De Rouen à la mer : itinéraire archéologique et pittoresque : de Rouen à la Bouille, de Rouen au Havre
DE ROUEN A LA BOUILLE
La Bouille, ce charmant séjour Je l'avoue, n'est pas ma patrie Mais une vive sympathie M'y ramène à chaque beau jour.
Ces véritables vers de mirliton furent chantés il y a plusieurs années déjà dans un vaudeville — ou une revue — ou toute autre pièce de théâtre dont nous avouons avoir oublié le titre.
Ils nous reviennent en mémoire, parce que nous supposons que si la tournure et la forme en peuvent être blâmées par les gens d'un goût difficile, le fond doit en être absolument vrai ; puisque « à chaque beau jour, » — suivant le style de cette
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chanson, — une foule nombreuse — les dimanches et fêtes surtout, — entreprend ce voyage qui dure maintenant une heure et demie environ, mais que nos pères n'accomplissaient pas en moins de quatre mortelles heures, dont la longueur nous paraîtrait plus mortelle encore à nous qui sommes habitués aux trajets rapidement parcourus et qui trouverons bientôt les express trop lents au gré de nos désirs.
Il est vrai que nos pères ne payaient qu'une douzaine de sols pour avoir le droit de se réfugier dans la chambre, et le quart seulement de cette somme dans le reste du bateau.
Mais on devait y être si mal, pêle-mêle avec les colis — les paquets plutôt, le mot ne devait pas être encore en usage — et les départs étaient tellement inexacts que pour nous autres voyageurs modernes qui adoptons volontiers l'axiome : Times is money, nous ne regrettons pas l'ancien régime.
Nous ne le regrettons pas — et nous ne sommes pas les premiers à penser ainsi, — car au XVIIe siècle un sieur Jobé avait déjà, dans sa comédie du bateau de Bouille, mis fort agréablement en scène les doléances de ces divers types de voyageurs qui, à cette époque, étaient rigoureusement obligés d'employer ce coche d'eau pour rejoindre la
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route qui, par le Bourg-Achard, Routot, Pont-Audemer et autres villes non moins importantes, devait leur permettre de gagner le but de ces pérégrinations volontaires ou obligatoires, entreprises pour leur propre plaisir ou pour satisfaire à d'impérieuses nécessités.
Puisque nous avons parlé de coche d'eau, avant d'aller plus loin, nous emprunterons à une excellente notice de M. Ed. Méry quelques renseignements sur les anciens bateaux de Bouille. Cette notice nous apprend que, dès 1594, huit bateaux passagers conduits par seize hommes seulement faisaient ce trajet.
Mais, ajoute l'auteur, « comme on était alors exposé à être rançonné par les voleurs qui divaguaient sur la Seine, le Parlement ordonna de choisir les quatre meilleurs bateaux, de réunir sur chacun d'eux quatre bateliers, et de leur adjoindre deux soldats avec deux piques et deux hallebardes, pour servir aux passagers à repousser les attaques. »
Heureux temps ! vont s'écrier ceux qui aiment les aventures, les attaques à main armée, les coups, les horions... les abordages... les combats de pirates, de corsaires... que savons-nous encore ; ils peuvent donner libre carrière à leur imagination... mais qu'ils désirent tout cela ou qu'ils le redoutent,
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ils peuvent se rassurer, ces temps de troubles sont heureusement passés.
Depuis nombre d'années, les bateaux bouillais du marquis d'Etampes ont fait maintes fois leur trajet accoutumé avec la plus grande régularité possible et sans le moindre accident. Halés sur la rive gauche par de vigoureux chevaux jusqu'à la première station de ce voyage — station dont nous allons parler bientôt — puis sur la rive droite du fleuve, après avoir débillé, c'est-à-dire traversé, les célèbres bateaux de Bouille, dont les dessins de Cochin nous ont transmis une fidèle image, ont fait, jusqu'en 1831, le voyage que nous allons faire à notre tour.
A cette dernière époque, les bateaux à vapeur Emma et Louis-Philippe les remplacèrent. Depuis lors, bien des changements survinrent, bien des Compagnies concurrentes s'organisèrent, cherchant à attirer les voyageurs, même au détriment de leurs intérêts.
Aujourd'hui, le bateau qui transporte les voyageurs pendant la saison d'été se nomme l'Union. C'est une sorte de ponton à deux étages, l'un couvert d'un plancher supporté sur de légères colonnes en fer, laissant une sorte de promenoir garni de banquettes, à peu de distance du niveau de l'eau, et offrant à l'avant et à l'arrière deux
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larges espaces sur lesquels on peut s'installer aisément. A l'intérieur sont aménagées avec un certain luxe — pour les premières surtout — deux vastes chambres où l'on peut se réfugier en cas de mauvais temps.
L'étage supérieur, auquel on accède par de doubles escaliers, est également garni de nombreuses banquettes, et l'arrière est protégé par une tente des ardeurs du soleil.
Une petite toiture dentelée abrite un espace réservé au capitaine, dont la passerelle de commandement peu élevée sépare le pont en deux parties.
Lorsque la cheminée du bateau lance de gros flocons de fumée, que les timonniers aux deux extrémités manoeuvrent les roues du gouvernail, que le sifflet à vapeur ou la cloche du bord se font entendre, et que par un jour de beau temps les pavillons aux brillantes couleurs flottent dans les airs, l'Union ne permet pas de regretter les bateaux étroits et resserrés qui faisaient autrefois ce trajet, et commodément installés à son bord, le voyageur et le touriste se disposent à entreprendre facilement une fort agréable excursion.
L'excursion de Rouen à La Bouille permettra, en effet, aux touristes de se faire une idée exacte de cette succession de points de vue pittoresques des rives de la Seine qui ne sont point sans
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charme, et peut-être inspirera-t-elle le désir à plus d'un excursionniste de continuer à descendre le fleuve jusqu'au Havre.
Souvent, d'ailleurs, et suivant la coïncidence des heures de départ, le Chamois ou le Furet, prêts à partir, ne feront qu'augmenter ce désir.
Ces deux vapeurs, — leur nom l'indique, — sortes de navires minuscules, sont doués de deux qualités importantes, marcheurs rapides et tenant bien la mer. Pendant la saison d'été, ce ne sont à bord que touristes, la lorgnette en bandoulière, que vêtements aux vives couleurs. C'est déjà un avant-goût des costumes des bains de mer. Le capitaine, l'équipage même, affectent une allure de véritables matelots. Ah ! c'est que, comparée à notre modeste promenade, c'est presque un voyage au long-cours.
N'importe, n'envions pas trop cette agréable mais un peu longue excursion des rives de la Seine jusqu'au Havre, surtout si nous avons le coeur sensible.
Laissons ces petits vapeurs disparaître à l'horizon et nous, attendons le signal du départ tout en jetant un rapide coup d'oeil sur la vue des quais.
Que nous voyons ce tableau pour la première ou pour la centième fois, il nous intéressera toujours.
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C'est d'abord la Douane ornée de deux statues en haut relief de David d'Angers ; les maisons élevées des quais ; puis, sur la Seine, l'arche en fonte ajourée du pont suspendu, et comme premier plan très-mouvementé et très-animé, les petits bateaux de Saint-Eloi, sortes de chaloupes couvertes d'un petit toit et les barques du service des douanes qui sillonnent ce passage.
L'auteur d'une Normandie poétique (M. Léon Buquet), publiée en 1840, a retracé en quelques vers remplis d'expressions singulières, pour ne pas dire plus, ce voyage que nous allons essayer de décrire en humble prose. Nous lui emprunterons quelques fleurs poétiques destinées à orner notre véridique relation, et peut-être, grâce à ces citations, les lecteurs — et les aimables lectrices — car nous espérons que les lectrices voudront bien, elles aussi, jeter un rapide coup d'oeil sur ces quelques pages — ne s'apercevront pas de la sécheresse de notre récit.
Passons donc la plume au poète déjà nommé :
Mais du côté du port on entend retentir La cloche dont les sons nous viennent avertir. ............................................... Tout à coup le navire aux façons de couleuvre S'agite, en ondulant, sous l'ardente manoeuvre Que le chef, au coup d'oeil rarement incertain, Tantôt crie au chauffeur, tantôt au pilotin.
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Interrompons cette citation que nous continuerons quand il en sera temps.
Après le signal du départ et la passerelle enlevée, le bateau descend le cours du fleuve. Il passe devant plusieurs iles, sortes de restaurants champêtres que visitent chaque dimanche un certain nombre d'amateurs de villégiature.
A mesure que l'on s'éloigne et si on regarde en arrière, la vue de la ville prend une grande importance. Au-dessus des maisons du quai, les principaux édifices se détachent sur le ciel, et à l'horizon l'église de Bonsecours domine la silhouette des collines.
Sur la rive droite du fleuve, les maisons en amphithéâtre et les jardins apparaissent aussi dominés par l'église Saint-Gervais, construction récemment achevée, dont le blanc clocher se voit de fort loin.
On continue à passer près de petites iles, et peu après, à l'avant du bateau, apparaît un petit village entouré de peupliers élevés : c'est Croisset, la première station.
Un four, d'un aspect pittoresque, s'élève comme une sorte de tour carrée ; plus loin, de petites villas apparaissent au milieu de la verdure et se détachent sur les collines verdoyantes que dominent les masses d'arbres et le château de Canteleu.
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Si nous avions le loisir d'abandonner notre bateau, il y aurait là une belle promenade à faire.
Aujourd'hui, nous ne la ferons pas ; mais si quelque jour cependant la fantaisie de visiter Canteleu vous venait à l'esprit, laissez-nous à tout hasard ouvrir une gigantesque parenthèse.
(A Croisset, vous vous engagez dans un petit chemin assez roide, un peu à droite de la station qui, après deux ou trois détours, conduit à l'entrée d'un parc. Il est parfois assez facile, sans contourner la lisière de ce parc, de pénétrer à l'intérieur. Une petite barrière souvent entr'ouverte livre passage aux promeneurs, toujours accueillis avec bienveillance dans le château de M. le baron Elie Le Fébure.
Après avoir suivi un chemin creux très-ombragé, on découvre un point de vue qui ne fait que gagner encore à mesure que l'on s'élève. On passe près d'excavations profondes creusées dans le roc, et des fragments de muraille, débris de remparts ou de murs de soutènement des terrasses, supportent un petit belvédère d'où le panorama se développe dans toute sa beauté.
Les premiers plans sont formés par des masses d'arbres, au pied de l'escarpement les maisons de Croisset.
Au delà s'étendent les prairies de Bapeaume,
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l'entrée de la route de Déville d'un côté de la Seine, — de l'autre côté les plaines du Petit-Quevilly, les nombreuses cheminées des usines de Saint-Sever, etc., etc.
Une série de maisons élevées annonce les quais de Rouen, puis la ville tout entière, dont les églises présentent presque toutes leurs façades faciles à distinguer par leurs clochetons et leurs pinacles élancés. Les nombreuses maisons de campagne de Boisguillaume et l'église Notre-Dame-des-Anges ferment la perspective vers la gauche. Plus loin encore, lorsque le ciel est clair, on aperçoit la tour de l'église de Carville et la vallée de Darnétal.
La côte Sainte-Catherine, dont les excavations crayeuses aident à faire ressortir les constructions du boulevard Saint-Paul, ferme l'horizon ; le clocher de l'église de Bonsecours profile sa silhouette sur le ciel, et les masses d'arbres du château de Belbeuf peuvent encore être facilement aperçues.
Les grands établissements industriels de Quevilly et de Saint-Sever s'étendent au delà des prairies qui bordent la Seine et s'accusent par une multitude de hautes cheminées.
