Titre   Le coup d'oeil purin... ou Abrégé de l'histoire mémorable à la postérité de la conduite, des caractères et des faits iniques de ceux qui composent le Conseil supérieur de Rouen...  
Auteur   -  
Publication   Tote : chez le Grand-père de Fiquet ; à Rouen : chez Perchel et de Préfelne, 1773. VIII-84 pages  
Original prêté par   Musée de Normandie (Caen) - Centre de documentation  
Cote   50.2.4  
Saisie et formatage par   Dataland  
Pour le compte du     Centre régional des Lettres de Basse-Normandie  
Mise en ligne le   7 août 2005  
     
       

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Le coup d'oeil purin...
ou Abrégé de l'histoire mémorable à la postérité de la conduite, des caractères et des faits iniques de ceux qui composent le Conseil supérieur de Rouen...


AVERTISSEMENT.

     L'Empressement avec lequel le Public a recherché le Coup d'Oeil Purin, en fait assez connoître le mérite et la beauté.

     Un singulier événement nous en a procuré l'Original & une Lettre, dont copie ci-après.

     On nous demandera sans doute, (car il est des curieux) quel est cet événement.

     Nous nous conformerons en cela à la loi des Perses sur l'obligation de céler le secret. Que de choses seroient inconnues, si cette loi avoit lieu parmi nous ! Nous nous contenterons d'avertir les Maîtres d'être plus circonspects en présence de leurs domestiques. Ils sont à plaindre, dira quelqu'un, d'être obligés de servir. D'accord, c'est même un devoir de ne les pas traiter en esclaves, & il est inouï qu'ils soient quelquefois exposés à être les victimes innocentes

[p. ii]

des crimes d'autrui, ce qui cependant n'est pas sans exemple, comme on le verra par un fait de Perchel, rapporté dans le précis de son Histoire. Mais parler d'affaires secretes devant un domestique que l'on a aujourd'hui & qui peut-être a pris le parti de s'en aller demain, voilà de ces imprudences qu'on ne peut excuser, qui cependant nous ont été avantageuses, puisqu'elles nous ont procuré ce que nous desirions depuis long-tems avec ardeur. Que la personne qui a donné lieu à cet événement soit aussi prudente que nous, elle ne sera point compromise.

     Voici la copie de la Lettre mentionnée ci-dessus.

     " Vous me demandez, Monsieur, des nouvelles de notre Conseil Supérieur..... Il se rend de plus en plus méprisable à tout le monde, si ce n'est à Madame de la Chesnaie, qui se glorifie d'en avoir toujours quelques-uns à ses côtés.

     On est fort satisfait de notre Archevêque ; il méprise beaucoup notre Conseil

[p. iii]

Supérieur ; ..... mais un de ses Prêtres, qu'on dit être Vicaire à Rouen, clabaude fort souvent contre les Parlemens, quoiqu'il aie demeuré long-tems chez le Président de Bayeul, étant Précepteur des enfans de ce digne Magistrat : c'est une ingratitude..... On laisse à juger quelle estime on doit faire d'un tel homme......

     Monsieur de MIROMESNIL, admirable par ses grands talens, & très-courageux Citoyen, convoqua chez lui tous les Magistrats du Parlement avant leur exil ; là ils firent & signerent tous une Protestation digne des plus grands éloges..... deux d'entr'eux, Normanville & l'Abbé Perchel...... ont entré honteusement dans le Conseil Supérieur...... On a enlevé du Greffe cette belle piece......

     N'aura-t-on jamais, dites-vous, le Coup d'Oeil Purin complet ?... Oui, Monsieur. J'ai l'Original qui m'a été remis par l'Auteur, qui m'a confié son Manuscrit..... j'en ai tiré une copie avec la plus grande

[p. iv]

attention..... Il exige la plus parfaite exactitude par la maniere avec laquelle il est orthographé..... Il contient des Notes, très-nécessaires pour l'intelligence du langage vicieux du petit peuple d'un quartier de Rouen.... j'en ai ajouté d'autres, qui, je crois, feront plaisir au Lecteur...... j'en ai fait confidence à un ami qui m'a aidé dans la recherche des faits dont est composé le Précis de l'Histoire de Perchel, Procureur Général, & de Préfelne, Membre du Conseil Supérieur..... Je n'ai inséré aucun fait dont je n'aie la plus parfaite certitude..... Je me suis interdit la fonction de Frere quêteur, dans la crainte de tomber dans les griffes de Perchel.... Je préférerois de me trouver aux prises avec un chien, car en criant, je pourrois avoir du secours ; mais Perchel.... vindicatif, me feroit goûter de l'in pace des Moines, & je n'ai nulle vocation pour cette solitude inaccessible......

     En transcrivant cet Ouvrage, j'en ai

[p. v]

admiré la beauté...... L'Auteur, selon moi, mérite autant de louanges que ceux de la Muse Normande & des Sarcelles.... Il doit être mis au nombre des grands Poëtes, d'avoir trouvé, dans un Jargon, l'art de faire des vers en belle & parfaite versification, qui présentent un tableau naturel & si parfait du Conseil Supérieur, que tous ceux qui le voient en sont enchantés.

     Vous verrez, Monsieur, dans la conduite de Perchel & de Préfelne, quelles vexations ils ont exercés envers tant de de généreux Citoyens.

     Comme tous les âges ont donné naissance à des hommes méchans, qui ont attenté aux Loix fondamentales de l'Etat, seul moyen de réussir dans leurs iniques projets, tels que sont Maupeou & ses partisans, de même aussi tous les âges ont produit des hommes vertueux, qui ont tout sacrifié pour s'opposer à l'iniquité, & pour la défense de ces mêmes Loix ; tels sont MM. DE MIROMESNIL, dont se

[p. vi]

trouve dans cet ouvrage un précis de leur constance.

     Vous dites, Monsieur, que vous avez un grand desir de faire imprimer Le Coup d'Oeil Purin..... Avant que de le mettre à l'impression, je crois qu'il seroit nécessaire de réviser ce qui est en prose : car je n'ai pas la manie de vouloir passer pour Auteur..... vous y trouverez sans doute des fautes de diction.... je vous laisse toute liberté de corriger, pourvu que vous ne changiez pas le sens des faits, qui sont tous de la plus exacte vérité. Quant aux vers, il n'y faut rien changer : vous pouvez en conférer avec notre ami.....

     Notre Conseil Supérieur s'est installé le 7 Décembre 1771 ; on a près de quatre cens pieces, tant en vers qu'en prose, qui ont paru contre lui..... Après que vous aurez fait imprimer cet Ouvrage, je pourrai vous envoyer tout le Recueil.

     On parle beaucoup de la rentrée des Parlemens.... M...., Conseiller au Parlement, m'a dit que c'est une chose arrêtée.....

[p. vii]

Il paroît n'en point douter..... Nous perdrons, ajoute-t-il, M. de MIROMESNIL...... Il est beaucoup question de lui donner une place distinguée dans le Ministere..... Si le Chancelier avoit le sort d'Aman, dont il a la fierté, & que le Roi, jettant un regard favorable sur ce digne Magistrat, (méprisable selon Perchel) le plaçât comme un autre Mardochée, toute la France seroit dans la joie & l'allégresse ; & toute l'Europe rétentiroit de cet évenement. Amen, amen. "

     " Je vous dirai de plus, Monsieur, que si notre Parlement n'a pas eu pour Procureur Général, un Magistrat aussi célebre par ses malheurs, que M. de la Chalotais ; au moins il peut se féliciter d'avoir vu M. de Belbeuf, son Procureur Général, partager avec lui sa dispersion & son exil avec un attachement inviolable.....

     Si les bornes étroites d'une Lettre, me permettoient de vous faire une légere esquisse de tous les bouleversemens que M. de Crosne, notre Intendant actuel, fait faire, ou

[p. viii]

au moins autorise, vous en seriez frappé à un tel point, que vous regretteriez, avec tous les habitans de notre Généralité, M. de la Michaudiere, son beau-pere & son prédécesseur, dont l'administration patriotique lui avoit concilié tous les coeurs : jusques-là même que MM. de la Chambre du Commerce de cette ville, étoient très-flattés de le voir Présider leur Compagnie dans les affaires les plus épineuses. "

[p. 1]

LE
COUP D'OEIL PURIN,
OU
CONVERSATION
ENTRE QUATRE PERSONNES
DU BAS PEUPLE
DE LA VILLE DE ROUEN.

A NOS MANGERIAS
D'SU CONSEIL SUPERIEUX.

       T'NÉ, por's [1] galopins d'Supérieux,
     Vo m'faites pitiei, si faut vo l'dire ;
     Car margré tout ch'qua fait not' Sire
     Et sen quien d'Morpou, pou vot' mieux ;
     I n'ont fait que d'vilains Mousieux,
     Dont l'pus mendre [2] ne s'feint d'rire.
     Vo r'semblé na l'asne à Touilleux,
     Qui n'est bonn à rôtir, ni frire.

[p. 2]

       Mais ch'est point oncor l'a l'pus pire.
     Ecouté-mai, por's Godmichés : [3]
     Su Conseil, où qu'vo v'là nichés,
     Où qu'chécun d'vou fait l'coqsidrouille ; [4]
     Zà queuqu' matin, pou vo péchés,
     S'nira honteux pa l'Batiau de Bouille. [5]
     Et pi vo v'là benn avanchés,
     L'Conseil a fait brouei d'andouille : [6]
     Car j'véyon benn, s'lon not' calcul,
     Qu'su Morpou qui vo fait tant d'fêtes,
     Queuqu' jour éra d'la pelle au cul,
     Et l'Berquer gluc, adieu sé bétes.
     Il arrive d'zervolutions, [7]
     S'lon que l'disoit défunt not' pére ;
     Et queuqu' ébahis [8] que j'en sions, [9]
     L'est ben pus l'sien qui n'siatend guére.
       V'là qui faut que j'vo nourissions.... [10]

[p. 3]

     Hé ! j'tiron-t'i d'vou queuqu' service ?
     Ch'est, disent dé gueux d'brinborions,
     Qu' ch'est pou no rendre la Justice
     Grascuite.... [11] Hé ! oui mordié, j'ten ponds ; [12]
     Au cul d'not' quien du pain d'épice.
       Ch'étoit l'zancians qui la rendoient
     Et cheux-là ch'étoit pusque d'zhommes :
     Ben en lieu que j'lé nourissiommes,
     Ch'étoit eux qui no nourissoient.
       Guaité par cha la belle b'songne
     Qu'o zé faite à su métier-là :
     Et pi plaigné-vous qu'no vo grongne.
     Net qu'tout chécun vo plante-là,
     Comm'si qu'o zétiés queuqu' charongne.
     Manche embrenei, [13] qu'est ch'qui l'empongne ?
     A vilain homme point de fla-fla, [14]
     Queuqu' fort, & queuqu' has [15] qu'il en hongne.
     S'galle tout seul, comm' dit stila,
     L'galant galeux qui la galle a.
     Ossite d'pus d'gagner vot' rongne,
     Chécun dit en vo véyant ; v'là

