces Hommes insensés, qui s'ennivrent des loüanges fausses qu'ils reçoivent de leurs Flatteurs ; tandisqu'ils sont regardés par les Personnes sages, vertueuses et desintéressées, comme des Hommes exécrables et très-odieux au Genre-Humain.
2. Quand de nouvelles Conquêtes seroient faciles à l'Empereur, devroit-il
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les entreprendre, s'il cherche une réputation précieuse ? Mais les moindres Conquêtes lui seront desormais presque impossibles, parceque tous les Souverains sont très-intéressés à s'y opposer. Ainsi renoncer à ces Conquêtes et à la sorte de gloire qui en pourroit revenir, ce n'est proprement renoncer à rien de glorieux, ni à rien de réel ; c'est au-contraire renoncer à se rendre exécrable aux Nations Voisines qui ont à souffrir le malheur de la Guerre, c'est renoncer à se rendre très-odieux à ses propres Sujets, qui en suportent les fraix par des taxes très-onéreuses.
3. Sur le Principe incontestable qu'une Entreprise est d'autant plus glorieuse que d'un coté elle paroît difficile, et que de l'autre elle est plus utile à plus de familles de sa Nation et à plus de Nations ; il est visible que nulle Entreprise ne peut entrer en comparaison de l'Etablissement de l'Arbitrage pacifique et de la Société indissoluble des Souverains Chrétiens, pour se conserver tous mutuellement Eux et leur Postérité dans leurs possessions actuelles, pour assurer
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l'éxécution des Promesses réciproques, pour rendre la Guerre desormais impossible, et pour rendre le Commerce entre toutes les Nations Chrétiennes parfaitement sûr, libre et inaltérable.
4. Chaque Souverain Allié auroit part à la gloire de ce bel Etablissement, selon qu'il cèderoit plus de prétentions sur ses Voisins, et qu'il auroit plus de force pour les faire valoir. Or l'Empereur a peu de droits, mais a beaucoup de prétentions sur ses Voisins, et il a beaucoup de force. Donc il auroit beaucoup de part à l'honneur du grand Etablissement.
5. Tout le monde convient que des Règlemens sages et de bons Etablissemens particuliers peuvent procurer une grande augmentation de bonheur aux Sujets de l'Empereur, et que rien ne seroit plus glorieux pour lui que de faire ces Etablissemens particuliers si avantageux ; parceque c'est le seul moïen de montrer sa grande sagesse dans ses Entreprises, d'exerçer sa bonté envers ses Peuples, et de donner à son règne une grande distinction entre les règnes des autres
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Empereurs. Mais la plûpart de ces Entreprises si glorieuses seront impossibles, tant que la Paix générale de l'Europe ne sera pas suffisamment afermie.
Il seroit peut-être à propos de mettre ici les principaux Etablissemens sages et glorieux, soit pour les Compagnies de commence, soit pour les Canaux de communication, soit pour améliorer les Chemins pour la commodité et la sûreté des Voïageurs, soit pour diminuer les Péages, soit pour perfectionner l'Education de la Jeunesse, soit pour perfectionner les Moeurs, les Arts et les Sciences, soit pour perfectionner les Loix et la jurisprudence etc. Mais il faut songer que cet Ouvrage n'est qu'un Abrégé.
6. Cette Espèce d'augmentation qu'il procureroit à ses Sujets seroit d'autant plus glorieuse, qu'elle ne coureroit aucunes larmes ni aucuns malheurs à personne ; et l'époque de ce grand et heureux Etablissement deviendroit une époque commune à toutes les Nations, et la Postérité la plus reculée sauroit toujours à quel Empereur elle auroit l'obligation d'avoir
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tant contribué à la cessation des malheurs qu'elle ne verroit plus que dans l'Histoire de l'enfance, de l'ignorance, de la grossièreté, de la barbarie et des malheurs du Genre-Humain.
7. Si Charles-Quint, un de plus grands Empereurs qui ait porté la Couronne Impériale depuis Charlemagne, étant au plus haut point de sa prospérité, au lieu d'entreprendre le Siège de Metz où il échoüa, eût pris le parti de former entre les Princes Chrétiens cette Ligue générale que l'on propose aujourd'hui pour se conserver perpétuellement et réciproquement dans leurs Etats selon les limites qu'ils avoient alors, et pour terminer sans Guerre leurs diférens futurs à la pluralité des voix des Alliés, ce qui est dans le fonds le même Projet que Henri IV. Roi de France proposa 50 ans après le Siège de Metz ; n'est-il pas évident que cet Empereur l'auroit facilement exécuté avant sa retraite ? Or cette retraite, après un si bel Etablissement, n'eût-elle pas été incomparablement plus raisonnable et plus glorieuse ?
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N'est-il pas constant que ce seul Etablissement lui auroit procuré une réputation infiniment plus précieuse, plus étendue et plus durable, que celle qu'il avoit aquise par les Guerres qu'il n'a pu faire qu'en portant la désolation dans un grand nombre de Provinces, et en causant les larmes d'une infinité de Familles ? Car enfin, par cet Etablissement, il auroit préservé toutes les Nations, toutes les Provinces et toutes les Familles de l'Europe, de sanglantes Guerres Civiles et Etrangères, qui depuis cent-soixante et dix ans n'ont cessé de désoler l'Espagne, la France, l'Angleterre, les Païs-Bas, l'Allemagne, l'Italie, et toutes les Couronnes du Nord.
On peut dire que ces funestes Guerres entreprises par des motifs ou de religion, ou de vengeance, ou d'ambition, ne se sont allumées que faute aux Souverains d'avoir établi, dès le tems de Charles-Quint, entre les Nations Chrétiennes une Police si raisonnable et si avantageuse.
On peut juger de la grandeur du bienfait par la grandeur des malheurs
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que les Chrétiens ont souffert depuis son règne, et par la grandeur des biens qui se seroient multipliés parmi eux.
Or ce que n'a pas fait Charles-Quint pour sa gloire, aparemment parce qu'il n'a eu aucune idée de l'utilité et de la possibilité de ce grand Projet, pourquoi Charles-Sixiême son Petit-neveu, s'il lit cet Ouvrage, ne seroit-il pas porté à entreprendre l'exécution de ce magnifique Projèt, pour aquérir une réputation infiniment plus précieuse que celle de ce grand Empereur ?