Enfin, vers la droite du spectateur, la Seine côtoie des collines boisées et toute une série de
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petits villages que l'excursion de La Bouille va faire plus amplement connaître.
De nombreux ronds-points ménagés aux angles des chemins aident à gagner le plateau sur lequel s'élève le château de M. Le Fébure.
C'est une construction dont le plan, dû à Mansard, a été remanié à différentes époques, mais dont l'ensemble n'est pas désagréable.
A l'intérieur est une intéressante collection de gravures, de statuettes, d'objets d'art, de dessins, d'aquarelles, parmi lesquelles il faut citer une curieuse gouache d'un artiste normand, E.-H. Langlois, du Pont-de l'Arche, représentant : la Visite du duc d'Angoulême à M. le baron Elie Le Fébure au château de Canteleu, le 21 octobre 1817.
L'église de Canteleu, récemment restaurée, est ornée de vitraux modernes d'une exécution très-satisfaisante. On a édifié un transept avec fenêtres gothiques. La base du clocher montre encore quelques fragments de sculptures et une inscription tumulaire.
A l'angle de cette église se trouve la route de Duclair et de Jumiéges, qui traverse la forêt de Roumare et qui aboutit à Rouen à l'avenue du Mont-Riboudet.
Du pont du bateau nous ne pouvons apercevoir que le château et le clocher ; n'importe, il ne faut
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pas se fier aux apparences, et vous voyez que si vous avez une demi-journée à passer, il y a là une charmante excursion et une jolie promenade à faire.)
Fermons notre gigantesque parenthèse et continuons notre voyage par eau.
Les embarcadères se composent de vieilles barques de pêche — quelques-unes conservant encore les chiffres et les numéros de leurs ports d'origine — solidement fixées à des pieux et reliées par des passerelles dont la pente varie suivant la hauteur des eaux.
Non loin de là se trouve une maison de campagne au fronton orné de lettres enlacées et qu'on peut facilement apercevoir au départ de la station, grâce à une grille qui surmonte un mur d'enceinte à hauteur d'appui. C'est là que, pendant une partie de la belle saison, l'auteur de Salammbô et de Madame Bovary, Gustave Flaubert, vient jouir des agréments de la villégiature. Là aussi venait il y a quelques années un autre Normand, le poète Louis Bouilhet. A l'extrémité de cette propriété se trouve un petit pavillon de repos où l'auteur de Meloenis et de Madame de Montarcy vint écrire les dernières scènes de la Conjuration d'Amboise.
L'auteur de la Normandie poétique a décrit aussi ce départ de Rouen, et comme on n'aurait
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certes pas lu notre prose ennuyeuse, — mais utile au point de vue des renseignements, essayons de nous justifier, — si nous avions fait notre citation avant... nous la faisons après.
Rouen a disparu. Les vapeurs littorales Se tordent à ses tours en brumeuses spirales, Et si l'on peut encore l'entrevoir, à travers Les îles, balançant leurs bouquets d'arbres verts, Ce n'est plus que derrière un transparent de gaze Qui semble le couvrir du sommet à la base. Mais déjà Canteleu, SAINT-CLOUD DES CITADINS, Nous jette les parfums de ses nombreux jardins. Dieppedalle et Croisset montrent au bord des ondes, Dans les rochers béants leurs caves si profondes ; Déville un peu plus bas amène de Cailly Son limpide ruisseau qui, tout enorgueilli D'avoir fertilisé cette admirable plaine, S'en vient dormir après dans le lit de la Seine.
Si nous osions pousser plus loin la lecture de ce poème, rapprochant les distances il nous décrirait en deux vers :
Le double Quevilly vient ensuite et sépare De celle de Rouvray la forêt de Roumare.
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Il nous rappellerait que dans le bois de Roumare.
............. le brave Rollon, Ce chasseur intrépide et ce seigneur sévère, Suspendait, si l'on croit les récits du trouvère, Ses bracelets en or, qui n'ont jamais tenté Le voleur par l'effroi du supplice arrêté.
Et maintenant que nous avons fait une large part à la citation poétique, reprenons notre modeste rôle de cicerone chargé d'expliquer, une baguette à la main, les tableaux variés qui se déroulent devant les yeux du spectateur.
Sur la rive gauche, le Petit-Quevilly est indiqué seulement par les cheminées élevées et les toits de ses nombreuses usines. La chapelle Saint-Julien, un curieux spécimen de l'architecture romane, est le seul débris qui subsiste encore d'une ancienne léproserie.
Pour les excursionnistes qui voudraient se rendre au Petit-Quevilly, il faut quitter le bateau à vapeur à Croisset et traverser la Seine, puis les prairies qui la séparent de ce village.
Peu de temps après avoir quitté cette première station, le mousse du bord, après avoir sonné la grosse cloche d'avant ou fait entendre le sifflet à
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vapeur, annonce la seconde station : Dieppedalle.
Les maisons qui bordent la rive gauche se prolongent sans solution de continuité ; elles sont toujours serrées de près par la saillie des collines qui parfois laissent derrière elles quelques mètres à peine pour une cour ou un jardin bien étroit. A de petites maisonnettes plus ou moins décorées succèdent des usines, et dans l'intervalle de deux versants de collines apparaissent des chemins boisés qui grimpent par une pente plus ou moins rapide au sommet du plateau, et dans les flancs des roches crayeuses sont creusées des excavations profondes servant de caves et de magasins.
Les coteaux se distinguent par une habitude de configuration particulière : ce sont des cônes multipliés et semblables que séparent des gorges étroites qui se glissent entre leurs bases ; à vue d'oiseau leurs sommets offrent une ligne sinueuse de cercles rentrants et sortants, qui serpentent comme un feston et qui enveloppent élégamment la plaine. (Ch. Nodier.)
Parmi les constructions, on remarque tout d'abord l'ancien couvent de Sainte-Barbe, aujourd'hui transformé en maison d'éducation. Les murailles de pierre grise, renforcées par de solides contre-forts, sont percées d'étroites fenêtres
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régulièrement disposées ; un petit clocher en ardoises termine le toit et forme un ensemble qui ne manque pas de caractère.
Une des îles situées en face de Dieppedalle est couverte de constructions : c'est un petit château, puis des pavillons, des chalets qui forment une résidence d'été des plus agréables. Cette villa a été créée par un avocat du barreau de Rouen, justement renommé, M. Frédéric Deschamps.
Sur la rive gauche se trouve le Grand-Quevilly.
La troisième station est Biessart.
En face, sur la rive gauche, on aperçoit le Petit-Couronne. Pour se rendre à cette dernière localité, qui est la quatrième station, un batelier vient en pleine rivière accoster le bateau à vapeur.
Au Petit-Couronne, situé près de la forêt de Rouvray, existent encore un menhir, un viel if, près de l'église, et une maison de campagne du grand Corneille, toutes choses complètement invisibles des bords de la Seine naturellement. Mais on aperçoit facilement, à l'extrémité d'une longue avenue, un château de construction moderne, et un peu avant des bâtiments de ferme au milieu d'une île offrent des pignons dont les silhouettes rappellent celles que le paysagiste Daubigny a
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reproduites dans quelques-unes de ses toiles les plus estimées.
La cinquième station est le Val-de-la-Haye. Pour le touriste placé sur le bateau, ce n'est maintenant qu'une succession de petites maisonnettes séparées de la route par de petites barrières en fer ou de simples haies verdoyantes. Cependant, non loin de là, se trouvait jadis la Commanderie de Sainte-Vaubourg, fondée en 1130 par des Templiers, confirmée en 1137 et 1140 et qui appartint plus tard à l'Ordre de Malte.
Une clôture de murailles et une grange du XIIIe siècle sont, avec l'église dédiée à saint Jean, les seuls vestiges de cette antique splendeur.
Près du débarcadère, un cadran solaire porte une inscription : Hora ruit, qui paraîtra bien pâle aux voyageurs qui ont foulé le sol de l'Espagne et celui de l'Italie. Ceux-ci se rappelleront le cadran solaire de la douane d'Isella, petit village piémontais, et la pensée philosophique où brille déjà le concetto italien : Torna tornando il sol, l'ombra smarrita, ma non più ritorna l'età fuggita : L'ombre évanouie revient quand revient le soleil, mais l'âge fugitif ne revient plus.
Ceux-là se rappelleront le petit cadran de l'église d'Urrugne et son mot effrayant : Vulnerant omnes, ultima necat : Elles blessent toutes, la dernière tue.
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Gnomons et cadrans, a dit Théophile Gautier, nous entendons votre langage ; et il avait fait graver sur son cachet ces mots qui eussent pu servir aussi de légende à un cadran : Vivere memento : Souviens-toi de vivre, et eussent été à coup sûr plus consolants encore que cette dernière légende : Ultima quando ? qui existe sur un des murs de l'église Saint-Vivien à Rouen.
Mais puisque tout passe, passons aussi... et ne nous attardons point trop à ces pensées philosophiques.
A l'extrémité du village, nouvelle station : Grand-Couronne, qui se trouve sur la rive gauche.
Là s'élève une colonne en pierre d'ordre dorique, ornée d'anneaux de bronze et de bas-reliefs. Le chapiteau est surmonté d'un aigle aux ailes repliées se reposant de son vol.
La base du piédestal est entourée d'une petite grille circulaire. Sur les anneaux de bronze se lisent les grands noms d'Iéna et d'Austerlitz ; sur le bas-relief est représentée l'étoile de la Légion d'honneur entourée de lauriers.
L'inscription du piédestal porte la date du 9 décembre 1840. Ce monument commémoratif du Retour de Sainte-Hélène fut érigé quatre ans plus tard, à l'endroit même où les cendres de l'empereur
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Napoléon furent déposées à bord de la Dorade, qui devait apporter le cercueil jusqu'à Paris, où eurent lieu les funérailles.
Le Mémorial de Rouen de 1840 nous a conservé le récit de ce transbordement :
La Normandie était arrivée au Val-de-la-Haye le 8, vers trois heures ; elle y passa la nuit.
Peu après son arrivée, huit bateaux à vapeur étaient venus de Rouen ; parmi eux étaient la Dorade n° 3 et l'Elbeuvien, tous deux préparés pour recevoir la dépouille mortelle. La Dorade, étant munie d'un ordre ministériel, fut préférée par le prince de Joinville.
Au moment de l'arrivée de la Normandie, qui resta au milieu de la Seine, de chaque côté du fleuve étaient rangées des compagnies de la garde nationale, de la ligne et des brigades de gendarmerie. Le navire fut accosté par un bateau dirigé par M. Legrand, capitaine du port de Rouen, et qui portait le préfet de la Seine-Inférieure ; le lieutenant-général Teste ; M. Henri Barbet, maire de Rouen ; M. Darcel, colonel de la garde nationale, etc., etc.
Le transbordement eut lieu après le départ de ces autorités ; il fut terminé le 9 décembre 1840, à cinq heures ; pendant ce temps le curé du Val-de-la-Haye, entouré du maire et d'une nombreuse
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population accourue des environs, récitait les prières de l'église.
Le 10, à huit heures du matin, le convoi, composé des bateaux à vapeur la Dorade n° 3, chargée du corps de l'empereur ; les Etoiles, le Parisien, le Montereau et l'autre Dorade quittèrent le Val-de-la-Haye et se dirigèrent vers Rouen.
De son côté, la Revue de Rouen de 1844 a consacré quelques lignes à l'inauguration de ce monument.
La première pierre du soubassement fut posée le 15 août 1844.
Sous cette pierre fut placée une boîte renfermant des pièces de monnaie, des médailles et des reliques impériales, consistant en un peu de terre du tombeau de Sainte-Hélène, du bois du cercueil, un morceau du saule qui ombrageait la tombe, enfin des cheveux de l'empereur, reliques dont s'était dessaisi en faveur de cette oeuvre le vénérable général Bertrand.