[p. 4]

     D'cé vilains ; halon-nous d'ilà.
       Muché-vous donn, je vo zen priye,
     Oui, muché-vou ; car en bonn fouai,
     Encontre vou tout chécun criye
     Qu'vo zavé trahi not' bon Rouai,
     Vendu s'honneur & not' Patrye,
     Et fait chent coups pus d'coquin'riye
     Qu'on s'roit dire ; & ch'est-là pourquouai
     Pou vo marquer tant qu'o vo zaime,
     J'avon conclu mai & Gorrinn,
     D'vo zoffrir su coup d'oeil Purinn,
     Où qu'vot' poutrait est à la craîme.
       Erdréché-vou donn, Mangerias ! [16]
     Za vot honneur j'on fait la piéche,
     J'sommes ben fachés si l'bât vo bléche,
     Mais, biaux hommes, Sergents d'Prias, [17]
     Ch'est raison qu'l'ouvrage s'adréche
     A qui fournit lé matérias :
     Ch'est de vot bouas que j'avon fait fléche.
       R'chevé l'tout comme j'vo l'offrons,
     D'bon coeur & poin d'mine revêque ; [18]

[p. 5]

     Autremenn je vo zapprendrons
     Que j'somm' eun' paire de lurons
     Qui s'appellent Gorinn & Blêque.

AVIS AU LISEUX.

     AMI Liseux, pou su coup-là,
     Dites, grand merci, no zi v'là :
     Pour vo contenter qu'à nou n'tienne.
       Vo chantiés tretous ; " Mais mordienne,
     J'néron-t'i poinn à queuqu' matinn,
     Su Gervais & su Gambolinn. [19]
     Ch'est cha, ventre, qu'est un jet-d'oeuvre ! [20]
     Tout en est ch'nu, bon & perfait,
     Et ch'que l'zautres quieux d'vers ont fait
     Au drait d'cha, ch'est b'songne d'manoeuvre... "
     J'vo crai benn ; mardié, j'avon l'tonn
     Quand ch'est que j'no zen dementonn. [21]
     No connoit l'ouvrier à l'oeuvre,
     L'Asne à l'oreille, au piei l'moutonn,
     Et not' fier Coup d'oeil au dictonn.
       " Satan quien, qu'cha fait eunn' bell' piéche !
     Disoient étou lé connoisseux
     D'not enclos, " faut que l'Composeux

[p. 6]

     Ait dans s'nincamo bien d'ladreche. "
     Hé Dam'vere, i n'na le fin gosseux ! [22]
     Chent coups, oui chent coups puss que piéche. [23]
     Ch'est un Luron du Porchequinn, [24]
     I fait sen ch'min sans qu'no l'radréche.
     Sous sen bonnet, i fait l'calinn, [25]
     Vo diriès à le vais, [26] ch'est eunn' béte ;
     Mais sous sen bonnet y a d'la téte :
     Et pi qui fait de si bon malinn,
     Ch'est ben juste qu'un chécun l'féte.
       " Mais j'barois [27] tout man saint Crêpinn, "
     Disoit Lundi l'Chaf'tier Rupinn,
     " Pour avé ste piéche-la moulaiye,
     Net mai l'dernier sout d'men frusquinn, "
     Réponnut su saulart d'Gobinn,
     " Quand je n'devrois maquer goulaiye,
     Ni d'trouais jours m'détremper l'boudinn. "
       Si ch'étoit comm' y a du frétinn,
     N'aim'roit-i pas mieux sa soulaiye ?
     Merque donn qu' ch'est du bon butinn ;
     Merque oncor qu' la piéche est salaye.

[p. 7]

       Ben pus, jusqu'à cé biau Mousieux
     Qu'ont l'putain cul ferrei d'eunn' tuette, [28]
     La jergonnoient à qui pus mieux,
     Et tretous l'avoient en pouquette.
     Queuq' miette ichitte, ila queuqu' brin,
     Chécun en ramassoit sa pêque,
     Et la fouroit à sen vézinn.
     Mais qu'estch' qu'avoit tout ? ch'étoit Blêque,
     Muchei dans s'nouvreux, y où qu'Plotinn
     Fut l'dénicher l'aut' hiés matinn. [29]
     Pendant qu'i m'édchinoit sa cranque [30]
     A la ferme aveuc Furibond,
     Su Soudart qu'est tireux de blanque,
     Mai, zet men compére le Blond,
     J'vo l'onn écrite tout du long ;
     Et v'là tout, sans que rien y manque,
     Aveuc dé notes par en sont [31]
     Que j'ion fourei no deux du Pont,
     Aindés d'su latineux la Planque,
     Pou lé ceux qui sont de queuqu' branque [32]
     Qui n'entend point not jars [33] à fond,
     Ch'est oncor cha d'neuf qu'no vo flanque.

[p. 8]

       Du reste à not' pus grand laisir, [34]
     J'on r'vu l'tout pou que rien n'grimache ;
     Et s'il est comme à vot' plaisir,
     Ami Liseux, grand bien vo fache.

APROBATION DÉ DOCTEUX.

     NOU soussignés à ste Crouas d'Pierre,
     Vivian Garnache, dit la guerre,
     Ancian Jurei-Maître Credeux,
     Et Garde du Pot-à-Pigneux ;
     Et Hennequin, dit Poussemiye,
     Tendeux à la rame, & Tondeux ;
     Tou lé deux de l'Académiye
     Du Clos-Saint-Marc & du Carfour [35]
     Du Porchequinn & d'la Vieux-Tour : [36]
     Étou d'la société de baire, [37]
     Comme

[p. 9]

     A faute de table emmi l'aire ; [38]
     Comme d'la sienne dé Grivouas,
     Du Dimanche, à l'Isle d'la Crouas [39]
       Nou donn, chouaisis pa l'assemblaiye
     Pour éxaminer cheux Gorinn
     Eunn' piéche en rime, enticulaiye [40]
     Pa l'Ecriseux, l'Coup-d'oeil Purinn :
     Après baire comme ch'est d'couteume,
     T'lavonn luye du bout en bout,
     Et j'onn erconnu tout par tout
     Qu'alle est d'un maitre joueux de pleume,
     Et digne d'avé, cheux l'vendeux,
     Sa plache antre no Livrets bleux,
     Comme claire, nette, sans breume, [41]
     Et d'visant à charmer un Rouai ;
     Sans rien qui n'réponne à la fouai
     Qu'no za d'cé tignaches sans tétes [42]
     Qui font à tretous [43] dix-sept bétes ;
     Non comptei Monsigneur Perchel
     Qu'est l'plus satann Gueu du troupel ;
     Ni tout la diéble de menaiye

[p. 10]

     D'cé Rogers à l'ame damnaiye ; [44]
     Nan pus que queuques fils d'Putains [45]
     Qu'ont étei leux preter lé mains
     Et leux liquer l'en-bas du râble,
     Dont l'pus honnête est un coquinn ;
     Ch'que j'attestonn pour très-v'ritable ;
     Signei Garnache & Hannequinn.

PERMINS D'MOULER.

       VU l'approuvei de nos Docteux,
     Et de l'avis de note Assemblaiye,
     J'avonn permins n'à l'Imprimeux
     D'mouler la Piéche enticulaiye,
     L'COUP D'OEIL PURINN & cetera
     Pou la vendre & d'biter moulaiye
     A tout qui bonn li semblera ;
     Nà la Serge [46] ben stipulaiye
     Que l'Manjuscrit no restera

[p. 11]

     Pou servir d'moule à la stilaiye
     Du sien qui chite après [47] vienra
     Ettre dé nos, [48] ou qui voudra
     Dégouaiser étou sa rat'laiye ;
     Car la piéche est d'ossi bon brinn
     Qu'lé balais fins d'su la Culaiye ;
     Et deit faire à l'honneur Purinn,
     Pus d'brit [49] que George enboise en volaiye.
       Outre cha j'avonn convenu
     Que l'sien qu'a contei pa l'menu,
     Et l'sien qu'a zécrit cé misteres
     Qu'no dit ettre Blêque & Cornu,
     S'ront erchus parmi nos Confreres ;
     Et j'on signei le contenu.
       Apposei la merque ordinaire
     De Gorinn note Directeux.
       Et pus bas
       Par mai Segretaire
       D'lAcadémiye, Aubinn Morgueux.

     Achevei d'mouler le jour Saint Blaise,
     L'an mil sept chens souaissante & treize,
     Et le Manjuscrit a étei remins
     Comme il est enjoint pa l'permins.

[p. 12]

LE COUP D'OEIL PURIN. [50]

Sur les Affaires présentes.

     L'AUT' jour que j'navois rien à faire,
     Je m'nallois, sans songer à rienn,
     Pa d'riére su nid de Quienn ; [51]
     V'la que j'rencontris not' biau frére
     Aveuc Gervais & Gambollinn,
     Tout fin drait amprès d'su moulinn.
       Estch' qu'il est féte à ta bouticle,
     M'fit-t'y, qu'tu fais-là ten câlinn ?
     Fét', leu fis-je, ouai, du foutinn !
     Dé fét' à l'heur' qu'il est, brenicle.
     Na la mode de ste Carinn,
     J'fétonn par faute de praticle.
       Il a ben raisonn, fit Gervais ;
     Où diéble estch' qu'o za vu jamais
     Une intelle satanerie ? [52]
     Ch'est renchaint [53] su renchaint d'mang'rie ;
       On no crie oncore, ô Rollais ! [54]

[p. 13]

     En no m'nant à l'écorch'rie.
       Allé-vo-zen à su Pallais,
     Ch'n'est pu qu'une vilaine écurie,
     Où qu'vingt satans, quiens de valets [55]
     Ont prins la plache de leux maîtres.....
     Pou ma part, si ch'n'étoit un p'tiot,
     J'en soit'rois chinq pa lé fenêtres.
     Ch'est pou not bien, fait-on, queuq' diot !
     Pou not bien, eh oui, cha s'ad'vine ;
     Ecoute s'y pleut, larigot.
     Mai, j'veis benn à leu sacrei'mine,
     Que ch'est un' boudre de vermine,
     Un ramassis d'francs fils d'putain,
     Qui no zerf'ront rencherir le pain,
     Car y l'ont tretous.... la famine.... [56]
       Queu boudre est cha ? fit Gambolinn,
     Comm' s'en jap vo le zestermine !
     Pâle donn putooas d'Gingeolinn,
     Maugré tout cha qu'tu débagoule,
     Te zancians [57] avant leu déblei,
     Qué qu'ch'étoit ? di ? d'zennareux d'blei,
     No l'disoit si benn à la boule....