La gloire d'un pareil bienfait ne sera point mêlée des pleurs et des malédictions des Peuples vaincus, cette gloire sera pure, parce que le bienfait ne coutera rien à personne : Et comme il sera éternel et pour toutes les Nations, la gloire de Charles-Sixiême, comme un des principaux Promoteurs de cet Etablissement si désiré, passera de génération en génération, de siècle en siècle et parmi toutes les Nations, avec éclat et avec les bénédictions duës aux Pacificateurs de la Terre ; c'est-à-dire
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aux plus grands Bienfaicteurs des Hommes, et aux Princes les plus dignes des grands honneurs et des plus légitimes loüanges.
8. Il y a même une considération importante, c'est que l'Empereur ne peut pas demeurer indiférent dans les Négociations qui vont se commencer sur ce sujet ; car s'il paroissoit s'y opposer, et que le Projet eût du succès malgré lui, il seroit impossible de l'excuser entièrement d'avoir traversé, même indirectement, un Etablissement si saint et si avantageux à tous les Chrétiens en général et à ses Sujèts en particulier ; il seroit impossible, qu'une conduite si blâmable ne rendît son Nom très-odieux dans la Postérité.
Conséquences.
Il résulte de ces considérations, 1. que l'Empereur, par la constitution de l'Europe, ne peut plus espérer le plaisir de faire un grand bruit dans le monde par de grandes conquêtes.
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2. Cette Espèce de réputation et de bruit coute beaucoup de maux aux Sujèts, et beaucoup de pertes aux Voisins et aux Provinces conquises, ce qui diminue fort le prix de ce qu'il peut y avoir d'éclatant.
3. Comme il n'y auroit dans ces conquêtes rien d'utile ni pour les Hommes en général, ni pour les Sujèts en particulier, il n'y auroit en effet rien de vertueux, rien de glorieux.
4. Au-contraire dans ces Guerres il y auroit un grand nombre de Villes pillées, de Provinces ravagées, de Familles désolées par les meurtres, par les incendies, par les brigandages et par les taxes excessives. Or les Auteurs des grands malheurs n'aquièrent dans le monde qu'un nom execrable, comme celui d'Attila, et détesté par toutes les Familles dans lesquelles ils ont causé la désolation.
5. L'Etablissement proposé auroit d'un coté assez de difficultés à surmonter, et seroit de l'autre infiniment avantageux au Public, et par conséquent infiniment glorieux.
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Donc par la signature des cinq Articles l'Empereur sera plus sûr d'aquérir une réputation beaucoup plus étenduë, beaucoup plus durable et beaucoup plus précieuse, que par la non-signature. Ce qu'il faloit démontrer.
RAISONS DU JEUNE COLO- NEL CONTRE LA SIGNATURE,
par raport à l'augmentation du Revenu.
LE désir d'augmenter son revenu et sa puissance est un des motifs les plus ordinaires des actions de l'Homme : Or l'Empereur, en ne signant point le Traité fondamental et en empêchant les autres Souverains de le signer, augmenteroit son revenu domestique plus qu'il ne le feroit en le signant.
On peut observer qu'il y a une grande diférence entre le revenu particulier et domestique d'un Prince, dont
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il peut disposer selon ses goûts et ses inclinations, et les revenus publics de l'Etat qui sont destinés à païer les Troupes, les Officiers de Guerre, les Gages des Magistrats, les Fortifications, les Ponts et Pavés, les Pensions et les autres Charges annuelles de l'Etat. Le Prince ne sent pas un grand plaisir à la dépense qui se fait à païer ces sortes de Dettes de 'Etat, mais il en sent beaucoup quand il y a un nouveau fonds qu'il destine à satisfaire ses inclinations. Voici donc les raisons pour ne point signer.
Par la signature de ce Traité l'Empereur abandonne toutes ses prétentions, et se borne pour toujours aux Etats qu'il possède actuellement, et aux revenus qu'il a accoutumé d'en tirer : il ne pourra même jamais espérer de rompre ou d'éluder impunément un pareil Traité, qui par les engagements mutuels des Alliés, et par leur grand intérêt à l'exécuter continuellement et avec régularité, seroit effectivement toujours exécuté : Au lieu que s'il ne signe point, il pourroit espérer de faire valoir et ses droits et ses prétentions, et d'augmenter
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par conséquent considérablement son Territoire, sa Puissance et son Revenu.
Il a de grandes prétentions contre plusieurs de ses Voisins, mais dès-que par un Traité général et indissoluble il promet de garantir aux autres Souverains tout le Territoire dont ils sont en possession actuelle, comme ils lui garantissent la conservation de tout son Territoire, comment pourroit-il jamais faire valoir ses prétentions ?
Son Territoire a été, depuis quelques années, fort augmenté en Hongrie par ses Armées, sous le commandement du fameux Prince Eugène : Il peut conquérir le reste des Provinces que les Turcs ont sur le Danube, les chasser même de l'Europe, s'enrichir de leurs Revenus : Mais l'Alliance que vous proposez ne lui permettra jamais d'être seul armé, ni de faire pour lui seul des conquêtes. Les Provinces qui seroient conquises par les armes de la Grande Alliance, seroient régies en commun par cette Alliance générale Europeine au profit de toute la Société, et les Revenus seroient emploïés à entretenir
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les Troupes conquérantes de la Grande Alliance.
Or comme l'on ne peut pas douter qu'il ne puisse se trouver, et peut-être en peu de tems, d'autres conjonctures plus favorables à l'Empereur pour faire d'autres conquêtes ; seroit-il de la prudence de ce Prince de renoncer, par une Alliance générale et indissoluble, à les augmenter considérablement ? Les conquêtes passées de la Maison d'Autriche ne rendent-elles pas les conquêtes futures encore plus utiles ?
REPONSES ET RAISONS DU VIEUX MAGISTRAT,
pour la Signature.