Cette cérémonie eut lieu en présence du baron Dupont-Delporte, ancien préfet de l'empire, du général Gérard et d'un grand nombre d'anciens militaires.
M. Lefebvre-Flacardoux avait pris l'initiative de la souscription qui a permis d'ériger ce monument.
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La septième station, Hautot, n'offre rien de remarquable. Une suite de peupliers, largement espacés, et au bout d'une prairie les masses d'arbres d'un parc d'un agréable aspect, conduisent jusqu'à la huitième et dernière station : Sahurs, en passant par Soquence, petit hameau dont le nom est rarement prononcé dans le voyage. Cette dernière localité est à peine visible des bords de la Seine, et l'on n'aperçoit guère qu'un élégant château moderne à tourelles en briques et pierres coiffées de petits toits pointus.
Le château de Sahurs appartenait aux seigneurs de Brèvedent, et l'église est dédiée à saint Sauveur. La chapelle du hameau de Marbeuf doit une certaine renommée au voeu d'Anne d'Autriche qui, en 1638, à la naissance de Louis XIV, lui fit offrir une image en argent du poids de 24 marcs avec son piédestal et portant cette inscription : Beatoe Marioe Salhutiensi de pace dictoe. Suivant le savant et regretté abbé Cochet, cette statuette exista jusqu'à l'époque de la Révolution.
Il existe de curieuses relations imprimées, — mais fort rares, sur ce « voeu de la reyne » et sur la fondation de la chapelle de Notre-Dame-de-la-Paix, nom que lui donna l'archevêque de Harlay. (Voir les Notices historiques de MM. Bouquet et Périaux.)
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La statuette fut envoyée par ordre de la reine et confiée au P. Marie, jésuite, et à un des gardes du corps du roi, le 23 avril 1638. Elle était accompagnée d'une lettre pour l'archevêque de Rouen qui, le 27 du même mois, assisté d'environ cent curés, fit chanter le Te Deum et ordonna l'ouverture pour le samedi suivant des prières de quarante heures dans la chapelle de Sahurs. La statue, déposée le 23 avril dans la chapelle du collége des jésuites de Rouen, — aujourd'hui le lycée Corneille, — y fut bénite quelques jours après, transportée à Sahurs le 1er mai et inaugurée le 2 par le curé de la Folletière, doyen de Saint-Georges, qui en avait reçu mission de l'archevêque.
La chapelle de Notre-Dame-de-la-Paix existe encore, ajoute M. N. Périaux, auquel nous empruntons ces nombreux détails ; elle fait partie du fief de Marbeuf, devenu aujourd'hui la propriété de M. de Gibert. C'est une construction élevée vers 1525, attribuée par certains auteurs au sieur de Marbeuf, et attribuée par d'autres à Louis de Brézé, époux de Diane de Poitiers.
Pour visiter cette chapelle il nous faudrait malheureusement abandonner notre bateau, et il est entendu, croyons-nous, que nous devons continuer aujourd'hui jusqu'à La Bouille. Les tentations
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ne manquent pas cependant, car en face de ces deux stations, — Hautot et Sahurs, — et sur la rive gauche se trouve Moulineaux, dont l'église seule mériterait une visite spéciale. Pour cela, il serait indispensable de quitter le bateau à la station de Sahurs, puis de passer la Seine. On gagne rapidement le village par un chemin resserré entre deux haies. Il est facile ensuite de se rendre à pied jusqu'à La Bouille, qui se trouve à peu de distance.
Contentons-nous donc cette fois de donner quelques renseignements, ce sont toujours des notes bonnes à prendre en voyage et qui peuvent aider un jour ou l'autre à modifier l'itinéraire traditionnel, tout en conduisant au même but.
L'église de Moulineaux, à une seule nef, est entièrement du XIIIe siècle. C'est une fondation de la reine Blanche de Castille. Elle renferme un baptistère de 1240 que bénit Pierre de Collemieu en consacrant l'église. Le jubé en bois sculpté est des plus curieux. On y accède par un escalier dont les rampes pleines sont ornées de panneaux sculptés. Ce curieux spécimen de l'art de la Renaissance, situé en encorbellement, est décoré d'un côté de médaillons avec figures, entourés d'arabesques, et de l'autre côté de motifs de fenestrages du style gothique fleuri.
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Moulineaux, ainsi que l'a fort bien écrit M. l'abbé Tougard, n'avait fait jusqu'ici parler de lui que parmi le monde savant, lorsqu'éclata la guerre de 1870 qui, au prix de l'illustration d'un jour, devait lui laisser de douloureux souvenirs.
Le 30 décembre 1870, les Prussiens furent chassés de Moulineaux et poursuivis jusqu'au Grand-Couronne, par les francs-tireurs du Calvados et les mobiles de l'Ardèche, des Landes et de l'Eure.
Les Prussiens voulurent reprendre l'offensive le lendemain et furent encore repoussés.
L'échec de Moulineaux, le seul qu'ils aient eu à subir dans notre région, leur tenait au coeur, et ils voulaient le réparer au plus tôt. Aussi le 1er et le 2 janvier, ils mirent plusieurs pièces en batterie sur la route de Grand-Couronne à Elbeuf.
Le 3, au soir, 20 à 25,000 hommes de l'armée prussienne et une artillerie de 36 canons, se disposèrent à reprendre le village. (V. Moulineaux, par M. l'abbé Tougard.)
Dans cette effrayante proportion de quinze contre un, le résultat du combat du 4 janvier n'etait pas douteux.
Les Français durent songer à la retraite, non sans avoir fait subir de nombreuses pertes à l'ennemi, et jusqu'à Saint-Ouen-de-Thouberville ils
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disputèrent le terrain pied à pied à leurs ennemis, se retranchant dans chaque ferme, qui devint un obstacle que les Allemands durent enlever de vive force.
D'après la dépêche du général Roy, les pertes de l'ennemi furent de 3,000 hommes et 600 des nôtres furent mis hors de combat.
Les Prussiens, de leur côté, firent grand bruit de cette dispersion des troupes, qu'ils eurent pourtant assez de peine à repousser, et proclamèrent bien haut leur succès, le nombre des prisonniers et les trois drapeaux qu'ils purent enlever dans les mairies de Moulineaux, de La Bouille et de Saint-Ouen-de-Thouberville, dont ils se firent un glorieux trophée.
Sur le plateau qui domine Moulineaux s'élevait autrefois le fameux château de Robert-le-Diable.
Il n'en reste plus maintenant que quelques ruines, disait il y a longtemps déjà Ch. Nodier... Ce ne sont plus, ajoutait-il, que choses vagues et informes comme sa chronique et mêlées à de merveilleux souvenirs.
Que dirait-il maintenant s'il pouvait les revoir ? Reconnaîtrait-il sous ce belvédère coiffé d'un petit toit aigu, émergeant à peine d'une volumineuse touffe de buissons et d'arbustes — seule construction qu'il nous soit donné d'apercevoir du pont
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du bateau, — Ch. Nodier reconnaîtrait-il ces masses de pierre entamées et couvertes par le temps d'une végétation épaisse et vigoureuse ? Elles indiquaient pourtant à peine, continuait-il, l'usage des anciennes constructions ; cependant une tour devait s'élever vers le Nord, et les accidents de terrain au Midi marquaient assez bien la place des ponts-levis et des fossés. A la vue de ces ruines on éprouvait une impression qui tenait de l'enchantement ; il semblait qu'on soit emporté par les fées de ces temps reculés, dont le château de Robert atteste les merveilles.
Aucun souvenir n'est lié à la topographie de cet étrange monument ; une chronique, un fabliau, les récits des vieillards et des bergers, voilà les autorités du passé pour l'instruction de l'avenir. Il n'en résulte qu'une certitude, l'existence ancienne d'un Robert dont les amours désordonnées, les exploits aventureux et la rigoureuse pénitence font le sujet des narrations populaires. (Ch. Nodier.)
L'auteur de la Normandie poétique — nous ne l'oublions pas — a décrit aussi ce château. — Ecoutons ses accords mélodieux :
Et voici devant nous le mont audacieux
Portant, comme un nid d'aigle égaré dans les cieux,
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Le manoir ruiné de ce Robert-le-Diable, Dont Scribe convertit l'histoire pitoyable En un poème heureux que chanta Meyerbeer, COMME EUT FAIT ROSSINI SUR LE LUTH DE WEBER.
Laissons ces chants cesser, ne troublons point le lecteur, que ce dernier vers va plonger sans doute dans une effrayante stupéfaction et continuons notre voyage.
Au sommet des collines de la rive gauche, un peu au-dessus du château Robert, nous verrons se profiler sur l'horizon un château moderne dont les ailes sont terminées par de grands toits élevés, et un peu plus loin la statue qui surmonte le monument commémoratif du combat de Moulineaux.
A peine a-t-on quitté la station de Sahurs, que l'on aperçoit le clocher de l'église de La Bouille. Ce clocher, de construction moderne, est de proportions assez élevées. Il a été terminé en 1865. La Bouille, qui n'est plus aujourd'hui qu'une localité pittoresquement située, a eu autrefois une importance considérable.
Le port de La Bouille est mentionné dès 1131[1]. En 1477, le comte de Warwick, ambassadeur
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d'Angleterre près de Louis XI, y aborde en allant à Rouen. Le corps d'Arthur de Bretagne, jeté à la Seine, y échoua en mai 1203 et y fut inhumé.
A l'angle d'une ruelle étroite existe encore une statuette de saint Michel. Cette image, sculptée sur une poutre du XVIe siècle, faisait vraisemblablement partie de l'hôtel Saint-Michel, où logea en 1639 le chancelier Séguier.
La Bouille — à laquelle un archéologue voudrait qu'on restituât son nom de Boville, prétendant que c'est par une corruption de langage, ou plutôt d'écriture, que le v s'est changé en u — La Bouille ou Boville offre maintenant l'aspect d'une réunion de charmantes habitations adossées à des coteaux boisés, parfois brusquement escarpés et supportant des châteaux de construction moderne qui jouissent presque tous d'un point de vue splendide.
A quelques mètres de La Bouille se trouve l'entrée de la carrière Jacqueline. Cette carrière, qui dépend de la commune de Caumont, renferme une grotte curieuse ornée de stalactites et de pétrifications. Les autres carrières, régulièrement exploitées, fournissent des pierres employées dans la construction sous le nom de pierres de Caumont.
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Le poète sus-nommé, dont nous citerons toujours avec plaisir les vers se rapportant à notre sujet, a décrit ainsi l'arrivée à La Bouille.
Pendant que le navire aux riverains propice A La Bouille on dépose, on prend quelque nourrice, Regardez le soleil au pied de ce grand mont Se jouer au cristal des grottes de Caumont, Où l'eau se coagule en bizarres fantômes De quelque puissant dieu des humides royaumes, Escortant gravement la fière majesté Qui se creuse au milieu de ce site enchanté Un palais, aux plafonds en stalactites bleues, Un temple éblouissant, profond de deux lieues, D'où la Seine, échappée aux caresses du dieu, Dans ses bras arrondis court enfermer Beaulieu.
Ce récit poétique a bien l'inconvénient de faire croire que les grottes sont en plein soleil, tandis qu'en réalité les entrées de ces excavations sont fort dissimulées et d'un accès assez difficile... Mais il faut bien que les licences poétiques servent à quelque chose... ne fût-ce qu'à être inexact.