[p. 14]

       No disoit du brenn, plein ta goule,
     Fit Gervais que cha fiérizit, [58]
     Va, ch'est pa ta mai, qu'o zencoule ;
     J'crairois putôt à l'Angecrit.....
     Qu'un mille diéble te saboule !
     Hon....damnei quien d'esprit maudit !
     Faut-y craire tout cha qu'no dit
     Afin qu'un menteux vo zen changle. [59]
     Ch'est su satann de Chancelier
     Qui t'sourit s'tos-là dans l'gosier,
     Et tu l'chraches d'pus qu'y n't'étrangle.
     T'as d'lincamo comm' su Chaf'tier [60]
     Qui siflit troais ans sa mesangle. [61]
     Tai-tei donn, putain d'barbaudier, [62]
     Tu prens Saint Agnen, pou Maromme. [63]
     Cheux d'annuit, ch'est tout jus d'fumier,
     Et l'zancians, ch'étoit tout Rogomme ; [64]
     Té diseux, ch'est d'bétes à somme,
     Et tei, bégas, tout le fin preumier.

[p. 15]

     Tien, veis-tu benn, ch'est tout drait comme
     Si no t'disoit que st'Intendant, [65]
     Dans s'nespéce est un honnête homme ;
     Qu'su Fiquet, [66] st'étron d'Preusidenn.
     Pou se n'honneur, tornit casaque
     A not' cher beni Parlemenn ;

[p. 16]

     Et s'parjurit benn sagemen
     Pou se fiquer dans ste baraque.
     Qu'su prettre, su franc guernemen,
     Su Judas d'Perchel, qu'est Chaloine, [67]
     Vint s'y fourer tout dévot'mean,
     Et faussit à Dieu sen sermenn,
     D'pus que l'diéble n'grillit sa coine.
     Tu crairois cha tei tout bonn'menn,
     Et pi faudroit qu'ta gueule en claque.
       Là ! v'la d'bonn' herbe pou ta vaque,
     L'y fit not' biau-frére à sen tour,
     Mai, je n'sis ni contre ni pour :
     J'veis pourtant benn qu'o no goberge.....
     Eh, là là, biau jour, biau retour !
     Tout p'tit Saint veut avé sen cierge,
     Et pi nous, d'quei porté au four.
     Eh ! j'lavon-t'y, bonn' sainte Vierge ?
     T'étois comme nous dans ste Cour
     De su Pallais, tout drait su jour [68]
     Que cé dix-sept diébles de rosses
     (A dix-sept pour six blancs, dix-sept) [69]

[p. 17]

     Déchendirent de leux carosses,
     Yòu que l'plus effrontai vessoit,
     En no véyant ilà par p'lottes.
     T'entendis st'ecmichei [70] d'Thiroux
     Qui brenoit d'pus dans sé culottes,
     Comm'y no chantoit à tretous :
     " M'zenfans, ça que j'fais, c'est pour vous. "
     Pour nous dà ? mille sacrelottes !
     Et benn pi qu'chétoit du s'en fout, [71]
     Ch'est pou li ça que j'fais étout.
       V'la raisonnai cha, su ma vie,
     Leu fis-je. Et pa la jernigouai,
     Quand y faut pâler ; not bon Rouai
     A t-y trop p'tiot de sa Ménag'rie
     Qu'il en fait pus de vingt. [72] Et pargouai,
     Comm'dit l'Maître de not fleurie : [73]
     " Pou saulé tant de bét' à pain
     Y faut diéblemenn d'la mang'rie.
     Et pi nou donn, j'mouront-t'y d'faim ?
     J'soufriron-t'y cha ? Non jernie !
     A la fin no stanne, & ma fouai,
     No faut d'quei gruger, ch'est la Louai.
       Où qu'va tout not blei, j'vo zen prie ?
     Où qu'ch'est qu'y va ? Tien, mai, j'parie

[p. 18]

     Qu'ch'est su gripis de Chanchelier,
     Qui l'foure à tas dans sen grenier,
     Et su Thiroux qui l'y carie.
       Maugré queuqu' brin de friponn'rie,
     (Car ch'est pour cha que no l'zy met)
     Sous sen Biau-pére [74] no vivoit ;
     Ch'étoit un brave, un honnête homme,
     Qui fésoit tout cha qu'y pouvoit
     Pou no zenlegeurir la somme :
     Mais sen Gendre, ch'est un Nivet, [75]
     Qui no pille & qui no zassomme.
       Du tems d'l'autre oncore no trouvoit
     D'la b'songne, & d'quei payer sen terme.
     J'alliommes l'Dimanche à la Ferme [76]
     No dégouaiser l'après-midi ;
     Je r'venions chantant fort & ferme,
     Et fit' fésiomm' oncor l'Lundi.
       Ch'étoit féte de gras Mardi
     Ichite, ila, dans cé Guinguettes :
     Et v'noit-y note Saint Vivienn, [77]
     J'aviomm' tretous, s'y t'en souvienn,

[p. 19]

     Le fin écu dans la pouquette :
     J'étrenions, la femme un' cornette,
     Nou d'zerlingot' à not moyenn,
     Et lé fignoleux [78] dé manchettes :
     Ju qu'au Maitresses d'Avignonn [79]
     Avoient lé pouengs su le rognonn.
     J'frizions no qu'veux [80] à la cad'nette, [81]
     Ventre ! ch'est qu'y n'y manquoit rienn.
     Mais du d'pis qu'su double d'ruffienn
     S'en mêle, j'fésonn maison nette ;
     J'vendonn tout, morcel à morcel,
     Au Zerfinchers [82] de su Riffel. [83]
       Faut qu'cha finisse, ou que j'créviommes.
     J'somme'-t'y dé bét ou, ben d'z'hommes ?
     Pardié ! no za pitiei d'un quienn ;
     Et d'nou, nan pus qu'si j'n'étions rienn.
       Not Rouai, j'crairois mai, Dieu m'pardonne !
     Qu'y s'amuse à du Chicotinn.
     Et mêque j'n'ayomm' pu d'butinn.
     Qu'est che qu'y veut qui no zen donne ?
     J'en iron-t'y voler ? Nennin,

[p. 20]

     Tout bien d'malhus, l'sien qu'no friponne.
     Et j'n'avon l'laisi [84] tei ni mai,
     D'no n'naller danser la Gironne, [85]
     Et dormir à su Vieux-Marchei [86]
     Au bout d'la longne à su Férei. [87]
     Eh ben donn ! Je n'vol'ron personne.
     Pas mains pourtant qu'y no faut d'quei,
     Pi qu'la misére no talonne ;
     Et comme j'vo disois, ma fouai,
     No faut d'quei grûger. Ch'est la Louai.
     Mourir d'faim ! Pour mai cha m'dragonne, [88]
     Et j'ni fis miette accoutumei.
       Que le Diéble te dégalonne,
     Boudre ! as-tu bétôt tout japei ?
     Empêch'ras-tu qu'on n'no couyonne [89]
     Par ten potinn ? ch'est-t'y pas l'Rouai
     Qui fait & qui défait la Louai
     Sans guaiter sel'ment ch'qu'al' ordonne ?
     Tien, ch'est un' cache [90] à la dragonne,
     Où que l'Rouai tire sans quartier :

[p. 21]

     Morpou [91] méne lé quiens & sonne ;
     Su Thiroux, [92] ch'est sen gros limier,
     Et pi nou, j'sommes sen gibier.
     Après cha tei, viens-y, bougonne : [93]
     Et pi va-t'en su leu pâlier
     Leu chanter, La Mouque bourdonne
     La Louai ! la Louai ! ... Queiqu'tu jergonne ?
     Sais-tu tei, double Babolier, [94]
     Comm' t'estch' que la Louai se fachonne ?
     J'te le voi dire. V'la l'Rouai zilà,
     Et Morpou cheux li qui vezonne [95]
     Aveuc des Jésuitres qu'il a :
     Le pus satann [96] brinborionne,
     Et Morpou s'en vient : ... " Chite & cha,
     " T'né, Sir', signé su papierr la ;
     Ch'est pou chimenter la Couronne
     Su vot' sacrei' téte. " Et pi v'là
     Men r'niei, vilain boudre d'indigne,
     Qui fait un' Louai de patira. [97]
     Quand y tient un' fais sen signe,
     L'traitr' est comm' su Cat Angola,

[p. 22]

     Si n'vo mord, y vo zégratigne.
       Il a d'biaux qu'veux [98] su Monsieurr-là ;
     J'ai d'fins daigts, am'né que je l'pigne.
     V'la donn la Louai faite, pu d'pain,
     La Louai l'veut, faut que j'crévions d'faim.
     Dans tout cha, tu crairois pet'être
     Que l'Rouai songe à nous, je t'en fichis !
     Nan'pus qu'si j'étiommes dans st'Aître. [99]
     S'y l'dit, ch'est pou no bailler l'bouis ;
     Sa b'sogne est l'mandre [100] d'sé soucis ;
     Il a chent, pour un, Contre-Maîtres :
     Et quand ch'est dé boudres de Morpoux,
     Le Rouai li-même est leu vezoux. [101]
     A-t'y d'biaux écus ? n'o l'zi rongne.
     Ch'est donn l'ménage à Quinquengrongne,
     Fis-je : Couch'-tei, tu soup'ras d'main :
     Mais mordié, l'maître est un Jean-Longne,
     Quand y s'agit d'gagner sen pain,
     S'y n'est à la téte d'sa b'songne.
     Quei qu'y se mêle d'être Rouai li,
     S'y n'en fait point s'naquit ? [102] Jerni !
     J'somm'-t'y pas s'zéfans, li not pere ?
     V'là tout. Qu'y no laisse not grain,

[p. 23]

     O benn qu'y no baille du pain :
     Ch'est t'y pas l'mains qu'y pouroit faire.
       Ecoute, men pauvre grelaire, [103]
     M'fit Gervais, n'li fais point tant de train,
     Il a d'biaux yeux ; mais n'y veit guére.
     D'ou vient ? Ch'est qu'no l'zi tient bien clos,
     Et que lé Cahins d'sen Ministére
     En font tretous.... leu capifos. [104]
     Sans cha, j'ériomm' t'y d'la misére ?
     Brinn, & j'no r'feriomm' aveuc li,
     Comme l'pain dans du lait... bouilli,
     Car il est bonn d'sen caractére,
     Mais entour d'li, ch'est d'maudit' gens,
     Dé v'lins, [105] & dé raches d'vipére,
     Tous ogres, tous mangeux d'chretians,
     Tous sorciers qui li font accrerre
     Que j'pouvons benn vivre de pierre,
     Et dragler [106] de belle yau d'étang,
     Pendant qu'y no chuchent le sang,
     Et l'zos jusqu'au drait fond d'la mouelle.
       Vrammenn, tu no la baille belle,
     Tei, li fit oncore Gambolinn.
     Mai, que j'foudre, [107] Tei, que tu bindes, [108].