1. JE ne crois pas que l'Empereur, malgré les Traités anciens et modernes qui ont tout règlé avec nos Voisins, et malgré la longue
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possession tranquile, ait encore des prétentions tant soit peu considérables contre les Souverains d'Italie, ni contre nos autres Voisins. Je ne disconviens pas que les nouvelles Conquêtes d'Italie et de Hongrie ne lui donnent beaucoup de facilité pour entretenir plus de Troupes, mais je soûtiens que nos Conquêtes et nos nombreuses Troupes ont fait dans l'esprit de nos Voisins un effet très-opposé aux succès de Projèts de conquêtes : C'est que plus il a de prétentions contre eux et de force pour les faire valoir, plus ils ont présentement d'attention à faire contre lui, comme contre leur Ennemi commun, des Ligues défensives, surtout s'ils voient qu'il refuse de signer les cinq Articles Fondamentaux pour afermir la Paix en Europe.
2. Nos Voisins voient tous, avec beaucoup de crainte, nos agrandissemens ; ainsi leur crainte commune les reünira facilement contre nous, malgré leurs diférens particuliers beaucoup moins importans que n'est leur conservation mutuelle. Et peut-on croire qu'à la prémière entreprise,
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surtout du coté des Nations Chrétiennes, nos Voisins ne sonnent pas l'alarme pour se réünir, et pour former des Ligues défensives et offensives contre nous ? Or si tous se réünissent contre nous, quel moïen de nous agrandir ? Quel moïen pour l'Empereur d'augmenter ses revenus domestiques par de nouvelles conquêtes ?
3. Je sai bien, que jusques ici les Ligues offensives et défensives n'ont pu être indissolubles ; parceque les Alliés, pour terminer leurs Diférens futurs sans guerre, ne sont pas convenus de prendre toujours la voie de l'Arbitrage. Et ils n'en sont pas convenus, faute de signer, en assez grand nombre, quelques Articles Fondamentaux pour former un Arbitrage permanent, et faute d'avoir mis en oeuvre le seul moïen propre pour empêcher la dissolution de la Ligue : Ainsi ces Ligues n'ont pas duré, parceque chacun des Ligués, à la prémière occasion, pouvoit s'en séparer impunément.
Mais de la manière dont ils se ligueroient par les cinq Articles Fondamentaux,
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ils rémédieroient à ces causes de division : Ainsi l'Empereur ne pouvant plus espérer d'en détacher un ou plusieurs Alliés, toutes ses prétentions sur nos Voisins deviendroient inutiles, s'ils font une Ligue défensive malgré lui ; et plus il fera d'efforts pour les en détourner soit par promesses soit par menaces, plus ils s'empresseront à la former solide pour leur conservation perpétuelle.
Ces considérations doivent donc faire penser qu'il vaudroit mieux que l'Empereur, en renonçant de bonne heure et de bonne grace à des prétentions qui vont être desormais inutiles, se fît honneur de solliciter lui-même la signature des cinq Articles, et acceptât de bonne grace les équivalens avantageux qui résulteront, tant pour lui que pour sa famille, d'une tranquilité perpétuelle et inaltérable.
4. Ce qu'il en coutera à l'Empereur et à l'Empire, pour s'emparer seulement de quatre ou cinq Villes ou en Italie ou en Hollande, sera très-considérable ; car il est certain
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qu'il ne peut en venir à bout qu'en quatre ou cinq ans de Guerre, et que l'entretien des Troupes et l'interruption du Commerce couteront quatre fois plus en capital que le capital du revenu que l'Empereur en pourra tirer.
5. On peut faire d'un coté la supputation de ce que les Conquêtes de la Maison Impériale raportent de revenu, et de l'autre on peut supputer le Revenu que raporteroient les sommes immenses et les pertes qu'il en a couté depuis cent ans, en supposant que ces sommes eûssent pu raporter en revenu la vingtiême partie du capital ; et vous trouverés que ces sommes et ces pertes raporteroient dix fois plus de revenu que ne font ces malhureuses conquêtes, sans compter que la Maison Impériale s'est vuë à deux doigts de sa ruine totale, il y a quarante-quatre ans au siège de Vienne en 1683 : Grand péril qu'elle n'auroit point couru, si dès ce tems-là le Traité fondamental eût été signé par les Princes Chrétiens.
6. Par la signature des cinq Articles
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proposés, il y auroit une Ligue indissoluble qui ôteroit à tous les Alliés la crainte qu'ils ont présentement les uns des autres, et qui les oblige à des Fortifications et à des Garnisons d'une dépense immense.
L'Empereur auroit sur les frontières des Turcs au-moins le double de Troupes de garnison, et par conséquent le double de sûreté, et cependant il ne lui en couteroit pas la dixiême partie de ce qu'il lui en coute présentement, parceque les neuf autres parties se païeroient par la caisse militaire de la Grande Alliance. On peut faire la même observation à l'égard des frontières que l'Empereur de Russie peut avoir à défendre contre les Persans, contre les Turcs, et contre d'autres Souverains non Chrétiens.
Tout le monde fait que dans les Guerres Civiles les Citoïens de partis opposés sont forcés de faire des dépenses pour se tenir sur leurs gardes les uns contre les autres, faute d'une Autorité Supérieure qui les réünisse en un même Corps, qui termine leurs Diférens avec une autorité soûtenuë
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de force supérieure, et qui les protège tous les uns contre les autres, les plus foibles contre les plusforts.
Or il est évident que cette Ligue une fois formée, l'Empereur n'aura plus besoin de Garnisons du coté de ses Alliés, ni en Flandres, ni du coté du Rhin, ni en Italie ; et que la Grande Alliance lui fourniroit, aux dépens des autres Alliés, toutes les Troupes qui seroient emploïées en Hongrie pour sa sûreté. Or si l'Empereur retranchoit les trois quarts et demi de la dépense des Garnisons et des Fortifications, et que ce retranchement tournât à son profit particulier, n'augmenteroit-il pas de plus du triple son revenu domestique ? Que répondez-vous à cet Article Mr. le Colonel ?
Il est vrai qu'il seroit à-propos que par un Article de l'Alliance il fût établi, que les Souverains pourroient disposer pour leur dépense particulière et domestique de la moitié du revenu que leur produiroit ce retranchement de dépense militaire ordinaire : Mais on n'y trouveroit pas d'opposition de la part des Sujets, qui seroient trop heureux
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d'être pour toujours délivrés des subsides extraordinaires nécessaires en tems de Guerre, et des autres grands malheurs que les Guerres entraînent avec elles, et de profiter encore de la moitié de ce retranchement pour aquiter à la longue les capitaux des Dettes de l'Etat.