Pour nous qui venons de décrire La Bouille avant d'y être entré, laissons le bateau faire sa manoeuvre pour accoster. Il dépasse la grande place, décrit un demi-cercle et vient recevoir une passerelle descendue à l'aide d'une grue et qui le met en communication avec la terre ferme.
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Voici notre voyage terminé.
Suivant nos goûts, nos loisirs, le temps que nous avons à dépenser... ou notre appétit, — car le prosaïsme ne perd jamais ses droits, — nous pouvons soit visiter l'église, les vieilles rues et grimper au sommet de la côte... ou prendre quelques instants de repos dans ces restaurants qui bordent le quai, — et dont l'un d'eux surtout possède une terrasse couverte, d'où l'on jouit d'un agréable point de vue.
Si on a le temps de gravir la route neuve assez longue d'ailleurs — ou le raidillon, un peu rapide il est vrai — que l'on nomme la vieille Côte, parvenu au sommet, on apercevra un panorama magnifique.
On embrassera la Seine dans un immense parcours.
Plus loin, la forêt de Roumare, et en allant de gauche à droite, les petits villages de Saint-Pierre-de-Manneville, Sahurs, Hautot, etc. Les trois clochers que l'on aperçoit presque à l'horizon sont les clochers de l'église de Saint-Martin-de-Boscherville. La Seine, de ce côté, fait un coude et se dirige vers Duclair.
On domine le village de La Bouille et l'église de Moulineaux s'annonce par son petit clocher d'ardoises. Enfin, aux dernières limites de l'horizon,
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les escarpements de la colline Sainte-Catherine, c'est-à-dire les environs de Rouen : l'église de Bonsecours, le château de Belbeuf peuvent être très-facilement aperçus lorsque le temps est clair.
A mesure que l'on monte la grande route, l'ensemble du paysage se développe ; parvenu au point de jonction d'un petit chemin rocailleux et de la grande route de Rouen à Honfleur, on se trouve à la Maison-Brûlée, près de la forêt de La Londe et du monument commémoratif du combat de Moulineaux.
D'où vient le nom de la Maison-Brûlée ? C'est là une question fort simple, à laquelle il est très-facile de répondre. Les hôtelleries établies à La Bouille depuis un temps presque immémorial recevaient un grand nombre de voyageurs, lorsqu'un nommé Dumesnil eut l'idée de créer au haut de la côte de Moulineaux, à la jonction des routes de Bourgtheroulde et de Bourg-Achard, un petit établissement qui devint bientôt une redoutable concurrence (voir un curieux volume sur l'occupation allemande). Le 8 avril 1808, la nouvelle se répandit dans La Bouille que l'auberge de Dumesnil avait été entièrement détruit pendant la nuit par un incendie, et que le mobilier,
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sept chevaux, trois voitures et les marchandises étaient la proie des flammes.
Sur les ruines de cette maison incendiée s'éleva bientôt une nouvelle auberge... Il y a loin de la construction primitive : quatre murs en bauge, recouverts d'une charpente grossière au bâtiment tout moderne, dont la toiture en tuiles et les balcons en bois découpé indiquent plutôt le restaurant champêtre.
Chaque dimanche, en effet, des promeneurs amenés soit par les trains spéciaux de la ligne de Serquigny, soit par le bateau de La Bouille, viennent déjeuner ou diner dans ses salles bien aérées.
L'entrée de la forêt est elle-même garnie de tables rustiques. On peut facilement diner sur le gazon, sous une voûte impénétrable de feuillage. Rien n'est plus pittoresque que ces différents groupes disséminés çà et là dans la forêt ; les châles, les chapeaux suspendus à des branches, ce fond de verdure tamisant une lumière brillante, et comme premiers plans ces troncs d'arbres qui s'élèvent majestueusement et forment repoussoir. C'est un tableau tout fait dont l'aspect plein de fraîcheur repose agréablement de la fatigue qu'on a pu éprouver à gravir en plein soleil
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la route neuve ou le petit raidillon dont nous avons parlé.
Cette forêt de La Londe couvre une surface de plus de deux mille hectares, et offre, près de la grande route, de belles avenues formées d'arbres magnifiques et se prolongeant à perte de vue. A l'extrémité de ces chemins sous bois, on jouit d'une agréable perspective de coteaux entièrement boisés, sillonnés de routes et de petits chemins. Au fond du vallon, on aperçoit la voie ferrée et les bâtiments de la station de La Londe.
A quelques pas à peine de la Maison-Brûlée s'élève le monument commémoratif du combat de Moulineaux.
Ce monument, qui se compose d'un piédestal en briques et pierres, construit sur les dessins de M. L. Dupré, architecte à Paris, supporte une statue en bronze. Cette statue, due au ciseau de Aimé Milet, l'auteur du groupe d'Apollon, qui domine le fronton de la scène du Grand-Opéra, du Colossal Vercingétorix et de la charmante figure de la Jeunesse effeuillant des fleurs sur la tombe de Murger, représente un mobile en tenue de campagne. Cette sentinelle, appuyée sur son fusil, interroge l'espace, et le statuaire a rendu d'une heureuse façon le caractère typique et essentiellement moderne de ces jeunes gens brusquement
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enlevés à leurs travaux et dont un certain nombre devait trouver une mort glorieuse en défendant le sol de la France envahie. Une tablette de marbre porte les noms de ceux qui périrent dans le combat de Moulineaux et dont les restes ont été pieusement déposés dans un caveau pratiqué dans les fondations de ce monument.
Sur la face principale du monument on lit :
CE MONUMENT EST ÉRIGÉ A LA MÉMOIRE DE CEUX QUI SONT VENUS MOURIR ICI POUR LA DÉFENSE DE LA PATRIE, 1870-1871. ÉLEVÉ PAR SOUSCRIPTION. — INAUGURÉ LE 18 JUIN 1873.
Et sur les faces latérales sont gravés les noms des régiments qui ont pris part aux combats de Moulineaux.
Nous croyons utile de reproduire ici cette liste, en y ajoutant quelques renseignements puisés dans ce volume sur l'occupation allemande dont nous avons déjà parlé, ouvrage fort intéressant que son auteur, malheureusement, n'a pas destiné à la publicité et qui renferme de bien précieux renseignements.
Les troupes qui étaient placées sous le commandement du général Roy le 1er janvier et qui s'augmentèrent
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le 3 des troupes du général Lauriston, étaient les suivantes :
INFANTERIE.
| Garde mobile | de l'Eure, 39e rég. 1, 2 et 3e | batail. |
| — | de l'Ardèche, 41e r. 1, 2 et 3e | — |
| — | des Landes.... 1 et 3e | — |
| — | de la Loire-Infér. 6e | — |
Mobilisés de la Seine-Inférieure, bataill. d Elbeuf.
Marins, détachement.
| Francs-tir. | de l'Eure, 1re et 2e compagnie. |
| — | de Louviers et du Neubourg, | détach. |
| — | de Rugles, | détachement. |
| — | de Breteuil, | id. |
| — | de Seine-et-Oise, | id. |
| — | de Dreux, | id. |
| Guérilla rouennaise, | | id. |
Corps franc du Calvados.
Eclaireurs de Normandie, 1re et 2e compagnie.
| Francs-tireurs | de la Dive, | détachement. |
| — | de Lisieux, | id. |
| — | de Saintes, | id. |
| — | du Puy-de-Dôme, | id. |
CAVALERIE.
Gendarmes, détachement.
Gardes à cheval du Calvados, détachement.
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ARTILLERIE.
| Batterie | des mobiles des Basses-Pyrénées, 4 canons anglais. |
| — | des mobilisés du Calvados, 6 canons de 4, rayés. |
| — | des mobiles des Côtes-du-Nord, 4 canons de 4, rayés. |
INFANTERIE.
| Mobilisés du Calvados, | 1re lég., 1, 2, 3, 4 et 5e bat. |
| — | 2e id., 1, 2, 3 et 4e batail. |
| — | 3e id., 1, 2, 3 et 4e id. |
CAVALERIE.
Chasseurs à cheval, 12 régiment.
ARTILLERIE.
Batterie de mobiles du Morbihan, 6 canons de 12, rayés.
Voici maintenant, classés par corps de troupes, les noms des tués et blessés gravés en lettres d'or sur la face principale du monument.
GARDES MOBILES DE L'ARDÈCHE (1er, 2e et 3e bataillons).
Bacconner. — Battendier. — Bay. — Béal. —
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Bezal, caporal. — Bonnefoi. — Briat. — Chareyre. — Chaussignan. — Chauvet. — Cluzel. — Conzorier. — Cortial. — Coulanges. — Courtial. — Eschalier. — Fargier. — Forestier. — Garnier. — Giraud. — Jarnac. — Jauffrès. — Lascombe. — Leydier, lieutenant. — Lombard. — Mathon. — Ménage, sergent. — Morel, sergent. — Moulin. — Pichat. — Pourrat. — Rey. — Riaux. — Rousson. — Rouveure, capitaine. — Sassolas. — Servie. — Vanve. — Vedel. — Vernet.
GARDES MOBILES DES LANDES (2e et 3e bataillons).
Baume, chef de bataillon. — Baylac. — Cassaigne. — Cassen. — Darricau. — Desbiegs. — Dugay. — Dupony. — Dutey. — Garrabos. — Garbay. — Gauzère. — Guichemerre. — Lafourcade. — Lagarde. — Lasserre. — Laurent. — Lupé. — Nadau. — Père. — Peyrelonque. — Routé. — Saumon. — Soubabère.
GARDES MOBILES DE L'EURE.
Béranger. — Bourgeois. — Brière. — De Champigny, lieutenant. — Danjean. — Duchesne. — Jobin. — Ledoigt. — Leroux. — Renou.
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FRANCS-TIREURS DE L'EURE.
Billé. — Buée (de Louviers). — Duchemin, lieutenant. — Fabre. — Lefebvre, sergent-major. — De Louvigny. — Prudent.
FRANCS-TIREURS DE SEINE-ET-OISE.
Bonysson. — Grandemange, capitaine. — Joigneau, sous-lieutenant. — Jumel, sous-lieutenant. — Plessis.
FRANCS-TIREURS DE LA SEINE-INFÉRIEURE.
Cucu. — Gerteing. — Guincètre.
FRANCS-TIREURS DU PUY-DE-DOME.
Benneten. — Signol.
FRANC-TIREUR DU CALVADOS.
Pascal, capitaine.
GARDES MOBILISÉS DU CALVADOS.
Huguet. — Lubin, lieutenant. — Marie.
FRANC-TIREUR DE LA CHARENTE-INFÉRIEURE.
Chassaigne.
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ÉCLAIREUR DE NORMANDIE.
Livet.
ARTILLERIE MOBILE DU MORBIHAN.
Corfmat.
Les restes mortels de ceux qui périrent dans les combats livrés sur les confins des départements de l'Eure et de la Seine-Inférieure ont été recueillis dans un caveau spécial. L'une de ces victimes, cependant, n'y figure point, et possède un monument particulier.
Sur le côté gauche de la route de Grand-Couronne à Moulineaux, entre ce dernier village et la ferme du Grésil, on voit une simple croix de pierre avec cette inscription :
AU LIEUTENANT CONRAD BROCHARD COMTE DE CHAMPIGNY MORTELLEMENT FRAPPÉ LE 30 DÉCEMBRE 1870 SES CAMARADES DU 3e BATAILLON DES MOBILES DE L'EURE.
Ajoutons enfin que ce monument qui s'élève à la Maison-Brûlée devait être élevé sur la limite des départements de la [Seine-Inférieure et de l'Eure ; mais les rigueurs d'un] propriétaire rouennais,
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auquel on demandait de céder non gratuitement une vingtaine de mètres de terrain, ne l'ont pas permis (Nouvelliste de Rouen, 19 juin 1873).