[p. 24]

      J'en érons-t'y pus de frusquinn ? [109]
     Tien, vrai comme v'là su moulinn,
     J'n'en s'ron pas un brin mains lé dindes :
     Et pis j'l'ériomm'-t' y mains étei,
     Quand tou l'zancians éroient restei ?
     Va d'nou, je crai qu'y n'se fichoient guére.
     No zen bailloient t'yle eux ? lanlaire !
     Y fesoient tretous du queuqu'un.
     No guaitoient-t'-y sel'ment ? Dié vére !
     Eh benn ! misére, pour misére,
     L'zautr' & cheux-chites, ch'est tout eunn....
       Ch'est eun étron d'quien en petunn, [110]
     Pou ten nais, diéble de caboche,
     Li fit Gervais tout hurlufei : [111]
     Va, que l'Thiroux [112] d'su gibet t'loche !
     Où qu'ch'est, boudre, que t'as pêquei
     Qu'ch'est tout eunn... Tien, mort de ma vie !
     Tu m'fais fumer. [113] Fouine, [114] ou tai tei :
     Car tien.... là... Te v'là benn goorgei,
     Fit Gambolinn, ch'que j'en dis mai,
     Ch'est pas pour en pâler.... Jernie....

[p. 25]

     Chécun a sen dire.... Eh ! Mais vei,
     Mais vei donn, queu gendarmerie ! [115]
     Eh ! Boudre, si j'étois pressei,
     J'no s'courions déjà la frip'rie.
     Et posé que tu m'eu torchei,
     L'cul s'entend ; dis-mai, j'ten prie,
     En s'rois-tu benn pu z'avanchei ?
       Ch'est, r'fit Gervais, qu'ta raisonn'rie
     M'lanne ; [116] pâle, comme no l'dai,
     Ou crache ta langue pourrie.
     Gnia qu'un momenn, vieuil écherv'lei,
     Qu'tu d'visois comme eune personne ;
     Asteure, le Diéble t'ép'ronne,
     Tu jappe comme eun possédei ;
     Clos donn ta guifre, [117] ou pâle vrai.
     Quien d'tout eunn ! .... Mai, ch'est ma furie
     D'pâler, & qu'no m'pâle raisonn.
     Tu n'veis donn point, sacrei morpion,
     Que j'somm' lé moutons d'eun' Berqu'rie,
     Où qu'su loup d'Morpou s'est fiquei
     Aveuc s'nafamei' super'rie ;
     Pendant qu'not' Berquer couronnei
     Reste épami [118] dans sn'intergie. [119]

[p. 26]

     Et pi mêqu'y t'aient étranglei,
     Cha s'ra tout eunn étou ? Pas vrai ?....
     Quand j'entens comm' cha d'la gueus'rie,
     No m'foure à plain cul un cardonn.
     Ch'est tout eunn.... Mais queule infamie !
     Ch'est tout eunn.... & mai j'te dis qu'nonn ;
     Et fourque, j'y boutrois.... ma vie.
     Si ch'étoit la pure équitei ;
     Nos bons Princ' [120] éroient-ils étei
     En contre : di ? vilain genie !
     Not' Parlemenn, & ste pouillerie ;
     Ch'est tout eunn, pa la sacrenonn !
     Comm' du pur cidre & pi d'la lie :
     Gnia nan pus de comparaisonn,
     Qu'entre eune orange & yeun étronn
     D'pain bis, qui te serve d'aveine :
     Ch'est veis-tu, maître aliboronn,
     Un' trucheuse au drait [121] d'une Reine ;
     Un sapinn contre eun champignonn,
     Et not Robec [122] amprès de la Seine.
       L'zancians pâloient à not bon Rouai
     Hardi, mordié, comme j'te pâle :
     Y li montroient benn que la Louai

[p. 27]

     Veut que liait du grainn à la hale,
     Et qu'o no fache manger l'pain.
     A l'équipolenn de not' gain.
     Y n'tenoit poinn à leu valiance [123]
     Que j'neussiomm' étou d'quei l'greffer :
     Si ch'eut dépendu d'leu loquence,
     J'ériomm' eu du bienn.... à verser.
       Cheux-chites, ch'est-t'y gens d'leu sorte,
     Biaux boudr' à mettre en rann d'ognonn !
     Lé sen-pouans n'ont la gueule morte ;
     Morpou leu zamins.... neun baillon. [124]
       Mais pi qu'ch'est tout eun. Tien, mornonn,
     J'te voi fair' leu Ginialorgie, [125]

[p. 28]

     Mordié, la belle Confleurie ! [126]
     Su Thiroux déchend d'un Barbier....
       Diéble ! fis-je, l'bel-homme à quier
     Contr' eun cardon lanier qui l'torche.
     Où que l'boudre apprint sen métier ?
     Ch'est l'Chambrelan, [127] de d'sous su porche,
     Tout récopi, pa la mardié !
     En lieu d'raser, l'vieudase... écorche.
       Bon, fit not' biau-frére ; pardié !
     V'là l'vrai conte à not' tante Barbe ;
     Quand no s'delousoit [128] dans l'quartier
     En contre queuque Maltotier :
     " M'zéfans, fesoit-ta, par sainte Barbe
     Queuqu' jour, vienra queuqu' Hal'fessier,

[p. 29]

     Pu pire chent coups qu's'en devancier,
     Vo haper tretoux à la barbe. "
     Le v'la venu l'sacrei Gal'fretier [129]
     Aveuc la Gorrhe [130] & p'tettre pire.
       Qu'a l'catouille pou l'faire rire,
     Fit Gervais, l'vilain Boucanier !
     Cha n'veit qu'du pu sâle gibier ;
     Tou lé jours y li faut queuqu' Gouinne, [131]
     Y court cha comme eun leuvrier ;
     Sa por' femme à l'son, eux la frine.... [132]
     Les Catins [133] pleuvent à sen chantier.
     J'parirois mai que ste Perrinne [134]
     Etoit étou de sen clapier.
     L'taf'tas, la teile & l'étamine,
     Après li gnia brinn à s'y fier :
     Et si j'ste mens, guaite à sa mine,
     S'a n'est pas d'un franc vérolier. [135]

[p. 30]

     Mais brenn ; cachons-lès tout d'eun' tire.
     Où qu'jen étois donn (... Lais' mai dire....
     Ah... Ch'étoit à sen personnier,
     A su Preusident de paill' pourie
     Qu'est, mordié, nai dans le fumier, [136]
     Pi qu'ch'est d'un garchonn... d'écurie.
     Et si vrai qu'dix coups, sans le preumier,

[p. 31]

     Le sienn a dit à défunt not pére,
     En li cauchant se n'étriére,
     Ou benn en li r'boutant sn'épronn :
     " Monsieur, n'oublié pas l'garchonn. "
       Su Perchel [137] ch'est oncore un Boudre,
     Qui fait le Monsieur chose ; y prend l'tonn.
     Quei qu'ch'est pourtant ? Rien qu'eun fripon,
     Qu'su Férei craioit ben effoudre, [138]
     Et l'i serrer l'putain d'gavion [139]
     Pou lé biaux faits de sa fachon, [140]
     S'on n'eut trouvei queu piéche y coudre.
     En drech'-t'y mains sen cos d'Héron ?....
     Arrageai, la belle oorge à moudre !
     Sen Grand, Perchel, [141] preumier du nomn,
     Comm' no l'contoit su vieux Gervaise,
     S'en vint du Buriau [142] sa maisonn,
     Ettre eun Savin [143] à Saint Nigaise. [144]

[p. 32]

     Ch'est-t'y-là d'lancianne robe ? O non.
     Hen, di donn ? Tei, qu'es leu champion....
     T'as la goule à sec.... Mouille, Blaise.
       Nos Décaclons, & nos d'Aann'vas, [145]
     Ch'étoit-t'y-là d'la quiache d'piés-plats
     Tout comm' cheux-chit' ! Eh non, mordienne !
       Not Miromménil tant sel'ment,
     Ch'est un brave cha, satidienne !
     Qui vaut li seul eun Parlemenn : [146]
     Et qu'un ch'napann, comm' tei, s'en vienne,

[p. 33]

     Par plaisi, m'en bailler l'démenn.
     Je l'gratte pou qu'y s'en souvienne,
     Ou j'no gratteronn en réglemmen.
       Su Bordier, su Durand [147] & l'zautres....
     Lia benn du Chaf'tier dans tout cha ;
     D'mande à not' maître, y te l'cont'ra,
     Y défil' cha comm' sé patnotres.
       Si ch'étoit point dé culs tous nus,
     Crais tu, tei Boudre, qu'y s'roient v'nus
     Liquer su Thiroux au d'riere,
     Et s'plaquer lé vilains truants
     Su l'siége de nos honnêt' gens ?
     Hé nannin, nannin, men confrére,
     Hé nannin, pour v'rai, saridié !
     Chécun ne trouve point sen compte
     A se nier [148] comme eux dans la honte....
     Faut avé [149] l'coeur pouri, [150] mordié !

[p. 34]

     Pour eux, mai, le rouge m'en monte.
       Allonn, laisson cha, fis-je mai,
     Sarpedié, trop pâler fait sei. [151]
     Véyonn que chécun s'boursicotte.
       Ma fouai, ta raisonn n'est brin sotte,
     Fit Gervais ; fouillonn-nou tretous :
     Tienn, mai, saladié, j'ai chinq sous ;
     Et tei combienn ? Mai, je nn'ai quatre ;
     " Ch'est neuf : et tei, boudre d'vess'doux ?
     Deux " ch'est onze, à n'en rien rabattre.
     J'en raucheronn l'coude bravemenn ;
     Et tei, combienn ? grand pu tain d'hidre !
     " Troais sous " ch'est quatorze drettemenn.
       Fourque de tout le vieil excremenn
     D'Conseil de foure ! Allonn-menn. Blidre
     Dans not' mal, ch'est un soulagemenn,

[p. 35]

     J'avonn d'quei sifler deux pots d'cidre
     Na la santei d'not Parlemenn.
     Pou ste cher' santei, ch'nétoit guére ;
     Mais pou le tems, ch'étoit biaucoup.
     Et comm' dit la canchon d'Allaire,
     " Brinn d'bienn n'est pas toujou misére,
     Cha s'onblie en buvant eun coup. "
       Mais v'là l'heure, j'cours à m'naffaire ;
     J'vo cont'rai l'reste un autre coup.