Et effectivement ne vaudroit-il pas beaucoup mieux pour les Peuples que l'Empereur et sa Maison profitassent de la moitié de ces retranchemens, en rendant la Paix perpétuelle, et en les garantissant des Subsides extraordinaires, que de laisser comme on fait aujourd'hui ces Subsides ordinaires à dépenser à des Troupes qui ne peuvent jamais les garantir ni des Guerres nouvelles ni des nouveaux Subsides, ni opérer une Sûreté entière. Cet Article ne paroît-il pas décisif ?
7. La Guerre interrompt le Commerce, et cette interruption cause une grande diminution dans le Revenu de l'Empereur et de ses Sujets. Son Revenu, et celui de ses Sujets, augmenteroit donc encore de ce coté-là fort considérablement.
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8. L'Empereur pourroit faire, dans une Paix longue et assurée, beaucoup d'Etablissemens qui lui produiroient de grands revenus à lui et à ses Sujets ; il ne sauroit en exécuter aucun en tems de Guerre, ni lorsqu'il craint la Guerre, et cela faute d'argent et de loisir suffisant.
9. L'Empereur pour sa Maison et pour ses Bâtimens, sans compter les Troupes de sa garde, ne dépense pas quatre millions de florins par an. Or comme il pourroit facilement retrancher dès la prémière année de l'Etablissement vingt-mille hommes et six mille chevaux, ce qui feroit plus de quatre millions de florins, et dans trois ou quatre ans faire un pareil retranchement ; je demande combien il lui faudroit de Provinces conquises pour pouvoir en augmenter son Revenu domestique de huit millions de florins, sans aucune dépense et sans aucun péril.
10. Par cette augmentation triple du Revenu domestique de l'Empereur, il pourroit facilement augmenter de la moitié les pensions de la Famille Impériale, les autres pensions de sa
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Cour et des Généraux, et les apointemens des Ministres et des Officiers de sa Maison, ce qui seroit une grande satisfaction pour un Prince libéral et bienfaisant.
11. L'Empereur ne doit-il pas compter que s'il a de grandes prétentions contre les Souverains nos Voisins, ceux-ci n'en ont pas de moindres contre lui ? on pourroit en faire ici l'énumération. Or en abandonnant les siennes à ses Voisins, n'est-il pas vrai que ses Voisins lui abandonnent les leurs ? Tous perdent peu et même de l'incertain, pour gagner beaucoup et du certain dans les équivalens d'une Paix perpétuelle et inaltérable.
Il est donc évident que la Non-signature des cinq Articles n'augmentera point réellement les revenus de l'Empereur, parceque les conquêtes lui couteroient beaucoup plus qu'elles ne lui aporteroient ; et qu'au contraire la Signature tripleroit sûrement et dans peu son revenu domestique, et le tripleroit sans aucune peine par le seul retranchement qu'il seroit dans l'ordinaire de la dépense
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militaire qui se fait en tems de Paix.
Donc, par la signature des cinq Articles, les Revenus domestiques de l'Empereur et ceux de ses Sujets augmenteroient réellement beaucoup davantage que par la non-signature, ce qu'il faloit démontrer.
SUR LA DUREE DE LA MAISON D'AUTRICHE
sur le Trône.
Il ne reste plus aujourd'hui que l'Empereur de mâle de l'illustre Maison d'Autriche, qui depuis plus de quatre-cens-cinquante ans occupe si dignement le Trône Impérial. Il peut laisser des Mâles, il peut aussi mourir sans en laisser ; et en ce cas il doit souhaiter que les dispositions testamentaires qu'il fera pour ses Etats, pour l'Empire, soient suivies, ce sont deux cas très-différens, mais tous deux lui sont très-importans. Or nous allons voir que dans les deux cas il a beaucoup plus d'intérêt de signer, que
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de ne pas signer les cinq Articles fondamentaux.
Supposons présentement qu'il laisse des Mâles, et qu'il désire d'assûrer à sa Maison ses Païs Héréditaires et le Trône Impérial ; c'est un désir très-naturel, et personne ne disconvient qu'un des principaux intérêts qu'ait l'Empereur, c'est d'augmenter autant qu'il pourra la sûreté qu'il peut déja avoir de conserver ses Etats et sa Couronne Impériale à sa Postérité Masculine.
RAISONS DU JEUNE COLO- NEL CONTRE LA SIGNATURE,
par raport à la durée de la Maison d'Autriche sur le Trône.
LES Maisons Souveraines ont d'autant plus de sûreté de conserver durant plus de siècles leurs Souverainetés contre leurs Ennemis du dehors, qu'elles sont plus puissantes
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que leurs Voisins ; et quand une Maison est parvenuë à être très-puissante, elle ne craint point d'être attaquée par aucun Voisin en particulier ; et ses Voisins ne songeront jamais à se liguer pour faire sur cette Maison des Conquêtes, parce que d'un coté ces Conquêtes seroient fort incertaines, et de l'autre elles leur couteroient trois fois plus qu'elles ne leur vaudroient ; et puis ils se diviseroient bien-tôt sur le partage de ces Conquêtes communes, et sur leurs contributions reciproques. Ainsi la meilleure méthode que puisse prendre l'Empereur pour conserver sa Maison sur le Trône, c'est de l'agrandir par des Conquétes au point qu'elle soit beaucoup plus puissante qu'aucune autre. Donc l'Empereur doit s'opposer à la signature d'un Traité qui est entièrement opposé à ses Conquêtes.
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REPONSES ET RAISONS DU VIEUX MAGISTRAT,
pour la Signature.
1. IL y a pour les Maisons Souveraines deux fortes d'Ennemis à craindre, les Conspirateurs ambitieux et mécontens au dedans, et les Princes ambitieux et belliqueux au dehors : Or si l'Empereur songe à de nouvelles Conquêtes, il s'attirera beaucoup d'Ennemis au dehors, qui auront grande raison de s'unir pour leur conservation mutuelle contre son agrandissement. Donc on peut juger qu'il n'est pas vraisemblable qu'il s'agrandisse, malgré les Ligues.