L'inauguration de ce monument eut lieu le 18 juin 1873 avec un éclat exceptionnel.
Au milieu de la route s'élevait un autel ; d'un côté de la route trois tentes : celle du milieu richement décorée.
Derrière l'autel, deux pièces d'artillerie. Les honneurs militaires étaient rendus par un bataillon du 28e de ligne, musique en tête.
Le cortège était formé des clergés de quatorze paroisses du département de l'Eure, escorté des compagnies de sapeurs-pompiers.
Le général Roy présenta au vice-amiral La Roncière le Noury, président du Comité, les mobiles mobilisés et les francs-tireurs qui avaient pris part au combat de Moulineaux.
L'office divin fut célébré par Mgr l'évêque d'Evreux et le monument fut béni par Mgr le cardinal archevêque de Rouen, assisté de Mgr l'évêque de Bayeux.
Cette imposante cérémonie fut célébrée au milieu d'un concours immense de population et en présence des préfets de la Seine-Inférieure et de l'Eure, des généraux Letellier-Valazé, Merle, Boyer et Roy ; des députés de l'Ardèche et des
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Landes ; d'un grand nombre d'autorités et de notabilités religieuses, civiles et militaires.
Des reporters de la presse départementale et parisienne y assistaient également, et des dessinateurs avaient été envoyés par les principaux journaux illustrés qui reproduisirent le monument et la cérémonie d'inauguration.
L'aviso à vapeur de l'Etat, le Cuvier, était posté à La Bouille et répondait aux salves d'artillerie tirées par les pièces en batterie sur la route d'Honfleur.
Plus de 25,000 personnes étaient venues pour assister à cette cérémonie, amenées par des trains spéciaux organisés sur l'initiative du Comité de souscription pour l'érection de ce monument commémoratif.
Et maintenant que nous avons rappelé ces différents souvenirs d'une des plus malheureuses pages de notre histoire, nous avons terminé complètement notre excursion.
Pour retourner à Rouen, nous pouvons reprendre le bateau, ou gagner la station de La Londe.
Le chemin de fer de Serquigny nous ramènera par la gare Saint-Sever, après avoir rejoint la ligne de Paris à Oissel et en nous faisant passer rapidement en vue d'Elbeuf et de Tourville.
Le bateau à vapeur... nous connaissons son
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parcours ; vu en sens inverse, il nous présentera sous de nouveaux aspects les perspectives que nous connaissons déjà.
Si nous sommes pressés, dirigeons-nous par un chemin en pleine forêt jusqu'à la station de La Londe, qui n'est guère éloignée de la Maison-Brûlée, et à laquelle d'ailleurs un service d'omnibus, par Saint-Ouen-de-Thouberville, peut nous conduire.
Si nous avons plus de temps à nous, descendons à La Bouille par cette route sinueuse que nous avons déjà gravie. Nous jouirons une dernière fois du superbe panorama dont nous avons déjà parlé.
A mesure que nous nous rapprocherons des rives de la Seine, à chaque détour d'un nouveau circuit, le clocher encore neuf de l'église de La Bouille nous apparaîtra au milieu des toitures enchevêtrées.
Sur la place, près du quai d'embarquement, les colis entassés sont chargés rapidement ; la voiture amenant les voyageurs de Bourg-Achard et de Routot arrive au grand trot, et le capitaine donne le signal du départ ; la passerelle est enlevée et le bateau s'éloigne.
Jetons un dernier regard en arrière sur ces châteaux pittoresquement situés au point culminant
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de ces vertes collines dont les flancs crayeux abritent à leur base de petites chaumières entourées de jardins.
Déjà la première station est signalée, Sahurs...
A chacun de ces embarcadères, les voyageurs attendent le passage du bateau pour rentrer à Rouen.
Suivant la saison et l'heure à laquelle nous entreprenons cette promenade, nous rentrons à Rouen soit aux dernières lueurs du jour, soit aux approches de la nuit.
Les hauteurs qui avoisinent Rouen et les sommets des principaux édifices nous ont signalé la ville depuis longtemps.
A mesure que nous approchons, la ligne des quais devient plus distincte, et si la nuit est complètement venue, la longue file de lumières, les silhouettes des navires dont la mature seule se détache sur l'horizon, et le bruit de l'eau qui clapote près d'une masse noirâtre que nous fròlons en passant, nous apprennent que nous venons d'arriver à notre point de départ, et que l'excursion de Rouen à La Bouille est terminée.
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II DE ROUEN AU HAVRE
De Rouen à la Bouille, ce n'est qu'une longue promenade ; de Rouen au Havre, c'est déjà un petit voyage [2]. Les rives de la Seine sont charmantes, c'est un cliché bien connu, il est presque banal de le reproduire une fois de plus. Certains touristes prétendent évidemment que les bords
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du Rhin les ont plus vivement impressionnés ; que les burgs suspendus aux flancs abrupts des pics élevés produisent un effet bien plus grandiose que nos châteaux normands ; nous ne contesterons point leurs assertions, et ne chercherons point à battre en brèche leur enthousiasme. Nous dirons seulement que ce voyage est d'un aspect pittoresque fort gai, toujours varié, toujours charmant et que parmi les nombreuses villes, villages et bourgades avec lesquels le voyage de Rouen au Havre va leur faire faire connaissance, plusieurs localités laisseront dans l'esprit de maint voyageur un souvenir fort agréable et se présenteront à lui de telle facon qu'il regrettera peut-être de passer si vite devant elles.
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Lorsqu'on prend place sur les petits vapeurs qui conduisent de Rouen à la mer, le trajet jusqu'à la Bouille se fait plus promptement, des marcheurs un peu plus rapides étant nécessaires pour abréger ce voyage qui doit s'effectuer de façon à ce que l'entrée dans le port du Havre ait lieu à l'heure de la pleine mer et les stations intermédiaires n'étant accostées que suivant les besoins du service ; deux raisons pour une pour être moins longtemps en chemin.
Nous ne détaillerons point à nouveau les localités que le voyageur rencontre sur son chemin jusqu'à la Bouille. Nous dirons seulement que de Rouen au Havre ce trajet dure en moyenne de cinq à six heures.
Ch. Nodier, dans la Seine et ses bords, a publié à la fin de son intéressant volume, une carte dont les dénominations géographiques ne sont pas toujours fort rigoureusement orthographiées, mais qui est accompagnée d'un tableau indiquant le cours de la Seine. D'après ce tableau, la Seine de Rouen au Havre aurait une longueur totale de 135 kilomètres se décomposant ainsi :
| De Rouen au Petit-Quevilly | 3 | kil. |
| Du Petit-Quevilly à Canteleu | 3 | |
| De cette dernière localité à Petit-Couronne | 4 |
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| De cette dernière | à Hautot | 3 | kil. |
| — | à Sahurs | 3 | |
| — | à la Bouille | 3 | |
| — | à Caumont | 3 | |
| — | à Beaulieu | 5 | |
| — | à Bardouville | 2 | |
| — | à Ambourville | 4 | |
| — | à Duclair | 5 | |
| — | à Yville | 10 | |
| — | à Jumiéges | 3 | |
| — | à Heurteauville et à Yainville | 3 | |
| — | à la Mailleraye | 6 | |
| — | à Saint-Wandrille | 5 | |
| — | à Caudebec | 4 | |
| — | à Villequier | 4 | |
| — | à Vatteville | 2 | |
| — | à Norville | 4 | |
| — | à Aizier | 5 | |
| — | à Vieux Port | 2 | |
| — | à Quillebeuf et à Lillebonne | 10 | |
| — | à Tancarville et au Marais-Vernier | 6 | |
| — | à Saint-Jacques | 7 | |
| — | à Sandouville | 5 | |
| — | au Château d'Orcher, et à Honfleur | 7 | |
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| De cette dernière | à Harfleur | 6 | kil. |
| — | au Havre | 9 | |
De Rouen au Havre la Seine sert de limite à trois départements. Pendant tout le trajet, toutes les localités que le voyageur aperçoit sur la rive droite du fleuve, appartiennent au département de la Seine-Inférieure. Sur la rive gauche, les localités situées à partir de Rouen jusqu'à Aizier appartiennent au département de la Seine-Inférieure, de cet endroit jusqu'à Fiquefleur, les localités entrevues font partie du département de l'Eure, et au-delà de ce dernier point, c'est-à-dire depuis Honfleur, le littoral fait partie des côtes du Calvados.
Au départ de Rouen, nous avons trouvé sur la rive droite Croisset, Dieppedalle, Val-de-la-Haye, Hautot et Sahurs et sur la rive gauche, le Petit et le Grand-Quevilly, le Petit et le Grand-Couronne, Moulineaux et la Bouille. A partir de cet endroit, où notre voyage commence réellement, des masses d'arbres indiquent Saint-Pierre-de-Manneville, puis ensuite Quevillon, situé sur la lisière de la forêt de Roumare, et dont le château est resté célèbre par le séjour de Voltaire et de Cideville.
A Saint-Martin-de-Boscherville on
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peut encore apercevoir les clochetons et la grande pyramide de l'église abbatiale de Saint-Georges-de-Boscherville. Cette abbaye, fondée au XIe siècle par Guillaume-de-Tancarville, est encore dans un parfait état de conservation. Cette superbe église romane, dont la flèche octogonale en charpente s'élève à 27 mètres de hauteur au-dessus de la corniche de la tour de la croisée, ne mesure pas moins de 67 mètres de longueur sur près de 20 mètres de largeur.
Lorsqu'on s'éloigne de Saint-Martin-de-Boscherville, sur la rive gauche du fleuve, on passe devant les petits villages de Bardouville, d'Ambourville et de Berville.
Sur la rive droite, les collines dont les bases se touchent, a dit M. J. Morlent — dans un itinéraire dont la première édition remonte à 1829, — viennent tomber brusquement dans la Seine et l'intervalle qu'elles laissent entre elles, forme une succession de petites vallées fraîches et verdoyantes.
Le Hameau de la Fontaine, situé sur cette même rive, au débouché d'un petit vallon, possédait autrefois une chapelle, dite Chapelle Saint-Anne. Une chambre renfermant une curieuse cheminée, tel est maintenant le seul
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vestige de cette chapelle [3] ; et des habitations pittoresques, à demi creusées dans les flancs des collines, telles sont les seules curiosités qui attirent en cet endroit les regards des voyageurs.
Près de Duclair se trouve la Chaise de Gargantua, c'est une colline dont l'aspect simule assez bien, vu surtout à une certaine distance, un siége de dimension colossale et qui aurait été bien digne de servir au légendaire personnage du roman de Rabelais.
Duclair est ce que dans le style d'itinéraire on peut nommer un joli petit bourg, c'est même une petite ville fort agréablement située, et les petites maisons qui bordent la Seine sont très-gaies d'aspect. Par l'ouverture des rues et des ruelles donnant sur le quai on aperçoit la place, l'église et les toits pressés des maisonnettes et de ces chaumières à couvertures de chaume qui deviennent chaque jour plus rares.
M. l'abbé Cochet a signalé à diverses reprises des découvertes des époques Gauloise, Romaine et Franque qui décèlent l'importance de Duclair à ces différentes époques.
L'ancienne abbaye de Duclair existait du temps du Saint-Ouen, de Saint-Wandrille et de Saint-Philbert
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et fut détruite par les Normands au IXe siècle.
L'église de Duclair, dédiée à Saint-Denis, est à trois nefs d'égale hauteur, à chevet carré. Le clocher à l'entrée du choeur est porté sur quatre piliers cantonnés de colonnes, dont deux en marbre (monolithes de marbre rouge et gris) supportent des chapiteaux romans et proviennent d'un édifice antique ; leurs bases sont ornées de crochets et les autres colonnes, qui datent du XIe siècle ainsi que les arcades décorées de dents de scie et de frettes crénelées, portent une voûte sur nervures en boudin.