SUITE
DU COUP D'OEIL PURIN.

GERVAIS ET GAMBOLIN se rencontrent.

GAMBOLIN.

     HÉ benn, l'as-tul, sacrei Nigdouille, [152]
     Ta chent gueule à sec à ten tour ?
     Su Perchel.... allons donn, gazouille,
     Pour qu'i t'envai-je [153] faire eun tour
     Pus d'chent lieu's par en sont [154] la bouille

[p. 36]

     J'savois benn mai qu'i t'fich'roit l'tour.
     Au dièble àsteure [155] l'sien [156] qui grouille.
     I t'a fait coucher dans l'marais,
     T'as l'bec eng'lei, man pors Gervais.
     O qu'ch'est qu'i sont, dis-mai, j'ten priye,
     Té quieux d'vers, té foireux d'poétriye ? [157]
     Ah boudre ! no leu za fait vers [158]
     Ch'que no zest....

GERVAIS.

     Ta fouai dà ?

GAMBOLIN.

       Mais vére ;
     I l'ont l'haillonn tout en travers
     D'la putain d'gueule, i n's'roient [159] pu braire.

GERVAIS.

     Dièble !

GAMBOLIN.

       Ch'est-ile [160] oncor s'lon tei,
     Le p'tit fieux d'eun éfan [161] trouvei,

[p. 37]

     Eun voleux, eun ch'napann, eun boudre,
     Qu'su Férai craiyoit benn essoudre ? [162]
     Ch'est benn Monsigneur tout brandi. [163]
     S'taut' Monsigneur Morpou zet li,
     Ch'est lé deux daigts, l'cul & lé cauches.

GERVAIS.

     Satan quienn ; lé belles rehauches ! [164]

GAMBOLIN.

     Mais oui. Ch'est intel comme intel [165]
     Perchel-Morpou, Morpou-Perchel.

GERVAIS.

     De l'iau d'fumier, du jus d'putel, [166]
     Après.

GAMBOLIN.

       Dis-mai, ch'est-ile eune rosse
     Que l'sienn que deux grands Galapias, [167]
     Pou l'déserger [168] de sen carosse,
     Soutiennent chécunn pa d'sous l'bras ?

[p. 38]

GERVAIS.

     Qué quin' n'est d'cha, [169] d'videux d'fusias ?

GAMBOLIN.

     J'te l'demande, cacheux d'navette ? [170]

GERVAIS.

     Qué qu'in n'est, mine d'vieux Judas ?

GAMBOLIN.

     Oui, qué qu'in n'est, Mathias bell' vette ? [171]

GERVAIS.

     Hé benn, tien, sacrei quien porias [172]
     In n'est d'cha comm' d'une carette [173]
     Qu'no y) déserge à ste plache aux vias [174]
     Deux hommes par viau, s'il est gras.

GAMBOLIN.

     Satidié, comme i te f'roit soudre, [175]
     Si j'contois cha, quienn d'arragei !...

[p. 39]

GERVAIS.

     J'ten dépite... qué que j'crains mai ?...
     J'vo zenverrois tous deux au boudre [176]
     Tai tout comm' li, li tout comm' tei ;
     Hé fourque, ch'est que j'sis' eun guai [177]
     Qui n'est pas peureur. [178] Sacrelotte !
     Qué qu'ch'est qu'ten sacrei Perchel ? tienn,
     Ch'est eun millionn d'gueux, eun vaurienn,
     Eun marpas [179] récapei d'la crotte
     Et d'pire oncore ; un vieux russienn,
     Qu'a l'putain d'cul dans la culotte
     D'eun pendart que l'dièble escarmotte !
     Pu fier chent coups qu'un étron d'quienn
     Qu'est drechei d'bout sus l'has d'eunn' motte.

GAMBOLIN.

     Il est fier.... Qué qu'cha dit ? hé bienn,
     Ch'est-ti l'preumier gueux qui s'erdreche [180]
     Quand l'Rouai li baille du moyenn ?
       Si t'bailloit à tai l'nom d'nobleche,
     Qu'tu signisse' écouillé [181] dans l'tienn,
     N'f'rois-tu poinn étout l'Mousieur d'chienn ?

[p. 40]

     S'rois-tu mains fier, tai qui l'radreche ? [182]
     No zest fier quand no n'avoit rienn
     Net qu'no s'yait d'létat & du bienn.
     Zet no l'froit à mains, dit Varangue.
     Car enfin, qué qu'térois fait, tei,
     Si l'Rouai t'avoit pretai sa langue
     Net t'avoit dit ; pâle pour mai :
     Véyonn, l'erois-tule erfusei ?

GERVAIS.

     Pourquai nonn ? su vot' révérenche,
     Liérois-je fait, Mousieur le Rouai,
     La, pâlés-mai s'lonn vot' conscienche,
      [183] N'fafignés poinn. Ch'est-il la louai
     Qui vo za baillei l'Ordonnanche
     De m'fair' vot pâleux ? non, ch'est mouai
     Qui l'veut, m'éroit-ti fait. Patienche,
     Liérois-j'fait ; pi qu'ch'est vous, ma fouai,
     J'no marironn tout dret... Dimanche.
     Ah, ah, se s'roit-i fait, tredenche ! [184]
     Tu n'veux donn poinn ett' gros Signeur ?...
     Non mordié, j'aime mieux m'nhonneur,
     Zet j'vo hale ma révérenche.

[p. 41]

     Adieu, Mousieu l'Rouai. Serviteur.
       Net pi qu'tout l'monde en eut fait d'même.
     Qué qu'i l'éroit dit su coup-la
     Za sen Morpou ? hal' tei d'ilà, [185]
     Sacrei boudre d'mine d'blasphême !
     Hé, va-t'en au boudre & par d'là.
     T'és cause que tout m'nétat s'chême [186]
     Faute d'avé [187] sé Parlemens...
     Allonn, i faut que j'lé racache [188]
     Touai, fiche l'camp, que je n'técache. [189]

GAMBOLIN.

     Dièble qu'cha fait d'biaux gazouill'mens !
     Ch'est du finn cha, Mousieur Bravache.
     Mais s'il env'ioit [190] Morpou t'au ch'nil ;
     Tei, qui qu'tu boutrois à sa plache ?

GERVAIS.

     Mai, j'y boutrois Mironménil,
     Zet l'Rouai ne s'roit pu dans la peîne.
     D'ettre l'glaude d'eun gueux d'babil.

[p. 42]

     Car l'Etat, vais-tu, ch'est eunn' quaîne [191]
     Qu'est montaiye en cotonn ou fil :
     La treme, [192] ch'est l'painn qui la remple ;
     Pus qu'no zien foure & pus qu'ch'est mieux. [193]
     Ah mais, ch'est un métier à cemple. [194]
     Hé benn, i suffit d'être deux....
     L'Rouai s'roit l'ouvrier par éxemple
     Net Mironménil sen tireux.
     Hen, ch'est li mordié, qu'a d'la sienche
     D'la pure équitei' d'lerligionn,
     Net pus qu'cha, [195] d'la bonne intentionn.
     Si v'noit eunn fais dans la puissanche,
     I no f'roit du bienn à millionn,

GAMBOLIN.

     Tai tei, putainn d'asne à Gassionn,
     I no za fait eunn' belle avanche
     Aveuc s'nArrêt d'esportationn.

GERVAIS.

     Ch'etoit-ti li vilain morpionn ?

[p. 43]

GAMBOLIN.

     Qui qu'chétoit donn ?

GERVAIS.

       Le Rouai li-même
     Qui dit à tretous, " Sa s'ra bienn
     Net tout pendant qu'o s'rés à même
     Vo zerhauch'rés tretous vot' bienn :
     Personne n'tout [196] n'y pèdra rienn
     Net vo poirés [197] mieux vot' vingtiême.
     I guobir' cha pou du bon vrai ;
     Mais boudre ! il avait sen sistême.
     Que s'taut' friponn de d'vant Terrai
     (Qu'étoit oncor un gueux à pendre)
     Liavoit apprins pou lé sûprendre :
     Net v'là donn la raisonn pourquouai
     Tout du d'pis su jour-la not' Rouai
     Grippe not blei pou no l'ervendre.

GAMBOLIN.

     Hé benn, ch'est-ti no Supérieux
     Qui s'lerroient [198] engueuser comme eux ?

[p. 44]

     Nenninn perdié, ch'est d'autres tétes.

GERVAIS.

     Qué qu'tu m'pâles d'té dix-sept bétes ?
     Oz'roient-il soufler tant sel'menn ?...
     Mais, ventredié ! not' Parlemenn,
     Ch'étoit li qui disoit merveilles !

GAMBOLIN.

     L'Rouai zécoutoit-ti sen potinn ? [199]

GERVAIS.

     I n'avoit garde, vieux Gobinn,
     Pi qu'Morpou l'iétoupoit l'zoreilles.

GAMBOLIN.

     Ha benn, ch'est donn potinn perdu
     Que l'sienn qui n'est poinn entendu.
     Fi du Prêcheux si no n'lécoute.
     V'là ch'qui fait donn qu'nos Supérieux
     Veijent [200] clair, & qu'eux n'véyoient goute.

GERVAIS.

     Tas biau dire, té sacrés gueux

[p. 45]

     N'a queuq'matin fich'ront en route.

GAMBOLIN.

     J'gage qu'nonn mai.....

GERVAIS.

       Mai j'gage qu'si....

GAMBOLIN.

     Oui dà, boudre de Marcoussi,
     Tu veux donn sout'nir la gageûre ?
     Allonn, boute bas tout-à-l'heure :
     Va, deux pots d'cidre qui rest'ront.

GERVAIS.

     Va mai, pou quatre qu'i s'niront [201]
     Tretous aveuc leux courte honte,
     Tretous comme un quien de hibou
     S'mucher un chécun dans leux trou.

GAMBOLIN.

     Net quand cha, putain d'loup-garou ?

GERVAIS.

     Quand l'Rouai zéra vu qu'no l'enfronte [202]

[p. 46]

     Net qu'il éra fichu l'décompte
     N'a sen scélérat gueux d'Morpou.

GAMBOLIN.

     V'là qui fait un biau fichu conte !