2. Je dis que l'Empereur, dans le tems de grandeur où il est aujourd'hui, mettra sa Maison beaucoup plus en sûreté par la signature, qu'il ne la mettroit en sûreté en refusant de signer, et en faisant entendre par ce
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refus qu'il veut conquérir et faire valoir ses anciennes prétentions au préjudice de ses Voisins ; parce que, dans le cas de la signature, tous les Etats moins puissans se ligueroient volontiers avec lui pour leur propre conservation et pour la sienne : C'est qu'alors ils seroient sûrs qu'il ne songe plus à s'agrandir à leurs dépens, au lieu que dans le cas de la non-signature ils se ligueroient sûrement contre lui. Donc en renoncant à ses prétentions, il ne renonce à rien qui lui serve à augmenter la sûreté de la durée de sa Maison sur le Trône : Au-contraire il augmenteroit cette sûreté pour la Ligue générale, qui seroit toujours armée pour lui comme pour chacun des autres Alliés.
3. Je suppose que l'Empereur fasse encore plusieurs Conquêtes en Hollande, en France, en Italie, en Hongrie ; je dis que ses Conquêtes ne peuvent pas préserver Sa Maison de tomber dans diférens afoiblissemens, comme minorités, caducités, imbécillité d'esprit de ses Successeurs : Or dans ce cas, il se formera des Partis,
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et l'on verra des Guerres Civiles dans ses Etats, les conjonctures seront favorables pour les entreprises contre cette Maison, tant au dedans qu'au dehors : Et il faut bien remarquer que pour les entreprises du dedans, il ne sert de rien à la Maison Souveraine d'avoir un Etat beaucoup plus puissant que les Etats voisins ; puisque les Conjurés et les Revoltés se servent de cette même supériorité de puissance pour s'établir plutôt et avec plus de solidité, malgré des Voisins foibles.
4. Quel seroit le principal effet d'une Alliance Perpétuelle pour la conservation reciproque des Maisons des Alliés ? Ce seroit de dissiper par la force toutes les entreprises, ou d'anéantir par la crainte qu'elle inspire tous les commencemens de Conspiration ; car personne, s'il n'est entièrement fou, ne conspire sans espérance de jouïr du succès de sa Conspiration ; et nul homme tant soit peu sensé, dans le cas de l'établissement de la Ligue générale, ne peut jamais avoir aucune espérance de réussir dans une Conspiration contre une Maison Souveraine
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unie à la Ligue générale ; puisque ce seroit conspirer contre l'Europe, et que les Conspirateurs ne peuvent pas espérer de devenir plus forts eux seuls que toute l'Europe.
5. Non seulement l'Empereur peut craindre les afoiblissemens qui peuvent venir ou du Prince règnant, ou de plusieurs Princes qui auront règné de suite, ou du décréditement des Règlemens mal observés, ou de l'anéantissement des bons Etablissemens qui se ruinent journellement par des intérêts particuliers opposés aux intérêts du Public et du Souverain : Mais il peut craindre encore avec fondement que la Postérité des Princes ses Voisins ne se fortifie ou par des Qualités personnelles, ou par de bons Règlemens bien observés, et par de nouveaux Etablissemens très-avantageux.
Ceux qui connoissent un peu l'Histoire de l'Europe savent par l'expérience, combien ces Changemens en bien et en mal dans les Etats et dans les Princes sont possibles, et qu'ils sont dans la nature des choses humaines. [p. 88]
Or le seul moïen de les prévenir n'est-ce pas de former un Etablissement solide, tout-puissant, immortel, qui suplée aux diférentes variations qu'aporte dans les Etats la diférence de ceux qui les gouvernent successivement ?
6. Je suppose que dans cent ans, par le succès des batailles dans le sistême de la Guerre, la Maison d'Autriche soit devenue la maîtresse de l'Europe entière ; que la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce, la Hongrie, la Pologne, la Moscovie, l'Allemagne, la Suède, le Danemarc, la Hollande, l'Angleterre, ne soient plus regardés que comme des Provinces de son Empire : Auguste, Trajan, Constantin, Théodose, Justinien même, ont eu un Empire encore plus étendu ; mais que l'on fasse attention à la durée des Maisons Impériales, et aux funestes catastrophes des Empereurs.
Que l'on ne se borne pas aux faits, que l'on fasse attention aux causes de tant de Maisons Impériales bouleversées, de tant de meurtres, de tant d'empoisonnemens commis contre les
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Personnes et contre les Familles des Empereurs ; et l'on verra d'un coté que les Maisons Impériales n'ont pas duré sur le Trône 25 ans l'une portant l'autre, que les causes de cette destruction sont nécessaires, et telles que l'on ne peut jamais y aporter aucun remède : Ainsi il y auroit à parier le double contre le simple, que si la Maison d'Autriche étoit parvenuë à l'Empire de l'Europe dans cent ans en 1828, cette Maison seroit détrônée et entièrement anéantie 50 ans après.
Or cette Maison, et toute autre Maison Souveraine qui par le secours de ses diférentes branches peut durer plus de mille ans dans la Souveraineté d'une partie de l'Europe, ne perd-elle pas beaucoup à ne durer que 25 ans sur le Trône de l'Europe entière ? Y a-t-il de la proportion ?
Mais voïons qu'elle est la cause de la ruine des Maisons Impériales qui gouvernoient l'Europe entière, examinons si l'on ne peut trouver de préservatif suffisant contre un pareil malheur. Cette cause c'est l'ambition
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naturelle aux Hommes, c'est un désir violent de s'agrandir, c'est la crainte d'être prevenu et de sucomber sous les coups des Envieux et des Calomniateurs.
Or il est impossible d'empêcher que ces désirs et ces craintes ne naissent et ne deviennent trop violens dans tous les siècles, sur-tout dans les Cours des Souveraius puissans, et dans un grand nombre de Courtisans rivaux de fortune. Ces désirs et ces craintes ne peuvent jamais être retenus que par une crainte plus forte, comme seroit celle de se perdre infailliblement soi-même et sa famille.
Or un Homme peut-il jamais être tenté de conspirer contre son Souverain pour se mettre une Couronne sur la tête, s'il voit qu'il a seulement dix Souverains voisins et puissans ligués pour leur conservation mutuelle, et pour protéger les malheureux restes d'une Famille Roïale échapée d'une Conspiration, et à poursuivre vivement la punition du Conspirateur ? Mais cette crainte ne sauroit plus naître dans l'esprit des Hommes ambitieux,
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s'il n'y a plus de Souverains voisins et puissans ligués pour leur mutuelle conservation. Or dans la supposition de l'Europe soûmise à un seul, ce Souverain n'auroit plus en Europe de Voisins qui pûssent protéger ses Descendans ou les Princes de son Sang, ni venger sa mort ; parceque Lui ou ses Prédécesseurs auroient pris grand soin de détruire, et d'anéantir tous les Souverains d'Europe.