La tour est percée sur chaque face de deux fenêtres à archivolte décorée de zigzags, subdivisée en deux par une colonnette ; elle se termine par une corniche à modillons grimaçants, supportant une flèche en charpente.
La nef centrale communiquait autrefois avec les bas-côtés par deux arcades en plein ceintre, portant sur des pieds droits cantonnés de colonnes antiques de marbre à chapiteaux du XVIIe siècle ; les nefs latérales ayant été prolongées, on a percé de nouvelles ouvertures dans le même style, en laissant subsister de petites fenêtres en lancettes qui devaient jadis éclairer cette nef alors unique.
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Le choeur de l'église de Duclair est du XIVe siècle et les deux nefs latérales du XVIe siècle. Un portail latéral date de la Renaissance.
A l'intérieur de cette église sont de curieuses statues en pierre du XIIIe siècle, placées sur des consoles le long des murs des nefs latérales, et des dalles tumulaires de la même époque.
M. l'abbé Cochet, dans son Répertoire archéologique de la Seine-Inférieure, auquel nous empruntons ces détails, signale au hameau de Saint-Paul : le Château-du-Taillis, ancienne propriété des Duffay du Taillis, baillis de Rouen. C'est une construction qui date de la Renaissance, et on conserve dans le jardin une curieuse dalle tumulaire d'un abbé de Jumiéges (1247-1248), Guillaume Defers, décorée d'une croix sculptée et trouvée en 1839 dans l'ancienne chapelle de la Léproserie, transférée au Mont-Davillette ou côte Saint-Paul. L'hospice, aujourd'hui détruit, dura jusqu'à la fin de la maladie de la lèpre et la chapelle subsista jusqu'à la Révolution.
Non loin de là, la chapelle du manoir de la cour du Mont, aujourd'hui transformée en fournil, était dédiée à Sainte-Austreberte. Dans le manoir sont un cellier et des bâtiments du XIIIe siècle où les moines de Jumiéges tenaient leurs plaids.
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Telles sont les principales curiosités de Duclair dont les deux rives sont reliées depuis quelques années par un bac à vapeur traversant la Seine à heures fixes.
En sortant de Duclair la Seine décrit un nouveau circuit et nous montre Yville-sur-Seine sur la rive gauche. Son château est entouré de grandes avenues d'arbres du plus bel effet, et au moment ou la courbe de la Seine s'accentue, nous passons devant des collines boisées et sur le sommet de l'une d'elles s'élève sur la même rive le château du Landin.
Le château par lui-même n'a rien de remarquable, c'est une construction régulière, dépourvue de caractère, mais la vue dont on jouit du haut de la terrasse est réellement merveilleuse.
De ce point, l'oeil embrasse la péninsule de Jumiéges dans son entier ; le cours de la Seine de Duclair au Trait, à l'horizon, le clocher de l'église de Canteleu, et au-dessus, se profilant en légère silhouette, les églises de Bihorel (Notre-Dame-des-Anges), de Bonsecours et le château de Belbeuf... le regard franchit en ligne droite vingt-cinq kilomètres dans cet admirable panorama, un des plus beaux qu'il soit possible de contempler.
Enfin, à travers les rangées de peupliers, et les
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masses de verdure du Mesnil sous Jumiéges apparaissent les tours élevées de l'Abbaye de Jumiéges, dont les dépendances couvraient presqu'entièrement cette presqu'île.
Au XIe siècle on avait déjà cherché à couper la presqu'île de Jumiéges ; un long terrassement de l'isthme composé d'un creux et d'un rejet de terre que les temps n'ont pu combler ni abattre et qui remonte à cette époque, n'était que le précurseur d'un canal commencé par Vauban, et reconnaissable encore au Taillis, sur une longueur de 500 mètres environ.
L'abbaye de Jumiéges, fondée en 654 sur les ruines d'un établissement romain comptait déjà deux cents religieux sous le successeur de Saint-Philbert. Un jour, il en périt 462 en quelques heures et la chronique affirme qu'ils furent inhumés dans des cercueils de pierre. L'abbaye fut détruite par les Normands en 840, plusieurs fois brulée et rançonnée. Relevée de ses ruines en 928, par Guillaume Longue-Epée, elle a duré jusqu'en 1790. Pendant 1126 ans d'existence, elle a compté 82 abbés, cinq d'entre eux sont inscrits au nombre des saints : saint Philbert, saint Aichaire, saint Hugues, saint Thierry et saint Gontard. Parmi les hôtes et visiteurs célèbres de
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cette maison on cite : sainte Austreberte, saint Saëns, saint Sturme, Tassillon, duc de Bavière, qui y mourut ; les ducs Rollon, Guillaume Longue-Epée, Richard II et Guillaume-le-Bàtard ; les rois de France Charles VII et Charles IX ; les rois d'Angleterre, Edouard-le-Confesseur, Harold et enfin, l'ex-roi de Pologne, Jean Casimir.
Le grand portail et les tours de l'abbaye de Jumiéges sont à peu près les seuls vestiges que le voyage en Seine permette d'apercevoir. Les deux tours sont carrées et presque sans ouverture jusqu'au niveau du pignon, à partir de là, l'une, celle du nord, est moitié polygonale, moitié circulaire, l'autre, celle du sud, est octogonale. Des flèches de charpentes recouvertes d'ardoises les surmontaient jusqu'en 1830 et 1840. On peut encore — assez difficilement il est vrai — monter au sommet de ces tours par un escalier dont les marches, qui ne sont pas d'un accès facile, sont au nombre de 214 et conduisent au niveau de la corniche, qui est à 52 mètres au-dessus du sol. L'église dont il n'existe plus que des vestiges offrait de plus une tour centrale de 41 mètres de haut, surmontée d'une flèche en plomb d'une hauteur demesurée, qui fut détruite en 1575.
Cette tour carrée de la croisée, sauf un seul pan de mur, a disparu sous l'effet de la mine que firent
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jouer les démollisseurs, « et il y a quelque chose d'effrayant dans la solitude de cette archivolte qui s'elance vers le ciel si haut sur une base si étroite et qui se soutient comme par miracle au milieu de tant de monuments abattus [4]. »
Le temps n'est cependant relativement entré que pour peu de chose dans ces ruines, si grandioses d'aspect après tout — puisqu'il faut en prendre son parti et s'en consoler — et des hommes ignorants et cupides en ont presque seuls causé la destruction.
La majeure partie des ornements a disparu, d'autres ont été dispersés, ainsi : le tombeau d'Agnès Sorel a été saccagé, les statues du tombeau des Enervés — figures coloriées qui ne remontaient pas au-delà du règne de saint Louis — ont été mutilées ; un saint-sépulcre en marbre orne l'une des chapelles de l'église de Caudebec ; la grosse cloche, dont les habitants de Jumiéges étaient fiers à bon droit, sonne maintenant le tocsin dans la tour de Saint-Ouen, de Rouen ; et les Anglais, brochant sur le tout, ont enlevé entièrement le cloître, chef-d'oeuvre d'architecture du XVIe siècle,
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et entre autres sculptures : les attributs des quatre évangélistes dont on constate encore les arrachements dans les murs de la nef.
Enfin ces mutilations devaient avoir un terme. L'abbaye devint — malheureusement trop tard — la propriété de M. Casimir Caumont, de Rouen, qui respecta scrupuleusement ce qui restait des ruines que ses prédécesseurs avaient faites après la Révolution, tous pour vendre à vil prix — quoique dans un but de spéculation — les matériaux provenant des immenses constructions du monastère. Aussi ne saurait-on trop louer le soin pieux que mit M. Caumont à conserver ce qui restait encore debout, et à réunir dans une collection fort curieuse tout ce qu'il put retrouver d'objets mobiliers de tous les siècles, provenant de l'abbaye et que le hazard avait éparpillés au loin.
Les ruines sont aujourd'hui ce qu'elles étaient en 1824, quand il en prit possession, et le propriétaire actuel, M. Lepel Cointet, qui possède de plus une fort curieuse collection d'objets d'art, les conserve aussi religieusement que son prédécesseur.
La Harelle et le marais d'Heurteau-ville, situés sur la rive gauche presqu'en face Le Trait ont fourni à la littérature romantique une fort jolie et très-poétique description.
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« Cette péninsule est tout à fait plane et ne présente à l'oeil que la triste uniformité d'une plaine marécageuse. La rive gauche offre, au contraire, un mouvement extraordinaire et toutes les traces d'une ancienne révolution physique. Des forêts entières couchées sous la surface de la terre s'y sont converties en tourbe... on y reconnaît encore l'aulne, le bouleau, le coudrier, et jusqu'à ces fruits ovales que supporte une coupe élégante. Ces végétaux, qui furent si longtemps l'ornement des bois, unis depuis un temps incalculable par les ramifications de leurs branches, se divisent pour la première fois sous le louchet triangulaire du tourbier. A peine l'exploitation est achevée, que les eaux envahissent la place de la tourbe et se chargent d'une végétation nouvelle destinée à la reproduire un jour. Ce sont de longs roseaux qui imitent de loin, par leur port et par leur bruit, les forêts auxquelles ils ont succédé. L'un d'entre eux porte à son extrémité trois ou quatre flocons d'un coton éblouissant de blancheur, et si semblable à la neige qu'on a vu souvent les oiseaux du Nord s'abattre sur le marais dans les plus beaux jours du printemps, comme s'ils avaient retrouvé les grèves glacées où ils ont laissé leurs petits. Ce sont
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aussi des nénuphars jaunes et blancs, dont les feuilles d'un vert lisse et les riches bouquets se détachent vivement du fond livide du marécage. Ce sont des lentilles d'eau, des renoncules et des cressons, répandus d'espace en espace comme de petites îles de verdure, où des reptiles de mille espèces viennent s'exposer au soleil. Un grand insecte, couleur de pois, monte verticalement à la surface et s'y balance un moment comme un bateau, dont il a la forme. Une petite couleuvre noire, dont la tête est marquée de deux taches d'un gris de plomb se glisse de feuille en feuille parmi les larges coeurs des nympheas, écoute, regarde, tourne la tête à droite, à gauche, la soulève avec colère, se replie avec inquiétude et, roulée sur elle-même en demi-cercles égaux, finit par s'abandonner au mouvement de la plante qui la soutient, qui plonge, qui se relève, et au milieu de laquelle elle dessine, dans son contours, une givre de blason sur l'écusson d'un chevalier [5]. »
Heurteauville ou la Harelle n'est plus tout à fait l'endroit marécageux que décrivent si bien ces phrases poétiques et près de cet endroit on a élevé
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une chapelle pour satisfaire la piété des marins qui remontaient ou descendaient le fleuve.
D'après M. l'abbé Cochet, cette oratoire fut appelé depuis chapelle du Bout-du-Vent et on y célèbre le service divin parce que quinze personnes du hameau se sont noyées en traversant la Seine en cet endroit pour aller à Jumiéges.
L'église actuelle de Heurteauville fut construite par les moines de Jumiéges en 1730. Au-dessus de la porte est une jolie sculpture du XVIe siècle, espèce de balustrade provenant des démolitions de l'abbaye et c'est dans la chapelle de Saint-Philbert, du Torp, située au bord de la forêt de Brotonne que Rollon, aurait dit-on, déposé le corps de Saint-Hermantrude. Cette chapelle fut donné en 1183 aux moines de Jumiéges, par Robert comte de Meulan, sous la condition d'y entretenir deux religieux.