GERVAIS.

     Mais n'a la finn, ch'est-ti tout d'bonn
     Qu'ten prens l'parti ?

GAMBOLIN.

       Vei, pourquei nonn ?

GERVAIS.

     Sout'nir cé gueux-la, cha m'démonte !
     J'verronn té hiboux dans un ann...

GAMBOLIN.

     S'i sont hiboux, tei, tès l'cahouann.
     Y en attendant, fais benn ten compte
     Qu'tu leux barras [203] d'ten bon ergenn,

GERVAIS.

     D'lergenn ?..

[p. 47]

GAMBOLIN.

     Oui d'lergenn..

GERVAIS.

       J'ten lanlaire
     D'lergenn !

GAMBOLIN.

     Oui d'lergenn ; vieux vipere.

GERVAIS.

     D'la salive de men d'rierre [204]
     Pou leu rincher tretous la denn.
     D'lergenn à dé ch'napans d'leu forte !
     D'lergenn ! ah benn o leux en f....
     J'aim'rois mieux qu'un dièble l'zemporte,
     Leux quier sous l'nais oncore au bout,
     Pou montrer l'respect que j'leux porte
     Net m'saûler [205] de men dernier fout. [206]

GAMBOLIN.

     Badas ! Sapredié, d'la main forte
     F'roit Monsigneur Perchel [207] étout.

[p. 48]

     Net pi v'là sen cousin Grip' tout [208]
     Qui t'happroit aveucque s'n'escorte.

GERVAIS.

     Tien, n'pâl' pu d'su vilainn égout
     D'Buriau, [209] boudre, qui n'ten empire
     Je m'ponds d'li couchei comme d'bout.

GAMBOLIN.

     Dis-en oncor chent coups pu pire,
     I nen est pas mains que le v'là
     Zeun Monsigneur & pas pou rire,
     Zeun maître guai qu'a de quei frire,
     Net qu'en f'roit pourir chent comm' tei
     Dans la Muse [209] à su Lécardei. [210]

GERVAIS.

     Eh, va-tenn, putain d'avortei ;
     L'aiss'-mai là boudre, ou j'testermine.

GAMBOLIN.

     Est-ch'que j'te crains mai, laide mine ?
     Nan pus qu'si tu n'étois poinn nai.

[p. 49]

GERVAIS.

     Oncore eunn coup, tienn, laisse-mai.
     Va chercher d'lesprit, boudre d'chouque.

GAMBOLIN.

     Tei, va zau dièble qui t'émouque...
     J'fais cas d'tei comme d'men cracha.

GERVAIS.

     No fait benn, vilain marcacha [211]
     Qu'tu n'es qu'un mâlin gueux à moudre.

GAMBOLIN.

     Net tei, qu'un sacrei boudre... d'boudre.

GERVAIS, se déboutonnant.

     Tienn, double gueux, n'faut pas tant d'brit, [212]
     Pi qu'no zy v'là, tannon-nou l'cuit, [213]
     J'verronn qui qu'a raisonn...

GAMBOLIN, se déboutonnant aussi.

       Oui, boudre ;
     Oh, tu vas vers comme j'teffoudre. [214]

[p. 50]

     T'en veux donn... Comm' t'est ch'que t'en veux ?
     N'a coups d'poinn, n'a tirer aux qu'veux ?...

GERVAIS.

     J'veux m'battre à tout.

GAMBOLIN, reculant.

       Tout d'bonn, man frere ;
     Ah, tu veux t'battre, hé benn, bats-tei ;
     Mais n'no bats pas, t'âsne bâtei ;
     J'tavertis qu'cha n'fait poinn m'nafaire.

GERVAIS.

     D'où vien donn, indigne grelaire
     Qu'tu prens l'parti d'cé francs gueux-la ?

GAMBOLIN.

     Ch'est pou rire, & comm' dit stila, [215]
     No rit aveuc vou net tu t'fâches.

GERVAIS.

     D'où vienn ossite [216] damnei quienn ;
     Qu'à tou lé coups [217] tu no ragâches [218]

[p. 51]

GAMBOLIN.

     Ch'est que j'fis drôle, vais-tu benn.
     Tei, t'es roguei comm' lé deux Blâches,
     I faudrait s'étriper [219] pou rienn.
     T'es drett'menn, la mule à Brehangne,
     No n's'roit [220] li pâler qu'à s'engagne. [221]
     Eun mot, tu vas tout étrangler.

GERVAIS.

     Aveuc tout cha, dièble d'rangagne, [222]
     La mule éroit benn pu t'chanlger [223]
     Pou t'apprendre à pu mieux paler.

GAMBOLIN.

     Oh, tei, tu prens feu comm' d'la paille.

GERVAIS.

     Mais ch'est qu'rire est rire, vais tul' : [224]
     Mais fiquer d'zépingnes dans l'cul,

[p. 52]

     Gna [225] pu d'jeur, man cousin la gouaille [226]
     N'à la parfinn, no s'fait r'gouler. [227]

GAMBOLIN.

     Ch'étoit pou l'plaisir d'tafôler [228]
     Ch'que j'en saisois ; car ste racaille, [229]
     J'sai-ti poin benn qu'chest d'la gueusaille
     D'zafammés putains de grip' fous, [230]
     De truants, d'la sale merdaille
     Za nier dans la tonne à gadoux. [231]

GERVAIS.

     Oncor cha m'plaît quand no raisonne.
     Mais d'où vienn, dans tou cha, que l'Rouai
     Soufre qu'sen gueux d'Morpou l'friponne ?

GAMBOLIN.

     Bos, ch'est qu'il est d'trop bonne fouai,
     Qu'no l'engueuse [232] sans qu'i l'soupçonne.

[p. 53]

     Li pour qui ch'est, comm' dit Turlinn,
     Toujou féte, ah benn, i s'en donne !
     Sans songer rienn qu'à s'en calinn.

GERVAIS.

     J'veux benn qu'i fait bonne personne,
     Qu'il ait sen plaisir ; mais mordié,
     S'i laisse canch'ler sa Couronne, [233]
     I la boutra bétôt sous l'pié.
       Si j'étois Rouai mai, sapredié,
     Je n'voudrais pas qu'no m'gobissonne, [234]
     Net j'f'rois mai-même man métié.
       Je n'voudrais pas n'tout [235] qu'no m'jergonne
     Chite & cha, la vaque à Panié : [236]
     J'dirois par mai-même ; jordonne
     Qu'man peuple ait du d'quei tout sen sas. [237]
     Ventre !.. ch'est-ti pas li qui m'donne
     Etout d'quei faire mé choux gras ?
     No zest Rouai zou benn no n'lest pas.
       Est-che assés qu'no zaille à la cache
     Zet qu'no mâque le fin gigot ?...
     Va, mai si j'étois dans ste plache,

[p. 54]

     Comm' d'raisonn ; je m'bour'rois l'jabot,
     Mais qui f'roit pus d'bienn, n's'roit pas sot.
     Dièble en put qu'en voudroit rabattre ;
     Je f'rois comm' su bonn Henri-quatre,
     J'vo poirois tretous vot' écot,
     Zet gnéroit poinn eun si pors hidre [238]
     Qui n'eut au fond d'sen boursicot
     A sa sei [239] l'ergenn d'eun pot d'cidre
     Net du bonn lard gras dans sen pot.
     Boudre, que vo feriés bonn' viye !
     Tou lé matins, deux coups d'iau-d'viye,
     Net si l'falloit chécun un siau
     De baire à couper au coutiau. [240]
     J'erfrois v'nir l'bon tems, pus d'misére,
     Net j'voudrois que l'pus mandre hére [241]
     Eût su sen painn un morcel d'lard,
     En allant quier sus su rempart ;
     Sus sen painn blanc comm' du vrai linge.

GAMBOLIN.

       Tai-tei, tai-tei, boudre de singe,
     Si t'étois Rouai, j'nen serions pas
     Pe-tettre [242] benn un brinn pu gras.

[p. 55]

     Tu f'rois bétôt [243] tout comme l'zautres...
     Du pain, not' Rouai... va-t'en aux piautres.
     Ch'est, mordié l'conte à su Buzas :
     Quann eun Rouai zest benn cas & sas [244]
     I crait qu'tout l'monde l'est, Oui j'ten... fouille.
     Zet j'neussiom' -ti soupe ni mouille,
     Painn ni pâte, choucre ni brann,
     Cha s'roit toujou l'même trantrann...
     J'avon sei ; bai [245] de liau, grenouille.
     Jn'onn poinn d'painn... Hé benn, cherche-nen.

GERVAIS.

     Nenninn. J'ai trop vu la doulianche [246]
     De chent pors diébles d'maupiteux
     Qui crevoient d'fainn dans la soufranche
     Sans qu'no zeut un brinn pitiei d'eux.
     Jernie, eun Rouai qu'a d'la conscienche
     Y devroit guaiter d'sé deux yeux....

GAMBOLIN.

     Bos, bos, faut benn qu'no li pardonne.
     Est-che eun Rouai qui s'mêle d'tout cha ?
     Pas t'eun brinn pus qu'tei que v'là là.

[p. 56]

GERVAIS.

     J'mébahis [247] donn pas qu'no l'couyonne. [248]

GAMBOLIN.

     J'd'mande à stichitte, à stila, [249]
     Men peuple à-ti de l'abondanche ?
     Oh pardienne, font-ti, s'in na ; [250]
     I n'fait qu'faire de s'nopulenche
     Ben donn, fait-ile, en su cas-la,
     M'faut d'lergent. No li dit ; anchà, [251]
     Baillés donn vot' signe : i leu donne :
     Mais, fait-ti vo m'barrés m'nergent ?
     Oui, li font-ti tout has, sur'menn ;
     Net tout bas ; mé' qu'la poule en ponne. [252]
     Si n'na, ch'est la pus mendre part [253]
     Oncor crai-ti qu'ch'est la pus bonne.
     Queuq' fais d'chent francs zi n'na pas l'quart ;
     D'mainn en mainn ; ch'est à qui griponne.

[p. 57]

GERVAIS.

     Dans tout cha, j'crairois pourtant mai,
     Qu'no n'craint pu la fainn ni la sei
     Quand no zest eunn fais dans ste Serge [254]
     No vit, si no veut, tout d'couchei.
     L'painn est-ti cher ? no s'en goberge ;
     Vinn, bon morcias, tout est pour sei. [255]

GAMBOLIN.