Cependant plus l'objet est grand, plus il excite de Conspirateurs, plus il les encourage à entreprendre. Il est même impossible que les Empereurs ne craignent ou leurs Frères ou leurs Parens, et cette crainte a poussé souvent des Empereurs barbares à s'en défaire, et s'opposer ainsi eux-mêmes à la durée de leur Maison. La crainte réciproque qu'avoient les Cadets d'être sacrifiés à la défiance du Souverain, les a poussé à tuer leur Aîné ; car souvent ce n'est pas tant l'ambition qui arme les Conjurés, que la crainte d'être bientôt prevenus et mis à mort.
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D'un autre coté, il est impossible qu'un Empereur n'ait des Ministres, des Généraux, des Favoris ; il est impossible qu'il ne leur communique son Autorité, et qu'il ne leur confie ses Armées. Or ces Ministres, ces Généraux, ces Favoris sont des Hommes presque toujours ambitieux. Que peut-on attendre d'une passion aussi vive que l'ambition, quand elle ne peut être retenue par le frein de la crainte. Ainsi plus l'Empire sera étendu, plus les Conspirations contre l'Empereur et contre la Maison Impériale seront faciles et fréquentes : ainsi le danger de la ruine de cette Maison croît à proportion que croît cette élevation ; ainsi cette Maison ne sera jamais plus proche de sa ruine, que lorsqu'elle aura détruit toutes les autres Maisons Souveraines.
Qu'un Descendant de cet Empereur soit peu utile, peu laborieux, livré à ses plaisirs, méprisé par ses Sujets ; un Général hardi, heureux, accrédité à la Cour, armé des Officiers et des Soldats, se fera proclamer Empereur par son Armée, il
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marchera vers la Capitale. Une Tête ôtée, le voilà maître de l'Empire, et il n'a point à craindre d'être lui-même détrôné par les Souverains voisins.
Qu'une Impératrice Régente devienne éprise de quelqu'un des Grands de sa Cour, habile, hardi, adroit, il se fera bientôt des Créatures, il épousera l'Impératrice, il fera périr en prison les Princes du Sang sous prétexte de Conspirations, empoisonnera l'Empereur, s'emparera du Gouvernement, et voilà une nouvelle Maison Impériale qui s'établit sur la ruine de celle qui avoit détruit toutes les autres Maisons Souveraines.
Qu'un Empereur d'Europe laisse en mourant la Régence à un Prémier Ministre pour l'ôter à un Frère, à un Parent, dont il soupçonne la fidélité ; ce Ministre gagnera à loisir les principaux Officiers des Armées et du Conseil, il les attachera à sa fortune, il fera périr tous les Princes du Sang Impérial et le Mineur lui-même, et se mettra ainsi facilement la Couronne Impériale sur la tête.
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Ce ne sont pas ici de pures possibilités, ce sont des faits arrivés, on n'a qu'à ouvrir les Histoires de toutes les Nations pour voir que ce sont des réalités ; il n'y a qu'à ouvrir l'Histoire des Césars, d'Hérodien, pour voir qu'en soixante ans il y a eu quatorze Maisons Impériales chassées du Trône, et anéanties l'une par l'autre. Qu'on examine les divers bouleversemens des autres Maisons Impériales depuis Constantin jusqu'à la Maison des Paléologues, à qui Mahomet Second ôta l'Empire Grec, on en verra plus de 50 diférentes qui ont toutes été bouleversées les unes par les autres, par des Conspirations de Ministres, de Généraux, de Favoris contre leurs Maîtres ; de sorte que l'on peut dire qu'en douze-cens-ans chaque Maison Souveraine, l'une portant l'autre, n'a pas duré 24 ans. Cela paroît incroïable, cependant cela est très-réel.
Pour prophétiser sûrement ce qui arrivera à la Maison de cet Empereur d'Europe, il ne faut que lire ce qui est déjà arrivé aux Maisons de semblables Monarques ; on trouvera
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que l'unique cause du renversement de leur Maison, c'est qu'en mourant ils n'ont point laissé dans leurs Voisins de Protecteurs suffisamment puissans pour leurs Enfans. Où en auroient-ils pu trouver, eux qui n'avoient pas d'autre but que d'anéantir leurs Voisins, et qui en les détruisant détruisoient sans y penser les seuls véritables Protecteurs immortels de la Maison Impériale.
Il est certain qu'un Empereur devenu maître de l'Europe sera parvenu à n'avoir plus d'Ennemis à craindre au dehors, mais il sera par la même voie parvenu à multiplier et à fortifier au dedans les Ennemis de sa Maison ; et à-mesure qu'il a détruit les uns, il a rendu les autres plus nombreux et plus formidables.
L'Ambition est une passion qui produira toujours, dans de semblables conjonctures, de semblables effets. D'ailleurs le Conspirateur n'a pas toujours l'ambition pour unique motif, c'est la vengeance, et souvent même c'est la crainte d'être bientôt prevenu
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et détruit ; et alors c'est pour se conserver qu'il se détermine à perdre son Maître, et à tenter les périls de la Conspiration.
Telle est la nécessité qu'il se forme un grand nombre de Conspirations diférentes, ce sont des maladies mortelles pour les Maisons des Empereurs, et il n'y peut jamais avoir aucun préservatif qui puisse les rassurer contre ces accidents. Voilà donc un inconvénient certain, terrible pour la Maison du Monarque de l'Europe, et un inconvénient sans remède.
Voilà cependant l'abîme où conduit une ambition démesurée et mal entenduë, voilà où conduiroient ces désirs de Monarchie de l'Europe. Or est-il sensé, quand une Maison est déjà fort élevée au dessus de la plupart des autres, de désirer de la porter si haut que son élévation excessive en cause infailliblement la ruine totale, et la mort de tous les Ministres qui la composent vingt-cinq ans après cette élévation excessive. Et que ne diroit-on pas de la folie d'un Homme qui, pour avoir l'honneur
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d'avoir bâti un Palais dix fois plus haut que le plus haut Palais de Vienne, de Paris, de Madrid, de Londres, le verroit tomber dix ans après ? Il faut de la proportion aux fondemens, et il n'y a en Politique de fondemens solides et durables que des Sociétés immortelles.