Guerbaville-la-Mailleraye que dessert un bac faisant le service entre les deux rives ne se présente plus que comme un très-maigre village et ne possède plus qu'une petite église du XVIe siècle, construite en pierre blanche du bassin de la Seine. Le clocher se compose d'une tour carrée et est daté de 1519. Le sanctuaire a été décoré en 1780 par le sculpteur Jadoulle, auquel on doit plusieurs oeuvres fort estimables, et qui
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a laissé un nom à Rouen parmi les artistes du siècle dernier. Mais la plus grande curiosité de la Mailleraye a complètement disparu. Autrefois — il y a trente ans environ — le parc de ce château était un but de promenade, on se rendait en voiture de Rouen à la Mailleraye, c'était une excursion que l'on faisait volontiers, de même que pendant l'été le parc du château de Radepont, un des recoins les plus pittoresques de la vallée de l'Andelle, était aussi fréquenté qu'il est délaissé actuellement.
Le château de la Mailleraye datait du temps de Louis XII et de Louis XIV, il s'élevait sur une terrasse bordée de balustres, dominant la Seine. Il fut la demeure des de Moy, des Fabert, des Harcourt, des Nagu et des Mortemart, il reçut plusieurs fois les visites des princes et des rois, et fut démoli en 1857. Avec lui disparut le parc de Le Nôtre avec ses arbres séculaires et ses superbes parterres. De toute cette splendeur il ne reste plus qu'un maigre village et la chapelle du château, édifice sans caractère datant de 1589, mais renfermant encore quelques verrières du XVe et XVIe siècle et des tablettes de marbre, rappelant entre autres noms, celui de F. de Harcourt, Gouverneur de Normandie, décédé en 1705,
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Caudebec-en-Caux est une charmante petite ville, située à 13 kilomètres de Lillebonne et à 30 de Rouen. Suivant M. l'abbé Cochet, Caudebec serait très-probablement l'ancien Lotum mentionné dans l'itinéraire d'Antonin.
L'église de Caudebec est des plus remarquables.
La tour fut commencée en 1426. Mais le corps de l'église ne fut sérieusement entrepris que dans la seconde moitié du XVe siècle et terminé que dans les vingt premières années du XVIe siècle, sauf quelques additions du XVIIIe siècle.
Le plan en est généralement attribué à Guillaume Letellier, natif de Fontaine-le-Pin, près de Falaise, mort à Caudebec en 1484.
Le clocher mesure plus de 100 mètres de haut ; la tour, d'abord carrée à sa base, se termine par une balustrade à jour et est surmontée d'une pyramide octogone en pierre recouverte d'une enveloppe découpée à jour. Cette aiguille aérienne dont les vides se détachent ainsi à merveille sur un fond sombre qui fait ressortir la délicatesse des découpures, est partagée en trois partie par trois couronnes fleurs-de-lysées qui se superposent et lui donnent l'aspect d'une tiare.
Cette tour et une aiguille de bois recouverte de plomb et garnie de crochets dominant le grand comble au-dessus de l'entrée du choeur et
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qui fut érigée par les religieux de Saint-Wandrille en 1451, sont les deux seules parties de cette église que le voyage en Seine permette d'apercevoir.
Caudebec mérite à lui seul une visite spéciale ; le portail de l'église est d'une extrême richesse, malheureusement la pierre s'effrite chaque jour, et les détails s'effacent. A l'intérieur, les vitraux et les statues demanderaient une monographie spéciale et un examen approfondi.
C'est près de Caudebec que se trouvent les ruines de l'Abbaye de Saint-Wandrille. L'église abbatiale vendue en 1792 est maintenant presque complétement détruite ; la nef ne laisse plus voir que des murs sans caractère, cependant le collatéral nord a gardé ses faisceaux de colonnettes et le transept septentrional est conservé presque en entier. Les soubassements de quinze chapelles rayonnant autour du choeur, existent encore.
Le cloître offre encore de jolis spécimens de fenestrages et quant aux bâtiments abbatiaux, le réfectoire de 33 mètres de long dont la partie inférieure est construite dans le style du XIIe siècle est orné de colonnettes soutenant des arcs entrecroisés.
La partie haute date du XVe siècle est éclairée
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par huit fenêtres de cette époque et le tout est couvert par un berceau en arc aigu en boiserie du XVIe siècle. C'est une des curiosités de l'abbaye de Saint-Wandrille devenue aujourd'hui propriété particulière.
Villequier que l'on aperçoit presque au départ de Caudebec, est un charmant petit village, adorablement situé au pied de ravissants coteaux. Certes là se trouvent des centaines de paysages tout faits pour le Salon, premiers plans richement boisés, échappées à perte de vue, rien n'y manque. Malheureusement c'est trop loin de Paris, ainsi s'expliquent à la fois et l'absence de ces paysages aux expositions et l'abondance de vues des bords de la Marne et autres ruisseaux ! bien inférieurs au point de vue du pittoresque et de l'effet — mais circonstance atténuante il est vrai — mis à la mode par des maîtres contemporains.
Malheureusement cet aspect enchanteur n'est pas, hélas ! une preuve de calme et de tranquillité. Le petit village de Villequier est tristement célèbre par de nombreux naufrages. Au nombre de ceux-ci la plus « lamentable histoire qui se racontera de siècle en siècle, a dit Jules Janin — comme se raconte encore l'accident de la Blanche Nef, » sera celle de cet épouvantable malheur
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qui, en 1843, coûta la vie à Mme Vacquerie, Mme Léopoldine Hugo, fille de Victor Hugo ; « la barque était conduite, a dit J. Janin, par son jeune époux, un vent favorable les poussait, un vieux marin éprouvé par toutes les tempêtes et dans toutes les mers, tenait en se jouant le gouvernail ; un enfant couronné de la veille, lauréat de dix ans, abaissait d'une main caline les vagues bondissantes. Tous les bonheurs, cette barque les portait, et aussi toutes les espérances. On arrive, on embrasse les amis de l'autre rive. Ne partez pas, disaient ces braves gens, restez avec nous ou bien revenez par le chemin de terre, on vous rendra votre barque demain. Rien n'y fit, la route était trop belle pour en prendre une autre... Un coup de vent a englouti tout ce bonheur, tué cette enfant, et avec elle son mari a voulu mourir, et le vieillard qui tenait le gouvernail est mort avec eux et aussi le tout jeune homme, et l'onde s'est refermée. Ils sont tous restés dans le même abîme. » Les restes de ces quatre victimes, dit M. Joanne qui a reproduit ce récit, reposent au cimetière de Villequier, sous les saules pleureurs, dans des tombes couvertes de verdure.
Mais chassons ces lugubres souvenirs qui nous font oublier d'ailleurs la jolie petite église du XVIe siècle avec sa tour carrée de plus de trente
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mètres d'élévation ; un château moderne s'élevant au milieu de massifs, de grands arbres, et les agréables habitations disséminées çà et là sur les rives, parmi lesquelles on remarque sur le bord de la Seine la demeure d'un ténor rouennais qui eut jadis à l'Opéra son heure de célébrité : Poultier, qui a attaché son nom à la création de plusieurs rôles et l'interprétation d'un grand nombre de romances.
C'est à Villequier que le phénomène de la barre, du mascaret, ce flot qui détruit tout sur son passage, en s'avançant avec une vitesse extraordinaire et élevant presque subitement le niveau de l'eau à une hauteur considérable, peut être observé avec le plus d'intensité à l'époque des grandes marées.
Ce phénomène se fait d'ailleurs sentir, mais d'une façon moins intense, à Caudebec, et le point intermédiaire semble avoir été fixé par cette chapelle de Notre-Dame-de-Barre-y-Va, fondée en 1260, reconstruite sous Louis XIV, et située au pied de la falaise à peu de distance de Villequier. Cette chapelle est ornée encore de quelques verrières du XVIe siècle et datée de 1612. Suivant la tradition un ermite y aurait établi son oratoire en 1627. C'est maintenant un lieu de pèlerinage très-fréquenté.
Lorsque l'on a quitté Villequier, sur la même
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rive, se trouvent : Norville et Saint-Maurice-d'Etelan qui attireront également l'attention des touristes. La première de ces localités est dominée par un élégant clocher du XVe siècle dont la pyramide octogonale repose sur une base ajourée ; la seconde possède un curieux château de la même époque aux superbes lucarnes ogivales, dans le genre de celles du Palais de Justice de Rouen, quoique d'une ornementation beaucoup moins riche.
Viennent ensuite Quillebeuf et le Marais-Vernier sur la rive gauche, et en face Notre-Dame-de-Gravenchon, Radicatel, Lillebonne dont on aperçoit le clocher élégant et les falaises de Tancarville.
L'horizon s'élargit de plus en plus et bientôt, au sortir de ces localités, que nous allons sommairement passer en revue, la Seine ne devient plus qu'un immense lac et les deux rives semblent s'éloigner à l'infini.
Quillebeuf, ancienne capitale du pays Roumois, agrandie et fortifiée par Henri IV, offre encore une église curieuse, dont le clocher et la tourelle, se présentent d'une agréable façon. Le port de Quillebeuf — qui est de plus une station de pilotes fort importante — est sans cesse amélioré. Les quais ont été tout récemment prolongés
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sur une assez grande étendue. L'endiguement de la Basse-Seine est en effet une des questions les plus importantes pour l'avenir du port de Rouen. Grâce à des travaux importants, les désastres du mascaret, de la Barre, dont l'influence était surtout désastreuse aux environs de Quillebeuf, sont en partie atténués. Grâce aux endiguements, la Seine pourra être remontée jusqu'à Rouen par les navires d'un tonnage élevé, qui ne s'arrêteront plus au Havre. Assurés de trouver à Rouen des quais offrant un tirant d'eau suffisant, et à Quillebeuf des pilotes exercés pour les guider dans leur voyage, les navires de fort tonnage se succèdent dans le port de Rouen suivant une progression croissante des plus encourageantes pour l'avenir. Et tout récemment, le premier navire de guerre américain le Wyoming qui entrait dans le port de Rouen y était accueilli avec d'autant plus de bienveillance par notre ville, que cette visite semble présager pour elle un nouvel avenir.
L'immense plaine qui s'étend à l'ouest au delà de Quillebeuf porte le nom de Marais-Vernier. Cet immense marécage coupé de fondrières, de fossés pleins d'eau, est un lieu d'excursion pour les botanistes et reçoit aussi la visite des chasseurs pour lesquels la Grande-Mare est un puissant attrait.
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Lillebonne n'est autre chose que le Juliobona des Romains dont parlent le géographe Ptolémée, l'itinéraire d'Antonin et la carte théodosienne.
Son théâtre romain connu au siècle dernier et dont le comte de Caylus publia le plan dans son recueil d'antiquités ne fut déblayé complétement qu'en 1840. Sa longueur connue est de 150 mètres sur une profondeur de 80 à 90 mètres, la place qu'il occupe est de 80 ares de terrain.
Indépendamment de ce théâtre romain on a constaté à Lillebonne l'existence de bains et d'un castrum ou castellum et d'un aqueduc de maçonnerie et découvert de nombreuses statues et une mosaïque d'une grande importance.
Parmi les découvertes faites à Lillebonne il faut mentionner : 1° une statue de bronze doré de plus de 2 mètres de haut, actuellement au Louvre et que différents auteurs ont pris pour un Bacchus, un Apollon ou un Antinoüs ; 2° une statue en marbre de Paros, aujourd'hui au Musée d'Antiquités de Rouen ainsi que des statuettes en bronze de Dieux Lares, de Midas, d'Hercule et de Gladiateur ; 3° enfin une Mosaïque de 8m,50 de long sur 6m,80 de large renfermant un carré de 5m,60 de côté environ représentant une chasse au cerf à l'arc, au moyen du
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cerf privé, à courre, à l'aide du cheval lancé dans les forêts. On a figuré en outre sur cette Mosaïque un sacrifice de Diane déesse des chasseurs en et au centre un médaillon renferme deux personnages de grandeur naturelle : Apollon poursuivant une nymphe.