     I t'est avis donn, pors misére,
     Qu'ch'est eun bonn métier qu'd'ettre Rouai ?
     Nenninn : ch'est benn plutôt, ma fouai,
     Zeunn' viye à damner eun corsaire.
     Par éxemple ; i veut faire eunn' louai ;
     I s'adreche à sen Ministére :
     I dit à stila ; pâle touai ;
     Stila dit du nouair... Perdié vére !
     Dit stichitte ; j'vo soutiens mouai
     Qu'ch'est du blanc. Nennin, ventregouai,
     Fait l'eun, ch'est bleur, l'autre ch'est gaûne.
     Net ch'est par la que v'là pourquoai
     Qu'o no happe six quarts pour aûne. [256]

GERVAIS.

     He benn, d'tout cha, qué qui n'nest ? quoi ?

[p. 58]

GAMBOLIN.

     Que l'Rouai d'meure aveuc sen béjaune,
     Sans pu sonner eun mot d'abbouai.
     Allonn tei, veyonn, quai résoudre ?

GERVAIS.

     Quai résoudre ? attenn, sacrebouai...
     Plann, j'tunb'rois d'sus tout comm' la foudre...
     Ah, ha, t'en veux donn, sacrei boudre....
     J'vo l'zémaqu'rois [257] cont' la parouai.
     Est-ch' que j'souffrirois qu'no vendange ? [258]
     Nonn. J'lé poirois denier comptant.
     Reniei gueux, tu m'gruges, j'te mange !...
     Quat' liars pour un sout, tant à tant.

GAMBOLIN.

       Ch'est benn dit. Mais mai, je m'dépiche,
     D'vers toujou cé pouans d'Supérieux,
     S'charrer comme l'quienn à Gribiche,
     Drecher l'putain d'cos d'vant no zieux
     Net faire les Moussieurs j'ten fiche.
     Ah boudre ! s'i n'tenoit qu'à mai,
     Va, cha s'roit bétôt rapportei :
     J'vo l'zescourois d'belle importanche.

[p. 59]

GERVAIS.

     Mai, si ch'étoit à ma puissanche,
     J'lé d'vour'rois comme eun harann-pec
     Net je l'zirois quier à Robec.

GAMBOLIN.

     Eh douch'ment donn, tu vas trop vite,
     Tu t'frois crever, man pors garchonn.
     Leux ché [259] ch'est tout v'linn, [260] tout poisonn,
     Pisque ch'est la malédictionn [261]
     Qui leux fait bouillir la marmite.

GERVAIS.

     Mais enfinn, j'veux no Parlemens...
     Net quand j'en devrois crever d'aise,
     Qu'no balye cé zescremens
     Net tout su vilain frai d'punaise.

GAMBOLIN.

     N'creve poinn pour cha. Tienn, espéronn.
     No Parlemens, je l'zerverronn
     Navant qui soit la Saint Nigaize, (le 11 d'Octobre.)

GERVAIS.

     Cha s'roit-ti vrai, man cher lurronn ?

GAMBOLIN.

     Faut bienn qu'cha vienne, & j'en baironn
     Assés pour no laver la fraise.

[p. 60]

GERVAIS.

     Si ch'est vrai, boudre que j'te baise !

GAMBOLIN.

     Mordié, j'n'ai pas biaucoup d'esprit,
     Mais j'sens queuq' chose ila qui m'dit
     Qu'i faut qu'la gueuse de menaye
     D'su Conseil de satann maudit
     S'naille ava [262] liau queuq' matinaiye
     D'vant not Parlemenn, il est frit.

GERVAIS.

     D'où vienn ossite qu'l'autre annaiye ;
     Zi print su quien d'chimbre à not Rouai [263]
     D'no zenv'ier ste troupe damnaye
     Pou no mâquer not' brinn de d'quouai ? [264]

GAMBOLIN.

     Ch'est su tas d'gueux qui l'environne,
     Qui li dit, ch'est à vou tout cha.
     Vo zettes l'Maître, & ch'qu'est ilà,
     Zet ch'qu'est ichite, & ch'qu'est par d'là
     Vo zappartienn ; la Louai vo l'donne.
     Tirés, tirés sus cé gens-la...
     S'i crevent d'fainn, qué qu'il en s'ra ?
     Faut qu'o viviés navant personne.

[p. 61]

GERVAIS.

     Mordié, ch'est-ti d'eun homme d'bienn
     D'raucher l'zimpots jusqu'au chenteuple, [265]
     Not d'craire eun satan gueux d'vaurienn,
     Qui l'mange en faisant le bon quienn,
     Net qui li fait manger sen peuple ?
     Not bienn n'en est pas mains not bienn,

GAMBOLIN.

     Va-t'enn li conter cha, Bastienn,
     T'éras dé bonbons pou t'nétrenne.

GERVAIS.

     J'li controis benn étout, ma fouai,
     Net j'li dirois, t'nés not bon Rouai,
     Vo zette' eun brave ; mais mordienne,
     Pou su satann gueux qui vo mene,
     Ch'est eun boudre sans fouai, ni louai,
     Qui mérit'roit pus qu'd'ettre rouei.
       Voul'ou [266] que j'viviom' benn ensemble ?
     Que j'vo zaimions comm' nos bouyas ? [267]
     Ch'est benn aisei, si bonn vo semble.
     Cachés [268] tout cé herpins d'harias [269]

[p. 62]

     Qui vo rongnent tou vo morcias. [270]
       J'vo nourissonn, & ch'est benn juste,
     Pis qu'o zett' Rouai, qu'o siés l'pus gras.
     Mais qu'un pors dièble s'tarabuste
     Pou gaver tou vo Mangerias,
     Est-che aveuc la louai qu'cha s'ajust ?...
     Guaites-y benn, mordié, n'faut pas
     Que j'crevions d'faim pou vo pourcias,
     Net su Morpou qu'est l'plus galifre, [271]
     Su Terrai qui pille à mouchias, [272]
     Net chent autres dans leux burias
     Qui gleument [273] tout aveuc un chifre.
       I font lé quiens couchants, lé niais,
     Emprés d'vou [274] pou s'emplir la guifre. [275]
     Net pi vou, qué qu'o zé ? les miets [276]
     Du ch'nu dont leux gave s'empifre. [277]

GAMBOLIN.

     Fouai d'homme, ch'est pâler brav'menn
     Net dret à point....

GERVAIS.

       Vrammenn, vrammenn,
     Ch'est qu'no n'est pas d'zhuitre à l'écâle
     Zet quand no sait pâler, no pâle,

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     L'tout est d'sen hâler [278] polit'menn.
     L'Rouai zest homme : est ch'qui vo zavalle
     Pou l'avertir qu'no prend ch'qu'il a ?
     Oh, s'i connoissoit cé gueux-la,
     Comm' dièble il en froit eunn' détale ! [279]
     Mais d'pus qu'il y veije, o l'bredale, [280]
     Tantôt ichite & tantôt là,
     Mais l'adrechent-t'ile à la halle ?
     Boudre ! i s'gardent benn de st'ila ; [281]
     I lé prendroit quiant dans sa malle. [282]
       No l'endort aveuc du gala,
     Contoient dé Mousieurs l'aut' semaîne.
     Connois-tu tei, qu'eu drogue est cha ?

GAMBOLIN.

     Bos, ch'est d'la poudre d'queuq' tir'-laîne ;
     Et je n'sai quouai qu'ont lé voleux
     Pour endormir lé gens cheux eux,
     Pendant qu'no rafle [283] leux domaîne....
     Mais je l'demand'ronn à Brêlot ;
     Sen pere frôttoit cheux la Reine.

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GERVAIS.

     Mais oncor eun coup, man palot, [284]
     Quand j'verron-ti fouiner [285] la graine
     D'su sacrei maudit gueux d'tripot ? [286]

GAMBOLIN.

       Va, j'nen mouron poinn à la paîne...
     Entronn chite, [287] j'baironn eun pot.

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LE CONSEIL SUPÉRIEUR s'installa de lui-
même dans le Parlement le 17 Décembre 1771.

     Jusqu'à ce jour on s'étoit flatté qu'il ne se trouveroit personne assez vendu à l'iniquité pour oser prendre la place de tant d'illustres Magistrats dont la fidélité au Roi & à leur serment étoit le crime.

     Le Coup d'OEil Purin fait une description si naïve & si parfaite de la consternation universelle qui se répandit par-tout en voyant ces INTRUS, au mépris des Loix, profaner le Temple de Thémis, que nous n'y pouvons rien ajouter.

     C'étoit avec raison que ceux qui se font ingérés à former ce Conseil Supérieur, ou plutôt cette troupe de perfides, ont eu la précaution de les soustraire, non-seulement à la connoissance du public, mais à leur propre connoissance, jusqu'au souper que leur donna chez lui l'Intendant à leur arrivée à Rouen. Aussi se disoient-ils chacun à leur particulier : Nous allons là nous connoître et nous voir pour la premiere fois. On peut dire d'eux ce qu'on dit des Moines : Ils sont entrés dans le Parlement sans se connoître. Aussi l'amitié & la concorde sont-elles bannies d'entr'eux, & les a-t-on entendu, au

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travers des portes, se dire des injures aussi grossieres que celles dont se servent les gens du petit peuple.

     Ce Conseil est si méprisable & si détesté, que malgré les sollicitations de plusieurs de ses Membres auprès de gens, quoique très-diffamés, il n'a pu se compléter. Il semble qu'il n'est composé que de lépreux, tout le monde évite leur rencontre, ils ne sont admis dans aucune compagnie d'honnêtes gens, si ce n'est de Madame de la Chesnaye, femme d'un Négociant.

     La plus grande partie de ses Membres étant connus par différens écrits qui ont été donnés au public, nous nous contenterons de donner ici une histoire abrégée de Perchel & de Préfelne, les plus méchans de la Troupe, les principaux acteurs de tout ce qui s'y passe, & qui mettent tout en oeuvre pour faire agir ce Conseil au gré de leurs caprices.

     Perchel est de ces hommes dont on ne peut parler sans en dire du mal. Il en a tant fait, qu'on promet de donner son histoire en 2 vol. in-12 En attendant nous allons donner un abrégé de sa conduite.

     En 1743. Une malheureuse affaire obligea de très-bons & très-célébres Avocats de se retirer du Parlement. Alors un Magistrat éclairé, éxilé

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actuellement, donna à leur Syndic Perchel, le Pere, un moyen infaillible pour les faire rentrer ; mais ce Syndic aima mieux garder le silence pour l'avancement sans doute de son fils.

     Perchel s'est donc établi sur leur destruction. Insatiable, il éxigeoit des sommes exhorbitantes de ses Cliens, sans quoi il retenoit leurs sacs. Les Magistrats gémissoient de ses véxations ; mais ne pouvoient, disoient-ils, en arrêter le cours.