Il n'en est pas de-même des agrandissemens de la famille d'un Particulier, son élévation n'en sauroit causer la ruine ; parcequ'elle est toujours apuiée et protégée par des Loix qui sont elles-mêmes soûtenuës par l'autorité d'une Société permanente, et par les forces entières d'une Société immortelle. Mais pour ce qui est d'un Empereur d'Europe, quelle protection peut-il attendre des Loix, quand le Conspirateur se met au-dessus des Loix, en se saisissant des Rênes de l'Empire ?
Ces Considérations conduisent naturellement à un raisonnement simple, qui est sans replique. Car ou les Espérances d'agrandissement de Territoire sont très-vastes dans l'Empereur, ou elles ne sont que médiocres.
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Si elles sont très-vastes, et que l'Empereur désire la Monarchie de l'Europe, elles sont très-mal fondées par les obstacles qu'y aporteront ses Voisins. Mais qu'elles soient bien fondées, je le veux, je suppose que le succès réponde dans cent ans à ses désirs, ne voit-il pas que sa Maison sera bientôt après bouleversée, et entièrement anéantie par ses propres Sujets ? Or désirera-t-il de renverser, d'anéantir lui-même sa Maison qui dure avec tant d'éclat depuis si long-tems ? Désirera-t-il de procurer ainsi l'établissement de cent autres Maisons Impériales de basse naissance, qui étoufferont même tout souvenir de la sienne dans la Postérité ?
Si ses Espérances sont médiocres, et qu'il compare l'Objet de ses désirs, qui est même fort incertain et qui lui coutera plus qu'il ne vaut, avec les Equivalens que lui offrent ses Voisins amateurs de la Paix, c'est-à-dire avec les neuf espèces d'Avantages réels, certains et présens qu'il tirera d'une Paix perpétuelle, et
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sur-tout avec la sûreté entière de la durée perpétuelle de sa Maison sur le Trône.
7. Il seroit à désirer pour l'Empereur de rendre la Dignité Impériale héréditaire dans sa Maison. Or s'il consentoit de son coté que la Grande Alliance demeurât garante de l'exécution entière des Capitulations Impériales, il pourroit facilement obtenir que les Princes Allemands consentiroient volontiers de leur coté que cette Dignité fût desormais héréditaire dans sa Maison. C'est que ces Princes, en renoncant à la prétention de mettre la Dignité Impériale dans leur Maison, tant que dureroit la Maison d'Autriche, renonceroient à peu pour obtenir beaucoup ; car ils aquerroient par l'établissement de la Grande Alliance des équivalens incomparablement plus avantageux que cette espérance.
8. Ce qui fait durer les Maisons, c'est d'en marier de bonne heure les Mâles, et de ne les point exposer aux périls de la Guerre. Et qui doute que si tous les Mâles de la Maison d'Autriche, seulement depuis Charles-Quint,
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au lieu de se jetter dans le Célibat Ecclésiastique, avoient été mariés de bonne heure, il n'en restât encore plusieurs aujourd'hui ? Or 1. dans la supposition de la Signature, il n'y auroit ni Guerres Civiles ni Guerres Etrangères entre les Nations Chrétiennes. 2. Comme les Souverains auroient un revenu beaucoup plus grand, ils pourroient marier tous leurs Enfans mâles de bonne heure, avec de gros revenus et sans craindre de Guerres Civiles entre les diférentes branches de leurs Maisons. 3. Comme le Revenu de leurs Sujets augmenteroit tous les ans par la continuation et par l'augmentation du Commerce, et par d'autres causes ; il est visible que le Subside de l'Etat étant une partie aliquotte et proportionnelle, par exemple la dixiême partie du Revenu des Sujets, et le Subside de la Maison du Prince étant une autre partie aliquotte et proportionnelle, comme la dixiême partie du Subside de l'Etat, le Subside de l'Etat ne pourroit augmenter tous les ans, sans que le Revenu de la Maison du Prince n'augmentât en
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même proportion ; et cette augmentation donneroit ainsi à l'Empereur facilité entière de fournir magnifiquement aux diférens établissemens de tous ses Enfans.
RAISONS DU JEUNE COLO- NEL CONTRE LA SIGNATURE,
dans le cas des Dispositions Testamentaires.
L'Empereur qui n'a quant à présent que des Princesses, doit sagement pourvoir à l'établissement de ses Gendres ; il ne le peut que par un Testament dans lequel, en cas qu'il ne laisse point d'Enfans mâles, il dispose de ses Etats après sa mort, selon son goût et son inclination. Or s'il y avoit une Alliance presque générale entre les Souverains d'Europe dans laquelle il ne seroit point entré, il auroit beau disposer de ses Etats selon son inclination, il pourroit facilement
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arriver que, par le crédit et l'autorité de cette Alliance, ses dispositions ne seroient pas suivies. Il est donc de son intérêt de traverser la formation de cette Alliance.
REPONSES ET RAISONS DU VIEUX MAGISTRAT,
pour la Signature.
LA Formation de cette Ligue générale seroit au-contraire un évènement très-désirable pour l'Empereur, car il pourroit facilement obtenir de la Grande Alliance, en contribuant à la former, qu'elle se rendroit garante de l'exécution de telles Dispositions Testamentaires, en cas de mort sans Postérité masculine. Et l'on voit assez que sans une pareille garantie, toute puissante et immortelle, il ne pourroit jamais avoir aucune sûreté suffisante que ces Dispositions
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fussent long-tems exécutées.
Conséquences.
On peut donc faire ce raisonnement.
Si par la signature des cinq Articles l'Empereur se fait une réputation beaucoup plus étendue, beaucoup plus durable, et incomparablement plus précieuse.
Si par cette signature il est sûr d'augmenter beaucoup plus, en peu de tems et sans fraix et sans risques, ses revenus domestiques et ceux de ses Sujets.