Il existe également à Lillebonne une tour ronde et la moitié d'une tour octogone du XIIe et du XIIIe siècle restes d'un château-fort élevé sur la pointe de la colline, là où était le castrum romain. Dans ce château fut décidée la conquête de l'Angleterre dans une Assemblée de barons, d'évêques et d'Abbés tenue vers 1065, là, également eurent lieu les conciles de 1070 et 1080 réunis par Guillaume-le-Conquérant, et l'Assemblée tenue en 1162 par Henri II.
L'église de Lillebonne construite au XVIe siècle dont le portail ne fut terminé que vers 1605 est surmontée d'un élégant clocher octogone de 65 mètres de hauteur, et renferme encore quelques verrières du XVIe siècle.
Tancarville nous offre encore des ruines importantes d'un château-fort accroché aux flancs d'une falaise de près de 50 mètres de hauteur. Aux sommets de l'enceinte triangulaire la tour de l'Aigle, celle du Lion, et du Diable, la tour Coquesart et la tour carrée de 20 mètres
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d'élévation donnent encore avec leur muraille de six mètres d'épaisseur, leurs restes de machicoulis et leurs vestiges de tourelles une idée de l'ancien château sur la grande terrase duquel s'élève un château datant du siècle dernier, maison d'habitation sans aucun caractère.
La crète de la falaise correspondant à celle qui supporte ce château de Tancarville est, dit M. Joanne fournie par un rocher appelé Pierre Gante et surplombant la Seine à une hauteur de près de 65 mètres.
Inutile de dire que du sommet de la Pierre Gante le panorama est des plus splendides, mais vu des bords de la Seine, la masse énorme des falaises de Tancarville surmontées des tours ruinées du vieux château se présente à de certains moments d'une façon superbe soit avec ces larges surfaces de la falaise, vigoureusement éclairées projetant quelques ombres rehaussant l'éclat de ces lumières, soit que tout l'ensemble s'enlève en vigueur sur un ciel lumineux, formant un gigantesque repoussoir dont l'oeil ne perçoit que la silhouette.
En quittant Tancarville les localités de la rive gauche Berville-sur-Mer et Fatouville, les phares de Fatouville et de Fiquefleur disparaissent parfois dans la brume,
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qui estompe les rives d'un fleuve dont l'embouchure s'élargit de plus en plus.
Sur la rive droite, les falaises et le village de Sandouville ; le château de Gonfreville-l'Orcher, dont la masse blanche se distingue de fort loin, sont avec Harfleur et Honfleur, les deux dernières étapes de notre voyage.
Harfleur, dont on aperçoit l'élégant clocher serait encore suivant M. l'abbé Cochet une ville romaine : le Caracotinum de l'itinéraire d'Antonius. Des traditions prétendent qu'en 412 Arthur, roi de Grande-Bretagne, descendit à Harfleur pour combattre Lucius général romain qu'il défit près de Paris.
Harfleur devint plus tard une ville fortifiée d'une grande importance, du côté d'Orcher et de la côte du Calvaire on peut voir encore les murs et les fossés de l'enceinte qui ne comprenait pas moins de quarante tours reliées les unes aux autres par des courtines et dont les noms de tours du Cygne, du Serpent, du Limaçon, du Mulot, du Lyon, de la Grue, de la Cigogne, du Pot d'Estain, du Portail-aux-Cerfs, du Moulin, du Pont-aux-Chaines, du Clos-aux-Galères, de la Trahison par ou pénétra Henri V en 1415 nous ont été conservés par les comptes de la Vicomté de Montivilliers,
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dit M. l'abbé Cochet dans son répertoire archéologique de la Seine-Inférieure.
De vieilles rues étroites telles que la rue des Os-rangés, la rue d'Espagne ou des Caraques, la Pescherie etc. ; la fête des cent-quatre — en souvenir des cent-quatre habitants de Harfleur, qui en 1435 délivrèrent la ville des Anglais — mériteraient une visite si courte qu'elle soit à cette petite ville qui eut un passé glorieux.
Quant à la charmante tour et à la pyramide qui la surmonte et qui ne sont pas les moindres curiosités de l'église — qui renferme cependant un curieux buffet d'orgue Henri III — elle s'élève à 83 mètres au-dessus du sol.
M. l'abbé Cochet prétend que d'après leur style tour et pyramide doivent dater de 1480 à 1520, époque où aucun anglais n'habitait la Normandie, ainsi serait détruite la tradition des habitants de la ville et du Pays-de-Caux attribuant cette construction aux anglais et les vers de Casimir Delavigne cités tant de fois dans les guides et les itinéraires et nous montrant ce clocher.
........ Debout pour nous apprendre Que l'anglais l'a bâti mais n'a pas su le prendre.
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Ne seraient qu'une mystification patriotique et versifiée.
Les alluvions de la Seine ont maintenant tout envahi et c'est à peine lorsqu'on passe la pointe du Hoc — hippodrome actuel des courses du Havre — si l'on remarque l'embouchure de la Lézarde.
Un Phare assez élevé, les bâtiments inachevés d'un lazaret et la maison du gardien sont les seuls reliefs qui émergent de ces plaines de sable.
M. Santallier dans son intéressant et humoristique guide du Havre, dit que Honfleur est surnommé la petite Chine, mais que personne n'a jamais pu dire pourquoi.
Honfleur, le vieil Honnefleur, Honfluet, « la rude et maîtresse place de guerre que moult merveilleusement entouraient larges fossés bien pourvus d'eau » n'est plus qu'une ville fort pittoresque et c'est encore quelque chose.
D'Honfleur au Havre c'est une traversée de 30 à 45 minutes environ et arrivé au terme du voyage, les avantages des services quotidiens qui relient les deux villes, décideront plus d'un touriste soit à descendre de suite à Honfleur, soit à y revenir le lendemain.
A l'entrée du port les restes d'une porte et d'un château-fort qui paraissent dater du règne
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de Henri IV se présentent de la plus agréable façon. La petite ville renferme d'ailleurs quelques vieilles maisons du XVIe siècle, quelques rues étroites et tortueuses aux brusques détours que les amateurs du pittoresque ne méprisent pas, et deux églises curieuses. L'une (Sainte-Catherine) est construite en bois dans le style gothique du XVe siècle, l'autre (Saint Léonard) a été construite au XVIIe siècle, et est ornée d'un superbe portail du XVIe siècle et surmontée d'une tour octogonale du XVIIIe siècle.
Ajoutons enfin, que la chapelle Notre-Dame-de-Grâce fondée dit-on par Robert-le-Magnifique, père de Guillaume-le-Conquérant, est un but de pélérinage et d'excursion. Si le monument primitif a disparu, si l'édifice actuel construit au XVIIe siècle n'offre aucun intérêt architectural, le splendide point de vue, le super de panorama de 80 kilomètres de rayon dont on jouit du haut de ce plateau qui s'élève à 90 mètres au-dessus du niveau de la mer, est bien fait pour consoler des fatigues de l'ascension ; laquelle, cependant, est singulièrement facilitée par une route fort bien entretenue.
A l'oeil nu, dit M. Joanne, on aperçoit distinctement, la rade et la ville du Havre, les coteaux d'Ingouville et de Graville, la Seine, Honfleur, le
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château, et les falaises d'Orcher, la pointe de la Roque et au loin Quillebeuf et Tancarville..... c'est un des plus beaux points de vue des côtes de Normandie, dit l'auteur de l'itinéraire et c'est un coup-d'oeil rétrospectif, ajouterons nous sur la dernière partie de notre voyage de Rouen à la mer, deux raisons déterminantes pour que nous conseillions à tous ceux auquel le temps le permettra, de faire cette petite excursion et cette jolie promenade.
Si, malgré toutes ces sollicitations, nous avons su résister au plaisir de visiter Honfleur et la Côte-de-Grâce, il ne nous reste plus qu'à traverser la baie de la Seine pour entrer dans le port du Havre.
Les fictions mythologiques ne nous ont jamais paru à dédaigner et Bernardin de Saint-Pierre — un havrais dont la statue par David d'Angers orne l'entrée du musée-bibliothèque du Havre — a fort agréablement expliqué pourquoi en tout temps la Seine sépare ses eaux de celles de la mer.
C'est que Neptune toujours amoureux de la Seine, comme on dit que le fleuve Alphée l'est encore en Sicile de la fontaine Arétuse, le poursuit deux fois par jour avec de grands mugissements et chaque fois la Seine s'enfuit dans les prairies en remontant sa source, entre
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le cours naturel des fleuves et continue encore chaque jour à séparer ces eaux vertes, des eaux azurées de Neptune.
Lorsque les petits steamers qui font le service de Rouen à la mer sont entrés dans les eaux de la Manche, nous sommes bien près du but de notre voyage. Prenant un assez long détour pour contourner la jetée du sud, notre navire fait son entrée dans l'avant-port.
De grands travaux permettront bientôt aux énormes transatlantiques de manoeuvrer aisément dans cet avant-port, à leur entrée comme à leur sortie des grands bassins. On a tout fait pour cela ; tout, jusqu'à la démolition de cette pittoresque tour François Ier, dont le touriste peut regretter l'absence, mais dont le marin se félicite.
N'importe, il reste encore assez de pittoresque à ce premier aspect du Havre pour se consoler.
Les maisonnettes du grand Quai devant lequel va s'amarrer notre navire, avec leurs étalages et leurs devantures bizarres, leurs enseignes éclatantes et leur foule bruyante, dans le lointain, les grands bâtiments des Docks, et ces forêts de mâts, ces panaches de fumée lancés par les paquebots prêts à prendre la mer, le mouvement, l'animation d'une grande ville, tout concourt en un mot à donner au touriste une agréable impression
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en même temps qu'il s'aperçoit qu'il vient de terminer dignement une des plus jolies excursions qu'il soit possible de faire en entreprenant le petit voyage de Rouen à la mer.
[1] V. l'abbé Cochet, Répertoire archéologique de la Seine-Inférieure.[retour]
[2] Ce petit voyage n'en est pas d'ailleurs à son premier historien et sans parler des itinéraires sommaires que renferment les guides en Normandie, les Bibliophiles — nous espérons qu'il y en aura parmi les touristes — pourront consulter les ouvrages suivants dont la liste seule est une preuve de l'intérêt qu'offre cette jolie excursion.
Normandie poétique, voyage sur la Seine, en vers, par M. Léon Buquet (Havre 1840).
Les bords de la Seine, de Rouen au Havre par les bateaux à vapeur, par Duplessy (Paris, 1872).
Itinéraire du cours de la Seine entre Rouen et le Havre, par P. Justin (Paris, 1827).
Voyage hist. et pittoresque sur la Seine du Havre à Rouen (Havre 1826).
Voyage hist. et pittoresque de Rouen au Havre, par Ed. Frère (Rouen 1838).
Voyage hist. de Rouen au Havre, par Morlent (Caen, 1829. — Paris, 1836).
The Seine an historial tom from Havre to Rouen along the picturesque bancks of thas rives by G. D.. Murphy-Byrne (Havre, 1836). [retour]
[3] Joanne. Itinér. de Normandie.[retour]
[4] Voyage pittoresque dans l'ancienne France, par Ch. Nodier, Taylor et A. de Cailleux. — Normandie, in-folio, pl. Paris, Didot l'aîné, 1820. [retour]
[5] Normandie pittoresque.[retour]
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