     Il est rare de trouver un homme qui soit ambitieux, méchant, impie, dénaturé, traître, calomniateur, ingrat, vindicatif, impudique, usurpateur, du bien d'autrui, enfin persécuteur de ceux qui lui ont fait du bien ; un tel homme est un monstre bien dangereux dans la société, sur-tout quand il a quelque talent.

     Perchel réunit en lui toutes ces mauvaises qualités de l'aveu de ceux qui le connoissent & qui l'ont pratiqué. Une certaine éloquence le faisoit se charger volontiers d'une très mauvaise cause, & il est triste d'avoir vu M. de Grécourt toujours conclure en sa faveur ; ce qui faisoit dire aux Juges l'union de sentimens entre ces deux hommes est bien dangereuse pour nous, sur-tout quand un Avocat défend mal sa cause. Aussi a t-on vû Perchel gagner de mauvais procès, & entendu crier à l'injustice.

     Perchel s'étant introduit adroitement dans l'esprit

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de M. de Miromesnil premier Président, qui en faisoit un certain cas ; quelqu'un lui fit connoître plusieurs traits de cet Avocat, sans cependant le peindre au naturel ; mais ce Magistrat naturellement bon, estimé de tout le monde, & dont l'exil a consterné la Ville & la Province, se contentoit de dire, en souriant à ceux qui lui en parloient désavantageusement : Ah ! comme vous le maltraitez. C'est en reconnoissance des bontés que ce Magistrat a eues pour lui, que cet ingrat ose en parler aujourd'hui avec un souverain mépris, ayant l'impudence de dire : Il ne reste à ce Miromesnil, batteur du pavé des rues de Paris, qu'à aller aux Invalides y prendre l'habit.

     Le méchant qui réussit dans ses projets, se persuade que rien ne peut lui résister ; mais dans le tems que Perchel se croyoit inébranlable, les Magistrats prenoient des mesures pour le chasser du Parlement, & les Avocats ses Confreres, pour le bannir de leur Collége. L'extinction de cet auguste Sénat arrivée dans ce tems, lui a fait éviter cette confusion bien méritée.

     Ce fâcheux événement a fourni à Perchel l'occasion de mettre au plus grand jour, & d'étendre impunément tous les ressorts de son mauvais caractere.

     Revêtu des qualités d'Avocat & Procureur

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Général au Conseil Supérieur, son ambition lui a fait lever à crédit Equipage ; il n'y monte & n'en descend qu'aidé de plusieurs laquais : son orgueil lui fait exiger le titre de Monseigneur, & se mettre en colere contre ceux qui refusent de lui donner ce titre : son nom répand par-tout la terreur : sa méchanceté le rend formidable aux plus intrépides : Ceux qui par rapport à la place, sont obligés de recourir à lui ne s'y présentent qu'à la derniere extrémité, & toujours saisis d'horreur à la vue d'un tel homme.

     Devenu Grand Inquisiteur de la Ville par ses liaisons avec le Chancelier, dont il est bien digne d'être le favori, il met sur pied les Exemts & la Maréchaussée pour exercer sa tirannie envers ceux qui lui déplaisent, en ce qu'ils sont opposés à ses vues.

     Aussi perfide qu'un petit Officier Piémontois, qui, avec l'apparence de la bonne foi la plus sincere, invita M. Gianonne, Jurisconsulte très-savant, & judicieux historien à venir souper chez lui ; en soupant, il fait investir Gianonne & le conduit lui-même en prison à Chamberry.

     Il fait investir la maison de Me. le Maitre, Avocat, estimé des Personnes les plus distinguées, dont le crime étoit d'avoir pris la défense de sa Patrie : on se saisit de lui, & est conduit à la Bastille

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Cet Avocat ayant trouvé de puissantes protections, obtient sa liberté viron au bout d'un an de détention. Perchel en étant instruit, semblable à un chien affamé qui ne quitte point sa proie, emploie l'autorité du Chancelier pour le retenir dans les liens, & réussit.

     Il fait exiler deux jeunes Avocats qui commençoient à se faire connoître par leur éloquence, Me. des Linieres, à Sauxilanges en Auvergne, & Me. Ferry, à Feurs en ; Vélay le premier dans un pays où il ne trouva à son arrivée ni papier, ni encre, ni poste, pas même les choses nécessaires à la vie ; enfin, où il ne peut entendre le langage du pays, ni se faire entendre.

     Peu de tems après, une troupe d'Archers investit dès le matin le Prieuré de Saint Lo, fait perquisition par-tout, & sur les dix heures du matin, enleve, comme un criminel, le Prieur de cette maison, le conduit à l'Hôtel de la Maréchaussée, d'où, après l'avoir gardé à une vue jusqu'au soir, on le transfere à la Bastille.

     L'enlévement de ce Prieur, Religieux très-retiré, qui remplit avec exactitude les devoirs de son état, joint à celui qui se répandit alors de différentes personnes mises à la Bastille & exilées, causa une si grande consternation dans la Ville, que tous ceux qui avoient quelque liaison avec

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ces personnes, ou qui étoient attachés aux Magistrats, craignoient avec d'autant plus de fondement d'essuyer le même sort ; que Perchel, à ce que l'on disoit, avoit les lettres de cachet à sa disposition, & qu'en lui parlant de l'enlevement du sieur le Maitre, il avoit dit : Il y en aura encore d'autres qui auront le même sort.

     L'ingratitude de Perchel envers ses bienfaiteurs, s'est manifestée d'une maniere bien indigne à l'égard d'un Magistrat qui a le talent de persuader & de se concilier les esprits, qui, par ce moyen lui a sauvé la vie, qu'une partie du peuple avoit conçu de lui ôter lorsqu'elle fut informée de son exil, & qui avoit anciennement contribué à arrêter la résolution prise de le chasser du Barreau. En cela il a rendu un fort mauvais service à la Province.) Ce Magistrat qui n'étoit exilé qu'à peu de distance de Rouen, causant sans doute de l'ombrage aux vues de Perchel, cet ingrat l'a fait transférer au Chateau-Portien, pays fort mauvais, où sa santé a beaucoup à souffrir.

     Il est arrivé dans une famille une histoire tragique. Deux freres de la femme qui a commis le crime, ont pris les moyens, avant qu'elle fût décrétée, d'empêcher qu'elle ne tombât entre les mains de la Justice. Par malheur pour eux ils portent le nom d'un Magistrat respectable à tous égards, qui

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a échappé à la fureur du Chancelier & de Perchel. La vengeance de ce dernier, n'étant pas satisfaite par la détention de la fille de ce Magistrat, il s'est servi de la conformité de leurs noms pour le couvrir d'opprobre, lui & sa famille. Ces hommes décrétés de prise de corps en leur pays, appellent de ce décret & viennent à Rouen se consulter. Me Fremont, Avocat prend leur défense, fait voir l'injustice du décret, & auroit aussi réussi à les en faire relever, si Perchel, en qualité de Procureur Général ne les eût fait descendre en prison, où il les a tenus au secret, & après y avoir passé quelque tems, il les a fait transférer dans celle de leur pays, où, à sa recommandation sans doute, ils n'ont aucune liberté, & fait tout ce qui est en lui pour les rendre coupables de ce crime & Parens de ce Magistrat, tandis que le contraire est de la plus grande évidence.

     Perchel, enflé du rang que lui donne sa place, ne croit personne au-dessus de lui, tant pour le mérite que pour l'autorité, & se permet jusqu'à l'immodestie, sans aucun égard pour les personnes avec lesquelles il se trouve.

     Etant invité à un repas de MM. les Juges-Consuls, & ayant chaud, il appelle son domestique, & là, en présence de plusieurs Membres de cette Jurisdiction, il change de chemise, & se fait frotter

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Quelqu'un instruit du fait de la tabatiere dont il s'est servi pour se venger cruellement de son ennemi, fait si inhumain, que seul il mérite le supplice dont parle le Coup d'Oeil, dit à ses Confreres : Le voilà dans la posture où le Bourreau devroit exercer sur lui ses fonctions : il le mérite mieux que plusieurs de ceux qui passent par ses mains ; & d'autres : il nous est bien triste d'être obligés d'inviter un tel homme à notre repas, et de ne pouvoir se passer de lui.

     Enfin on peut comparer Perchel à ce Rienzi, homme de la lie du peuple, qui, devenu puissant par ses intrigues, mit le désordre dans toute l'Italie, & porta par-tout la terreur de son nom. En 1437, il se fit donner le titre de Tribun, & créa un nouveau Conseil qu'il nomma la Chambre de Justice ; mais il fut contraint de se sauver déguisé en Pénitent. Il revint quelque tems après à Rome, où il fut percé de coups, & où on fit mille insultes à son cadavre.

     A Dieu ne plaise que nous désirions le même sort à Perchel. Nous ne lui souhaitons que la place où il a fait mettre les autres, y rester le même tems, passer ensuite le reste de ses jours où est éxilé Me. des Linieres, pour y faire pénitence du mal qu'il a fait : mais il faut qu'il restitue auparavant sa terre du Fossé, dont il s'est emparé avec une adresse, &

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une friponnerie si insigne & si connue qu'il est inutile d'en donner ici aucun détail.

     P. S. Ajoutons à ce portrait ébauché de Perchel, qu'il est Fornicateur, Homicide, Adultere, Voleur par effraction, & faux Témoin.

     Perchel s'étant introduit chez un très-riche Fabricant de Rouen, dont la fille étoit un parti de plus de cinquante mille écus, auquel il ne pouvoit prétendre, étant recherchée par un Conseiller au Parlement, fait tant auprès de cette fille qu'il en obtient les dernieres faveurs. Bien avancée dans sa grossesse, elle tombe très-dangereusement malade. Pressée & interrogée par son pere sur la cause de sa maladie, & se croyant près de sa fin, elle lui dit dans l'excès de ses douleurs : " C'est notre ami Perchel qui m'a séduite ; j'ai eu le malheur de succomber. Me voyant bien avancée dans ma grossesse, il m'a donné des breuvages violens, me faisant accroire qu'ils étoient doux, qu'il n'y avoit rien à craindre en les prenant, & qu'ils me feroient accoucher sans douleur. Il m'a trompé de toutes façons. J'ai bien souffert, mon enfant est venu mort, & je me trouve si mal, que je crois n'avoir que peu de jours à vivre. " Le pere saisi d'horreur à une

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telle déclaration, en fait part à quelques personnes de confiance, pour se faire rendre justice de l'injure à lui faite & à sa fille ; il va consulter un célebre Avocat, qui ne voulant pas perdre son confrere, lui persuade de ne point entreprendre un tel procès. Le pere malheureusement a suivi cet avis.

     Perchel, devenu