Si par cette signature la sûreté de la durée perpétuelle de sa Maison sur le Trône, et l'exécution de ses dispositions Testamentaires devient beaucoup plus grande que par la non-signature, ne peut-on pas dire avec vérité qu'à tout prendre la signature des cinq Articles est incomparablement plus dans les vrais intérêts de l'Empereur que la non-signature ? qu'il n'a par conséquent aucune Négociation si importante à commencer, et que s'il suit ses plus grands
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intérêts il en sollicitera vivement la consommation dans toutes les Cours de l'Europe.
Or ne voit-on pas avec évidence, par les considérations précédentes, que par la signature des cinq Articles l'Empereur se feroit une réputation plus étenduë, beaucoup plus durable, et incomparablement plus précieuse que par la non-signature ?
Qu'il seroit sûr d'augmenter beaucoup plus en deux ou trois ans, sans fraix et sans risques, ses revenus domestiques et ceux de ses Sujets.
Que par cette signature il avoit beaucoup de sûreté de la durée de sa Maison sur le Trône, en cas qu'il laisse Postérité Masculine.
Qu'il auroit sûreté incomparablement plus grande de l'exécution de ses Dispositions Testamentaires pour la succession de ses Etats, que par la non-signature.
Donc on peut dire avec vérité que la signature de ces cinq Articles est, à tout prendre, incomparablement plus dans le vrai intérêt de l'Empereur, que la non-signature.
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Donc il n'a point de Négociation si importante à commencer.
Donc s'il suit ses plus grands intérêts, il en sollicitera vivement la consommation dans toutes les Cours de l'Europe. Et n'est-ce pas la troisiême Proposition que je m'étois proposé de démontrer ?
QUATRIEME PROPOSITION.
La Négociation la plus importante au Roi de France est de faire signer le Traité Fondamental au plus grand nombre de Souverains.
Il me reste à faire quelques Observations pour montrer le vrai intérêt du Roi de France, le plus puissant Souverain de l'Europe, et issu de la plus ancienne Maison Souveraine qui soit et qui ait jamais été sur la Terre. Je les mettrai en abrégé, parcequ'il en a été parlé assez amplement dans les trois tomes du Projet de Paix Perpétuelle proposé par Henri IV, quatriême Ayeul du Roi Louis XV à présent règnant, et qui
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mourut en 1620. en travaillant à former entre les Nations Chrétiennes ce merveilleux Etablissement.
Il ne faut pas disconvenir qu'un grand Etat comme le Roïaume de France n'ait moins à craindre, que les Etats moins puissans, des malheurs que causera à l'Europe la non-signature des cinq Articles Fondamentaux. Il ne faut pas disconvenir qu'un Souverain très-puissant ne renonce par la signature à des prétentions plus grandes et mieux fondées, que les Souverains moins puissans.
Il ne faut pas disconvenir non plus que ces Prétentions, quoique fort incertaines pour l'évènement et fort couteuses pour le faire réüssir, ne doivent cependant être estimées quelque chose de considérable. Mais ce que je prétens montrer par ces observations, c'est que les Equivalens que la signature produiroit au Roi et au Roïaume de France valent réellement dix fois, vingt fois mieux que ces Prétentions en l'état qu'elles sont.
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AVANTAGE I.
Grande augmentation du revenu du Roi par la diminution de la dépense ordinaire militaire.
La France en tems de Paix, pour se tenir seulement sur ses gardes, fait tant sur Terre que sur Mer pour plus de quarante-huit milions de dépense ordinaire militaire. Il ne faudroit pas 24. milions tant pour païer son contingent à la Société, que pour l'entretien du reste des Troupes nécessaires pour la parfaite sûreté du Roïaume : Et cependant l'Etat, avec douze milions de Contingent et douze milions en Troupes, dans le sistême de la Signature seroit infiniment plus en sûreté, qu'il n'est avec les quarante-huit milions en Troupes dans le sistême de la Non-signature ; parcequ'il n'auroit plus rien à craindre de ses Voisins, mais uniquement des Voisins des frontières de l'Europe. Et ces Voisins seroient nécessairement toujours en paix avec la Grande Alliance, parcequ'elle seroit
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dix fois plus puissante qu'aucun d'Eux.
Un milion de livres font, présentement en 1728, vingt-mille marcs d'argent à 11. deniers de fin à 50<ATTillisible> le marc.
Il resteroit donc au Roi 24. milions d'épargne tous les ans par la Signature, dont il pourroit emploïer une moitié à rembourser les capitaux des dettes de l'Etat, conserver et augmenter ses dépenses domestiques et les pensions des Princes, des Princesses, des Ministres, et pour augmenter le fonds de sa cassette soit pour ses libéralités, soit pour les dépenses de pure fantaisie.
Par la Signature il augmenteroit donc d'un coté infiniment la sûreté de sa Personne et celle de son Etat, et de l'autre il y gagneroit 24. milions de rente pour un seul Article. Prémier Equivalent très-avantageux, en comparaison des prétentions auxquelles le Roi renonceroit par la Signature.
On comprend assez que ses Voisins desarmeroient en même tems et en même proportion que lui, et que
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les Commissaires de la Société Europeine, en faisant deux fois l'année la revuë des Troupes de chaque Prince, empêcheroient pour la sûreté de tous les Alliés tous armemens nouveaux dans l'intérieur de l'Europe, sans le consentement de l'Alliance Générale.
AVANTAGE II.
Exemtion de la Dépense militaire extra- ordinaire durant la Guerre.
La Dépense des années de guerre a doublé et même triplé en cent ans, tant pour la France que pour les autres Etats ; parceque le nombre des Troupes et des Places a doublé et triplé, et par conséquent les Subsides extraordinaires ont doublé et même triplé. Et comme l'on peut du passé conclure pour l'avenir, on peut juger que cette Dépense extrordinaire ira toujours en augmentant.
J'ai ouï feu M. le Maréchal de Vauban estimer à 60 milions de livres à 32 le marc d'argent, les Dépenses annuelles de la dernière Guerre
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commencée en 1701 : De sorte que si par l'expérience du siècle passé l'on compte que dans la Constitution présente de l'Europe en cent ans il y en aura environ cinquante en Guerre, on peut estimer la Dépense extraordinaire militaire à 30 milions tous les ans, que l'Etat païe ou emprunte à intérêt.
Diminution de 30 milions de depense par an, second Equivalent très-considérable pour les Sujets et par conséquent pour le Roi.
AVANTAGE III.
Perte causé |